‹ Journal du marquis de DageneauChapitre 14 sur 21 · ANNÉE · texte numérisé non relu

ANNÉE

Mardi V janvier , à Versailles. — Le roi, accompagné des chevaliers de l'Ordre, descendit à la chapelle, où il entendit la grande messe; Tabbé d'Estrées officioit. S. M. entendit vêpres en haut Faprès-dlnée, et après vêpres travailla chez lui avec M. le chancelier. Le soir il y eut musique chez madame de Maintenon. Le matin, avant que d'aller à la messe, le roi donna audience au marquis Grillo, envoyé de la reine d'Espagne, qui arriva il y a quatre jours.' — Il y a présentement quarante-neuf places vacantes dans les chevaliers de l'Ordre : quatre ecclésiastiques et quarante-cinq laïques dont on trouvera la liste ci-après suivant le rang de leur réception; et outre ces quarante-neuf places vacantes, on met dans le rang des cinquante etim qui restent, deuxlaïques et un ecclésiastique, dont les preuves ont été admises et qui ne sont pas encore reçus.

Chevaliers commandeurs et officiers de l'ordre du Saint-Esprit, suivant r ordre de leur réception, vivants le 1 ^^ janvier 1 71 5 .

Le roi.

M. Le duc d'Orléans, M. Le due du Maine.

MM. Le comte d'Armagnac, MM. Le duc de Béthune , Le duc de Richelieu, Le marquis de la Salle,

Le duc de Gramont, De Béringhen,

Le maréchal deVilleroy, Le marquis de Dangeau,

MM. Le comte de Grignan, MM. De Châtillon,

De Matignon, Le maréchal d'Huxelles^

Le marquis d'Efflat, Le maréchal de Tessé,

Le comte de Solre , Le marquis d*£stampes.

Le comte de Toulouse.

Le roi d'Espagne.

Le comte de Guiscard.

Le cardioiai 4.e Noailles.

De Vaïni.

GoDstaotln SobiesKi.

L'évfiqyei^ lyjet^. l^ marécli^i de TaUard.

1«* janvier 1705.

jL.>})bé ji^'Estf^, Ii|B w^rquj^ de Fuy&Leux.

2 février.

Le maréchal d'Harcourt, Le maréchal de Château-

Jj& jpaaxéckàl /d'EsUées, Renaud,

Le fo^r/échal de YiU^^, Le maréchal Roz£d,

Le maréchal de Chamilly^ Le maréchal deMontrevel.

8 ^ars.

Le marquis de Bedmar.

t®"^ janvier 1709.

Leduc de Bourbon.

i" janvier n^.

Le prioice de fionty, lyAlbergotti,

Le comte de Médavy, De Goësbriant.

Le comte du Bourg,

te car4fqal 49 Rohfu»*

Ceux doqt les preuves sont admises et qui ne sont pas reçus:

Le dm à^JjmU.

Le di^e de Poj^li

nps.

I^ cardinal de la Tr^moille.

Officiers.

Le marquis de Torcy, chancelier,

Le comte de Pontcbartrain, prévôt maître des cérémonies,

Ghauvelin, grand trésorier,

Pe Lftmpiguon» secrétaire.

Mercredi 2, à Versmlles. — Le rpi fjpt le OQj^sefJi 4'^" tat, dlpa chez o^adame àe li)[a}i^);jBpoii, ^.ll^ raprès-d^pjée se promener à Trjanon, etl.e spir U y jsp); grfl^pde jpusique. ^, de Bouilloii vint ici le fpatii^; ilçe porte pp ppij mieux, rpais il y a lonj^emp^ qu'^ n'ayojj; papu à Ja cpijF; ayant toujours^ été maladjBj l,e ff)! lui a donné un Jjrpyjet de retepue de IQ.O^ÇOQ épq§ sijp Jq gpi^yerijempnj; 4'Afir vergne. Le ducd'AlWpt, spn ^s aîné, s'éjipf ji bi'oiaillé j^vjBp Im, prétjendjant que ^. son gj^rjç ayoit dpFpandë la survivance de ce gquyernemei>t pQjjr le comte d'^vrpux, mais M, de Bojflill.on assure fort qu'il n'y ijLyoi|i.ppint songé. L'éjecteur de jÇayière vint l'appès-dliiée tir^p dans ]p petit parc^ au retoifp de }a chasse joua ch^^ }:padaipe la Duchesse, spupa cfie;p l|î. (J'Apitin où il jpu^ ç^ppès souper. — Mademoiselle de Malause se marie avec^p cpmtp (Je Poitiers de Franche-Comté, hpnipjie de tpès-l^ppne maison et très-grand ^eigppur.

Jeuj^i 3, à fe|^?ai||es. -:- Le foi (jlna ^n sovpj: ,de l^

messe et alla tirer; le soir il y eut petite musique. — Le roi de Suède est toujours à Stralsund, où il a réglé le mariage de la princesse Ulrique-Éléonore, sa sœur, avec le prince héréditaire de Hesse^ qui est parti de Stralsund pour aller l'épouser à Stockholm ; le baron Sparre, qu'il envoie ici ambassadeiu*, doit arriver dans le 20^ de ce mois. La couronne de Suède avoit été élective jusqu'au commencement du seizième siècle^ mais Gustave de Vasa ayant beaucoup contribué à délivrer les Suédois de la tyrannie de Christiern n, roi de Danemark , ils l'élurent pour roi et déclarèrent la couronne héréditaire à ses enfants mâles; ses fils et ses petits-fils régnèrent après lui. Gustave-Adolphe, son petit-fils, étant prêt à passer en Allemagne au secours des princes protestants , les États du royaume lui accordèrent que, s'il venoit à mourir dans son expédition, ils reconnoltooient pour reine la princesse Christine sa fille. Il fut tué à la bataille de Lutzen en 1632; Christine fut reine, et lorsqu'elle abdiqua en 1654< pour se faire catholique et pour aller à Rome, les États reconnurent poiu» roi Charles-Gustave, fils d'une soeiu» de Gustave- Adolphe et d'un prince palatin de la branche de Deux-Ponts, et déclarèrent que la couronne passeroit à ses descendants mâles. 11 mourut en 1660. Il eut poiu* successeiu* son fils qu'on nomma Charles XI, à qui les États du royaume accordèrent en 1680 que la couronne passeroit à ses descendants mâles et femelles. Charles XI mourut en 1697. Le roi d'aujouiv d'hui, qui se nomme Charles XII, a succédé à son père ; il n'est point marié, et s'il mouroit sans enfants, sa couronne appartiendroit ou au jeune duc de Holstein-Gottorp, fils unique de la princesse Hedwige-Sophie, sœur aînée du roi, ou à la sœur cadette Ulrique-Éléonore^ née en 1688.

Vendredi 4, à Versailles. — Le roi dîna en sortant de la messe et alla se promener à Marly ; le soir il y eut grande musique chez madame de Maintenon. — M. l'ar-

JANVIER lïiS. 3S9

chevéquc de Gambray est à rextrémité ; le marqviis de Fénelon, son neveu, lui a mené en poste Chirac à qui M. le duc d'Orléans a permis et ordonné même de faire ce voyage. — On parle ]>eaucoup du mariage du comte deThorigny, filsunique de Matignon, avec mademoiselle de Monaco; par ce mariage il sera prince de Monaco et duc de Valentinois, Sur la fin du règne du feu roi , le prince de Monaco, bisaïeul de celui d'aujourd'hui, chassa la garnison espagnole qui étoit dans Monaco et y en fit entrer une françoise. 11 avoit fait son traité avec le roi par lequel S. M. pour le dédommager des honneurs dontil jouiasoit à la cour d'Espagne et des terres qu'il avoit dans le royaume de Naples, lui promit de le faire chevalier de l'ordre du Saint-Esprit, et de lui donner des terres pour la valeur de 25,000 écys de rente, dont l'une seroit érigée en duché-pairie, l'autre en marquisat et l'autre en comté, en exécutioadu traité.

Samedi 5, à Versailles. — Le roi tint te conseil de finances, alla tirer après son dîner, et le soir, chez madame de Maintenon, il travailla avec M. le chancelier. — Le duc de la Force fut élu à l'Académie en la place de feu M. l'évèque de Soissons. — On a reçu des lettres de Provence par lesquelles on apprend que M. de Grignan est à l'extrémité; U est lieutenant général de cette province et y a presque toujours commandé parce qu'aucun gouverneur n'y a demeuré. 11 a 200,000 francs de brevet de retenue sur sacharge. — La princesse d'Uenghien accoucha ces jours passés d'un enfantmort. Elle est dans un trèsgrand danger; on ne croit pas qu'elle en puisse revenir. Hle est fille unique du feu marquis de Rhodes, grand maître des cérémonies, et madame sa mère étoit veuve de M. de Moucha et a des filles de ce mariage. Madame dlsenghien étoit brouillée avec elle, parce qu'elle s'étoit mariée sans son consentement; elle a tant souhaité de voir sa mère avant que de mourir qu'elle s'est rendue ^ ses prières, et la réconciliation a été fort tendre.

33i> .lOUR^AI. DE DAKGF.AU.

Dimanche ti, à Versailles. — LuroitiBlle conseil d'État et dîna cbe» iiiadame de Maintenoa. L'électeui- de Go- Jpgne vint ici l'après-dloée et prit congé du roi dans son cabinet, où il cntea p^C les derrières. L-a soir 11 y ^ut grande musique cbez madame de Maintenon. — tl. le Pue ails hier à Cbantilly avec mesdames les Duchesse^j ', ils y àeroeiïperont huit jouis. U y a ciuquante-ucuf personnes de ce voyage; l'électeur de Bavière ira lundi pour y demeurer jusqu'à la fin, il y aura des comédies italiennes, — Ou apprit la mort de M. deOrignan, qui étoit parti de Lam< bescpour aller à Marseille. Il est mort dans une bMellecie sur le chemin. U n'ii que deux iUles de deux luj^riages diiXérents : l'^néeest 1» marquise de Viliraye et la cadsttp la marquise de SimiapCj qui éipittoujours auprès de lui et qij'il a avantagée autant qu'ila pu. U avpit quatre-yiogt" trois ans. IJ vaque par sa mort une cinquantième plsoe j dans les chevaliers de l'Ordre-

Lvnài 11, à Versailles- — Le roi prit niédecine, et «près I §on dJnertr^vaillaavecM.depnptchartr^in etentfaBnsujtp | jshez mad^T>>e de Maintenon. 11 dM>pit autrefois danp son ^it le jpur qu'il avoi"! pris mé^^eine, mais depuis quelque? mois il dlfie d^ns un fauteuil en rq^c ^p chambre, ei i^ 1 4iiîe qn'i tpois heures. — V^Lleille, qui avoitopraipapdé ^ ] Nancy, ^t qui avoil le cordon rpnge, est mort. — Le ma- I récbal de Clmmilly piourut Je Spir ^ paris ^prè§ unp 1 longue majadie; i] avoit soixante-dix- neuf ans. Il ébjit ] gouverneur de Strasbourg; ce gpuyerftenient v^yt enviroi^ 30,000 Uvres de rente. — L'élec|:eur p^latjn d^H éYj3r i cuer le Haut-Palatiuat dans peijd^ jours; l'empereup V^ j fort pressé sur cela, cap pi> ne Jui rendra point Frjbpurg, Brisacb ni le fort de Kehl jusqu'à cp que l'électeyr de B** vière soit rentre enplefpc possession de tousses États.

Mardi 8, à Versailles. — Le roi tint le conseil de finances, et puis travailla avec M. Desmgretz; il alla tirer l'après-dinée, et travajUa le soir avec M. le chancelier ches j madame de H§.|^fenoff. — On apprit la mort de j^. (.'^tr- |

chevéque de Cambray, homme d'un mérite extraordinaire et universellement regretté ^. — La princesse d'Isenghien mourut le matin à Paris. — On ne sut ici la mort du maréchal de Chamilly que le matin. Le maréchal d'Huxel|esau sprtip ld^ 41ner du roi lui den^andg. le gouvernement de Strasbourg que le roi lui donna dans le moment. Il rend les appointements du gouvernement de Brisach^ qui n'étoient que de 12,000 francs. Le roi donna le cordon rouge qu'avoit Valeille à Davignop, major des gardes du corps; il avoit déjà 2,000 francs sur Tordre de S^int-Louis que le roi donne i M. deBeuil, inaréchalde camp; ainsi Davignon ne gagne que 1,000 francs à cela, car ce cordon rouge n'est que de 1,000 écus. — Il arriva un courrier de Madrid parti du 30. Le roi et la reine d'Espagne m^tndent au roi. . . (1) .

