‹ Journal du marquis de DageneauChapitre 9 sur 21 · JUILLET · texte numérisé non relu

JUILLET

Gharolois qui devoit être un de^ trois y est malade et on craint même que ce ne soit une maladie de venin *. — H. du Buisson^ intendant des finances, a eu ordre de se défaire de sa charge, parce qu'il est si vieux qu'il n'est plus en état de la faire ; il avoit peine à la quitter, mais il a fallu obéir. On a choisi M. Fagon , maître des requêtes, pour remplir cette charge, et il a donné les 200,000 écus à quoi la charge est fixée. Ces charges payent paulette , ainsi elles ne se perdent point dans les familles. H. Fagon est fort capable et fort estimé, et est fils du premier médecin du roi.

* Le roi voulut ne pas manquer cette occasion de son vivant de mêler le prince de Dombes en prince du sang avec les princes du sang en toute parité. Il n^enmanquoit pas pour faire le troisième; mais le roi fut bien aise que cela se passât ainsi, et disposer le monde par ce speetaele si nouveau à celui qui alloit éclater.

Mardi 17, àMarly. —Le roi tint le conseil de finances ettravailla ensuite avecM. Desmaretz ; Faprès-dlnée il alla tirer, et le soir il travailla avec M. le chancelier chez madame de Main tenon. — Au service de monseigneur le duc de Berry qui se fit hier, M. de Béthune, gentilhomme de sa chambre en service , portoit la couronne ; M. le duc de Saint-Aignan, autre gentilhomme , portoit le manteau; Sainte-Maure, son premier écuyer, portoit Tépéej le chevalier de Roye, capitaine de ses gardes en service, portoit les étendards des compagnies de ses gardes; M. de Pons , maître de la garde-robe, portoit l'ordre du Saint- Esprit; M. de Mouchy, autre maître de la garde-robe , portoit l'ordre de la Toison, et M. de Champignelle, son premier maître d'hôtel, portoit le bâton qu'il rompit. La maison est cassée présentement. Le roi l'avoit conservée jusqu'au jour du service. M. de Montendre, capitaine de ses Suisses, portoit le drapeau delà compagnie^.

* 11 n'y avoit, outre les trois princes du deuil , que les officiers de la maison du prince défunt en fonction et comme tels, non autrement, M. de Béthune, premier gentilhomme de la chambre en année , porta

donc le premier honneur, et le duc de Saint-Aignan, autre pren^i^r gentilhomme de la chambre hors d'année, le second homieur. Cette même raison fit préférer M. de Béthune à M. de Saint- Aignan pouf reporter le collier de la Toison d'or de M. le duc de Berry eq Ëapagoe, que la roi, par le crédit de Desmaretz son beau*père, lui fit doqner. On 1^ jfgpfpa dans la suite, et qu'en dédommagement cela valut l'ambassad^d'^^gpe au duc de Saint- Aignan, et M. de Béthune succéda depuis à la 4îgRité de duc de Sully.

Mercredi 18, à Marly. — Le roi tint le conseil d'État, et Taprès-dlnée il alla se promener dans la forêt j ^ avcH dîné chez madame de Haintenon, et le soir il y eut grande musique. — Les affaires du marquis de Gesvres sont recommencées, et il sera ordonné qu'il sera visité aux premiers jours. — Les cardinaux deRohanet de PoligQpu^ s'assemblent presque tous les jours chez le carjip^ d'Estrées à Paris, sur l'écrit du cardinal de NoaiUe^. -~ Le bruit avoit couru ici que le comte d'Albert étoit arrivé d'Espagne et qu'il étoit allé à Compiègn^^^ qù il avoit épousé mademoiselle de Montigny ; que l'électeipp le faisoit son grand écuyer, lui donnoit une terre en Allemagne et des rentes sur la maison de ville de Pacis ; mais tout cela jusqu'ici n'est point vrai.

Jeudi 19, à Marly. — Le roi, après son lever, fit entrer dans son cabinet les cardinaux de Rolian et de Polignai^ tous deux ensemble; ils y demeurèrent une demi-heure. Le roi alla tirer Vaprès-dlnée, et, au retour de la chasse, parla encore au cardinal de Poligi^ac. Le soir il y eut petite musique chez madame de Maintenon. — Par les dernières nouvelles qu'on a reçues de Londres, on apprend que le parlement doit être fini dans peu de jours. On mande que le grand trésorier et milord BoÛngbroke sont plus brouillés que jamais ; la reine avoit voulu les accommoder, et ils avoient paru durant quelque temps moins m^l ensemble, mais on crpit présentement qu'il faudra que Tun ou l'autre quitte sa charge et cette désunion-là est fort contraire aux intérêts de la reine. Vendredi 20, à Marly, — Le roi se promena le mafin

4^3 ses jîffdins; la P. J^ Tôlier ne vient 4'Qrclipaire tra- YaiUep avec lui que tous les quinze jours pendant qu'on est à Harly. Après son dîner il passa chex madame de Maintenon, où il fut jusqu'à cinq heures , et puis rentra chez lui et travailla avec M. le chancelier, quoique ce ne ^it pas son jour. Il sortit sur les sept heures^ alla voir jouer au mail, et puis il y eut grande musique chez madame de Maintenon. -^ M. de Brassao, fils de madame de Brassae, dame d^honneur de madame de Vendôme, épouse mademoiselle deTourville, fille du feu maréchal; dpie après de 400,000 francs de bien. Madame de Brassac 4oi)n^ à son fils Is^ terre de la Roohebeauoour, qui G9i fort noble, fort bien bâtie, et qui vaut 18,000 livres dé rente; la famille de madame de Brassae garantit cette terre franche de toutes dettes.

S<medi 21 j ckjlllarly. — Le roi se leva plus tard qu'à VQr4inaire, et n'alla à la messe qu'à onze heures; il se ppomena ensuite dans les jardins. L'aprèi»-dlnée il courut le cerf, et le soir il travailla avec M. le chancelier chez madame de Maintenon, — M. et madame de la Rochefoucauld, voyant que Tabbé de la^iocbefouçauldj, leur fils aine, ne ne déterminoit point encore ou à demeurer dans sa profesr sion, on à la quitter pour prendre Tépée, chose qu'ils ont laissée depuis longtemps à son choix, ont fait une donation à M. de Duretal ^ leur second fils, de la terre de la Roche^uyoQ. Le roi v^ut bien que pette duché passe sur sa tAtQ, Qt cela a été regisitré au parlement ; le roi avoit promis à feu M. de la Rochefoucauld de faire cette gràee-là à M. de Buretal, qui s'appellera présentement le duc de la RocJîegtiyon. Il sera malaisé que dans la suite il n^y ait pas de procès entre les deux frèi^j, mais \^ roi fait ep. cela tout ca qu'il peut pour obhger M. de la Rochefoucauld*.

