CHAPITRE IV. — SEPTEMBRE
cino, construit par Catherine; l'Empereur a quelques velléités de s'y établir. En outre du principal LAtiment, il y en a plusieurs dans le genre gothique, d'une belle architecture; aucun n'est habitable; les façades seules sont construites, l'intérieur restant à faire; les jardins sont soignés. Nous avions avec nous le prince Sangusko, Polonais, un des moins Gascons des Gascons du Nord attachés à l'état-major. Nous sommes revenus à huit heures du soir. Je suis aise d'avoir vu ce château; je me serais cependant bien passé de cette course. Nous entendons le canon du prince Poniatowski, du côté de Kalouga; son corps est réduit à cinq mille hommes.
25. — L'incendie est à peu près fini; je vois encore brûler ce soir deux maisons. Le temps est beau. Les dragons de la garde ont eu quatre-vingts hommes pris, blessés ou tués par les Cosaques, près de Maloviasma, au château du prince Galitzin, sur la route de Smolensk; le colonel-major Marteau est du nombre de ces derniers. Je l'avais connu au 23* de dragons, à l'armée d'Italie. Le roi de Naples s'est porté à douze lieues de Moscou, n'a rencontré personne, est revenu à huit lieues en arrière, a trouvé l'ennemi, lui a tué du monde; on lui en a tué. Aucun résultat.
26. — On nous a tué ou pris cent cinquante hommes sur la route de Smolensk. Temps humide, sans pluie, pas trop froid. Mme de Chamborand a installé chez M. de Narbonne une dame Solon Grandier, Française de beaucoup de talent sur la harpe, qui ne sait pas plus qu'elle comment manger.
27. — Il tombe de la neige qui fond aussitôt. Je suis de service. Je vais souvent causer ces jours-là dans l'antichambre du cabinet de l'Empereur avec l'huissier Angel, ancien valet de chambre de la duchesse de la Vallière. Cet homme m'a pris en amitié; il me parle volontiers de Sa Majesté. Il m'a dit, entre autres choses : « L'Empereur, depuis notre arrivée à Moscou, me fait mettre tous les soirs deux bougies auprès de sa fenêtre, afin que les soldats s'écrient : « Voyez, l'Empereur ne dort ni jour ni nuit; il travaille conti- « nuellementi «
Voilà pour convaincre les incrédules qui ne veulent pas
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croire que le feu a été mis à Moscou par des gens laissés exprès. M. de Longuerue. aide de camp du général Lauriston, a trouvé de l'huile d'aspic sur les escaliers dérobés de sa maison; cette traînée communiquait à une mèche sortant sur la rue par une fenêtre basse, à travers les trous faits dans le double vitrage avec des balles de pistolet. Sans cette découverte, ils auraient sans aucun doute été incendiés comme ils l'avaient été dans deux autres logements.
28. — Temps sombre, gelée le soir. La garde à pied a ordre de se tenir prête à partir. Je vois encore brûler une maison. On parle toujours d'un travail d'avancement pour la maison de l'Empereur qui va se faire et qui ne paraît jamais. Ruelle, Chabot et moi, aides de camp du général Narbonne, nous étalons ce soir entre nous nos prétentions. Ruelle voudrait être officier de la Légion, baron avec 4.000 francs de dotation; il se contentera de 2.000 francs avec la croix de chevalier; s'il y a une seconde campagne, il désire être adjudant commandant.
Fernand de Chabot (1) veut la croix avant tout, être capitaine et baron à 4,000 francs de dotation ; il se contentera d'être chevalier avec 2,000 francs. Pour moi, je voudrais être chef d'escadron, changer mon titre de chevalier à 2,000 francs de dotation contre celui de baron avec 2,000 francs de plus; la croix d'officier me ferait grand plaisir. Je ne suis pas plus modéré que les autres dans mes souhaits, mais ils sont moins vifs.
29. — Le roi de Naples, à quinze lieues, a trouvé des Cosaques; ils s'en sont allés à son approche.
Pour revenir à mon logement, loin du palais, le soir, à cheval, par une pluie battante, un temps très noir, au risque de rouler à chaque instant sur une charrette cassée ou sur un cheval mort, j'ai mis vingt minutes au galop au milieu des décombres.
30. — Pluie; on ne parle plus du départ, mais bien de prendre nos quartiers d'hiver à Moscou, de faire venir des chanteurs d'Italie pour amuser l'Empereur. Les Russes ont envoyé des parlementaires au roi de Naples afin de traiter
(1) Depuis duc de Rohan.