VOYAGE M FONTAINEBLEAU
Mercredi29, à Petit^Bourg. «^Le roi tint le conseil d'État à Versailles, et en partit après son diner pour venir ici ; il y avoit dans son carrosse madame la duchesse de Berry^ Madame ; madame [la Duchesse et madaïao la princesse de Conty ] , — L'édit du roi fut enregistré au parlement^ et l'amour dçs peuples semble avoir encore augmenté par lîe qu'il vient défaire.^— Les commissaires de l'assemblée du clergé sont séparés ; les évoques qui en é^oienl sont retournés à leurs diocèses. Le cardinal de Polignac travaille à un écrit qu'on enverra à Rome. Le roi souhaite que le pape soit content de ce que fait le cardinal de NoailleSy et on espère que cela finira entièrement* Avant que d'envoyer l'écrit du cardinal de Polignac à Rome^ le cardinal de Rohan l'examinera; M. le chancelier, qui U eu oonnpiss€^nce entière de cette affaire^ verra Tétait aussi, et puis on le portera au roi.
Jeudi 30 , à Fontainebleau. — Le roi se promena tout le matin à Petit-Bourg; il s'y étolt promené dès hier en y afrivaût. Il en répartit à ttoîs heures, et arriva ici, où il â été blëjQ content de tous t^s changements qu^il y a trou-
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vés. Son appartement est bien commode, bien plus beau^ et il est meublé magnifiquement. La cour des fontaines est agrandie et embellie , et généralement tout ce qu^on a fait est du meilleur goût du monde. — Le cardinal del Giudice donnia part au roi, avant qu'il partit de Versailles, du mariage du roi d'Espagne avec la princesse de Parme^ et il y a déjà longtemps que le roi savoit que ce mariage s^alloit fedre, mais on ne lui en avoit pas donné pai't publiquementy et on ne sait que par le dernier ordinaire que le roi d'Espagne l'eut déclaré à Madrid. Les Espagnols qui sont à Paris ont quitté le deuil.
Vendredi Si, à Fontainebleau. — Le roi travailla le matin avec le P. le Tellier et courut le cerf Taprès-dlnée. U n^yavoitdedamesàcheval, àla chasse, que mademoiselle de Charolois et madame de Maillebois. La jeune madame la Duchesse est demeurée à Paris à cause de sa grossesse, et la jeune princesse de Conty, qui est grosse aussi, ne va point à la chasse; elle est venue ici en bateau. — M. le duc de Beauvilliers * mourut dans sa maison à Vaucresson , après une fort longue maladie ; il y a plus de quatre mois qu'il étoit sans aucune espérance de guérison. Il étoit chef du conseil des finances et ministre. Il avoit été gouverneur des petits-fils du roi et premier gentilhomme de la chambre, charge qu'il avoit cédée au duc de Mortemart, son gendre, à qui il avoit donné aussi le gouvernement du Havre, qui vaut 12,000 écus de rente et qui a rang de gouvernement de province. Il avoit cédé au duc de Saint- Aignan , son frère d'un second lit, sa duché et la charge de premier gentilhomme de la chambre de monseigneur le duc de Berry, qui lui appartenoit comme ayant été son gouverneur ; il lui avoit, outre cela, cédé le gouvernement de Loches, qui est d'un très-petit revenu.
* M. de Beauvilliers a été « longtemps un personnage très-principal qu'on ne peut s'empêcher d'en dire quelque chose. Il fut le dernier de cinq frères dont deux vécurent quelques années dans le monde, et Tainé fut premier gentilhomme de la chambre en survivance du duc de Saint-
AOÛT 1714. ijl
Aignah, s(m père, qui Tàvoit achetée «n 1649âeM. deliaiDDOittt. M. de Beauvilliers avoit été élevé par le isuiase de soo père et dans sa loge, ea proie à tout ce qui y alloit boire, et à cmq ou fâ% ans on Tenvoj» à Notre-Dame de Gléry en pension chez un chanoine dont les canonieats étoient à la nomination de son père. Là il apprit ce que put le chanoine ; sa servante le mettoit coucher avec elle et avoit soin de son entretien; le rare est quil y couchôit encore à quatonSB ou quinze ans sous les yeux du chanoine sans qu*on y trou^fità dire, ni que la servante fort vieille ni le jeune homme y entendissent la moindre chose. H étoit au désespoir quand quelquefois en familiarité madame de Beauvilliers en faisoit le conte , et souvent même il lui fermoit la bouche dès qii'îl se doutoît qu'elle en vouloit parler. La mort de ses aînés le fit rappeler à la maison paternelle; on lui fit d(mner la- démissiez dé deux lâibayes qu'il avoit, le régiment qu'avoitson frère et sa torvivance de premier gentilhomme de la chambre du roi son père en t660. Cétoit un. homme de beaucoup d'esprit et d'un esprit juste, fin, exact, pénétrant, qui ne paroissoit pas dans son étendue à beaucoup près par les niesures étroites et continuelles dans lesquelles il se contenoit, par une grande sagesse naturelle, resserrée encore par une piété solide,'* qui toute sa vie fut son caractère dominant et crût toujours. C^es entraves le raccourcissoient, et la retraite où la dévotion le jetoit, jomte à une grande précision sur la charité , le tenoient dans l'ignorance de beaucoup de choses. Tout cela ensemble formoit lin honune fort particulier, et jusque dans les plus nombreuses cotnpagnies fort retiré, ménie dansiez conversations familières fort rtâs^^é, à quoi le mhtistre ajouta eneore une dose. La prévenance et la politesse grande mais distinguée et aisée dont il étoit avec tout le monde n'effaçoit pas je ne sais quoi de contraint qui se présentoit en lui , et qui dans le sérieux tiroit volontiers ; mais en liberté c'étoit Thomme du monde le plus gai et qui atnioit le mieux qu'on le fût avec lui et mettre le monde à l'aise; il est vrai quil n'étoit pas aisément lui-même dans cette liberté. H lot falloit Une très-petite portion d'étroite famille et d'amis particuliers et bien éprouvés. £n affaires, il étendoit son esprit, savoit assez et savoit bien ce qu'il savoit et l'appliquoit à l'usage ; il embrassoit tout le vaste et toutes les difficultés de ce qui se proposoit et voyoit avec netteté et lumière tout le pour et le contre, les taisons de préférence et de parti se pirésentoient en raisonnant et en comparant avec clarté, et il se décidait avec discernement et justesse. C'est une qualité qu'il avoit éminemment, et dont on l'auroit d'autant moins soupçonné que sa sagesse se pouvoit dons le courant ordinaire sentir de quelque timidité,, et qoe sonf commerce continuel d'intime confiance avec M. de Ghevreuse, auquel il déféroit beaucoup, mais jamais que par conviction, et en af§»res moins qu'on nepensoit, auroit pu faire craindre de contagieux de l'iiidécision
mt JOURNAL DE DAKGEAU.
de l'autis. Tout tnesuré quMl iHolt , i^ une pôliteise et une dédeëtir extrémei et ia ^us grande erainti de btttter le moins du monde, Il parloit communément avqe quelque moHease; mais, dans les affaives où il voyoit la justice ou l'intérêt de l'État, H est surprenant la force et la fermeté qu'il mettoit dans ses avis , et Jusque contre M. de Clievreuse, sur qui il lui arriva une fois de tomber fortemoit en présence de trois hommes , qui , dans unediversité d'avis deuit contre deux, étoient venus à lui, qui mit son beau«frère en pondre et hors de moyen de répondis un mot au grand étonnement et embarras même de l'assistattee (fùï n'en parla jamais. G^étoiton homme |ié violent ^ emporté, débaudié et sensible à tous les plaisirs, que la grâce avoit changé de fort bonne heure en un autre homme, et tout en oppoidtion de ces défouts» là ; uni , simple , doux , modeste, égal , et de suite jusque dans les ba» gatelles, arrangé, exact jusqu'à un excès où la précision des heures de ses différentes fonctions Tavoient peu à peu amené et dont après il ne s'étoit pu défaire, capable d'amitié et de reconnoissanoe, mais trop re» tenu à servir, non par indifférence, mais par «itravas çt par timidité, trop scrupuleux en beaucoup de choses et pesant trop le devoir précis, attentif à ses affaires domestiques presqu'en avare par l'exemple du dé> sordre de oiBlles de son père et par cette raison de devoir, mais d'ailleurs magnifique en tout jusqu'au faste, parce qu'il eroyoit que cet extérieur étoitdeses places, et d'un déshitéressement moindre ea œ sens qu'en celui d'un entier et parfait détachement de biens, de planes, de crédit et de fortune; n'alloit jamais qu'au bien, dont en lui le mieux, quoiqu'il le cherchât, n'étoit point l'ennemi, et 'y alloit par les meilleures voies, toujours juste, toujours simple, toujours droit en tout, ménagnr de son temps en usurier avare , n'en p«*dit pas une minute , et tout en bienséances nécessaires en affaire^ ou fonctions, et à Dieu tout ce qu'il pouvoit dérober au monde et à son délassement* On peut hasarder hardiment d'avancer qu'il ne perdit jamais la présence de Dieu dans toutes les diverses situations de ses journées , et que Dieu étoit l'oly et unique auquel il rapportoit ses plus importantes et ses plus petites actions, son travail, ses fonctions, ses bioiséànces, et jusqu'aux h^ soins communs du corps et de l'écrit , ses liaisons , ses amitiés , oe qui Féloignoit ou l'approchoit des gens, mais sans prétendre mesurer à la piété les talents àês autres et les usages auxquels il les falloit appliquer. Tel fut en gros cet homme si digne de fohner un bon, un saint, maii aussi un grand roi , et qui y avoit si parfaitement réussi dans l'éduea-» tion de celui du règne duqiid nous ne fûmes pas trouvés dignes. M, de Saint- Aignan, radicalement ruiné, maria ce fils devenu unique à la seconde fille de M. Colbert avec de grands biens ; la femme et le mari se trouvèrent faits l'un pour l'autre et vécurent dans la plus intime amitié et dans la plus étroite oonfiance. Il n'y eut point de femme à la cour
qnteut plus d'eÉpirft que madame de BealiviilleK, ni un esprit plus fia, plus pénétrant, nndsplue si^et phn réglé, et dont elle fut plus la msltresse^ sinon ^*elle ne poa?dl fidre qu'on ne s*en aperçût eus» sttât quoiqu'elle n'en ▼ouldt jamais montrer, et œt esprit paroit si bien son visage que sa laideur en déplaisoit infiniment moins.G'étoit encore la ftmme du mon^ la plus noble, la plus magnifique , la mieux fai^ santé, qaï p^isoitgrenéBmeQt, et qui aimoit le plus tendrement les personnes qu*elle aimoit. Infiniment polie, mais avec discernement et éApïité , traant sa maison avec grandeur, mais avec agrémmit pour tout ce qui y abondoit, plus volontiers du monde que son mari, mais retirée pour lui plaire, et par une piété en laquelle elle lui céda de fort peu. Quoique infiniment circonspecte et ret^ue,son esprit, qui brilloit de toutes parts^ se laissoit entrevoir quelquefois asseï: pour beaucoup faire regretter qu'elle en retînt trop les rênes et pour faire juger qu'elle les tsnoit quelquefois aussi à pleines mains. Sa conversation étoitfine et agréable en liberté; ailleurs fi y avoit en elle je ne sais quoi de contraint et de pinoé qui ne mettoit pas à Taise; mais, quand elle y étoit, elle y mettoit pleinement ce petit nombre choisi avec qui elle s'y met^ tBi|. Sa plus intime union étoit , après son mari , sa sœur et son beau* ûève, le due et lalduehesie de Chevreuse, et, au lit près, il se peut dire qu'entre ces quatre personnes tout étoit commun, pôusées, vues, opinions, secrets, amis et toutes choses; aussi passoient-ils leur vie ensemble ; longues années ils mangeoient l'un obes l'autre par semaine, œ qui ne fut interrompu que parles grands emplois du duo de BeauvHllers, et depuis il étoit rare qu'ils ne se vissent pas au moins trois fois par Jour, et tous les soirs les passoient ensemble avec un nombre trèsétroit de famille et plus court encore d'amis les plus intimement famUiers. M. de Beauvilliers servit avec réputation de valeur à la tête de aon régiment et fut fait brigadier, mais trop retiré pour un homme de guerre^ jusque-là que, dans une des campagnes du roi marchant seul un peu en avant à une promenade, des gens qui suivoient se mirent à se dire en riant entre eux qu'il faisoit là sa méditation, ho roi, qui les entendit, prit la parole, et, la leur adressant : c Voilà, leur dit^il , M. de BeauviUiers qui est un des plus sages hommes que je connoisse, » Cela rabattit les propos pour longtemps. Du reste, il faisoit sa charge assi* dûinent et n'usurpoit aucune familiarité avec le roi, La surprise fut grande lorsqu'à la fin de 1685, presque aussitôt que le maréchal de Vil- Iwoy fut mort, le roi appela M. de Beauvilliers dans son cabinet et lui donna la place de chef du conseil des finances; mais celle du roi fut bien plus grande de se voir refusé d'une place si flatteuse pour un, homme de trente-six ans. Les finances alarmèrent sa conscience de telle sorte que le roi ne put gaguer sur lui que de consulter et de lui faire promettre qu'il le feroit de bonne foi et au moins avec iudiffé-
rence, et que de bonne foi aussi ii acc^eroit si la décision l'y condnisoit. Cinq ou six jours après, le roi lui reparla ; la décision avoit été pom' accepter, il l'avoua, et le roi ne lui permit plus de refuser et le déclara deux heures après. La mort de Louvois laissant le roi plus libre, il rappela Pomponne dans son conseil, et y mit en même temps le duc de Beauvilliers. Ce fut en soixante-douze ans de règne le seul seigneur qui y entra, car le maréchal de Villeroy père ne iiit jamais ministre, et le maréchal de Villeroy fils , qui succéda au duc de Beauvilliers, ne le fut pas un an entier sous le roi , et par cette brièveté pour n'être pas compté. Peu auparavant, c'est-à-dire en août 1689, il avoit été fait gouverneur de monseigneur le duc de Bourgogne, et le fut des deux autres princes ses frères, à mesure qu*ils parvinrent à Tâge d'être mis entre les mains des hommes. Le roi eut la confiance en lui de lui laisser le choix de toutes les personnes qui furent mises auprès d'eux sous toutes sortes de titres^ à 1 exception de Moreau pour valet de chambre et de deux ou trois valets que le roi y voulut placer. Cette importante place et après celle de ministre d'État lui furent données sans qu'il y eût pensé. Il fit même quelque difficulté sur l'importance de ses fonctions , et le roi ne se lassoit point d'admirer un homme ou qui refusoit ou qui acceptoit avec peine et répugnance les plus grands, les plus riches, les plus solides, les plus éclatants emplois, quifaisoient les vœux les plus ardents et l'envie la plus cuisante de tout ce qui en pouvoit être à portée. Le précepteur fut de son choix comme tous les autres ; il le prit sur la parole de MM. de Saint-Sulpice , à qui Fénelon s'étoit enfin dévoué après avoir également frappé sans succès aux portes des jansénistes et des jésuites. MM. de Saint-Sulpice avoient la confiance de M. de Beauvilliers ; ils lui avoient fait connoître l'abbé de Fénelon; ils lui en répondirent. Sa piété, son esprit, son insinuation simple, mais si élégante quand il vouloit capter, le capta en effet jusqu'à l'enchaîner, et à l'enchaîner si entièrement qu'il cessa de faire usage de soi-même pour tout emprunter de Fénelon. C'est là peut* être le seul défaut d'un homme en tout si parfait , défaut qui ne doit pas être excusé et qui le conduisit bien loin et jusqu'au bord du précipice, mais défaut|après tout qui ne partolt que d'un rare fonds d*humilité et d'amour du bien et de la vertu, et d'une perfection sublime que Fénelon avoit soin de lui montrer en tout, et dont cette âme épurée étoit entièrement éprise. M. deChevreuse, plus savant et aussi purement pieux, étoit devenu la même conquête, et Fénelon en jouit toute sa vie si complètement que, malgré les désastres et l'éloignement des lieux, il demeura toujours leur âme, leur esprit, leur modérateur en toutes choses. La foudre qui l'écrasa noircit les deux ducs et même les brûla. Jamais madame de Maintenon, leur amie si intime, n'en revint pour eux ; il ne tint ni à elle ni à la puissante cabale qu'elle suivit , de pousser le
roi À force d0 scriipules à chasser les deux ducs, et surtout celui-ci par 1- importance de ses places. Le successeur étoit résolu. Le roi sans décider avoit montré Tagréer ; c'étoit le maréchal de Noailles, et c'en étoit fait sans le cardinal son frère, dont la candeur abhorra le complot, et un complot en&?eur de sa Êimillé. Non-seulement il n'y voulut pas aider) dans la situation où il étoit alors un mot de lui eût terminé Taffeire, mais rien ne put Tempécher d'aller trouver le roi et de raffermir kl duc*de Beauvilliers, jusqu'à répondre au roi de lui en toutes les manières. Faut-il le dire et mettre cette ombre à un si beau portrait, m9i6 il n'est beau qu'autant qu'il est vrai et l'exacte vérité le demande : le cardinal , qui en fut des années brouillé avec son frère et saL bellesceur quoique se voyant à l'ordinaire, n'en fut jamais rapproché du duc de Beauvilliers, qui voyoit trop en lui le destructeur de M. de Cambray, et longues années après, quand la Constitution opprima le cardinal de Noailles , qu'il eut défense de voir le roi , qu'on travailloit à lui ôtçr la pourpre et son siège, et qu'en attendant on étoit sur le point de le voir enlever et envoyer à Rome , il ne trouva point de retour dans le duc de Beauvilliers, qui, donné à Rome, à la Constitution, à M. de Cambray, se dépouilloit d'humanité et de reconnoissance. Un ami intime et disproportionné d'âge de ce duc (1), disputant avec lui dans ces temps-là sur ces matières de la Constitution et sur les procédés qu'elle enfantoit , ne put se tenir un jour dans sa chambre à Versailles , où le duc étoit venu l'entretenir de cette affaire, né put, dis-je, se tenir de lui dire à brûle pourpomt : «c Mais vous , Monsieur, au moins , ne songezvous jamais que, sans la rare pureté d'âme du cardinal de Noailles^ son frère arrivoit en toutes vos places, que lui seul l'empêcha du roi, et lui, sachant bien leur destination, vous raffermit avec peine en se faisant votre caution ? £t aujourd'hui vous pousseriez un homme à qui vous devez tout et depuis si longtemps, et sans lequel vous seriez depuis tant d'années hors de mesure! » Le duc demeura sans répartie, rougit, c(mvint par un seul « il est vrai, » après quelque silence, se défendit après sur sa conscience, mais plus mollement, et depuis conservant tout son feu sur l'affaire , le ralentit sur la personne du cardinal , et fut toujours depuis, à ce dernier égard, très-mesuré avec son ami quand ils parloient de ces matières. Ce n'étoit pas assurément défaut de sentiment dans un homme qui en avoit de si délicats, ni encore moins mgratitude, mais telle fut en lui la force de l'abandon divinisé en M. de
(i) Saint-Simon a corrigé cette phrase dont voici la rédaction primitive : « L'ami si intime et si disproportionné d'âge de ce duc, dont on a déjà parlé et dont on parlera encore, disputant avec lui, etc. » En voyant Saint-Simon parler ainsi de loi à la troisième personne dans ces additions, on se demande si à cette époque il songeait à composer ses Mémoires écrits dix ans pins tard.