* On 9 déjà ^pliqué cette étrange grâee par avance, et par avance on ajoutera ie| ce qui dépare le temps de ces MémcHres. Elle ne suffit pas, quelqu'insolite qu'elle fût, et quelque singulièrement étendue qu'elle parût ; voici ce qui arriva. L'abbé de la Rochefoucauld mourut en

Hongrie, et son père mourut bientôt après très-subitement m 1728. Il ne restoit que deux fils : ce comte de Duretal , devenu , comme on Tient de le voir, duc de la Rocheguyon, et qui, par la mort de son frère, évita bien des procès et devint de droit*duc de la Rochefoucauld. L'autre frère^ commandeur dePézénas dès Tènfiance, n*avoit point fait de vœax,^ quitta la croix de Malte, prit le nom de comte de Duretal et eut le régiment de cavalerie de son frère, qui se contenta de ses voyages de mer et de quelques bouts de campagnes à terre, et d'exercer sa charge de grand maître de la garde-robe. Leur soeur, échappée tard du couvent, fut obligée pour une légère dot à renoncer à tout en épousant le due de Crussol, extrêmement contrefait, fils aîné du ducd'Uzès, et qui donna dans les suites de grandes preuves de valeur qui achevèrent de le défigurer. M. de la Rochefoucauld eut beaucoup d'enfants de mademoi* selle de Bermond-Toiras, qu'il épousa en 1715 ; mais il perdit tous les garçons. Sa femme , qui s'étoit souvent blessée , ne lui laissa gu^ d'es^rance d'en plus avoir^ tellement que la résolution fut prise de marier Tainée à son oncle, en lui donnant tous les biens de la maison. 11 obtint de se démettre en sa faveur du duché de la Rocheguyon ; les dispenses arrivèrent , et , comme le mariage s'alloit faire , la petite vérole, si fatale à cette famille, emporta le futur époux. La désolation fut extrême ; M. de la Rochefoucauld en sut tirer parti à la chaude. Ghauvelin, garde des sceaux et associé au premier ministère, étoit son proche parent, parce que la chancelière le Tellier étoit sœur de son grand-père et grand'mère de la duchesse, mère du duc de la Rochefoucauld; la charge de la garde-robe approche du roi en tout temps et en toutes heures. Bref, on vit tout à coup sortir du cabinet de Chauvdin des lettres patentes dont l'étendue, la nouveauté et la prodigieuse singularité firent l'étonnement de tout le monde. Elles portoient une faculté successive aux trois filles du duc de la Rochefoucauld, de feôre l'une après l'autre leurs maris ducs de la Rocheguyon en épousant un la Rochefoucauld et n'ayant point de garçons de leur mariage , en sorte que si l'aînée en avoit, la grâce étoit fixée à ses mâles, sinon à ceux de la cadette et ainsi de la troisième. Le rare est que cela fut enregifllré sans difficulté au parlement , et qu'en même temps le fils unique de M. de Roye et de. la fille de feu Ducasse, célèbre à la mer, épousa la fille aînée du duc de la Rochefoucauld et fut en même temps duc de la Rocheguyon ; mais il prit le nom de duc d'Anville , d'une autre terre de son beau-père , pour ne pas renouveler dans la famille un nom^ qui leur avoit causé tant de douleur ; cela fut fait en 1 731. Il n'y a point encore d'enfants , et M. delà Rochefoucauld est en recherche de deux autres la Rochefoucauld d'âge à épouser ses deux autres filles , et de biens à en tenter le hasard sans s'exposer à mourir de faim. Cette sorte de grâce fournit des réflexions qui se présentent d'elles-mêmes.

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Dimanche 22, à Uarly. — Le roi tint le conseil d'État, dîna chez madame de Maintenon , Taprès-dlnée travailla chez lui avec M. Pelletier, et puis alla tirer. Il y eut le soir grande musique chez madame de Maintenon. — Il arriva un courrier du maréchal de Berwick, parti du 14 au matin. Ce maréchal mande qu'il fit ouvrir la tranchée le 12 à Barcelone ; les Espagnols ont la droite de l'attaque et les François la gauche , car nous ne sommes là que comme troupes auxiliaires, et M. de Berwick comme général du roi d'Espagne. L'attaque est entièrement opposée au Mont-Jouy, et nous avons commencé à ouvrir la tranchée où l'étang finit; on craignoit en creusant d'y trouver l'eau, mais on n'en a point trouvé. Ia seconde nuit de tranchée, qui étoit du 13 au 14, on a joint les deux attaques et on a fait une grande parallèle.

Lundi 23, à Marly. — Le roi prit médecine, comme il la prend tous les mois par précaution, et travailla l'aprèsdlnée chez lui avec M. le chancelier. Madame la duchesse de Berry, qui releva de sa couche il y a huit jours dans la chapelle de Versailles, a fait témoigner au roi par M. [ le duc] et madame la duchesse d'Orléans l'envie qu'elle a de se retrouver auprès du roi, et elle reviendra s'établir ici à la fin de la semaine; Madame lui cède son appartement et Madame prendra Tappartement qu'a^ voit monseigneur le duc de Berry. Madame la Duchesse, qui est à Paris depuis quelques jours, a eu de violentes douleurs de coliques qui l'empêcheront de revenir ici de quelques jours. — Les Barcelonois firent deux sorties le premier jour que la tranchée fut ouverte et furent repoussés rudement. Ils n'ont fait aucunes propositions au duc de Berwick ; mais, comme il n'y appoint d'ouvrages extérieurs du côté qu'on Tattaque, on croit que le siège ne sera pas long. ^

Mardi 24, à Marly. — Le roi tint le conseil de finances et travailla ensuite avec M. Desmaretz. L'après-dlnée il travailla chez lui avec M. le chanceUer, et puis alla voir

jouer au mail et se promener dans les jardiii^. Le toi a manilé à madame la duchesse de Bérry qu'il seroit bien aise de la voir ici, mais qu'il croyoit qu'il seroit plus commode pour elle et pour lui, à cause de ^embarras des logetUeuts, de Venir les soirS Sôupct avec lui, et pdsâer ensuite dans son cabinet, et puis de reioUtner â "Versailles, et qu'elle atuêneroit avec elle les daiUes qu'elle choiâîroit et qui sduperoient avec lui. — On a reçu AeÈ lettres du duc de Berwick plus vieilles qUë celles (Jui sont venues par son courrier. U mande que le 9 il entra dans Barcfelotie trente barques et quatre frégatëS de Majorque. Le bailli de Belle-Fontaine avoit attaqué ce convoi et en avoit pris la plus grande pèirtle ; le conlbat même avoit été assez rude.

Mercredi 25, à Md¥ly. -^ Le l*oi tint le cdllSéil d'État, dîna fchez madame de Më.lUtfehon, alla tii*èr àjiitês Son dlrier, et le sdir il y eUt ^t^àlude mUSique cheiè madame de Màintetidti. M. le cêli»dittal de ftohan vint ici Tàpfèsdinée parlet au l*oi au i*èt(3Ur de la ehàSSè. Il ne couelul point ici; il retourna â Pferift, et ils S*ttsseiUblerotitencOt*© demain cheÉ le cttMitial d'EslréëS pour lâcher de finit les affaires du cdrdiuaî de Nodillës^ où il parolt qu'il y a encore biett des difficultés. — • Le fils du lUâréchal de Ch&teau'-Reuaud, qui ëât cSipitalne de VaisSèàu, et Gandélus, second fils du duc de TresUies et qui est gai^dè^^narine, ont demandé la permission de mettre pied k ib^Ptë et de sei^vii" au êiêge de Baroelofiè cdUimé aides Ab caiUp dti maréchal de Berwick ) il lés logëi^ft tôwi deux chez lui. •^ Ou mande de Londres que le ^arïëhieut fut pf*of ogë le 20 jusqu'à la fin du mois d'août.