* FénçloQ , archevêque de Cf^mbray , a é}« op personnage §i célèbrp et si connu , qu'il seroit imitije ie s'y beaucoup étendre. Ses ouvrages , ceux qui ont été fait3 cputre lui ou sur lui, ont fait grand bruit et sont entrp les mains de tout le monde. 11 a été souvent fpentioQ dç lu^ dans pes ISfémoires , par CQU3équ^t 4ans ces additions. Oq y a vu sa naissance , sçs obscurs coma^enceoxents , ses tentatives yers ^ps jaQséni^jtes, les jésuites, les pères ((e l'Oratoire, le séminaire de Saint-Sujpice, auq)i).ç| enfin il s'accrocha et qui le produisit aux ducs de Chevreuse et de Beauviiliers, le rapide progrès qu'il fit dau3 leur estiipe, lapiace de précepteur des princes qu'elle lui valut, ce qu'il eu sut fajre» les sources, },es progrès, la catastrophe de ses opinions çt de sa fortu^ç , les adresses qu'il y employa et qui nje purent le sauver, la disgrâce de ses amis et de Sjes partisans, sa soumissiou au jjugen^ent qu'il sjiibit de P-orpe et (Je tputes les provinces ecclésiastiques de France , et son bonheur à se consçryief en entier le cœur et l'estimç de njonseigneur le duc de pourgognje , 4es deux ducs et de tous ses ap^ , malgré la roideur et la profondeur <)e sa chute et la persécution (2) toujours active 4e madame de M^iintenon. Retiré dans son diocèse , il y vécut avec la piété et l'application d'un pasteur^ ^yec l'art et la magpiflcepçe d'un homme qui n'a renoncé à ri^

(1) Cette phrase est restée inachevée dans le nnanuscrit de Dangeau. H est évident que ce courrier apportait des détails sur la disgrâce de la princesse des Ursins, et que la plume de Dangeau a reculé devant ces détails.

(2) Voyez la note du 22 mars 1699, tome YU, page ôi.

JOURNAL DE DAISGEAU.

et qui se méiiagi.' et lout le monde et toub» cliosos. Jam.iiE homme n'a eu plus que lui de désir de plaire ; jamais homme ne l'a porté pivs loini ni avec une application plus constante, plus suivie, plus universelle; jamais homme a ussin'y a plus entièrement réussi. Cambray étoit un lieu de grand passage ; rien n'est égal à la politesse, au discernement, h Tagrément avec lequel il recevoit tout le monde. Dans les premières années on Tévitoit; il ne couroit après personne. Feu à peu les charmes de ses manières lui rapprochèrent nn certain gros, et, àla&veur de cette multitude, plusieurs de ceux que la crainte de déplaire avoient écartée , mais qui desiroient aussi de jeter des semences pour d'autres temps , furent bien aises des occasions de passer à Cambray, et de l'un à l'autre tous y coururent. A mesure que monsej^eur leducde Bourgogne parut figurer, la cour de l'archevêque grossit, et elle en devint une effective ausàtât que son pupille fut devenu Dauphin. Le nombre de gens qu'il avoit accueillis, la quantité de ceux qu'il avoit logés allant et venant par Cambray, les soins qu'il avoit pris des malades et des blessés qu'en diverses occasions on avoit portés à Cambray, lui avoient concilié l'amour des troupes. En effet, assidu aux hôpitaux et chez les moindres officiers, attentif aux principaux d'entre eux, en ayant chez lui et en nombre et plusieurs nuits de suite jusqu'à leur parfait rétablis* sèment , vigilant en vrai pasteur au soin de leur 3me , et souvent par lui-même avec celte connoissance du monde qui les savoit gagner; J nonmoinsactifpour le soulagement et la guérison de leurs corps ; fouiv I nissant du sien les bouillons , la nourriture , souvent les remèdes et 1 jusqu'aux domestiques, et présidant lui-même aux consultations importantes, il est incroyable jusqu'à quel point il devint l'idole des gens de guerre et combien sou nom retentit jusqu'au milieu de la eour. Ses aumônes, ses visites dans son diocèse, la douceur et la sagesse de son gouvernement, ses prédications très-fréquentes et dans la ville et dans J les villages, son humanité avec les petits, sa politesse avecles antres, 1 ses grâces qui dans ses manières rehaussoient le prix de tout ce qui! ' faisait et disoit, le firent adorer de son peuple, et les prêtres, dont il se déclarait le père et le frère, le portoient tous dans leurs cœurs. Parmi tant d'ardeur de plaire et une ardeur si générale, rien de bas, rien de déplacé, toujours en convenance à l'égard de chacun. Chez lui, un abord facile, une expédition prompte, un même esprit inspiré par le sien dans ceux qui travailloient sous lui dans tout ce grand diocèse; jamabde scandale , ni rien de violent contre personne; tout en lui et chez lui dans la plus grande décence. Les matinées se passoient en affaires du diocèse , et eomme il y étoit toujours, que son génie étoit ' élevé et pénétrant, et qu'il ne se passoit point de jour qu'il ne réglât ce qui se présentait , c'étoit tous les jours une occupation courte et légèt«. 1) voyoit ensuite qui le vouloit voir, puis alloit tous les jours dire la

■e dans sa chapelle et la disoit courtement , ou les jours defltinég à cela officier quelque part. Revenu chez lui, il dÎBoil avec la compagnie toujours nombreuse, niangeanl peu et peu solidement, maisdemeuroit longtemps à table pour les autres , et cliarmoit par l'aisance , la variété, le naturel , la gaielé de sa coDversatJon , sans jamais descendre à rien qui ne fût digne et d'un évÊque et d'un grand seigneur. Il étoit peu ensuite avec la twmpagnie qu'il avoil accoutumée à vivre chez lui toujours sans contrainte, et rédproquement à n'en point prendre pour elle. Il eotroit dans son cabbet et y travailloit quelques heures ; de là , il sortoit pour quelques visites ou pour s'aller promener à pied horslaville.il aimoit et prolongeoit fort cet exercice, et, s'il n'y menoit pas de ceux qui logeoient chez lui ou quelque autre personne distinguée , il prenoit quelque grand vicaire et quelques ecclésiastiques et s'entretenoit avec eux du diocèse, des affaires qui y avoient rapport, ou de choses de. piété , y mêlant aussi des parenthèses agréables. Les soirs, il les pas.<>oit avec ce qui logeoit chez lui, et soupoit avec les principaux, lors de certains passages, que sa table étoit comme le matin. Il mangeoit encore moins qu'a dîner, et se couchoit devant minuit. Quoique sa table fflt magnifique et délicate , et que tout chez lui répondit à l'état d'un grand seigneur, il n'y avoit rien toutefois qui ne se sentit de l'odeur de l'épiscopat et de la règle la plus exacte parmi la plus honnête et la plus douce liberté; lui-même étoit un exemple toujoiu^ présent, mais auquel on ne pouvoit atteindre. C'étoît pourtant un vrai prélat, partout aussi un grand seigneur, partout encore l'auteur de Télémaque; jamais un mot sur la cour, sur les affaires , ni qui pût être repris, niqui sentit bassesse, regrets ou flatterie, jamais qui fit seulement soupçonner ui ce qu'il avoit été, ni ce qu'il pouvoit devenir. Parmi tout cela un grand ordre dans ses affaires domestiques et une grande règle dans sou diocèse , sans petitesse , sans pédanterie , et sans avoir jamais importuné qui que ce soit sur la doctrine. Chez lui les jansénistes étoient en paix, et il yeu avoit beaucoup ; ils se taisoient, et lui de sou côté. Il aurait été à déârer qu'il eût laissé ceux de dehors plus eu repos, mais il tenoit trop aux jésuites pour ne leur pas donner ce qui ne troubloit pas le sien , et trop encore à son petit troupeau choisi pour ne le pas munir de temps en temps de quelques ouvrages, quoique le silence en matière de doctrine eût peut-être plus convenu à l'auteur condamné des Maximes des Saints. Hais l'ambition n'éloit pas morte ; et h médire que les temps de l'orage s'éloignoient et que ceux de son Dauphiu s'approch oient , cette ambition se réveilloit davantage , quoiqa'uvec une mesure qui sans doute lui devoit coûter. Tant d'applaudissements, qui endurcirent madame de Maintenon , amollirent enfin le roi. M. de MeauxCBossuet) et M. de Chartres (Godet Desmarais )n'étoiem plus; la Constitution avoJt perdu le cardinal de Noailles; le P. Tellier étoit

ti4 JOUHHaL DK DA^OëAU.

svw. \tA siËM tout faforaSie S M. de cambray, diftit II ^[ilrtilt ttnlt. Le roi en deux ou trois occasions te loilîl ; il lalssn gwrtier eettiî semence d'elle-même , mais elle ne put tenir a maturité. La mon du Dauphin l'atterra ; celle du duc de Clievretise , qui à la fin avoit osé l'aller voir à Cambrsy et le recevoir b Chauloes , ttigrlt cette profonde plaie ; la mort du due de Beauvilllers, qu'il n'aTolt jamais revu depuis sa disgrâce , mais avec qui il n'étoit qn'nn cœur et qu'une 3me et ^'il dîrigeoit de Cafflbray, la rendit Incurable. Dans cette profonde doulenr de la perte de son pupille , il n'avoit pas laissé d'embrasser une planche do naufra|i;e. Son esprit avoit toujours plu à M. le duc d'Orlëans ; ils avoient des amis communs qui ruItiToient leur estime et leur liaisdtl; rarchevéque avoit donc tourné de ce e6té~]h des espérances, qui partout ailleurs si grandes lui avoient cruellement manqué: Cepen^t, après de si dures épreuves , Il étott encore homme d'espérances ; il ne les avoit pas mal placées , puisqu'il est certain que M. le duc d'Orlëans avoit résolu de s'en servir et dans les places les plus hautes et de la plbs gntnde conDance , sitôt que la balle lui viendfoit; mais il étoit arrêté que ce prélat n'auroît que des espérances. Sa foible compleiioti , dânS un âge médiocremeut avancé , ne put ré»ster plus longtemps à toits les soins et S toutes les traverses de sn vie. 11 mourut assez bmsqtiement au milieu des regrets intérieurs et à la porte du comble de ses désirs. 11 savoit l'étal du roi , il savoit ce qui le l-egardoit après lui , Il était déjà consulté du dedans; et racotisé [sic] du dehors , parce 4"^ le goût du soleil levant avoit percé ; il avoit pour lui le zèle d'un petit troupeau infiniment actif, devenu la portion choisie du grand parti dft la Constitution par la haine des anciens ennemis de l'archevéqUe , qtli n'avoient pas été moins ceux de Ih doctrine qu'il s'agissoit de rendre triomphante. Que de motifs de regretter la vie et que la mort doit être araère dans des circonstances si désirées, et de toute p3tt Si à soithait ! Toutefois il n'y parut pas ; soit amour de la réputation qui sur^t, soit grandeur d'âme qui méprise enfin ce qu'elle a pu atteiUdre , sbit dégoût de ce monde si trompeur pour lui et de sa figure qui passe Bt qui alloit lui échapper, soit une piété ranimée par un long usage et â^ fermie peut-être par ces tristes mais si puissantes considérations, il p*^ rut insensible à tout ce qu'il quitEoit , et uniquemetit occupé de ce qall alloit trouver; mais avec une soumission, une tranquillité, uné ^K qui n'excluait que le trouble , et qui embrassoit la pénitence , le détachement, le soin unique de son diocèse et des choses spirituelles , H une confiance qui nn faisoit que surnager à l'hmailité et il la créiUte. Dans cet état, il écrivit une lettre au roi uuiquemeDt sur le spirituel et sur sou diocèse, et quii disant un mot sur lui-même, n'afoitrienque de touchant et qui ne convint h un grand évéque au lit de la sienne, munie des sacrements . au milieu des siens et de sort

mort. Là ^^H »1 cl^ergé , ^^M

pût paékt pour btae gratlâè leçdn à cèù% qtii survivbiëiitèt pott!* lâMér de grandes espérances de celui qui étoit appelé. La constemation f^ extrême dans tous les Pays-Bas. Il y avoit apprivoisé les armées ennemies qui avoient autant et plus de soin que les nôtres même de conâërvët âiëà blëlis; leufà chefs et là cdiir de Bruxelles se piqùoient de le cdtnbiër à'Wniiitem , et les {Arotestâtit^ dut^itt pdtlr le hioks c|dë lès catholiques. Les regrets furent donc imivefsets dans totHie Tétehâue àéA Pays-Bas , et ses amis et son petit troupeau surtout tomba dans la plus grande affliction. A tout prendre c'étoit un bel esprit et un grand homme ; l'humanité rougi]: pour jui de madame Guyon , dans l'admiration de laquelle^ vraie ou feinte, il mourut après en avoir été le martyr, sans que rien l'ait jamais pu séparer d'elle. Elle fut toujours le centre où tout aboutit dans son petit troupeau, et la prophétesse suivant la-

Siiëile II vécut et conduisit les autres, sans que jamais en aucun temps é sa vie ses mœurs ni celles des principaux chefs de leurs amis aient été en rien soupçonnés.

