CHAPITRE IV. — OCTOBRE
très petit, il aurait fait un voyage dans l'autre monde. Homme d'élan, très vif, bon officier, fort obligeant, il nous a parfois donné de la viande. On est forcé, pour faire vivre les troupes, d'envoyer à quelques lieues des détachements à la maraude; souvent ils se battent.
Je fais divers achats aux soldats : gants fourrés, éperons, etc. Ce sont les seuls marchands; les plus huppés sont ceux de la garde. Un chef de bataillon ayant une tête deux fois grosse comme la mienne me cède pour 120 francs un chapeau; ce n'en est pas moins une trouvaille. Temps sombre, un peu de pluie. Le général Lauriston revient le soir des avant-postes; les Russes ne veulent point écouter les propositions pacifiques de l'Empereur.
18. — On ordonne de numéroter les voitures; on donnera à chacune un ou deux blessés à transporter. A midi, pendant la revue du 3« corps par l'Empereur, arrive M. de Bérenger, aide de camp du roi de Naples. Ce prince a été attaqué le matin sur tous les points ; le combat a été très vif. Les Russes nous ont pris vingt pièces de canon; les généraux Dery et Fischer ont été tués; MM. de Beauveau, de Mailly, officiers de carabiniers, ont été blessés. Ces régiments se sont couverts de gloire. La vieille garde reçoit l'ordre de partir sur-le-champ. L'Empereur, après la revue, annonce son intention d'aller coucher hors du Kremlin, dans le faubourg, sur la route de Galigula. Sa Majesté appelle ainsi Kalouga. Elle nomme maintenant Glogau l'officier d'ordonnance Gourgaud, après avoir su parfaitement son nom pendant un an. Elle s'est amusée à appeler longtemps son aide de camp Mouton, qui en était impatienté. Maçon, du nom d'un officier général qui ne savait pas le français, mort en Autriche en i803.
On fait le logement de l'Empereur chez la comtesse Orloff. Sa Majesté trouve que c'est trop près. Tout le monde attend dans le salon de service pour partir; à dix heures du soir, on nous annonce que l'Empereur couche au Kremlin.