Jeudi 26, à M&rty. ^ Le Mi së promena te matin dsins ses jardins et ©outut le derf raprèi^dînflé. Le «dr lîy eut

petite musique chez madame de Maintenon. L'électettf de Bavière vint ici à une heure, et joua en attendant que le roi allât à la chasse, et il ne vit point le roi en particulier; il revint après la chasse, joua au lansquenet dans te saleni.

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et piiis alla souper chez M. d'Àntin, où on ]oua encore après souper. — Madame de Vendôme fit chez elle à Paris la noce de M. de Brassac avec mademoiselle de Tout*villei et la fit très-magnifiquement. — Il est arrivé à l^ni-ifalo deux vaisseaux venant de la mer du Sud , très-^richemeiit chargés ; on compte qu'ils portent près de vingt millions. On dit que Crozat a un grand intérêt stli^ ces vaisseaux.

Vendredi â7, à Sfarly. — Le roi travailla avec le P. le Telliei* ; Paprès-dlnée il se promena dans son grand parc dont les murailles s'avancent fort. Le soir il y eut grande musique chez madame de Maintenon. Madame la Duchesse i?èvint de Paris, où elle avoit demeuré quelques joiirs; elle y a faième été assez incommodée de sa colique. Madame la duchesse d^Orléans a fait revenirM. le duc de (!!nâKl*ës i^on fils à Versailles, où elle ira le voir tous les deux jotttsj la santé de ce prince est toujours fort languissante. -^ On parle beaucoup présentement du mariage du roi d'Èspàgne avec la princesse de Parme, mais le caidiiièd del Giudice en fait toujours mystère. — On a irèçti des lettres du maréchal de Beri^ick par l'ordidèdre, mais eUes iîe sont que du 13, et celles qu'on avoit eties par son coumef étoîent dû 14, ainsi elles n'apprennent rien dëè6nsidérâble;il n'y a que quelques détails dès ^éiiies qttë lel^ chaleurs excessives y font souffrir.

SafAédi âfe, â Marly, — Le roi travailla l'après-dinée avéè M. le chancelier ; il devoît aller tirer ensuite, mais la gl^âUde chàléût' Teti énipêchâ, et, a six heures, il renvoya ses calèches et se J^rôtnèna dàils ses jardins. — MM. les càtdîiisiux dé Rohah et de Polignac sont eiicorè à Paris; on cMt ihéme qtl^ils fie reviendront pas de quelques jours. Us S^assemblent presque tous les soirs chez M. le cardinal d'Ëstrées, et on coînmence à espérer que l'affaire du cardiïl&l de Noailles pourra s'accommoder, mais cela est encore bien incertain. — L'affaire du marquis de Gesvres avec sa femtrte, qii'oti dlsoit ces jours

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passés finie à l'avantage du mari , est moins éclaircie que jamais. — La reine de Pologne, qui étoit encore à Marseille par les dernières lettres qu'on a eues, n'a point voulu être traitée en reine ; elle dit qu'en partant de Rome elle a déposé sa couronne aux pieds du pape^ et qu'elle ne veut de qualité en France que celle de sujette du roi.

Dimanche 29, à Marly. — Le roi tint le conseil d'État^ dîna chez madame de Maintenon, alla tirer l'après-dlnée, et au retour travailla avec M. Pelletier chez madame de Maintenon, et ensuite il y eut musique. M. le premier président et M. le procureur général eurent le matin audience du roi pour une affaire de très-grande importance et qu'on ne saiœa que demain ; il a transpiré seulement ce soir que le roi donne à M. le duc du Haine et à M. le comte de Toulouse pour eux et pour leurs descendants le rang de princes du sang dans toute son étendue, et que cela sera incessamment registre au parlement. Madame la duchesse de Berry vint ici au souper du roi, entra dans son cabinet après le souper, et s'en retourna ensuite à Versailles , ce qu'elle fera tous les soirs. Elle n'a amené avec elle que madame de Saint-Simon et madame de la VieuviUe ; elle a permission d'y amener avec elle les dames qu'elle voudra et qui amont l'honneur de souper avec le roi. Madame lui a cédé son appartement et s'est mise dans celui de monseigneur le duc de Berry.

Lundi 30, à Marly. — Le roi courut le cerf l'aprèsdlnée, etle soir travaillaavec H. Desmaretz et M. le chancelier. Ce que le roi fait pour M. du Haine et M. le comte de Toulouse est public présentement, et il les déclare princes du sang et capables de succéder à la couronne *; cela sera registre en parlement jeudi prochain (1). On croyoit que le chancelier iroit ce jour-là prendre sa place, mais il n'ira point la prendre. — Madame la

(1) Voir Tappendice à Tannée 1714.

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duchesse de Berry vint ici souper avec le roi, comme elle y viendra le reste du voyage ; eUe amena avec elle mesdames de Saint-Simon, de la Vieuville, de Parabère et de Mouchy. M. de Pontchartrain alla la trouver chez madame la duchesse d'Orléans /où elle étoit allée en arrivant, et lui dit que le roi feroit payer 400,000 francs des dettes qu'ils ont faites, monseigneur le duc de Berry et elle durantleur mariage ; ces dettes montentà 500,000 francs et quelque chose de plus. Le roi donne à madame la duchesse de Berry , outre les 400,000 francs, tous les meubles qu'ils avoient achetés ou fait faire depuis leur mariage et toutes les pierreries qu'avoit monseigneur le duc de Berry, tant celles qui lui revenoient par la communauté que celles dont il a voit hérité par la mort de Monsei* gneur son père.

* II n'y avoit plus aucun fils de France : la branche d'Espagne avoit renoncé ; M. le duc d'Orléans avoit été soigneusement mis hors de portée d'oser dire une seule parole , ni de montrer le moindre mécontentement; son fils unique étoit un enfant; M. le Duc, MM. ses frères, ni M. le prince de Gonty n'étoient ni d'âge ni de maintien à Tégard du roi à s'en embarrasser le moins du monde. La bombe tomba tout à coup sans que personne eût pu s'y attendre, et chacun se jeta ventre à terre conmie on fait aux bombes; tout fut morne et presque égaré, et le roi même parut comme épuisé d'un si grand effort de volonté et de puissance. La duchesse de Berry fut en même temps accablée de grâces et de présents du roi, et, quelque disproportion qu'il y ait entre grâce et grâce, interversion et interversion, on eut soin que celleci fut précédée de près de celle qui regardoit le duché de la Roche* guyon.

Mardi 31, à Marly. — Le roi tint le conseil de finances et travailla ensuite avec M. Desmaretz. ^L'après-dlnée il travailla avec M. le chancelier, et ne sortit point de tout le jour à cause de la pluie. Il y eut le soir chez madame de Maintenon petite musique, quoique ce ne fût pas le jour. — Le prince électoral de Saxe vient à Paris ; on a nouvelle qu'il a déjà passé à Bruxelles, et on lui a loué une maison à Paris. — Madame la duchesse de Berry n'amena le

sdlr que madame de Saint-Simon et madame de la Vieilville. Le roi jusqu'ici n'a rien fait donneràUÈdbiîiëstiqueB de monseigneur le duc de Ëei^î^y , qtie 5,00b francs de pension qu'il fait donner 4 Câsatix; la charge qii'îl avoit chez cë prliicè lié lui valoît gûèie davaiitage.