SîercH'di 9, â Versailles. — Le roi tint le conseil d'État, ijiii dura jusqu'à deux heures, dîna chez madame de Maintenons se promena Taprès-dlnée dans ses jardins, et le soir grande musique. — On a dit au roi la fllort de l'abbé de Lyontïe, qui â beaucoup de bénéfices considérables ; céjpefadant beaucoup de gens doutent de cette mort, parce qu'on le vit il y a deux jours en bonne santé. — On a nouvelle que les Turcs ont déclaré la guerre aux Vénitiens et qu'ils vont attaquer la Morée, dont les places nesotit pas en boû état. Onfae croit plus que lès chevaliers de Malte pâi^ent. L'ambassadeur de Venise, qu'on appelle baile àCdnstantinople,aété arrêté par des janissaires et a ordre de sortir des États du Grand Seigneur dans trois semaines ; les Turcs demandent plusieurs choses aux Vénitiens, qui sbût des prétexte^ poiir leur faire la guerre.

JeÛ'di^iOy à Versailles. — Le roi dina en sortant de la messe, alla courre le cerf dans la forêt de Marly, et puis se promena dans les jardins, et ne revint ici qu'à la» nuit.

— Madame la duchesse de Ne vers esta Textrémité à Paris.

— Il arriva un courrier d'Espagne ; les lettres qu'il ap-» porte ne sont que du 29, et celles qu'on reçut mardi étoientdu 30. Ce courrier a trouvé madame des Ursins

336 JODRHAL DE DANGEAU.

auprès de Burgos, etil parolt que les gardes qui l'escortent lui laissent peu de liberté *. — M. le cardinal de Polignac eut une longue audience de madame de Maintenon à SaintrCyr. 11 a demandé au roi l'archevêché de Cambrayjiln'est pas prêtre encore, mais il songeài'être, eta besoin des bontés du roi et d'une grâce considérable, car il est mal dans ses affaires.

* Dangeau cootinue son silence sur ce qui est désavantageux à madame des Ursins; mais, en se taisant de la sorte sur lesfails, non-seulement publies , mais si éclatants , il ne fait rien pour elle et prive ses lecteurs de précisions de dates , de noms et de détails qui échappent par les suites, et qui fout le seul , mais vrai mérite de son ouvrage. Void donc le fait qu'il supprime, qui étonna toute l'Europe et qu'on serait tenté de croire ajustéau théâtre par lesécrivains, s'il ne s'était passé, tel qu'il va être rapporté, sous les yeux de tout le nioude, et uuanimen raconté sans avoir pu Être ui déguisé ni contesté. Le n avancé avec toute sa cour à Guadalaxara , au-devant de la rrane d'Ea- ! pagne, pour célébrer son mariage en ce heu qui l'avoit déjà été par procureur à Parme , avoit compassé sa marche avec lu sienne pour y arriver deux jours devant elle. Madame des Ur^ns l'accompagnoit ; elle avoit &it les mêmes journées, et tous les soirs elle étoit son unique compagnie; ses féauv la lui tenoieut par les chemins, gens de qui elle . se tenoit bien assurée, tous nommés par elle, et qui ne laissoient ap- ■ procher personne qu'euK. Elle avoit fait seule ce mariage par les rai- I sons qu'on en a vues ; elle allait jouir de son chef-d'œuvre et régner 7 aussi absolument que jamais. Elle s'était faite camarera-mayor et avoft 1 rempli de son chok toute la maison de la reine. Albéroni étoit uq T œil (1) envoyé de Parme qui ne respiroit que sous ses auspices, 'et qui * étoit témoin envers sa petite cour et envers la reine de l'obligatioti qu'elle avoit à madame des Ursins toute seule d'un mariage si éiev£ au-dessus de toutes ses espérances , elle qui avoit été si prête à épouser le duc de la IVlirandole , avec les articles dressés et signés , qu'elle alloit trouver à la suite du roi d'Espagne, et comptant avec raison avoir ^ît .. une fortune d'être parvenu à être grand d'Espagne et grand écuyet, et 1 dont le mariage u'avoit été rompu que pour faire celui de son maître. ' Arrivés à Guadalaxara , madame des Ursins partit le lendemain pour Xadraque, où la reiue d'Espague devoit arriver de bonne heure; elle

JANVIER iTitf. 337

se fit accompagner de très-peu de personnes, parce qu'elle devoit revenir le lendemain avec la reine à Guadalaxara d'assez bonne heure pour que le mariage fât célébré en arrivant, parce qu'en Espagne on marie l'après-dtnée. Elle trouva la reine déjà arrivée ; elle mit pied à t^re à un logis qu'on lui avoit préparé tout près et vis-à-vis celui de la reine , ne fit que se rajuster un peu , et se bâta de l'aller saluer. La froideur et le peu de ci^ité de sa réception la surprit d'abord ; elle l'attribua à embarras, et tâcha de réchauffer cette glace. Le monde s'écoula par respect et la conversation commença ; la reine ne la laissa pas avancer et se mit sur les reproches à madame des Ursins^ que par son habillement et par ses manières elle lui manquoit de respect. La princesse , qui se croyoit bien éloignée d'y donner le moindre lieu , fut extrêmement étonnée et voulut s'excuser; mais aussitôt voilà la reine aux paroles offensantes, à s'écrier et appeler, à demander les ofQciers des gardes , et à commander à madame des Ursins avec injures de sortir de sa présence. En vain voulut-elle parler pour sa défense ; la reine, redoublant de furie, menace, crie qu'on chasse cette folle et la fait sortir par les épaules ; à Tinstant elle appelle Amenzaga , lieutenant des gardes du corps , qui commandoit ses gardes , et celui qui commandoit son écurie, et ordonne à l'un d'aller arrêter madame des Ursins et de ne la quitter point de vue jusqu'à ce qu'il l'eût mise dans un carrosse avec deux officiers des gardes sûrs et une quinzaine de gardes autour du carrosse ; à l'autre , de faire venir un carrosse à six chevaux et deux ou trois valets de pied , et de faire partir sur l'heure madame des Ursins vers Bayonne et de ne se point arrêter. L'officier des gardes voulut représenter à la reine qu'il n'y avoit que le roi qui en Espagne eût le pouvoir qu'elle vouloit prendre , elle lui demanda fièrement s'il n'avoit pas un ordre du roi de lui obéir en tout sans réserve et sans représentation; et il étoit vrai qu'il Tavoit et que personne n'en savoit rien. Grande marque que le roi étoit de concert ; outre que la reine n'avoit pas répondu un mot à deux lettres que madame des Ursins lui avoit écrites, dont elle fut fort offensée et encore plus étonnée. Elle fiitdonc arrêtée à l'instant, mise dans le carrosse qui se trouva tout prêt, et sans avoir eu le temps de prendre quoi que ce fût , ni la femme de chambre qu'on emballa avec elle. Les deux officiers montèrent avec elle , et touche cocher, avec les gardes qui se trouvèrent là tout prêts, et tout portés, et elle en grand habit, comme elle étoit sortie de chez la reine. Dans un si court tumulte, elle voulut envoyer à la reine , qui s'emporta de ce qu'elle n'avoit pas encore obéi , et qui, la sachant partie et hors du lieu , écrivit au roi par un officier de ses gardes qu'elle dépêcha à Guadalaxara. 11 étoit six ou sept heures du soir, à la fin de décembre , par un temps très-piquant de froid et si obscur qu'on ne voyoit qu'à la faveur de la neige dont ce pays montagneux étoit cou- T. XV. 22

Tert. Il n'est pas aisé de se représenter l'état où madame des Ursins se trouva dans ce carrosse ; Texcès de l'étonnen^ent pilévàlut d'abord et suspendit tout le reste ; mais Tindignation et le désespoii^ de douleut et de rage se firent bientôt place; succédèrent lés réfle^tîons profonde sur une démarche si peu fondée en cause , en raison , en prétexte ,''eii autorité , el sur Pimpréssion qu'elle âlloit faire à Guadàliaxara; de là les espérances en la surprise du rof , en sa colère , en' soit amitié et sa confiance pour elle , en ses amis qui l'environnoient et qui se trouveroient si intéressés à exdter le roi et à là soutenir. Là longue nuit d'hiver se passa tout en^ère ainsi sans s'arrêter nulle *pàrt , avec tin froid terrible et rien pour s'en garaiitîip, et teî que le coèher en perdit une main. La matiiiée ^avance ; on ekt forcé de faire ti^paître ; là , I0 silence se rompit ; elle avoit eu le temps dans tout ce long espace de composer son visage et de penser à ses propos. Jamais femme si courageuse ni plus sensible à se montrer supérieure à elle-même; elle en vint à bout ; elle parla de son extrême surprise , raconta ce peu gui s'étoit passé entre la reine et elle , et réciproquement ces officiers des gardes qui , accoutumés à la craindre et à la respecter plus que le roi, lui répondirent en^eu de mots' du fond de cet abtme d'étonnement dont ils n'avoient encore pu se remettre. Bientôt il falhit atteler et partir ; bientôt aussi elle trouva que le secours qu'elle espéroit du roi tardoit bien à arrivet" ; elle contmua à être ainsi conduite jour et nuit jusqu'à Burgos , toujours gardée à vue "et ne laissant que très-peu de temps aux chevaux pour se reposer et encore moins à repaître. Rien à manger , et nul moyen de coucher dans aucune hôtellerie d'Espagne, si l'on n'en porte soi-ihême ; de repos ni de se déshabiller, il n'en fut pas question jusqu'à Saint- Jean de Luz, et queliques œufs frais avec du pain détestable servirent de nourriture. A mesure qu'elle s'éloigna, elle comprit qu'elle n'avoit plus d'espérances à former. On peut jug» quelle rage succéda dans une femme' aussi ambitieuse et aussi subitement précipitée du faite de la toute-puissance , par la même sur quoi elle comptoit avoh* le plus solidement^fondé sa grandeur. Ses neveux, quieureiit permission de la venir joindre , achevèrent de l'accabler; mais elle fut fidèle à son courage ; jamais ni plaintes , ni regrets , ni foiblesse ^ pas même dés fatigués extrêmes d'un tel voyage dont ceux qui la gardoient étoient dans la juste admiration. Enfin elle trouva |a fin de ses fatigues à Saint- Jean de Luz , et y eut loisir de penser à ce qu'elle pouvoît attendre de' notre cour, où , malgré la folie de sa souveraineté et la hardiesse d'avoir fait lé mariage du roi d'Espagne sans la participatit)n du roi , elle se flatta encore dé trouver des ressources. Ce fût là'qu^elle eut enfin liberté d'écrire au long à ses amis de notre cour, au roi , à madame de Maintenon , et d'envoyer un courrier sous prétexte de demander la permission de passer en France et d'aller à la

cour et de respirer enOn sur les terres de France sans gardes et sans côiifaàirite. ' '"'* »*'^"' ' "' ■ ' '■" ^ "- = '

' Lé courrier que la reine envoya de Xadraque trouva le roi qui s'alloit bientôt coucher ; il parut ëinu à la nouvelle y mais il ne donna air- Clin ordre, et fit seu1eri!i'ent one trèè-ciurtè réponse à la reinei Le singulier est que ïe seè^et'fiit si bien gardé qu'il n^échappa que le lendemain sur lés dix héuirès'du matin!' Ôii peut penser qùelliè' émotion saisit toute sa cour, et lës'divefs nfi'buvembnts de tout ce qui la composoit; personne toutefois n'6sà parler ah roi; ôn'étdit en' ^ande attente de ce qiiè cèntî^oit sa répoiise *k la'fcine ; viàk fe letidèmain , la matinée s'écôûlàht sahs qu'bn â);>prit rieû dé! "nouVeau , l'on coibmençà àcîlofre que è^éti étôtt'fiatt dé'hiadslihé dlés tfrsins en Espagne.' Ses neveux demandèrent (iérmissiôh de l'aller Joindre , et le rôi dHËspagne lui éèmit*pteir eux une siniple lettre d'ho'nnétëlé"; qu'il étoit bien jf^chéde ce qui s*étoît passé ; ^u^îl n'avoit pu s'opposer aVec âutofîté'Ji la volonté dé 1là>eine, et qu'il hii conservoit ses pensions qu*il auroit soin dé fair.e payer ; et en effet pour les pensions il tint parole. La reine arriva à 6uada1a?^ara à l'heîirc nlarqbée, comme si dé iKeti n'eût été'. Le roi la i*eçut à l'escalier et tout de suite la conduisit à la chapeHe , et le mariage célébré dans sa chambre, où tout aussitôt ils se couchèrent avant six heures ^u soir. Ce qui se passa entre eux sur l'événement de la veille , c'est ce qui fut entièrement ignoré ; il n^'enfut pas plus d'éclaircissémehtâ lé lendemain', iàu moins pour personne ; il fut seulement dédaté 'qu'il hyavfeStaucito ch^ngémeïit dans la maison de la reine i et le lendemain de ce jour de âéjofur; le roi et la reine «contèrent seuls dans leur carrosse, suivis de leur cour, et se mirent en route pour Madrid, où il ne fut non p)us question de la princesse des Ursinsque si jaihais le roi d'Espagne ne l'eût connue. Le roi ne témoigna pas plus d*émotion aTafrivéë du courrier du diic de Sàint-Aignan , d'une si ^rprenante Nouvelle qui ren^plit'd'effroi et de confusion toute sa cour ; les uns par des liaisons d'amitié ou de fortune, les adtres par Teffet 'de la comparaison de ces deux états et de la rapidité d'un si profond changement. Que si l'on joint à ce peu d'effet de la nouvelle sur les deux rois à ce mot échappé quelque temps auparavant au nôtre , et dont on crut voir l^explicâitîon en ce dénoûment^ à ce qui se venoit de passer et sur la souveraineté die madaiùe de^' Ursins et sur le mariage fait à l'insu du roi, si peu" accoutumé à n'être pas èompté t)our tout, on trouvera bien difficile qu'une résolution aussi forte ait été prise entre un homme alors de néant , comme étoit Albéroni , et une priucesse de vingt-trois ans, élevée dans l'ignorance d'un grenier, à Parme, par la plus impérieuse mère du knonde , qui n'en laissoit approcher personnëVet arrivant dans un pays à elle inconnu', non encore mariée en effet, et à une demi -journée du roi d'Espagne, dont toute lacon-