ise J0URI9ÀL D£ Dahgeau.
Gambray et du préjugé de religion. Lo» dû (klitt grand ftâm» de l'affaire de eet archevêque , ce méiué àml^ exeessivenimt \emii meoté^ mais qui étoit déjà instruit de ce qui se [tassoit , fut trouver le due de Beauvilliers et l'avertit du péril immiu^t où il étoit. « Mooslèttr, répondit le duc, avec un air de tendresse pour lui, mais de plus que firddeur sur la chose, ce n'est point moi qui me suis mis M (voulJEâit parler de ses places ); tant que Dieu m'y voudra, il saura bien m'y maintenir, et d'y demeurer un instant contre son ordre je ne le voudrds pour rien au monde. Je ferai uniquonent ce que ma eonscienee demande , et, si je suis chassé, j'en serai plus en repos et plus en état de bien penser à mon salut. Je ne tiens à rien ici; la volonté de Diea soit faite et sur moi et sur ma famille ». Quelque Jeune que fût son ami, dont rage ne permit pas une explication pluti approfondie alors, il fiât saisi d'une telle admiration de cette réponse si sage et si détachée , qu'dle a toujours depuis subsisté en lui et y subsiste encore- Qupique M. de Beauvilliers fût enfin sauvé, et par contre-coup le duc de Chevreuse, pdr ce qui vient d'être raconté du cardinal de Noailles, leur disgrâce iiit tellement marquée que la cour les abandonna, et que leurs femnies, plus répandues qu'eux dans le monde, fùsoient fuir jusqu'à leurs amis dès qu'elles paroissoient quelque partielles, autour desquelles on s'attroupoit encore la veille. Jamais changement si subit , si marqué , ni supporté avec tant d'égalité d'âme; quoique ÏÀen senti, rien de leur partne leur rapprocha personne, et l'écoulement de quelques mois ayant fondu les glaces, la cour servile se modela Sur ie maître et ped à peu revint à eux. Ce qui a été vraiment extraordinake, c'a été de rester en place et ensuite en faveur et en confiance sans avoir foibli le moins du monde à Fégard de M. de Gambray, la bête de madame de Maintelion qui Tavoit fait devenir celle du roi, que le roi le sut d'autant mieux qu'ils ne s'en cachoient pas, quoiqu'ils évitassent d'en parler excepté dans leur intimité la plus secrète, et que le prince confié à M. de Beauvilliers conservât un attachement de pleine confiance en san précepteur, qu'il lui a tellement gardée toute sa vie que perscnme n'en a ignoré^ et que dans les dernières années de ce prmce où on eummençoit à eonqpter avec lui il y avoit une cour à Gambray, et que les plus considérables de la cour cherchoient à y avoir commerce. Il est pourtant vrai qoe madame de Maintenon ne lâcha prise qu'intérieurement, et qu'elle cspéfH un moment encore, mais longtemps après, de renverser le due. 1m chose étoit si avancée qu'elle ne tenoit plus qu'à l'exécution. Le roi s'étoit enfin laissé gagner; Harcourt, duc, pair et maréchal de France, prenoitses pièces dsms le ôofiseil; 96É aveittuTè fbft ttagiqttè. Le même ami plus âgé ou inoîns jeûne, et phis initié éh hiéh des choséS, décoàtrit toute l'affaire. Oii arrivoit dé Fontainebleau et Harcourt de Tannée d'Allemagne. Le duc de Beauvilliers fut prié par son ami de lui venir
Août i7ii, iif
éMAéy l'ancienne habitude pritent lé dessus, et, de|)uis ce nioment, le A&h jôùii de la faveut et delà confiâilée âîi toi sàn^ iàciine, et avec la nààïe t>aîx, la même ë^alij;é d'^e <iii'il àvbït kiiîsèrvéë daiis tous ses d^lligèrs, dans le ébûf^ de I^édiicdtidn de^ jinhce^. Il fit une action bien extraordinaire et ([tii n'a pi'éè^tie été siië^ de 4tii ^tie se soit ; ckaciin des tkiisi itii detôtt Yàîbir 46fi6o livrée d'^PÎ^Ôintèln^nis. tl n'en ^oiilut
si iiàiinemëùt àvel; M. deChevrëuâë èi avoit pour lui ùilë téllcj estime et iifië telle confiaîiiîe, qtl'ilrésëliit, ^ eu dire liîi éëiii indt ni à lui ni a (pii ^e ce i^oit, dé he i^kssocièr à Sa ^laëe de gouvernetir ; c'étoiteiîcôré 4il,(!kl6îivi*esdë irèntéquelè roi y gagiioit, pul^u'ii en laissoJt Sl§,6dd
otill jr trouvèroit soii Sbulèigeftiént è^ les princes uti grand availtàge. il i^ôiita tàllt dé éttdsëâ |li'it {i^âdà le rtn dé iiomitier Û. de cfieiî&M gbûveriiemr ^^ ihévis avec liii, et ^'il lui dit 4(f il le dëblatérbit le tëndenîaîn, et eu atteiîdsliit dé n'en |)àrier à pei^onnè. M. de Beàiiviliiërs, ravi de jbié, ne iiriitpàs màli^uer a un sëcèét ^iû he règàtdbit qiiè sôti bèad-fîfêi'è et qui devbît être public le lëndëihàiii matin, de ië Itd cbnfieHë §bff ; sii Stirptise fut grande et sa sensibilité atissi, et à la plaeé et ëndôre plus à une telle ihar^ûë d'atrbitiê. Le lendethain point de hbtivëllëset iinIbtSM. dé t)hëvreusej[M. déâëauvitliersëiifit souvenir le roi , thais il lui Répondit qu'il atoit fait d^ i^êflexioiis et conclût ^ar neydulbir plus ce qfb'it âtolt aécbtàéla veillé. Là pilule tÙt àmèté, mais il il*y paftit pas, et quand M. de CtJévrêuse l'apprit de ^on bèàu-frère, fl tfë songea qu'à të 'doHkoki et delà' ideilletite foi dû môtide. Juâqtié-lâ (fa^biétit été des èpfëifvës de bdd^ éi defortuiiè ', M. de Èeàovitliers éû êasùya d'un géiirë tout àdtreliiëitt êébÈMé. Il àvdit efdneùf filles, et à fô fin aëiiÀ garçons ; S l'MtiÈatidtf flës^efs il ^OK nir^ tdtis ses âbids ; ils avbient quinze et ^ize àn$, biëil faitSi et têpoindâtit à sbtthait à totià leà àoins qu'oti en àvoit pris. Le inàiiage de fsfîhé êtôlt à^fété , lot^qdè là j^ètite vétole les prit l'un après l'autre , et l'titi ^^ l'aùttè àùsi^ \à emporta en six joùJ*i^. A ëhalque përtë le père et la iiièi^e firent leu^ sacrifice et allèrent comthiliiier à l'infant; mois \à nàtùrë âë relâcha irîen de ses droits ; la paix avec laquelle cette perte fut reçue acheva d'altérer le tempétstiiient , et la itiitte qui agit sans cessé comme sous terre, fit
une impression que rien ne put réparer. Ses amis évitoient tout ce qui avoit trait à cette horrible part; il en parioit quelquefois à quelques-uns de ses plus intimes et les prioit de ne pas détourner un discours qui le soulageoit. Sa maison trouva une ressource dans deux frères que son père lui avoit donnés d'un second lit et qu'il éleva comme ses propres enfants, ils n'avoient rien du tout du côté de leur père et beaucoup moins que rien de celui de leur mère; il suppléa magnifiquement à tout et jusqu'au large et honnête entretien de cette belle-mère que sa vertu fit respecter. L'ainé s'étoittourné à l'Église et fut évéque comte de Beauvais, malgré le duc qui le trouvoit trop jeune ; mais le roi le voulut. M. de Beauvilliers n'avoit que trop raison, sans le savoir, mais il mourut avant d'en avoir eu la douleur. Le e^det étoit à Malte ; on le fit revenir et il devint la ressource de la maison ; madame de Beauvilliers y entra avec la plus sensible tendresse pour son mari. Ils le comblèrent de biens , le marièrent ; sa femme devint comme la belle-fille de madame de Beauvilliers. Elle l'éleva et la traita avec la même tendresse et les mêmes soins, mais il en coûta toujours cher à son cœur, et ses plus intimes lui en ont souvent vu couler les larmes et les recoignerdès que la duchesse de Saint- Aignan arrivoit, et tout de suite la recevoir avec des grâces et une amitié dont peu d'autres auroient été capables, et qui ne s'est jamais démentie. Mais toutes ces douleurs , de l'aveu souvent réitéré du duc, quelque vives, quelque amères^ quelque incurables qu'elles fussent, ne lui parurent rien en comparaison de celles qu'il éprouva à la mort de son incomparable pupille , et qui enfin le tuèrent ; mais avant d'en parler on ne peut se refuser trois anecdotes bien curieuses , dont Tune, en apparence assez plate, donnera bien distinctement le caractère servile de cette cour, et les deux autres sont peut-être encore ignorées de tout le monde, excepté d'une ou deux personnes qui vivent encore, de quatre ou cinq au plus en tout, qui les ont sues dans leur temps. Voici la première : M. de Beauvilliers, d'une santé foible et accablé de fonctions, de pas une desquelles il ne se faisoit grâce, sinon de celle de premier gentilhomme de la chambre, lorsqu'il étoit d*année depuis la sortie du dîner du roi, par leur incompatibilité ave« ses autres fonctions, se trouvoit attaqué d'un dévoiement très-opiniâtre et souvent de la fièvre, lorsque le roi d'Espagne partit avec les princes ses itères. Il y avoit très-longtemps qu'il dépérissoit sans avoir pu trouver de remèdes; l'importance du voyage et des instructions à donner par les chemins, engagèrent le roi à le conjurer de faire l'effort de les suivre , et lui à forcer nature pour y aller; c'est ce qui engagea madame de Beauvilliers à l'accompagner et le roi à lui adjoindre M. de Noailles , mais en second et en inférieur en tout , et pour suppléer à son défaut pour la conduite et la représentation, s'il étoit obligé de demeurer en chemin. Fagon, le plus savant et le plus habile médecin qui fût peut-
être nulle part de son temps, étoit premier médecin du roi ; il Tétoit aussi de madame de M aiutenon avec toute sa confiance. Personne n'avoit plus d'esprit ni plus de connoissance de la cour et du monde, personne aussi n'en profitoit mieux, et d'autant plus qu'étant parfaitement désintéressé, tout n'alloit en lui qu'à crédit et à domination dans son art qu'il poussa jusqu'à la plus parfaite tyrannie. Ses avis étoient des arrêts ; aucun médecin^ aucun chirurgien n'osoit montrer qu'une admiration même anticipée; aucun courtisan n'osoit dérober sa santé à sa pleine juridiction; la moindre désobéissance à ce qu*il prescrivoit toumoit en en crime auprès du roi. C'étoit l'ennemi et le persécuteur de ce que les médecins appellent des empiriques ; les meilleurs spécifiques de tout ce qui n'étoit pas médecin de la faculté de Paris , encore plus de Montpellier, étoit proscrit; en un mot, il étoit tellement maître que sa femme, qui étoit une autre savante fort singulière, s'étant brouillée avec les médecins de Bourbon , personne n'osa plus y aller pour pas un des maux pour lesquels Fagon y envoyoit tout le monde, et qu'il se mit à envoyer à Bourbonne. Toute la cour étoit en respect devant Fagon, qui, arbitre de la santé d'un roi vieux et d'une fenmie toute-puissante , infirme et encore plus vieille , étoit monté de bien des degrés au-dessus des ministres avec un extérieur respectueux et en rien déplacé ; mais sa colère étoit implacable et cruellement redoutable , et il n'y avoit qui que ce f(\t qui osât s'y exposer. Du reste homme d'honneur, et qui aimoit et servoit le mérite et la vertu quand ils lui étoient connus, mais entêté à ne revenir d'aucune opinion. M. de Beauvilliers, conduit par lui depuis longtemps , n'en étoit pas mieux, et se trouva si mal dans le voyage qu'il eut toutes les peines du monde à conduire le roi d'Espagne sur la frontière, et qu'après l'avoir vu entrer en Espagne, il laissa le maréchal de Noaîlles achever le voyage avec les deux autres princes, et se mit à revenir par le plus court. Son mal augmenta si fort qu'il pensa n'arriver jamais chez lui à Saint- Aignan, qui ne réloignoit pas de la route ; mais on l'y crut sans ressource , et, sur les nouvelles qu'on en avoit eues souvent auparavant, Fagon l'avoit condamné. Dans cette extrémité, M. de Chevreuse mena Helvétius en poste à Saint-Aignan ; ils le trouvèrent presque sans espérance. Helvétius donna son remède, le traita à son gré et réussit si bien qu'il le ramena guéri. Cette hardiesse de mener un empirique que Fagon haïssoit sur tous autres fit un fracas qu'on ne peut se représenter ; cela fut regardé comme un acte héroïque , et bien des gens en crurent M. de Chevreuse perdu. Peut-être même eut-il besoin du succès auquel le roi ne put refuser sa joie, ni Fagon sa modération. Il la poussa même jusqu'à trouver bon que Helvétius continuât à conduire la santé de son convalescent; peut-être l'effort qu'il se fit lui causa-t-il un accident auquel la jeunesse du duc de Saint-Simon ne put résister. C'étoit le jour