Mercredi l^^àôût, à Martij. — Lé foi tiût le coùseil d'Éiat ; il dina chez hiadame de Maintèiioii, alla tirer l^apf èsdltlée, et le àoiril y eut gratidé musiqilë chez madâîne dô riaintënon. — On mande de Rome que le dafdinal Aquàvlvà en Va partir pour allet âPatîiie faire là demande pour le roi d'Eôpagne Son ihaltf e de là pf Ihcesse Elisabeth y fille du pfince âlné dû dtic de I*ar jHe et de Dorothée-Sophie , prindësse palatiiié , dotit lé père étoit l^hîlippe-Guillaumé, électeur palatin. Là prîûceèâe Elisabeth aura bientôt vingt-deux ans; elle est née le 25 octobre i692; outre son droit sur les États de Parme ^ elle en a encore de grands sur la Toscane Yetiant de Marguerite de Vlé» dMfif qui avoit épousé ÉdôUatd II> dud de Partne^ grand-» père du dUc de Pai*nie d'aUjotird*hui. Le toi n*a pdiht encore parlé de ce mariage, et lé cardinal del Giudice en fait encore mystère; mais cela est venu par Rome et par tous les ministres des princes d'Italie qui sont à Paris^

Jeudi â, à Mdfly. — Le roi se prbmèUa le ittatili danS ses jardins , alla tlf er Taptés-dlnée *; lé mit il y eut jJêtltë musique chez madame de Mainténon. Madame là duchesse de Berry amena hier au souper madame de Clermont^ outre sa dame d'honneur et sa dame d'atours. M. le diiq du Maine et xM. le comte de Toulouse furent reçus au par- ' letUëUtaVëc tous les honnetift dusaui pHÙcéà dii i«ang (1) . M. le duc du Maine fit Un ^Jetit diàcdtirt qui fut fort applaudi, k. le DUC et M. lé prince dëConty étolèut à cette

{i) tetéâii enregistré ce jour-là portôit qu'au défaut de princes légitimés (a couronne àpimrtiendroit dé plein dtdit à M. le doc du Mttine eé à sës( deëcëlldants, et à letor défaut, à M. le comte de Toulouse oa à ses destendalits* Il fut suivi d'une déclaration donnée le 33 mai 1715^ qui porte que ises deak princes prendront là îjûàlité de princèisi du sang. ( Note du ducdè tuynes, )

AOUT 1714. ioi

cêtéiaohie. Ilyavoit deux pairs ecclésiastiques ef dix-sept pairs lalqtieâ. Le premier président leur donna eiisuiia un grand dlller. — M. le duc de Beauvilliers, qui est malade depuis longtemps dans sa maison dé Vaucresson ^ a, reçu tttus ses éàôi^ënieiits, lâon mal étant fort augmenté.

t^rédl S , di M^arty. — Le roi travailla àtec le P. le Tellier ; il se promeiia l'après-dlnée , et le soir il y eut grande musique chez madame de MfllintéUoti. -^ te roi a donUé àmadame de Pompadourlelôg^eméiit qu*avolt ici madariie de bangeau, qui en t>8Lrtit mërci^ëdi sLtt soir pout»' allei* à Tournay voii* lé comte de Leweilètèin , son frérë, qtll en est évêque, et elle he reviendra que c^Uand le toi sera â Versailles. — • On eut des notivëlîës de Ëarcelonè^ dil Sô; lefeiégë Va fbti bien, et nous jr péfdons peu de ttiôhdë. Il est vëM pîusieill^è dësettetll* de la Ville, pârW? lesquels il y aâétix de leuj*s officiefs généraux; le duc d^ BëtWick, qui se défioit d'eU.t , craignant qu'ils Ue vôUlùl&Sritit allet joindre leS rebelles de ïa montagtië, leur ddtinà lé chdlx de retourner dans la ville oti d'aller â JPenisddla , où ils seront prisonniers jusqu'à la fin du siégé. NdUs avônS une seconde J^afalîèle (JUÏ n'est qu'à CBhl tdiseS de la cottti*escàrpè feUr laquelle ott Va établir ildfe batteries qUe rnu Ue changera point parte que l^on Vdt de là lé pîëd dé là milràillë. HoUs ailtoûk sdixàiltéquinze pièces de canon et dix-huit mortiers ^ul dommeUcëî^ottt â tlrëi* le i4 ou le 28.

SdHiedi 4, à ttatly. -^ Le roi traVâîUa lé inàtlii avec le chancelier et courut le cerf Taprès-dinée, L'électeur de Bavière vint à la chasse^ joua ensuite dans le salon jusqu'à minuit^ alla faire médianùche cbesslé duc d'An tin, dft il jôUâ ehcdi*é jilS(JU'à quatre heures dû nifiltin, et pùlè retourna â Saint-Cloud. — Le cardinal de Rohan arriva biel*, mais si tard qu'il ne put voir le roi ; il lui a parlé âsèei longtemps àUjddi^d'htii et puis ëët retourné à Paris, o^ il doit encore avoi^ des conférences çhe» le cardinal d'Ëstrées. ^^ lit le duo d'Ofléâins a fait venit^ teadèmoi^

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selle de Valois, saillie, de l'abbaye de Chelles, où elle étoit avecmademoiselle de Chartres, sa sœur, et elle est présentement à Paris au Val-de-Grâce ; on parle fort d'un mariage pour eUe. — Il y a présentement un usage établi à Paris, c'est qu'on va se promener au Cours à minuit, où il y a presque autant de carrosses qu'aux heures où on y alloit d'ordinaire, et on y danse presque tous les soirs dans le rond du Cours (i).

Dimanche 5, à Marly. — Le roi tint le conseil d'État, dîna chez madame de Maintenon, alla tirer l'après-dinée, travailla le soir avec M. Pelletier chez madame de Main* tenon, et ensuite il y eut musique. — Comme parla paix on a plus de commerce avec les princes étrangers et qu'ainsi les affaires augmentent, le roi a trouvé que deux conseils d'État ne suffisoient pas; il a résolu d'en tenir un de plus, et il a choisi pour cela le lundi. Le nouveau chancelier qui tenoit le conseil des parties le lundi matin ne le tiendra que l'après-dinée, et il tenoit le sceau les après-dinées des lundis ; il le tiendra les mercredis après dîner. — Le mariage du prince de Soubise, fils du prince de Rohan, avec mademoiselle d'Épinoy, est entièrement réglé : il y avoit eu de petites difficultés sur les conventions, qui ont retardé ce mariage durant deux mois; mais toutes ces difficultés sont levées, et on va envoyer à Rome pour la dispense.