fiance et toute la puissance avoit jusqu'alors si grandement et si constamment paru toutes entières entre les mains de celle à qui elle devoit son mariage, quin'avoit pu avoir encore ni volonté, ni occasion, ni loisir de lui déplaire , avec qui elle débuta tout à coup par une querdle d'Allemand, et tout de suite chasse une personne de cette qualité et de cette haute considération avec plus d'indignité qu'une servante , et l'arrête , et la fait partir avec toute la vigueur et l'autorité d'un roi contre un grand criminel d'État , avec toutes les duretés qu'il est possible , et pour la précipitation sans avoir le loisir de prendre la moindre chose avec soi et la plus nécessaire ^ soit de l'heure indue de la nuit, soit de la saison cruelle , soit du danger des chemins pleins de neige et dans les ténèbres , soit de la dureté de la garde la plus exacte et la plus insupportable. C'est même une chose bien étonnante qu'une prmcesse de cet âge et dans de telles circonstances ait osé et si bien pu jouer un tel personnage, qui annonçoitbien tout ce qu'elle a fait et exécutédepuis.

Vendredi 11, à Versailles. — Le roi travailla le matin avec le P. le Tellier, etfit la distribution des bénéfices; il ne sortit point de tout le jour, fut enfermé chez lui jusqu^à cinq heures et puis passa chez madame de Maintenon, où il y eut grande musique. — On ne sait pas encore toute la distribution des bénéfices; on sait seulement qu'on a donné l'abbaye du Gard à l'abbé de Rohan , frère de M. le prince de Montbazon, et Tabbaye de Saint- Antoineaux-Bois à l'abbé Desmaretz, fils de M. Desmaretz le ministre. — Madame la Duchesse s'est trouvée assez mal à Chantilly; elle a eu quelques accès de fièvre et est revenue à Paris ; elle avoit même donné ordre que Ton fit accommoder une chambre pourelleàÉcouen, encas qu'elle n'eut pas la force de venir jusqu'à Paris.

Samedi 12, à Versailles. — Le roi tint le conseil de finances; il voulut aller l'après-dlnée se promener à Trianon, mais la neige l'en empêcha. Il travailla avec M. le chancelier, et puis entra chez madame de Maintenon, où il joua au brelan avec les dames. — Madame la duchesse de Nevers mourut à Paris; elle avoit cinquante-neuf ans et étoit encore belle. Elle étoit fille de madame de Thianges et sœur de madame la duchesse deSforce. — Le roi d'Espagne adonné la Toison au marquis de Béthune, gendre

de M. Desmaretz, qui reportoit la Toison qu'avoit monseigneur le duc de Berry. — L'évèché de Soissons a été donné à Tabbé Languet, grand vicaire de M. d'Autun, qui avoi t été aumônier de madame la Dauphine ; Tarchevèché d'Embrun a été donné à Févêque de Dol , frère de M. d'Argeûson, et Tévèché de Dol à l'abbé de Sourches, aumônier du roi et frère de M. de Monsoreau, grand prévôt.

Dimanche 13, à Versailles, — Le roi tint le conseil d'État, dîna chez madame de Maintenon, travailla l'aprèsdlnée chez lui avec M. Pelletier, et puis rentra chez madame de Maintenon, où il y eut musique, et après la musique il joua au brelan avec les dames. — Le roi adonné à madame la duchesse d'Estrées et à la princesse de Chimay, filles de madame deNevers, l'appartement qu'avoit ici madame leur mère, etleuradonné à chacune 2,000 francs de pension; c'est madame la duchesse du Maine qui avoit demandé pour elles au roi ces grâces-là. — M. Tévêque de Fréjus (1) demandoit au roi depuis quelque temps la permission de se démettre de son évèché, quoiqu'il soit d'un assez grand revenu; le roi le lui a permis, et lui a donné une petite abbaye qui ne vaut pas la cinquième partie du revenu de Tévêché, et a donné l'évèché à l'abbé de Castellane *.

* Ce prélat règne encore et seul et uniquement et avec toute plénitude de puissance. Elle ne peut être sujette à la moindre inquiétude, ni à Tombre même de la plus légère traverse ; il n'est donc pas temps de parler d'un homme parvenu à un état unique et sans exemple dans pas une histoire. Qu'en dire de son vivant sans soupçon de haine ou de flatterie , non-seulement de son gouvernement et de son personnel , mais des degrés même qui l'ont porté sur le trône ? Voici l'époque de ces surprenants degrés qui confondent les hommes les plus prudents dans la vue des profondeurs de la Providence.

Lundi 14-, à Versailles. — Le roi ne sortit point de tout le jour; il travailla l'après-dlnée avec M. de Pontchartrain,

(1) Depuis le cardinal de Fleury.

342 JOURJNAL DE DAJNGEAU.

^ . es dames chez madame de Haintenop.

— L'ordinaire d'Espagne arriva hier ; les lettres sopt du

de Bad^joz. (jui n étoit qu'ion simple curé il y a peu de temps, homme de fort petilke naissance et a un très-grand mérite *; rarchievêché de Tolède vaut 300,000 écus <}e rente. — Flèche, ancien brigadier et mestre de camp de cavalerie, est mort; le roi a donné son régiment à M. de Slarville, second fils de M. Desmaretz, mais il yj a des ge^s ici qui prétendent bien savoir que Flèche n'est pas mort.

* C'est un regret que Toubli 4u nom.de ce prélat (1), que Téclat de son mérite dans une cu^^ de| campagne éley£( t^ut ^ul à réyêché de Badajoz , et qui , ajputant dans cette place la générosité et la fidélité au crérite , servit si puissamment le roi d'Espagne de sa bourse et de son médit à lever et à entretenir des troupes dans les tem^s les jplus calamiteux, qu'il fut jugé et se montra aussi après très-digne de Tarchévêché de Tolède.

Mardi i5, à Versailles. — Le roi tint le conseil de ifinances, travailla ensuite avec M. Desmaretz; l'a'près-dlnée il travailla chez lui avec M. le chancelier, et buis alla chez madame deMaintenon,oùiljouaaubrelan avec les dames. — Le roi a donné 10.^000 écus de gratification au duc de Saint-Aignan, qui est présentement à Madrid. — Onmande de Rome que le roi Auguste a écrit au bape qu'il donnoiik sa nomination pour le cardinalat àrarchevèque de Bourses qui avoit déjà depuis longtemps la nomination du roi Stanislas. Le pape, à la dernière promotion, s'est réservé un,* chapeau in petto pour la Pologne, et il y a encore sept autres chapeaux vacants, car le cardinal San Vitale esl mort; il avoit été jésuitf3. . <« \ ^

Mercredi 16, à Versailles. — Le roi tint le conseil d'É-

(1) Il se nommait don Francisco Valero et Lossa, d'après la Gazelle de 1715, page 30.

tat. Il 4li^si 9^^^ madame de Maintenon ; il y joiwaveç les dames raprès-dlnée, et le soir il y eut grande musique. — Flèche, qu on avoit dit au roi il y a quelques jours qu il étpit mort, est en parfaite santé. — Fribourg sera évacué par nos troupes le 18, et l'empereur le même jour évacuera Ingolstadt ; il évacuera Municn le25,etce jour-là nous évacuerons Brisach. U y a encore (juelqueç troupes de Télecteur palatin dans Àmber^j, capitale du Haut-Palatinat; et quand elles eh seront sorties, ce qu'elles doivent faire Iç commencement du mois qui vient, nous évacuerons le fort deKehl. — Le maréchal de Villars prétend qu'une partie assez considérable de ce que M. de Grignan tiroit de sa charge appartient au gouverneur de la province et non au lieutenant général.

Jeudi VI y à Versailles. — Le roi dîna en sortant de la messe^ et alla se promener à Marly ; il en revint à quatre heures. Le soir, chez madame de Maintenon, il y eut petite musique et jeu. Le roi à son coucher nous dit qu'il, n'avoit iamais senti un pareil froid à celui qu'il avoit eu à sa promenade a Marly, et jamais nous ne X avions entendu se plaindre de la rigueur du temps. — Les troupes hoïlandoises ont évacué Luxembourg et les trout)es de Tempereur y sont entrées. — La baîx de TEspag^^ne avec le Portugal est toute prête à se ccjùclure par l'entremise, du roi, auquel le roi de Portugal a bien voulu s'en rapporter, el M. de Chàteaxineuî', notre àiùbassadeur en Boïl'ande, mande que tout esï presque réglé 5 c'est lui que le vo\ a chargé de cette négociation.

Vendredi 18, à Versailles. — Le roi travailla avec le t^. le Tellier ; il ne sortit point et entra chez madame de Maintenon à trois heures,* où il joua avec les dames. Le soir il y eut la comédie de JK. rfc Pourceau^nac. — Oiieut nouvelle que madame la comtesse de Roye étoit morte en Angleterre ; elle avoit plus de quatre-vingts ans. Elle étoit sœur des feux maréchaux de Duras et de Lorges^et mère de MM. deRoucy, qui lui donnoient 12^000francs de pension.

— Muret, lieutenant général et qui a servi la dernière campagne au siège de Barcelone, a eu depuis quinze jours une pension del,OOOécus;ila, outrecela, lecordonrouge de 4,000 francs de pension. — Les officiers françois qui doivent servir au siège de Majorque ont ordre de partir pour se rendre à la fin du mois à Barcelone.

Samedi 19, à Versailles. — Le roi tint le conseil de finances, travailla raprès-dlnèe, chezlui, avecM. le chancelier, joua le soir avec les dames chez madame de Maintenon. Il n'est point sorti depuis deux jours à cause du froid excessif. — On reçut des lettres de madame des Ursins (1) du 10; elle écrit de Toulouse. Elle doit arriver leik k Saint- Jean deLuz, où elle attendra la réponse du roi. Elle lui demande la permission de venir à ses pieds se justifier de ce qu'on lui impute ; elle mande que son innocence Fa soutenue dans son malheur et dans la rigueur d'un voyage où elle a beaucoup souffert. M. de Chalais et M. de Lanti ses neveux sont avec elle. Le roi lui permet de venir, et elle recevra des' lettres de gens considérables qui l'assurent qu'elle sera bien reçue et qu'on l'a fort plaint *.

* On verra bientôt que l'amitié trompe Dangeau , et le prodigieux contraste du dernier voyage de madame des Ursins , si triomphante et même si régnante en notre cour, avec celui-ci où à peine en put-elle approcher et encore avec combien de dégoûts.

Dimanche 20, à Versailles. — Le roi tint le conseil d'État, dîna chez madame de Maintenon, travailla l'après-

(1) Madame la duchesse de S. P. (Saint-Pierre) m'a raconté que la disgrâce de madame des Ursins étoit concertée entre le roi d'Espagne et la nouvelle reine avant qu'elle arrivât , en sorte que cette princesse ne fit qu'exécuter la volonté du roi lorsqu'elle parut la renvoyer d'elle-même; ce qui est bien différent de ce que j'ai toujours entendu raconter àc« sujet, et ce qui fait cesser ta juste surprise où l'on étoit qu'une jeune reine osât prendre sur elle, avant d'avoir encore vu le roi , de renvoyer celle qui passoit pour être la favorite de ce prince. On croit que Philippe V étoit las de la domination que madame des Ursins a voit exercée sur lui et sur la feue reine. {Note du duc de Luynes, )

JANVIER I7il$. 345

dlnée chez lui avec M. Pelletier, et le soir, chez madame deMaintenon, il y eut musique et puis jeu. — L'ordinaire d'Espagne apporta des lettres de Madrid du 7 de ce mois. Le roi parolt fort content de la nouvelle reine qui entre dans tous ses goûts et qui le suit tous les jours à la chasse ; on mande qu'elle tire à merveille. On lui avoit proposé la duchesse de Médina-Céli, la duchesse de Médina-Sidonia, et la comtesse d'Altamira* pour la charge de camarera-mayor ; elle a choisi la dernière. Elle a pris pour son grand écuyer le prince de Cellamare, neveu du cardinal del Giudice. On croit que cette éminence aura bientôt la permission de retourner à Madrid, et on ne doute point que la reine douairière ne soit rappelée au premier jour.