que M. de Beauvillicrs arrivoit en droiture à Versailles. Le jeune homme lui étoit intimement attaché. Il étoit piqué contre Fagon qui Tavoi^ condamné , et transporté ^e Joie d*avoir vu M. de Beauvil)iers guéri. Revenant de chez lui chez le maréc)ial de Lorges ^ov^ heau-père , il trouva une grande émotion el bjen ê^es gens les uns sur (es autres dam l'antichambre du roi ; c*étoit Fagpn oui étojj; entre leurs br^ «an^ corinoissâncc. Arrivant chez son bç3i)-pèr§ où il y avoit ^ujours la meiliéijre compagpie de la pour , quelqji'uQ jui 4eiiQ^c|9 d'où il venoit aveiè Tair si content : « P'où je viens ? djt-il : de voir vin mort |:essif8<f cité , et le médecin qui l'a condamné mourant pour ^ peiné. » Ce mot indiscret lui pensa coûter cher; Fagon, s'il |e sut^ n'enyou)q( p^ faire semblant, mais d'autres le relevèrent. Helvé^ius eu\ grand honneur^ et son fils est devenu longtemps depuis premier médeçi|i ide la reine, et , s'il ri'avoit voulu qu'être médecin , comme il l'étoit fort l)bn , il |e sêroit devenu du roi. Venons aux autres anee-dotes qui seront plus intéressantes. Cet ami du duc dé Beauvilliers,'dont on a déjà fait men^Qu e| si disproportionné d'âge, vit je manège d'un hpmibe qu'on n9 peut désïgh'er, parce qu'ilest pjein de v'ié et parvenu dépuis à 1 éminenf et"* ^ Cet homme plein de grâces , d'esprit j d'insinuation et de beauqoup
lettres avec quelque savoir, rétoit encore plus d'ambition et àvoit pi d'une fois manqué sa fortune qu'il tenoit toujours par où il pouvoj ses taleiits i'insinuèrcnt aiiprès du duc (\e Chevrêuse , et par lui âuprl du diic dé Bcauvilliêrs: sonârniTavertit d'y prendre garde; le duc s'ei moqua , puis se façha par amour du procham^ son ami lut prédit que tous ces manèges ne tcndoient qq^à l'insinuer 'auprès de M. je di^cde Bourgogne , et ipie, quand il y âéroit initié, il Texcluroit et lui-même et' M. de ChevreUse d^uprès du prjncê , et qu'il le posséderoit ^éul. Ce fut'âloirs que' là colère saisit cet homme si sage et si maître de soi; il reprocha 3 son ami ses jugements téméraires^ ses idées qui passoient lé bût, la pènsëe'd'^un tel dessein si monstrueux d'une paré et si impossible de l'autre , en un mot il lui 4éfenait de lui en parler davantage. Son ami le laissa dire, lui répondit respectueusement qu'il n'enifabattoit rien, mais lui promit de ne lu| en plus rien dire ; en éifet, il lui tint parole. Fort longtemps* après, et tandis qu'un nommé étoit employé au dehors, on ne' dira ni 6ù ni comment, pour la mémb raison de le laisàer inconnu , l'ami du duc causant uîi jour avec lui à IV^arly dans sa chambré , le duc lui dit tdiitâ coup 'qu'il vouloit lui' faire un aveu , le fit souvenir de ce qui s'étoit passé entre eux slircétte personne, et lui conta quSl avoit si bien dcvîiië , que lui et M. rfe Élièvrêiise àvqient été près d'un'im eutièrement'ëcàrtés de monseigneur leÂué de Bourgogne ; qu'il dvoit eu soin d*évit:èr qu'iih û étrange chatigenient parût au dehors, qu'il'avoit usé de ménagements et de retraite sans iàucun fruit pendant longtemps et sans un mot pi d'amitié, ni de confiance, nile
moiQ4r$ air de liberté du prince à lui ; qu'enOn le bon namrel , les réflexions , le je pe sais quoi , lui avoient pçu à peu ramené eon pupille ; qu'il y avoit répQodu AFfP vne^ure, saps empressement; qu'enfin ils s'étoient parlé à (^iir Quv^ct, $1 que le prince lui avoit avoué tout ce que œt homme avoit gagné sur lui pour Téloigner et le mettre en garde de mt le iponde et singulièrement de lui et de son beau-frère. liC duc fit le récit de ce qui s'étoit passé dans œ retour réciproque, et l'assura étoît niieux que jamais avec le prince ; çon ami lui demanda si au il avoit bien perdu l'autre, et le duc Tassura qu'il l'avoit mis en it qu'il n'eu n'approcherpit jamais. En effet , depuis cet unique les deux ducs rentrèrent dans la confianee )a plus intime et la plus unique, et, quand on dit presque, cfesl qu'elle ne fut ^que de leur gré et à leur point avec ce même ami dont on li étoit un autre eux-méo^es, surtout du duc de Beauvilliers. ji la dernière, piafs elle sera en deux mots; il y faut encore piHSser codÉDe chat sur braise, et se contenter de dire que se promenftnt dans ^^bas de Marly avec ce même ami , lorsqu'on travailloit seofètepieot^l équipages de monseigneur le duc de Bourgogne pour la opapa^ aB| laquelle Lille fut pris par les ennemis, tout ce qui arriva au prince^u prédif au duc, qpî se mit en véritable colère, et fermai 1^ bouche Sou ami chez lequel il alla d'abord que la prédiction CQfiimepça à se véKer, et y eut depuis une entière confiance. lie fait étcyit q^iç M. de Belyilliers tout occupé de ses devoirs , de la prière et (|q I^ piété, yivoit V)a cour comme 4ans une prison où il ne voyoit qp'en apparat, et^e ce qu'il voyoit en fapiiliarité n'étoit pas à portée k4*4KC l^î rien jArendre , et lui encore moins de ç'informer ni de
en brassi^e sur P^^ ^'^ avoit une religieuse frayeur ims du monde la charité. Ce même ami qui lui parloit h^fdloiepf de tout et de qui il le $oufifroit, quoique impatiemment souvept , lui reprochoit ^ans cesse gu'ij vivoit dans une boîte , et avec cette iHpécision littérale de charité il n'étoit pas possible qu'il sût rien, et qif'U ne donnât dans tops les panneaux du monde , jusque dans ceux qu'on ne lui tendroit pas. Il le sentoit , et le voyoit , Texpénence l'en instruisoit, mais cette âme si gpre, si candide, si élevée, semblable au piiroir qui se ternit par la plus légère haleine , ne pouvoit se résoudre qu'au plus sûr, au plus évident , au plus détaché , pour conserver son innocence sans tache et sans ride , et préféroit tout à ce qui ep pouvoit avoir la moindre apparence. Jamais il ne vit rien qu'en Dieu et par rapport à Dieu, et quoiqu'il fût fort éloigné de prêcher même seg ptus intimes, il parloit de sa plénitude, des traits courts, mais brûlants, qui malgré lui, dans ses entretiens familiers et fort libres , sortoiefit au dehors y ou plutôt se décochoient de l'abondance de son âme. AÎfèfS tant âe l^n^ières et 4^ sagesse, il est surprenant que rien ne l'ait
pu détacher ni le duc son beau-fr^e de l'admiration et de rattache* ment à madame Guyon, à laquelle M. de Cambray lestenoit encliaînés, ni que la fausseté de ses prophéties ne leur ait jamais ouvert les yeux. Ainsi, le célèbre Louis de Grenade , trompé par une fausse ou folle dévote, n'a pu être canonisé. Ainsi de nos jours M. du Gué, si connu par la sublimité et la délicatesse de son esprit , par la profondeur et la solidité de son vaste savoir, par le nombre et Texcellence de ses divins ouvrages, et M. Boileau plus cachée mais non moins profcxid, pur et sublime , ont-ils été infatués d'une sœur Rose qui fut ^fin proscrite de partout, et qui les a captivés toute leur vie de son estime et de son admiration. Ce sont de ces prodiges d'un mélange de force et de foiblesse , de himières et de ténèbres que Dieu permet quelquefois pour montrer aux hommes, dans les plus élevés en science et en vertu, quelle est leur misère et leur néant propre , et que tout ce qu'on admire en eux n'est point leur et ne leur vient que de lui, et pour tenir toutes ses créatures dans l'unique adoration qui lui est due et dans le tremblement et le néant qui leur convient. La mort de M. le duc de Bourgogne fut la dernière épreuve de la vertu du duc de Beauvilliers et le comble de ses sacriGces. Il avoit mis toutes ses complaisances dans un pupille dont il ne pouvoit se dissimuler que Dieu n'eût fait un chef-d'œuvre , et qui répandoit dans son cœur, avec la candeur la plus épurée et la plus intime confiance , tout ce que Dieu versoit dans son âme pour le temps et pour l'éternité. Il bénissoit le Tout-Puissant sans cesse de ce miracle de sa droite , qui avoit fait un homme selon son cœur d'un prince né avec tant de vices, que la grâce avoit tous transformés en les plus sublimes vertus. Il voyoit avec transport toutes ces grandes qualités se former et croître chaque jour pour la ressource de la patrie , et pour en faire un roi sauveur de son peuple et l'exemplaire de tous les rois. Il le voyoit sorti de l'abîme, considéré du roi, aimé du public, admiré de l'étranger; lui-même participoità un si grand changement, et il étoit regardé comme l'âme et le cœur du prince, et le modérateur du règoe futur, et du présent même que le roi ne pouvoit se refuser de partager avec lui en quelque sorte depuis la mort de Monseigneur. Le duc étoit malade à Versailles et hors d'état de sortir de son lit , lorsque la Dauphine tomba malade et mourut , et qu'incontinent après elle fut suivie de l'incomparable Dauphin. Qui pourroit exprimer l'efTet d'une telle perte et l'effort avec lequel il la supporta ! les jointures de son âme avec son corps , si on se hasarde ce terme , en furent ébranlées. Il vit d*un coup d'œii les suites qui en résultoient sur l'État ; il éprouva les plus horribles effets de la tendresse; il entra dans le néant qu'un vide si affreux laissoit; mais, rempli de Dieu, il en vivifia son sacrifice, et dompta la nature éperdue par un effort , en comparaison duquel il a souv^t avoué dans le sein
de son intimité la plus resserrée, que le sacrifice de ses enfants ne lui avoit presque rien coûté. Tout fut mis au pied de la croix avec la douleur la plus exquise, la soumission la plus entière , la résignation la plus approfondie , et avec une avarice de souffrir qui ne lui permit pas de s'épargner en la moindre chose. Il subit Thorrible cérémonie de Saint- Denis , et il en porta tout le poids avec une constance , mais avec un déchirement qui ne se trouvèrent peut-être jamais ensemble que dans cette funeste occasion ; enfin il acheva de s'acquitter auprès du roi et envers tout ce qui regardoit le prince de tout ce que lui demandoient ses fonctions, avec une supériorité sur soi-même qui passoit la portée de rhomme. Aussi Fhomme animal y succomba-t-il et ne fit-il depuis que dépérir, tandis que Fâme déprise de tous liens ne tendoit plus qu'à une meilleure vie et ne se trouvoit plus engagée à partager ses forces. Il n'y eut plus depuis pour lui ni joie passagère, ni léger amusement; tout étoit fonctions d'État pénibles , et le reste une méditation continuelle dans laquelle la nature écrasée exigeoit quelquefois du tribut. La mort de M. de Chevreuse fut la dernière goutte qui comble le vase et qui le fait répandre. Privé de celui en qui il versoit son cœur et son âme et qui le versoit en lui, il éprouva non plus une solitude, mais une espèce de prison. Les infirmités se multiplièrent; la langueur rendit son corps incapable d'être traîné aux' fonctions du ministère. Il se retira à sa petite solitude de Vaucresson ; ce fut là qu'il s'épura de plus en plus, allant rarem^it au conseil^ et qu'enfin arrêté par ime augmentation de langueur plutôt que de maladie , et mûr pour l'Éternité, il mourut de sacrifices et d'efforts. Que de choses curieuses et intéressantes qui demeurent supprimées ! que de choses également grandes , magnanimes , saintes , dont sa vie a été un tissu ! Mais ce léger crayon est encore trop pour des additions. Il avoit été longues années fort mal avec Pontchartrain ; les matières de Rome surtout , et quelquefois cdles des finances, étoient leur pierre d'achoppement; l'ami dont on a parlé les raccommoda sans qu'ils le voulussent , et les surprit tous deux si parfaitement qu'il n'y eut plus moyen de s'en dédire. L'anecdote seroit bien curieuse , mais elle n'a pu acquérir encore le temps de pouvoir être développée ; il suffît de dire que le chancelier d'abord honteux, l'autre d'abord peiné , se rapprochèrent avec la sincérité que la probité seule peut donner, et qu'ils vécurent deux ans dans une union qui leur fit regretter à tous deux qu'elle n'eut pas été plutôt fondée, et qui les rendit véritablement et tendrement sensibles à leur séparation. Le chancelier disoit agréablement des deux beaux-frères, que, liés de cœur, d'esprit, de sentiment, d'habitude au point où ils l'étoient, c'étoit une chose incompréhensible et qui ne pouvoit venir que d'une providence très-particulière, que M. de Beauvilliers ne différât jamais de M. de Chevreuse que dans tout ce qui étoit ou nuisible ou insupportable, et