Lundi 6, à Marly. — Le roi tint le conseil d'État et travailla après son dîner avec M. de Pontchartrain, et puis

(1) « On n*est point à la mode si Ton n'a k présent un soufflet ou une cariole découverte pour aller se promener la nuit au Cours, si l'on n'y profite pas jusqu'au jour du dair de lune, lorsqu'il y en a, ou si Ton ne fait provision de flambeaax lorsqu'il n'y en a pas. On m'a assuré que la mode viendroit bientôt de se passer de la lune et des flambeaux. Dès qu'on est arrivé an rond qui est au milieu des allées du Cours, les dames , les demoiselles et les messieurs mettent pied à terre ; on y danse aux chansons ou au son des instruments qui s*y rendent , on y joue à colin-maillard et à d'autres jeux. Rien n'est plus gaiantqœ cette promenade. » ( Mercure d'aoAt, page 177. )

alla voir jouer au mail «t se promena ensuite dans ses jardins, — Milord Peterborough, qui revient de Tambassade de Sicile, où la reine sa maltresse Tavoit envoyé, dina ici chez M. de Torcy. Le roi ordonna à M. d'Antin et au duc d'Aumont, amis de ce milord , de lui faire voir les jardins et de faire jouer toutes les eaux. Il joignit le roi à sa promenade, qui lui fit beaucoup d'honnêtetés. Il s'en retourne la semaine qui vient en Angleterre. M. de Pontchartrain apporta au roi, à son lever, des nouvelles qu'il avoit reçues de Marseille, où il étoit arrivé une barque partie de notre flotte devant Barcelone ; le patron assure que le 26 , quand il partit , notre canon tiroit, et que le bruit étoit que le siège ne dureroit pas longtemps.

Mardi 7, à Marly. — Le roi tint le conseil de finances, travailla ensuite avec' M. Desmaretz ; l'après-dlnée il travailla avec M. le chancelier durant la grande chaleur, et puis alla tirer. — On apprit la mort de madame la princesse de Vaudemont , morte à Commercy : on croit que c'est d'apoplexie ; car, quand le matin on entra dans sa chambre, on la trouva dans son lit, sans connoissance et qui ràloit. La princesse d'Épinoy, nièce de M. de Vaudemont, part demain pour l'aller trouver et le ramener à Paris, si elle peut : il devoit être du voyage de Fontainebleau; ainsi on croit que cette mort ne changera rien à la disposition qu'il avoit faite pour ce voyage. Le duc d'Elbeuf hérite du bien que madame de Vaudemont avoit eu de feu M. d'Elbeuf son père, et le duc de la Rochefoucauld héritera du bien qu'elle avoit eu de madame sa mère. — On apporta au roi, le matin, un esturgeon en vie qu'il a fait mettre dans une grande pièce et qu'on prétend y pouvoir nourrir. — On eut des lettres du maréchal de Berwick du 27 ; il mande que nous avons quatre-vingt-trois pièces de canon et vingt mortiers en batterie, et que le feu des assiégés est fort ralenti.

Mercredi 8 , à Marly. — Le roi tint le conseil d'État^ dîna chez madame de Main tenon; Faprès-dlnée il fit une

206 JOURNJVl. QE D^GEAU.

petite Ipteriç pour l^ 4»»^^ qui ftVoif^t 4^pé ^y^ lui, et, 1^ p^uie ftyaftt cepsé si^r ksi fia ^ï§^Bea, U ajlfii, voir ipuaç au mail et ^e prop[)eoer daps «eii j^dins, ^ nm \l y ev(t musique phez madame de M^Un^^non. -^ U arriva mi courrier de M- [le paaréclml d^ Berwicki qui apporta H nouvelle que nous aviqps attaqué et pris le pbemip cqu^ vert le 30* Les assiégés ^voient commandé dops^e mille hommes pour le défendre^ qiais il n'en vint que trois m^Ue, et une heure après il n'en demeura pins que cinq cents, et ces cin(| cents s'e|i£\iif eut dès que nos gens sortirent de la trançjiée pour attaquer. Nous n'y avons perdu personne. — Miîord Sfarlborou^b est aryiyé en Angleterre et va droit à Bath prendre les eaux.

Jeudi 9, à Marly. — Le roi se promen^^ le n^atin d^s ses jardins , et courut l^ cerf Taprès-dlnée ; a-u retour de la chasse U travailla avec {$. \p ohp.noelier. \jG soir cl^es; madame de Maintenoij il y ent petite qiusiq^e, — » I^e rpi a fait écrire à M, le cardinal de Rohan, qui e^t àParis^ d^ venir ici demain ; ils s'assembleront chez % ]e ohancelier, le cardinal deîPolignac et lui. On espère plus qne jamais de voir rétablir la paix de l'Église, — - La niarquise de Béthune, sœur du mari^c^al d'Harcourt et de la maréchale d'Qaroourt, est morte ces jours-ci à Paris. On anoiH velle que son mari étoit arrivé à Marseille, où il a encoro trouvé la reine de Pologne, dont il a Thonneur d'être neyeu; on avoit fait courir le bruit qu'elle étoit trèshinar lade, mais il Ta trov^vée en très-bpnne santé.

Vendredi 10, à Marly* — Le roi alla tifer Tfiprèsdlnée, et le soir il y eut grande musique che% madame de Maintenon. Les cardinaux de Rohan et de Polignac gf'assemblèrentraprès-dlnée chez M. le chancelier, et, au sortir de leurs conférenceS| le cardinal de Polignac parla au roi et puis s'en alla à Paris, U espère que le cardinal de Noailles consentira^ une proposition qu'il lui doit faire. — Les articles du mariage de H. le prinoe de Soubise avec mademoiselle de Vercl^in furent signés. Madame d'Épinoy,

<jui est allée d^ Cpjoimercy , ayo^t laissé ^ p^Qpur^tip^ à madame de Remiremoût^ sa sœvffy ppur les ^ig^er, Q^ q. f^(; p^tir un coi^*rier pouf* alleir à I^opie deifia^de? la i^ispense^ parce qu'ils sqpi pousins is3U3 4^ g^ermaia^^ et on compte (jue ce courrier sp|*a 4^ retour* le 20^ et (}^'ain$| le mariage sq ppuirq. faire» a,yapt le voyage de Font^^^e^ bleau.

Samedi 11, 4 FpfifttMe^. — Le roi ftlla 4 laroesse plq^ tard qu'à son ordin^e, se prpmena en^iiite dai^s ses jardins jusqu^à SOI) ^li^^r? partit à cinq heures d^ Marly pour revenir ici, et travaiilaje soir avec M. le c]:^ancelier chezmadan^e deMsdntenon. -r- ]je roi a donné 500 écusde pensionàM.d'Affry, suisse, qui s'est toujoursfprt distingué dans le service, eta^eM^ le duc du Maine aimeetprptége. Madame la duchesse deBerry^ outre les douze gardes que le rpi aordonné qu'elle eût, youloit en avoir dix-huit autres pour relever tous les jours [Jes douze gardes et repaplacer même ceux qui pourroient être malades ou absents; ainsi elle en auroit toujours eu douze dans sa salle des gardes, et pour suivre à cheval quand elle seroit en carrosse, mais le roi n'a pas jugé que cela dût être.