* Madame des XJrsins étoit chassée pour toujours , et la princesse de Piombino ne faisoit que la conduite en Espagne ; il falloit donc bien une autre camarera-mayor. La comtesse d'Altamira , par elle-même héritière de la maison de Gardone et veuve'd'un des principaux grands d'Espagne qui avoit passé par les grands emplois du dehors et par l'ambassade de Rome, étoit peut-être la plus vénérable et la plus respectée duègne d'Espagne par sa vertu et par la grandeur de son maintien , et soutint parfaitement Tune et l'autre dans cette place qu'elle a conservée plus de vingt ou vingt-cinq ans , avec une grande considération.

Lundi 21 , à Versailles. — Le roi tint le conseil d'État, qui dura jusqu'à près de deux heures; Taprès-dlnée il travailla avec M. de Pontchartrain, et le soir joua avec les dames chez madame de Main tenon. — Le baron Sparre, ambassadeur du roi de Suède, est arrivé ici et a été trèsbien reçu du roi et par la considération du roi qui l'envoie et par son propre mérite ; il a toujours été fort estimé en ce pays-ci. — L'ordinaire d'Espagne qui arriva hier nous apprit que la nouvelle reine avoit enfin obtenu du roi qu'il retourneroit demeurer dans le palais , où l'on rétabliroitles dames selon l'ancienne étiquette et que la comtesse d'Altamira ne prendra point possession de

846 JOURNAL DE DANGEAX3.

la charge de cainarera-mayor, qu'après le départ de la princesse de Piombino, qui s'en retournp en Italie.

Mardi 22, à Versailles. — Le roi tint le cpxiseil de fir nances et travailla ensuite avec M. Desmaretz : il ne sortit

point de tout le jour. Il travailla Taprès-dlnée avec M. le chancelier, et loua le soir avecles dames chez madame de Maintenon. — Le roi a donné 1,000 écus de pension à M. d'Arpajon, qui a servi Tannée passée de lieutenant général au siège de Barcelone, et à qui le roi d'Espagne , fort content de ses services, a donné la Toison. — On a reçu des lettres de M. Amelpt; il écrit du dernier jour de Tannée. Il étoit à Faenza: il devoit arriver à Rome le 8. On croit qu'il trouvera le pape bien disposé à accorder ce que le roi lui demande, qui est un concile national. — Le maréchal de Montrevel*, qui vouloit faire élever à Bordeaux une statue magnifique au roi, n'a pti réussir dans soti entreprise ; il est parti d'ici avant la fin de Tannée, fort fâché de n'avoir J>âs pu exécuter ce projet, qui étoit fort beau.

* Montrevel , bas courtisan et de fort peu d'esprit, conçut l'idée (je donner au roî le réchauffé de M. de la Feuillade de la place des Victoires, et en espéroit bien des retours ; mais il devoit plus qu'il n'a voit , et conin^ c'étoit aux dépens d'autrui qu'il espéra tirer cette chère flatterie par son éloquence et son autorité, il eut double.dépit de voir aller ses projets en fumée , et le monde se moquer doubieïiiébi àe lai.

Mercredi 23, à Versailles. — Le roi tint ie conseil d'État , dîna chez madame de Maintenon , joua Taprèsdinée avec les dames, et le soit il y eut grande musique. — L'évéque de Nîmes (1), qui avoit promis plusieurs fois de signer la Constitution, a différé si longtemps et sur tant de différents prétextes qu'on le soupçonne présentement d'être du parti opposé au grand nombre. C'étoit lui qui devoit être député pour apporter ici les cahiers

(1) Jean-César Rousseau de la Parisière.

des États du Languedoc qui ont été tenus à Nîmes; le roi a ordonné qu'on choisit un autre évéque pour cette fonction-là *. — Le palatin de Livonie, qui est ici à la tète de la maisQn du prince électoral de Saxe , aura demain matin audience du roi, et lui montrera la copie de la lettre que le roi Auguste son nfialtre a écrite au pape, à qui il mande qu'il a donné sa nomination à l'archevêque de Bourges poyr la première promotion de cardinaux que Sa Sainteté fera pour les couronnes.

* Ce bon «vêque fut Zopire du P. Tellier ; il contrefit le zélé et le (e^me pour s'initier parmi les évêques et le .lel^rgé du Languedoc , et poussa la dissimulation jusqu'à se faire disgracier et ôter. la dépi^tatipn des États. Des gens de bien et d'bonnei^r sont aisément pris daii^ un tel piège. Quand il se fiit bien mîs^u fait d'eux tous, il^eut l'impudence de monter tout à coup en chaire , et d'y recevoir la Constitution en aposta|; converti ; à Tii^tant la députation loi fut rendue , à Fombre de» laquelle il vint repd^e coippte au P. le, TeUier.de Routes ses décou* vertes. lia continué depuis à se signaler en .homme gui compte pour peu et Dieu et les hommes. Dangeau , flatteur à son ordinaire ,^ dit plus bas qu'il ne pouvoit savoir le mécontentement qu'on avoit àe lui ^ lorsqu'il puUia la Constitutioi^ ; pourtant il le savoit très-bien , et tout étoit d'accord entre lui et le P* le Tellier pour le personnage qu'il fit. £n. second lieu,, s'en j^puvQit-i) espérer quitte à mçilleiir marché que|e cardinal de Noailles , pleineiq^];it disgracié et £\vec grand éclfit d,és lors, et que les prélats qui lui étoient unis , quapd bien même ce que Dangeau veut ajouter auroit la moindre apparence ; mais ce 4u'on en rapporte ici est un fait certain, (Jiii fit grand bruit alors , qui fut bien mis au net , et que la conduite de cet évéque a constamment soutenu jusqu'aujourd'hui .avec un front d'airain. L'exclusion de M. de, .Ramiers Yerthamon de ces États du pays de Foix, dans le mêm^ Iqstant et pour n'avoir pas reçu la Constitution', et que Dangeau rapporte tout de suite, auroit dû le rendre plus sobre sur M. de Nîmes.

Jeudi 24. à Versailles. — Le roi dîna en sortant de la messe et alla se promener dans la fbrèt de Marly, et puis au château, où il aîFait cïianger les meubles de son appartement. Le soir il y eut petite musique chez madame de Main tenon. Le palatin de Livonie eut audience du roi dans son cabinet, à qui il dit que le roi Auguste s'étoit ifait un grand plaisir d'avoir donné cette niàrque de considéra-

tion à M. Tarchevêque de Bourges à la recommandation de S. M. Le pape a un chapeau in petto pour la Pologne, et Ton ne sait point encore qui l'aura , mais le chapeau pour M. de Bourges ne sera qu'à la première promotion pour les couronnes, et le pape en fera une pour lui avant de faire celle des couronnes : ainsi cela est encore éloigné; maisM. de Bourges est assuré delanomination, et c'est beaucoup.

Vendredi 25 , à Versailles. — Le roi travailla avec le P. le Tellier ; il joua Taprès-dinée chez madame de Maintenon avec les dames, et le soir il y eut grande musique, — C'est aujourd'hui que les troupes de l'électeur de Bavière doivent entrer dans Munich et que les troupes de Tempereur doivent entrer dans^risach. — On veut faire un procès à MM. de Razilly sur leur naissance. Les parents du côté paternel et du maternel prétendent qu'ils ne doivent pas être regardés comme légitimes, et qu'ainsi ils ne doivent pas hériter des biens de père et de mère , attendu que le mariage devoit être regardé comme nul , M. de Razilly le père étant sous-diacre quand il se maria et n'ayant jamais eu de dispense de Rome. — Le parlement d'Angleterre est dissous et le nouveau parlement s'assemblera au mois de mars. On cabale fort dans toutes les provinces pour l'élection des députés de la chambre basse,^etle nombre des mécontents du nouveau gouvernement augmente fort.

Samedi 26, à Versailles, — Le roi tint le conseil de finances. U alla tirer l'après-dlnée ; il y avoit plusieurs jours que la gelée et le vilain temps l'avoient empêché de sortir. Il travailla le soir avec M. le chancelier chez madame de Maintenon. — L'ambassadeur de Perse est arrivé à Charenton ; on ne sait point encore le jour qu'il fera son entrée à Paris, mais ce sera bientôt. Il la veut faire à cheval, et le roi a nommé le maréchal de Matignon pour l'accompagner à cette entrée. — On a mis à la Bastille madame d'Esdainvilliers, accusée d'avoir voulu

JAINVIER i7i». 849

faire assassiner son mari dans son ch&teau par quatre hommes à qui elle avoit promis chacun 1^000 écus; on prétend qu^un de ces quatre hommes alla tout découvrir au mari, qui a fait arrêter sa femme.

Dimanche 27, à Versailles. — Le roi tint le conseil d^État y dîna chez madame de Haintenon , Taprès-dlnée travailla chez lui avec M. Pelletier, et à six heures, rentra chez madame de Haintenon, où il y eut musique et il joua ensuite avec les dames. — Le comte d'Albert est arrivé à Saint-Cloud; on croit toujours que son mariage se fera avec mademoiselle de Montigny; cependant on évite d'en parler chez l'électeur, parce que toute la famille du comte d'Albert est fort opposée à ce mariage. — M. de Cély de Harlay, intendant à Pau, a une pension de 2,000 écus, qui marque bien qu'on est fort content de lui. — Milord Stairs est arrivé à Paris; il est nommé ambassadeur d'Angleterre en France, mais il n'en prendra pas encore sitôt la qualité.

Lundi 28, à Versailles. — Le roi dina en sortant de la messe, et alla courre le cerf à Harly malgré le vilain temps. La chasse fut belle ; Madame y étoit et avoit dans sa calèche madame de Tallard. Le roi, après la chasse, se promena dans les jardins jusqu'à la nuit ; le soir, chez madame de Haintenon , il travailla avec M. de Pontchartrain. — Le baron Sparre, qui n'a pas encore pris la qualité d'ambassadeur de Suède, nous conta que le roi son maître, pendant qu'il étoit dans les États du Grand-Seigneur, avoit fait déposer par Sa Hautesse deux muphtis, couper la tête à deux grands vizirs, étrangler deux autres, et en reléguer un dans l'Ile de Rhodes et fait étrangler plusieurs bâchas. La plupart de ces exécutions et de ces changements étoient par rapport aux mauvaises intentions que ces gens-là avoient contre le roi de Suède, ce qui marque bien la considération que le Grand Seigneur avoit pour lui.

Mardi 29, à Versailles. — Le roi tint le conseil de finances, ^travailla ensuite avec M. Desmaretz, alla tirer

Taprès-dlnée, et le soir travailla avec M. le cnanceliep cbéz madame de Main tenon. — te roi à cassé lé régiment suisse" de t^fiffer : c'est le seul régiment de cette nation qui ait été cassé; ce régiment n'avbit été levé que durant la dernière guerre. Soury, qui étoit colonel réformé dans ce régiment et qui y avoit la première compagnie, est incorporé, lui et sa compagnie, dans le régiment de Brendlé, et Diesbach, qui avoit commission de lieutenant-colonel et la seconde compagnie du régiment de Pfiffer, est incorporé dans le régiment de May, où il conservera son rang et où on incorpore sa compagnie. — L'ambassadeur de Perse, qui est à Charenton, presse fort pour qu'on lui permette de faire son entrée à Paris, et dit que s'il ne la fait pas de jeudi en huit jours il ne la pourra faire de longtemps , parce que sa loi lui défend de paroltre depuis le 1 5 de février jusque bien avant dané le mois de mars. ' '

Mercredi 30, à Versailles. — Le roi tint le conseil d'État, dîna chez madame de Mainlenon ; il vouloît après son dîner aller se promener dans ses jardins, mais la pluie l'en empêdha. Il joua avec les dames, et le soir il y eut grande musique. — Les chevaliers de Malte ont reçu leur dernière citation ; ils ont ordre de se rendre à Halte au commencement d'avril. Le grand maître envoie les vaisseaux de la religion à Marseille, d'où ils emporteront beaucoup de munitions de guerre et de bouche , et les chevaliers qui y seront arrivés pourront s'embarquer sur ces vaisseaux pour passer plus commodément et plus sûrement. M. le grand prieur, qui est toujours à Lyon, avoit fait demander au roi permission de lui venir faire la révérence avant que de partir pour Malte, où il s'en va; mais le roi n'a pas jugé à propos de le lui permettre ; il est présentement rentré en jouissance de tous ses biens.

