CHAPITRE XII. — OCTOBRK
maréch.al de camp français et gcntillioiniiie d'iionncur de M. le duc d'Angoulùine. En i815, au pont de la Drôinc, ce prince l'a nommé lieutenant général. Il a, depuis, commandé la division de Marseille; il est d'une excessive dévotion, mais tolérant; son opinion : ultra-royaliste.
Le général Moncey, sous lequel il servait en Catalogne, l'ayant pris en grippe, l'avait employé à l'arrière de l'armée au blocus de Figuièrcs; au moment où il allait rentrer en France à cause de sa mauvaise santé et des désagréments qu'il éprouvait, le hasard lui a procuré le plus beau combat de la campagne. Il en a eu tout l'honneur; il n'en avait pas moins entièrement perdu la tête.
Le baron de Damas, rentré en France, se trouvait à Hautefort, terre de sa femme, où on lui a dépêché un courrier pour lui annoncer son élévation au ministère; son étonnement a été grand, celui du public n'a pas été moindre. iM. de Chateaubriand et M. de Villèle ont choisi M. de Damas par la conviction de sa nullité et de sa parfaite soumission à leurs volontés. Bien souvent, dans le monde, l'incapacité n'est pas un obstacle à l'avancement; celle du baron de Damas ne laisse rien à désirer. Le colonel Lasnon, chef de l'artillerie de Marseille à l'époque où M. de Damas y commandait la division, m'a raconté qu'un jour cet officier général l'avait fait venir pour lui dire qu'ayant seulement vingt-quatre pièces de canon dans la place, il était embarrassé pour faire tirer trente-six coups de canon à l'arrivée de Mme hi duchesse de Berry; qu'en conséquence, il avait écrit à Toulon de lui en envoyer douze. Le colonel Lasnon a eu de la peine à lui faire comprendre qu'il n'y avait pas besoin de trente-six pièces de canon pour tirer trente-six coups.
Le roi d'Espagne a poussé la sottise au point dotïrir à M. le duc d'Angoulème un duché de iîOO.fXK) livres de rente avec le titre de prince de Trocadéro et un palais à .Madrid. Son Altesse Royale lui a renvoyé le diplôme et lui a écrit une lettre de remontrances très noble sur son absurde conduite. Le roi d'Espagne a donné en masse à nos ministres le grand cordon de Charles III; le major général Cuilleminot ayant eu
la Toison d'or, M. de Chateaubriand, ministre des affaires étrangères, a été peu flatté de recevoir seulement le grand cordon de Charles III. Ferdinand VII s'est montré prodigue de décorations pour notre armée.
24. — Pendant ma ronde au château, Julien Leroy, horloger de Sa Majesté, capitaine de la garde nationale, a oublié le mot d'ordre; il est venu ensuite me demander la cérémonie à faire pour reconnaître une ronde, motivant son ignorance sur ce qu'étant 480 capitaines dans la garde nationale, il monte la garde aux Tuileries tous les 480 jours seulement. Lorsque le maréchal Oudinot était major général de service, le commandement de la garde nationale lui valant 100.000 fr. de rente, il n'aimait pas les rapports sur leur mauvaise manière de servir; il recommandait toujours de les laisser tranquilles.
2 novembre. — A ma garde, aujourd'hui, le Roi nous a donné pour mot d'ordre : Saint-Sosthène et Saintes, le premier en l'honneur de M. Sosthène de La Rochefoucauld, l'àme damnée de Mme du Gayla; le second, à cause de sa terre près de cette ville. Ce mot d'ordre est un petit détail, mais qui prouve cependant une faveur de tous les instants.
On m'écrit d'Espagne que la moitié seulement de la besogne est faite, et que les partis sont exaspérés au point de rendre nécessaire la présence d'une forte armée d'occupation.
7. — Il y a défense absolue au château d'entrer chez le Roi quand il est enfermé avec Mme du Cayla, le mercredi. Le Roi est mieux depuis quelques jours. On m'a assuré, cependant, que le fond de sa santé est si mauvais et que ses jambes coulent tellement, que les médecins ont déclaré qu'il ne pouvait pas vivre plus de deux mois, supposé qu'il aille jusque-là.
10. — J'ai remarqué, à la soirée de musique du duc de Blacas, l'horrible figure de Mme Pamphile Lacroix, ayant au milieu de son front, sur un turban, les épaulettcs en or portées par elle à la dernière campagne en qualité d'aide de camp de son mari; ce nouveau genre d'ornement ne deviendra pas à la mode.