331 JOURNAL DE DÂHGEAU.
que ijans cmxAà il en différât toujours. En effet, la précinon et l'eiBd)^ tuif^de A|. de SeauvilUârflepr^serrob Jusque de la perte d'uiiemiput»; jamais jl qe faisoit rienattendre un iuBtant, paa mime Pop qpc|ier, tA, s'il trouvait i^on carrosse un iqoQiwt avant lui dons la cour, i| lui ^ faisoit Qf cme. Il «e leypit matin , et ae douotoit de howt bmts; H- ^ Cbevreus« ^ut %^ contraire. H. da Beauvilliers mapgBpit bi^i, et p«|tâtre frop, mais F^son le lui 4*oft pBiftadâ , tandis quq U. de Qwvimie setuapsr la diète; ex^ 10. dç Beaurilliers euttoujoun tet^ a^ire« m bon éfaf f!( Ifis laisse opulentes. Aussi Ip chanCBlier pré(ei)dH-il qpe |q niéi(H( ange qui IssiiBpiroit tous deux égalemwt de rptow e» tOHt. ï'ftflit réserff qe jeu, de préférence pqgr l'ua et pour ponfoQdre |a pbilPWPbif de l'aptra. ^a^aine de RpauTiiliers, m avoit |i tenàremflpt et n peuïft; maiit (oitt; parm<é avec (or mari , fut inqonsqlable de m pertfl t Piaw eq femme chrétienne et ep femme forfe- Sa retraite devint U)Xb\^ bu tput genre; comiae elle n'avoit pigs d'enfants, elle ne se opil pa* ("hlig^ q vivre comme mad^m^ de ClieyrP41M l taWe , jeu , le v\W IPBSÎ »»1H: sèment de toute espèce , loijt fut pEOicHt , e^cept^i t^ p|ut; ËtQfit^ et JQ> time famille et un nombre bien plus resserré de rrajs ^pù?- ^HflTi^PJF t9ptcompierceav^lemoiide, et partagea ga st^in^^ ^itiesef tQirffi, où elle ne ^:fipp1j(|up|t oa'iW^ iiova^ teavfgf , les n}9;uisti»;a( pH m mes étaient rêlis'eiu^ , et sa mai^n 4^ V^m où ell^ étj^U Wt^ Vf^ sepl^.ettft^jpurf, partout, tçule opcupée de l'3Utr^ vie, maif Déai)>^ niDJps occupée ai|ssi avec tendresse d<t peu de ceux qu'ejle ^'étqjt r^ seryé^. Elle tut à ipugs trait* \^ calice ^e I4 fibpte d^ i'-^yêque ^e ^tea((^ vais, ^n beau'frère, qu'elle es^ya vajpefueiit 4l soutenir pujs ^e rameoBT, aveq uqe patjence et des procé^ adipiiablea. S<>f) cg^ tendre et géuéfeun ftit diffement éprouvé e» d'autr^^ ger^i^ffl^; d|e porta toKti elle c^içba tQut, çUs lUvor» tout, et piit [o^t e^ ç^vra pour jes re4re5SBr mêmp à fett ^^ta- Va trait ^>||p i^Pi- ^f) aVfiit un cousin germain que ïf . de ||e{iuvilliers tira dj; la pp^isai^r^ y qii'il mit en place et quj ^\ mort: sa famille nopibreu^ ^ien ét^l|^ , joujSMUt lui de plus de &0,(>0.P livre^ de ^lienfaili) du roi , S^ f9P>Rtef les (traces militaires et eçclésiastl([uea , et les H^\^ f^^^ W- ^Vi' rent iarg«n(iiU iiur ^ e^f^^; ^'autrç cause qge ^. i/f^ ^^^p^fjS on n'en (^nnpis£<|it pomt, et lui-mËme n'ef) {>oiivoit ^l|eg)^ri to^tçfojf jt lui niOûtra plq| ^'^pe fi^s une incline in'gfatiti^ , et en temps jaloux saps que M. et piadame de BHUvjUiers > qui le sentoicnt trèsbien et qui ont éfé souv^t en ét^f ^^ |ei lui faire SCi)tK, aient janigt^ voulu en laire qpçun femtHaut. )| a^ya qu'après là mort de ï^. de Beauvijliers, cet b<»W^'^ encore e^ p|f{ce (|), un ^ ses fils et fort
(1) Sfi^-^iii^ dé^pie^ JacquBa-f'(ififais(te Jotuon^de^Ç^ ^t
4qyT â7i4. 3»6
riçihe eut une affaire aveq ina4afpe de Benuyilliers poqr le retrait d'une ter|;e , et iine affaire pjqiiaqte ^t jmpqrtsiffte s^^i pour rintérét. Il m^ tendit si bien )e sieQ ^xÇil avoitpi^ pquf sqi to^t, boiff la yéfixé, et la ji|Stice , et pQussoit ^ ppl^^e, de^^ai^^j; tout li^ut gui étoit ^mc eçtte madame de Beauvilliers qu'il ne connqissQJt pojnt et gui prétepdoit qu'on eût des égards pour elle? Ce même ami tant cité étoit lors en place et en crédit fort distingues , et toujours lié avec madame de Beauyjjll^rf flp J'^tt^chêm^^^î jç rIu^ éteQJI e|: le j^\m tMre. I| îgporoit cette afiaire, mais il sayoit TjpçfatitHd^ du pèrç, du tgipps ^c; ]y)[. ^ Çe^qYllli^rs, et nié s'en étoit tu à personne.' La duchesse de Beauvilliers à bout de Voie trouva qu'il n y avoit que cet ami qui pût la tirer d embs^rras. Elle ba]ança longtemps ; çnfin pressée, elle prit son temps que cet aîni i)e QQiivoit piis (être chez lui i et vmt trouver sa ïemme à qpi elle ex- |{i|^ ^^ fait , et ce 911^ Ip mari poiivqft y fefee , pui» Iqi dit quç c'étràt à ejlè à voir si son majj ^çroit çspsibl^ ^^ I4 seryir ^n^ éçjater con^e sa partie; qVelle se souvint de la Ifaçon aont il en avoit mené le père par rapport à eux ;'qu'elie craîgnoit qii^ ne tombât sur le' èis , et qiM popr peu qu')l ne fut paç mettre de soi là-dessûs , elle la prlbit i])§tl|p^]^Q^t 4^ Df) |uv #a jernak parler, parce que pour rien elle nq Yjj^mt lui ^i^jre P|Çjlps|f r ^^^ pi \Q pçQPh^in , et aiçnpit injeux perdre i^n ^aire que d'en être qause. taiit i^\ procédé, qu'il fi?HRt f^treç ^ n^odatibn avec t'àmi pqiir le sçrvice , sans s'en fixpliguer qu'il nq fût c6i}veiiU'des condition^; il'passâ tout dsfns le désir de lui être' utile et dans la cipriosité ^e développer de si rar«s précautions , il vint à bout 4§ §99 9ffair^* M tâcha ^9 venir à boqt aussi de soi pour tenir oe qu'il avoit promis ; mais ce ne fut ni sans que le pl^ Ipi gli^t g c^t ég^rd , ni sans mérite de s'y être autant contenu. Le récit tout nu fait f éloge d une telle action et d uqe âme ajoissi élevée. Il y faut ajouter que la sieiine étbît des '^lus sensible , et que sans ses travaux , ou plutôt la grâce^ peu d'autres auroient 'été plus vaines, plus mondaines et pliis su- P^befH Ç4Pit uii^fempoe pqW^ et magnifique, et d*un goût exquis
en |a]^|^ , e^ n)^ul)le^ et |Mr §9 Pfl^PfWip.) "^^^ \W/i'^ ^^ ^^> ^^ ^^ etoit en elle. La solitudîe la rongea lentement et lui fit faire une cruelle pénitence qu'elle soutint également d'une manière héroïque. La mort dU'dué deRbëheehouart, son petit-fils, qui dônnoit les plds ^andes esrapoBS , Alt son dernier coup Je massue. Elle combla le duc de Saint-
4iffi(9^ # bi^ iPl^ue par sq^ testamçM 4Mi f\^^ égalemept 69ge et ju$te, et sucç9Ç[if)(i enQi) sous les plu^ ^wçe^ éo^eyives ^'iia<d Içpg^e p^raly^ie, quelle porta avec une patience et une rèsignatipp parfaite, ^t depuis
qiHs de Saamery, sous-gonvernenr du roi Louis XV, mort en 1730. Voir ses ilf^jff^, (ona^ VII, pffl^ r^d df f/6#*i99 JP'» *W^ P*^ M- ClMmeL
que la tête commença à s*attaquer, il D'y avoit que les choses de Dieu qui la rappelassent et dont elle pouvoit être occupée. Elle vécut presque vingt ans dans la plus solitaire et la plus pénitente viduité , et mourut en 1738, à soixante-quinze ans, infiniment riche en aumônes et en toutes sortes de bonnes œuvres.
Samedi V septembre y à Fontainebleau. — Leroinetiiit point de conseil de finances, parce que tous ceux qui le composent ne sont pas encore arrivés; il alla tirer l'aprèsdlnée, et fut fort content d'y trouver plus de gibier que lés années passées. Il travailla le soir avec M. le chancelier chez madame de Maintenon. — On mande de Hollande qu'on y attend Télecteurde Hanovre, nouveau roi d^ Angleterre; on ne sait pas pourtant encore qu'il soit parti de ses États. — La reine de Pologne a séjourné quelques jours à Lyon, où le maréchal de Villeroy l'a reçue magnifiquement. Elle ne va plus aux eaux de Bourbon comme elle l'avoit résolu ; elle est partie de Lyon pour aller droit à Bloisy et elle séjournera quelques jours aux Bordes qui est une belle maison auprès de Nevers et qui appartient à la marquise de Béthune, sa sœur, qui va partir de Paris pour l'y aller recevoir.
Dimanche 2, à Fontainebleau. — Le roi tint le conseil d'État ; il avoit donné congé à quelques-uns de ses ministres jusqu'à hier au soir. Il dina chez madame de Maintenon , travailla Taprès-dlnée avec M. Pelletier, et puis alla se promener dans sa petite calèche autour du canal. — ^^Le roi a donné au maréchal de Villeroy la place de chef du conseil ,des finances qu'avoit M. de Beauvilliers ; il le dit au duc de Villeroy^en sortant de son dîner chezmadame de Maintenon, et lui ordonna d'envoyer dans l'instant au maréchal son père qui est à Lyon, mais de ne dire cette nouvelle-là qu'au retour de sa promenade. On croit que le maréchal de Villeroy, en arrivant ici, sera déclaré ministre ; M. de Beauvilliers avoit eu cette place-là quelques années avant que d'être ministre , et le mare-
chai de Villeroy, père de celui-ci, qui avoît eu cette placelà jusqu'à sa mort, n'avoit poiut été ministre.
Lundi 3 y à Fontainebleau. — Le roi tint le conseil d'État, et après son dîner il courut le cerf ; il en prit deux, et le dernier ne fut pris qu'à la nuit. Le roi y demeura jusqu'à la fin dfe la chasse ; à son retour, il travailla avec M., de Pontchartrain chez madame de Maintenon. — Le cardinal del Giudice vint . ici de Paris ; le roi lui avoit donné ici un bel appartement, mais il a reçu ordre du roî d'Espagne de partir en grande diligence , ainsi il n'a point pris son logement ici^ et il prendra congé du roi demain, pour s'en aller à Madrid eii poste. Le roi son maître lui mande que , quelques affaires qu'il ait ici pour son service, il a encore plus besoin de lui à Madrid. On lui a fait quelques affaires sur lep ordonnances qu'il avoit faites durant qu'il a été à Marly comme grand inquisiteur, et, par-dessus cela, son séjour en ce pays- ci faisoit faire des raisonnements aux étranger^ qu'on est bien aise de faire finir.
Mardi k , à Fontainebleau» — Le roi tint le conseil de finaijces, travailla ensuite avec M. Desmaretz. Après dîner le roi alla tirer, et le soir travailla avec M. le chancelier chez madame de Maintenon. Le matin le roi, après son lever, donna une longue audience dans son cabinet au cardinal del Giudice, qui prit congé de lui et qui est très^ffligé de s'en aller ; il ne s'en cache pas. U me dit même qu'il croyoit quitter le paradis terrestre pour retourner dans un pays où il netrouveroit que des épines, et pas un homme en qui il. pût se confier, et qu'il quitteroit avec plaisir tous les emplois qu'il avoit en Espagne , si le roi son maître vouloit lui faire la grâce de le nommer ambassadeur en France pour y demeurer toujours. — Par les dernières nouvelles qu'on a de Barcelone, qui sont du 21 , on travaille aux mines et à de nouvelles batteries. Outre les deux bastions qu'on attaquoit, on attaque encore le bastion de la gauche, qui est le bas-
986 JOUAlfÂL lis BJLD&feAU.
tion de là mer, et on ëOmf të 1^ àtttii Bii 8& ëdë^ jbttk il y aura des brèches diii trdte b&Stidfas et atiiabtbt i^fa^: tines.
Mercredi 6 j d jFimidtrièftn^OU. -^ Lé toi tlHi lé cdii^it d'État ) dîna chez madame de Haiiitenôn, et %Wt le) )iin(| heures monta, en calèbhë (idûi^ âé ^h)mëhét aûtoiilr 9U canal; après lapronienadë ûf BM gj^àûdë tilijâidie db^ madame de Halntenon. ^^ Mad&Me la gi*dndè^dtli3tbiitè ai^epasséprèsdlci, revenaiit des ë&ui diifaioiit dDr^ è^tli qui Tont vue diseiit qu'elle ne sô ji^oHe pàà îfilëiik qtië quand elle partit pour y aller. — Le WâMchàl dé VlUàA est parti de Strasbourg [pour aller ft BâdeJ il & teçd dei^ lettres du prince Eugène^ ({tii lui f< dé gi*&lideà eiitëiii^ de ce que son vbyage airoit été rettttdé Që ^él^heâ jddrs et qui lui promet en même télhpë d'âMtël* le È à Bàéè: — Le roi de Sicile mande de HéSîSlie qtf 11 eii |)krtlt^ le 2 de ce inois pour revenir â TUriti ; mais bîi (îrbit ^[tf&* vant que de quitter la Siéilej il ità èficôife fàî^ë nh ibÛh â Palerme, où il s'embarquera sur les vaisseaux anglois k^i y sont demeurés pour Tattendrè.
Jeudi 6 ^ à FoûtaiHeblmu. -^' Le roi> k|)rë§ la iiiëii^,' eiitra chez madame de Maintenons Stii& à inidl; âllÀ cdilirrë lé cerf, ne revint de la fchafese qtfà la huit. Il y ettt le soir petite musique chez inadatËëdë Màititëhbli: •"— Le maréchal de ViUeroy ne reviendra de Lyôh ttiié diiii^ quelques jours. Il a fait puhir les §éditlëd:s j il travaille présentement à faire faire le prbeë^ aux boihmi^ des traitants qui avoient votllù pousser leurs drbits ttôj! loin. — Le prince électoral de Saxe est artîté à Piiril^; et il a fait retenir une maison ici où il viendra à là fiii clS l'autre semaine. ^^ Le cardinal de Noaillël flem^hdë encore six semaines de tetnpis avaiit t^xie dé dôûhéî^ §pil maâdement, afin qu'il puisse avdir i^éj^ôni^e dCB évë^iiëij qui avaient été de son atis datis l'asëèdiblée ; et il ^èlftjît bien aise qu'ils approUtaissent et se ëôilfbriliâs^ht ft i^on mandement dont il leur envoie copie.
œPTEMBRE 1714. SIO
Vmdrèfiity à F6àiain9bieaa. *^ Lb toi ti^tàillk te n^ tin avec le Pi* le Tellier; il dlla tirer rÂ]pr8s-dlnée ) bt le soir on joua chëe idaldatae de MaititenHii la comédie de l'AvUre. ^^ 11 arriva mi courrier de retour dé Bâreelone ; les lettrés lâont dû 39; On croit cfii'oii ne pourra doniier rassàttt à la place que le 8 ou le 9 de be inoiB ; depuis Tattâqde qu'on fit le 13^ oà perd pen de niondé att iiéf^è, msÀh on craint là thaladiè dans le oaiii|l« ^^ On èomptë que la paix aurfe pu être signée à Bade aujourd'hui; et <|u'diusi pn pourrd en avoir la nouvelle mardi ou méi^edi, et ô'est le file du èômte dU LUc ^ notre premier ambassadeur â Bade ^ qdi la doit apporter < *^ L'avocat de la marquise de Gesvres a fait appeler comme d'abtii^ de là {Procédure dé Tofficial; cela allonge lert Taffâire^ mais doUne bonne opinion de la caUse du lUarquis de Gesvres^
Sùmedi 8 1 à FontaiiïebhûUé — Le roi tint le conseil de finaUcés et Taprès-dlnée il entendit vdpres et le Salut^ et entre vêpres et le salut il travailla atec M. le chancelier. —^L'empereur eh voie le comte de Konigsegg à Anvers, où se rendront les députés de MM. les États Généraux qui mettront Tempereur en possession des places de Flandre qui ont été cédées par la'paix d'Utrecbt et pour régler lès places où les Hollandois doivent avoir garnison ^ L'empereut* Yoi|droit bien qu'ils n'en eussentpas en beaucoup de places et diminue ce qu'on appelle la Barrière. — Le mariage du roi d'Espagne, avec la princesse de Parme qui se de-^ voit faire le 25 du mois passé, est un peu retatdé. On fait différents raisonnements là-dessus , mais ce qui nous pa* roit le plus apparent c'est qu'on attend la fin du siège de Barcelone, afin qu'on puisse envoyer les vaisseaux qUi servent à bloquer la place pour ramener la nouvelle reine en Espagne dès que le mariage sera fait.
Dimanche 9 y à FontainebleaUé -^ Le roi tint le coUseil d'État, dina chez madame de Maintenon, travailla l'après-dinée chez lui avec M. Pelletier, et à cinq heures monta dans sa petite calèche et alla se promener autour
340 JOQRJSAL DE DAJSGEAU.
du canal. Au retour de la promenade il y eut musique chez madame de Maintenon. L^électeur de Bavière arriva le soir, soupa chez M. d'Antin, où il est logé, et le grand jeu commença dès Taprès-souper . — Le roi a envoyé un beau présent au cardinal del Giudice avant qu'il partit de Paris ; ce présent est un fort gros diamant qu'on estime 10,000 écus. Parles dernières lettres qu'on a reçues de Madrid^ il parolt que la cour d'Espagne est fort irritée contre ce cardinal , et qu'on y parle fort de lui ôter la charge de grand inquisiteur, sur ce qu'il a signé la condamnation qu'avoientfait les inquisiteurs de Madrid de l'écrit de Macanas quia une charge en Espagne, pareille àcelle de procureur général en France.
Lundi 10, à Fontainebleau. — Le roi tint le conseil d'État, dina de bonne heure, courut le cerf, et, au retour de la chasse, travailla avec M. dePontchartrain chez madame de Maintenon. — On eut nouvelle que le maréchal de Villarsétoit arrivé à Bade, et que le prince Eugène y étoit arrivé aussi. On ne doute point qu'ils n'y aient signé la paix, et on attend incessamment le fils du comte du Luc ici, par qui on saura tous les détails. — Madame la princesse d'Épinoyest arrivée à Paris; elle a laissé M. de Vaudemont son oncle dans un château près de Commercy, qui est toujours dans une très-grande affliction. Il compte de revenir en France passer l'hiver, et je crois même qu'il s'y établira pour toujours. On n'attendoit que l'arrivée de madame d'Épinoy pour conclure le mariage de mademoiselle de Verchin sa fille avec le prince de Soubise. Dès qu'elle sera arrivée à Fontainebleau on fera signer au roi le contrat de mariage, et la noce se fera à Versailles chez madame de Ventadour, grand'mère du prince de Soubise.