Jeudi 31, à Versailles, — Le roi dîna au sortir de la messe et alla courre le cerf à Marly, et puis se promena dans les jardins jusqu'à la nuit. Au retour il y eut petite

musique chez madame ^e Main tenon. — M. de Lant, neveu (ie madiamë dés tJi^sins, eut l'honneur de saluer le roi dans son cabinet ; il a laissé madame des Ursins à Saint-Jean de TLuz. Dès qu'elle y fut arrivée , elle envoya à Bayonne pour faire des compliments à la reine douairière d'Espagne, qui' né le voulut pas voir. — J^a noce de màâèmoiselle de Halause avec le comte de Poitiers se fit hier chez madame de Lauzim/à Paris. — Le grand maître de Malte à nommé le bailli de Mesmes son ambassieideùr eh France, cÀmme le roi l'avoit souhaité ; il est frère de M. le premier président, à qui le roi est bien aise de faire plaisir.

Vendredi V^ février, à Versailles. — Le roi travailla avec le P. le Tellier, alla tirer l'après-dlnée, et le soir, chez madame de Mainténon , on joua la comédie de Crispin musicien (1). Le roi nous dit à son coucher que tous les chevaliers de l'Ordre étoient payés présentement, qu'il y avoit même des fonds de reste pour cette année, et qu'on lui proposoit d'employer ces fonds à faire des ornements d'église nouveaux pour l'Ordre, mais qu'il vouloit laisser les ornements anciens que Henri III avoit donnés en établissant rOrdre. Le roi veut que le cardinal de la Trémoille soit payé comme les autres , quoi qu'il n'ait pas encore été reçu, et veut pour cela envoyer ordre au prince Vaïni de le recevoir ; mais peut-être prendra-t-on simplement le parti de lui envoyer le serment que font les commandeurs, et quand il l'aura signé, cela suffira pour recevoir son argent et pour servir de décharge au trésorier de l'Ordre.

Samedi 2, à Versailles, — Le roi, accompagné de tous les chevaliers de l'Ordre, descendit à la chapelle, où il entendit la grande messe; l'abbé d'Estrées officioit. L^aprèsdlnée il entendit le sermon et vêpres ; l'évêque d'Angers (2)

(1) Par Haiiteroche.

(2) Micliel Poncet <lo la Rivière.

prêchoit; c'est lui qui doit prêcher le carême. Le roi travailla le soir chez madame de Maintenon avec M. le chancelier. — L'ambassadeur de Perse fera jeudi son entrée à Paris et le mardi suivant il la fera ici, où le roi lui donnera audience sur un trône qu'on fait élever dans la grande galerie. Le roi redoublera sa garde ordinaire, et il veut que la cérémonie soit magnifique. — Il y a des lettres de Madrid qui portent que le roi d'Espagne a fait un présent de pierreries à M. Orry pour Tenvoyer à sa femme qui est à Paris, et que ce présent vaut 50,000 francs.

Dimanche 3, à Versailles. — Le roi tint le conseil d'État, dîna chez madame de Maintenon, après dîner tint encore le conseil d'État, parce qu'il n'avoit pas pu finir le matin toutes les affaires qu'il y avoit ; il travailla ensuite avec M. Pelletier, et puis passa chez madame de Maintenon, où il y eut grande musique. — On eut hier, par l'ordinaire, des nouvelles de Rome. M. Amelot y arriva le 9, il eut audieace du pape le 12 ; ses lettres sont du 13. Il a déjà eu une grande conférence avec le cardinal Fabroni. On mande qu'on est très- content de M. Amelot. Le cardinal de la Trémoille l'a logé chez lui, et on espère que les affaires se passeront à Rome à la satisfaction du roi» — On mande de Londres que, le jour qui étoit ordonné pour rendre grâce à Dieu de l'heureuse exaltation du roi Georges à la couronne d'Angleterre, il y avoit eu un grand incendie dans la ville, où plus de cent maisons ont été brûlées.

Lundi 4, à Versailles. — Le roi prit médecine; il travailla l'après-dinée avec M. de Pontchartrain. — Par les lettres d'Angleterre qu'on reçut hier, il parolt que l'incendie de Londres a été si considérable, par la quantité des marchandises qui étoient dans les maisons brûlées, que la perte passe vingt millions par l'estimation qu'on en fait. Le roi Georges a fait une proclamation pour l'assemblée d'un nouveau parlement, dans laquelle

a parolt n'être pas content de ceux qui ont gouverné rÉtat sous le règne de la reine Anne. — Les nouvelles d'Espagne portent que le cardinal del Giudice est rappelé à la cour, mais on ne dit point si on lui rendra sa charge de grand inquisiteur. — M. de Torcy marie sa fille avec M. d'Ancezune^ petit-fils de M. de Caderousse*; il lui donne 200,000 francs en mariage. M. d'Âncezune aura 70,000 francs de rente de biens substitués tant du côté paternel que maternel; sa mère est héritière de la maison d'Oraison.

* Caderousse s'appeloit Cadart, et s'étoit ruiné sans service et sans dépense ; mais il avoit beaucoup joué et fort peu paru à la cour. Cetoit un homme de beaucoup d'esprit, ami de gens considérables, qui avoit fort été du grand monde, fort paresseux, mais voulant primer , sans jamais avoir pu être compté qu'à Thôtel de Bouillon et dans quelques compagnies de Paris. Le désordre de ses affaires le jetèrent dans la pauvreté et l'indécence ; sur la fin de sa vie^ il étoit devenu homme de bien. Ce qui le fit le plus connoître , ce fut sa surprenante guérison par Caret, abandonné des médecins comme pulmonique, et a vécu près de cinquante ans depuis, car il est mort très- vieux. Son fils, qui a de l'esprit et des lettres, encore plus paresseux que lui, fut aide de camp du maréchal de Boufflers; ce n'étoit pas là son ballot. Un matin qu'on le vint éveiller et presser de se lever pour suivre le maréchal qui étoit déjà monté à cheval : « Comment, dit-il , il est à cheval, et je n'y suis pas ! Tirez mon rideau , je ne suis pas digne de voir le jour, » se tourna de Tautre côté et se rendormit ; aussi ne suivit-il guère ce métier, n vécut obscur à Paris, ayant tout ce qu'il falloit pour ne le pas être ; sa femme fricassa tout au jeu, et lui laissa périr ses affaires. Ancezune, son fils, fiit aussi paresseux que son père , et de plus passa si bien pour impuissant que personne n'en douta , et qu'on proposa à M. et madame de Torcy de faire casser le mariage de leur fille; mais ils ne le voulurent tous jamais. Elle étoit fort laide, et avec cela elle eut un moment le don de plaire ; ensuite elle devint dévote , et tout cela avec beaucoup d'esprit, de lecture et de grâce. Elle n'étoit pas sans goût pour l'intrigue ; il ne lui en manqua que les occasions. Caderousse étoit duc du pape; c'est moins que rien; nul rang à Rome et quelque rang à Avignon où le vic&4égat a des distinctions pour eux ; il y en a peu , et ce peu , du petit pays du Comtat ; en France nulle distinction quelconque, et encore moins, s'il se peut, de rang.

Mardi 5, à Versailles. — Le roi^ après son dîner, donna

344 JOURNAL DE DAMGEAU.

audience pour la première fois au bailU de Mestkies^ nouvel ambassadeur de Malte^ et aprèiâ là, messe il tint le conseil de finances à son ordinaire^ puis travalUil. à¥tc M. Desmaretz; raprèsndlnée il travailla chez lui aVee H. le chancelier. — L^évèque de Nîmes a pdMié la bulle de la Constitution dans son église cathédrale^ et cela étoit fait avant qu'il pût savoir le thécontentétnent où Ton étoit ici du retardement qu'il appotiôlt à la publication de cette bulle ; on attend son mandettiëiit; qu'oti ne doute pas qui ne soit conforme à ce qu'ail a prècbé en chaire. — Le roi est fort content des lettres qu'il reçoit du duc de Saint- Aignan^ qui lui mande ce qui se passe à Madrid depuis le départ de madame des Ursins; le roi d'Espagne et la nouvelle reine le traitent à merveille, et Ton croit que le roi le choisira pour l'ambassade d'Espagne.

Mercredi 6, à Versailles, — Le roi tint le conseil d'État, dina chez madame de Maintenon, se promena dans ses jardins Taprès-dlnée, et le soir il y eut grande musique chez madame de Maintenon. — Le chevalier de Janson, capitaine de gendarmerie^ et qui est obligé de s'en aller à Malte, a demandé au roi permission de vendre sa charge ; il doit une partie de ce que vaut cette charge, et la crainte qu'il a que ses créanciers ne perdissent, s'il lui arrivoit malheur dans ce Voyage, lui à fait prendre ce parti. 11 demandoit au roi aussi qu'il voulût bien lui conserver son rang en l'incorporant dans quelque régiment; le roi lui permet de vendre, mais il ne lui ao corde point l'autre grâce, ne voulant point retenir dans son service ceux qui le veulent quitter. — L'évèque de t^amiers (1) qui préside aux États du pays de Foîx et qui est le sei^ des évèques qui y ait séance, et accusé de ne vouloir pas recevoir la Constitution > a ordre de ne se point trouver à cette assemblée.

(l) Jean-Baptiste de Vertltanron.

FÉVRIER ltl8. 35 S

J^di 7, à Versailles. — Le roi dîna en sortant de la messe, et alla courre le cerf à Mariy; madame la duchesse de Beî*ry étôit à cheval, à la cha^e; Madame est toujours â ces cha$seS-là eh calèche. Au retour, îly eut petite musique chez madame de Mâinteûon. — L'ambassadeur de Perse fit son entrée à Paris â une heure après midi; il étoit à cheval, ayant à sa droite le maréchal de Matignon et lé baron de Breteuil à sa gauche, n n'avoit mohté à cheval que dans le faubourg Saint- Antoine, et avoit eu plusieurs disputes sur le cérémonial avec le tiiaréchal de Matignon, qui étoit fort mal content de lui et qui le quitta dès qu'il fut arrivé à l'hôtel des ambttssadeur^ âàns monter dan^ sa chambre. Il ne parut nulle m&gniftcenoé dans son train; il faisoit marcher devant lui une manîèîre de brancard porté par des mulets du roi , sur quoi étoient trois cassettes où sont les présents que le roi de Perse fait au roi. Je vis cette entrée de che2 le comte de la Marck, où je dînai avec l'électeur de Bavière, et où je trouvai le comte d'Albert nouvellement arrivé d'Espagne.

VtMlrêdi S y à K«rsaîMw. — Le roi de voit aller tirer 1 après-dinée, mais le vilain temps l'en empêcha; il joua chez madame de Maintenon avec les dames, et le soir il y eut la comédie du Baron d'Aïbikrûc{i) et le Cocu imaginaire^ -^ Le maréchal de Matignon vint le matin rendre compte au roi des petits démêlés quHl eut hier avec l'àmbasdadeur de Perse à son entrée, et le roi approuva tout ce que le maréchal avoit dit et fait. »— On reçut des lettres de madame des Ursins, qui a passé à Bayonne sans y voir la reine douairière ; elle n'a point couché dans la ville. Ces lettres sont du SO. — Madame de Polignac, fille de madame de Mailly, partira lundi de Parie pour s'en aller au Puy en Velay ; son mari en est gouverneur et seigneur en partie. Sa famille n'a pas été con-

I ■ Il I I i I . I ■ Il III ■ ,1 I I »

(1) Far thomas Corneille.

tente de sa conduite et a voulu qu'elle s'éloignât de Paris; elle s'y est résolue de fort bonne grâce. Elle n'a point eu de lettre de cachet, comme on Tavoit dit.

finances, alla tirer Vaprès-dlnée, et le soir il travailla avec H. le chancelier chez madame de Maintenon. — M. de Torcy étoît allé jeudi à Paris pour voir Tambassadeur de Perse et régler avec lui beaucoup de petites difficultés qu'il y avoit sur son entrée ici. Cet ambassadeur a fort souhaité que cette cérémonie fût remise de huit jours , par des scrupules qu'il a sur les premiers jours de la lune; il est persuadé que cette lune-ci «st funeste jusqu'au 13 ; il a dit même â H. de Torcy que ce n'étoit qu'à cela qu'on devoit attribuer les torts qu'il avoit eus avec le maréchal de Matignon et le baron de Breteuil à son entrée à Paris. Il a été fort content de M. de Torcy, qui lui a trouvé beaucoup d'esprit, mais trop plein de ses opinions. Le roi a consenti que Taudience fût remise de huit jours, et cela convient encore mieux au roi parce que la cour aura plus de loisir pour se préparer à être magnifique, comme le roi souhaite qu'on le soit ce jour-là.

