‹ Journal du marquis de DageneauChapitre 12 sur 21 · OCTOBRE IT14. J · texte numérisé non relu

OCTOBRE IT14. J

et alla se promener à Harly, où il a trouvé son nouveau parc achevé ; il en revint à six heures, et au retour il y eut grande musique chez madame de Maintenon. — Le maréchal de Villeroy est présentement dans l'appartement qu'avoit M. de Beauvilliers, et le roi a donné le sien à M. le duc deMortemart, et comme cet appartement est grand, madame de Beauvilliers y pourra loger quand elle voudra venir à la cour, — Le bailli de la Vieuville , ambassadeur de Malte , mourut le soir à Paris; il avoit été taillé jeudi matin, etn'a vécu que trente heures]après sa taille, — Le comte de Peire , un des trois lieutenants généraux de Languedoc, n'est point mort comme on l'avoit dit il y a quelques jours ; plusieurs gens avoient demandé sa charge, M. delaVrillière, secrétaire d'État delà province, en a reçu des lettres, et il se porte mieux.

Samedi 27, à Versailles. — Le roi tint le conseil de finances, alla tirer l'après-dinée, et le soir travailla avec M. le chancelier chez madame de Maintenon. — C'est aujourd'hui que les ratifications du traité conclu à Bade doiventëtre échangées. En attendant que tout ce qui est compris dans ce traité soit exécuté, le roi, pour faire plaisir à M, de Lorraine, veut bien que ses troupes sortent de Nancy, et il lui a fait mander par M, de Vaudemont qu'il pourroit y aller passer la Saint-Léopold, qui est sa fête et qui est le 15 de novembre , qu'il l'assuroit que le 12 il n'y auroit pas un soldat françois dans Nancy. M. de Lorraine faitb&tir unemaison magnifique à la Malgrange, qui n'en est qu'à un quart de lieue. Madame la duchesse de Lorraine est grosse, et se fait un grand plaisir de pouvoir aller faire ses couches à Nancy.

Dimanche 28, à Versailles. — Le roi, le matin à son ordinaire, tint le conseil d'État et le tint encore l'après-dlnée, n'ayant pas pu finir le matin toutes les affaires qu'il y avoit. Le soir il travailla avec M. Pelletier chez madame de Maintenon, où U y eut ensuite grande musique. — L'électeur de Cologne est arrivé à Paris; il a un peu de

srA JOURNAL Dfc DAt^dfeAU.

goutte, et t'eà fee qui l^empèëhe de Vfetlil' fftit le rdi. tl tiendrA tel le voir dès ^'il ^ûrtà Marcher; ^ Le côttl^ mandeur du Frestlo^ vint lcl> et ât^t^ôrtà Ml rtjl tiïiê lettre du grand m&ltre de Halte, qili prié À. il. dé ^i^mettre A tous leis ôhevàliers de Malte ({ili toUt daUè lé royaume de éb rëhdre à Malte lé 1"" dé iûm pbbhàih. TbUs les cheValiét«$ «but bitéd> hoî^iâ ceux i|Ui ii*oiil pas encore dix-huît ë.iis, et si i^elqù'un d'èui dësobëisddit ati gratid tnaltrè , il perdroit âoU i^ang dans Tbrdre et sej^ eommanderies, s'il en aVôit.

Lundi 29, à V^nailles.—he roi, airatitqllé d'èdle^ à la messe, fit entrer M. Amelot dahs son cabinet j il lui avoit mandé hier de lui venir parler Ce matin. Il lui dit qu'il Tavoit choisi pour l'envoyer à Rome sUr des attaitiss de la Constitution; il partira dtos quinze jburS des (JU'il aura ses instructions *. -^ Le roi tint le cohSëil d'Ëtat ^pt^s la messe, dina dé bonne heure et alla courre lécfetf à Miii*ly ; au retour de la chàisse il travailla avec M. de PontchalStrain chez madame de MalUtehon. Le roi né veUt ^iU§ que tous ceux qui ont le juàtaucorps dé la chdâse dé sdh équipage se croient en droit de venil» aux éhasëës ; le nombre en étoit fort augmenté, et cela né faisoit qù*ëmbat'rasser le roi à ses éhasses. Il le permettra à ceux qtt'll voudra chdisir> mais leur habit de chasse Ue leui" '&btà plus un droit comme ils l'avoient eispéré,

* On voùloit uu concile national pour recevoir la Constitution d'une Manière ûiiifôntiè ; ce tlit pbtif éiigàger lé pâpé â y consentir qù'Âiheloi M envoyé à Aôtne. C*étoit (;ë qu'on avoit de Uieilleiir pbiir les hégociatlons , où il avoit passé une partie de sa vie^ ^ Suh»e^ à Yi^isé , à Madrid, à Lisbonne, et toujours parfaitem^t réussi. C'étoit un homme extrêmement sage et plein de probité. Il étoit conseiller d'État.

Mardi 30^ û VersùillBt. -^ Le roi tint le conseil de fl-^ hànces> travailla ensuite avec M. Desmaretz ; l'aptès-dlnée il s'enferma avec lé P. le Tellier, ce qu'il fait toujours la veille des jours qu'il doit communier. — Il y avoit eu beaucoup de froideur entre le cardinal de Rohan et

NOVEMBRE t7l/|. 371

le cafdinAlde Polignac; ils ne se vbyoieût plus^ et même ne se ptuioieiit pas en publie; on les a raccomihodés. I/abbé de Vaùbrim a eu beaucoup de part à leur réconciliation> knais les écrits y étoient très-bien disposés de part et d'autre^ et ce n'étoiënt que de faux rapports qui les ayoient brouillée. Le cardinal de Polignab dineitt demain chez le caràinal de Rohan, où se trouvera Tévêque de Meauz (1) avec ^ui le cardinal de Polignac se raccommodera, aussi <

Merertdi 31> à Vermill^. — Le roi fit ses dévotions , toucha beaucoup de malades; Faprèis-dlnée il entendit vèpreb en bas parce qu'il y avoit un évoque qui of ficioit. Au retour de vêpres s'enferma avec le P. le Tellier, où il fit la distribution des bénéfices vacants, -r- Le roi d'Angktetré envoie Cadogan ambassadeur en HoUaùde en laplÂbedu comte de Strafford^ et Ton met en place toutes les créatures du duc de Marlborough ; on en ôte tous les tories. On avoit proposé même de mettre à la tour Tévêque de Londres , parce que c'étoit lui qu'on croyoit qui aVoit le plus travaillé à la paix^ mais la proposition n'a pas été exécutée. Tous les tories se retirent à la campagne chez eux en attendant quelques changements; le nombre des mécontents est fort grande et tous ceschangemehts ont été fort subits.

Jeudi 1*' novembrey jour de la Toussaint^ à Versailles. — Le roi assista à toutes les dévotions de la journée. Ce fut Pabbé Prévôt qui prêcha; celui qui doit prêcher TAvent prêche toujours le jour de la Toussaint. Après les vêpres, le roi s'enferma encore avec le P. le Tellier jusqu'au salut. Après la Toussaint , les saints commencent à cinq heures^ et à Pâques ils ne commencent qu'à six. — Il se présenta hier au souper tant de dames pour Marly qu'en comptant les princesses et les dames qui les servent, cela

(1) Henri de Tliiard de Bissy.

moûtoit à soixante et douze , ainsi il y en aura beaucoup de celles qui se sont présentées qu'on n'y pourra pas mener, et aujourd'hui il y a cent quatre-vingts hommes qui ont demandé. Le roi n'en pourra pas mener la moitiji ; et comme il aime à faire plaisir, il cherche un endroit à Harly où il puisse encore faire des logements ; cela est fort difficile parce qu'on est fort pressé par le terrain^

Vendredi 2, à Marly, — Le roi tint le matin le conseil d'État à YersaiUeSy et vint ici aussitôt après son dîner* Madame est demeurée pour quelques jours à Versailles, parce qu'elle est fort enrhumée. Madame la duchesse d'Orléans ne viendra point de tout ce voyage ; elle de* meure à Versailles, étant fort avant dans sa grossesse et ayant eu la fièvre depuis quelques jours. Il y a de dames nouvelles ici : la princesse de Soubise, qui vient d'être mariée ; la duchesse de Tallard, et madame de Pons, dame d'honneur de madame la Duchesse la jeune. On n'y a point mené madame de Montauban , madame de Roquelaure , la maréchale d'Estrées , la marquise de la VaUière, qui avoient accoutumé d'y venir quand elles se présentoient, et beaucoup d'autres dames de celles qui y viennent rarement et qui n'y sont jamais venues. — Le comte de Lusace avoit bien envie que le roi le convi&t de venir demain faire la Saint-Hubert; il soupa hier chez moi, et me dit qu'il n'osoit le demander au roi. Le roi Ta su, et lui a envoyé aujourd'hui un de ses écuyers pour lui offrir des chevaux et le conduire demain à la chasse avec ses principaux officiers.

Samedi Séjour de Saint-Hubert, à Marly. — Le roi, après lamesse, monta dans sa calèche, et alla courre le cerf dans son parc qui est présentement fort grand ; il est augmenté de plus de la moitié. La chasse fut fort belle et assez courte. Le roi revint dîner ici avant deux heures* Le comte de Lusace étoit à la chasse et le roi lui fîtbeaùcoup d'honnêtetés; il étoit venu jusqu'à la grille au-devant du roi, et le reconduisit jusque-là après la chasse, et puis

retourna à Paris. Le soir le roi travailla avec M. le chan* celier chez madame de Maintenon. M. de Torcy entra dans le cabinet du roi après son souper et lui apporta la nouvelle de l'échange des ratifications faites à Bade. Le pays qu'on rend aux deux électeurs de Cologne et de Bavière et les places que le roi rend à l'empereur seront évacuées un mois après la signature des ratifications , et rélecteur de Bavière viendra ici aux premiers jours de Compiègne^ et l'électeur de Cologne dès que la goutte lui permettra pour prendre congé du roi et retourner dans leurs États. Au retour de la chasse le roi fit une petite loterie chez madame de Maintenon pour les dames qui ont accoutumé d'y être.

