SOI
moins malheureuse , et depuis qu'elle fut veuve elle vécut dans une grande retraite. Elle étoit héritière et sans aucuns proches parents. Sa mère étoit morte il y avoit bien des années , et son père n'avait guère demeuré ici après l'avoir mariée. H ne put souffrir d'injustes méprb, et s'en retourna en Bretagne, où il mourut. Cette maison d'Ëpinay de Bretagne, qui n'est pas des Samt-Luc, y est ancienne et fort bien alliée, et a possédé de grandes terres.
Jeudi 13, à Versailles. — Le roi dîna en sortant de la messe et alla se promener à Marly, où il fait beaucoup planter. Le soir, chez madame de Maintenon, il y eut petite musique. — Florensac et VUlacerf demandèrent au roi, le matin, l'agrément pour le mariagede leurs enfants. Villacerf donne à sa fille 100,000 écus et lui assure encore 100,000 francs après la mort du père et de la mère, loge et nourrit six ans son gendre et sa fille. M. de Florensac, qui est fort seid chez lui, depuis la mort de madame de Senneterre sa belle-mère, ira loger cbez Villacerf ; la noce se ferajeudi. — Le roi donna, ces jours passés, permission à M. d'Épinoy d'être reçu pair au parlement, quoiqu'il n'ait pas l'âge, et lui a fait expédier les lettres au parlement, nécessaires pour cela. Il sera reçu mardi avec M. le prince de Roban. 11 fait mettre sa duché et pairie sur la terre de Joyeuse; il s'appellera toujours prince d'Épinoy*.
* Depuis l'édit de 1711, les pairs, par un article de cet ëdit, n'étoient plus reçus qu'à vingt-cinq ans. L'aventure de M. de Bouillon, dont le père fait duc et pair mourut incontinent après , sans avoir pu âtrereçuau milieudesguerresciviles, et qui, étant enfant, vit H. Chabot devenir duc de Rohan, être reçu et le précéder, et l'affaire récente de MM. de Saint-Simon et de la Rochefoucauld , furent l'occasion de cette grSce pour assurer le rang d'ancienneté du duc de Melun , qui fut reçu et opina avec voix délibérative , mais avec défense de plus pr«idre sa séance qu'il n'eût vingt-cinq ans. Les Mémoires se trompent ici dans un lait grossier, puisqu'L prit dès lors le nom de duc de Melun, et quitta tout à fait celui de prince d'Epinoy. Ils ne se trompent pas moins quand ils disent qu'il n'opina point le jour de sa réceptioD {I),
(I) Voir nu Itj Jvccmbre suivant.
3Q3 JOUI^M^ m JÇ)A^QgAU.
Vendredi ikfÇi Vermll^s. — Le roi , après la m<»$86^ f^ltra ohex madame la duchesse d' Orléans, à qui les doo^ leurs pour accoucher avoient pris à cinq heures du matin ; cependant elle se porta bien le reste du jour, et on né croit pas qu'elle accouche cette nuit. Le roi,, après être sorti de chez madame la duchesse d'Orléans , travailla avec le P. le Tellier. Il ne sortit point de Taprès-dlnée parce qu'il fit vilain temps ; il joua au brelan avec les dames chez madame de Maintenon jusqu^à six heures^ et puis repassa chez lui jusqu'à sept et retourna chez elle, où il y eut grande musique. — Les chanoinesses de Denain vinrent ici ces jours passés. Madame de Dangeau les présenta au roi, à qui elles contèrent tout ce que leur chapitre avoit souffert dans les dernières campagnes de lagiierré : leur église abattue, où elles ne peuvent plus faire le service. Le roi a eu pitié de leur misère et leur a donné 5,000 francs, et leur a fait encore quelque autre grâce.
Samedi 16, à Versailles. — Le roi tint le conseil de finances , ne sortit point de tout le jour, travailla Taprèsdlttée avec M. le chancelier, et le soir il y eut petite musique chez madame de Maintenon, quoique d'ordinaire il n'y en ait point les samedis. — Greder, colonel suisse^ est mort. On croit que son régiment sera donné à d'Affry ou à Soury; ces deux prétendants sont beaux-frères et fort ajuis. Il y a aussi des gens qui s'imaginent qu'on donnera ce régiment à Basseville , envoyé du roi en quel^ quès cours d'Allemagne, et qui est homme de beaucoup de mérite aussi bien que les deux autres prétendants. — Madame la duchesse d'Orléans eut durant toute la joipniée des douleurs de temps en temps, mais elle pourroit bien n'accoucher encore de quelques jours.
Dimanche 16, à Versailles. -^Le roi, après son lever, donna une longue audience dans son cabinet au premier Résident, et après la messe il tint le conseil d'État à son ordinaire. Après le dîner il entendit le sermon et puis travailla avec M. Pelletier, et le soir, chez madame de Main-
lenon, il y eut grande musique jusqu'à neuf heures. ?|ladame la duchesse d'Orléans eut des douleurs de temps en temps, qui ne l'empêchent point de manger comme à son ordinaire; elle a même joué dans l'intervalle de ses douleurs, — On a des nouvelles du roi de Suède, du comûieucement de ce mois ; il parolt qu'il veut l'aii-e quelque séjour à Straisund. On y attendoit le prince héréditaire de Hesse, et plusieurs autres princes d'Allemagne y étoient déjà venus.
Lundi 17, à Versailles. — Le roi travailla l'après-dlnée avec M, de Pontcharlrain ■ — On a envoyé de Madrid la liste des grands officiers da la maison de la reine : Le marquis de Sainte-Croix a été fait mayordomo mayor ; le marquis de Castanaga cavalierizo mayor; madame la princesse des Ursios camerera mayor. Les dames du palais sont : la duchesse d'Havre , la marquise de Crêvecœur, la princesse de Santo-Buono, la princesse de Itobecque et la princesse de Lanti qui ne vient que d'èlre mariée etqui s'appeloit, étant fiUe, dona Francisca Fernandez de Cordova *. On mande de Madrid que lecomte d'Albert en est parti le V de ce mois, mais qu'il n'arrivera ici qu'après les Rois.