Dimanche 12, à Versailles. — Le roi tint le cpnseil d'État, alla tirer l'après-dlnée, et^ le soir, trfivailla ç^yec M. Pelletier chez madame de Maintenpn. — Il aj,rriya un courrier de notre envoyé en Angleterre, qui mande que )a reine est tombée en apoplexie, et que l'attaque est si vîqt lente qu'on ne croit pas qu'elle en puisse revenir. Deux jours auparavant que de tomber malade elle avpit ôté â M. Harley, comte d'Oxford, la charge de grand trésorier; elle n'a point rempli cette place. — M. de Virville est mort; ilétoit gouverneur deMontéUmar. Uétoit fort riche et on parloit fort de son mariage avec mademoiselle de Toricy ; on agsuroit même que M. le comte de Peire, uu des trois lieutenants généraux de Languedoc, et qui étoit son proche parent, s'accommodoit avec lui de cette charge. — Le maréchal de Villars partira pour Bade de

lundi enhuit jours; il compte que le prince Eugène y sera pour le moins aussitôt que lui.

Lundi 13, à Versailles. — Le roi tint le conseil d'État, travailla l'après-dlnée avec le P. le Tellier, et le soir il travailla avec M. de Pontchartrain chez madame de Maintenon. — Milord Peterborough vint prendre congé du roi; il se hâte de partir à cause de Tétat où est la reine sa maltresse. Le maréchal de Villars lui avoit préparé un grand souper et une grande fête dans le Cours, mais il partit dès le soir. La fête préparée au Cours fut fort décomposée par la grande pluie, qui n^empécha pourtant pas qu'il n'y vint une infinité de gens; on prétend qu'il y avoitplus deux mille carrosses. Il y eut une musique de trompettes, de timballes et de hautbois; il y avoit une grande illumination préparée, mais elle ne put pas tenir contre la pluie. — Le roi a donné à M. le marquis de Gouvernet le gouvernement de Montélimar, qu'avoit M. de Virville; son parent, qui vient de mourir.

Mardiiky à Versailles. — Le roi tint le conseil de finances, travailla ensuite avec M. Desmaretz; après dîner il entendit vêpres, et puis s'enferma avec son confesseur, ce qu'il fait toujours la veilledesjoursqu'il doit communier. Monseigneur le Dauphin commença à se trouver mal hier au soir ; il eut delà fièvre qui a un peu augmenté aujourd'hui ; on a dit ce soir au coucher du roi qu'il n'en avoit plus. Quoique cette maladie soit peu violente, la personne est si considérable qu'on ne laisse pas d'en être fort en peine ; les médecins rassurent fort le roi. — Madame la marquise de Jaucourt, femme du gouverneur de M. le comte de Charolois, a été choisie par madame la Duchesse pour être auprès de mademoiselle de Charolois, sa fille, mais sans titre de gouvernante; on lui donne 1,000 écus de pension.

Mercredi 15, jour de la Notre-Dame^ à Versailles. — Le roi assista à toutes les dévotions de la journée et fit la procession dans la cour, comme il le fait tous les ans à pareil jour, et après s'enferma avec son confesseur et fit la

distribution des bénéfices. On n^en a pas encore la liste ; on sait seulement que Tabbé de Villeroy a l'archevêché de Lyon et queFévèché de Lisieux est donné, mais on ne sait pas à qui. — M. de Monsoreau a la charge de grand prévôt, sur la démission de M. de Sourches, son père, qui se meurt, et il est chargé de payer le brevet de retenue qu'il y avoit sur cette charge et qui est de 390,000 francs , dont il y a 20,000 écus pour madame de la Chenaye, qui étoit mademoiselle de Sourches, et 10,000 écus pour le chevalier de Sourches, frère de M. de Monsoreau.

* Le maréchal de Villeroy partageoit alors la plus intime confiance du roi , de madame de Maintenon et de M. du Maine avec le chancelier Voisin. L'abbé de Villeroy, selon les mœurs présentes, se trouvoit bien éloigné d'être évéque ; mais la situation et Tintérêt de son père suppléa à tout; il en avoit un grand à faire revivre son oncle à Lyon en la personne de son fils. II lui en procura en effet Tarchevéché et le commandement dans le gouvernement , mais il ne put lui en donner les qualités. Il remplit tristement et peu utiiementcesplaces, ety mourut bien jeune, sans réputation et ruiné.

Jeudi 16, à Versailles. — Le roi tint le conseil d'État qu'il n'avoit pas tenu hier à cause de la bonne fête ; il dinachez madame de Maintenon, et alla tirer l'après-dlnée. Au retour de la chasse, avant que d'entrer chez madame de Maintenon, il vit dans son cabinet madame l'ambassadrice de Hollande, qui prit son tabouret au souper du roi. — L'évèché de Lisieux est donné à M. l'abbé de Brancas, aumônier du roi, et il y a 8,000 francs de pension dessus, dont il y en a 2,000 pour le prieur de Marly et 1,000 pour son vicaire, 500 écus pour le fils de la remueuse de monseigneur le Dauphin. On ne sait pas encore qui sont ceux qui ont le reste de cette pension. L'abbaye de Lessay, qu'avoit le feu évéque de Lisieux, a été donnée à l'abbé de Matignon, fils du maréchal et qui étoit grand vicaire de son oncle.

Vendredi 17, à Versailles. — Le roi alla tirer l'aprèsdlnée; le soir, chez madame de Maintenon il y eut grande

210 JOURJNAL D£ DàNGëAU.

musique. — M. Trudaine, conseiller d'État et beau-frère de M. le chancelier^ est nommé pour remplir la charge de prévôt des marchands dans deux ans; M. Bignon la quittera dans ce temps-là après y avoir été huit ans, comme ils le sont d'ordinaire quand le roi est content d'eux^ car on les peut changer tous les deux ans. On compte qu'au bout des huit ans cela leur a valu au moins 100,000 ëous.

— L'abbé de la Croix, chapelain du roi^ a eu Pabbaye de Saint-Julien dans Tours qui est untrès^joli bénéfice, et qui a été quatre-vingts ans dans la famille deHM. de Catinat.

— L'abbé de Clérembault mourut à Paris; il av oit quatre abbayes, dont il y en a une à la nomination de M. le duc d'Orléans; il laisse une place vacante dans TAcadémie françoise.

Samedi 18, à Versailles. •— Le roi tint le conseil de finances;^ alla se promener à Trianon et travailla avec M. le chancelier. — Il arriva un courrier d'Angleterre par quion eut la confirmation de la mort de la reine Anne et la proclamation de l'électeur de Hanovre *. Outre les sept régens élus, il y adéjàsixansyilyena dix*neuf nommétpar le duc de Hanovre, qui avoit un pouvoir indéfini pour les nommer. La reine, deux jours avant que de mourir, avolt ôté la charge au comte d'Oxford, grand trésorier, et Ta voit donné au duc de Shrewsbury . Les sept régen ts nommés anciennement : l'archevêque de Cantorbéry; le chancelier; le grand trésorier; le duc de Buckingham, président du conseil; le comte de Darmouth, garde du sceau privé ; le comte de Strafford comme amiral, et le lord Parker chef de justice. Les régents nommés par l'électeur d'Hanovre : Tarchevôque d'York ; duc de Shrewsbury ; duo de Som* merset; duc de BoUon; duc de Pevonsbire;ducdeKent$ duc d'Argyle ; duc de Montpose ; duc de Roxborough } comte de Pembrokej comte d'Angle^ey; comte de Carlisle; comte de Nottingham ; comte d'Àbbingdon ; comte d'Oxford ; comte de Scarborough ; vicomte de Townsehd ; le lord Halifax, et )e lord Cowper.

