‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862Chapitre 171 sur 196 · CHAPITRE XI. — JANVIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI. — JANVIER

doit les nouvelles malles-poste. Très dévoué au ministère Decazes, il l'a été au suivant, et il aurait servi en conscience celui-ci; mais on lui soupçonne un fonds d'attachement pour M. Decazes. Le Uoi lui a dit, depuis la formation du nouveau ministère : « Vous conserverez votre place. » Deux jours après, on lui a demandé sa démission. La Chambre des pairs est furieuse contre M. de Doudeauville d'avoir accepté une place considérée comme au-dessous de la dignité de la pairie; il est non seulement sous les ordres, mais encore comptable du ministre des finances. Les ministres n'ont pu renvoyer M. de Mezy qu'à la condition que M. de Doudeauville accepterait. C'est le père du vicomte de La Rochefoucauld; il faut bien que le bout d'oreille de Mme du Cayla se retrouve.

Le Roi a donné à sa favorite, pour ses étrennes, un beau charivari de breloques; le cachet seul vaut mille écus. Une des caresses de Louis XVIII à Mme du Cayla est de mettre du tabac sur sa poitrine; il le prend ensuite avec son nez. Comme elle traversait dernièrement la salle des gardes du corps en sortant de chez le Roi, ils se sont tous mis àéternuer sur son passage.

Le duc de Choiseul, major général, et le marquis de Boisgelin, aide-major de la garde nationale de Paris, ont donné leur démission; ils n'approuvent pas le choix du nouveau ministère.

i" janvier. — J'ai été tourner devant le Roi pour la première fois depuis mon arrivée de garnison. Sa Majesté m'a demandé si j'étais de retour depuis longtemps. Plus véridique que courtisan, je lui ai répondu : < Sire, il y a un mois. •

10. — Il y a eu une conspiration à l'école de cavalerie de Saumur. Dix olliciers, dix-sept sous-olliciers ont «été arrêtés; il y existait une société des Amis de la liberté depuis trois mois; on y prêtait serment sur une cocarde tricolore.

Le ministre de la guerre recommande une grande surveil-

lance dans les corps. Le marquis de Dreux-Nancré, lieutenantcolonel, commandant les housards du Bas-Rhin en mon absence, a inventé de défendre les cafés aux officiers à Moulins, les cabarets aux sous-officiers et soldats; je me suis hâté de lui écrire de lever cette sotte interdiction qui a animé le régiment contre lui.

16. — Mariage d'Anna de Rohan-Chabot, qui a vingt et un ans, qui n'est pas jolie, avec le comte Joseph d'Estourmel, préfet d'Eure-et-Loir; il a de l'esprit, une tournure commune. Le duchesse de Rohan a donné l'assemblée de noces, car il n"y a pas eu de festin, dans notre maison qu'elle avait empruntée. On a été régalé de proverbes joués par Joly et un autre acteur; ce que le public a trouvé un faible divertissement. La duchesse de Rohan était d'une humeur abominable et bourrait tout le monde; ce qui est assez son usage. On ne savait pas encore à huit heures où coucheraient les mariés; les d'Estourmel n'ayant point de place chez eux, c'est chez Mme de Rohan qu'ils ont pris gîte. Au moment du départ, la voiture n'y était pas; les mariés sont donc restés une demiheure auprès du poêle, dans l'antichambre, avec tout le public.

10 février. — A l'occasion du mariage d'Anna de Rohan- Chabot et de Joseph d'Estourmel, mes parents ont donné une soirée qui a eu un grand succès. Notre maison est si belle que l'éclairage seul lui donnait un air de fête. Le théâtre des Menus était établi dans la salle à manger à colonnes. Gonthier, Mlle Fleuriel, du Gymnase, Vernet, des Variétés, ont joué Michel et Christitie avec un grand talent. J'y ai remarqué, dans un fort petit espace, quatre ministres des affaires étrangères passés et présents : le prince de Talleyrand, le duc de Richelieu, le baron Pasquier, le vicomte de Montmorency.

Les colonels en congé à Paris ont reyu, à la lin de février. Tordre de rejoindre leurs régiments, à cause d'une tentative du général Berton sur Saumur; le 5* housards ne bougeant pas de Mouirtis, où tout est tranquille, j'ai obtenu de rester.

31 mars. — Je pars pour rejoindre mon régiment à Moulins.

1^ avril. — MM. les officiers étaient tous montés à cheval

Page 1