‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862Chapitre 53 sur 196 · CHAPITRE IV. — OCTORRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. — OCTORRE

10. — Le convoi du f^énéral Nansoiity est dirigé sur Wilna; l'adjudant comnnandant Ruelle commande l'escorte, composée de cadres de quatrièmes bataillons envoyés aux dépôts. L'Empereur passe par le plus beau temps du monde la revue de la division (lompans, du l" corps, au Kremlin; il la comble de faveurs.

Aujourd'hui, seconde représentation du spectacle français, le préfet du palais Bcausset a été charité de le monter; il y a deux actrices pour tout potage.

Il entre dans les plans de courtisan du maréchal Bessières, et il l'est fort, de ne jamais ou, du moins, presque jamais rien demander pour ses officiers. Il résulte de là que ses aides de camp, de fort bons officiers, Baudus, Eugène d'Astorg, sont très mal traités. Ce dernier n'a pas eu même la croix. En compensation, il est vrai, il a attrapé la fièvre.

11. — Nous changeons pour la sixième fois de logement. Je m'établis chez le prince Kurakin, superbe palais. Mon appartement est charmant : il possède une cheminée, chose rare en ce pays, un portrait du prince, frappant de ressemblance, dans ma chambre à coucher; il y en a un en pied, par Mme Lebrun, dans mon premier salon, où le prince Kurakin est vêtu de drap d'or. Ce tableau m'a réjoui. Il y a cinquante portraits de lui dans la maison; il n'en manque pas non plus de l'empereur Paul, ni des bâtards du prince. Le palais a l'inconvénient d'être encore plus loin du Kremlin que la maison où nous étions. L'espèce d'armistice existant aux avantpostes a été rompu. L'Empereur l'a formellement désapprouvé; il servait à rendre les Cosaques plus libres d'agir sur nos derrières; à une lieue de là. tout était de bonne prise, ils ont enlevé vingt-sept hommes et un officier du 9" housards. Nos avant-postes éprouvent de grandes difficultés pour vivre.

L'Empereur passe la revue de la division Gérard, ci-devant Gudin ; il accorde quarante croix, beaucoup d'avancement. Sa Majesté aussi a vu six cents chevaux des 1" et 5" de chevaulégers arrivant de France; ils en ont laissé quatre cents en route. Nous recevons chaque jour des renforts. Il y a quinze

jours, le corps du maréchal Ney était de quatre mille hommes; les Polonais du prince Poniatowski n'en ont pas davantage. i2. — L'Empereur passe au Kremlin la revue de la division Morand, du 1" corps; il la comble de faveurs et de croix. Il la refuse à M. de Caraman, officier distingué, capitaine commandant l'artillerie légère attachée à cette division. Si on ne l'avait pas nommé maladroitement, il la lui aurait accordée. L'Empereur en veut beaucoup en ce moment au père de M. de Caraman, à cause de ses relations avec les Bourbons (4). Plusieurs de mes camarades, de mes supérieurs et moi, nous avons témoigné au capitaine Caraman combien nous étions fâchés de voir une récompense aussi bien méritée lui échapper. La cavalerie est bien malheureuse. Toujours aux avant-postes, perdant chaque jour du monde, continuellement au bivouac, elle n'obtient rien ou presque rien; l'Empereur n'en passe jamais la revue, ou du moins très rarement.

Je suis de service; il fait un temps de brouillard assez froid. A dix heures et demie du soir, un moment après le retour de M. de Flahaut revenant du quartier du roi de Naples,le grand écuyer, entrant dans le salon de service, ordonne à trois aides de camp d'aller attendre l'Empereur au quartier général de Sa Majesté Joachim. Deux brigades de chevaux de selle, un écuyer, un service léger sont dirigés vers le même Heu. L'Empereur annonce qu'il se mettra en route demain matin à neuf heures. Personne ne s'attendait à ce départ; on en a été un peu étonné et fâché.

13. — Le départ n'a pas eu lieu ce matin 13; autant de pris sur l'ennemi. Il neige.

La vieille garde, les corps d'armée, les administrations ont ordre de se tenir prêts à partir ; demain on doit évacuer le plus de blessés possible sur Smolensk.

Le 3« corps de réserve de cavalerie, composé de onze régiments, est réduit à sept cents chevaux. Comment cela serait-il autrement? il est toujours au bivouac. On ne ménage pas assez la cavalerie; on devrait mettre plus d'infanterie aux

{{) Plus tard, ct^'ondant. rEnijxTeur a rendu justice au fils ; il l'a pris pour olïicier d'oidonuauce. {.Noie du maréchal.)

Page 1