* Ce marquis de Santa-Cruz , câr il D'y a que Daiigeau qui ait fïuucisé son nom , est encore majordome major, de lu même reine,. fgrt bien et en grande considération auprès du roi d'Espogue et d'elle. Il est de la mliison de Benaride^ , et lire sa griuidesse de la maison de Bazan , de ee marquis de Sainte-Croiit, comme l'appellent les Mémoires de ee temps, qui étoit capitaine général de la mer. Catherine de Médicis , qui se voulut illustrer d'un prétendu droit sur lu Portugal après la mort du cardinal • ro i , aida, pour affoiblir l'Espagne, le prieur de Crato, bâtard, etagit pour elle-même. Elle obligeason cousin Strozzi de quitter la charge de colonel général de l'infanterie, et de commander â son très-grand regret une petite flotte, sur laquelle, àl'envi, laQeur delà cour et delà noblesse s'embarqua pour plaireàCathecine. Cette flotte fut battue par Sainte-Croix, en 1583, près l'île Saint-Michel, vçf% les Canaries et coulée à fond. Sainie-Croi\ Rt'^orger StroKzi et toute cette noblesse de sang-froid , qui s'étoit sauïée dans cette île et rendues prisonnière, Jont il fut fait ^miid d'F.spngne de seconde classe par Plii-
lippe il , qui n'en lit jamais aucun de la prenait. Cet Alvare Bazan est célèbre par cette barbarie, et on prétendit qu'elle plut autant à son maitre quesavictoire.il eut uu fils qui en eut un autre, mais qui n'eut qu'une fille , et de DUes en Gllcs cette grandessc passa par les makons de Mendoze et de Pimeutel , puis tomba dans celle de Benaridez. Le marquis de Santa-Cruz , dont il s'agit ici , est fils du (ils de celui qui recueillit cette grandesse par son mariage, qui passera aux enfants de sa sœur et du comte de Parcente, parce qu'il n'a point d'en&nts de la fllle du comte de Launes qui est Alava. 11 eut deux procès presqu'eu même temps , tous deuv parfaitement contradictoires , et qu'il perdit pourtant tous les deux : il fut dèmarié pour impuissance et condamné à nourrir im enfant qu'une fille prétendit avoir eu de lui. C'est un grand homme Jiar&itement bien fait , l'air noble et les manières aussi , débauché et qui en a bien la mine à son air mâle, noir et fourni, des yeux malins et qui, sans être ni louches ni en rien désagréables, regardent de travers et volontiers moqueurs; aussi l'étoit-il et avec causticité, avec beaucoup d'esprit , mais sans bouffonnerie. 11 est fort glorieux , et a l'extérieur grave et fort décent. Il n'aime pas les François, et à l'échange des princesses , c'est-à-dire de l'infante et de la reine d'Espagne , veuve ^ roi don Louis , dont 11 fut chargé <i l'Ile des J-'aisaos , il fut piqué au dernier point, par orgueil, delà modicitédu présent et ne le vouloit point prendre. Il se moqua fort du prince de Roban , chargé par la France du même échange ; il voulut prendre de l'altesse dans l'instrument et donner à Sauta-Cruz de l'excellence ; n'en pouvant venir à bout , il essaya de lui persuader de prendre aussi de l'altesse et y réussit peu ; enfin il se retrancha à ne prendre ni l'un ni l'autre et y échoua. Santa-Cruz voulut prendre de l'excellence , comme le titre des grands d'Espagne , et voulut de même que le prince de Rohan en prit comme lui , parce qu'il étoit duc et pair et qu'il ne connoissoi t rien de plus grand eu France, excepté les princes du sang. La dispute dura deux jours, et il en fallut passer par là. Santa-Cruz a depuis eu la Toison , et l'ordre du Saint- Esprit en 1724, à la recommandation de la reine d'Espagne. Il n'est pas aisé avec de grands biens. Il vivoit retiré dans ses terres , qui sont dans la Bvlanche , où il a un château magnifique à deux lieues d'une maison très-médiocre où il demeuroit , et le rare est qu'il n'a jamais été & ce château. La guerre s'étant portée dans la Manche, il assembla ses vassaux, et de bonne volonté garda un passage qui étoit important, et que les ennemis ne purent emporter après l'avoir attaqué deux fois. Cette action toucha le duc de Berwick, qui commandott l'armée ; il le manda, lui donna du commandement, en écrivit à la cour et l'y mena après la campagne. Cela le fit connoitre à madarne des Ursins. Il continua à servir et à s'avancer avec grande valeur, et au mariage de cette reine, sa naissance, ses actions, son esprit et su dignité per-
DÉCEMBRE i7l4. 805
suadèrent madame desUrsîns de lui domier la première charge de la nouvelle maison. Pour Castanaga [il] n'a rien laissé qui me Tait faitconnottre ; c^étoit apparemment le fils ou le gendre de celui qui a été gou- Temeur des Pays-Bas. Les dames du palais étoient toutes créatures de madame des Ursins. La princesse de Robecque est mademoiselle de Solre dont il a été parlé ci-dessus. La marquise de Grèvecœur étoit fille du pnnce de Santo-Buono Carraccioli , ambassadeur d'Espagne à Venise , fait grand d'Espagne ensuite et conseiller d'État , puis gouverneur du Pérou , où il trouva ime herbe qui le guérit pour toujours de la goutte , sans lui en laisser d'autres suites que Testropiement où elle l'avoit réduit depuis longtemps ; c'étoit un des hommes du monde qui avoit le plus d'esprit, de grâces^ de tour, de noblesse dans les manières, et l'esprit le plus orné , le plus agréable. 11 perdit sa femme au Pérou; c^est apparemment une erreur que son nom parmi les dames du palais , où on n'auroit pas pu mettre une morte. La fille étoit aimable au dernier point , mais elle ne vécut que peu d'années'; son mari étoit Ferreiro , sujet de M. de Savoie; sa mère étoit une bâtarde de Savoie, et le père étoit le prince de Masseran. C'étoit un homme bien fait et qui en avoit fait d'ambitieux et d'heureux usages, plem d'esprit ^ de grâces, d'ambition, à qui rien ne coûtoit et qui prenoit comme naturellement toutes sortes déformes , qui lui valurent la Toison fort jeune et enfin la grandesse. Il fut ensuite capitaine des hallebardiers de la garde et capitaine général d'armée ; en un mot un homme souple , maître de soi, ne faisant pas la plus petite chose sans vue, et l'homme du monde le plus propre dans une cour. La duchesse d'Havre et la princesse de Lanti étoient belles-sœurs. Le prince Lanti étoit fils d'une ^ur de madame des Ursins ; elle trouva un vieil avare et veuf, homme d'esprit et adroit, qui se disoit Cordova et que peu d'autres en avouoient. Il s'appeloit le comte de Priego. Il avoit une fille unique vertueuse et fort bien faite. Madame des Ursins la trouva assez riche pour faire la fortune du prince de Lanti qu'elle avoit attiré et attaché eu Espagne. Le bonhomme se fit tirer l'oreille, et pour conclusion voulut être grand ; c'étoit bien le compte de madame des Ursins pour faire tomber la grandesse au prince de Lanti, fils de sa soeur. Le comte de Priego fut donc grand , et le mariage de sa fille fut fait avec le prince de Lanti,lequel se trouva de beaucoup moms riche qu'on n'avoit cru.La sœur du duc de Lanti avoit épousé le duc d'Havre , qui étoit Croy ; ainsi les deux belles-sœurs furent dames du palais. Cellamare, neveu du cardinal del Giudice, et qui l'accompagna en France, succéda bientôt après à Castanaga dans la charge de grand écuyer de la reine. Il y aura lieu ailleurs de parler de hii.
