CHAPITRE IV — SEPTEMBRE 18i
une grande partie de la journée, et la boue est considérable; le soir, le temps s'éclaircit et devient plus froid.
L'Empereur se promène à cheval, au pas. Le vice-roi, le roi de Naples, le prince d'Eckmuhi. viennent chez l'Empereur et s'y rencontrent. Le grand maréchal nous lit au salon de service une lettre fort drôle du duc de Plaisance, écrivant de Smolensk que le maire et l'adjoint de cette ville se recommandent à la munificence de l'Empereur, le premier pour avoir des culottes, le second pour avoir des souliers. Il parle de la maladie du général Valence, qui ne s'occupe, dans son délire, que d'habit brodé, d'archichancelier, de prince de Neufchâtel et de division de cuirassiers.
3. — A cinq heures du matin, l'Empereur m'envoie à deux lieues, au roi de Naples, par une gelée blanche et un froid piquant. Je rentre à dix heures à Ghja, où il y a un second séjour.
J'ai perdu mes gants; Turenne, en m'en donnant une paire, m'a fait un grand plaisir. J'en ai pour quelque temps, ayant soin de les ôter par la pluie, pour ne pas les gâter. Mon chapeau, donné par le page, fait pitié, et mes bottes s'en vont. Nous faisons du pain, afin de tâcher d'en avoir pour nos gens jusqu'à la première ville. Voulant me reposer en descendant de service, je m'établis dans un grenier, pour éviter les punaises.
A en juger par notre état-major, il y a bien des malades dans l'armée : sur onze officiers d'ordonnance, quatre sont sur le grabat, avec six aides de camp des aides de camp. Toute l'armée, il est vrai, ne fait pas un service aussi actif que nous.
Il paraît un ordre du jour concernant les voitures; elles devront rester derrière l'artillerie, toujours à deux lieues de l'avant-garde et de la fusillade, sous peine d'être brûlées. L'Empereur a fait mettre le feu à la calèche de M. de Narbonne, rencontrée une fois sur la route. Sa Majesté passée, cet officier général est revenu à sa voiture, a donné dix louis aux soldats, qui ont éteint le feu qu'ils avaient mis.
'/. — Tiburce Sébastiani, capitaine au !!• chasseurs, vient
nous voir; sa compagnie de cent huit hommes en entrant en campagne est de trente-quatre maintenant; son régiment est réduit à deux cent cinquante chevaux. Il y a, il est vrai, des restes en arrière.
Le froid commence à être vif. Notre armée ressemble à la tour de Babel; on ne peut s'approcher d'un bivouac sans entendre parler allemand, français, italien, espagnol, portugais, polonais, flamand, etc.
Voici, non compris les corps des maréchaux Gouvion-Saint- Cyr, duc de Tarente, duc de Bellune. et les Autrichiens sur d'autres points, la situation à peu près exacte des troupes réunies ici et aux environs, qui doivent prendre part à la grande bataille sur laquelle nous comptons ces jours-ci :
Infanterie du maréchal Davout (elle était de 80.000 en entrant en campagne). 45,000 baïonnette
Le maréchal Ney (il en avait 35,000 au passage du Niémen) 10,000 —
Le prince vice-roi, la division Pino est détachée (il était de 52,000 en partant d'Italie) 18,000 —
Les Westphaliens, général Junot (il était de 20.000) 9.000 —
Les Polonais du prince Poniatowski (c'est le reste de 19.000, attendu que la division Dombrowski se trouve détachée) 10.000 —
La garde vieille et jeune est de . . . 12.000 —
En tout 104.000 baïonnettes.
Cavalerie de la garde, des corps des généraux Grouchy, Montbrun. Latour- Maubourg 20.000 sabres.
Artillerie 583 pièces de canon, 250.000 coups à tirer 10.000 artilleurs.
Total des présents sous les armes,
à peu de chose près 134.000 hommes.
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Fac-similé d'une page du carnet de campagne du Maréchal. (Bataille de Ici Mosliowa.)
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