Mardi 11, à Fontainebleau. — Le roi tint le conseil de finances, et travailla ensuite avec M. Desmaretz ; après son dîner il travailla avec M. le chancelier, et ne sortit point de tout le jour. — Il n'y a point de nouvelles de Barcelone
depuis le 29 qu'on [en] reçut par le courrier du cabinet qui en revint ces jours passés. — Le roi donna ces jours passés Fabbaye de Chartrame à Tabbé Mongault^ sur la présentation de M. le duc d'Orléans; cet abbé est précepteur de M. le duc de Chartres. — Prior, plénipotentiaire de la Grande-Bretagne, eut audience du roi il y a quatre jours, et lui donna pai*tde l'élection du nouveau roi, qui lui a envoyé un courrier d'Hanovre, pour le chai'ger d'assurer le roi, de sa part, de sa résolution à maintenir la paix rétablie par les traités d'Utrecht, à quoi le roi répondit très-gracieusement et assurant fort M. Prior de l'envie qu^il avoit que la paix fut bien établie dans FEurope et que l'union entre la France et l'Angleterre ne fut point altérée sous ce nouveau règne.
Mercredi 12, à Fontainebleau. — Le roi tint le conseil d^État, dîna chez madame de Haintenon, alla tirer l'aprèsdlnée, et le soir il y eut grande musique. — Le fils du comte du Luc arriva le matin; la paix fut signée à Bade le 7 au matin. Il y a six semaines accordées pour faire venir les ratifications de l'empereur et des princes de l'empire; on est convenu de tout ce qui regarde les électeurs de Bavière et de Cologne, etFévacuation des places se fera dans le mois de novembre. Le maréchal de Villars et M. de Saint-Contest seront ici le 20 au plus tard. — On mande de Vienne que le roi de Suède est enfin parti de Demir-Toca et qu'on Fattend à Petri-Waradin , où Fempereur a donné ordre au gouverneur de bien recevoir Sa Majesté suédoise, et lui a même envoyé beaucoup de vaisselle d'argent afin qu'il fût mieux servi et que la réception fût plus magnifique. Usera accompagné d'un officier général pendant qu'il sera sur les terres de l'empereur.
Jeiuii iS, à Fontainebleau. — Le roi, après la messe, entra chez madame de Haintenon, où il demeura jusqu'à son dîner, qui fut de meilleure heure qu'à l'ordinaire, et à une heure et demie il monta en carrosse , et alla courre le cerf. Il en prit deux, et le soir il fit faire la curée dans la
242 JOURIÏAJI. DE DANGEAU.
grande allée^ sous les fenêtres de madame de^ Maintenon d'où il la vit. Le spectacle en fut fort beau ; M. le comte de Toulouse marchoit à la tète de tous les chasseurs; il y avoit près de deux cents chiens et plus de cent flambeaux; M. le comte sonna la première fanfare. Le roi^ après la curée, entendit la musicjue. — Le cardinal de Polignac donna son mémoire au chancelier de ce qu.i s'est passé pour les affaires du cardinal de Noailles sur la Constitution; le cardinal de Rohan Texaminera encore^ et puis on le fera voir au roi^ mais on ne Tenve^ra à Rome que dans un mois au plus tôt.
Vendrediii, à Fontainebleau, — Le roi travailla avec le P. le Tellier, et l'après-dlnée il alla tirer. Le soir chez madame de Maintenon on joua la comédie des Fâcheuafi ; ce sonttoiyoursdesmusiciensduroi qui jouentles comédies chez madame de Maintenons ce ne sont point les copier diens. Le roi signa le matin le contrat de mariage du prince de Soubise avec mademoiselle de Verchin. Les nouveaux mariés jouiront de 50,000 livres de rente ^ et seront logés et nourris. Mademoiselle de Verchin, à qui on donne 25,000 livres de rente présentement, aura encore plus de 200,000 écus après la mort de madame sa mère, et M. le prince de Soubise aura plus de 200,000 livres de rente en fonds de terre après la mort du prince de Rohan son père.
Samedi 15, à Fontainebleau. — Le roi tint 19 conseil de finances ; il ne sortit point de tout le jour. H travailla Faprès-dlnée chez lui avec M. le chancelier, et le soir il y eut musique chez madame de Maintenon, quoiqu'il n'y en ait pas d'ordinaire les samedis. — La princesse dfi Parme a fait un présent au cardinal Aquavi va, qui est venu en faire la demande pour le roi d'Espagne, Ce présent est un tableau qu'elle a peint elle-même, et le cardloal Aquaviva a donn^ 400 pistoles à celui qui lui a apporté le présent de la princesse. Elle sera conduite en Espagne par le marquis de les Balbazès et par la princesse de Piom-
bmo;ell# s^embar^uera auprès de Gènes et ira débarcjuer à Alicante^ où elle trouvera les officiers de sa maison que le roi son mari lui a choisi.
Dimanche 16, à Fontainebleau. — Le roi tint le coni^il d'État le matin et Taprès-dinée ; il ne sortit point de tout le jour^ et travailla le soir avec M. Pelletier chez madame de Maintenon, où il y eut ensuite musique. — L'électeur d'Hanovre, nouveau roi d'Angleterre , doit être parti de ses États pour venir le 12 à Osnabruck, le 13 à un château cielIM. d'Obdam, le !&• à un château de milord Âlbemarle, jet arriver le 16 âla Haye. Le bruit court qu'ilote la charge de secrétaire d'État è milord Bolingbroke, et ordonne de se saisir de ses papiers. — On ne sait poipt encore sûrement que le yoi de Sicile soit emibarqué pour revenir en Piémont.
Lundi 17, à Fontainebleau. — Le roi prit médecine, comme il la prend tous les mois par pure précaution, dont il se trouve à merveille, car, Dieu merci! il ne s'est jamais si bien porté. Après son diner il travailla chez lui avec ii. de Pontchartrain*
Lettre du maréchal de Bertoick ,
Du 4 septembre.
a Notre canon continue à ouvrir nos nouvelles brèches; nous avons de temps en temps des orages qui nous retardent beaucoup. Je fis hier sommer la viUe de Barcelone pour la première et la dernière fois; tousses conseils sont i|3semblés. Je n'en ai pas encore eu de réponse. »
Quand cette lettre du maréchal de Berwick a été écrite il y avoit trente heures que la ville avoit été sommée et qu'ils n'avoient point encore donné d'otages, ce qui fait craindre qu'ils ne soient résolus à souffrir les dernières extrémités, et comme les orages ont un peu retardé les travaux, on ne pom^ra donner l'assaut que le 10 ouïe 11.
Mardi i8, à Fontainebleau. — Le roi tint le conseil de finances, travailla ensuite avec M. Desmareiz, courut le
cerf Taprès-dlnée et travailla le soir avec M. le chancelier chez madame de Maintenons après avoir vu la curée qui se fit sous ses fenêtres. Le maréchal de Villeroy arriva de Lyon et fut reçu comme un homme que le roi vient de combler de grâces. 11 prendra demain place au conseil d'État comme ministre ; en cette qualité il ne prête point de serment, mais il le prêtera comme chef du conseil des finances. — On attendoit madame la duchesse du Maine ici, mais M. le comte d'Eu, son second fils, a la fièvre, qui a même assez augmenté pour faire craindre qu'elle ne devienne continue, ce qui a obligé M. du Maine de partir ce soir pour aller à Sceaux.
Mercredi i9y à Fontainebleau. — Le roi tint le conseil d'État, ne dîna point chez madame de Maintenon parce qu'il étoit maigre; il alla tirer après son diner, et le soir il y eut grande musique. Le maréchal de Villeroy prit sa place au conseil d'État comme ministre. — Le maréchal de Villars arrivale soir de Bade. M. de Saint-Contestenestrevenu avec lui et a fait une furieuse dépense à son ambassade, aussi bien que M. le comte du Luc, son collègue. — L'abbé de Mornay, notre ambassadeur en Portugal, est arrivé à Lisbonne, il y a déjà quelque temps, et iï y a tenu, au nom du roi, le prince dont la reine de Portugal accoucha il y a quelques mois. On est fort content ici de ses dépêches et de la manière dont il se conduit en ce pays-là.
Jeudi 20, à Fontainebleau. — Le roi, après lamesse, entra chez madame de Maintenon ; il dîna chez lui à midi, et courutle cerf Taprès-dinée, Le maréchal de Villeroy prêta le serment de chef du conseil royal des finances ; il le prêta l'épée au côté. — M. le duc de Mortemart arriva sur les cinq heures; le roi étoit déjà revenu de la chasse. M. le chancelier le mena chez madame de Maintenon, où il rendit compte au roi de l'attaque qu'on avoit faite à Barcelone mardi 11 du mois. L'attaque commença à la pointe du jour; les assiégés ne s'attendoient point à être attaqués ce jour-là et défendirent mal leurs brèches. Nous
sommes demeurés maltres.des trois bastions et des deux courtines, mais on avoit voulu se rendre maître aussi du bastion de Saint-Pierre, qui est à la droite de notre attaque, les assiégés ne s'y étoient point défendus, mais nous n'avons pas pu nous y établir parce que ce bastion étoit commandé par un couvent d'où il sortoit un feu terrible que nos gens ne purent soutenir, et c'est là où nous avons perdu le plus de monde. Les assiégés tirent encore de quelques maisons de la ville, mais le gros de leurs troupes s'est retiré derrière Tancienne enceinte qu'ils appellent laRembla, qui sépare les deux villes où ils ont arboré un drapeau blanc, et le maréchal de Berwick est bien aise même qu'ils aient encore cette retraite-là pour capituler, afin, s'il se peut, que la ville ne soit point pillée; c'est ce qu'il tâche d'empêcher présentement. M. de Mortemart ne vouloit point partir que tout ne fût fini, mais le maréchal lui écrivit un billet en l'assurant qu'on devoit regarder l'affaire comme étant finie, et en même temps qu'il l'a envoyé au roi, il a envoyé le jeune prince de Lanti au roi d'Espagne. La Villemeneust, colonel d'Orléans, a été fort blessé à cette affaire; Talleyrand et d'Houdetot, tous deux colonels de nouveaux régiments, ont été blessés à mort.
Vendredi'llyàFoniainehleau. — Le roi travailla avec le P. le Tellier ; il alla tirer l'après-dlnée, et le soir chez madame de Maintenon il vit la comédie du Grondeur.
— On attend à tout moment M. de Broglio, gendre de M. Voisin, qui doit apporter la capitulation de Barcelone.
— On a reçu la nouvelle que l'électeur de Hanovre, nouveau roi d'Angleterre, étoit arrivé le 16 à la Haye, d'où il doit repartir incessamment pour aller s'embarquer à la Brille. — Les États de Languedoc s'assembleront cette année à Nimes. Us s'étoient toujours assemblés à Montpellier depuis quelques années; on a jugé à propos de les mettre dans une autre ville, parce que l'on n'est pas content de l'évêque de Montpellier sur les affaires de la
Constitution. Autrefois c'étoit Pusage de changer tous les ans de ville pour la tenuô des États, ainsi il n'y a rien d'extraordinaire à ce que l'on fait, mais il est plus coïiimode aux États d'être à Montpellier que dans aucune autre* ville.
Samedi ^% à Fontainéhleau. — Le roi tint le conseil de finances, travailla Faprès-dlnée avec M. Voisin, et puis alla se promener autour du canal. — L'ambassadeur de Sicile n'a point eu de lettres du roi son maître depuis quelques semaines; ainsi il ne sait point encore s*il est parti de Sicile, ni s'il s'embarquera â Messine ou à Pa- 1er me. — Le rôi a nommé Pôlastron inspecteur de l*iiifanterte, qu'on laissera en Espagne ; c'est une inspection nouvelle et une marque de l'estime que le roi a pour Polàstrohc — On mande d'Angleterre que k disgrèxîe de mllord Bolingbrokô est entière ; il y a déjà des gens nommés pour remplir sa place. On a arrêté ses secrétaires fet on a lâaisi tous ses papiers. On l'accuse de plusieurs choses, et entre dutres d'avoir été dans les intérêts du prétendant, qui est le nom qu'ils donnent toujours au roi d'Angleterre.
DifmnchB âS, à FàntaînehUau. — Le roî tint le Conseil
d^État, dina chez madame de Maintenon; aptes dlnèr
il, donna audieiice ûhez lui au maréôhal deVillars, et travailla eiisalte avec M. Pièlletier. ïl ne sortit point de tout le jour. Après avoir travaillé avec M. Pelletier il etitra che« madame de Main tenon où M. le chancelier lui mena M. deBrogllo, qui étoit arrivé dès le matin èl que le roi àVoît déjà Un peu entretenu àsOU lever, et de qui le roi a voulu savoir beaucoup de particularités. Le roi a été fort content du compte qu'il lui a rendu de la prise de Barcelone. Les assiégés se léont soumis à tout ce qu'a voulu M. le maréchal de Berwick, à rendre non-seulement la ville, mais le Mont-louy et à feire rendre Cardonne. Il n'y a point de capitulation signée ; ils se sont rendus à discrétion . On leur a promis la vie sauve ; on n'a point
parlé des biens; le maréchal leur a conseillé de s'en remettre à la démehce du roi leur maître. On espère que Majorque se rendra bientôt^ voyant Barcelone pris. Villaroël^ qui commandoit dans la place^ a été blessé à la jambe et au genou assez considérablement. Le maréchal a fait entrer dans la ville quatorze bataillons françois et quelque cavalerie espagnole. Dès le lendemain de la capitulation y toutes les boutiques ont été ouvertes^ et le maréchal a si bien contenu les fa'oupes, et ses ordres ont été si bien exécutés, qu'il n'y a eu aucune maison pillée. Le roi est content de sa conduite au dernier point. Le pauvre Talleyrand est mort de sa blessure , et on espère que la Villemeneust réchappera des siennes, qui sont moins dangereuses qu'on ne l'avoit cru d'abord. C'est le 12 du mois que la ville s'est rendue après deux mois entiers de siège , et le Mont-Jouy s'est rendu le soir du même jour.
Lundi ai., à Fontainebleau. — Le roi tint le conseil d'État^ dîna à midi , courut le cerf après son diner et en ^rit deux. Le soir il travailla avec M. de Pontchartrain ohez madame de Maintenon. — On chantera ici demain le 3e Deum pour la prise de Barcelone, et on le chantera ^lamedî à Paris. Voici la copie de la lettre que le roi a fait écrire au duc de Tresmes pour cela :
« Mon cousin, après avoir procuré à mon royaume une ^aix glorieuse par les différents traités que j'ai passés .Qivec toutes les puissances qui ètoient engagées dans la guerre , il ne me restoit plus à désirer que de voir les ^tats et les sigets du roi mon petit-fils jouir de la même 'tranquillité. Les seuls rebelles de Catalogne mettoient obstacle à ce bonheur, et, par une obstination insurmoniâble, vouloient se maintenir dans des privilèges doût ils avoient perpétuellement abusé pour se rendre indépendants de leur souverain. J'ai été obligé, pour les réduire, d^ehvoyer un nombre considérable de mes troupes sous lès ordres de mon cousin le maréchal duc de Berwick,
auquel le roi mon petit-fils a donné le commandement de son arméeen Catalogne. On a vu peu d'exemples d'une résistance aussi opiniàtrée que Ta été celle des habitants de Barcelone. Les rebelles, animés par Ténormité de leur crime, ont agi avec le dernier désespoir, et il a fallu toute la valeur de mes troupes jointes avec celles d'Espagne pour les soumettre.- Ils ont été forcés jusqu'à leurs derniers retranchements derrière les bastions, et contraints, après deux mois de siège, de se rendre à discrétion. Le succès auroit été vraisemblablement suivi du pillage de la ville et de la destruction d'un peuple qui s'est rendu si indigne de toutes sortes de grâces; mais, par les bons ordres que le maréchal de Berwick a donnés et par la * sagesse et la bonne discipline des troupes qui ont fait le siège, cette capitale est en état d'éprouver la clémeiice de son roi. Il est juste de rendre grâce à Dieu d'un événement si important pour l'affermissement de la tranquillité de FEurope : c'est pourquoi j'ai donné mes ordres pour faire chanter le Te Deum dans l'église métropolitaine de ma bonne vUle de Paris , et comme j'ai ordonné que les corps de ma dite ville y soient conviés, j'ai aussi chargé le grand maître ou le maître des cérémonies de vous y inviter de ma part et de vous avertir du jour et de l'heure que vous aurez à vous rendre dans la dite église. Sur ce, je prie Dieu qu'il vous ait, mon cou* sin, en sa sainte et digne garde.