Mardi 18, à Versailles. — Le roi tint le conseil de
flnanbe^; aiiià chez msld^tiië dé Mathtetibn, bd 11 jSuà àd brelàii l'ajirès-dliiée. M. lé duc d^Oïljéâns Ty yini trouver pour lui dire que madame la duchesse d'Orléaîks accouchoit; le roi passa chez elle, et une heure après qu'il y fut entré fellfe àcc'ôUbha d'une fille ijtti fttt dbabyéé et que niâdàbië de Mrkf fernihèha à t>âris.a6§ le àM. —i& priiicë îcl'e feohah èï le prince d'Epihôy fiii^ém reçus'pâiis au parlement , et firent Tun et l'autre des compliments qui furent fort approuvés , et le premier {^résident y répondit très-bien. La pairie die M: de Rbhaâ iff^t sut là letre de Ftbhtenây, qui s'âjl^èlleta hôhàti-Rbhail, et U pairie de M. d'Épinoy est sur lia, Verre de Joyeuse. H. d*lÉpinoy n'avoit pas l'âge pour être reçu ; le roi lui en a donné la dispense , mais il n'opinera point qu'il n'ait vingt-cinq ans. — Le roi travailla le soir avec Si. te chaiicëlier chez niadà.nl)e de SGàihtenoii;
iSercYedi 19,3 Ve'rsailïes. — Le roi iint le conseil d'État et ne sortit point de tout le jour. Le roi apprit^ à son lever, que M. le cardinal d'Estrées étoit mort à dix heures du soir à Paris sans presque avoir été mîaJadiB; il avoit quâtrfeviûgt-s'ept ans presque àccoinplis. — Le rrii, aj[^rès son lever, signa le contrat de mariage du fils de È. de Goêsiiriant avec mademoiselle de Chàtillon ; la noce se fera dans huit jours chez madame Desmaretz, grand'mère* du marié. — Le roi apprit l'après-dlilëe qtie M. de larûàc êtôit mort le matin à Paris de h. petite vérole; il étdît colonel dû régiihent de Béàrh et ancien brigiadieï. ^^ Le cardinal d'Estrées est regretté universellement ici et dans Paris *. Il vaque par sa mort beaucoup de bénéfices fcôttsldéràbles ; il étoit commandeur de Tordre dti Skiht-fepHt fet doyen 'de l'Abàdémie; c'est moi qtti Viii succède en cette place.
* On ne pèiit passer eh silence ûa îtemiiie tel ijiie îe cardinal îàTEstrées. Il étoit petit-fils de M. d'Kstrées,' chevalier ai §àint-feépn1;, et grand maître de rartillcric avant que cette charge fût office de la couronne pour M. do Rosiiv, piiîsdue deSulVv, qui lui snccedâ îiiimédia-
DÉCËMBKte iHA. m
tfehienl; fila dli Jirerttfèlr WaifMiâl duc d'teslréfe^, par fcôhsëliûëht Jjroptv hëVleti d^ la hà^ Gé\)M\e d'Esti^é^, matt^së d'HéhH IV et i^^ dé tîésair, duc de Veàdôrtife ; fi^rè dû dWé d'EstréfeS, irnort ambassadeur h Kdtilé , et du second ki^héchal d'Estrèéë , vibë-étàfràl; oncle et grtikid- %'àt\e des deux dërbtefi^ dUi^ d'Ëstrél^ ; ôW^ ^ l'éVéqué^Uè dlè Lâëi!-, et oncle aussi du toatiécHalndUC d'Estimes d'ttttjoutti'hUi et Ae a^ Mire Tàbbé d'Estréé!^ , èobatHàbdéiDr dû Saibt-Bs^t , et tA^tt attendant seè bulles de FarehèTéiehê de Gftttibray. et de ses 'sia^ts ttiadame de Ckmirtenvaux et mademôBiétle dé Tourbi^. tl perdit Sa liàèré t^ IB2i', l'année ndènftë qu'il haquit, et Séh j^re eA 1670 ; sa mèVe étMt fille èd M. d^ ^éthuiie-, àmbaSsadélii' à Rotné , &êt« dU premfel* due de Sully, ^t éUè étoit soeur de M. ^ Bélftuné , eheVAlîer d'honneulr dé là renie -, ^ a éiM chi la biblibtfièl^e dû M de tant de pi^déux mànUsicHts , M Ai iftblht» de ObaH^st-, iSe^is dde à b^Vet^ grand^t^ètré ^\n goùtemeur Àè Lohis XV. Gomthë to^t Ma est mihliètont ancien , il à fallu ièMé tcfè6â!6tti*e la pltte ^che femfHe du leardâ^ d'Estré^. C^étoit ee qà\ ^ ]^oùvoit véHtableiheiit dite Un bel es^Ht , mais sans le \^oir éVte ^Wi^ s'en 3!ij[)ierceVoir lui-même , Un esprit aisé et agréable, Une jgrande ^firnditiôh , SoHde, éxaiéte-, ne^e, précisé et sans vouMr jatmis étresàvtàïi , mais Se bloquant librement de eenx qtti , sans l^én-e , le voult)ieui pAndtttiè ; pr^^fond th'é'oloi^én débarrassé dès é)[Hiies et des chicaues dés qUestKéhs et allàUt toujours au Tirai par le plus droit; thomiste et ^t-être que*4ufe cbose de plus ; éloquent avec grâce et toujours éloquent uatUi^lement jusque dans les moihdres discours, avec a^ l'huma du mondé de la meilleure et de la plus agnéable couypa^trîe , et avec qui H y ïivmt toujours à apprendre^ magmftque et ûbWe en tout, Mtt^Mlàmént désintéressé, infiniment capable d'amitié et^ê services, pur felwteéquêtot du coûiïaire avec une entière liberté ; ambitieux pouir aWv^ hi but, tranij^ffe ensufte, toaw impétueux m affaires et y pàyiàUt ^Quelquefois trop ^ supériorité d^esptit ; souvent distrait , ^ des trtfife âoUvétit fort plaisattts et toujours nanérels ; hortirae poli , afifeble, itt&fefetût, quelquefois colère et qu'il tté fefeoit pas bon tâter quel qu'où ftit ; 'grUndt^urtisan , tUaîs toutefois avec dignité , plein d'honneur, de pt^bbrré, de vertu et mâue depiéléqrà fui vînt avecl^gc, car étant plete jèt&è ïl étoit aimable et galatat; il en avoft encore tïOttservé les mattières, ttiaîs avec une grande biéUséance; èftpoittla figure il avoitété très-bien ftit. C'étOît«icoreungr«todhomUie droit et très-bien fait, avectmiteau it ^{rénérable visage lorsqu'il mourut ^ et toujours d'une sauté parfaite et dNiUé grande égalité d'humeur. Il fot évéque-duc de Laon à vingt-cinq iWfis, fet sacré è vîngt-Sèpt. Tôt après îl brilla dafts itee assemblée d^u '^*Bf^ en 16©6, où sa capacité et son talent poin- la négociation lui tirent honneur ; il eft eut beaucoup dans l'aceoftftriodemem de la célét)i^ affaire des quatre év^qires, et à la paix de Olément ÏX, que pirtt à
