CHAPITRE XII. — NOVEMBRE
par des battues; d'autres batteurs les faisaient lever à l'approche des princes rpii s'avanr'aient; pour nioi-môme, qui n'ai jamais aimé la chasse, je trouve cela amusant. Monsieur m'a invité à diuer à Chailly; il m'a envoyé du i,nbier. Il fait toujours cette politesse aux colonels de la garde dans les lieux où il vient chasser.
M. le duc d'Angoulôme et lui sont toujours en discussion sur le nombre de pièces tirées par eux. Monsieur tire très bien. M. le duc d'AngouIôme, avec sa vue basse, met des lunettes et fait aussi une grande consommation de gibier.
J'ai été une autre fois à une chasse à courre. C'était justement mon début. Elle a été tout de travers; l'équipage du Uoi est néanmoins fort bon.
30 octobre. — Nous avons quitté Melun pour prendre le service à Paris; nous y sommes arrivés le 31.
Chaque régiment de cavalerie de la garde a deux mois de service; il en existe quatre de cavalerie légère, quatre de grosse cavalerie, un de chaque arme auprès du Roi. Après six mois de garnison, on revient deux mois à Paris; par cet arrangement, on change de saison.
Nous avons été présentés, suivant l'usage, au Roi, aux princes, au major général de service; nous avons rendu des visites à nos officiers généraux.
Il y a un colonel ou un lieutenant-colonel aux Tuileries chaque jour: il est chargé de la surveillance de tous les postes, dont la force se monte à 392 hommes, ofliciers compris, 63 factionnaires de jour, 57 de nuit; de plus, un poste de garde nationale de 44 hommes.
4 novembre. — A ma ronde de jour, il manquait 34 gardes nationaux. Le chef de poste m'a donné pour raison qu'il n'avait pas de sergent, que la mort de celui-ci, deux jours auparavant, n'avait pas laissé le temps d'en commander un autre; la raison lui a paru si bonne qu'il l'a consignée sur son rapport écrit. Ne pouvant, la nuit, arracher ces gardes nationaux de leur corps de garde, lors de ma visite de poste, j'y suis entré; leur capitaine leur criait : • Sortez, messieurs, sortez, je vous en prie, ceci n'est pas une plaisanterie. »
M. de la Moussaye, très bon officier, jeune lieutenant des housards de la garde, détaché à Yillejuif en escorte, a fait battre par ses housards et jeter hors d'une cour l'homme chargé des logements. Je l'ai fait mettre en prison. Le comte de Saint-Romans, pair de France, maire de Villejuif, me voyant le premier à punir un pareil désordre, a empêché l'affaire d'être portée devant les tribunaux.
J'ai dit aux officiers, à la parade, que, commandant des régiments depuis dix ans, je n'avais pas vu pareille chose. « Je réprimerai, leur ai-je dit sévèrement, toute querelle avec « les habitants; on attaque rarement, je le sais par expérience, « un homme armé; je commencerai par mettre aux arrêts « simples huit jours tout officier qui se sera disputé avec un « bourgeois, sauf ensuite à lui infliger les arrêts de rigueur, « s'il a tort. On ne doit jamais se faire justice soi-même; on « mérite par Là les punitions les plus graves. Si vous aviez à « vons plaindre des habitants, je ne négligerais rien pour que « justice vous fût rendue. » Cela a calmé des jeunes gens qui trouvaient l'action de M. de la Moussaye la plus simple du monde.
Lors de mes gardes aux Tuileries, il me faut une heure à cheval pour la ronde des postes extérieurs, une à pied pour les postes intérieurs; j'en fais une de chaque espèce, de jour; une intérieure, de nuit.
14. — Il manquait 35 hommes et les officiers au poste do la garde nationale; le capitaine m'a donné pour excuse qu'il montait la garde pour un autre, qu'il avait été prévenu la veille seulement, qu'il n'avait pas pu se dispenser d'aller chez lui, des gens y étant priés à dîner.
Un capitaine de garde nationale, une autre fois, sur ma remarque qu'il lui manquait des hommes, m'a répondu : « Sept de ces messieurs m'ont envoyé des lettres d'excuse à « midi. »
A neuf heures du matin, le colonel de jour remet au major général de la garde le rapport des postes des vingt-quatre heures.
Notre ministère est divisé en deux sur la question espa-