Dimanche i, à Marly. — Le roi tint le conseil d'État et alla tirer l'après-dlnée ; le soir il travailla avec M. Pelletier chez madame de Maintenon. — Le roi envoie M. de Saint-Olon , un de ses gentilshommes ordinaires, à Marseille pour y recevoir un ambassadeur de Perse que le sophi envoie au roi^ ambassade qu'on n'est point accoutumé de voir ; c'est la grande réputation du roi dans les pays même les plus éloignés qui attire cette ambassade^. — Le roi a fait écrire au grand maître de Malte pour le prier de nommer le bailli de Mesmes ambassadeur en cette cour; ilavoit déjà été un de ceux qu'on avoit proposés quand le bailli de la Vieuville fut choisi pour cet emploi. — Le roi envoie son portrait garni de quatre gros diamants à la reine d'Espagne^ avec beaucoup d'autres bijoux; le présent est estimé 100,000 francs. On saura demain celui que le roi a choisi pour lui porter ce présent avant qu'elle ait achevé de traverser le royaume.

* Cette ambassade fût toujours fort équivoque, et même quelque chose de plus. Ce qu'on crut en démêler de mieux , fut qu'un ministre d'une des provinces de Perse, comme qui diroit ici un intendant de Languedoc, avoit envoyé ce prétendu ambassadeur pour des affaires de négoce entre des marchands^ et que pour se faire défrayer il contrefit l'ambassadeur de Perse ; que Pontchartrain , dont cette ambassade

374 JOUHIIAL 0£ DJ^JiGKAU.

regardoit le département, ne voulut paa dévoi)er la ^eqpapnejrî^ ppur amuser le roi et lui faire sa cour en l^i laissant crojir^ que le sophi lui envoyoit un ambassadeur , et en effet le roi, qui baîlloit beaùfïotip, y prit si bien qu'il parut par toute sa conduite à cet égard qnll en eroyoit sa gloire fort rehaussée. Peu d'autres que lui en forent les dupes, et Tambassadeur lui-même, homme bas, indolent, avec opla extravagant de plus et d'une avarice sordi^^ , soutint fprt ff|a| }f caractère dont il prétendoitêtrc revêtu. Les suites découvrirent encore plus à plein la fourberie , mais le roi étoit mort et Pontchartrain diftssé de sa place.

Lundi 5, à Marly. — Le roi^ après la mes^, monta en calèche pour aller courre le cerf. La chasse fut fqrt Iqngue ; il étoit près de six heures quand le roi revint , qui |ie ^ trouva point incommodé ni de la fatigue, ni d^ avoir ^té si longtemps sans manger. Il travailla le soir fi^yec M. de Pontchartrain che? madame de Maintenon. Madame^ qui se porte beaucoup mieux de son rhume arriva le soir> de Versailles. — Le duc de Saint-Aignan est celui que )e roi a choisi pour porter à la reii^e d'Ëspagn^ les présents qu'il lui faits , et, en cas que cette pripcesse lui propose de la suivre jusqu'à Madrid^ il a permission de le faire. Le roi envoie aussi le marquis de Béthune , gendre 4^ H. DesmaretZ; reporter au roi d'Espagne laToison qu'avoit monseigneur le duc de Berry; il étoit son preinief* gentilhomme de la chambre et en service quand il mourut.

Mardi 6, à Marly. — Le roi tint le conseil de finances^ travailla ensuite avec H. Desmaretz; il a^a tirer Taprès- 41née et travailla le soir avec M. le chancelier chez~ madame de Haintenon. — On apprend enûn^ par des nouvelles dont on ne sauroit quasi plus douter^ que 1^ roi de Suède est parti de Demir-Toca pour retourner dans ses États; il passe parla Transylvanie, où on le croit déjàarrivé. L'empereur est à Presbourg, où il a fait couronner reine de Hongrie l'impératrice ; cela se ^t le 18 avec beaucoup *de magnificence. L'empereur voudroit que les États de ce royaume voulussent bien déclarer les filles capables de succéder nia couronne, mais on doute qu'ils y con-

seiptf^flt. L^ 4^8^^ matin \^ élurpat \^ çQV^\e Nicpl^ P^lû palatin vice-roi du royaume , à la place du prince E§teriifij^y ; les Ét^t^ le p^rq^ep^èrent ^ l'eiftpe^reur, 4 qui il prêta §er^«?}t. Hfi^^ jou^:§ ejgpès, ^p comte Iljfadasti f^\ nommé ^4îe^ y q^^ e^^ la ^ecqnd^ dignité 4u royaume^ et c'est celle qu'ayfj^^ le comte ^alfi avaqt que d'être élu

Mercredi •{, q -Jfcfr/jf. 77- |^ rqi ^ip^ te conseil d'État, dipa chez î|jî^f[ame ^e l|aintenp^i; Faprès-dlpée il fit planter beaucoup jie grfifAds ar^if e§^ p^ le soir il y eut gK^nde musique p^ez îna^s^me 4P Maîi^tenoBi. — Qu mande d'Espagne que Ip u^sjrq^i^ç de Villaro^lj, gui çqiR^-: mandoit les r^voltég j^ai^^ IJarqglflpe et gp^ y a été bJes§é 4afl^eyeu3efflent^ p'a pq^pt é^ envoyé à A^içan^p e^yeç les afitrqsj ppsonnîers^ pu li^i a don^^é §a çaaispn pour, prison, avef? proipeHge par ^.cr^^ de v^'e^ point softi^. Le maréchal 4e Perw^ck a e^iyqy^ ^ ^ajqrque Âdfipcour, q^e-uiajpf de Son armée pour tâcher de persuade^, au gouverneur de

Mahon leur fait pçp^rer que VAflÇî^*^F^ \'^^^ <lpun,e^»2^ des secours. -r:(^s ordres §pnt epvpyés da^iç^e ypyauïue pourpub]4erla paix, n^s^is on n'a pas ençpre chp,is^ç joi^r pour faire cha^n^ç le Je Dmm,

Jeudi 8, à Marly. — Le roi, apr^s ^a. mes$e, alla voii;» planter de forts grands arbçes ; il fi^lls^ tirjer rapr^§-dln^e> et le soir il y eut petite ^usiqu^ chez paadau^e de Maiii^tenon. — On publia la peip^ \ ]?açis et à Versailles. On évî^cuera les place^^ à la fin ^u mois après quçi pi;i ti;»^yaiUera à finir la réforiçie. ^es directeurs e^ les inspecteurs ne sont pas encore partis pour çels^, mais ils partiront incessamment. — Tous l^s présents que le roi fait à la reine d'Espagne sont prêts, et le^uç de Saiijit-Aiguao partira au plus tard lundi pouç les lui porter. — O^a reçi^ des confirmations du départ du roi de Suède; on croit méfne être sûr de sop arrivée en Traasylyauie. On compte

toujours qu'il viendra aux Deux-Ponts^ où le roi Stanislas l'attend.

Vendredi 9, â Marly. — Le roi, en sortant delà messe> se mit à table^ et à midi monta dans sa calèche pour all^ courre le cerf ; il en revint de bonne heure, *mais il ûè resortitpoint. Lareine d'Angleterre vint ici à cinq heures; le roi fut assez longtemps avec elle chez madame de Maintenons et quand elle fut sortie la grande musique commença. — Le roi d'Angleterre a fait douze nouveaux pairs et quatre chevaliers de la J6u*retière. La princesse deGalles^ sa belle-fille^ est arrivée à Londres^ où on lui a fait une entrée magnifique. Ce roi et le prince son fils vont souvent dîner et souper chez des particuliers. — Le cardinal de Rohan alla à Paris dimanche pour travailler^ avecHH. les commissaires de la dernière assemblée du clergé, à l'instruction qu'on doit donner à M. Amelot; il espéroit pouvoir avoir fini dans cette semaine, mais il y a encore à travailler.

Samedi 10, à Marly. — Le roi, qui ne tient point de conseil de finances les samedis, alla après la messe se promener dans ses jardins; il fait faire encore une nouvelle fontaine dans le bosquet d'Agrippirie qui est dér^rière les pavillons, du côté de la chapelle. L'après-dtnée il alla tirer, et le soir, chez madame de Maintenon, il travailla avec M. le chancelier. — Il arriva un courrier du prince Eugène au maréchal de Villars ; on croit que c'est pour prier le roi, de la part de l'empereur, de ne point entrer dans le traité de la Barrière, qui est ce qui se négocie présentement à Anvers. Il y a déjà eu plusieurs assemblées du comte de Konigsegg, ambassadeur de l'empereur, et les députés de MM. les États Généraux, mais il ne parolt pas que Taflfaire s'avance fort.

Dimanche il, à Marly, — Le roi tint le conseil d^État, dîna chez madame de Haintenon, et le soir il y eut musique chez elle après qu'il eût travaillé avec M. Pelletier. L'électeur de Cologne vint ici àtroisheureispl vitle

JVOVEMBRE 1714. 277

roi dans son cabinet^ demeura un quart d'heure avec lui^ et parut fort content en sortant. Il est venu ici avec un grand équipage et une livrée magnifique. Il compte de partir de Paris avant la fin du mois pour aller droit dans le pays de Liège, où il veut arriver avant que les ministres de Tempereur en sortent. Il y a déjà quelques jours qu'il est à Paris, mais la goutte Favoit empêché de venir voir le roi. — L'électeur de Bavière est revenu deCompiègne; il est revenu dans sa maison de Saint-Cloud, et il viendra voir le roi jeudi. On ne sait point encore quand il partira pour retourner dans ses États.

lundi 12, à Marly. — Le roi prit médecine, et après son dîner travailla avec M. de Pontchartrain. — L'archevêque d'Embrun est mort; il avoit quatre-vingts ans passés. Il étoit de la maison de GenUs, et la maréchale d'Harcourt étoit sa plus proche héritière et paroissoit être fort bien avec lui ; cependant il ne lui a rien laissé que dix francs, parce qu'il faut laisser quelque chose à ses héritiers naturels. Il avoit beaucoup d'argent; il donne beaucoup à des établissements de charité qu'il avoit faits, et il donne 50,000 écus à M. de Genlis, gendre de M. de Puysieux, qui porte son nom, mais qui étoit parent plus éloigné. — M. le Grand, qui s'est trouvé fort goutteux et fort incommodé à Marly, fut obligé de retourner à Versailles il y a quelques jours. Le roi a donné son logement à monseigneur Févêque deHeaux, et le logement qu'avoit mademoiselle d'Armagnac, sa fille, et qui s'en estallée avec lui, a été donné à la marquise de Lévis, quin'étoit pas au commencement du voyage parce qu'elle avoit fait une fausse couche.