Dimanche 10, à Versailles. — Le roi tint le conseil d'État, dîna chez madame de Maintenon, tint encore le conseil d'État Taprès-dinée, parce qu'il n'avbit pas pu finir toutes les affaires qu'il y avoit le matin. Il travailla ensuite avec M. Pelletier, et puis passa chez madame de Maintenon, où il y eut grande musique. — Le roi, ne jugeant plus à propos d'envoyer M. de Pompadour en Espagne à cause de tous les changements qui y sont arrivés, a nommé le duc de Saint-Aignan ambassadeur en sa place. Il est tout porté sur les lieux, car il est déjà depuis quelque temps à Madrid, où il parolt que le roi d'Espagne et la nouvelle reine sont fort contents de lui. — On reçut hier des lettres de Rome. M. Amelot écrit du 22 qu'il a déjà eu deux audiences du pape et quatre

conférences avec M. le cardinal Fabroni et trois autres cardinaux que le pape a nommés pour commissaires en cette affaire.

Lundi 11, à Versailles. — ^ Le roi dîna de bonne heure, et alla courre le cerf à Marly; madame la duchesse de Berry et mademoiselle de Charolois étoient à cheval à la chasse; Madame y est toujours en calèche. Le soir le roi travailla chez madame de Haintenon avec M. de Pontchartrain. — Le roi a donné au baron de Rosworm une augmentation de pension de 1,000 francs*; il a 1,000 écus présentement.^ — Le bailli de Mesmes, ambassadeur de Malte, fera son entrée à Paris de dimanche en huit jours, et le mardi d'après il la fera ici. Le maréchal de Tessé est nommé pour raccompagner. — Dipy , qui étoit notre interprète pour l'ambassadeur de Perse, est mort en deux jours de maladie; on a envoyé chercher un curé d'Amboise, qui a passé plusieurs années en Perse pour remplacer Dipy pendant que l'ambassadeur sera ici.

* Ce Rosworm étoit, en effet, un baron allemand de bon lieu , avec de rhonneur et de la valeur, qui n'avoit rien vaillant qu'une très-aimable figure , qui Tavoit fait subsister longtemps à Paris tant qu'il fut en âge d'en vivre. Ensuite le cardinal de Furstemberg le protégea , puis M. le Grand qui le retira chez lui, et il y mourut longtemps après aveugle et fort vieux, chez le prince Charles , qui après la mort de M. le Grand, son père, en prit un généreux soin.

Mardi 12, à Versailles. -— Le roi tint le conseil de finances, et travailla ensuite avec M. Desmaretz. Il alla tirer Faprès-dlnée, et le soir il travailla avec M. le chancelier chez madame de Main tenon. — Milord Stairs, qui n'a pas encore pris la qualité d^ambassadeur, a présenté un mémoire dans lequel il se plaint que nous avons manqué à l'esprit du traité fait avec l'Angleterre ; il est aisé de répondre à ses plaintes qui marquent leur mauvaise volonté. — Le roi envoie six bataillons à Malte, quatre des troupes de terre et deux des troupes de la

marine; outre ces six batailloas, il y envoie cent canoniers et beaucoup de mineurs, et ces troupes seront payées par la Religion. L'électeur de Trêves, commQ grand prieur de Castille, y envoie deux bataillons à ses dépens; ou croit que le pape et le roi de Sicile y enverront aussi quelques bataillons.

Mercredi 13, à Versailles. — Le roi tint le conseil d'État, dîna chez madame de Maintenon, où il y eut grande musique le soir. M. de Pontchartrain présenta au roi, à la porte de son cabinet, les envoyés de Tripoli, qui sont venus demander pardon au roi d'avoir attaqué quelques bâtiments françois. — L'électeur de Bavière compte de retourner dans ses États au mois de mars, où il est attendu avec impatience, mais avant quçi de partir il veut aller à Blois voir la reine de Pologne sa belle mère (1), et au retour dç ce petit voyage il ira à Ciompiègne, où il veut faire le mariage de mademoiselle de Montigny avec le comte d'Albert.

Jeudiiï, à Versailles, — Le roi dîna au sortir de la messe et alla courre le cerf à Marly; madame la duchesse de Berry et Madame étoient à la chasse. Le soir il y eut petite musique chez madame de Maintenon. Madame la duchesse du Maine, qui étoit ici depuis le premier jour de l'an est allée à Sceaux pour y passer le carnaval, où il y aura souvent des bal$ et des comédies. Elle ne verra point l'entrée de l'ambassadeur de Perse, qui est remise à mardi et où la cour sera fort magnifique. — Madame la Princesse fera mercredi à Paris la noce du fils de M. d'O avec mademoiselle de Lassay qu'elle aime fort. La mère de mademoiselle de Lassay , est fille de M. le Prince, çl ce fut à la prière de madame

(l)Thérè6e-0barlalto-CuBégoiideSobiedki, fille de Jean Sobieski, et de Marie-Casiinirç de la^Grange d'Arquieii, avait épousé, le 15 aoât 1694, Télecfpur de Bavière Maximilien-Marie.

k prince^s^ qsk% la recqnuut ; ellâ m'avcât clix^rgé de cette négociation-là auprès de lui.

Vendredi 15, à Versailles. — Le roi travailla avec le P. leTellier, alla tirer raprèshdlnée, et le soir, chez madame de MaintenoD, il y eut comédie. — On a reçu des lettres de Madrid par lesquelles on apprend que Orry a ordre de sortir du royaume sans voir le roi d^Espagne; il devoit partir le 10. Son départ et sa disgrâce pourront bien empêcher le siège de Majorque, ear c'est lui qui avoit fait tous les préparatifs pour cette entreprise et qui faisoit trouver Vargent dont on avoit besoin pour cette expédition. Macannas, qui avoit écrit oontre TinquisHion, est disgracié aussi*. — Le chevalier de Janson, qui s'en va à Malte, a vendu les gendarmes anglois 50,000 éctts au marquis deVerderonne, sous-lieutenant de gendarmerie et frère de madame de Pontehartrain , et il vend sa sous-lieut^aanoe 100,000 francs; la compagnie angloise est la seconde de la gendarmerie.

* Orry, qui n'étoit qu'un avec madame des Ursins , ne pouvait manquer é'êlre ehaaaé avec l'ai^laudisseaient de toute FEspagne, et d'être, comme il le fut, très -mal reçu en notre cour; ses {provisions étoi^t faites, et il eut de quoi s'en consoler. Qui lui eût dit que seize ans après son fils , tel qu'il étoit , seroit contrôleur général des finances , il ne Teût pas cru.

Pour Macannas, lui et le cardinal del Giudice étoient les seaux du puits ; après s'être servi de sa plume pour se défendre de Rome, il fut abandonné aux esclaves de cette cour, en haine de madame des Ursins qui avoit tendu son livre en panneau au cardinal del Giudice, lequel, rétabli sur ses ruines , ne songea qu'à la vengeance, l^di disgrâce de ce digne et savant magistrat devint si forte qu'il ne put se dérober à la fureur de l'inquisition qu'en passant les Pyrénées. II a vécu vingt ans depuis, errant en France et en Flandre, payé toutefois par le roi d'Espagne, et conservant un commerce direct d'affaires avec lui ; mais obscur et par intervalles. A la fin, l'argent a tari et le commerce a fini, et il a mené depuis une vie pauvre , misérable, cachée en France , détestant son maître et sa fidélité, dans les ruines de son repos et de sa famille. Rome donne souvent de pareils exemples jusqu'en France , et vient aussi à bout de tout, quoiqu'ence même genre les petits rois , comme

360 JOURNAL D£ DAMGËAU.

Portugal et Sardaigne , vengent les grands monarques et s'en trouvent fort bien [sic].

Samedi i6j à Versailles. — Le roi tint le conseil de finances, se promena l'après-dlnée dans ses jardins, et travailla le soir avec M. le chancelier chez madame de Maintenon. — M. de Boze, secrétaire de T Académie des inscriptions, a été élu a l'Académie françoise en la place de M. Tarchevéque de Cambray. — J'appris que le roi avoit donné, il y a quelque temps, une pension de 2,000 francs à mademoiselle d'Ogletorp, Angloise qui s'est faite catholique ; elle est sœur de la femme du marquis de Mezières, lieutenant général et gouverneur d'Amiens. — On mande d'Espagne que la duchesse d'Aveiro*, mère delà duchesse d'Albe, est morte ; elle avoit quatre-vingtquatre ans, et étoit enfgrande réputation pour son mérite et pour son savoir. Elle avoit de grands biens en Portugal que Ton tient en séquestre, et que ce roi veut bien rendre à sa famille avec toute la jouissance du passé, pourvu que celui qui entrera en possession le reconnoissepour roi de Portugal ; mais aucun de ses enfants n'a voulu y entrer à ces conditions-là.

* Cette duchesse d'Aveiro étoit célèbre en Espagne par son esprit supérieur, par un savoir rare , par un courage mâle , par sa magnificence et réiévation de ses sentiments. De grands biens et une haute naissance jointe à plusieurs grandesses dont elle hérita , la soutinrent dans un grand lustre. Cétoit chez elle un grand concours de tout ce qu'il y avoit de plus distingué à Madrid , une sorte de cour par le respect et la vénération dans laquelle elle étoit établie , et une sorte de tribunal qui décidoit et qui n'étoit indifférent à personne ; cela a duré de la même sorte jusqu'à sa mort , une vieillesse , si rare en Espagne , n'ayant pas donné la moindre atteinte à la force de son esprit ni à la netteté de sa tête, jusqu'à la fin qu'elle a joui d'une bonne santé. Elle étoit mère des deux ducs d'Arcos et de Banos, qui, étant à Paris en 1701, s'opposèrent inutilement à l'égalité du rang dont le roi et le roi d'Espagne convmrent de donner aux ducs en Espagne et aux grands en France. Elle étoit mère aussi de la duchesse d'Albe , dont le mari mourut à Paris, ambassadeur^d'Espagne, qui y perdit le seul en-

FÉVRIER i7i». 361

fant qu'ils eussent, et qui se remaria depuis son retour en Espagne à Tabbé de Castiglione^ qui avoit si tristement et si longuement traîné en France , qui s'en alla avec elle , et qui , en considération de ce ma* riage et de la maison de Gonzague, dont il étoit, fut fait duc de Solfarino, grand d'Espagne et gentilhomme de la chambre. Il la perdit bientôt après sans enfants; et il se remaria à une Caraccioli , fille du prince de Santo-Buono , grand d'Espagne , revenant de la vice-royauté du Pérou, qui étoit fort belle et dont il a des enfants. Mais , puisque nous y sommes , revenons à la duchesse d'Aveiro , et [ disons] qui elle étoit , et qui son mari. Aveiro est en Portugal et fut érigé en duché, vers 1530, par Jean III , roi de Portugal , en faveur de Jean d'Alencastro , marquis de Torrès-Novas , fils du duc de Coïmbre , bâtard de Jean II , roi de Portugal ; il fut confisqué par Jean IV, roi de Portugal, après son avènement à la couronne sur Raymond , cinquième duc d'Aveiro, qui ne voulut pas reconnoître le duc de Bragance pour roi de Portugal, et demeura attaché à Philippe IV, roi d'FiSpagne^ qui le dédommagea et lui donna le titre de duc de Giudad-Réal. Il mourut sans enfants , à la fin de 1665 , et laissa sa sœur héritière de ses biens et de ses titres qu'elle porta à son mari , Emmanuel Ponce de Léon VI , duc d'Arcos , mort à la fin de 1693, qui de ce mariage laissa les ducs d'Arcos et de Banos, venus en France et la duchesse d'Albe et depuis de Solfarino.

Arcos est en Andalousie, et fut donné en conité, en 1440, à don Pierre Ponce de Léon par Jean II ; cette ligne ayant manqué , l'héritière épousa un autre Ponce de Léon par mâles , de sorte que cela n'est point sorti de la maison. Ils eurent le duché de Cadix que les rois catholiques leur retirèrent , à cause de la commodité du commerce avec lUe de Léon, pour le duché de Zara, en quoi ils ont, et alors et depuis encore, beaucoup perdu par d'autres dépouillements. Ils descendent par mâles de Pierre Ponce , qui épousa une bâtarde du roi Alphonse IX ; et ce Pierre étoit petit-fils , à ce que quelques-uns prétendent, d'un comte Ponce de Mincora , puîné du comte de Tripoli, frère d'Alméric VIII, comte de Toulouse. D'autres prétendent que ce Pierre Ponce étoit fils du fils de don Vêla Gustières Ossorio et de Sancba Ponce de Cabrera, sa femme. Ce qui en résulte, c'est que ce sont d'anciens et de fort grands seigneurs, mais qui, à laMorisque, ont joint le nom de Léon au leur^ depuis la bâtarde d'Alphonse IX, dont ils sont descendus de père en fils. Ils ont mieux aimé se priver des grands et riches établissements qu'ils ont en Portugal que de reconnoître le roi de Portugal , et en mourant ont fait jurer à leurs enfants de soutenir la même conduite. A la fin le duc de Banos, dont on vient déparier, et qui avec le duc d'Arcos , son frère , avoit été obligé par son père de prêter le même serment , a cru pouvoir s'en dispenser, et depuis la paix d'Utrecht il a

fait la sienne avec le roi de Portugal , et a quitté FEspagne sans ^tre iparié , pour aller jouir en Portugal des biens de sa m^isqp. Le ^uc d'Arcos , son Arère aîné , est mort depuis peu , et ^ laissé ifs^ ^ et des filles dQ sa femme , une des mieux faites et des plvis spirituelles 4e la cour de Madrid , fille du marquis de fos Balbazea Spi^iplst « et §qgu|^ de celui-ci, qui est grand écuyer de la princesse des Astunes. Le duc d'Arcos n*avoit point d'enfants de sa première femn^ Hçni^fmez , fiQe de Tamirante de Castille.

