‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862Chapitre 177 sur 196 · CHAPITRE Xn — SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xn — SEPTEMBRE

Les sous-ofTiciers sont ventis, comme les officiers, me faire leurs adieux; ils ont été touchants. A l'hôpital, j'ai annoncé aux housards que c'était ma dernière visite; ils se sont levés spontanément sur leurs lits pour me témoigner leur chagrin.

J'ai rengagé 154 hommes depuis trois mois; sur ce nombre, 58 auraient eu droit à leur congé dans l'année; des brigadiers, des sous-otliciers ont par ce moyen de douze à quatorze ans à faire; j'ai travaillé pour mes successeurs, le 5* régiment aura longtemps des chevrons de ma façon. Je donnais permission de découcher, cent sous comptant à valoir sur le rengagement de tout homme qui en contractait un de deux ans; celui-là en menait boire d'autres avec lui; ils s'excitaient les uns les autres à en faire autant, pour les régaler à leur tour, puis, après avoir découché, reçu cent sous pour deux ans, ils revenaient ensuite se proposer pour deux autres années, aux mêmes conditions; le règlement ne permettait pas de rengager pour plus de huit ans. Ces rengagés, comme je quitte le régiment, témoignent des regrets, disant que s'ils avaient cru perdre leur chef, ils ne se seraient pas rengagés. Je suis flatté, un peu orgueilleux, je l'avoue, des adieux de mon régiment. Je l'jii (juitté après l'avoir commandé sept ans, le 31 août, accompagné hors la ville de par les officiers.

J'ai formé ce brave 5'; j'ai pour pour lui un sentiment paternel.

1^ septembre. — Je suis arrivé à Paris; j'ai été douloureusement affecté de l'état de mon père, devenu en peu de jours paralytique (1).

J'ai été bien reçu à la cour et dans la garde. Le général marquis de Vence m'a remis, le 8 septembre, à Melun, le commandement des housards de la garde. Ce régiment est beau, la comptabilité dans un ordre parfait; on le doit au marquis de Vence, qui a formé ce régiment. On y sert trop par les sous-officiers, pas assez par les officiers (2).

(1) Il ne pouvait plus se servir do ses mains ni bouger sans le secours de deux bras; les eaux de Balaruc, lo séjour do Marseille l'ont guéri niiraculousement en quelques mois. {Note du maréchal.)

(2) Je rétablis les choses sur un pied plus militaire. Beaucoup d'oiBciers tenaient aux personnes de la cour; ou ne m'a pas épargné les caquotagcs,

9. — Le duc de Guiche. maréchal de camp commandant la brigade, a réuni dans la plaine de Chailly les deux escadrons détachés à Fontainebleau et les quatre autres qui étaient à Melun, et m'a fait recevoir. J'ai défilé ensuite devant lui. Avant de rompre, j'ai défendu le bonnet de police et la redingote, passé dix heures du matin.

Ce régiment est loin, pour la tenue, la discipline, l'instruction, de mon 5* de housards. J'ai donné des ordres en conséquence, aimant mieux mettre tout de suite le régiment sur un bon pied et essuyer en débutant la bordée de cris des insouciants, des paresseux et des mauvais serviteurs.

Le prince de Ligne,' dans ses Préjugés militaires, a écrit sur les successeurs un chapitre piquant; il dit : « Pour le colonel 4[ qui arrive, on sait qu'il sera doux, si son prédécesseur a « été sévère; heureux encore si ce n'est qu'à l'égard des sol- « dats et qu'il tienne bien les officiers; on est sûr aussi que. « pour se faire un mérite vis-à-vis de ses généraux, il sera « dur, si celui qu'il remplace n'était qu'indulgent. C'est un « hasard; l'un arrive au point de gagner la confiance des in- « férieurs; l'autre se trouve dans le cas d'avoir celle des supé- « rieurs. Le grand nombre séduit le premier, la puissance < console le dernier. »

Heureusement, mon prédécesseur n'était pas doux, mais je suis sévère d'une autre manière. Le laisser-aller dans le service militaire et moi, nous n'irons jamais eosemble.

J'ai été aux tirés de Sermaise, dans la forêt de Fontainebleau. Monsieur. M. le duc d'Angoulémc y sont venus chasser. Je n'avais pas idée de ces arrangements de chasse pour les princes. Un grand espace de forêt coupé en buisson a trois pieds de haut, avec une allée au milieu et une de chaque côté du tiré. Dans l'allée du milieu était Monsieur, dans celle de droite M. le duc d'Angouléme, dans celle de gauche M. de Maillé, premier gentilhomme; ils étaient suivis chacun de quinze soldats placés les uns derrière les autres, portant des fusils. Les faisans abondaient: on les avait ramassés la veille

los plaintes sur ma sévorik-, j'ai laissé dire. J*ai donné des bals à Melun comme à Moulins. (Mole du maréchal.)

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