Mardi 13, à Marly. — Le roi tint le conseil de finances et travailla ensuite avec M, Desmaretz. L'après-dlnée il se promena dans ses jardins, et le soir chez madame de Maintenon, travailla avec H. le chancelier. — La reine dlilspagne ne passera point à Bayonne, où elle devoit voir la reine douairière sa tante ; elle ira droit à Pau, où cette

JOURNAL Dfe DANGEAU.

reine la viendra voir. Elle doit atriver à Pau à la fiii du mois; — On mande de Madrid que le duc de Bëtwick y ar^ rivîi lé 28 du mbis passé, et eii devoit partir le l pour revenir eh France. Les afJRiires du cardinal del biudice Hé sotit point encore accômtnodées; et on espère pourtâiitfiue raccommodement se fera bientôt. Le iliaréchalde Berwick logeraàMadrid chez M. Orty, qui'éstallé au-dëvaritiiélui; plusieurs grands y sôiit allés aussi. Tout est tranquille présentement en Catalogne, et on a ihis les trotlpes qiii ont servi au siège de Barcelone en quartier d'hiter dans cette province.

Mercredi \ï, à Marly, — Le roi tint Ife conseil d'État, dîna chez madame de Malhtenoll, alla tinsf l'après-dlnée et le s#irily eut gr<jinde musique chez miidamë de Mlaiiitenôn. — Dans] le consfeil qui fut tenu Ib ihaiin, on pl-oposa plusieurs personnes de distinction pour les athHassades de Vienne, de Madrid et de Londres, On croit qbe le comte du Luc a été choisi pour Tambassade dé Vîénile, mais on craint qiie sa mauvaise santé ne Tobligë ft iié paâ accepter cet emploi. Le roi nomma M. de Pompadour * pour l'ambassade d'Espagne, et ordonna à M; de Torcy de lui dire an sortir du conseil qu'il l'avoit choisi pour cette ambassade, et qu'il lui rendit réponse demain au soit i'\l acceptoit cet emploi; et comme M. de Torcy alloit à PaJris ce jour-là, le roi lui ordonna aussi devoir M. d'Alégre et de lui dire que le roi Tavoit choisi pour Tainbassade d'Angleterre, et qu'il lui rendit réponse aussi dâbsVingt-qtiatre heures s'il acceptoit cet emploi.

* Pompadour s'étoit dévoué à madame des UrsinS pdéir tâcher àe faire fortune , et ne souhaitoit rien plus que Famliassadè à*£!^gne pour se mêler, et beaucoup plus pour être grand d*Espa^. Le ror qui méditoit ce qui éclata^ bientôt après î çt qui ne vouloitpas tout à fait effaroucher madame dés Ursins, aéjà bien en peine du chàùigenlent qu'elle selitoit de sa position en notre couir, fut Wen aîse ie. idoinjilàëi' uU ambassadeur qui lui fût aussi agréable , en faveur duquel eHb ttavailloit depuis longtemps. Sa chute , qui ne tarda pas ^ fit avorter itm^

i*dVÈSiBftft IHi, 2r*

taneés différentefe. . /

Jetttfî 15/ à «f^t^. ~ Le M 8é fcil ft ttWë en sortant de là itiësse et pmiî A bhze héiibes et demie p6\XT éW^i èOttrré le bërf ; Mddàme la diiéhéssë de Berry étoit à la chassé ft clîëVal ; léis mMèfcins ont dit au foi qvcé cela contribUteroit àlatsàtitédtd cette princesse^ qui Avoit les jambes «Hfléèë ptâ^ çkë point feit*ë d'ext^ice; quoique madame la dui^tetee de BelE^y àe soit poini hot^s de sa première é,klnëê de deuil, lé roi et Mi^dame ottt consenti qu'elle taontàt à cheval pour la chasse: L'électeur de Bavière vint à cette chasse^ etaprèli la chasse le roi le méfaa promener dans ses jardins. Au retour de là promenade le roi entra cfaéî^ madamo de lÉàihtenon, où il y eut petite musiquev L'âeetetir joua dans le salon au lanisquenet^ et apt^s le jeu allft'éouper cheEH.d'Antin^ oùon jouaencoreàprès souper^ ^<^t)n chaoïta à I^ris le Te Dewn pour là paix avec Temp^- ^ur et Tempirev Le roi fit donner une calèche 4 madame de Pompadour pour la chasse du jour^ où elle mena madame de CbùrcHlon^ madame d'Oàsy et mademoiëâleVl'Auihale.

Véiidredi i%, n Hwrlg. •— Le roi se promena lé matih dâhs^ei^ jardins où il fait beaucoup planter; il alla tirer Taprès-dlnée^ et le soir il y eut griaâdé musique diez ma^ dmne de Mainten'on. M. de Pompadoub, après le diner du roi, entra danslè cabinet avec M. de Torcy, et remercia le roi dfe riionneur qu'il lui avoit fait de le choisir pbur soiï iomlÉLSsadeûr en Espagne. Le marquis d'AIègre a accepté •aussi l'ambassade d'Angleterre. Ils auront chacun ^•^OOft francs pisur mois et 16>000 francs potir leurs équipages; on cbmpte qu'ils partiront au commencement de mars. Ils sei^bnt payés de léul*s appointements du jour qu'ils ont été nommés, et on leur payera encore quelques moisî d'avance afin qu'ils soient plus en état de faire leurs équin pages. — M. de Chiverny et M. de Saint-Frémont, qui n^étoîent point du commencement du voyage, ont en des logements ici qUiisie sent trouvés vaca)|4s.

Samedi 17, à Marly. — Le roi dîna de bonne heure, -et alla courre le cerf avec les chiens de H. le duc du Maine ; madame la duchesse de Berry étoità cheval à la chasse. Le roi travailla le soir avec H. le chancelier chez madame de Maintenon. — M. le cardinal d'Estrées se trouva assez mal à Paris pour inquiéter sa famille et ses amis qui sont en grand nombre, car c^est un homme très-aimé et très* aimable; il a quatre-vingt-sixans. — Le marquis de Monté* léon, ambassadeur d'Espagne en Angleterre, est amvé à Londres. Le marquis d^Alègre^que le roi a nommé à cette ambassade, l'a acceptée ; il y mènera madame sa femme et madame de Rupelmonde sa fille. Tout parolt assez tranquille en ce pays-là. Leduc de Marlborough y est en plus grand crédit que jamais, cependant il a beaucoup d'ennemis^ et parmi eux les plus considérables sont le duc d' Argyle et Peterborough, à qui il a envoyé demander la démission de son régiment,et Peterborough n'a point voulu obéir à ses ordres et a porté sa démission au roi directement.

Dimanche 18, à Marly. — Le roi tint le conseil d'État, dîna chez madame de Maintenon ; Taprès-dlnée il tint encore le conseil d'État. Le soir il travailla avec M. Pelletier chez madame de Maintenon, où il y eut ensuite grande musique. — On a des nouvelles sûres du départ du. roi de Suède, mais on ne sait point encore s'il est arrivé en Transylvanie. L'empereur lui a fait faire beaucoup d*hon* nétetés et auroit souhaité que ce roi, en lui écrivant, lui donnât la qualité de roi d'Espagne. Le roi de Suède a répondu à celui qui lui en a parlé, qu'il n^écriroit point à l'empereur de peur de lui déplaire en ne lui donnant pas ce titre, et de peur aussi que s'il lui donnoit on ne l'accusât de l'avoir donné par le besoin qu'il a de l'empereur en passant sur ses Etats, et que quand il seroit dans son pays il verroit ce qu'il y auroit de plus juste à faire sur cela. L'empereur n'a pointété mécontent de cette réponse et l'a fait assurer qu'il nerecevroit que de bonsiraitenents

NOVEMBRE i7i4. 381

partout OÙ il passeroit; et quUl y seroit traité selon sa qualité.

Lundi 19 y à Marly, — Le roi dîna au sortir delà messe -et alla courre le cerf ^ et le soir ^ chez madame de Maintenons il travailla avec M. de Pontchartrain. — Le roi a taxé les régiments d'infanterie, qui se vendoient si cher qu il y avoit peu de gens de qualité qui les pussent acheter. Les six vieux corps sont taxés à 75^000 francs, les petits vieux à 55,000 francs^ et comme le régiment du roi est du nombre des six petits vieux et que le roi ne veut pas que ce régiment-là se puisse vendre, on a mis le régiment Royal, qui est le plus ancien après les petits vieux , au nombre des six qui se vendront 55,000 francs. Les régiments, suivant ces douze premiers jusqu^à ceux qui furent faits enl68&, et qu'on appelle les régiments de Luxembourg , sont taxés à 40,000 francs; ces régiments-là sont appelés Luxembourg parce que c'est cette année-là que nous primes Luxembourg. On a mis tous les autres régiments qu'on conserve à 30,000 francs, à commencer par celui de Guyenne. On n'a point taxé les régiments des princes comme Orléans, Chartres, Bourbon, parce que se sont les princes qui, avec l'agrément du roi, en disposent.

Mardi 20, à Marly. — Le roi tint le conseil de finances et travailla ensuite avec M. Desmaretz; Faprèsdlnée il alla tirer, et le soir, chez madame de Mainte non , il travailla avec M. le chancelier. — M. Févèque de Soissons mourut àParis le matin après une longue maladie^. Il étoit un des commissaires du clergé sur la Constitution, et un de ceux qui y avoit le plus travaillé, et on s'en louoit fort. Il étoit frère du marquis de Puysieux, chevalier de l'Ordre, de la maison de Brulart, dont étoit aussi Farchevéque d'Embrun, mort depuis un mois. L'évèque de Soissons étoit de l'Académie françoise, et, des quarante qui la composent^ il en est mort cinq depuis environ un an. — La reine de Pologne, qui est àBlois, n'en partira pour venir ici qae quand tous ses équipages seront arrivés. Le mar-

282 JOURNAL DE DA«iGEAU.

quis de Béthûne, sôû neveii, qu'elle dVoit eiivojré au rbi pendant qu'il étoit à Fontainebleau et qu'il lui dvbU porté de sa part beaucoup de présenta btirietix^ a éll ^rirlis^iôn dé vfetiit ici {^rendre cbhgé du roi > tet S'en r^tbilMè â Blois auprès d'elle .