Ci Écrit à Fontainebleau, le 24 septembre 1714. » Mardi 25, à Fontainebleau. — Le roi tint le conseil de finances et travailla ensuite avec M. Desmaretz; il alla tirer Taprès-dinée, et travailla le soir avec M. le chancelier. — Voici une lettre de M. le maréchal de Berwick du 14, qui nous instruira encore mieux que ce que nous avons appris :
<c Toutes les brèches étant en état, et les débouchés faits tant dans le chemin couvert que dans le fossé , l'on
donna, le 11, l'assaut général, au petit point du jour. M. de Dillon étoit lieutenant général de tranchée, et H. de Cilly, étant celui qui le de voit relever, s'y trouva aussi avec la nouvelle tranchée. L'attaque s'est faite par trente et un bataillons et trente-huit compagnies de grenadiers, soutenus de dix bataillons et autant de compagnies de grenadiers commandés par MM. de la Vere et de Guerchy, lieutenants généraux. Outre cela M. de Chàteaufort, commandant les dragons, étoit détaché avec six cents dragons pour attaquer la redoute qui étoit à gauche à notre égard du bastion du levant ; M. d'Armendaris, brigadier de cavalerie, soutenoit les dragons le long de la mer avec trois cents chevaux.
« L'attaque se fit en même temps de partout et réussit parfaitement. Les grenadiers et les bataillons s'étendirent d'abord le long du rempart, et ensuite attaquèrent de toutes parts les retranchements que les ennemis avoient fait faire derrière tout le front de l'attaque. Les ennemis furent pareillement chassés des retranchements; l'on s'empara aussi de beaucoup de maisons et de quelques places encore plus en avant. Les ennemis revinrent par plusieurs endroits à la charge, mais nos gens se maintinrent partout hors ceux qui, sans ordre s'étoient étendus sur le rempart jusqu'à la gorge du bastion de Saint- Pierre, d'où ils furent obligés de revenir à cause du feu épouvantable qui sortoit des couvents et des maisons retranchées. Nos gens voulurent retourner par cinq ou six fois, mais il n'y eut pas moyen de s'y loger, et la perte y fut très-considérable. L'on travailla à faire une coupure sur le rempart auprès du bastion du midi, afin de faire de nouvelles dispositions, et, par le moyen des maisons, se porter en avant jusqu'à la Rembla. Le feu dura avec grande véhémence jusque sur les quatre heures après midi que les ennemis firent rappeler. Les députés sortirent et après quelques allées et venues; le lendemain 12 au matin, ils revinrent implorer la clémence de S. M. C, On leur a
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accordé la vie et promis de ne point permettre de pillage. Toules les troupes réglées de la garnison $e sorit rendues à discrétion, toutefois la vie sauve. Les bourgeois doivent retourner dans leurs maisons de la ville rt remettre leurs armes ; outre cela, la ville à envoyé ordre à Cardonne de se rendre , et le même jour, 12, on prit possession du Mont-ïouy.
a J'oubliois de dire qtf après que la redoute fut priise, les dragons gagnèrent au plustôt la tête de Tattaque et se joignirent aux grenadiers ; la cavalerie monta pareillement parles brèches dedans la ville. Nous avons perdu dans cette action au moins quinze cents hommeà de tués ou de blessés, et les ennemis autant; il y eut plusieurs fougasses et mines qui -nous firent beaucoup de mal, et qui dans quelques endroits ébranlèrent nos troupes.
c( Barcelone a tenu soixante et un 3ours de tratichée ouverte , mais aussi on n'a guère vu une plus grande opiniâtreté que celle de sa garnison et de ses habitants, d
iSertrtdi 26, à Fùntainthkùû. — Le roi tint le conseil d'État , dina chez madame de Maitilenon, et à quatre heures il monta dans sa calèche et alla se promener autour du canal ; il y avoit de la musique dans les berges sur le canal. L^électeur de Bavière, qui étoit dans une graiide calèche découverte avec madame la Duchesse et six damèS, après avoir fait un tour dans cette calèche , montèrent dans une gondole, pour mieux entendre la musique. Le roi se promena des deux côtés du canal, les bergpèS étant toujours vis-à-vis de sa calèche. Le jour étoit fort beau; il y avoit une infinité de carrosses, ce qui faisoit même un petit embarras à la promenade. Il y avolt tant de gehs à pied que le roi même ne comprend pas que tout ce mondelà puisse tenir dans Fontainebleau. Le spectacle étoit magnifique. Le prince de Saxe, qui se fait appeler le comte deLusace, et qui est dans un entier incognito, étôit arrivé ici le matin , mais il ne voulut point être à la promenade parce qu'il n'avoit point encore été prél^nté au roi ; ce
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sera Madame qui le lui présentera demain après son souper.
Jeudi 37, à Fontainehleau. — Le roi^ après la messe^ entra chez madame de Maintenon, et à midi il rentra chez lui^ se mita table et puis monta en carrosse pour aller au rendez-vous de la chasse. Il mène toujours dans son carrosse à ces chasses-là^ Madame^ M. le duc d^Orléans quand il y vient ^ mademoiselle de Charolois et les dames qui montent à cheval avec elle , qui sont à ce vôyage-cî : mesdames de ttaillebois^ de Rupelmônde et de Saint- Germain. On prit deux cerls. Le soir il y eut grande musique chez madame de Maintenon ; il n^ en eut hier qù*une petite, parce que la grande musique avoit ètê sur Peau. Aux grandes musiques , le maréchal de Villeroy, le duc de Noailies et le capitaine des gardes en quartier y entrent , mais aux petites musiques ils n^y entrent point. Après le souper du roi, Madame lui présenta M. le comte de Lusace, qui a fort bonne mine et qoi fit sa révérence de bonne grâce, lui parla Irès-bie n, et le roi en fut fort content.
Ymdndi 28, à Fontûiné>lmn, — Le roi> après la messe,
irtt l'électeur de Bavière dans son cabinet ; il prit congé
du roi, mais ce n'est pas un cotigé entier. Il ne retourne
pï^Sentement qu^à Saint-Cloud ; il ira faire un tour à
Complèghe, et quand le roi sera àMarly il viendra lui dire
les derniers adieux pour retourner dans ses États, que les
trotipes de l'empereur évacueront le 15 de novembre. Après
son audience Télecteur retourna chez lui, où il reçut la
visite du comte de Lusace, qui dîna avec lui. L'électeur,
après et devant le dîner, joua chez lui comme il a tou-
jour fait ici, alla prendre congé de Madame et de madame
la duchesse d'Orléans, et à six heures monta dans sa chaise
de poste pour retourner à sa maison de Saint-Cloud. Le
soir, chez madame de Msuntenon, on joua la comédie du
Mariage forcé.
Samedi 29, à Fontainebleau, — Le roi tint le conseil
de finances^ dîna de bonne heure, et alla courre le cerf avec les chiens de M. le Duc; il en prit deux et toutes les deux chasses furent fort belles. Le soir il travailla avec M. le chancelier chez madame de Maintenon, et puis il y eut musique. — Il y a quelques changements dans la musique du roi pour la chapelle. Le maître de musique du quartier de juillet, qui est le bon homme abbé Minorai^ se retire; le roi lui donne 3,500 francs de pension, et on réunit sa charge aux trois autres qu'a déjà la Lande , si bien qu'ilauraprésentementles quatre quartiers, et quand il sera malade et qu'il ne pourra pas faire sa charge , Matho battra la mesure pour lui, et le roi augmente la pension de Matho pour cela , et parce que c'est toujours lui qui est aux musiques du roi les soirs. — Le comte de Lusace étoit à la chasse et le roi lui fit donner de ses meilleurs chevaux pour lui , pour le palatin de Livonie, son gouverneur, et pour les principaux de sa suite.
Dimanche 30, à Fontainebleau. — Le roi tint le conseil d'État, dîna chez madame de Maintenon, alla tirer l'aprèsdinée, travailla le soir avec M. Pelletier chez madame de Maintenon, où il y eut ensuite musique. — M. l'archevêque de Narbonne est nommé président de l'assemblée du clergé, qui commencera au mois de mai et qui se tiendra à Pontoise ; on n'a pas voulu que ce fût dans le diocèse de Paris. Il n'y avoit point eu d'assemblée du clergé à Pontoise depuis l'année 1650. — Le roi a trouvé bon que l'abbé d'Auvergne, qui est revenu depuis deux jours d'un voyage qu'il avoit fait en Hollande et à Bade pour des affaires de la maison de sa belle-sœur la princesse d'Auvergne , et qui avoit avec lui dans ce voyage le prince Frédéric son frère, le roi, dis-je, a trouvé bon qu'il ac»ceptàt la démission que lui a faite son père d'un canonicat à Liège.
Lundi 1" octobre y à Fontainebleau. — Le roi tint le conseil d'État, dîna de bonne heure , alla courre le cerf, et travailla le soir avec M. de Pontchartrain chez madame
de Haintenon. — Le comte de Saarosfit une cruelle chute à la chasse^ sur la tète ; il revint pourtant à cheval^ mais il fut évanoui quelque temps avant que de remonter à cheval. On le saigna en arrivant ici, et Ton espère que ce ne sera rien, quoique la chute ait été fort rude. — Le roi de Sicile est arrivé à Nice ; M. de Monaco Ta vu à son arrivée. Les affaires qu'ils avoient ensemble sur Menton et sur Roquebrune ont été réglées. On étoit convenu àUtrecht qu'ils s'en rapporteroient au jugement du roi et de la reine de la Grande-Bretagne. Le roi leur avoit donné pour commissaires M. Âmelot, et la reine avoit nommé Prior, qui , après s'être assemblés plusieurs fois et avoir vu tous les titres, ont jugé l'affaire comme le roi de Sicile le prétendoit.
Mardi 2 , à Fontainebleau. — Le roi tint le conseil de finances , travailla ensuite avec M. Desmaretz , alla tirer Taprès-dlnée et travailla le soir avec M. le chancelier chez madame de Maintenon. — Il se passa il y a quelques jours une scène chez M. de Pontchartrain entre lui est l'abbé de Broglia, agent du clergé ; il y eut des paroles assez fortes de part et d'autre qui font du bruit. Je n'en sais point le détail. — Madame de Bullion est morte à Paris après une longue maladie. C'étoit une femme trèshabile et qui gouvernoit bien les affaires de sa maison ; elle avoit marié sa fille aînée au duc d'Uzès, et la seconde au prince de Talmond. Son mari est encore en vie ; mais il est dans un château chez lui, où. il n'est pas en état de voir] personne. Il y a de très-grands biens dans cette famille là, dont M. de Fervaques est l'ainé.
Mercredi 3, à Fontainebleau, — Le roi tint [le conseil d'État, dîna chez madame de Maintenon, et sur les quatre heures monta dans sa calèche et alla se promener autour du canal. Le soir, chez madame de Maintenon , il y eut grande musique. — Le vicomte de Beaune mourut en Auvergne il y a quelques jours; il avoit quatre-vingts ans passés et ne venoit point à la cour. Il étoit père du mar-
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quis de Bouzols, et^ quoiqu'il eût fait de grands avantages en mariant le cadet de Bouzols , Bouzols en aura encore plus de 50^000 livres de rente en fonds de terre. — Voici la copie de la lettre de H. le maréchal de Berwick du 18 septembre :
« Nous avons continué tous les jours à faire rendre les armes aux bourgeois. Nous avons aussi changé la députation et toute Fancienne forme du gouvernement^ au lieu de quoi Ton a établi de nouveaux magistrats et un conseil souverain sous le nom de junte, en attendant que S. M. G. en ait ordonné autrement. On a trouvé dans la place cent quatre-vingt-trois pièces de canon et trente-deux mortiers.
ce Nous n'avons point encore de nouvelle de Cardonne* »
Jeudi if à Fontainebleau. — Le roi^ après la messe, entra chez madame de Maintenons et en sortit à midi pour dîner chez lui. Il courut le cerf après son dîner; îl n'en voulut prendre qu'un, et étoit de retour ici à quatre heures. Le soir chez madame de Maintenon il y eut petite musique. Le roi a prolongé son voyage de huit jours ; il devoit partir le 17^ et De partira que le 24. — Madame la princesse d'Épinoy présenta hier la princesse de Soubise sa fille , qui prit le tabouret au souper du roi. — Le roi de Sicile, qui est revenu en Piémont^ a laissé Maffei en Sicile avec la qualité de vice-roi; c'est le même Maffei que M. de Savoie envoya du siège de Valence au Pont de Beauvoisin, pour voir comme la princesse sa fille seroit reçue en France. M. de Savoie l'avoit honoré depuis de plusieurs emplois de confiance.
Vmdredi 5, à Fontainebleau. — Le roi travailla avec le P. le Tellier, dina de bonne heure , et alla courre le cerf avec les chiens de M. du Maine ; il fit une très-belle chasse. Le soir on joua chez madame de Maintenon la comédie de F Étourdi, — Le cardinal del Giudice* est demeure à Bayonne par ordre du roi son maître , qui ne
OCTOBRE 1714. ^s
veut poûit qu'il retourne eu Espagne sans rétracter i'oirdonaEianfie qu'il avoit donnée le dernier juillet à Murly eoBune grand inquisiteur ; il a envoyé le prince de Cellamare san|neveii à Madrid. Le roi d'Espagne lui avoit envoyé à Bayonne le prince Pîo pour lui ordonner de ne point entrer ^i Espag^ne ; ainsi il attendra à Bayonne le retour de son neveu. La plus commune opinion est qu'on hii ôtem fai charge de grand inquisiteur^ et qu'il se retirera dans son archevêché de Montréal en Sicile ou à Rome; il parott que le pape est fort content de lui.
* Le cardip^ del Giudice avoit pris en Espagne un trop grand vol pfmr madame des Ursios» et sa disgrâce, qui l'égaloit à elle , les rendoit tçop pareils. Q étoît du consttl secret et grand inquisiteur ; sa souplesss sous madame des Ursins Tavoit élevé sur les ruines du duc de Médina-GélL Elle se servit de lui pour venir plaider sa cause contre le marquis de Brancas, notre ambassadeur, parce qu'elle s'étoit aperçue qpft son crédit étoit fort tombé en notre cour, et par l'affaire de sa souveraineté que le roi avoit toujours improuvée et quelque chose de plus> et à la fin sabrée, et par le mariage de Parme sans la participation du roi; mais il y avoit bien plus. 11 fut question du testament du roi , de la régence, des renonciations. Tant que la santé du roi s^étoit soutenue, tant que M. le duc de Berry avoit vécu , tant qu'on ne vit point en Espagne de mesures prises pour l'avenir, on sY étoit tenu en plein silence^ mais le roi d'Espagne, qui aimoit son frère, avoit été soigpeusem^t aigri contre M. le duc d'Orléans par la princesse des Ursins son ennemie ^ qui le voulut poursuivre dans ce qui l'intéressoit IjB plus grandement. Elle craignoit donc que les dispositions du roi n'eussent pour bases celles de la paix; elle mit en tête au roi d'Espagne que ce qu'il avoit bien voulu faire pour un frère qu'il aimoit et dans un tiemps de nécessité , n'étoit plus la même chose dans un temps où chacun avoit repris haleine de la guerre , et où il se trouvoit affermi sur son ti;dne ; qu'il ne s'agissoit plus d'un frère, mais de M. le duc d'Orléans, après tout ce qui s^étoit passé. Le cardinal del Giudice fut donc chargé précisément de demander la régence par une expresse disposition du roi en faveur du roi d'Espagne , et d'annuler les renonciations. La commission étoit trop délicate et trop importante pour passer ni par 9raneas , qu'elle haïssoit et dont elle craignoit quelque liaison avec M. le duc d'Orléans f ni par aucun Espagnol , auxquels elle ne se fîoit point, et moins encore d'une affaire de cette conséquence qui , si elle eût réussi , pouvoit aller a leur faire changer de maître avec de nou-
Telles et peut-être de fâcheuses résolutions , ce que pas un d'eux n'anroit voulu. Elle espéra donc mieux du secret d'un Italie sans aucuns biens en Espagne, ou bien peu en comparaison de ce qu'ils &i avoient sous la domination de Tempereur, et d'un homme aussi délié , aussi versé en affaires , et décoré d'une dignité qui le feroit écouter ; mais elle se trompa de point en point et ne fit, par cette démarche, qu'assurer sa perte de plus en plus. Giudice fit part en arrivant de ce secret de sa commission à Torcy, qui en fut très-surpris , et qui tout aussitôt en alla rendre compte au roi. Le roi en fut si choqué qu^il se fâcha contre Torcy, et d'avoir écouté le cardinal et de s'être chargé de lui en rendre compte , et il le chargea de plus d'en parler au cardinal si durement de sa part, qu'il lui ôta l'envie d'oser lui en parler à luimême. En effet, le cardinal en fut effrayé, et vit bien qu'il ne gagneroit rien à en parler au roi , sinon de commettre et lui et le roi d'Espagne à quelque chose de fâcheux. Il n'en parla donc jamais au roi, et cessa dès lors d'en plus rien dire à Torcy; c'est ce qui acheva d'outrer madame des Ursins contre le cardinal , et de lui faire résoudre sa disgrâce , et ce fîit ce qui mit en notre cour le sceau à la résolution de la catastrophe de madame des Ursins. Le roi vouloit sincèrement entretenir la paix; il voyoit l'épuisement de la France, et il ne vouloit pas lui laisser de nouvelles guerres au dehors et des troubles au dedans par ceux de sa famille ; il jugea donc combien il étoit dangereux d'arracher d'Espagne et de son vivant 9 une femme si hardie, si vindicative, si puissante^ qui n'oublieroit rien pour rallumer tous ces feux et pour venir régner en France avec Philippe V, régent et successeur présomptif, comme elle avoit fait en Espagne , et peut-être fut-ce là l'époque de la résolution dernière qui la fit précipiter du faite de la grandeur. Le cardinal avoit fort réussi personnellement à notre cour ; mais elle ne s'ea trouvoit pas assez bien servie, parce qu'il n'avoit pu la remettre comme elle étoit auparavant, ou elle lui imputa d'y avoir agi mollement par des vues pour lui-même , ou elle craignit son retour après avoir acquis l'appui de notre cour» où il ne l'avoit pas pleinement raccommodée ; elle saisit donc un prétexte de s'ôter cette épine du pied. Macannas étoit un savant magistrat et fort versé dans les matières ecdésiasdques, par rapport à la puissance temporelle du temps, qu'à l'occasion de la reconnoissance de l'archiduc pour roi d'Espagne par le pape , Rome et Madrid s'étoient brouillés jusqu'à avoir fait fermer la nonciature dans cette dernière ville. La cour s'étoit adressée à Macannas pour écrire en sa faveur ; il avoit fait un livre plein d'érudition , de faits, de maximes, et d'une grande exactitude, qui attaquoit les plus dures prétentions de Rome et en sapoit les plus précieux abus en Espagne. Le livre fut examiné et fort goûté, mais on jugea à propos de le suspendre. Dans ce mécontentement de madame
des Ursins elle s'en servit pour tendre un piège au cardinal del Giudice et Gt publier le livre. Le nonce en frémit, et Tinquisition procéda avec sa violence accoutumée. Le roi d'Espagne protégea ouvertement le livre et Fauteur, et cela fit grand bruit en Espagne. Le cardinal del Giudice pouvoit aisément laisser démêler cette fîisée en son absence, mais il craignit son propre tribunal qui avoit eu recours à lui ; il eut peur de se brouiller à Rome en n'agissant pas et peut-être encore plus l'embarras de son retour, si n'ayant rien fait il se trouvoit entre l'inquisition et la cour. Il donna donc un mandement daté de Marly contre la personne de Macannas et son livre, tout des plus forts, le fit publier en Espagne, et ce qui parut le plus extraordinaire le fit afficher à Paris ^ où Ton ne connoît point l'inquisition, encore moins celle d'Espagne avec qui cette affaire étoit entièrement étrangère. On le trouva même mauvais , mais ce fut tout. On étoit d'ailleurs content de ce cardinal devenu à la mode , que l'influence de la Constitution protégea encore en cette occasion. C'étoit celle que madame des Ursins avoit voulu faire naître , et sous le prétexte de laquelle elle lui fit défendre d'entrer en Espagne. Nous verrons qu'elle ne différa pas à le perdre, ni lui à s'en trouver vengé.
