CHAPITRE V — NOVEMBRE
déljit. Les soldats n'en laissent pas; ils mangent tous ceux qui peuvent être saignés. J'ai été toute la nuit sur pied pour différentes missions.
Le duc de Bellune est allé avec vin^^t-cinq mille hommes au secours du général Saint-Cyr, forcé d'évacuer Polosk.
Les Cosaques nous enlèvent des équipages, des hommes isolés; ils font sans cesse des hourras.
4. — Nous séjournons à Postéa ou Slaskovo. Le 3» corps est d'arrière-garde; le prince d'Eckmuhl en a été chargé jusqu'à Wjasma; ce maréchal ne s'est pas distingué dans cette opération (1).
û. — Le quartier général est porté à Dorogobuje. 11 y a un défilé avant d'arriver à cette ville; on passe l'Osmia. Je perds encore un cheval; c'est le quatrième de la campagne. J'en achète deux, le soir.
Les 1" et 3* corps de cavalerie ont ensemble deux cents chevaux; le 2* en a encore treize cents; aussi la compagnie de Tiburce Sébastiani, du 11' de chasseurs, en faisant partie, estelle de quatre hommes.
0. — Nous partons à huit heures, arrivons à midi à Mikarelka. La neige s'établit pour la première fois. Le 5' corps, composé de Polonais, de vingt-huit mille hommes en entrant en campagne, a détaché la division Dombrowski, de neuf mille hommes; des dix-neuf mille restant, il y en a maintenant sept cents sous les drapeaux. Tout cela n'est pas perdu; un grand nombre voyagent en amateurs; ce corps était de quatre mille hommes à son passage à Moscou.
7. — L'Empereur établit son quartier impérial à une lieue de l'autre coté du Dnieper; on me laisse, étant de service, à Mikarelka pour rapporter des nouvelles de l'arrière-garde. Il neige en abondance. Le général Marchand arrive avec sa division wurtembergeoise, forte de treize mille hommes en entrant en campagne, maintenant de quatre cent cinquante. Le géné-
(l) Il commonçait alors probablement à souffrir de la maladie qui l'a entièrement dtiuoralist; pendant la rotraite. Accoutumé à la discipline, la vue du désorilri' lui a tourne la tète. Le positif est que son unie no s'est pas montrée fortement trempée au nnlieu de nos désastres. (A'o<« du maréchal.)
rai Fouché, commandant rartillerie du 3« corps, est au désespoir, les chevaux tombent et ne peuvent plus se relever, il est forcé d'abandonner bonne partie de ses canons. A trois heures, l'arrière-garde n'arrivant pas, je me mets en marche pour rejoindre le maréchal Ney. Je traîne une lieue mon cheval par la bride; le verglas le fait tomber à chaque pas, et je suis forcé de le ramener à Mikarelka. Le général Fouché lui fait mettre quelques clous à glace par son maréchal; je repars, j'arrive à sept heures du soir au corps du maréchal Ney, bivouaqué dans les bois, à une demi-lieue de la rivière Ouja; il était la veille sur la rivière Osmia, à une lieue en avant de Dorogobuje, où ses troupes ont beaucoup souffert du froid. Les soldats sont très braves; ils ne mangent que du cheval. On n'entend pas un murmure, mais généraux et soldats ont un désir extrême de se retirer en arrière, de sorte qu'à sept heures et demie du matin, le maréchal ayant l'intention de garder sa position sur l'Osmia, l'a quittée pour se rendre à Dorogobuje, aimant mieux marcher avec ses troupes comme de sa propre volonté que d'y être forcé par elles. Le duc d'Elchingen comptait rester à Dorogobuje; les généraux et les soldats l'ont obligé d'en sortir, pas du tout l'ennemi. Il a été attaqué vers les onze heures par deux régiments d'infanterie et les Cosaques, qui lui tiennent fidèle compagnie; l'affaire a duré jusqu'à trois heures. Le 4« de ligne a fait une belle charge, a ramené l'ennemi. Le colonel Fezensac a reçu deux balles dans sa pelisse; le maréchal Ney. également deux dans sa redingote; c'est un homme bien vigoureux, d'une valeur étonnante, toujours avec les tirailleurs. Le duc d'Elchingen a une tète excellente, le danger étend ses facultés; dans un moment où tout le monde se décourage, il est bien précieux à l'armée. L'Empereur désirait qu'il restât en position sur le Dnieper; cela lui sera impossible, à cause du désir effréné des officiers généraux et soldats d'arriver à Smolensk.
Le 4« de chasseurs est de vingt chevaux; on a ôté au 3« corps la division commandée par le général de brigade Girardin, réduite à cinquante chevaux; elle lui était néan-