* Ce BrUlârt , frèrt de Puyfeietit, chevalier de l'Ordre, et de Sillery, longtemps écuyer de M. le prince de Conty, étoit un homme; pétri d'orgueil et d'ambition. Il fut longtemps évêque d'Avranehes,,où il étoit outré de se voir, comme disoit M. de Noyon , unëvéque du second ordre et recule de tous moyenâ de Se foiire vdldlr. k. kùist, èi célèbre par sdn rare savoir, et qui àvoit été sobi-tiréceptteuir tJe MàAâeigneùr, étôit évêque dé Sôissons et ne faisoit cs& que de ses livref ; M. d'Avranches lui proposa de troquer d'évéché et lui montra du retour. Huet y consentit , et l'autre crut avoir fait sa fortune de s'être rapproché de Paris , des terres de ka fàiniUe , et dé rëglisé de Reinis dont en qualité de suffragant il muguetidlt la trjiyiatioii. Pdur^ ârHvièlr il se donna â la coUr et aux Jésuites , leur éabrifia ïé& meiilèars iiVires et le repos des communautés de soii nouveau diocèse ; mais la rage le surmonta quand il vit ses espérances frustrées après s'être vanté tout haut et. avoir publiquement compté succédera l'archevêché de Reimâ. Il fut assez vain pour en montrer sa douleur 5 Mailly qui y fui lirânesfér'é d'Ârlés, pour &e la cacher à peirsbniie^ et en triênÀe tehd^^sâek bas pour ne s'en attacher pas tttoitis de plUs en plus à la cbur et aux jésuites. Il leur bduilloit du lait; ils le méprisèrent et trouvèrent eQ lui ce qu'ils cherchent avec le plus d'empressement, un valet à tout faire par Tespoir d'une récompense qui n'arriva janiais , parce giie râvrdité est telle qu'on n'osé se fâcher de rieii de peUr dte pétÉhre les selrvfébss pïissés. Ë'étoît \m homme qui avoit beaucou[t^'éipHt, inats lin esprit désagréable par un air de transcendance^ de mépris des autres, da préférence de soi, de domination , de pédanterie dans ce qu'il sffvpit; de ces hommes ^fin qui ont le don de déplaire et d'aliéner sitôt qu'on les aperçoit , et à qui , sur jqùoi qu'ils disent , oh a ëhvfe dé dire qtiis non. Il joignoît l'arrogance des la Rochefoucauld dont étoît sia hiètk à la fatuité àei fils de mhiistreâ en place , quoft}Oe sôb père bé ifût qSt le fils d'un ministre chassé. Il sepiquoit d'^pîit, de science , de beaU monde ; enfin il étoit de TAcadémie françoise. La Constitution lui parut propre à faire une grande fortune ; il se livra à tout , et eut la douleur de n'y être pas des premiers. Les réflexions de fortune 'e\. de son àvébglement à son égard lui ouvrirent celles de iôn àVedglenieht pour elle'; de là les ireniords, de là la maladie, de là les regrets, de là les gémisse'ments,les hurlements et les horreurs^ui le firent enfermer j^raa

SOVEMbAÉ i714. 2êS

tirehiblante famille, ^i n*oàâ lâis^r i^riiitélr ks repéntins qu'il profeàsôit tout haut. Il ne voulut voir aucun de ceut de la séduction commune, protesta Hans cesse contre la Constitution et d'avoir agi en sa faveur contre ses lumières et sa conscience , et mourut ainsi dans les frayeurs , dans Itô angoisses publiques dans sa chambre,. et dans tes éclats de repentît fet de terreur dë^ juigeméntis àè fiied; Quelque sotîi que se faniillè ^rtt 'de cabhér.iinë fin si pâlrlante, on n'en ^ut venir si bieti à bout que la bho^ ne dévînt bientôt fiubliqùe, mais on niit bon ordre que le roi n'en sût riea, et ayec cela tout fut gagné. Ce déplo- , rabie évéque fut la première victime de la Constitution, qui s'en immola bien d'autres.

Mercredi 21 , à Marly. — Le roi tint le bonseil id'État , ainachez inadâme dé Maintenoh, et fit beaucoup planter Faprës-dlhéé. Le soîï, chez madame de Màiniënon, il y eut grande musique. — Le maréchal de Éerwick arriva ici et fiit recudu roi â merveille. Le roi lui dit tiu'il l'entretiendroit après 'demain, et qu'il vouloit qu'il allât se reposer à Sâint-berniaiii, él qii'il ne vint point ici demain, il à depuis longtemps la permission d'y venir tous les jours et ii'y niahqué janiâis. Dès qu'il eut pi'is Barcelone , il nous manda qu'il arrivéroit ici lé 2 i novembi'é; il n'a dèiàiéùré que sept jours â Madrid , a vu le roi souvent et la princesse dés Ursihs, et n'a voulu entendre parler d'aucunè affaire, de petir que les Espagnols ne crussent qu'il voiiloit s'en mêler. Le roi d'Espagne lui a fait un petii présent d'amitié, qui eèt uije ëpée de diaraantsjqui venoit du Dauphin son frère (l) eii lui disant : « il vous aimoit et vous éstiîhoit tant que je crois que vous receviez avec plaisir ce qui vient de lui. »

Jfeùdî22y â Marly. — Lé. roi dlnà de bonne heui'è et alla cbùrré le cerJF. Madame là duchesse de Berry étoil à lâchasse achevai; le grand froid l'en iit revenir de bonne heure avec ijh grand mal de côlé. L'électeur de Bavière éioît àia cliàssé. — M. Àmelol vîiit ici, et né partira pour

\\) Le dab (té Boui^ogne.

384 JOURNAL DE JDANGEAU.

Rome que quand le roi sera de retour à Versailles ; il n'est pa& encore bien rétabli d'une colique néphrétique qu'il a eue. Il travailla Faprès-dlnée chez M. le chancelier^ où étoient M. le cardinal de Rohan et M. Févèque de Heaux; le travail qu'ils ont fait pour son instruction est achevé* — Madame la comtesse de Vienne mourut à Paris d'une apoplexie violente. Elle avoit fait des visites tout le matin et étoit à l'hôtel de Soissons quand son mal commença ; on lui fit toutes sortes de remèdes et des plus violents, qui furent tous inutiles, et elle mourut dans l'hôtel de Soissons sur les sept heures du soir.

Vendredi 23 , à Marly. — Le roi travailla avec le P. leTelIier, et puis donna une longue audience aumaréchai de Berwick ; après dîner il fit un tour dans ses jardins. Le soir il y eut grande musique chez madame de Ifaintenon. — Le chevalier de Tressemanes, qui, ces dernières campagnes, a fait la charge de major général dans l'armée du maréchal de Villars, vint ici prendre congé du roi pour s'en aller à Malte, où le roi lui a permis de mener des ingénieurs et des mineurs. Le roi lui a parlé fort obligeamment pour lui et pour le grand maître, le chargeant de rassurer qu'il ne négligera rien de ce qui sera de l'intérêt de la religion, mais ne croyant point que les Turcs songent à assiéger Malte. Le roi lui a donné une augmentation de 8,000 francs de pension ; il en avoit déjà 6,000, ainsi il en a présentement Ib^OOO.

Samedi 26. , à Marly. — Le roi dina en sortant de la messe, et alla courre le cerf avec les chiens de M. le duc du Maine ; madame la duchesse de Berry étoit à cheval à lâchasse, quoiqu'elle eût été incommodée à celle de jeudi. Le roi travailla le soir avec M. le chancelier chez madame de Maintenon. Le marquis d'Alègre vint ici remercier le roi de ce qu'il Tavoit nommé à l'ambassade d'Angleterre, et le roi lui a donné ici un logement pour le reste du voyage. Il y en avoit de vacants parce que la mort de madame la comtesse de Vienne a obligé M. et madame de

la Yieuville de s^en aller à Paris. — M. le prince deCkmty «ut ici avant-hier la fièvre assez violemment pour effrayer madame sa mère qui vint hier matin de Paris^ et qui remmena avec elle ; on â appris ce matin qu'il avoit eu un grand redoublement hier en arrivant. Les médecins assurent que ce n^est pas une maladie de venin.

Dimanche^5y àMarly. — Leroitint leconsetld^État^ dîna chez madame de Maintenons ne sortit point de tout le jour, Taprès-dlnée travailla chezlni avec M. Pelletier, et le soir, musique chez madame de Main tenon. — M. de Montbazan eut permission de venir ici remercier le roi d'une pension de 10,000 francs qu'il lui a donnée. H. deMontbazon, par la taxe des régiments, perdoit près de 40,000 francs , car le régiment de Picardie qu'il a encore lui a coûté 114>,000 francs. — Madame la marquise de Senneterre mourut à Paris. Elle étoit de la maison de Longueval et avoit été fille d'honneur de la reine et fort jolie , mais toujours en bonne réputation. Elle n'avoit qu'une fille, qui étoit madame de Florensac , morte il y a quelques années, qui n'a laissé qu'un garçon et une fille qui héri^ teront par sa mort plus de 400,000 francs.