Samedi 6^ à Fontainebleau. — Le roi tint le conseil de fi*nances^ alla tirer l'après-dlnée, elle soir il travailla avec M. le chancelier chez madame de Maintenon. — Il arriva un courrier de Catalogne. Voici ce que mande le maréchal de Berwick :
« Âo camp de Barcelone le 21 septembre f7l4.
« Les miquelets et volontaires continuent de partout à venir se rendre, et il y a lieu de croire que dans peu de jours la tranquillité sera rétablie dans la Catalogne. »
Après que l'ordinaire fut parti du camp devant Barcelone qui étoit le 21, M. de Berwick renvoya un courrier rejoindre l'ordinaire, et il mande au roi par ce courrier que la ville et le château de Cardonne se sont soumis. — Le roi a donné au chevalier de Caylus, fils de madame de Caylus, le régiment qu'avoit M. d'Houdetot tué à Barcelone; c'est un petit régiment qui sera réformé, mais cela lui donne toujours le rang de colonel.
Dimanche 7, à Fontainebleau. — Le roi tint le conseil
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d'État, dîna chez madame deMaintenon, et à quatre heittes^ monta en calèbhe pour aller se piwmetier autoUx* du 0anàl. La musique étoit daiis les berges; le comte de Lùsace étoit dans une gondole avec le duc d'Àumoni. La musique fut très-belle et le spectacle eneore plus beau que la première fois. Après la promenade le roi trérailla avec M. Pelletier cheas madame deHaintetion. -^L» ïti&t^ quis de Bé thune, que lé roi avoii envoyé àM^r^ëiUè ïai&é compliment à la reine de Pologne dont il a Thonneur d'être neveu, est arrivé ici de Blois^ où il a laissé la reine. Les appartements hauts du château de Blois ne sont pas encore accommodés; elle s'est mise dans les bas, et ses meubles n'arriveront pas de quelques jours. Elle envoie au roi, par le marquis de Béthune, beaucoup de curiosités dont elle lui fait présent; elle souhaiteroit fort que le roi trouvât bon qu'elle vint pour quelque temps à Paris et qu'elle pût voir S. M.
Lundi 8, à Pontaînebledu. — Lé roi tint le coiifeéil d*Étât, courut le cerf, en pWt deux, et ne revint de la chasse qu'à là nuit. — Il y a de furiéiix changements en Angleterre, où le houveau roi est arrivé. Où a 6ié toutes lés grandes charges aux tories et on a mis des wighg à leùi» place. Le nouveau roi fit son entrée à Londres le 1®*^ de ce mois avec le prince son fils; cela se fit avec beaucoup de magnificence. — Voici une copié de là lettre du inai-échal de Berwick du 25 septembre 1714 :
ce Le comte de Mortémàrt prit poséeisi^ion le SI dé là ville et du château de Cardonne, ayant accord^ à la garnison le pardon et permission dé se retirer chez eux à ceux qui ont du bien, et aux autres qui voudroient sortir du royaume de le faire. Voilà la Catalogne présenteihent soumise ; tout ce qu'il y a de ihiquelets et volontaires viennent journellement rendre les armes. J'ai fait embarquer Villaroel, Basset et une vingtaine des principaux chefs militaires de la rébellion; je les envoie au château d'Alicante, d'où j'espère qu'ils ne sortiront de leur vie. »
MùM 9, à Pôntdm^tim. — Le M ttht 6ôrisell de financés, ttatàillà leûstiite aVëb !É. DôShiarëli, alla litët» rtl^rè^-ainëë, felle Sblt trâVëlUi aVeicM. lé chahtîeliër chez madâbliB àè Mfeiitlfelibil. — Lfe nouveau rôi d'Àh^letisttBy ijùi a été te côiûmandëttient des ii^oiipëS au due d'Obmond, n'a )jbîllt ibtllû le MtJ il s'est tètiré ëhëi: lût â là bam^àghë: MilôWl Martbbtbllgh à le ëothinabdëmëht des ferbtkpfeS eii ëft plaëë^ cdttimë il TàVoit ëii en la place de Më.Hbol*ou^h. On ëhVoiè Ckdbgan â l'assèrti- Bléë d'Alivël^s pbui^ le. Bat^riêrei riiâtfe ott ne sait pas si Tètlipëi^èlif sëftb bieil âi§ë que les Atl^lois Veuillent iflWVëtilr dàlis bfette afftiire. ~ Cllly, liëutëtlaht gënéïàl et tjui ëbnâtïlahdbit l'fettàqûe de la droite le jour qaMn dbhtta l'àsàaUt â BWcelônë dÙ il se distingué Sittinië il a toujours fait dans toutes les occasions où il s'ëSt thittvé, est artttë ici ftyftht eu congé dU duc de Bër- #iëk à càttfeédesa ttittUvaiSë ààhtë. Il étoit nbtnmépbilr Séi^r ehêbrë en Espagne, tilttis ôh Itii à përinis de relater en France.
Mercredi 10, à FontaiH^lêMi --^ Le roi tint lé ëbhseil d'État, dlnà cheÉ IhâdËimé de Haintehbn , travailla TâpÉ*9-dlnëe chéÉ lui avec M: de Pbntchârtrain, qui n'aVoit pas pu finir lundi tbutës les affaires dbtit il avoit à lui Wndre compte. -^ M. de Vaudëmdnt est arrivé à Paris. Il fera présentemëht soti principal séjour à la cour et retoiitnera rttjpement à Coirimercy * là përtë qu'il y a faite de ihàdàme dé Vàùdethont Itii donne dti dégoût pbuif sa maison 5 sa famille sera bien aisé de l'attirer encore davantage ici; ^^ M; lé chàtîcdier rhûïïe màdemoiiSelle d'Arbouville, pbùi* qtti madame Voisin et toute sa feuille otit toujours ëii iinë amitié particulière, à M. de GbëtahscoUrt , colonel d'itifantërié, et qui a 20,000 livrés d« rente ëii fohdé de terre en Bretàgilé ; mademoiselle d'Arbouville est fille de condition et de beaucoup de mérite, et M. le chancelier les logera à Versailles.
feudi 11, d Poniainebleau. — Le roi, après la messe,
entra chez madame de Maintenons dîna chez lui de bonne heure, courut le cerf, en prit deux. Le soir il y eut petite musique chez madame deMaintenon. Madame la duchesse du Maine partit d'ici pour aller à Sceaux, où M. le comte d'Eu, son second fils , se porte beaucoup mieux. L'envoyé de Parme eut audience du roi sur le mariage de la princesse de Parme avec le roi d'Espagne. CeUe princesse devoit s'embarquer le 28 du mois passé à Sestri de Levant, eton la croit bien prêt d'arriver en Espagne. On dit beaucoup de bien de cette nouvelle reine et le roi d'Espagne l'attend avec beaucoup d'impatience. Ou lui a donné en dot 100,000 pistoles d'Espagne payables en quatre termes et pour 100,000 écus de pierreries ; c'est le duc de Parme, son oncle, qui Ta épousée, chargé de la procuration du roi d'Espagne. Les noces se sont faites avec beaucoup de magnificence, mais l'empereur avoit défendu à tous ses sujets d'Italie de se trouver aux fêtes qui s'y sont faites et avoit prié le duc de Modène de faire la même défense à ses sujets.
Vendredi 12 , à Fontainebleau. — Le roi travailla avec le P. le Tellier, alla tirer l'après-dlnée, et le soir on joua chez madame de Haintenon la comédie de l'École des Maris. Le bruit avoit couru que le voyage seroit encore allongé de quelques jours, mais les ordres sont donnés pour le départ au mercredi 24' , et même beaucoup de gens sont déjà partis pour ne plus revenir. — Toureil est mort à Paris. 11 étoit un des quarante de l'Académie, si bien qu'il y a présentement deux places vacantes , l'abbé de Clérambault étant mort depuis deux mois. — Par les dernières nouvelles qu'on a eues, il y a lieu de croire que le roi de Suède est en chemin, et l'on croit qu'il prendra la même route qu'avoit prise le roi Stanislas, eiqu'il viendra le joindre aux Deux-Ponts pour remarcher ensemble dans ses États; mais ces nouvelleslà varient si souvent qu'on ne sauroit compter sur rien.
Samedi 13, à Fontainebleau, — Le roi tint, le conseil
de finances^ travailla l'après-dlnée avec M. le chancelier, et le soir il y eut petite musique chez madame de Maintenon. Le roi ne sortit point de tout le jour. — Le maréchal de Berwick témoigne souhaiter que le roi le dispense d'aller à Madrid après qu'il aura fini en Catalogne et il attend les ordres là-dessus, mais on croit que le roi voudra qu'il aille à Madrid avant que de revenir en France. Il y fera peu de séjour, car il n'aura aucun titre représentatif. — L'échange des ratifications du traité de paix entre l'Espagne et la Hollande est fait, et M. Buys, ambassadeur de MM. les États ici, en a donné part au roi en le remerciant de ce que S. M. avoit fait finir les difficultés qu'on y apportoit de la cour de Madrid. Le duc d'Ossone demeure encore en Hollande parce que la paix de l'Espagne avec le Portugal n'est pas finie, et Montéléon, son collègue, doit passer en Angleterre avec la qualité d'ambassadeur.
Dimanche Hy à Fontainebleau, — Le roi tint le conseil d'État, dinachez madame de Maintenon, alla tirer l'aprèsdlnée, et le soir, grande musique chez madame de Maintenon après avoir travaillé avec M. Pelletier. — M. le cardinal de Noailles doit envoyer, le jeudi 18 , l'écrit qu'il a fait sur la Constitution ; les six semaines de temps qu'il avoit demandées pour avoir réponse des évèques qui avoient été de son avis à l'assemblée expireront ce jourlà. — La nouvelle reine d'Espagne, qui s'étoit embarquée à Sestri de Levant a essuyé une assez rude tempête et s'est trouvée si mal sur la mer qu'elle ne veut plus se rembarquer. Elle viendra par terre à Monaco, traversera la Provence, le Languedoc et la Guyenne pour passer à Bayonne, où elle veut voir la reine douairière d'Espagne, sœur de la duchesse de Parme, sa mère.
Lundi 15, à Fontainebleau. — Le roi prit médecine et après son dîner travailla avec M. de Pontchartrain. — Madame la duchesse d'Orléans partit pour Paris; sa grossesse lui fit prendre le parti d'aller en litière et en
26? JOURISAL Pf: OAPJGEAU.
deux jours. EUe all^ cQijpher 4 B^^etigny çhe?; m^dmp^ dç Fpnteinp-Mq^rt^l. — Lp i^o^veau poi (i' AnçlQteyî*^ a fei^ déclar€}r le prince^ sqfl fils, priflpe de Ga^^s; il a fqit ^Jp grands cl^apgeraents en Ecosse cpmme ep|Ai)gleteçrp ^\ Jovjt çp faveur des >vigl^s. — h^ roia 4oi}pé prdfe à pp^grang^es , m^itre des cérérppj^i^j, d'qllpr au-dev^^^ de ^ reine d'Espagne et de rattendre 4?ns là, première y^Ue ^e Prpyepce où elle doit arriver, ^t (juoiqu'plle yquillp dep^eu^er da^is un |nçQgnito parfa^jt , le§ çouver^^puçg et IjS ip tendants ont ov^re ^e fc^ire tppt ce qu'elle ofdoppçra et de îa fî^ire accompsi-giier 4^ns tou^ Je ypyjjuine ppiir |pi faire foprpir tqpt ce qu'elle souh^iti^r^-
]\^arçli 16, à Fontqiïieble^it. r-r Lç rpifint le pons^U ^e fmapces, trjav^illç^ enijpite q,yeçM.Ç|^jiq^arpt?4 ftU^ pour^e Je cerf Fagf ès-4lqée^ pUp ?Piï*i ^^^^. V^^i^^W^- î^eM^^intenon, jl travailla ^vec }L. ]p^\i^^cQ]\ffs;. -^r: \J^ çop^tp Y^^\Ç^, Tiui (îst ici depuis quelques jours et qui ftl^g^é, \^ d^ip 4'Psfjone sop ff èrp à ytrpcbt, vft p^f Î^F pqur Ikfqptpellipr, où i} attepÂr» la reipp, 4'Psp^pe, — Le roi ^\ la mpe de Sicijp îiont revenus à Turjf^ \ '\\% y arrivèrent îp 1" 4^, ce niois. — M. le ^Jçjpç, ipten4apt ^ pppkergpp, a fai^ arrêter deqx Angioi^ qfl'on a tf fiuvés s,pn4ant 1q c^pf^l 4®» l^ardyçk. Lepouyeçivi ^^\ d'Angleterre sp pjaipt W PPW 4^ ce que npps fftisops tr^v^il^pr ^, ee pj^n^l-J^*,
* M. le Blanc , maître des requêtes, intendant d^ Auvergne puis en Fiapdre , imagina de suppléer à pupkerque rasé , oomhié et abandonné par \^ ^^ , en fai^m 1^ chinai ^ ll^^f^pl^ dppt 1^ ti^ité p'ayoit point parlé. Il y pn avoit ui^ a^r^fois qijp 1$ cpiflmq^j^é ^u pc(ç|; 4e fiunkerque avoit fait négljgeç ; il ne s'agissoit que de Iç jiettoyer peu à peu et d*y faire quelques écluses. Il le proposa à telletier^ conseiller d'État chargé di| soin ^^s fortifications, qui goût^ fort œ projet et le fit ^pût^ç au rqi. On v^rm daoa U suite quel fut le sort d# I -«UTrag^ et de son inventeur, devepu pél^e (^f l'upa^ \W^ i/^^VW-
Mercredi Vt y àFoif,taiiii,ébUau. — Le^^pitipt le cppseil d'Élat, dîna chez niadame de Ms^intenpn^ et après spi^ dîner il tint le conseil de 4épêches. Le soir il y put gr^p^e
musique ches madame de Maintenon. — H. de Chalais^ que le roi d'Espagne a envoyé deux fois ici comme un homme en qui il a grai^de çonfiançp , a été fait gr?^nd d'Espagne*. Le roi lui a permis de recevoir cet honneur, mais à condition qu'il ne vi^pQe poiiit ici, pa^^ce que le rqi 1)6 y^ut plu$ quQ sei^ sujete accepieqt cette grâce, ne youlaiit pas i^i^ltipllor les hop^eur^ dai)^ sa cour. Il est neivQu ^t hérijiioF du premier mf^ri de madame la piwce^e d^ llrsins» — Le ]pi§|*éch^l de^ ^erwiqk ^t parti de Catalogne^, où tout est tranquille présentement ; il va à l(adrid^ Qt il compte 4'^tre de retour en Fr^i^oe le 20 d^. ^iQvembre.
