CHAPITRE XII — FEVRIER
ensemble et dans ses détails une superbe fête. On y entourait le baron d'Eroles et Qucsada, généraux de la Foi, récemment repoussés sur le territoire français par les constitutionnels espagnols.
On a formé quatre nouveaux régiments d'infanterie, les Gl», 62% 63" et 64" de ligne; on a formé aussi les 5* et G* escadrons dans vingt régiments de chasseurs.
M. de Lagarde. notre ambassadeur à Madrid, est arrivé à Paris le 9 février.
Il y a eu quelques petites démissions par-ci par-là. L'armée est, en général, animée d'un excellent esprit et de la meilleure volonté. Une campagne fera grand bien : cela donnera l'occasion à ceux qui ont attrapé des épaulettes d'ollicier supérieur, sans avoir vu le feu, de faire leurs .preuves; c'est nécessaire même pour leur satisfaction personnelle. Une chose ne se donne pas dans les troupes; c'est la confiance. Les officiers arrivés par la maison du Roi à des grades supérieurs, sans avoir passé par les grades inférieurs, ne l'obtiendrontjamais. en dépit de leur envie ; plusieurs d'entre eux, ayant de l'esprit, le sentent ; ils m'ont souvent répété que c'était une source de désagréments continuels; leurs subordonnés, tout en rendant justice à ceux qui ont travaillé à apprendre leur métier, sont toujours prêts à critiquer leurs ordres, tandis que les mêmes ordres donnés par un officier d'un mérite militaire reconnu sont exécutés de bon cœur. Les officiers des grades inférieurs n'ayant pas servi avant la Restauration, tout comme ceux qui ont fait la guerre, sont dans ces dispositions.
On avait donné au marquis do Lauriston le citmmandement d'un corps d'armée; il a demandé qui signerait à son ministère pendant son absence, on lui a répondu : • Le ministre nommé par le Roi. » Il a préféré alors quitter le coips d'armée et garder son ministère.
Le maréchal Moncey, nommé au commandement de l armée de Catalogne, m'a raconté (]u'il n'avait consulté ni son i\ge, ni ses infirmités, mais seulement son dévouement, et tpi'il s'est rendu aux ordres du Roi aussitôt leur réception ; puis il s'est étendu sur les dépenses d'uniformes que cela lui a fait faire.
Mars. — 31. le duc d'Angoulême est parti le do mars pour Perpignan; les troupes devaient être réunies le 7 sur les frontières. M. le duc d'Angoulême emporte des idées pacifiques; la paix n'est possible à conclure honorablement que par la force des armes, ou par une révolution dans le pays. M. le duc d'Angoulême a des pleins pouvoirs pour l'avancement et pour toutes choses de son armée.
On avait compté sur beaucoup d'approvisionnements en magasin; ils se sont trouvés hors de service. On a voulu établir un camp près de Bayonne; au premier coup de vent, les tentes, pourries, sont tombées en lambeaux, et il a fallu cantonner les troupes dans les villages, qui ont été surchargés.
11 y avait à Paris douze fourgons; on les a amenés à l'hôpital du Val-de-Grâce, pour le transport des médicaments; trois seulement étaient en état de service et avaient des attelages: trois autres, au moyen de fortes réparations, pouvaient aller, mais point de chevaux pour les traîner; on les a envoyés par le roulage; les six autres hors de service ont été démolis.
On s'est souvenu, un peu tard, qu'un équipage de pont était nécessaire; au lieu de le construire à Bayonne, il l'a été à Strasbourg, parce qu'on avait du bois dans cette ville; il fallait cinq cents chevaux pour le traîner, on ne les avait pas; les bateaux ont voyagé par le roulage accéléré. Les harnais du train (Uartillerie, en magasin, se sont trouvés hors de service, au moment de les employer.
Le 6 mars, à Bayonne, le prix du grain a doublé; il n'y avait pas d'approvisionnements. Heureusement des bâtiments en ont apporté de Bretagne. L'intendant de l'armée, Sicard, est arrivé à Bayonne le 10 mars seulement.
