‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862Chapitre 23 sur 196 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

heures du soir, eu veitu d'un aruiislice. Je fus occup<^ toute la journ(^e à le copier dans la tente de Sa Majesté. Elle m'envoya, à Iniit lieures du s(mi'. rhercher un oflicier qui était déjàsuria route deViennc;je le rejiji^'nis àStokerau,et j'étais à Vienne à dix heures du matin, ayant fait vingt-quatre lieues sur le même cheval.

L'Knipereur ariiva dans la soirée à Schrrnhrunn. Le 1 i. je fus de service. Le service se relevait à sejit heures du matin; (jn faisait alors létat des officiers. L'aide de camp général le remettait à l'Empereur. Chacun était placé sur cette liste, suivant son tour à marcher; souvent Sa Majesté faisait partir le dernier, souvent elle voulait tel ou tel ofïicier. Le décret prescrivait que la moitié des officiers serait de service; pendant l'armistice, on en commandait le tiers seulement : nous étions donc de service tous les trois jours. A dix heures, on déjeunait; notre table se composait des officiers d'ordonnance, des aides de camp des aides de camp généraux, des officiers de la garde de service, des fourriers du palais, des pages, des médecins, des chirurgiens ordinaires de quartier. Parade à onze heures, les aides de camp généraux derrière l'Empereur, derrière eux leurs aides de camp, à leur droite les officiers d'ordonnance, à leur gauche les aides de camp du major général. On dînait à cinq heures. L'Empereur déjeunait après la parade, dînait à six ou sept heures du soir, avec le prince de NeufchAtel. et le prince Eugène, quand il se trouvait à son quartier impérial; il invitait aussi parfois les maréchaux. Sa Majesté se promenait souvent, après son dîner, dans les jardins de Schœnbrunn; nous la suivions. Elle se couchait à neuf ou dix heures du soir et se relevait dans la nuit pour travailler. Au moment de son coucher, on apportait des matelas, sur lesquels nous nous étendions tout habillés, comme de raison; les valets de pied les enlevaient à cinq heures du matin. Il y avait des canapés dans la chambre à coté; lorsqu'on en attrapait un. nn pouvait dormir jusqu'à sept heures. L'aide de camp général et l'écuyer de service couchaient dans le premier salon. Nous étions presque toujours réunis pendant le jour, dans la même pièce; on se tenait

6è JOURNAL DU MARECHAL DE CASTELLANE.

aussi dans une salle de billard à côté, sur lequel on jouait au kreps. La manie du jeu s'était emparée de l'armée : c'était tout simple: après des marches, des combats rapides, elle se trouvait dans des bivouacs, dans des cantonnements, et chacun avait le sentiment de jouir vite, ne croyant pas jouir longtemps. Un ordre de l'armée défendit de jouer; on n'en continua pas moins au grand quartier général. Le prince de Neufchâtel. passant près du billard sur lequel on faisait rouler les dés. prit le cornet et dit : « Sept à la main », pour prouver que la défense ne nous regardait pas.

Voici la vie du salon de service de Schœnbrunn : on lisait, OTi jouait, on causait, on dormait comme dans tous les salons de service du monde. Le général Lebrun, possesseur du cornet et des dés. était le plus grand amateur; il avait mis le jeu en train au quartier général. Une nuit. l'Empereur l'appela: personne ne répondit. Sa Majesté traversa sur la pointe des pieds, en chemise, le premier salon où cet officier général devait être, le second où nous étions, et arriva au billard. Elle vît le général Lebrun s'escrimant. le cornet à la main, avec Anatole de Montesquioti. Sa Majesté rentra daûs son cabinet et appela avec force le général. Nous l'avertissons: il accourt. « Où étiez-tous. Lebrun ? Dans le billard, à jouer? — (hii. Sire. — Avec qui? — Avec Canisy (lécuyer de service). — Voilà comme vous mentez toujours; Canisy dormait. Vous étiez avec Anatole de Montesquiou; vous mettez à nrïal tous nfiés jeunes gens. »

Le général Savary commandait les officiers de l'état-major. Il remplaçait le grand écuyer pendant cette campagne : il était aussi chargé de la police du quartier général, en sa qualité (\o colonel de la licnflarrneric d'élite: le général Savary notait en cette qualité estimé de personne, mais craint de tous. Il rendait compte de la conduite de chacun, du plus petit au plus grand. Je ne crois pas môme que le grand maréchal ait été oublié dans ses rapports. Le chef d'escadron de la gendarmerie d'élite Meckencm était chargé des rapports sur le salon de service. C'était un brave espion : pour remplir sa mission convenableniont. il était oblia:é de faire comme les

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