‹ Journal du marquis de DageneauChapitre 10 sur 21 · AOUT I7I · texte numérisé non relu

AOUT I7I

son dîner travailla avec M. le chancelier. — On a porté au parlement le testament du roi^ qui est tout écrit de sa main avec un édit dont voici la copie. Le testament est cacheté de sept cachets^ et le roi a dit au premier président qu'il n'y avoit personne au monde sans exception qui sût ce qu'il y avoit dedans. Ce testament sera déposé dans la chambre du greffe du parlement ^ enfermé dans la muraille avec une porte de fer et une grille de fer afin qu'on n'en puisse pas approcher. Il y aura trois serrures différentes ; le premier président aura la def d'une des serrures ; le procureur général, une clef de la seconde serrure, et le premier greffier du parlement aura la clef de la troisième.

Êditdu roi.

Louis, par la grâce de Dieu, roi de France et de Navarre à tous présents et à venir, salut. Après les grâces infinies que nous avons reçues de la bonté de Dieu pendant la durée de notre règne, ce nous auroit été une grande consolation sur la fin de nos jours de savoir qu'après nous, notre couronne auroit passé au Dauphin notre fils et au Dauphin notre petit-fils, qui par leurs vertus et leurs grandes qualités auroient fait concevoir à tous nos sujets des justes espérances d'un gouvernement sage et heurdux ; mais comme, par l'ordre et l'effet d'une Providence dont nous adorons avec une entière soumission les décrets impénétrables, nous avons été affligés presqu'en même temps de la perte de ces deux princes, et que le Dauphin, notre arrière-petit-fils, qui est l'héritier présomptif de notre couronne, est dans un âge si peu avancé qu'il est fort incertain que nous le puissions voir parvenir à l'ége de quatorze ans commencés , qui est celui de sa majorité, nous croyons être indispensablement obligés de prévenir le désordre et la confusion qui pourroient arriver dans le royaume si, au jour qu'il plaira à Dieu de nous appeler à lui, nous n'avions pas pourvu à la garde

ai8 JOURNAL DE DANGEAU.

et tutelle de la personne du roi mineur et au ohoil d^un oonseil dé régence^ tel que noUslejugerons bécessaire pour la bonne admitiistration àen afiairès d^ TËtat pendant la minorité du roi) tious oroyons néaiimoinc^i par bo&nes et justes considérations ne devoir pas rendre public avant oe temps le chois qu6 nous faisons des personnes que nous y jugerons capables de remplir de si grands et importants emplois et devoir prendre pour Texécutioq de notre dessein toutes les précautions que la prudence exige de nous^ persuadé que toutes nos vues ne tendant qu'à maintenir la tranquillité dans notre royaume ^ tous nos sujets se porteront ^ d'eux-mêmes et avec kàle comme ils doivent i à exécuter ce qui est en cela de notre volonté. Â ces causesi d^ notl^ certaine science, pleine puissance et autorité royale, nous avons par le présent édlt pei^pétuel et irrévocable, dit^ statué et ordonné , disons i statuons et ordonnons, voulons et nous plaît que Tacte écrit et signé de notre propre main renfermé dans un paquet cacheté des armas de France 5 ci-attaché sous le contre-seelde notre chancellerie, soit regardé comme notre testament et ordonnance de dernière volonté et qu'il soit conservé en départ au greâe de notre cour de parlement de Paris, jusqu'à la fin de notre vie ; voulons que dans le moment qu'il aura plu à Dieu de nous retirer de ce monde 1 toutes les chambres du parlement soient asseniblées avec les princes de notl% maison royale et les ducs et pairs de notre royaume qui pourront s'y trouver, pour ètro publiquement fait ouverture dudit paquet et, après la lecture de l'acte^ en être les dispositions rendues publiques et exécutées siu^s qu'il soit permis à personne d'y contrevenirj et à 0et effet seront immédiatement après les duplicata ou copies dudit acte envoyées par les ordres du conseil de la régence dans tous les parlements ou autres cours du royaume pour y être enregistrées en sa forme ordinaire. Si donnons en mandement à nos amés et féaux les gens tenant notre cour de parlement à Paris que notre

AOUT 1714. tl9

présent édit ils aient à faire lire et regiatrer çt conÉierver, ledit aote cacheté et attaché dan« le dépôt du greffd dudit parlement, sans que^ sous quelque j^rétexte que ce soit^ il puisse être ouvert avant notre décès > et que le contenu on ce présent édit et dans ledit aote ils aient à garder et observer selon leur forme et teneur > sans souffrir qu'il y soit contrevenu en quelque sorte et manière qUe ce Boit^ car tel est notre plaisir; et aQu que ce soit chose fel?me et stable à toujours^ nous y avons fait mettre notre scel.

Donné à Versailles le inois d'août de V^û de gt*àce mil sept cent quatorze, etde!iôtî*èrègnele soixAftte-douiiètoe.

Pat \è roi ': MÉLYPÉAtlX, et plus bas : visa VOISÎN, et Scellé du ^ând sceau de cîre verle.

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