Dieu qu'on n'eût pos enfin altérée ou plutôt anéantie. Il entra fort dans l'affaire de la préoiûniDu aux lîLs de justice , que les pairs emportèrent sur les présidents à mortier on 1664. 1! étoil tiousin germain du duc de Vendâme, bâtard d'Henri IV. qui, avec ses enfants, avoit toujours eu la plus intime liaison et confiance avec le maréchal d'Estrées, son père, qui continua sur le même pied tant qu'il vécut. Cela donna lieu à M. de Laon d'entrer dans les mariages des deus filles que M. de Kemours laissa de sa femme, lille de César de Vendôme ; et ce fut cet évéque qui les conclut tous deux en 1 6e6 , avec le père du premier roi de Sardaigue, et en leoe avec Alphonse , roi de Portugal. Il en conduisit la princesse à Lisbonne , et en eut la nomination au chapeau ; les malins l'accusèrent de l'avoir eu eu vue uniquement pour le mariage de son neveu, qu'U fil en 1670 avec la fille de M, deLyonne, mmistre et secrétaire d'État des affaires étrangères , et les chansons ne manquèrent pas. Ce chapeau traîna et lui donna force inquiétudes. L'abbé de la Victoire, qui av<Ht beaucoup d'esprit et qui étoit extrêmement du grand monde, étoitfort de sesamis;unsoir qu'il arrivoit fort tard dans une maison oii il étoit attendu , et où il y uvoit fort bonne compagnie , et la plupart en liaison avec le prélat, on lui demanda avec impatience d'où il venoit et qui pouvoit l'avoir retardé si longtemps ; « Hélas, répondit l'abbé d'un ton pitoyable, d'oii je viens? J'ai tout aujourd'hui accompagné le corps du pauvre M. de Laon! — Comment, M. de LaonPsécria tout le monde, M. de Laon est mort! Il se portoit bim hier; cela est pitoyable; dites donc , qu'est-îl arrivé ? — Il est arrivé , répliqua l'abbé toujours sur le même ton, qu'il m'est venu prendre pour faire des visites, que son corps a toujours été avec moi et sou esprit à Home, et que je ne fais que le quitter et fort ennuyé. > Alors la frayeur et la douleur se changea en risée;ilétoitfort sujet à ces distractions. Enfin le chapeau arriva en 1671 ; mais il ne fut déclaré qu'eu 1672. Il fut protecteur de Portugal , et alla à Rome, où son frère étoit ambassadeur , dès le commencaneat de 1H7?, après l'élection d'Innocent XI, Odescalchi. Il revint en France, et fut incontinent après à Munich traiter le mariage de Monseigneur. Il se démit ensuite de son évéché eu faveur de son neveu, et désira beaucoup, tout cardinal qu'il étoit , un brevet de consenation des rang et honneurs d'évêque-duc de Laon; il l'obtint; et, quoique ce filt bien des aimées avant M. d'Aubigny, lorsqu'il passa de Noyou à Kouen, on a dit que celui-ci fut le premier à qui cette grâce fut accordée , parce que, n'étant pas cardinal, elle étoit plus remarquable. Retourné à Borne, il y vécut ELvans avec le duc son frère, qui étoit toujours ambassadeur, partageant les affaires , la dépense, la même table et la même m^son dans l'union la plus par&ite. Ce fut là oti il ept à lutter sur la régale et les libertés de l'Ëglise gallicane , et à déployer une érudition , une forée et des vérités qui déplaisoieiit tort h une cour si attentive â
DÉCEMBRE i7i4. 309
usurper toute domination , si impatiente de règles et d'antiquité, et dominée par un pape dévoué aux ennemis de la France. Ayent perdu son frère en 1687, qui fut pour lui une grande affliction, il se trouva seul chargé de toutes les affaires. Il les traitoit souvent avec don Livio Odescalchi , neveu du pape , fort inepte , sinon à amasser, comme il fit, des biens immenses, et on reprochoit au cardinal qu'on entendoit crier des antichambres qu'il négocioit à coups de poing. Il eut à porter tout le fait de l'étrange et triste ambassade de M. de Lavardin, et à soutenir toutes les fureurs du pape ; il s'en démêla toujours avec grande dignité, conservant toute sa considération personnelle , tandis qu'on se faîsoit un devoir à Rome d'en manquer en tout au roi. Il vit enfin mourir cet étrange pape , à qui l'empereur Léopold dut tant et l'An- ^eterre sa révolution. Alexandre YIII , Ottobon , fut élu en 1689 , et le cardinal d'Estrées revint à la cour après une si longue absence ; mais il fallut bientôt après retourner à Rome pour l'élection d'Innocent XII, Pignatelli, en 1691, le plus digne pape de bien loin qui ait rempli le saint-siége, longtemps avant lui et après lui, et y demeurer deux ans pour finir les affaires du clergé, dont pourtant le cardinal de Janson avoit la principale conduite, et dont le flegme se marioit admirablement bien avec la vivacité , le feu et les traits du cardinal d'Estrées. Ils les finirent en 1692 au gré du roi , qui avoit fort molli sur tout ce qui s'étoit fait à l'assemblée du clergé de 1682 , et qui éprouva depuis que, quand on commence à mollir avec Rome , on est après conduit bien loin ; mais les jésuites, en cela d'accord avec le séminaire de Saint-Sulpice, qui, par M. de Chartres, avoit pris et conservé un grand crédit sur madame de Maintenon , l'emportèrent sur ces deux cardinaux et sur toutes sortes de raisons. En 1700 la mort du pape rappela le nôtre à Rome pour l'élection de Clément XI , Albani , d'où il alla négocier à Venise , puis passa en Espagne. Ce fut dans ces premiers voyages qu'il maria madame des Ursins, qu'il avoit trouvée veuve et errante à Rome , et qu'il lia avec elle cette amitié plus qu'intime qui eut tant de part à le fafa*e choisir pour aller en Espagne. On a vu combien on fut trompé dans ces vues, et comme la dominante princesse se défit des cardinaux d'Estrées et Portocarrèro, ses anciens amis, pour gouverner seule et à son gré. De retour d'Espagne et pourvu de la belle abbaye de Saint-Germam des Prés, le cardinal d'Estrées ne songea plus qu'à ▼ivre avec ses amis et sa famille avec décence et amusement. L'afCadre de la Constitution se traita un moment chez lui ; mais les chefe de ce parti, qui n'avoient pu éviter que le roi ne cédât en ce renvoi à son estime pour le cardinal d'Estrées et à son désir de la paix , s'aperçurent bientôt qu'il savoit trop de théologie et trop aussi d'affaires du monde pour eux , et que celui qui avoit fait la paix de Clément IX dans son premier âge n'étoit pas dans son dernier , et avec l'expérience et l'auto-