* La condition mise par le roi à sa permission à M. de Chalais d'accepter la grandesse , montroit un grand déchet en madame des Ursins , dont il étoit Tou^rage et lé confident le plus intime et le plus 9^i^iç|oi^ié, ^t ce ^oût si marqué pqur 9)|ç lui 4^ypit fa^e ùjxe t>i^ ^ ré|[^:^ JQQÇ. 4^ |pn4 1 ces gfs^d^ses ^ap^oises re^);oipt 4es i^pn^tres. ïiOrsqu'à l'avènement de Philippe Y à la monarchie d'Espag;f:|e , le tâng deâ ducs de France et dés grands d'Espagne leur fut respecti- TemeUt communiqué dans les deux dominations , c*étoit une égalité raisonnable , qui marquoit une considération réciproque et qui facilitât Je copame^ce ei^tre les d^i^ cou|^ , o^ais il ^naquit im ^bi^ dont la mnltiplipation deviAt insuppprta)}lq et qui fut cq soi extravagant^ puisqu'il 4onna lieu au roi d'Espagne de faire ici des ducs sous une autre fbrme , et sans que le roi eût la pareille pour faire en Espagne des grands. Cette forme même ne pouvoit qu'elle ne fût monstrueuse , puisque le roi d'Espagne érigeoit en grandesse une terre en France 4qq| il ne pouvoit êtc^ ni so^yerain ni si^^erain, et qu'en conséquei^ce c^^ érection ^toit reconnue et enre^strée au parlenient de Paris et en la chambre des comptes, qui parla, au n^oyen des lettres patentes du roi, reoonnoissoientetadmettoient dans son royaume et de son consentement un pouvoir de souverain terrien égal au sien en cette partie. Le premier qui fut grand de cette sorte et qui n'y avoit jamais pensé, fut le duc de Bea^villiers. 11 avoit été gouverpeur du roi d'Espace ^ et si un abus ppuvoit être souffert en faveur de quelqu'un, c'étbit en ce genre , en la sienne ; mais, cette porte une fois ouverte , ce fut à qui y mitreroit, et comme elle ne le pouvoit être qu'à des gens alors trèsprincipaux , et qui fussent fondés en causes apparentes , conséquemm^t gen^ qui ^voient trait important à l'Espagne^ coiQme générauic d'^jrpée, a^lbal^de^rs^ ou autres pareils, (nadaipe des Ursins, qui
avoit grand intérêt d'en étre'mattresse, fut ravie d'avoir ce grand appas à leur montrer, et à coup double de se faire des courtisans et des amis en notre propre cour. C'est ce qui rendit enfin cette grâce si commune et qui s*est bien multipliée encore depuis.
Jeudi 18, ô Fontainebleau. — Le roi tint le conseil d'État, |)aFce qu'il n'avoit pas fini hier toutes les affledres qu'il y avoit. Il courut le cerf Taprès-dlnée, il en prît deux et étoit de retour de la chasse à quatre heures. Le soir il y eut petite musique chez madame de Maintenon.
— M. le cardinal de Noailles a envoyé son mandement à M. le cardinal de Polignac, qui l'a porté chez H. le chancelier. On prétend qu'il n'est pas entièrement conforme à ce dont on étoit convenu avec le cardinal de Polignac avant le voyage de Fontainebleau, et cette affaire qu'on croyoit en train d'accommodement en parolt fort éloignée présentement. — La réforme des troupes qu'on devoit faire après l'échange des ratifications est différée pour quelque temps. — Le comte de Ribeyra, ambassadeur de Portugal, est arrivé à Moret; je crois que le roi lui donnera audience avant que de partir d'ici.
Vendredi 19, à Fontainebleau. — Le roi travailla avec le P. le Tellier; il devoit aller tirer Taprès-dlnée, mais la grande pluie l'en empêcha. Le soir, chez madame de Maintenon, on joua la comédie des Plaideurs.
— Il y avoit une course de chevaux réglée pour dimanche ; MM. les ducs d'Aumont et de Fronsac avoient fait de grosses gageures et plusieurs gens s'étoient intéressés avec eux; on conseilla à M. de Fronsac de rompre la gageure et M. d'Aumont y voulut bien consentir. — M. le comte de Ribeyra, qui est à Moret chez M. le duc de Rohan, son grand- oncle, aura ici mardi son audience du roi. Il a amené sa femme avec lui, qui est fort jolie; elle est fille du comte d'Atouguia. — Le roi parla au cardinal de Polignac sur le mandement du cardinal de Noailles, qui ne se trouve pas conforme à ce dont on étoit convenu, ce qui afflige fort le cardinal de Po-
lignac et dont tout le monde doit être bien fâché. Samedi 20, à Fontainebleau. — Le roi tint le conseil de finances et le conseil des prises qu^il tient de temps en temps, et où M. le comte de Toulouse assiste comme amiral. Le roi alla tirer Taprès-dlnée et travailla le soir avec H. le chancelier. Le roi, en sortant de son dîner, fit entrer dans son cabinet le prince de Rohan, et lui dit qu'il le faisoit duc et pair, grâce que le prince de Rohan souhaitoit passionnément, qu'il avoit demandée au roi plus d'une fois et qu'il avoit tout lieu d'espérer par plusieurs raisons. Le roi lui avoit toujours répondu favorablement. Le roi lui dit aussi qu'il faisoit le même honneur au prince d'Épinoy, et qu'il ne pou voit refuser cette grâce au mérite de madame la princesse d'Epinoy sa mère, et commanda à M. de Rohan d'aller dans le moment lui en porter la nouvelle. Elle vintremercier le roi au retour de sa chasse; il la fit entrer dans son cabinet et la combla de louanges et d'honnêtetés*.
* Madame de Soubise , avant sa mort , avoit tiré parole du roi de faire son fils duc et pair. Toute princesse qu'elle avoit su se faire, elle avouoit librement que cela ne tenoitqu'à un bouton, et qu'il n'y avoit en France de solide grandeur pour les maisons que le duché-pairie. Celle de Lorraine, à qui la principauté véritablement ne pouvoit être disputée , Tavoit pensé ainsi dans sa plus haute puissance ; elle en accumula jusqu'à dix ou douze à la fois , et ce fut par ce degré qu'elle monta depuis à tout ce qu'elle osa entreprendre en matière de rang qui lui servit bien utilement pour des choses plus hautes et plus solides^ et dont pour le rang il lui est resté ce qu'elle en escalada de dessus ce naturel écbafaud pour bien des distinctions que dans la chute de la Ligue elle a su se conserver jusqu'à présent. La Constitution acheva ce que madame de Soubise avoit comme assuré. Le cardinal de Rohan» devenu avec le P. le Tellier une seule et même chose pour la ruine du cardinal deNoailles, à laquelle ils'étoit enfin abandonné , ne laissa pas échapper une conjoncture si favorable pour sa maison , et voulut en même temps profiter de son appui pour le prince d'Epinoy, qui venoit d'épouser sa nièce ; lui et madame d'Epinoy et madame de Remiremont n'étoient qu'un, depuis longues années. Madame de Soubise, pour s'appuyer dans le règne de Monseigneur, avoit de longue main formé cette union, pour laquelle elle avoit saisi la conjoncture du ma-
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riage de raad9n)e 4'Ëpinioy avac le fils de S9 sœur. Madame d'Kpipqy PYpit de plus avec ma^aii^e de Ma|i)i^i)pn ^'invisiblQf e^ 4'^tc^ges liaisons , mai^ si fortes et si intimes , qu'il ^toit difficile qu'elle iie la servit pas à souhait , tellement que cette complication de cnoses flt ces deux nouveaux duos et pairs. M. d*£pinby prit le nom de due'âe Melun, de sa maison, au lieu de celui de son duché , mais le prince de ^ipj^a^i, tr^nsppr^é du çpli^e gu'iUvpit «i longuement PQWRuIfI , ^W\^ faire plu^ que p^s ui) de la paisioi) de Lpf j^aii^ç ^i d^ ^p^, Yr^H princes étrangers qui avqient é^é ducs . si Ton en excepte le coifitç de hissons, mari de cette toute-puissante nièee alors du cardinal Mazarfiî; il voulut continuer à s'appeler le prince de Rol^n , et pour réuasdi imperceptiblement, il flt érigef sa terre de FoQtenay en duohé-pajrie) soifs le bizarre nop[i 4^ ^phan-Ro^i^Q , povir qu'i| piurtât $pp popfi , e| qu'il fût en naéme temps distingué à\^ duché-pairie de ^<)|ian plissé ^ sa maison en celle de Chabot. Moyennant cela et un autre duc de Rohaa existant , il ne pouvoit sans cacophonie porter le nom de duc de Rohan- Rohan ; ainsi avec adresse il deçaeurEi avec wm noni de prince de fioh^ , et: laissa croire 9ux sipts qu'il Q'avoil daigné portai un titvâ aprè^ lequel il fivoit ^i ard^i^n^e^t et si loi^giippffQnt ÇOiipiipé.
Dimanche 21, à Fontainebleau. — Le roi tii^t k ÇfiqseU d'État, dîna chez madame de Main tenon, travailla Taprès-dlnée chez lui avec M. Pelletier, ne sortit point de tout le jour, et le soir il y eut grande musique cl^ez madamé de Iflaintenon. — Jfadapie \sl py JAq^^e ^e Çlfmty^ 1^ inèfe, qui est toujours à fmh a pha^g^ ^ ^m^ d^honueur. Elle avoit dans cette place la camtesse d^Alègre qui^ sur quelques chagrins^ a témoigné n^ètre pas contente; elle a pris pour Remplir sa place madame* de Châtillon qui étoit auprès de la diiph^sse de^ ^o^ipeç comme une amie de condapc^ ; ^n i^arî est 4e3 Cjb^tillqii du RoussiUon. -r- Le grand maître de Halte^ qui oraint le grand armement naval que font les Turcs, fait avertir les chevaliers de Malte qui sont en France de se tepir prêts pour le V^de mays, mais il ne les a p^^epçorecjiti^., L^ ville de Afalte est en fort mauvais état ppuir \w^ fortiil-: cations, et on y manque même de beaucoup de choses.
Lmidi 2â, à Fontainebleau. — Le roi tint le conseil d'État , dîna de bonne heure et alla courre le cerf: il en
ppit Ivois^ ^\ ce voyftge^cià Fopt»ipeblpau il y a eu plus de sQÛaptQ pei*fs priS; tout p^ \€^ fil^ieqs du vo\ que p^^ çenx de M. le Duo et de M. h duc du Jlainp. |J trayaiU^ Je ^^y elle?; m^ame dq Haint^^qq fivç^ç ^. de Ppu^pb^rtraii^. — Madapie Japri^ce^e dePQïityi l^mère, a misppwrpr^
mçv épijypr a^prêi^dp ^n Jepri^çq d© Copty soq fiU, M. de MQptmorency, wp8|f e dci camp du r^gi^fient de JI. le dup du Maine, -r l.a reipè de Pologuej} qui pst à pipip et quj souhaite passipuuépaent de voir le rfti, viendra p^^ser quelques jours àPafiset elle viendra ^ Versç^ille? voir le vçj^, de qui elle yput é^rq re^a^dée sip^ple^rient camuie ^ SHjette et npn cqiflpiefpiue] elle dit qu'en partant (ifi ^qiUP, elle ^ 4^^?^ s? rpyc^uté s^\k% pieds 4tt pape*.
* La reine de Polo^e obtint un point et non Tautre. Jamais le roi né la Noulot voir ni la laisser approcher de Paris et de la cour ; mais pour le traitiMPaent de reine, il fut l9ger et on lui aocooda aisément de ne faitfd ms gffinfl ç^s d'^)^. Qfi a YU q-de$S|is, lor^ 4p sa venue eu Ff^pc^ , gu'e|(e le méritoit bien; elle s'étoitfait; 4é|;ester en Pologne par soi^ avarice e| compter popr rien à Rome. Ne sf^chant pl^s que ctevenir, die vient mourir au gtte , après avoir &it du pis qu^elle avôît pu contre sa patrie, qui le lui rendit.
Jl|jfir(ft 2^, ^ fQntQmblem. — Le çoi ^iut le cp^is^ij d^. ^p§flces,et tf ^vaillft epsuite avec M. Pesm^ret?. U ^eprplflpn§ l'çprès-dinép de^ns U gftlerie des pe^f^ et pui^ d^u^ les i^pflY^ftUX jardins qu'il fçjjt fc^irp 4 côté de la galerif! d'U}ysse> et le ^pir, che^s inadame de Jlaiut^npn, il tyavaill^^Y^p M. le chancelier. — |^enia^rquis de Césanne est nG(prt 4 Rouep. Il ^yoit depuis Iqugteuip^ une m?tladiede l€^ngue>wr gVli Y^ ppnsommé à la fin. 11 étpit frère de pèf e dvj uia^*éphal ^'Harcourt^ et frère de mère dp la maréchale ; il étoit niaréçbal de camp et phpvali^i;' 4^ ]^ Xftispn. — Qvfapd ^' d'Épipoy eut renier cié le roi 4p l^t gya^^de grâee qu'il lui -e^ fe^ite> le roi lui dit • ^< Monsieur, vqus ^vez lûeu de Tojjiiigation à ma^^n^e votre mère et vous ne sauriez lui marquer trop d'attachement et de
p^p.QnHPi^S^n9ç. )>
ses JOURNAL DE DANGEAU.
Mercredi 24, à Petit-Bourg. — Le roi tintle conseil d'État à Fontainebleau et en partit un peu après deux heures pour venir ici; il avoitdans son carrosse madame la duchesse deBerry, Madame, madame la Duchesse la mère et mademoiselle deCharolois. Madame la princesse de Conty, fille du roi y alla coucher de Fontainebleau à Versailles ; M. [ le duc ] et madame la duchesse d'Orléans en étoîent partis il y a quelques jours. — La reine d'Espagne partit de Gènes le 9. Elle vient en chaise à porteurs ; on compte qu'elle arrivera en Provence le 24. On mande de Madrid que le roi d'Espagne viendra la recevoir à Burgos. Le maréchal de Berwick est parti de Catalogne ; il passera à Valence et verra en ce pays-là les deux terres que le roi d^Espagne lui donna il y a quelques années et sur lesquelles est sa grandesse. Il ira de là à Madrid, où il compte de faire peu de séjour et d'être de retour en France à la fin de novembre. Sa santé n'est point bonne; il a de petits accès de fièvre assez souvent.
Jeudi 25, à Versailles. — Le roi se promena le matin à Petit-Bourg et y dîna. Il en partit avant trois heures pour venir ici, où il a trouvé le Dauphin en parfaite santé et qui devient tous les jours plus joli et plus aimable. — On croit présentement que le roi enverra à Rome et qu'on assemblera un concile national. Il n'y a plus d'espérance que le cardinal de Noailles accepte la Constitution. Le cardinal de Polignac avoit proposé au roi de l'aller voir encore pour faire une nouvelle tentative ; le roi lui répondit qu'il pouvoit faire tout ce qu'il lui plairoit làdessus, « mais pour moi [ lui dit-il], je n'ai plus rien à en attendre et mon parti est pris là-dessus. » Les cardinaux de Rohan et de Polignac ne se voyoient plus, et même le cardinal de Polignac ne lui avoit point fait ni fait faire de compliment sur sa duché ; on travaille à les raccommoder, et le raccommodement sera aisé à faire présentement.
Vendredi 26, à Versailles. — Le roi dlna'de bonne heure