CHAPITRE IV. — SEPTEMBRK
L'ennemi a construit cinq redoutes, vis-à-vis desquelles nous avons élevé des batteries pendant la nuit. L'armée est ainsi disposée : à la droite, les Polonais, les divisions Compans, Dcsaix, et Priant, du 1" corps, sous les ordres du prince d'Eckmûhl; au centre, le roi de Naples, le duc d'Elchingen, ayant sous ses ordres, outre son corps, les Westphalicns commandés par le duc d'Abrantès. A la gauche, vis-à-vis de Borodino, se trouve le vice-roi, avec les divisions Morand et Gérard, du 1" corps, les divisions Delzons et Broussier, de son corps d'armée, et la garde italienne. Le corps du prince Eugène est de ce côté-ci de la Moskowa, le reste de l'armée de l'autre. Nous avons en réserve le duc de Trévise avec son corps composé de la division Roguet, de la jeune garde, de la division de la Vistule, du général Glaparède. Derrière se trouvent les cinq régiments de la vieille garde commandés par le duc de Dantzig, ayant à sa gauche la cavalerie de la garde, sous les ordres du duc d'Istrie.
Les corps de réserve de cavalerie sont ainsi placés : le général Sébastiani avec la cavalerie polonaise, à l'extrême droite; à sa gauche le général Nansouty, puis les corps des généraux Latour-Maubourg, Montbrun et Grouchy. Sûrement plus de trois cent mille hommes sont aux prises. Au commencement de l'action, on a annoncé à l'Empereur que le prince d'Eckmûhl était tué; un moment après, un de ses aides de camp est venu dire à Sa Majesté que son cheval seul était mort, et que le maréchal avait une légère blessure. Le maréchal Davout a continué à commander son corps toute la journée; plus tard, il a reçu une contusion de balle.
On a appris que le général Compans était blessé d'un biscaïen à l'épaule. L'Empereur a envoyé le général Rapp le remplacer; ce dernier, une heure après, a reçu quatre blessures.
Le général Montbrun, tué, a été remplacé par le général baron de Gaulaincourt, gouverneur des pages, faisant le service d'aide de camp de l'Empereur.
On s'est battu jusqu'à la nuit; à deux heures, la bataille était presque gagnée, les quatre redoutes de droite ayant été
enlevées; un courrier a été expédié à Paris. La redoute de gauche a été prise et reprise; le général Caulaincourt y est entré vers trois heures, à la tête du 8« de cuirassiers, soutenu à gauche par la cavalerie du général Grouchy. La division d'infanterie Broussier s'y est portée au pas de course et s'y est maintenue. Le brave général Caulaincourt a été frappé à la poitrine d'un biscaïen, au milieu de la redoute. J'étais fort attaché à cet officier général d'un grand mérite, d'un caractère ferme et droit. Son frère, le duc de Vicence, a appris cette nouvelle d'une manière cruelle. Il était à côté de l'Empereur; un aide de camp est arrivé en sanglotant annoncer la mort de son général. L'Empereur s'est retourné et a dit au duc de Vicence : « Vous avez entendu la triste nouvelle; allez à ma tente. » Le grand écuyer est resté à cheval. On apprend que le général Grouchy a été blessé d'un biscaïen à la poitrine. L'Empereur s'est porté en avant et a passé devant une petite partie de la cavalerie, qui faisait retentir l'air des cris de : « Vive l'Empereur! » Pas un homme de la garde, ni infanterie, ni cavalerie n'a donné. Sa Majesté à six heures du soir est revenue à sa tente; la bataille était comme finie. La division Priant a été cependant depuis vivement engagée; cet officier général a été blessé, ainsi que le général de division Morand l'a été le matin. Tous les généraux de cette division ont été tués ou blessés. On compte quarantehuit officiers généraux atteints, neuf tués.
Les chefs d'escadron Talhouet, du 6« de chasseurs, Labour-
donnaye, du 12% Alphonse de Grouchy, du 19% Garbonnel et
le lieutenant Gramont d'Aster, aide de camp du général de
Grouchy, ont été blessés, ainsi que le capitaine d'artillerie
Camille de Sainte-Aldegonde, officier de valeur et de mérite
attaché au maréchal Ney. Élie de Périgord, aide de camp du
général Nansouty, a reçu une balle; elle a touché son épau-
lette, est retombée morte dans sa main, sans lui faire le
moindre mal. licrengcr. officier d'ordonnance du roi de Naples,,
a eu son colback percé d'un biscaïen juste au-dessus de sa
tête; il ne s'en porte que mieux. Soixante mille coups tirés,
cent quarante mille cartouches, dix heures de bataille, cent