310 JOIIHNAL DE DANGEAII.
rite qu'il avoit acquise , Thomme qu'il leur falloit. lU yli^i^Rt 4opc bien^t à bpu^ de roçqpre le$ conférences auxquelles le cardinal 4'^' (rées n'avoit garde de prendre gpût , parce qu'il voyoit trop clairei^ent la droiture et la vérité, d'upe part , le parti , la fascination et la violence ^ de r^utr^r f e fut dans le temps court 4e ces conféreqçes que le P. ]:âllem^^t, un des principaux bqute-feq^^ 46§ jésuites et qui allqj^ écum^r ce qui se passoit à Tabl^aye Sftjnt-Qermain , i^'y tro^iy^nt ui) jpur avec le pf^aréchal d'Ëstrées , tandis que le cardinal travaillqjt , et parlai^t |;oiis 4eMX des matières qui étoiept sur le tapis, le P. Lallpip^pt se mit à vapter Tinquisition et la n^ce^jté de rétablir en France. \a maréchal le laissa dire quelqqe temps , puis , le feu lui montant au visage , il lui répondit vigoureusement sur cette borrible proposition ^ et tmi); par lui dire que , sans le respect de la maison où ij^ se tropvoiept l'un et l'autre, il le feroit jeter par les fenêtres. Ce projet, qui est depuis longtemps le projet favori des jésuites §t de leurs principaux amis, (ioipipe celui qui mettroit le CQjnble à leur puissance deçà et 4elà |es monts , est celui a l'avancement duque) ils p'ont cessé de travailler depuis Ips espérances et les moyens que lepr en a fourni l'affaire de (a Çopstitutjpn , qui a établi upe inqqisition effective, ^^iç )a cpnduite qu'on y tient , et de plus en pjys tpus les jours depuis sa naissance , et c'est un bqn préparatif poup accoutumer le ippnçlr- teqr P. Poptqppip revenu ppui^ l^M^s affaires de la Çlijne ,011 il a étp qp des grandis puvriers , et y re^pumapt eu 1729 , ne put s'empêcher de iJire , en s'einb^qucjpt à Port-Louis pour retpqrnerj que daps poq pp verrait l'ii^quisjtion reçue et établie ep f rapce ou tous les jésuites chassés , ce <jqi (it grapd bruit et vj^t jusqu'à P^ris ; et, en 1732 , le X>. du Halde , qui a fionné les fel^tjqps de jeurs diverses missions sous le titfp de ^attvçn édifiarites et curieuses ^ et depuis une bjstpire et les cartes de V^ fjhjpe, étant: venu voir le duc de ISaint-Simon qp'il avoit ppnpn étant §ecrét§j|re du P. Tellier, lui tint )es mépies prppos que, qqipfsc .an§ auparavant, le p. Lallepaapt avoit jenus aq maréchal d'Estrées, et T^ssijf a qjie fien n'étoit pieillpur ni plus péi^^essaire que d'établjr l'inquisitJQQ en frappe ; Pl^is i ppnifpe pepp proposition fut mal reçue , il n'en ^ p|ps parlé 4.epuis. C'e^]: ainsi gu'ils sondept et qu'ils sèpiepi; sans sp i^^t)^^^^ japfiais jiisqp'f| ce que, la px^e; en majn, ils y paryiennepî Pfjr l'ave^jj^ ment 4q gppYerpement, à qpelqqe prix qup cp spit. fppr reypîjjr a;i (îardipal d'Estrées , il avoit 4p§ distrijctiqps, des dits et des fjaifiç x^^, JiC grand-duc 4? Toscc^pe 4'3ujpip'd'hui , qu| étoit Ip pfippp GastQij , étoit yenu faire un tour ep frappe et voir qjgidaipe sa naère inco^fÎQ ; on étoità Fontainebleau, où chacun se piqupi^ 4^ )e fe§tiner ; lecardioi^l y9ulut apssi lut donner à dîner. Il pria la fleur de la cour pt sa £aini lie pour faire les honneurs d'un repas splendide. Le matin de ce repas> ijm de ses gentilshommes s'avisa de lui demander à son lever qui il avoit
q^voyé am PTOCQ pas^on , pfirce qq'il îie se souyenoit pqipt qu'il y ^ut eijyoyé p^rsoiu^p ; }e car^JD^l ^m\^^ qu'il y avoit csoyoyé , mais , quaod ç^ fut; ^ t)*ou vQT qui , pel» fut iiuppssible , et , en effet , il Favoit oublié. $(i|:-|e-çhan)p \\ y pn^oya , mm ]P priuce fiaston étoif; engagé pour plusjçU)!S jours , çt je pqe souviens que nous ipangeâmes le repas avec force plaisauterjes au cardinal, qui y fut de la plus gaie et de la plus excellente compagnie du monde et qui se divertit le premier de ce ra^e 0|ibli. Le roi le Ir^toit 9vec grande distinction , et, )e voyant un jour h §pu petit couvert, let cbe^chaut à lui parler, il se plaignit à lui de Vii)coii}a)pdit^ dp i^'ayoir plus d^ dppts; « Des dents, Sire, répondit ttanquillpiqent le cardinal, q|)! qui est-ce qui eii a? » {^e bon étoit qu'il ayoit presq^e toutes les siennes, et belles et blanches par devait à 8p]r|^rendre , et que sa bouc^ie epçorp q\â étoit graude , uiais agréable, é|oj^ faite de façpn qu'|l Jes moptroit beaucoup en parlant ; toute l'assis);9pce et Ip roi aussi se poit à lirp. Madame de (lourcillon , beUe-fille ^f l'fiuteur de ces ûfémpires, étoit d'une rare beauté, grande et par- ^temeut \nm faite, Tair fort noble et l'esprit ne lui manquant pas , ip^i^ étoit encpre plu§ dédaigneuse que réservée. Sa beauté qui faisoit gç^^^ })rj|jt, e|; dput ell^ cpp§ervp pncpre dP prépieu^ restes , doena c^jo§ité ai4 cardiiial de 1^ voir ; pu l^ lui ameqa , et il ge mit en pièces ^e pplj^p^s , de IpuaqgfBS et de galanteries sans en pouvoir tirpr un ^0}; à i^ 6n le dépit lui en prit : « Madame, lui dit-il touj: à coup , p'p^t pgr trop prodigupr yps dédains, » et la laissa là. Vérit^blemput II ^ fwt piqqjl, pt il np lui » J9mais pardpmi^. Il ^vpit loup j'hptel de Rj- ^eu, qjii é^\t fqpt prft^ à iaÇlppe-Rpyalp, ^yant qulij pjit Saint-Gervp^ des pré?. H s'ep dégoûta bipRtôt et eu sortit, et qu4pd oji \\\\ j^^Pfpaîfda jjQjirqupi , if rppo^ditqp'ij n^YQÎt pu pupportpK de vpiç tpjij^prf u^ yipux pa|:dipal ; mirpips devant , g|afips derrière , gl^pes de tous fj^tjçs, parjtpHt ce vjpq^ par^inal , sans jama|§ ppuvpir s'emo^cber dP 1^ ypijC, et 4e je voir répété plifsieur^ fpi^ dp §uite de quelque pôté qu'il §§ f9|if |i4^ P^ .Ql^^ r^nP W dp toujours yoif (y yièui^ C9rdin9l l'avpit ^^s^é d; cette jqaqj^oî^ pour se mettrp d^R§ unp ^ptre pu il n'eût plps l'ipappr- Jlipité de i§p Yoir. P^rmi ^^ ^ ST^u^ç^rs dans sa plus proche famille , ifsavoit çp g^'|| étpi):, et y étoit si moflestp qu'il fte ^e cpntçaigppif U^jpt de 4!re qijelquefqiç plaisammi^pt eptrp ses f».mi^ : « ]VÎM- fl'ps- ]l^^ feront ep q4'iU vp^jfl^ppt) P^s le premier dp nou^ qup je con* i^oi^e e^t m P^ge de 1^ ?reine ^.pp^ dp Bretagne; ^'ilç veulent cherplier PI)|S haut ii? n'y trp^yerpnt ripn. » ^.veç cel^ les ji^psalliapces lui dé- ^{fiisoient. Jl se fppqfipit yplontieps de $pn cousin de Cl^prost, quj , dpj^ .qu'il fut pajf , £fllp|t souvent juger^ et pour n'être pas seul menoit Iç duc d'Estfées , et ^oit qu'il y avoit là beaupoup de f'£scalopier, ({ui 4pit le nom 4^ la mère de Cbarost, riche héritière, ^le d'up présidppt à iQQifjer. Il ^pit mej* veillejjx ppcorp avec |^ mafét^alp sa ^lle-