Lundi 26, à Marly. — Le roi dîna en sortant de la messe et alla courre le cerl L'électeur de Bavière étoit à la chasse ; au retour, il joua dans le salon , soupa chez M. d'Ântin où on joua encore après souper. Il retourné toujours coucher à Saint4]lloud quand il est ici; on ne dit point encore quand il partira pour retourner dans ses États, et il paroit que Télecteur palatin fait quelques difficultés de rendre le Haut Palatinat. — Le roi a nommé le comte de Saumery , fils aîné du marquis de Saumery pour son envoyé auprès de Félecteur de Bavière quand il sera dans ses États. — On eut nouvelle de la mort du prince de Brésil, qui n'avoit que trois ans. La reine sa mère est nièce du roi à la mode de Bretagne; c'est le petit prince dont elle vient d'accoucher et dont l'abbé de Momay a été parrain, ad nom duroi; qui devientprince de Brésil.

tr^ailla eïi^ujte ayep ï(. Qe^iQa):^^^ ^llt^ ^iç^p Taprè^-: liée et traya^l^ le $oir avpc If. le cbappeUef ç]iez qf^- 4ame de Ifaintenop. — (^ fp^rgif jse 4e Geçyi^^s^ gu^ s'étoit retiré^ de chcu^ ^ girau^'piè^e à son ioçu ppf^f ^ mettre aux Ursulipes qfp ayq^coit ei) ordre de M. ]p cardinal de Noailles de la rççeypir, a dpnAé à çetfe |!mi])f»nce, un désistement ep bonn§ foT^\fi 4^ pi^pP^ <{^'^^P ^YQi^ intenté contre son marj y pt TacçQmipod^mpQt f^ fait ^ à condition qu'elle demeurera d{(ns une ms^ison paiticulièl^ avec son mari, où elle aura up appartçmept séparé ; qxx^çfjfk lui entretiendra trois ifemmes , trois laqi^a;^ et un carrosse ; qvi'on |ui donnera S^QQQ francs pour ^es Ifabi^ et ses menus plaisirs ; qu'on ne la pourra i][)ener ^ |a çaq|pagpe qup quand son mari y çera. Cet aççpifimpd^n^Qqt s'est f^it sans auci^ne partioipatioi} de s§ fafnj}}e.

JlfercrediaS, àMarly. — pd poi tjnt |<q conseil 4'État^ ^a chez pfiadame de Haintei^on^ se promensj. ].'^prè^-(^^e et fit planter ; le soir il y eut ç^apde musique cjiez mj^^^ff^e de Mafotenon. M. le difc d^Or|éans se trouva mal ^ur les cinq heures, et une demi-heure après il s'évanouit dans sa chambre. On eut peine à 1q frainer jiisqia'à sa fenêtre pour Jui faire pren4r^ Tair j \] revipt un peu , Tairlui fit du bien^ et quapdla coQpojpçaQce fut tout à fait revenue il ne se spuvepoit pas jJjb spn accident. On ^p fit saigpergurljBS huit heures^ e|;on Iq saignera encpfedepiain matin, parce que tout son m^ vient d'avoir trop de sang. — M. de Villesavin-Chavigiiy, qui avoit sojjhaité Tannée passée d'être ambj^adeur auprès ^u roi de Suède quand il reviendrpit , a été obligé dp s'en excuser pette année parce que sa santé est devenue fort mauvaise.

Jeudi 29, à Marly. — Le roi dîna en sortant delà mesçe et alla courre le cerf. Madame la duchosse de Berry est présentement à toutes les chasses du cerf à cheval; Madame y est toujours en calèche, et sa calèche suit celle du roi immédiatement. La calèche du capitaine des gardes

pc^ent^me^l; prpjBq^^ ^ujp^rs ^ chcy^ à cas ch^^Sr l4'électeur de Sayj^p^ y yinti joiia ep^uitp dan$ l^ s^loif ^ alla ^ov^pPF pbpz M. id^^ntin, fit pui^ relx^upu^ à Saintp|oi|d. M. Ifl 4SP 4'Q4éW? Viut çi-i^ |eyer du roi à son oTfiii^air^; spf^ q^pf^d^nt p'^ppii^^ pu de $uUe. 11 retourna à Versailles pq)ir ra^sqçef madan^^ la ducj^es^^ d'Orléans, et on }e saigna eifcop^ le soir pour plus grande sûreté. TT M. Ifalet fu|; choisi pp|M* remp^r la place de TAcadéjjfÙQ françpise, vacante par }a mort de Tp^ireil , et M. de Bercy a eu, à l'Académie des inscription^, la pl^ce gu'avoit Téyi&qpe ^e Spissons.

Vendredi 3P> à JUfarly. — Lp tq\ se promena le matin et nU^^tirep Vaprèjjrdinée. Le §oii! il y eut grande musique ç^pz madame de Maintenoi^ . — L'électeur de CologQp a f^it ppeftdrjB pos^pssion de Liège par Tabbé de Poitiers, qui e§t son chancelier à Liège. Le plénipotentiaire de l'en^perpur qui est le baron de Wels et qui comn^andpit efl ce pays-là^ l'en a mis en pqssession et s'est; retiré avec les troupes d)e l'empereur qui y étoient. — Le roi a eu nouvelle s^re que le roi de Sqède étoit arriyé àPresbourg, n'ayant que doi^ja hommes avec lui ; il a laissé toute sorf escorte en Transylvanie. On croit qu'il ne viendra ppint aifx Dpu^-Ponts comme on l'avoit dit , et qu'il ira (droit à Stralsund. — L'archevêque de Lyon fut gacré aux ' Gpands-^jésuites parle cardinal de Roban, qui ayoitpour a^istants les évèqueç de Noypn et de Limoges, tous deux comtes de Lyon, Toute Ja cour et tout Paris étoient à cette cérémppie, où il y eut un fort grand ordre, et l'église étoit magnifiquement parée.

Samedi V décembre, à Versailles. — Le roi se promena le matin djans ses jardins de Marly; il en partit à quatre heures pour revenir ici. On croit qu'il ne retour- .mera à Marly qu'après Pâques. — Prior, qui étoit icj plénipotentiaire d'Angleterre, est rappelé ; on continue en ce pays-là à ôter tous les emplois aux tories. — On mande

28S JOURNAL DE DAJNGEAU.

de Yienne qu'on a des soupçons que le roi de Suède y a passé incognito sans en avoir même fait avertir son ministre. — Le marquis du Pont du Château, neveu de M. de Canillac des mousquetaires ^ a acheté le régiment de '. •

; il le paye 10^000 écus^ qui est le prix de la

fixation. Ce régiment avoit été à M. de Broglio^ qui Favoit vendu 55,000 francs à M. de Burenlure, qui est à la Bask tille, et qui n'avoit pas achevé de payer M. de Broglio. — Le roi a donné la place de conseiller d'État d'épée^ qui vaquoit depuis longtemps, au comte du Luc^ qui s'en va ambassadeur à Vienne.

Dimanche 2j à Versailles. — Le roi tint le conseil d'État^ alla l'après-dlnée au sermon, et le soir travailla avec M. Pelletier chez madame delfaintenon, où il y eut ensuite musique. H. le comte de Toulouse partit le matin pour Rambouillet , où M. le Duc et mesdames les Duchesses vont ce soir ; elles y mènent cinq ou six dames. U y a beaucoup de cour tisans qui sont de ce voyage qui durera jusqu'à vendredi, et l'électeur de Bavière ira mardi. — M. Amelot vint au lever du roi pour prendre congé; le roi lui donnera demain , après dîner , son audience. On luifait donner 10,000 écus pour son voyage. — Le roi d^spagne va au-devant de la reine sa femme à Guadalaxara^ où se fera le mariage. Il y avoit une vieille erreur en Espagne, que le lieu où le mariage des rois se consommoit étoit exempt de toutes impositions : ainsi on choisissoit d'ordinaire un très-petit village pour cela ; mais le roi d'Espagne, désabusé de cette erreur pour l'avoir fait examiner, a choisi Guadalaxara, où le duc de l'Infantado a un très-beau palais, et Guadalaxara, qui est un gros lieu^ n'en payera pas moins les impositions ordinaires.

Lundi 3 , à Versailles. — Le roi tint le conseil de dépèches, se promena Taprès-dlnée à Trianon, et travailla le soir avec M. dePontchartrain chez madame de Maintenon . — Le roi a donné à M. de Torcy 100,000 francs d'aug-. mentation de brevet de retenue sur la charge de secré-

tairie d'État, il en avoitdéjà 550,000 ; il lui a donné aussi une augmentation de 50,000 francs sur son brevet de retenue sur la charge de chancelier de l'Ordre ; il avoit déjà 250,000 livresde brevet de retenue sur cette charge. — Madame la dnuhessedu Maine, qui est toujours à Sceaux et qui n'en reviendra qu'à la fin du mois, y continue ses divertissements. Elle y joua Alhalie, où tout ce qu'il y a de plus considérable à la cour et à Paris y étoient. Il y a de temps en temps à Sceaux ce qu'on appelle les nuits blanches, qui se passent avec beaucoup de magnificence et beaucoup d'esprit. On ne sait point encore qui adonné la dernière ni celui qui doit la donner mercredi. — Le roi, après son dîner, donna audience dans son cabinet à M. Amelot, qui prit congé de lui et qui partira pour Rome à la fin de lasemaine.

JUardi & , à Versailles. — Le roi tint le conseil de finances, travailla ensuite avec M, Desmaretz, alla tirer l'après-dlnée et le soir travailla avec M. le chancelier chez madame de Maintenon, — Le comte de Bergeyck est venu ici saluer le roi, qui l'a très-bien reçu et qui a môme eu la politesse de lui dire qu'il regardoit comme un malheur pour le roi son petit-fils de ce qu'il ne se mèloit plus de ses affaires. Ce comte se veut retirer tout à fait et a'prisle parti de demeurerl'été dans ses terres en Flandre et de passer les hivers à Valenciennes; il viendra ici de temps en temps faire sa cour au roi. — Le roi a choisi le comte de Croissy pour son ambassadeur auprès du roi de Suède. •— Le roi donne au maréchal de Villars l'appartement qu'avoit monseigneur le duc de Berry ; on y a fait quelques petits changements qui rendront encore cet appartement plus commode. lia sept grandes grandes croisées sur le jardin. — Le comte de Croissy est ancien lieutenant général et frère de M, de Torcy le ministre. — Le roi envoya un gentilhomme ordinaire pour savoir des nouvelles du comte de Lusace, qui s'est blessé en versant rudement en revenant de Sceaux, oi'i il avoit été à la coméd if.

