CHAPITRE IV — SEPTEMBRE
à cheval sur-le-champ. Ces régiments étant logés dans des faubourgs éloignés les uns des autres, j'ai été assez longtemps à remplir ma mission. A mon retour, Sa Majesté était à cheval. Elle m'a dit de diriger cette cavalerie vers la redoute en avant de Moscou, route de Mojaïsk. Ces régiments sont rentrés le soir, et Sa Majesté est rentrée aussi à cinq heures. Ce mouvement a été causé par cinquante Cosaques qui ont, à vingt kilomètres de Moscou, surpris un convoi de caissons d'artillerie revenant de chercher des munitions à Smolensk. Ces Cosaques ont mis le feu aux deux bouts du village, et fait sauter quinze caissons, pris cinquante canonniers ou soldats du train; trois se sont échappés et sont venus raconter cet événement. Le même jour, l'avant-garde de cent soixante hommes du général Lanusse, venant de Smolensk, a été enlevée.
Les débris de l'armée russe se portent vers Kalouga. La politesse des Cosaques à nos avant-postes avait pour but de nous amuser, afin d'évacuer des magasins; cette besogne étant faite, ils sont moins polis.
Notre avant-garde est à douze lieues. Le roi de Naples a parlé en ces termes, avec son accent gascon, à un officier envoyé par l'Empereur; il était dans la boue avec ses bottes jaunes : « Dites à l'Empereur que j'ai conduit glorieusement l'avant-garde dé l'armée française au delà dé Moscou; mais je m'ennuie, je m'ennuie, entendez-vous bien? Je veux aller à Naples m'occuper dé mes sujets. »
Il y a des divisions de cavalerie bien faibles; celle commandée par le général de brigade Girardin. en l'absence du général de division Pajol, est de cent soixante sabres; il a été, il est vrai, échiné l'autre jour. Cette division est la plus faible de l'armée. Le 1" de chasseurs, commandé par le chef d'escadron de Vence, est de vingt-quatre sabres, non compris les hommes détachés, plus nombreux que le régiment. Ce corps avait huit cent cinquante-cinq hommes en passant le Niémen.
Moscou était sûrement une des plus belles villes du monde. On ne peut se faire une idée de la magnificence des palais des seigneurs russes; cela s'explique par leur facilité de bâtir au moyen de leurs esclaves, ce qui leur coûte la nourriture seule-
ment. Il en est de même pour l'ameublement : ce qui exigerait deux millions de dépenses en France leur coûte moins de