sœur, qui étoit fille de Morin le juif , et qui avec tout son esprit , car elle en avoit infiniment et fort du grand monde , étoit toujours empêtrée avec lui , et remboursoit souvent des plaisanteries dont il ne se pouvoit tenir et qui la démontoient. Et sur Tabbé d'Estrées, il disoit qu'il étoit sorti de Portugal sans y être entré ; c'est qu'ayant été assez longtemps ambassadeur à Lisbonne, il avoit trouvé le moyen, pour épargner, de n'y jamais faire son entrée. Mais où il étoit excellent , c'étoit sur madame des Ursins ; il ne s'en contraignoit point et ne tarissoit point sur elle. Il vivoit partout avec splendeur et avec la cempagniela plus choisie; ses gens d'affaires le pressoient fort, avant son dernier voyage à Rome , de voir ses comptes et d'entrer dans ses af- Cdires ; il y résista tant qu'il put. Vaincu enfin par leur importunité, il y consentit , mais il traîna longtemps à leur donner un jour ; à la fin il y fallut venir, mais ils lui représentèrent que, s'il ne défendoit sa porte sans exception, ce n'étoit pas la peine. Ce point l'embarrassa beaucoup; toutefois il le leur céda encore , mais il leur fit entendre qu'il y avoit peut-être trois ou quatre personnes dans Paris qu'il ne pouvoit refuser s'ils s'avisoient de le venir voir^ comme entre autres le cardinal Ronzi, son confrère et son ancien ami , mais que ce seroit merveille, s'ils venoient justement ce jour-là. Capitulation faite , il leur donna un jour et défendit sa porte suivant la convention. Les voilà donc papiers sur table : le premier mémoire fut du boucher; le cardinal se récria que ce malheureux se ruinoit et que la viande valoit pour le moins vingt sols la livre ; ses gens à se moquer de lui; ainsi de deux ou trois autres articles qui se présentèrent. Au bout d'une demi-heure entre un carrosse dans la cour ; le cardinal se refrogne et ses gens pestent : « Vous verrez, leur dit-il , que ce sera ce cardinal Ronzi qui vient justement le jour qu'on a affaire et qu'on ne peut le refuser; il est vrai que cela est insupportable. » Là-dessus voilà Ronzi qui voyant l'étalage sourit et propose de s'en aller ; Estrées aussi à rire, qui le prend par le manteau et proteste qu'il veut profiter de sa visite, et éconduit ses gens qui faisoient un peu la sourde oreille , mais qui enfin ploient bagages. Dès qu'ils furent sortis, voilà les deux cardinaux à rire à leur aise. Le fait étoit que dès le matin Estrées avoit mandé à Ronzi en cachette , qu'il le prioit au nom de Dieu de le venir voir à quatre heures précises, mais de n'y pas manquer ; qu'il lui diroit pourquoi et ce qui l'empêchoit d'aller chez lui. Ronzi qui le connoissoit, mais qui ne pouvoit imagitier ce qu'il lui vouloit , n'y manqua pas , et se douta du Ml dès qu'il vit la table et les papiers , et l'autre le remercia bien fort de Favoir délivré d'oppression. Elle lui avoit paru si dure qu'onques depuis ses gens ne l'y purent rattraper, et qu'il n'a pas ouï parler de ses affaires depuis. Avec cela il falloit qu'il eût affaire à d'honnêtes gens; car à sa mort il ne parut ni désordre ni dettes , et il étoit un des moins riches
DKCEMBRE I7U. 313
des cardioaux i et néaninoiDS sn table , ses équipages et su suite lui avoient toujours fait grand honneur partout où il étoit. Quaad il fut établi dans ce beau logement des abbés de Saint-Gerniaia , ou il vivoit «D véritable père avec ses moines, lise retiroit les soirs de bonoelieure; et, comme il étoît véritablement profond en tbéologie et en lecture des Pères , et savant en toutes sortes d'histoires , avec une mémoire excellente et fort nette , et beaucoup de facilité à bien parler et à s'énoncer avec éloquence et justesse , il faisoit venir deu\ ou trois religieux, tantôt les uns, tantât los autres, du petit nombre de leurs savants et qui étoient à Paris pour les ouvrages que la congrégation de Saint- Maur a donnés au public, et conversoit avec eux, cherchant moins encore à s'amuser qu'à s'édaircir et à appreudre encore à son âge, et les charraott par la modestie , la gaieté et l'abondance de son entretien , qui leur appreuoit à eux-mêmes beaucoup sur leurs propres études. Comme ces travailleurs n'alloJent jamais à matines , il les retenoit souvent Jusqu'à minuit, et il s'étoit fait par là et à eux des soirées pleines et fort agréables. Il étoit doux, bon , généreux et poli , et conservoil avec cela , mais très-naturellement , un air de grandeur, et une supériorité d'esprit que ses manièresadoucissoient assez pour qu'on lui en sût bon gré et pour qu'il n'en naquit nulle contrainte. Il conserva sa santé et toute sa tête jusqu'au bout de sa vie, et n'eût d'incommodité que les deux ou trois dernières années , qu'une chute qu'il fît le retint plus , souvent chez lui et lui laissa quelque peu de peine à marcher. C'egi ce qui s'appelle vivre et user agréablement et dignement delà vie; car il songea fort à lui longtemps avant de mourir, et fit une mort heureuse et fort chrétienne à plus de quatre-vingt-sept ans.
