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Le temps n'est pas très froid, il est question de départ. La cavalerie de la garde a été en reconnaissance cette nuit; le général Narbonne a été envoyé avec quinze chasseurs, afin d'examiner un château à trois lieues de Moscou; il l'a trouvé occupé par quatre cents Cosaques.
23, — Jai été réveillé ce matin, à deux heures, par le général Lebrun; chaque fois que je suis de service avec ce bon et brave général, l'Empereur est sur pied toute la nuit.
Ma journée s'est passée encore sans avoir le temps de respirer. J'ai eu affaire au général d'artillerie Lariboisière à l'arsenal, éloigné de deux lieues de notre logement, pour un fourgon; notre général en avait le plus grand besoin, le sien était cassé; les distances sont énormes à Moscou.
M. de Narbonne donne à déjeuner à une Mme de Chamborand. veuve d'un ancien officier de gendarmerie en France, devenu général en Russie. Ce festin est pour elle un véritable bienfait; elle a tout perdu par l'incendie.
J'ai été dîner au palais. Notre salle à manger est superbe; c'était celle des festins impériaux russes. Elle est fort grande; au milieu est un pilier soutenant les voûtes, en faisant quatre pièces; elle est tendue de velours rouge. Pauvre salle à manger, à quoi étais-tu destinée? Ce ne sont plus l'empereur Alexandre et sa famille dînant dans ton sein; ce sont des ofliciers d'ordonnance, des aides de camp d'aides de camp, des officiers de garde, des menins, des pages, des payeurs, des médecins, chirurgiens, apothicaires de Napoléon.
En retournant chez moi, j'ai traversé la lieue de décombres séparant notre maison du Kremlin. Sur la route, un palais sauvé par miracle sert de caserne à un bataillon du 30- régiment, et à moi de point de mire pour me retrouver la nuit. Les soldats ont allumé les lustres; ils se donnei>t cette jouissance chaque soir.
24. — Nous allons, avec M. de Narbonne et deux cents chasseurs de la garde, reconnaître un château nommé Tsari-