290 JOUflNAL PË DANPEAU.

Mercredi 5, à Versailles. — Le roi tint le conseil 4^^ft9^ dina chez madame de Hainteno^ , et après diner il y joua au brelan avec les dames, fort petit jeu* Il repçs^ ensuite chez lui, ne sortit point de tout le jopr et /eyi]|t chez ell^ le soir, où il y eut grande musique, -rrr On a dm nouvelles fûres de l'arrivée du roi deSuè46 àStrîîlsunLd, le 22 novembre à trois l^eures du matin; il y arriva deguisé et n'ayant que deu?: hommes à s^ suite. Pè^ Icl^detnain il fit la revue de ses troupes , et enyoya \\n offici^ principal à Stockholm pour faire sp.voir ^on heureuse aiv rivée. — L'électeur de Bavière alla hier à Rambouillet comme il Tavoit promis à M. le cpmte de Toulouse, et ^Is en reviendront tous vendredi. — On parle fort du mariage du fils de M. de Goësbriant avec madei^oiselle àe Chàtillon, fille aînée du marquis de Chàtillon , chevalier de l'Ordre, qui n'a point de garçon ; sa cadette >fut mariée il y a quelques mois.

Jeudi 6 , à Versailles. *^ Le roi dina en soriant de lu messe et alla se promener à Marly, d'où il ne revint q^'à la nuit. Il y eut le soir petite musique chez madame àe Haintenon. Madame la duchesse de Berry se trouva ni^ au souper et on Temn^ena chez elle en chaise. Il y eut le matin conseil de ministres chez M. le chancelier: on croit que c'est pour examiner les prétentions des gQUV4Brneurs et des parlements de Provence et de Dauphiné sijr la vallée dcBarcelonnette et sur la principauté d'Oran|^e, pour régler de quel gouvernement et soijs quelparlenient on îugera que cette principauté et cette vallée doivf^t être. — MM. les ducs et pairs ont présenté un mémoire au roi dans lequel ils demandent deux choses : l'une que le premier président en leur demfindant leurs avis les salue , comme il salue les présidents à mortier, et Tautre qu'on ne mette point un conseiller au bout de leur banc*.

" Le roi baissoit et étoit de plus en plus entre les mains de padafne de Mnintenon et do M. du IMaioc. Celui-ci en avoit tiré au deLa des plus

DECRMPRE 1714. 391

hautes ^pérance^ , Alais il falloit conserver après lui ce qu'il enavoit obteau. Il craiguoit les princes du sang a qui en tout il avoit fait égaler les bâtards jusqu'à la succession à la couronne ; il craignoit le parlement qui n'ayoit pu dissimuler son dépit de la viglation de toutes choses po^r leur intérêt , et quoique maître du premier président , ce magistrat étoit trop décrié par son ignorance et trop déshonoré par ses mœurs pour compter tenir le parlement par lui ; il craignoit enfin jusqu'aux ducs et pairs, tant llqjustice et la tyrannie sont timides. Pour armer tout cela Tun contre Fautre , dans la frayeur d'une réunion qui le perdît, il réveilla une querelle de longue main assoupie , et le fit avec une a(i|res$e et une autorité dont les ducs ne purent se défendre, quoiqu'ils en sentissent toute la malignité. On n'en dira que ce qui est absolument nécessaire pour faire entendre de quoi il s'agit ici. On a si souvent vu et lu le parlement abuser du même nom commun avec celui d'Angleterre pour se faire accroire et aux autres que c'est en deux pays la même chose ^ et lutter pour borner ou pour ajouter à l'autorité des rois dont ils se prétendent les tuteurs en minorité , et en majorité les modérateurs, qu'il n'est pas surprenant que, parvenus à ce point, de simples légistes consultants qu'ils étoient , et seulement encore ceux de justice uniquement, ils aient prétendu tant de choses contre les pairs , seuls ayant de droit voix délibérative avec.la haute noblesse appelée par le roi, et seuls assis, tandis que les légistes qu'ils consultoient et qui n'opinoient point, étoient assis par terre à leurs pieds. C'est l'origine de ce qui s'appelle encore les sièges hauts et bas, et de ce qu'aux lits de justice nul magistrat, pas même le chancelier, n'est assis aux hauts sièges. Anciennement les pairs seyoient au parlement sans âge , sans information de vie et mœurs , sans prêter aucun serment , et la &çon dont les princes du sang pairs nés , depuis la juste et sage déclaration d'Henri III, entrent pour la première fois au parlement, est la façoa dont tous les pairs y entroient aussi pour la première fois. Les d^rdres de TÉtat qui, en avilissant la magistrature par la vénalité, lui dpmièrent plus de pouvoir par celui des affaires de toute la noblesse, introduisirent les formes dont on vient de parler et qui en effet a voient une apparence, puisqu'elles étoient dès lors établies pour les officiers de ia couronne , qui , hors la présence du roi et son ordre de le suivre, n'ont pas même séance ni voix au parlement. C'est encore un reste et un monument de la même origine que la manière d'opiner au parlement devant le roi, où les pairs et les officiers de la couronne opinent assis et couverts , se levant et se découvrant un instant avant et après avoir parlé, et s'asseyant et se couvrant sans aucun commandement, tandis que tous les magistrats commencent et finissent d'opiner à genoux , ne se lèvent que par la voix du chancelier qui le leur ordonne de la part du roi , et qui opinent tout du long debout et découverts ,

JOURNAL DE DASGËAU.

le premier président comme les autres; le chanceliermSme prend l'ordre du roi à geuoux, et il a pris les opinions un à un tout bas, lui en rend compte etajout« le «en aussià genoux («il: ]. Malgré un cérémonial si marqué et jamais contesté , les présidents à mortier entreprirent peu à peu d'opiner entre le roi et les pairs, puis entre le roi et les princes du sang, ensuite entre ie roi et les fils de France , finalement entre le feu roi et la reine sa mère. Un tel progrès les encouragea , et les usurpations sur les pairs devinrent innombrables. C'est une matière trop vaste pour Stre traitée ici, quelque curieuse qu'elle soit ; il faut se renfermer dans les bornes les plus étroites qu'il est possible , et ne se livrer à ta curiosité que sur celles dont il s'agit ici. En 1669 un célèbre arrêt contradictoire entre les pairs et MM. du parlement , rendu par le roi, assisté des princes du sang et des ministres et secrétaires d'État , mit fin â cette étrange indécence.etdepuis les pairs, nés et non nés, et les officiers de la couronne ont constamment et sans difficulté opiné entre le roi et tout magistrat; mais il en resta d'autres moindres , et il en naquit tous les jours une infinité depuis. Cela fut aisé à des gens qui ont eu cela un même esprit, un même intérêt, qui tous les jours s'assemblent et qui sont maîtres de leur tripot et de leurs subalternes, contre des seigneurs dissipés, divisés , ignorants , jamais ensemble, toujours surpris, toujours déconcertés, à qui on donne à usure, qu'on paye decomplimcnts ctqu'on rebutede lenteurs, de poids et de mesures, qui pour leur affaires et leurs bien sont dans la dépendance du parlement, et dont pas un n'est en capacité, en volonté et en crédit tout a la fois de rien suivre. Jusques en 1643, les réceptions des pairs se faisoient dans les hauts sièges ; un avocat rapportoit leurs lettres , et un avocat général qui parloit après et cnncluoit, puis le pair prétoît ' serment et montoit à sa place. L'autorité que prit le parlement à la mort de Louis XIU, en se mêlant pour la seconde fois de la régence et en cassant le sage testament de ce prince, dont on eut tout lieu tle se repentir, le mit en état d'entreprendre de plus en plus. M. de Monaco fait duc et pair de Valendnois et chevalier du Saint-Esprit en chassant les Espagnols de chez lui et en y recevant des troupes trançoises en 1643, y étoit demeuré sans en sortir jusqu'après la mort de Louis XIII qu'il vint faire un court voyage à Paris , et voulut se faire recevoir au parlement. Il s'adressa aux subalternes delà compagnie pour cela, | qui , le voyant étranger et entièrement ignorant de ces choses , le con- ' duisirent comme les magistrats dont ils avoient l'ordre , tellement que, sans s'en apercevoir, il fiit reçu aux bas sièges à l'heure et à la maniera des magistrats, un conseiller à huis clos rapportant ses lettres et les conclusions du procureur général ; puis il fit serment , prit séance aux bas sièges , les portes aussitôt ouvertes et la petite audience appelée. Il y avoit tiop de bruit dans l'État pour en faire deeette innovation.

DtCKMBRK 1714. a>)3

qui depuis a fait règle tecite , et nul pair depuis a a été reçu aucrcmiuit. De là , les magistrats ont suivi leur projet de réduire en tout ce qu'ils out pu les pairs & l'état des conseillers , et avec geas tels que les pairs ils u'y ont eu aucune peine. Il y a à la petite audience , et c^est ainsi qu'on appelle celles qui se tiennent aux bas sièges, deux façons d'opiner : l'une qui est l'ordinaire aux hauts sièges où celui qui préside va te bonnet àlaniain,demanderle3avisàuncâté, puis à l'autre ; l'autre façon, est defaireopiner tout haut chacun, sans que personne bouge de sa place, et alors celui qiii préside ne se découvre point en nommant les conseillers, eux ôtanl leur bonnet , et celui du président demeure toujours sur sa tête; en nommant les présidents à mortier il se découvre , au\ princes du sang aussi , mais sans nommer, et ne fait que les regarder les uns après les autres. Question fut dccesser de se décoovriren nommant les pairs; on l'entreprit; ils lesouffrirent, et malgré des moments où cela a pensé être réformé, cela subsiste encore aujourd'hui. Ainsi , à cet é^rd, les pairs sont traités comme les conseillers ; tous conviennent de l'indéconvenue , mais on en jouit et on s'en applaudit , et l'intérêt des princes du sang et des bâtards qui sont salués, tandis que les pairs ne le sont point , assure cette jouissance. De là , autre nouveauté. Lorsqu'on est en place , et qu'un prince du sang arrive , les présidents à mortier et le premier président se lèvent, et réciproquement les princes du sang pour eu\ ; il en étoît de même des pairs , mais les présidents ayant cessé de se lever pour eus , les pairs , chose surprenante , ont cessé aussi de se lever pour les présidents, et a cet égard sont encore comme les conseillers pour qui les présidents ne se lèvent point, et qui aussi ne se lèvent point pour les présidents . et c'est peut-être ce qui a encouragé les pairs à en user de même. A la vérité fils de France et prince du sang en place se lèvent [ tout debout pour un pair qui arrive et il n'est pas douteux que lespairsneselèvent pour eux. De tout cela il résulte d'autres indécences : c'est que les présidents, qui prétendent faire un seul avec le premier président oij celui qui préside , et qui, bien que séants à la gauche du banc et haut et bas du bout des princes du sang et des pairs, ncleur veulent point céder dans la marche; ainsi, quand la séance lève , chacun sort de son côté et à même hauteur, les présidents suivis des conseillers du câté ordinaire du greffier, les princes du sang et les pairs du côté de la cheminée , mais depuis peu d'années on a affecté de tenir cette entrée fermée , de manière que , pour ne pas sortir par la même , celui qui préside fait signe aux. princes du sang qui sortent seuls, et l'on ne voit pas pourquoi les pairs ne les suivent pas i-omme ils faisoient par l'autre sortie. I.e dernier prince du sang en marche , les préwdents à mortier se rasseyent pour montrer par un intervalle qu'ils ne suivent pas les princes du sang , puis ils se lèvent et sortent, pendant quoi les pairs restent assis sans bouger, leur chapeau