Jeudi 20, à Versailles. — Le roi dîna en sortant de la messe, et alla se promener à Marly. Le soir il y eut petite musique chez madame de Maintenon. Le comte de Lusace vint ici le matin au lever du roi, qui lui fit beaucoup d'honnêtetés siu' la chute qu'il fit en revenant de Sceaux à Paris. — M. le cardinal d'Estrées avoit fait son testar ment il y a longtemps, et il avoit nommé pour exécuteur testamentaire le cardinal de Noaillea et le premier président de Harlay. M, de Harlay est mort, et ainsi le cardinal de NoaiUes reste seul exécuteur testamentaire. — • Le comte de Bergeyck prit congé du roi, qui lui parla très-obligeamment, et il lui dit qu'il plaignoit fort le roi son petit-fils de ne l'avoii' plus à la tête de si
3U J0Ui^J!f4;i Plj; D^AINQÏAU.
le comte <ie Pj3i*pyck ira flemeufpj: Ipg }iiyers ^ V^^H" oiennes. — Àlbergotti est revânu du «pyagQ q\\'ïi ^ Mi à Florence et dans quelques autres cours dVtalie ; on pi^ tend qu'il avoij; été phargé de quelques conimissions de h B^rt 4u fpi: ,
passa chez madame de Maintenons din^ dQ fort bonn^ heure et alla tirer ; la pluie le fit revenir bientôt apvis. On joua Ip soir chez madame de Main tenon la comédie de Çrm^rfmsjcjfn i\], — \^p rqi f^ dq^né ^d'Affry le régj^
inept m^m v^c^wt B^^ ^^ "^P^ t ^^. ^^Pà^h ^Fi^cg 4h lifiHtenant général. — L'abbé du Ghesne est mprt d^pui^ quelques jours ; il laisse une jolie abbaye vacante en fouraine. ^ — M. le prince de Conty, qui est depuis quelqi^^ç JQurç à Parjç, p§t m]?,^^ assçz pongidér^blemeijt.
oncle de Tabbaye de Saint-ûlau4e en Franpba*£omté l cette abbaye ne valoit pas au cardinal âQ^OQO francs ; on compte que Tabbé d'Estrées en retirera davantaere ; les mpme^ 4.e cettp aj^b^yp fppf ^fi§ BFgpy^? ^P Pfîtîl^ssç.
*awp.<ii 32, à VermUe^' — I^e fpi tif^| le cp^^^çi} ^ f\T nances^ et Taprès-dlnée travailla avec le K. le TjQUiec ; il n'y avoit pas travaillé hier, qui étoit son jour. Le soir il travailla axpp M- 1§ ph^^^cj^lier c\\^^ ^lf^^^^^e 4.e M^ii^te- »on. L'électeur dp Rayièrp yipt jpi ; il ^t ]^ fpi 4apg spfi cabijigt §ur lp§ pipq feqmîeg. U *¥oit tl?é 4€îS foisanf 4*fMf Ip petit papp et m tua beaucoup; il tirp 4 |n^{!^eillQ. Après» êtrp §prti dp chez Ip rqi. il ?ll^ jpupp c^ Wft4i»WP Ip. Duchesse, spupa chez )(. ii'4»tiB pt §.pri«p souppp f^ tQWm JQuejr chpz ipadamp 1^ ppcjj^pjjp. — Lq pi ^l §p-
cpFdé à If. 4'4ubpterre HBP 8T^QQ qw'il lui 4pm»fidoit 4pr puis longltemps^ .qui éj;pit l'^gi^^ment de l» liputpq^Rpp généi?fljp de ^^intopgp çt 4'AogpuïUpispoujî )|. 4plpn^p,
(l)ifar Hauteroche.
s^QP fils; cette cl^firge vaquoit depuis la mort de Bcissac, major des gardes du cqrps, qui^voit un bi^evet de retenue de 2Q,000 écus, et Je rai doppe à M. de Jfpnsac un hrôvet de pareille soipme. Plusieurs gens avoient demandé l'agrément de pette çt^argp s^nii brevet de retenue. — Il y eut ici , chez le in^i'éch^l dp ViUeroy, une assemblée de maréchaux de France, qpi d'ordinaire ne se tient qu-à Paris.
Dmanche 23, à VermlUs. — Le çoi tint le conseil d'État , entendit Je sernaon aprè^ §pn dîner et puis travailla aypc le P. le Tellier, pe qu'il fait touJQuçs la veille d»^ jpurs qu'il 4oit f^ipe ses dévotipns. — Le rpi régla le w^j^in an pon^eil Witdàx^ qu'il y ^voit eqtpe la Pcovencf p\ le paupbiné pour la vallée de p^rcplpun^tte et la principauté d'Orange. L^v^^é^ de Kprpelonnette^Fa dugpiLfy&i^Wpmpn\ et dn ressort 4u P3'rieropnt de Provence, et l^ principauté d'Orange sera du gonvernen^ent et du res^jrt dij pfirleniepl de Dauphiné,— rj^eroi donna bîprle régin*ent ç^e Bé^f n ^ Sionge^^c, anpipn ):)riga4i^P d'ipfan^erie pt q^i i|. déj4 eu 4pnx régiments qni pnt ét^ r^fpî*inés, pt le plqp ancien des poloj^pl§ à pen^plappr, ce qpi fait grand pl^i^ir à tflU3 leç colpnpls réfocfif^é?, qui espèrept p^ cpt exeniplp ^tfîe ypmplacé§ qpptnd ï\ yj^quera des régipiepts.
Ly,ndi 24, é Versa^l^^. rr- l-e rpi fit ^jes dévptipps et iQucbii^ un gFap4 qombre 4p fuajfl^des. J^'apr^^-dinpe il all^ à vêpres pif b^^^ ; l'^pcien évèqup 4e Çopdpna pffipioit. Aif F^|;ppr de véppes le poi s'enferma avpc le B. }e Telliep. On ^.vpit cru que le rpi frfiqit la 4istpihution des béfjéficpsf, njais elle pe se fera qup ^^n^ qpipze joycs q-p PJ.1JS tôt. Il y a pourtant de? app^reppe^ que l'on a donné }'}ibbayp 4p Saint-lGepn^in , mais pela est ipr); secret. Le soir le roi travailla avec M. de Pontcharfrain chez madame de Maintepon. r— ]\ parolt p^f tP^^^ 1®^ nouvelles qu'qp a de Londres qu'f). y a beaupoup 4p mécontents en Angleterre. ï^e pripee de Gallps n'e^t pas agréable ^ux Angjoia, pa^l^ Ja prince§§e 4e Qal}e§, sa femme, s'est
3t6 JOURNAL DÉ DANGEAU.
fort fait aimer de sa nation. On continue à ôter tous les tories , grands et petits ^ de leurs emplois.
