‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862Chapitre 36 sur 196 · CHAPITRE IV. — AOUT · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. — AOUT

toujours sans résultat de prisonniers. Ce maréchal a reçu un biscaïen à l'omoplate; sa blessure n'est pas dangereuse.

On apprend la mise en déroute des Russes par le prince Schwartzenberg avec les Autrichiens, par le général lleynier avec les Saxons; ils leur ont fait cinq cents prisonniers.

Le service de nos hôpitaux se fait d'une manière pitoyable : un hôpital de cent blessés a été totalement oublié pendant quatre jours. Le général de division llapp, aide de camp de l'Empereur, a rejoint dernièrement le quartier impérial. Il a été chargé de les visiter; il a fait panser les blessés, leur a fait manger du pain, boire un verre de vin trouvé à Smolensk. Le général Rapp a fait jeter les morts restés depuis quatre jours, à côté des vivants couchés sur la pierre. Ce spectacle des blessés, étendus dans les rues, surtout des Russes, n'est pas gai : L'Empereur a fait donner un napoléon à chaque blessé français ou allié.

Sa Majesté passe la revue des Polonais campés à la droite de la ville; ils forment le 5® corps, sous les ordres du prince Poniatowski.

J'ai visité la cathédrale. Elle est belle; il y a des peintures sur bois très fraîches, trop surchargées d'ornements.

Un bien triste spectacle est celui des malheureux habitants des maisons brûlées, réfugiés dans l'église avec les débris de leurs effets sauvés des flammes; des familles entières, avec des enfants à la mamelle, vivent de pommes de terre, d'herbes, de racines, du peu de farine emporté par eux. On y a placé une garde pour leur en assurer la conservation; nos soldats leur enlevaient ces provisions.

22. — Je suis de service; il y a parade. M. de Mailly, aide de camp du général Gouvion-Saint-Cyr, apporte le rapport d'un combat gagné le 19 devant Polosk par ce général, qui a remplacé le maréchal duc de Reggio après sa blessure. Il a tué ou blessé aux Russes cinq mille hommes, leur a fait mille prisonniers, pris vingt pièces de canon. Notre perte s'élève à trois mille hommes. Le lieutenant Prosper de Grillon a reçu une contusion de biscaïen à la cuisse. Le 6* corps (Bavarois) et le 2« corps, réunis sous les ordres du général en chef Gou-

vion-Saint-Gyr, à Polosk, sont réduits à dix-huit mille hommes. Le roi de Naples est en avant, à douze lieues sur la route de Moscou, avec le 1" corps et sa cavalerie, après avoir passé une seconde fois le Dnieper. Les Russes se retirent lentement,j en ordre; ils brûlent les ponts, les villages; ils ont ménagé la Pologne, mais ils dévastent la Russie, et cela paraît singulier. Le général Lauriston, ambassadeur à Pétersbourg, débarqué à Pillau, près Kœnigsberg, a rejoint le grand quartier impérial à Smolensk.

L'Empereur passe la revue de l'armée d'Italie, traite particulièrement bien la division Delzons, qui s'est trouvée au combat d'Ostrowno. Il accorde beaucoup d'avancement, seize croix par régiment au 8" d'infanterie légère et au 84» de ligne. Ce dernier, à Gratz, dans la campagne de 1809, a reçu pour devise : « Un contre dix. »

23. — Parade. Le beau temps continue. Plus de Juifs depuis notre entrée dans la vieille Russie; ils étaient notre seule ressource pour nous procurer quelque chose. J'ai passé une grande partie de ma journée à copier les notes prises au crayon, la veille, d'après l'Empereur, par le général Narbonne, des promotions faites à la revue. Un aide de camp de l'Empereur en est toujours chargé; ce travail est remis au prince de Neufchàtel, qui expédie là-dessus les brevets. L'Empereur refuse toujours l'avancement des officiers absent*, même des blessés. Un colonel a insisté pour un officier qui s'est distingué et qui n'est pas présent; blessé légèrement, cet officier doit rejoindre incessamment, il y a un cri général en sa faveur. L'Empereur persiste à ne point le nommer: il entre dans sa politique d'encourager, par cette méthode, la présence sous les drapeaux. Le colonel est venu chez le général Narbonne exposer de nouveau les droits de cet officier. La chose était si juste, que cet officier général a pris sur lui de faire ce qu'aucun autre aide de camp i\c l'Empereur n'eiU osé; il l'a ajouté sur la liste. Il en a rendu compte à l'Empereur. L'important pour l'oflicier est d'avoir son brevet, il le recevra, car j.ii en Tordre de IC comprendre dans le travail. 2L — Le roi do Naples est à vingt lieues sur la route de

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