CHAPITRE PREMIER
brip^ade d'Armagnac, commandant par intérim la division Merle. Les Espagnols ne voulaient pas nous remettre la citadelle; on y faisait la distribution du pain, une corvée fut commandée sous ce prétexte. Les soldats s'arrêtèrent sur le pont-levis et se mirent à jouer avec des boules de neige. La garde espagnole s'amusait à les regarder; elle fut dans l'impossibilité de lever le pont, quand un bataillon, déboucbant au pas de course des rues avoisinantes, traversa les* glacis et s'empara de la citadelle.
La plupart des ofliciers français furent bien reçus à Pampelune et admis à la table de leurs hôtes, qui se montrèrent plus hospitaliers qu'en Gastille. J'étais logé chez l'ingénieur de la province, sa femme était fort jolie; il me mena à une assemblée où l'on jouait au loto-dauphin.
Je me rendis le 5 mars, à franc étrier, de Pampelune à Bayonne, où se trouvait le grand-duc de Berg. La ville lui donna une fête à la salle de spectacle; les planches couvrant le parterre manquèrent, et le prince Murât resta seul de la contredanse avec sa danseuse. Il était sur le plancher du théâtre; les six autres figurants furent engloutis. Des femmes se trouvèrent mal; il n'y eut pas d'accident grave.
Je pris de nouveau un bidet de poste, le 13 mars, et j'arrivai le i5 au matin à Burgos; le grand-duc de Berg en partait. Je rejoignis, le 16, le général Mouton à Aranda.
M. de Bongars, officier d'ordonnance de l'Empereur, fut expédié au général Junot, à Lisbonne, pour l'instruire de notre marche.
Le quartier général du prince Murât fut porté, le 18 mars, à Frechillo de la Fuente, mauvais village. Un officier espagnol nous apprit l.i révolution de Madrid qui mettait le roi Ff'i'dinand sur le trône; on avait forcé son père à abdi(pier.
Nous ignorions complètement notre destination. On parlait publiquement, au quartier général, de notre embarquement pour Ceuta; accoutumés à l'idée d'aller au bout du monde si cela plaisait à rEnq)ereur, ce voyage d'Afrique nous souriait assez. Nos soldats étaient jeunes, mais nous savions qu'aussitôt qu'il plairait à Sa Majesté de donner un numéro aux régiments
i4 JOURNAL DU MARÉCHAL DE CASTELLANE.
provisoires, ils prendraient de Tesprit de corps et deviendraient excellents; cela est arrivé, et plusieurs ont joui d'une haute réputation.
J'eus un banc pour lit; bonne fortune enviée dans ce triste gîte. Nous couchâmes, le 19, à Somosierra; le grand-duc de Berg se rendit de sa personne à Buitrago, vilain bourg où le quartier général s'établit je 20. Ce prince avait un véritable costume de théâtre : des cheveux longs, bouclés, tombant sur ses épaules, un shako cramoisi et des pelisses magnifiques.
Le 21, nous fûmes à Almolar; le 22, au château de Saint- Martin, à une lieue et demie de Madrid, où nous fîmes notre entrée le 23. Le hasard procura un billet de logement au général Mouton chez le comte de Fernand-Nunez, dont j'étais parent.
Le 25 mars, jour de la fête du grand-duc de Berg. nous lui présentâmes nos hommages; il nous a tous embrassés.
Je fus frappé de vair le comte de Fernand-Nunez prendre devant sa femme, dans le salon, après le dîner, un cigare pour fumer. Il partit avec le duc de l'Infantado et autres grands d'Espagne pour aller au-devant de l'empereur Napoléon. Je fus avec Edmond de Périgord chez la duchesse douairière d'Ossuna. Nous l'avions connue à Paris; sa fille, la marquise de Santa-Cruz. était très belle.
M. Denniée était intendant général de Tarmée; son fils, inspecteur, lui était attaché.
Le prince de Salm-Kirbourg, sous-lieutenant, officier d'ordonnance de l'Empereur, arriva le 31 mars; je l'avais connu enfant, je ne le trouvai pas beaucoup grandi. Il tint un rang distingué parmi les joueurs de l'état-major, où il y en avait d'assez intrépides; on entendait continuellement dans le salon de service : « Un napoléon, tète ou face! »
.4t;ri7. — Le 1" avril, à l'approche de la nuit, le peuple donna des coups de couteau aux chevaux de la garde, sur la grande place; il jeta des pierres aux Français. Je fus poursuivi jusqu'à un couvent peu éloigné du lieu de la scène, où était caserne un régiment du grand-duché de Berg. Une compagnie était déjà sous les armes: elle fit un à gauche vers le