294 JOURNAL DE DAWGKAU.

bas et inclinaut la tête aux révérences qu'ils reçoivent des présidants en passant; puis , étant restés encore un moment après la sortie du dernier des conseillers, ils se lèvent et sortent. Gela produit encore la ménie incivilité lorsque la Toumelle est mandée, comme elle l'est toujoott^ à la réception des pairs. On est en séance en bas ; la Toumelle arrive a¥éé les présidents à mortier qui en sont à là têfcé; les priûoes du sang et les présidents qui sont de la grande ebambre se lèvent dès que ceux d6 la Toumelle paroissent au passage et ne se rasseyent qu'en même temps qu'eux , sanft que pendant tout ce temps-là les pairs remuent de leuirs places. Pour aux hauts sièges les princes du sang et les pairs, ou seltls, ou à la suite des princes du sang , entrent en séance et en sortent par la lanterne de la cheminée , de fbont et en même temps que les présidents par celle de la buvette , le premier observalut, entrant ou soitaât, de marcher de façon quMI arrive, ou en place du à la lanterne, en même temps que le premier président. Maïs voici encore une autre invention que les lîls de France essuyèrent aux renonciations] et dont ils furent fort choqués, sans qu'il eii fût aiitre chose. I^s présidents ont si bien fait rembourrer la partie du banc, à la gauche et joignant le coin du roi , sur lequel ils s'asseyent , qu'elle est plds haute de plus d'un pied que le reste du même banc où siègent les conseillers y qui jamais ne s'oseroient avancer sur ce rembourré , quand même il ii*J' auroit qu'un seul président en place , et en laissent tout l'intervalle vide; au contraire , au banc à droite , ils ont fait débourrer joignant le eoin du roi trois ou quatre places , en sorte qu'on ne s'y peut asseoir, et que tout cet. intervalle est vide entre le coin du roi et le prenriw seyant sur ce banc, soit fils de France , soit prince du sang, soit pair, tandis que celui qui préside tombe du coude au coin du roi, que lés présidents ont plus d'un pied d'élévation au-dessus de toute la séance, sans marchepied différent toutefois, et que les bancs des fils de France , princes du sang, pairs et conseillers , sont pareils et de même niveau. On seroit honteux de rapporter ces misères^ si elles ne présentoient en même temps une fécondité d'imaginations qui se fait des distinctions si aisées , et qui deviennent après des réalités pair l'usage et l'opiniâtreté. Avec îlii tapissier à soi on fait toutes ces choses , et tel est le titre dès présidents ; înais il falioit bien donner aussi quelque avantage aux cônseQIers, on^ec^i de ne se lever ni pour les pairs ni pour les princes du sang qui arrivent, parce qu'ils ne se lèvent pas pour les présidents. Or^ voici ce qui s'est introduit avec la subtilité du reste. Le nombre des pairs s'étânt aecHi, tous n'ont pu tenir sur un seul banc, ils ont donc rempli le se6(md en face des présidents aux bas sièges , et quelquefois le troisième aux hauts sièges on redouble un banc le long de celui qui est adossé au thur, et les hauts sièges sont assez larges pour cet ajoutage ; alors un codseUler se met à ta dernière place de chaque bout et se mêle ainsi avec

. il4

DËCEMBRE i7i4. 2^5

léê pairs ; cetà s'ât>pe()e garder le banc , on ne sait contre qui ni j^ourqttoî, mais cela ë$€ de la Sbrte. À la vérité ces conseillers, qui sont toujours les plik sdidéiis « n'ont pas ehdôre entrefiris cle marcher ni d^Opfner parmi leis pairs , i^U diîx pîogrëâ qd*(iii a "^us it y a lieu 'de s'étonner d^une si loii^é résëtve. 11 y à encore mftlé dioses ou ridicules où indécentes et plusieurs même importantes dont on omet les usurpations ; maïs if ^lloit expliquer celles-ci , puisque c'est d'elles dont it s'agit id dans nds Méniôires. M. du Maine avoit été reçu au parlement comme un autre pair^ et s'étoit contenté de les précéder et d'être nommé conime eux , mais salué du botinet ; ensuite il eut le traitemait entier des princes du sang , et comme eux travento le parquet. Or, Void ce que c'est que fraveriser le parquet. Devant le banc qui est en face de celui des présidents en bas , il y a un petit bureau au milieu y un peu plus avancé que ceux des deux bouts du même banc, dont ^lui à l'entrée est pour le greffier et les deux autres pour les papiers des Rapporteurs , et ces bureaux sont petits et aisés à approcher ou recaler. Entrant par le chemin ordinaire de tout ce qui a séance , on rase le bureau du greffier, on longe le banc en face de celui des présidente, et OB prend garde de passer entre le banc et le bureau du milieu ; arrivé mi bout du batnc, on longé Fautre jusqu'à la place où l'on se doit mettre quand nos anciens ne le remplissent pas; ainsi en usent les pairs et les conseillers. Traverser le parquet est entrer aussi par le bureau du greffier, mais aller droit par te milieu de ta place et par le plus court à rendroit du banc oô l'on voit qu'on doit avoir place , et c'est ce que font les présidents à mortier et les princes du sang. M. le Prmce le fiélros est le premier qui le fit pendant la minorité de loUis XIV; c'étôît un droit réservé au seul premier prince du sang ; M, son përe , qtfH suivoit et qu'il n'avoit p6int averti , le sentant sur ses pas , s'arrêta et en se tournant lui dit quil prit TaUCré diemin : « Allez toujours; Itii répondit le jeune prince, et laissez-moi Mrè, qui est-ce qui m'en empêchera? » En effet, ses lauriers et mie minorité lui lais^rent le champ fibre, et depuis cela tous les prince!^ du sang ont traversé le parquet. Les bâtards lè traversèrent aussi lorsqu'ils furent déclarés princes dU sang et capables de succéder à la couronUe , et, comme ils ne le traversent plus depuis qu'il sont perdu cette qualité et cette faculté de succéder, ils ne vont plus au parlement en aucune occasion. Aux hauts sièges , les priàees du sang entrent par le bureau du greffier à Tordinaire aux bas sièges , les traversent et montent aux hauts sièges par le degré qui est aU pied du coin du roi ; les autres viennent des deux côtés par les deux lanternes^ et les princes du sang y viennent de même pour la grande audience et les pairs à leur suite, en même temps que les présidents arrivent de leur côté ; c£ff il n'est question de traverser le parquet ou non ^è lorsque tout est en séance, ou la plus grande partie , et qu'on y ar-

JOURNAL DE DAWGEAU.

rive alors. Il faut mainUiiaDt revenir à ce qui a causé cette ennuyeuse narration. M. du Maine, unlieau matin, étant dans le cabinet du roi à l'issue du lever, lorsque beaucoup de gens y entrent pendant l'ordre, parla à d'Antin de l'indécence du bonnet, puis au duc d'Aumont, après à M. d'Harcourt,leur dit que cela étoit insoutenable et que, si MM. les ducs vouloient se fier à lui , il le leur feroit donner et en faisoit son affaire. Il ne s'a^ssott alors d'aucune dispute ni d'aucune prétention ; tout dormoit avec le parlement à cet égard depuis grand nombre d'années. La surprise de ces messieurs en fut d'autant plus grande que rien n'avoit porté à cette cxinversation , moins encore à une proposition pareille de la part d'un homme qui n'étoit pas ami des rangs de l'Etat ni des règles, et pour qui, par degrés elles avoient toutes été violées jusqu'à la succession a la couronne ; cela fut donc reçu froidement. Le lendemain M. du Maine attaqua encore les mêmes et à la même heure, et avec euï le duc de Tfoaillcs ; il ajouta qu'il en avoit déjà pressenti le roi, qui n'y feroit aucune difQculté dès que le parlement consentiroit ; qu'il se faisoit fort du premier président qui gouvernoit le parlement; qu'enfin il ne comprenoit pas la froideur qu'ils lui témoi^oient sur une affaire k laquelle, depuis qu'elle étoit née, ils avoient toujouiB paru si sensibles ; que pour lui il desiroit l'amitié de MM. les ducs, qu'il la leur vouloit témoigner, qu'il les prioit de le leur dire, de se voir entre eux sur sa proposition , et de lui dire après^ce'qu'ils desireroient de lui. Ce compliment leur parut trop pressant et la chose trop suivie pour pouvoir se dispenser de se voir entre eux. Dès le jour même ils prièrent quelques-uns des- principaux qui se trouvèrent à Versailles de venir chez le duc d'Harcourt, où la chose fut débattue. Persoime ne prit à l'hameçon , escepté M. d'Aumont , et fort légèrement le duo de Noailles. Tous craignirent, Da7iaos et dona ferenteê. On jugea que M. du Maine vouloit engager cette affaire gour commettre les ducs avec le parlement, les mettre aux mains , les humilier, et profiter de la division de gens dont, à la mort du roi qu'on voyoit baisser tous les jours de santé , l'union lui pouvoit être funeste et devenir la ruine de tout ce qu'il avoit édifié. H y eut là-dessus peu de disputes , et Ton convint aisément que cette vue étoit la cause de ces offres si obligeantes, si pressantes et si peu attendues. Mais la conduite h tenir n'étoit pas facile; s'il étoit rude de donner dans un panneau découvert, il n'étoit pas moins dangereux de refuser les empressements de M. du Maine , et c'étoit lui déclarer tacitement, ou qu'on pénétroit son motif, ou qu'on ne vouloit lui rien devoir, parce qu'on avoit résolu de l'attaquer, et l'un et l'autre exposoit en général et en particulier à toutes sortes d'inconvénients dans le degré d'empire sur l'esprit du roi auquel M. du Maine étoit parvenu, qui n'étoit plus qu'un avec madame de Mainte-, non depuis longtemps. Tout cela débattu, il passa quele péril de donner

