II PREFACE
Ce livre n'a pas besoin de préface, l'auteur s'y montre lui-même simplement et véridiquement; le lecteur le verra vivre sur une seule idée depuis son entrée au service, à l'âge de seize ans, jusqu'à sa mort.
Dès sa petite enfance, sa vocation militaire s'était montrée; il avait, à la campagne, organisé une troupe de gamins du village, très jeunes, il faut le croire, car, un jour, son père, en rentrant chez lui, vit que le billard était sans drap. Il demanda d'où venait l'accident, on lui répondit : « C'est M. Boni qui l'a coupé pour habiller son régiment. » Depuis ce jour, « son goût pour le métier des armes, comme il le dit lui-même, ne se démentit jamais ».
Né dans le grand monde, il en avait gardé les instincts, les goûts et les habitudes, tout en menant la vie de soldat fervent^ instruit et sérieux. Les difficultés qu'il eut dans sa carrière vinrent de sa volonté ferme de faire observer les règlements, notamment celui sur le port de l'uniforme. Lorsque ses chefs lui conseillaient de mettre moins de rigueur dans son exécution, il répondait que si on ne faisait pas respecter celui-là, il n'y avait pas de raison pour faire exécuter les autres, et qu'il était prêt à faire tout ce que l'on voudrait, pourvu qu'on lui donnât un ordre par écrit. Aucun gouvernement ne le fit jamais. « Si vous m'ordonniez, disait mon père, de mettre les soldais en pantoufles, demain, ils seraient tous en pantoulles. » 11 croyait au prestige de la tenue : « Que penseriez-vous, disait-il, d'un évé(jU(* qui vous (K)inierait audience en veston? »
Le l'y* régiment de housards qu'il forma est resté légendaire. Pour débuter, on lui avait donné cinquante hommes « marchandise mêlée », et un seul cheval; en deux ans, il en fit, au témoignage de gens du métier, le
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Dans tous ses comnnandements, en France comme à l'étrangler, il se fit aimer et respecter de tous : il avait pour principe qu'il valait mieux prévenir l'émeute que la réprimer, et, grâce à sa réputation de fermeté bien établie, jamais il n'eut à faire tirer un coup de fusil pour maintenir l'ordre, dans les endroits où il commandait, même pendant les temps les plus troublés.
En Espagne, h Barcelone et à Puerto Santa Maria, on garda de lui pendant longtemps un souvenir reconnaissant, pour la manière douce et ferme à la fois dont il avait exercé son commandement. A Perpignan, où il résida pendant quatorze ans, les babitants firent spontanément célébrer un service, quand ils apprirent la nouvelle de sa mort.
A Lyon enfin, (jui fut la capitale d'un commandement qui s'étendait sur vingt-deux départements, sa situation était très grande. Son liospitalité était large et cordiale, sa charité inépuisable ; il avait pour principe de dépenser tout ce qu'il recevait de l'Etat. Son exquise politesse était celle d'un autre temps ; il l'exerçait envers le dernier sous-lieutenant aussi bien qu'envers les premiers fonctionnaires, et tous profitaient de l'exemple. Chez lui, les gens des partis les plus opposés oubliaient la différence de leurs opinions; le commerce avait confiance en sa fermeté et lui était reconnaissant de sa sollicitude; là, comme ailleurs, les honnêtes gens se groupaient autour de lui. Il pensait que civils et militaires doivent toujours s'entendre pour le bien général, et l'on pourra voir à la fin de ce Journal coiuh'ii'n, de concert avec le préfet, M. Vaïsse, il usa de son crédit sur l'empereur Napoléon III pour
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