CHAPITRE PREMIER
composée de corps provisoires formés de compagnies de différents régiments et organisée à la h;\tc avec des conscrits jeunes, faibles et malingres, peupla promptement les hôpitaux; ces enfants mal instruits ne pouvaient guère par leur contenance en imposer aux Es|)agnols.
Le général (îrouchy se rendit à Logrono avec sa division provisoire de dragons. (Ihaque régiment était commandé par un major et formé de compagnies de divers corps; chacune avait sa comptabilité particulière, apportait son esprit et ne prenait aucun intérêt au régiment. Ce système des corps provisoires est détestable.
Je fis. à un dîner chez le maréchal Moncey, connaissance avec M. Michel Alava, capitaine de vaisseau espagnol, homme bien tourné, d'un véritable mérite, et aussi avec plusieurs Espagnols qui, suivant l'usage du pays, m'ont offert toute leur maison, c'est-à-dire rien.
La ville offrit, le 28 janvier, aux officiers français un bal nombreux; le souper était magnifique. Je vivais dans l'ennuyeuse société du marquis Alameda, chez lequel logeait mon général, dans l'espoir de prendre la prononciation espagnole.
Février. — M. de Turenne, officier d'ordonnance, chargé d'ordres pour l'armée du Portugal, arriva le 5 février; il ne put aller plus loin à cause d'un lumbago. Le lieutenant de Vence, aide de camp du ministre de la guerre, apporta l'ordre de nous mettre en mouvement. La première division partit le 6 février pour Burgos. Le général Mouton passa avec une imperturbable patience les revues des régiments provisoires, la plupart en très mauvais état ; les deux bataillons prussiens et irlandais étaient particulièrement mal vêtus. Nous nous rendions sur le terrain à sept heures du matin, nous y restions jusqu'à la nuit, par un temps froid mêlé de neige. Le général Mouton a vu avec le même soin le dernier coin de giberne du dernier homme du corps d'armée que celui du premier; besogne utile, et non amusante. Ce qu'il y avait de mieux était un beau bataillon du 16» léger, régiment longtemps commandé par le général Ilarispe, alors chef d'étatmajor du général Moncey.
Je partis de Vitoria le 43 février. La neige tombait en abondance; je logeai à Miranda, sur l'Èbre, premier gîte de Castille; je dînai avec du pain espagnol sans levain, n'ayant pas eu le temps de faire cuire ma ration de viande. Le général Mouton me rejoignit le 15; le 16, nous arrivâmes à Pancorbo, par un vent et une grêle épouvantables. Le chemin dans une gorge, au milieu des hautes montagnes, est beau; ce passage est facile à défendre. Nous étions le 17 à Briviesca, gîte où je dormis sur un banc, dans une chambre enfumée. Le feu était au milieu, il n'y avait pas de cheminée, la fumée sortait par un trou pratiqué dans le toit. En arrivant à Burgos le 18, j'y trouvai ma nomination de lieutenant aide de camp du général Mouton; il y continua ses revues. Les régiments provisoires de dragons étaient mieux tenus que ceux d'infanterie; le général Grouchy les fit manœuvrer par un très grand froid dans la plaine de Burgos. Le général Privé commandait sous ses ordres; il avait un beau ceinturon brodé qu'il ne quittait jamais. Mon hôte, capitaine de vaisseau, m'avait présenté à la tertulia (assemblée) du général Valdès; on y jouait aux deux sous, au biribi.
Je fus envoyé, le 27 février, avec deux dragons à Pampelune; je logeai à Briviesca chez l'archidiacre; j'y eus une cheminée, je n'en avais pas vu depuis Bayonne. J'y rencontrai le capitaine Bataille, aide de camp du vice-roi d'Italie, qui changeait de bidet; il revenait de Lisbonne et allait à Paris. Je l'avais vu à Milan, peu de temps auparavant: cela ne m'étonna pas, nous étions alors accoutumés à nous retrouver aux extrémités opposées de l'Europe. Je poussai, le 28, jusqu'à Miranda: je logeai le 29 à Vitoria, chez le capitaine de vaisseau Alava.
Mars. — Je dînai le 1" mars à Salvatiera, occupé par un détachement du 12' de ligne commandé par le chef de bataillon Barthélémy: cet officier supérieur savait faire la cuisine, talent très utile en Espagne. Je fis dix lieues de pays par des chemins affreux: je ne m'en serais jamais tiré sans un guide pour arriver à Ochoudiano. où je m'établis chez le curé. Je remis à Pampelune, le 2 mars, mes dépêches au général de