A0I3T 1714. iSIf

* Im reine Amio nvoît résolu dé no ieim oublier pour assurer sa sueées- 9iOQà9oa frèr^et I9 remott^ sur Iq trôqA, U y ^VQit déjà (leaueoq^ de choses avancées là-dessyS) e| lorsque )q roi mourut l'année suivante les (Choses étoient en terme d'avoir pu réussir si cq prince eût vécvi plus longtemps. Il fût aussi très-affllgé de la mort de la reine Anne^ mais affligé à sa manière.

DifMnche 19, à Vênailks, *^ Le roi tint le conseil d^État; sUa tirer raprèsNliQée, travailla le soir aveo M. Pelletier chez madame de Maintanon, où il y eut ensuite gnmde musique. Le maréchal de Villars prit congé du roi et part demain pour Bade.n^ Le oomtede Roucy^ Voyant que le roi n^approuiroit pas quUl pi^sistàt dans le daseeln de marier son fils à mademoiselle de Monaco^ parce qtte ni la flUio ni la mère ne veulent point entendre parler dé œ mariage^ et que M. le Grande père de madame de Monaco, y est entièrement opposé aussi ^ le comte de Roucy, dis-je, arendu^sa parole à M. de Monaco, qui persistoit toujours à vouloir faire ce mariage, ce qui les a entièrement brouillé»^ madame de Monaco et lui. Le comte deHoucy songe & un autre mariage pour son fils, qui n'est pas d'une fille de si bonne maison^ mais qui est fort riche et dont on dit beaucoup de bien.

Imdi 20^ à Vermlle$. -r,-. Le roi prit médecine, et après 9Qn dîner il travailla che» lui avec M. de Pontehartrain. Le roi prendra vendredi le deuil de la reine Anne en violet; il ne drapera point. Il le portera au moins deux mois, quoique pour des têtes couronnées qui ne sont pas plus proches parents que la reine An»e il ne le porte qm m semaines* La reine Anne n'étoit que sa nièœ à la mode de Bretagne. M. Rpior, qui est iei comme envoyé d*Anglèterre, donnera demain part de cette mort. — On a reçu des lettres du siège de Barcelone; elles sont du 7 de c?e mois. On mande quelle 6, M. du Puy-Vauban, qui conduit les attaques, fut blessé d'un assez grand coup^ qu^on croit pourtant qui ne sera pas dangereux. Il y a apparence présentement que le siège durera beaucoup

plus que l'on ne le croyoît dans les commencements. Mardi 21, à Versailles. — Le roi tint le conseil de finances, et travailla ensuite avec M. Desmaretz ; il avoît, avant la messe, donné audience au général des Barnabites.' M. Prior lui donna part de la mort de la reine d'Angleterre. — Le marquis de la Varenne*, petit-fils par sa mère du maréchal de Tessé , mourut la nuit à Paris. Le maréchal son grand-père entra dans le cabinet du toi au retour de la messe ; il lui demanda pour le chevalier de Tessé son fils , colonel du régiment de Champagne, les deux charges qu'avoit le marquis de la Varenne que le roi lui accorda sur-le-champ. Ces deux charges sont la lieutenance générale d'Anjou et de Saumurois, qui vaut 600 écus, et le gouvernement de la Flèche, qui en vaut 1,200; ces deux charges étoient dans la maison de la Varenne depuis Henri IV, et il n'y en a plus de cette famille-là.

* Ce marquis de la Varenne , puisque les Mémoires rappellent obli" geamment ainsi, étoit fils d'un vieux goutteux retiré chez lui, et que Tessé avoit affublé de sa fille pour rien. Ce goutteux étoit fils dé ee garçon de cuisine d'Henri IV qui le servit dans ses amours et devint son porte-manteau , qui par cette sorte de service s'éleva à de plus sérieux à force d'esprit, et qui fit sa fortune par ce curieux et périlleux voyage d'Espagne où Henri IV l'envoya. Les mémoûres et les histoires de ce temps-là sont pleins de cette affaire et de tant d'autres où la Va« renne entra depuis et qui en firent un personnage. Ce fut à lui que les jésuites eurent la principale obligation de leur réts^blissement en Franoe et du magnifique don de leur collège de la Flèche, dont la Varenne avoit et transmit à sa postérité le domaine et le gouvernement. Il s'y retira après la mort d'Henri IV avec de très-grands biens, et l'y survécut très-longtemps en s'amusantà la chasse du vol. Un jour qu'une pie s'étoit relaissée dans un arbre , et que les chasseurs frappoient autour avec des bâtons pour la faire repartir, elle se mit à crier : « Maquereau, maquereau. » Le bonhomme la Varenne en fut atterré comme du renouvellement de la parole de l'âne de Balaam ; il ne douta point du miracle et que l'oiseau ne lui reprochât ses crimes. 11 tourna bride sur-lechamp; le frisson le prit en arrivant chez lui , et en trois jours il en mourut, sans que jamais on lui pât persuader que c'étoit quelque

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pie apprivoisée qui avoit appris à parler et qui s'étoit envolée de chez son maître.

Mercredi 22, à Versailles. — Le roi, après son lever, donna audience à HH. les députés de Languedoc. L^évéque d'Alet portoitla parole; sa harangue fut fort belle, et le roi y répondit à merveille. M. de Chambonas , qui a acheté depuis peu une baronnie en Languedoc, étoit député de la noblesse, L'évêque d'Alet harangua ensuite monseigneur le Dauphin , madame la duchesse de Berry et Madame, et toutes ses harangues furent fort applaudies. M. le duc du Maine leur donna ensuite un magnifique dîner; nous étions vingt-six à table. Le roi, au retour de la messe, tint le conseil d'État , dîna chez madame de Maintenon, après dîner tint encore le conseil d'État, parce qu'il n'en avoit point tenu lundi à cause de la médecine. Le soir il y eut grande musique chez madame de Maintenon. — On eut nouvelle de Marseille, par une barque qui y étoit arrivée, que le 13 on avoit fait une attaque à Barcelone qui n'avoit pas été heureuse , mais on n'en sait aucune particularité.

Jeudi 23 , à Versailles. — Le roi dina de bonne heure et alla se promener à Marly. Le soir il y eut petite musique chez madame de Maintenon. — On sut, par un courrier parti du 14, et envoyé par un colonel pour des affaires particulières, que le 13, comme onTavoit mandé de Marseille, on avoit attaqué un des bastions de Barcelone , qu'on s'en étoit rendu maître. Sauvebœuf, colonel de Blaisois, a été tué à cette attaque , et Polastron, colonel de la Couronne et qui s'est fort distingué à cette action, y a été blessé de trois coups. Les assiégés n'avoient pas pu en rechasser le régiment de la Couronne ; mais, après qu'il fut relevé, ils en chassèrent le 14 le régiment des gardes wallonnes, qui avoient relevé les François. Ce courrier a trouvé en chemin un courrier du maréchal de Berwick, qui est allé à Paris trouver M. le chancelier.

qui reviendra demain et par qui nous en saurons plus de particularités.

