‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862Chapitre 35 sur 196 · CHAPITRE IV. — AOUT 181i · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. — AOUT 181i

Je me suis jeté promptement sur la droite, malgré le feu de ces tirailleurs, et j'ai rejoint le chemin me conduisant au général Éblé. Les deuxponts étaientétablis, et le ducd'Abrantès passait avec les Westphalicns. L'Empereur lui en a récemment donné le commandement. Le général Éblé m'a appris qu'un de ses aides de camp, ayant voulu suivre le bord de l'eau, avait à grand'peine échappé aux Russes.

A mon retour à Smolensk, l'Empereur n'y était plus; je l'ai rejoint à une lieue et demie sur la rive droite. Il était avec le roi de Naples et le maréchal Ney, examinant d'une éminence les positions des Russes. On s'est canonné et tiraillé jusqu'à cinq heures. Ce pays n'est que bois, collines et ravins.

A six heures on a fait avancer la division Gudin, du i" corps, et le 3* corps; ils ont engagé une fusillade très vive. La division Gudin a été neuf fois à la charge, s'est battue à la baïonnette; les soldats se sont pris aux cheveux avec les Russes. Le combat de Valoutina a duré jusqu'à minuit. Nous nous sommes emparés du plateau, non sans perte; celle de la journée s'élève à huit mille hommes tués ou blessés.

Le brave général de division comte Gudin, officier général de premier mérite, d'une probité reconnue, a eu une jambe emportée et le mollet de l'autre. Il succombera à ces cruelles blessures. L'Empereur a ordonné à la division Priant de charger. Elle était fraîche; celle de Gudin avait été vigoureusement engagée les jours précédents. Le prince d'Eckmûhl a observé à Sa Majesté que le général Priant ne pouvait pas commander sa division, par suite d'un coup de pied de cheval. L'Empereur a donné alors l'ordre à la division Gudin de se porter en avant. Elle a horriblement souffert; cela ne serait pas arrivé si le général Junot avait dirigé les Westphalicns avec plus de détermination et les avait conduits à son secours, comme l'olficier d'ordonnance Gourgaud lui en a porté deux fois l'ordre (1).

mettent hors ligne! Si j'avais fait quelques pas de plus, si mon cheval avait été blessé, j'étais pris, conduit dans l'intérieur de la Russie; à la Restauration, on 1814, au lieu d'ôlre colonel, je serais rentré des prisons : capitaine. (Note du maréchal.) (1) Le duc d'Abrantès avait probablement déjà un commencement de

Le général Desailly a eu la cuisse cassée, le général Dalton le tendon d'Achille et la cheville fracassés. Gourgaud, officier d'ordonnance, envoyé avec Chabot pour rapporter des nouvelles de l'avant-garde, est venu faire son rapport à l'Empereur.

M. de Narbonne a demandé la croix de la Légion d'honneur pour son aide de camp Rohan-Chabot, qui s'est bravement conduit dans cette chaude action. Chargé par le roi de Naples de ramener à l'Empereur un général russe prisonnier, blessé à la tête, il est arrivé à minuit. J'ai cédé ma natte au général russe. Notre service est continuellement sur pied, par l'arrivée des officiers qui se succèdent.

20. — Sa Majesté monte à cheval, à cinq heures du matin, pour aller aux avant-postes. Je vais prévenir le prince Poniatowski, à la droite de la ville, de se rendre de sa personne auprès de l'Empereur. Un autre officier porte le même ordre au vice-roi. Je reviens à Smolensk et je rejoins l'Empereur à cinq lieues sur la route de Moscou. Sa Majesté passe en revue la division Gudin et en donne le commandement au général de brigade Gérard; elle accorde beaucoup de croix et d'avancement.

Le roi de Naples poursuit avec la cavalerie les Russes qui s'en vont en ordre.

L'Empereur revient en voiture à Smolensk; nous prenons à cheval la même route, par une chaleur étouflante et une poussière épouvantable. Nous arrivons à quatre heures et demie: je me couche à huit heures. Nous sommes dans une telle activité depuis dix jours, j'ai été si longtemps sans dormir à mon aise que, m'étant jeté sur un canapé jouant très bien le lit, j'y suis resté près de douze heures sans m'éveiller.

2i. — Un aide de camp du maréchal Oudinot apporte la nouvelle d'un combat du duc de Reggio. Il en a eu deux ou trois du coté de Polosk, il a battu plusieurs fois les Russes.

folie, maladie à larniclh^ il a dû plus tard une triste fin ; il s'ent«Ha A prendre des liaies |)our dos masses de Russes, qui ne lui permettaient pas de s'avancer. On eut beau lui prouver le contraire, lui qui avait fait preuve d'une brillante valeur no voulut absohimcnt pas se battre. {I^ote du maréchal.)

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