le donner ^^Ê

occasion à M. du Maiue de faire passer les ducs pour ses ennemis auprès du roi étoit encore plus grand que celui du précipice qu'on voj'oit ouvert; qu'accepter ses offres D'étoit point un parti de choix , mais de Déoessité ; qu'il ne restoit qu'à s'y conduire avec toute la prudence qu'on y pourroit mettre , et puisqu'on ne pouvoit s'en défendre , voir sagement quel parti on en pourroit tirer. La réponse fut donc rendue dans cet esprit. M. du Maine parut ravi, et pressé de se mettre en besogne ; il répondit des princes du sang dont l'âge et la situation ne leur permettroient pas de balancer la volonté du roi , qu'il avoit parfaitement disposé; il conseilla qu'on s'assurât seulement de M. le duc d'Orléans , exhorta d'Antin d'en dire un mol au roi , et assura qu'il verroit incessamment le premier président. On verra dans la suite que les ducs ne se trompèrent pas dans leurs soupçons, et comment à la fin M. du Maine leva le masque et profita de la guerre qu'il mit à ce dessein allumée entre les ducs et le parlement, qui devint funeste aux * uns et aux autres , et qui le fut aussi par contre-coup à l'Ëtat , à qui l'union de ceux qui devinrent ennemis eût paré bien des coups dont il se sentiralongtemps encore. Mais, pour achever ce dont il s'agit ici, le premier président fut tout sucre et toutmiel; il promit des merveilles et à M. du Maine et aux ducs d'Aumont et d'Antin ; ce dernier trouva le roi favorable; il parlaméme à d'Antin le premier, lui dit que, pourvu que la chose se passât de concert, il ne demandoit pas mieux que d'^ter ce scandale, qui, en effet, étoit insoutenable , et qu'il seroit fort aise de &ire ce plaisir aux ducs. M. du Maine voulut qu'ils présentassent un mémoire au roi pour servir de base au jugement; le premier président en fut d'avis aussi ; d'Antin te dressa fort court et fort poli pour le parlement, et l'envoya au premier président, qui n'y trouva rien à reprendre, et le lui renvoya au bout de trois ou quatre jours. D'Antin seul le présenta au roi qui le lut sur-le-champ et le loua beaucoup. M. du Maine l'avoit approuvé aussi , et le roi promit d'en parler et de le remettre au premier président dès qu'il le verroit comme on en étoil convenu,

Vendredi 7, à Marly. — Le roi travailla le matia avec le P. le Tellier , alla tirer l'après-dlnée, et le soir il y eut grande musique chez madame de Maintenon. Madame la Duchesse et toutes les dames sont revenues de Rambouillet avec M, le comte de Toulouse; l'électeur de Bavière s'en est retourné àSaint-Cloud. Il y aeu ce voyage beaucoup de chasses et fort grand jeu. — La reine d'Espag'ne a trouvé à Pau la reine douairière sa tante , qui y étoit venue de Bayonne ; elle alla au-devant d'elle

298 JOURNAL DE DAINGKAU.

le jour qu'elle arriva à Pau ; elle y mena huit carrosses à jsix mul^. Elles descendirent toutes deux en même temps défi que leurs carrosses approchèrent, et puia remoBtèceut toute» deux dans unecalèchéque la reine doitainère swmi amenée et dont elle lui fit présent. Elles soupèrènt le soir eh particulier seules. La reine sa tailieïà conduit jùsqa^à Saini-Jean-Pie.d-de-Port; elle lui a fait beaucoup de présents^ et entre autres une garniture de diamants.

Samedi 8 , à Versailles. — Le roi tint le conseil de finances, et l'après-dlnée il entendit le sermofl et vêpréô, et retourna encore au salut. Le soir il travailla chez madame de Maintenon avec M. le chancelier. — Danger, major de la gendarmerie, fut attaqué d'un mal qui j^qssemble à Tapoplexie^ et tomba sans connoissaiiee daiiâ la chambre du roi ; c'est un homme fort estimé et que Pan plaint fort. — M. le duc de Saint-AignaU a joint la reiiie d'Espagne à Pau, et lui a fait les présents du roi douf îî étoit chargé. Elle mit d'abord à son bras le portrait du roi^ où il y a quatre trè»- beaux dîamafits. Ce due passera jusqu'à Madrid; il en avoit demandé la {)ermîssion aii roi avant que de partir d'ici. — On mande d'Angletèrlre qu'il y a de grandes émotions dans plusieurs villes de ce royaume^ et que bien des gens sont mécontents du fils de leur nouveau roi^ à qui ils ont fait prendre le thre de prince de Galles; mais ils paroissent fort contants de la princesse son épouse, qui est née princesse d*Atispach.

Dimanche 9, à Versailles. — Le roi tint le conseil d'État , alla tirer après son dîner, et travailla x le soir avec M. Pelletier chez madame de Maintetion, où il y eut ensuite musique. — On mande d'Espagne que Taffaire du cardinal del Giudice ne s'accommode point. Il avoit de^ mandé au roi son maître la permission d'aller faire sa coé^ à la nouvelle reine, à son passage à Pau, et l'on n'a pc^int voulu le lui permettre. On commence à croire qu'il ne ^tournera point en Espagne. -^ Le prince Alexttiidre

Df:CË!VlBA£ 1714. 299

Sobieskiest mort à Rome; il n'avoit jamais été marié. Il a encore deux frères , le prince Jacques, son aîné, et le prince Constantin, son cadet; Télectrice de Bavière est sa sœur. Il étoit chevalier de TOrdre, et il y a présentemeat, à ce que je crois, quarante-neuf places vacantes^ dont il y en a trois d'ecclésiastiques.

Lundi 10, à Versailles. — Le roi prit médecine, etapi'ès son diner il travailla avec M. de Pontchartrain jus^u^à sept heures, et puis entra chez madame de Maintenon a son ordinaire. — Le mariage du fils de M. de Goësbriant avec mademoiselle de Chàtillon est entièrement réglé ; il il y avoit eu quelques difficultés que le duc d'Aumont a trouvé le moyen de surmonter, et les deux familles en reçoivent présentement les compliments. — • Le roi a donné au maréchal d'Hux elles le logement qu^ avoit le maréchal de Villats, à qui le roi vient de donner le logement de feu inonséigneur le duc de Berry. — On parle fort du mariage du fils de M. de Florensac avec la fille aînée de M. de Villacerf ; ils sont assez proches parents par les deux mères ; madame de Florensac étoit Senneterre, et iiiddaioae de Villacerf est de la même maison.

Mardi H , à Versailles. — Le roi tint le conseil de finances, travailla ensuite avec M, Desmaretz; après son dîner il travailla chez lui avec M. le chancelier jusqu'à cinq heures, et puis vint chez madame de Maintenon ;, où il joua au brelan avec les dames. — Van Hole*, grand audiencier, mourut subitement à sa maison à Issy ; il faisoit beaucoup de dépenses et étoit fort répandu dans le monde par le grand jeu qu'il jouoit. — Bontemps, premier valet de chambré du roi, achète la charge de capitaine des Tuileries de M. Catelan ; il lui. en donne 10,000 écus, et lui laisse sa vie durant les appointements de la charge, qui ne sont que de 1,000 francs, et une maison, qui y est attachée et qu'on loue 2,000 francs. Le roi crée une charge de lieutenant des chasses de la capitainerie de Gteneile, dont Bontemps est capitaine , et le

300 JOURNAL DE DANGËAD.

roi lui donne à vendre cette nouvelle charge pour payer les 10^000 écus qu'il donne à Catelan.

* Van Hole, ou, comme on Fa francisé, Vanolles, étoit un Hollandoîs, qui fit sa fortune dans les partis , et qui devint trésorier de la marine. G'étoit un homme de plaisir, de jeu , de bonne chère et de fêtes « qui s'y ruina. La banqueroute, à ce que Ton prétendit , lui fit peur, et sa mort vraie ou supposée le délivra de cet opprobre et de ses suites ; les uns ont dit qu'il se tua, et les autres qu'il s'enfuit et qu'on enterra en sa place une bûche. Cela fut étouffé principalement parle crédit du prince et du cardinal de Rohan, à qui il s'étoit fort attaché et qui ne l'avoient que trop poussé dans le grand monde ; ils protégèrent son fils, tout jeune alors , qui s'est depuis un peu remplumé par un mariage , s'est fait maître des requêtes , et qui a acquis de la réputation et de Tes* time dans les intendances où il sert encore très-bien.

Mercredi 12, à Versailles, — Le roi tint le conseil d^État^ dîna chez madame de Maintenon ; après le diner il tint encore le conseil d'État , et le soir il y eut grande musique chez madame de Maintenon. — Madame la comtesse de Brionne * mourut à Paris après une longue maladie ; elle n'étoit point revenue à la cour depuis la mort du comte de Brionne son mari. Elle n^a laissé que deux enfants, qui sont le prince de Lambesc et mademoiselle de Brionne^ que M. le Grand va prendre auprès de lui. Le prince de Lambesc a la survivance du gouvernement d'Anjou. — La réforme de la cavalerie est achevée; on garde trente escadrons moins qu'à la dernière réforme , mais les escadrons seront plus forts ; ainsi il y aura la même quantité de cavalerie. On ne garde que les quatorze régiments de dragons qu'on garda à la dernière réforme.

* Il n'y a guère eu de femme plus à plaindre que cette comtesse de Brionne, qui avec un grand bien et de la naissance, mais peu d'esprit et de santé, de la laideur et une grande vertu^ fut toute sa vie indignement traitée de beau-père , de belle-mère et de toute leur maison , et le soufi&ît avec une douceur et ime patience qui ont peu d'exemples. H n'y avoit que son mari qui en usât bien avec elle, mais il étoit lui-même si méprisé et si maltraité dans sa famille que cette ressourcé n'étoit que pour le cœur. Depuis la mort de madame d'Armagnac, elle étoit un peu

Page 1