Vendredi 2^, à Versailles. — Le roi travailla le matin avec le P, le Tellier, alla tiret Taprès-dlnée ; le soir il y eut grande musique ches mi^amd de Maintenon, Mcoiseigneur le Dauphin prit les chausses et en pftroU encore plus joli (i] } il n'a que quatre ans et demii Mi le chancelier vint de Paris, travailla avec le t*oi< Dstns les lettres quHl a reçues du maréchal deBerwiok iî y Ik beaucoup de louanges du régiment delà Goqronnei et suptqut de la Motte, qui en étoit Ijeutenant colonel et qui a maintenu le poste que le régiment avoit occupé jUsqu^à la fin. Poiastron , colonel de ce régiment-là, qui avoit été blessé de trois coups au commencement de Taction^ ne vouloit point encore%e retirer, mais enfin on V^mporta» Le roi a donné à la Motte le régiment de Blaisois, qu'^voit le marquis de Sauvebœuf, tué à cette action-là. — Le marquis de Crèvecour a la charge de gentilhomme de la chambre de M. le prince de Conty ; madaine sa femme étoit déjà dame d'honneur de la princesse.

Samedi 25, à Versailles. — Le roi tint le conseil de &r nances , travailla après son dîner avec M. le chancelier, et puis alla se promener à Trianon, — Le mariage du roi d'Espagne avec la princesse de Parme se doit faire aujourd'hui à Parme. Je ne sais pas bien sûrement qui est chargé de la procuration du roi d'Espagne pour cette fonction. Le prince des Àsturies a aujourd'hui ^ept ans accomplis. — Les s|,ffaires de la Constitution par rapport à M. le cardinal de Noailles paroissent prendra un bon train pour l'accommodement, et on espère vjue le pape se contentera de la manière dont le cardinal accepte la bulle. — Jamais on n^avoit tant vu de peuple, à Versailles qu^aujourd^hui j U curiosité de voir leÔauphîn rétabli d^

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(1) « M. te Dauphin parut ce JoUi'4à pour la firetiifère fdié en culotte ei atèe répée. » ( Mercure d'août, pi^e 333.)

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sa maladie, et le roi| qui depuis quelques années n^avoit point été ici le jour de la Saint*(40uis , tous len appartements qu'on fait voir et toutes les fontaines qu'on fait aller^ ont attiré cette fouie4à ici 5 qui a témoigné une joie infinie de voir le roi et le Dauphin.

Dimanche 26, à Versailles, — Le roi tint le conseil d'État, travailla l'après-dlnée avec Bt, t^elletier, et puis alla tirer^ Il y eut musique le soir chez madame de Maintenoti^ et après la musique H. deTorcy^ qui y vint, fut assez longtemps avec le foi. *^ Lé foi isigiitt, le matiti, le contpat dô mariage du comte de ftôye avec mademoiselle HtigUet de Semonville, à qui on donne 500,000 francs igrgent comptant^ et on lui assure encore cinq cents autres mille francs après la mort de soti père, qui a quatreirifi^s Am pasdés, et toùâ éetti qui botinoissént leil affaires dé eette famille ftâëtifëût qu'elle aura au moins S00,000 écùs de bien. Sa mère , un oncle et des tantes dont elle doit hériter sont encore tous en vie. — Madame la duchesse de Berry se trouva un peu incommodée ; elle ne vint point au souper du roi ni au èabinéti -^ h» roi fit venir itA le premier préifeident et le pt*ocUt*etif ^Uët*al; il leur paria longtemps dans son cabinet. Oii croit que c'est pour une affaire très-importante, et qu'on ne sait point encore^

iundi iT, à Versailléi. -^ Lé tbi tint le ôonseil d'État, teavâilla Taptès-dlnée avec M. de PoUtchartrain. La reine d'Angleterre vint ici Isur les cinq heures de Chaillot. Mie entra d'abord chez madame de Maintenon, et puis alla voir madame la duchesse de Berry ; elle revint en- Htlite chez madame de Maintenon, où le roi la vint trouver fidtil? réèëvoir sa visite. QuaUd la reine eu fut sortie pour retourner à Chaillot, le roi travailla avec M. le chaUcelier, Le roi avoit diné chez madame de Maintenon, et ne sortit point de tout le jour. — On commence à dire pourquoi le ï-oi fit venir hier le premier président et le procureur général ; cela sera public demain, et on ne sauroit

trop louer le parti noble, grand et sage que prend le roi , qui lui attirera une nouvelle admiration et de nouvelles bénédictions, et il donne une grande marque d^estime et de confiance à son parlement, qui sera approuvée de tont le monde *.

* Au moins ce qui fut public alors se peut-il dire aujourd'hui, en s'absteuant de ce qui ne le fut pas. On sut ce qui va être dit par la reine d'Angleterre ; on Ta su aussi par le premier président et par les gens du roi, à qui le roi Tavoit dit en leur remettant son testament, qui fut fait pour les bâtards et contre M. le duc d'Orléans, comme on n'en put douter à sa lecture lorsqu'après la mort du roi il fut ouvert. « Ma« dame, » dit-il à la reine d'Angleterre et en homme plein dès qu'il la vit, <i j'ai fait mon testament. On m'a tourmenté pour le faire ; j'ai acheté du repos ; j'en connois bien l'impuissance et l'inutilité. Nous pouvons ce que nous voulons tant que nous sommes ; après nous , nous pouvons moins que les particuliers. Il n'y a qu'à voir ce qu'est devenu le testament du roi mon père aussitôt après sa mort , et celui de tant d'autres rois. Je le sais bien , malgré cela , on l'a voulu et l'on ne m'a donné ni paix , ni patience, ni repos qu'il ne fût fait. Oh! bien donc, Madame, ilestfait ; il deviendra ce qu'il pourra, mais au moins on ne m'en tourmentera plus. » Voilà précisément ce qu'il dit, et à ceux à qui il le remit qui en furent bien étonnés , et la reine d'An^eterre qui ne le fut guère moins, quoiqu'elle en sût et en vît davantage , mais de cette plénitude qui faisoit parler le roi si franchement à elle. Cela fit alors du bruit qu'on étouffa avec soin. La même cause qui l'avoit fait faire le fit déposer au parlement, et avec tant de pompe et de précautions pour rendre le parlement jaloux et protecteur de ce dépôt qui l'honoroit si fort, et si fort contre le goût du roi à l'égard même du parlement que le roi n'avoit jamais aimé depuis les troid)]es de sa minorité, qu'il n'avoit songé depuis qu'à abaisser, et dont en dernier lieu il étoit plus que mécontent sur les affahres de la Constitution. Lorsqu'il éleva si prodigieusement ses bâtards, il dit avec quelque aigreur à MM. du Maine et de Toulouse, adressant la parole au premier: d Vous l'avez voulu; mais sachez que, quelque grands que je vous fosse et que vous soyez de mon vivant, vous n'êtes rien après moi , et c'est à vous après à faire valoir ce que je fais pour vous, si vous pouvez. » Le testament du roi fut minuté par le chancelier Voisin. Le roi, madame de Maintenon , M. du Maine , le chancelier et le maréchal de Villeroy fur^t seuls dans ce secret.

Mardi 28, à Versailles. — Le roi tint le conseil de finances , travailla ensuite avec M. Desmaretz, et après

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