Mardi 25, jour de Noël, à Versailles. — Le roi assista à toutes les dévotions de la journée et travailla le soir avec H. lechancelier chez madame de Main tenon. Le roi donne au prédicateur qui prêche Tavent 1,500 francs, et 1,000 écus à celui qui prêche le carême. — On a eu des nouvelles de la reine d'Espagne; elle devoit arriver hier à Guadalaxara, où le roi d'Espagne consommera le mariage dans une maison magnifique du duc de Tlnfantado. La princesse des Ursins doit aller au-devant de la reine jusqu'à Xadraqué, qui est huit lieues en deçà de Guadalaxara. La reine renvoie toutes les femmes et tous les domestiques qu'elle avoit amenés d'Italie. On lui a envoyé de Madrid quatre femmes de chambre qui la serviront; on n'a pas voulu qu'elle en gardât une seule des siennes, ni même son confesseur ni son médecin.
Mercredi 26, à Versailles. — Le roi tint le conseil d'État, dîna chez madame deMaintenon, y joua l'aprèsdlnée avec les dames au brelan, ne sortit point de tout le jour, et il y eut le soir grande musique. — M. de Goésbriant épousa à Paris mademoiselle de Chàtillon , fille aînée du chevalier de TOrdre ; la noce se fit chez Desmaretz, grand-père, du marié. — C'est M. l'évèque de Meaux qui a eu Tabbaye de Saint-Germain ; il le savoit dès lundi au soir, mais il avoit ordre de n'en rien dire, et cela n'est pas encore public. — Le roi fait une réforme dans les régiments d'infanterie Allemands; Alsace avoit quatre bataillons, il n'en aura que trois ; Greder, la Marck et Linck n'auront plus qu'un bataillon chacun. On casse tout à fait le régiment de Reding, qui servoiten Espagne.
Jeudi 27, à Versailles. — Le roi ne sortit point de tout le jour; il joua l'après-dlnée au brelan avec les dames, et après le jeu il alla voir madame la duchesse d'Orléans, qui se porte à merveille de sa couche. Le soir il y eut petite
DÉCEMBRE fïi*. 31T
musique. '■ — Le roi de Suède, qui est toujours à Stralsund, a témoigne une grande joie de ce que le roi a déjà nommé un ambassadeur pour aller auprès de lui, et aussitôt il a nommé le baron Sparre pour son ambassadeur en France, croyant n'en pouvoir envoyer un qui fût plus agréable au roi; il est lieutenant général en France et fort estimé. — Le maréchal de Chamilly est à l'extrémité; il asoisantedix-neuf ans. Il est gouverneur de Strasbourg, eton croit que ce gouvernement sera donné au maréchal d'Huselles, qui rendra les appointements de gouverneur de Brisach, qui ne sont que de 12,000 livres ; Strasbourg en vaut du moins 30,000.
Vendredi 28, « Versailles. — Le roi, après la messe, entra chez madame de Mainteuon, dtna à onze heures et demie et alla tirer. Le soir, grande musique chez madame de Maintenon- M. de Meaux vint au lever du roi, et ftt son remerciment de la grande grâce que le roi lui a faite en lui donnantl'abbaye de Saint-Germain; ainsi l'affaire qu'il iivoit sue dès lundi est publique présentement. Cette abbaye vaut au moins 50,000 livres de rente; presque tout le faubourg Saint-Germain en relève, et il n'y avoit eu jusqu'ici pour abbés que des princes du sang, des enfants des rois ou des cardinaux. 11 y a apparence que M. de Meaux sera bientôt cardinal, ayant la nomination duroi, étant fort bien avec le pape, et l'empereur consentant que le pape le nomme cardinal dans la première promotion (ju'il fera, pourvu que la promotion d'après qui sera pour les couronnes, le roi n'en nomme pas un autre au cardinalat.
Samedi 29, à Versailles. — Le roi tint le conseil de finances, alla tirer l'après-dlnée, travailla le soir avec M. le chanceUer chez madame de Maintenon. — M. d'Avarey, ancien lieutenant général, a été nommé ambassadeur en Suisse en la plac^ du comte du Luc ; ce comte auroit fort souhaité de venir ici avant que d'aller A Vienne, mais il a ordre d'aller droit à Vienne. — On
318 JOURNAL ÔÈ DANGËAU.
mattdë d'tfti^echt que la paix dé rE»|)Aèhe avec Ife Pb?b^] d'ayatice fort ^t qu'il m d'a^t plUd quë d'Ufab somihe d'at^gent assët lUédioisS^ë. TbUte là néf(tMUë de l'infauterie ë^t r%lët3 pi^t^ëiitëtnëut; et tes trou^ëâ qul bhtëtë réformées n'but juâqUë!^ ici Mt aucuiiis dédordi'ëd dont on ait eonnolà^anclB. Il démeui^ëra quelques bataillons en Espagne^ ht lies bolonels dé ees l*égiments-là^ qui sont revenus ici depuis la prise de Barii^elbUe^ but ordre de se rendra à Barcelone dans le 20* dé janvier.
IHmb.nche 30, à Versailleti. — Le roi titit lé coUsèil d^Ëtat avant et après diner; 11 diha chez ihadame de Maintenon, où il travailla le soir avec M. Pelletier, et où il y eut ensuite musique. — Le màhjuis Grilte, ^rand d*Espagne, arriva ici; la reine Ta Mit partir de Patnpeluiië poui* venir remercier le roi des beaux présents qu'il lui a faits. 11 assure que la réiné arrivera le 24 à GUad^- Itatàra, bû le toid'Espagne l'attendra. îl transpiré dej^ûis l'ariiVée du marquis Grillo, qUe la réiué U'éSt pas contente de la princesse des UrsinS à sou égM*d, et qu'elle se plaint du peu de ctonsidération qu'on a eUe pour elle depuis le jour qu'elle est amvéé sur léS telrreè dfe France, et d'une lettre que Orry avoit écrite â M. de Vâtivré à Marseille. Elle attribue tous ses mécontentemeuts et ses Sujets de plaintes à la princesse des Ursins, et, comme cette reine est assez haute, on croit qu'à son arrivée auprès du roi d'Espagne il y pourroit bien avmr des changements en cette cour-là.
Lundi 81 , ô V^sailles. — Le roi Se mit à table aii retour de la messe, et alla courre le cerf dans le parc dte Marly ; aprèis la chasse il revint ici sahs aliter tii au château de Marly ni dans les jardins. Il travailla chez lui À son retour avec M. dé Pontchartrain, tet puis éUtra bhfe madame de Maintenon, où il joua au brelaii avec les dames. — Le roi a nommé plusieurs envoyés pour alltpr en Allemagne et en Italie. — Gergy, frère du curé de Saint'- Sulpice à Paris, et qui étoit envoyé en Florence,
va à Ratisbonne en la même qualité; Danneville qui étoit à Gênes va à Mayenne ; la Paye va à Gênes en la place de Danneville: Fricheman va auprès de l'électeur de Cologne ; Poussin, qui étoit résidant à HàinbbUrg, y demeure avec la qualité d'envoyé ; Rottembourg demeure en la même qualité auprès du roi de Prusse.