‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862Chapitre 179 sur 196 · CHAPITRE XII — DKCEMBRK · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII — DKCEMBRK

gnolc : MM. de Villèle, de Corbière, de Lauriston sont pour la paix; MM. de Montmorency, de Peyronnet, le duc de Bellune, pour la i^uerre.

I.c colonel du 38" de li.^ne a été remplacé par M. de Chérisay, ofiicier des ii^ardes du corps. Il y a de la désertion dans ce corps, dans le 48' léger. Le gouvernement se méfie de quelques régiments.

Décembre. — M. le vicomte de Montmorency est arrivé du congrès de Vérone le 30 novembre. On s'attendait à de grandes nouvelles à son retour; au lieu de cela, on n'a eu qu'un article vague et ambigu du Moniteur, le i*' décembre, et un événement de cour, le Roi l'a créé duc, dans son cabinet, le matin. Il lui a dit : « Monsieur le duc, comment vous appellerai-je? — Sire? — Oui, duc de quoi? Quel nom voulez-vous prendre? » Le ministre s'est confondu en remerciements; il a désiré s'appeler duc Mathieu de Montmorency, et le Roi le lui a accordé. Il a la réputation d'être le ministre ayant le plus poussé à la guerre, en opposition à M. de Villèle, qui ne la veut pas; cela y a fait croire davantage.

Le soir, chez la vicomtesse de Laval, je faisais raconter au commandeur de Ferette l'histoire de ses perroquets et des dames de l'Opéra et de leurs tenants, quand la grosse duchesse Mathieu de Montmorency est arrivée. Elle sortait de chez le Roi; son immensité était couverte d'une robe de velours violet garnie de belles dentelles; au lieu de nouvelles politiques de Vérone, elle nous a appris les petites aventures qui lui étaient arrivées dans les grandes auberges de sa route. Le prince de Talleyrand était sombre et soucieux. A minuit, le duc Mathieu de Montmorency est entré, l'air radieux. M. de Talleyrand lui a marmotté entre les dents un compliment inintelligible; la vue d'un ministre des atïaires étrangères fait toujours mal à ce prince ; tout autre que lui remplissant cet emploi lui paraît un usurpateur.

Le jeune prince de Ligne, élevé par les Jésuites, à Saint- Acheul, possédant une jolie ligure, dix-huit ans. 100,000 livres de rente, avec la certitude d'en avoir 500,000 un jour, a épousé Mlle de Conflans, fille de son tuteur.

M. Paul de Noailles s'est marié avec Mlle Alicia de Mortemart. sœur du duc de Mortemart; c'est le fils du marquis de Noailles, possesseur de la terre de Maintenon. Le duc de Noailles Ta fait héritier de son titre et de sa pairie; il a pris en se mariant le titre de duc d'Aven. Il est gentil dans sa petite taille et ressemble à ce que devait être le duc de Mouchy dans sa jeunesse. Il est < ambulant » dans les gardes du corps. On appelle ainsi ceux qui accompagnent les capitaines des gardes aux Tuileries, quand ils montent et descendent les escaliers; il a quitté le service.

19. — Jai vu, chez le ministre de l'intérieur, sir Charles Stuart. ambassadeur d\\ngleterre, appuyé contre un des côtés dune cheminée; Pozzo di Borgo était de l'autre; on disait ; « Voilà la paix et la guerre en présence. »

Le duc de Wellington est parti précipitamment pour Londres en apprenant l'ultimatum des puissances continentales contre l'Espagne.

On a fait beaucoup de plaisanteries sur la mauvaise chère de Mme Mathieu de Montmorency et de son illustre époux, ministre des affaires étrangères. Mme la duchesse d'Angoulême lui a dit ; « Mathieu, vous faites une chère détestable. » Il lui a répondu ; « Ce n'est pas moi, je ne m'en mêle pas. » Madame lui a répliqué : « Vous avez tort; je m'en suis « informée, c'est exécrable, c'est honteux. » A un dtner de quarante-cinq personnes, il y avait, à un bout de la table, un très beau turbot; à l'autre, une pièce de bœuf qui n'était pas cuite. Les vingt premiers affamés ont mangé le turbot; les autres ont voulu se jeter sur la pièce de bœuf, ils n'ont pas pu l'avaler. Le service était fait par quatre petits laquais en livrée, un chasseur, deux laquais de louage en bleu, trois garçons de bureau en uniforme, deux huissiers, un maître dhùtel et un valet de chambre.

On n'épargne pas. et avec raison, les quolibets à la duchesse Mathieu : outre les gros appointements du ministre des affaires étrangères, la fortune particulière du ménage est énorme. Mme Mathieu de Montmorency, les jours de réceptions, place les femmes en cercle et ne leur parle pas; aussi

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