Mon ancien régiment cantonné sur la frontière, sur vingtneuf jours de marche, en a eu vingt-six de pluie; presque tous les chevaux ayant des selles du nouveau modèle ont été blessés. On a changé de selle cinq ou six fois depuis 1815; on a trouvé des inconvénients à tous les modèles; il y a, entre autres, une selle de 1821 dans le siège de laquelle leshousards sont tout droits et ne peuvent tenir: de perfections en perfections, on en est arrivé là. Les pistolets n'entrent pas dans les
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fontes; elles sont faites pour ceux d'une nouvelle forme qui ne seront peut-être pas en service dans vingt ans. Il est fâcheux qu'au lieu de tous ces changements on ne s'en soit pas tenu à la simple selle hongroise, avec une honne couverture et une peau de mouton pour schabraque qui est en usage dans les housards depuis leur création. C'est avec elle qu'on a fait toutes les guerres; elle est plus légère, beaucoup supérieure au modèle actuel, auquel on a adopté des panneaux rembourrés qui se défont en route et des demi-couvertures qui blessent les chevaux. Il y a, de plus, un tas de coussinets pour les cuisses et le siège du cavalier, qui se perdent successivement en route. Sûrement on avait reconnu des inconvénients à l'ancienne selle; rien n'étant parfait en ce monde, il faut prendre la selle 'offrant le moins d'imperfections. Beaucoup de régiments ont eu, il est vrai, un grand nombre de chevaux blessés dans nos dernières campagnes; cela provenait de ce qu'au lieu de mettre sous les selles de grosses couvertures, on achetait dans certains corps des demi-couvertures, afin de gagner la moitié du prix accordé parle gouvernement. Après huit ans de repos, au moment d'entrer en campagne, on s'est trouvé, en France, aussi neuf que si on n'avait jamais fait la guerre.
Le maréchal duc de Bellune, ministre de la guerre, et le lieutenant général de Coetlosquet, sont partis pour liayonne le 23 mars; ce dernier lui a dit : < Monsieur le maréchal, nous voilà en voiture, la mystification est complète. » Un complot dans lequel on disait plusieurs officiers conq)romis, entre autres un aide de camp du général Guilleminot, majoi* général de l'armée, a été le prétexte de ce voyage, produit d'une intrigue pourôter au duc de Bellune le ministère de la guerre. On a mis en avant les abus dans les marchés de l'armée, auxquels on rend à ce marcM-hal la justice d'être tout à fait étranger.
Le Moniteur du 23 mars contient la nomination du lieutenant général vicomte Digeon comme ministre secrétaire d'Ktat ayant le portefeuille de la guerre; il a conservé le commandement de sa division de la narde.
Le général Digeon, nommé par intérim, s'est considéré comme ministre définitif; il a nommé M. de Caux directeur du personnel, a rétabli la place de secrétaire général pour la donner à l'intendant Denniée, a fait d'autres changements dans les bureaux; le jour de son entrée au ministère, il a signé : « Ayant le portefeuille par intérim »: le second jour : « Ayant le portefeuille »; puis : « Le ministre de la guerre » tout simplement. Le Roi a demandé, le 28 mars, si l'on avait des nouvelles de son ministre de la guerre; le lendemain, si l'on en avait du maréchal Victor.
La duchesse de Bellune occupait toujours le premier étage de l'hôtel de la guerre, d'où de fait elle a reconquis le ministère à son mari. Le général Digeon logeait au rez-de-chaussée, était réellement ministre; il a congédié M. de Perceval, directeur du matériel.
On a appris le 28 mars le départ du roi d'Espagne très paisiblement pour Séville, accompagné de plus de seize mille personnes.
Les housards de la garde se sont rendus le 31 mars à Paris, pour y prendre le service; j'ai donné un grand déjeuner sur le pré, avant la barrière, à cinquante officiers.
Avril. — Le i2, le vicomte Uigeon a reçu en qualité de ministre de la guerre; le duc de Bellune est arrivé le lendemain, a repris le portefeuille; le vicomte Digeon a été nommé ministre d'État et a ressaisi le commandement de sa division. Les changements faits dans les bureaux pendant l'absence du duc de Bellune ont été annulés; les anciens employés ont repris leurs places; cela a été curieux, le vicomte Digeon ayant bouleversé le ministère.
Nous avons donné, le 14 avril, un bal magnifique dans la grande salle à manger b;\tie par le prince de Soubise pour les soupers de Louis XV; avec ses colonnes en stuc, ses glaces, ses statues, sa galerie supérieure, elle semble faite exprès pour une fête. Les Menus (1) nous ont prèle un parquet; le bufl'et était dans le grand salon, avec un souper en petites
(1) Le Garde-Meublo.