CHAPITRE III — MAI 1812. 9i
était question, depuis deux mois, du départ de l'Kmpereur. Toute la f,'arde impériale a quitté Paris. Le 6 mai, le comte de Lobau m'a donné Tordre de me mettre en route. Je suis parti le 7 en ch;nMot de poste, avec Perrin. s(jn neveu, mon camarade, brave officier, et mon Basque Ayharts. Nous avons fait, à Nancy, un bon dfner cbez M. Fozel. ricbe né^'ociant. beaufrère du général Mouton.
10 mai. — Nous sommes débarqués à une heure du matin à Huningue. dans les pénates de mon compagnon de voyage; son père m'a accueilli avec beaucoup de cordialité.
Ma voiture avait besoin détre raccommodée, et j'avais envie devoir Strasbourg, j'ai quitté Huningue à quatre heures du soir: j'ai rencontré beaucoup de chars traînés par des bœufs, il n'en arrivera pas beaucoup à l'armée, les soldats du train, que cela ennuie, les assomment.
il. — Séjour à Strasbourg. J'ai vu le mausolée du maréhal de Saxe à l'église protestante de Saint-Thomas, et des momies d'un prince de Nassau et de sa lille qui ont trois cents ans: j'ai été à la promenade Contades. qui est hors des remparts, et à celle du Broglie. au milieu de la ville.
12. — Je suis parti à midi de Strasbourg avec Perrin. qui m'a rejoint ce matin; nous avons passé le Rhin à KehI. Les postillons allemands sont insupportables par leur lenteur. Rien ne les émeut. Les Badois et les "NVurtembergeois sont vêtus en jaune, les premiers avec des revers rouges, les seconds avec des revers noirs.
14. — Nous sommes arrivés à Feutchtwung. première |)0ste bavaroise: les postillons sont en bleu de ciel, revers noirs, galons d'argent, plumet blanc et bleu de ciel, chapeau rond.
De Nuremberg à Bayreuth. où nous avons rejoint l'Kmpereur, les chemins sont détestables : beaucoup de sables. L'aspect des sapins rend le pays peu gai.
Nous sommes partis de Bayreuth en môme temps que l'Empereur, à huit heures. Montées et descentes jusqu'à Ueichenbach.
En sortant de cette ville, nous avons versé, à une heure et
demie du matin, dans la boue; au jour, nous y étions encore enfoncés, au milieu d'un épais brouillard.
16. — Nous sommes arrivés à Dresde, illuminé pour l'entrée de TEmpereur. La suite de l'Empereur est logée et défrayée par le roi de Saxe.
Le palais du roi, meublé à l'antique, est un grand amas de bâtiments entassés les uns sur les autres. Le roi a des Cent- Suisses saxons, ayant des hallebardes et des chapeaux à trois cornes égales, avec une plume, des perruques rondes poudrées à trois marteaux, le reste de l'habillement semblable à celui des scaramouches en taffetas bleu et jaune. Les grenadiers de la garde sont beaux, vêtus en habits rouges à revers jaunes; les cuirassiers en ont des blancs avec des cuirasses noires, leur casque est superbe.
18. — Séjour à Dresde. L'empereur et l'impératrice d'Autriche sont arrivés. On a illuminé pour l'arrivée de Tempereur d'Autriche. On met des bougies ou des chandelles contre les fenêtres, en dedans, sur une planche percée; c'est la manière de Dresde. Il n'y a rien de remarquable dans les illuminations du palais; elles se composent de bouteilles de verre blanc remplies d'huile, ce qui ne donne pas tant de lumière que les lampions.
19. — Séjour à Dresde. J'ai été voir l'arsenal des armes antiques qui est extrêmement curieux; j'y ai remarqué la première arme inventée par Berthold Schwartz, les armures d'Auguste II et toutes celles qui ont servi dans les tournois sous son règne, l'armure de Jean Sobicski, celle de Gustave- Adolphe, une épée que Charles XII avait lorsqu'il est venu à Dresde, les pistolets, qui sont extrêmement simples, dont il se servait à l'époque où il fut tué à Frederikssteen en 1718, l'épéc et le chapeau de Pierre le Grand lorsqu'il est venu à Dresde; ce chapeau ressemble à un vilain petit chapeau de curé. La cour d'Auguste était d'une grande magnificence; on peut en jivoir une idée par la richesse des armes et des équi- ]>ages de chevaux, (pii sont couverts de pierreries; il y a deux chevaliers armés de pied en cap, à cheval, la lance en arrêt, avec des plumes en quantité, de cinq à six pieds au-dessus