Dimanehê 17, à Y9r$aiUu.'-^ Le roi tint le ooiuieil d'É* tat, dîna chez madame de Maintenon et l^après-dlnéetint encore le conseil d'État, parce qu'il n*avoit pas pu fiqîr toutes les afTalres quMl y avoit le matin, U tr^vaill^ ensuite avec H. Pelletier^ puis pas^achez iqfMlao[iç de Maintenon, où il y eutgrande musique. M. le premier président parla au roi après son lever et se plaignit du due de Tresmes, qui refusa, il y a quelques jours, Pentrée du cabinet au bailli deMe^jnes, ambassadeur de Halte, sou fr^re, avec qui ensuite il s'es^pliqua eu lui diswt qv^'il ^e lui avoit fait refuser cette entrée que parce qu'il étoii fière do premier président, dont les ducs et pairs avoient sujet de se plaindre, et à qui ils étoient résolus tous de donner toutes les mortifications qui dépeudroient d'eux *. Le premier président ajouta au roi que c'éto^tle second tome de ce qu'avoit déjà &it le duo de Tresmes pour M. de Caumartin, de qui ils^est déclaré Tennemi, et quHl avoit défendu aux huissiers de le laisser entrer dans la çhambf^ du roi, quand le roi n^y seroit pas, et qu'il vouloit par les droits qu'il attrib\ioit à sa charge venger se3 injure^ particulières. Quand le premier président fui sortie le roi envoya cher^er le duc de Tresmes, à qui il fit une réprimande assez sérieuse. Il dit même à ses ministres, en entrant au conseil, et à madame de Uaiutenon^ en entrant chez elle, qu'il n'avoit quasi jamais été plus en colère. Le duc de Tresmes avoua au roi les raisons qui Tavoient fait agir, et se plaignit fort du procédé du premier président avec les pairs.

* Des additioDS ne sont pas des Mémoires; on se contentera donc ici

d'éclaircir l'affaire du bonnet, qu'on a vu il y a peu s'enfourner, et on n'entreprendra pas de la raconter. Le mémoire de d'Autin fut Iong>tomps entre les mains du roi , parée que le premiw président différa tant qu'il put de venir à Versailles, et commença par là à vérifier les soupçons , mais il 1^ mit au net lorsqu'en recevant le mémoire il s'emporta contre son contenu. Il prétendit l'avoir renvoyé à d'Antin sans l'avoir approuvé ; il y voulut trouver des choses injurieuses au parlement, qu'il ne put seulement allégua; il assembla les présidents à mortier, puis vint au roi en plaintes, Qt fit semblant d'être bien en colère. De là il dit au roi que les pairs étoient les plus grands «weiniB de ses enfants naturels; qu'ils étoient outré$ de leur habileté à succéder à la couronne ; qu'ils espéroient bien, aux malheurs qui avoient affligé la maison royale , que ce peu qu'il restoit de princes du sang ne dureroit guère , et alors de faire comme en Pologne rendre la couronne élective, et eux maîtres de Téleclion à faire un roi d'entre eux. Il broda ce beau plan de tout oe qii*i| put , non de oiQin^ inepte , puisque lui-même eu sentait l'e^i^trayagauGe et la chimère^ mais de plus odieux» et déclara que le parlement de son gré ne consentiroit jamais à rien. Le roi , qui n'a jamais eu de basses tracasseries et qui étoit parfaitement secret y ne le fut pas en cette occasion ; il redît mot pour mot à d'Antûi tout ce que le premier président lui avait dit , et parut même en être en peine. D'Antin n'en eut aucune à lui démontrer combien il falloit être dépourvu de raisou pour en venir à u^ secours au^si follement imaginaire , et combien il falloit être noir et impudent pour oser s'en servir. Le roi fut si honteux qu'il ne dédaigna pas de faire des excuses à d'Antin , et de le charger de dire aux ducs combien il se tenoit assuré de leur attachement et de leur fidélité. Cette conduite du roi, si peu ordinaire, et en apparente crédulité et en prompt retour et en redite de cette nature, alloit tout droit au but de M. du Maine, qui étoit l'éclat, et de semer entre les ducs et le parlement la division dont les premiers s'étoient toujours doutés ; lui cependant se montroit désolé de la ccmdttite du premier président, et ne vouloit pas rompre avec lui, uniquement pour demeurer ep état de renouer l'affaire et desservir les ducs. Oï\ voit par Taventure du doc de Tresmes combien le premier président étoit sûr du roi, qui néanmoins blâmoit le parlement, vouloit toujours espérer qu'on se pourroit raccommoder, et se retranchoft à ce qu'il n'avort point promis de décider, mais de désirer et de faciliter le bonnet, de concert entre les ducs et le parlement. Il y aurait mille autres choses à ajouter, mais en voilà assez pour l'éclaircissement de ce premier acte qui emporta une rupture ouverte , dont les suites se retrouveront en leur temps.

Lundi 18, à Verscdlles. — Le roi dîna au swtir de la

364 JOURNAL DE DAJNGËAU.

messe et alla courre le cerf à Marly ; le soir il travailla avec H. de Pontchartrain chez madame de Ma^intenon. L'électeur vint tirer ici dans le petit parc, et au retour de sa chasse il alla jouer chez madame la Duchesse; le soir il soupa et coucha dans Tappartement de M. d'Antin. Il avoit amené six dames qui soupèrent avec lui et à qui M. d'Antin avoit fait préparer des lits à la surintendance des bâtiments. — Le duc de Tresmes parla le matin au roi dans son lit, lui marqua la douleur de lui avoir déplu, et le roi eut la bonté de lui pardonner ; mais ce qui s'est passé dans ce démêlé du duc de Tresmes a encore fort aigri les pairs contre le premier président; ils font même des plaintes du duc d'Aumont, leur confrère, de ce qu'il continue encore à voir le premier président, qu'ils prétendent leur avoir manqué de parole, ce que le premier président nie fort. Us l'accusent même d'avoir dit des choses très-fortes et très-injurieuses contre eux au roi.

Mardi 19, à Versailles. — Le roi se leva à son heure ordinaire. Il prit, un habit d'une étoffe or et noir, brodé de diamants; ily en avoit pour 12,500,000 livres, etl'habit étoit si pesant que le roi en changea aussitôt après son dîner. Outre les pierreries qu'il avoit sur lui, il avoit prêté une garniture de diamants et de perles à M. le duc du Haine et une garniture de pierres de couleur à M. le comte de Toulouse. M. le duc d'Orléans avoit un habit de velours bleu brodé de perles et de diamants, et d'une broderie à lamosaïque, qui fut fort louée. L'ambassadeur de Perse n'arriva que vers les onze heures, et un peu devant qu'il arrivât, le roi parut sur le balcon de sa chambre, et le peuple, dont la cour étoit remplie, poussa des cris de Vive le roi ;^e crois n'en avoir jamais entendu qui partissent de meilleur cœur. La cour des secrétaires d'État éloit aussi remplie de peuple que la première; les cris de joie s'y redoublèrent et passèrent même dans l'avenue de Paris, qui étoit remplie de monde jusqu'à la maison de

FÉVRIER i7ilS. 366

Bontemps^ où Tambassadeur descendit de carrosse pour monter à cheval . Ni lui ni sa suite ne méritoient pas grande attention; ils entrèrent dans la cour du château^ ils en firent le tour et descendirent à Tappartement du duc de Guiche. Dès qu'ils furent entrés^ le roi passa dans la galerie , où il y avoit des gradins à quatre rangs, depuis un bout jusqu'à l'autre, mais d'un côté seulement. Ces gradins étoient remplis de. plus de quatre cents dames, magnifiquement parées ; les dames de la cour sur les gradins les plus près du trône , et les dames de Paris en continuant vers le bas de la galerie. Le roi eut la politesse en entrant de passer fort près des dames qui avoientfort envie de le voir dans sa magnificence. Il monta sur son trône, où étoit à côté de lui, à droite, monseigneur le Dauphin, qui avoit un habit et un bonnet fort couverts de pierreries, madame la duchesse de Ventadour le tenoit par la lisière. A la gauche étoit monseigneur le duc d'Orléans^ et tous les princes du sang à droite et à gauche selon leur rang. Il y avoit deux manières de tambours aux deux côtés du trône, où étoient madame la duchesse de Berry, Madame et toutes les princesses du sang avec leurs dames; et derrière les princes du sang, sur le trône, étoient les quatre premiers gentilshommes de la chambre et les deux maîtres de la garde-robe. M. le duc de Bouillon, grand chambellan, et M. de la Rochefoucauld, grand maître de la garde-robe, n'y étoient point; ils sont malades à Paris. Aucun des princes n'étoit couvert. La galerie étoit remplie de courtisans habillés très-richement et de beaucoup d'étrangers qu'on avoit fait entrer un peu avant Faudience, qui fut assez longue. Il parut que l'ambassadeur n'étoit pas content des interprètes ; on croit qu'il entend un peu lefrançois, et qu'il sentoitbien qu'ils ne rendoient pas son discelirs dans toute sa force. Le duc de Noailles, capitaine des gardes en quartier, monta sur le trône avec lui; l'électeur de Bavière étoit sur le second gradin avec les dames qu^il avoit amenées, et le comte de Lusace étoit

zm JOURJNAL DE DANGEAU.

sur le gradin de madame la princesse dé Conty là mère. Les premiers gradins avoieïit été donnés aux princesses, pour elles et les dames de leut suite, parce qu'on ne savoit point qu'elles seroient sur les tambours, ce qui ne fut réglé que hier. On avoit èU soin de faire liieltre au bas du trône Coypel, fameui peintre, pour en faire le tableau, et de Bo2e, secrétaire deTÂcadémie deâ iuscriptions, pour faire une relation juâte de la cérémonie. Après l'audience du roi, l'ambassadeur alla voir monseigneur le Dauphin, qui âvôit passé dans l'appartement de feu mb,dame la DaUphine, et qui étoit richement meublé ; il trouva ce prince si charmant qu'il auroit voulu le baiser. Il l'appelle le prince Nécessaire, qui est le nom qu'ils donnent en Perse à l'héritier de là couronne, et il nous parolt que ce uom-là est fort bien appliqué à monseigneur le Dauphin. Après le dîner, l'ambassadeur alla voir M. de Torcy iet M. dePôntchartrain. La pluie l'obligea de monter en carrosse pour retourner à Paris; il avoit dessein d'aller à cheval jusqu'à la maison de Bontemps. Les présents ne sont dignes ni du roi qui les reçoit ni du roi de Perse qui les envoie; il y â cent quatre perles fort médiocres, près de deux cents turquoises très-vllaineà, et deux boites d*or remplies de baume de Mumî, qu'on dit merveilleux pour les blessures ; il est fort rare, et Sort par de petites transpirations d'un rocher qui est enfermé dans un antre , et il faut bien du temps pour en ramasser une fiole, et cette liqueur se congèle un peu par la suite du temps. Bt. de Torcy monta avec l'ambassadeur jusque sur la dernière marche du trône, et quand le roi eut reçu la lettre et les présents du roi de Perse, il remit le tout entre les mains de M. de Torcy *.

* Jamais le roi n'a^cta tant de magnificence et ne parut plus touché du plaisir d'aucune chose que de celui de voir cet ambassadeur et d^étaler Une superbe audience ; il s'en expliqua même de façon que tout le monde se piqua à qui y parottroit le plus , et que la foule y fut prodigieuse. Lui*mélM^ y plioit sous lé poids des pierreries ; il y parut

e5ttrêknei!iitot tslssé et montra toute la foiblesse d'Un âge plus avancé que le «m; Po&tehartraùi, qui le joua {tour loi plaire, réussit admirablem«it à lui faire aecroire son apogée revenue par œtte députation du sophi , pénétre d'admiration pour sa gloire. L'avarice , les caprices, la suite , les présents , la commission de l'ambassadeur, répondirent fort mal à la duperie, où tout le monde y vît bientôt clair, excepté le roi.

iitrcrtdi 20, ô Vt^tstnlltt. -^ Le roi tint Ib conSieil d'État, alla tirép Vàppèg-dlnée, et le soit il y eut grande musique eheî tnadàmé de Hàintenon . — fltadame la Princesse fit à PaHs la noce de mademoiselle de Laissay avec le jeune matquisd'O; ils n'ont que dîx-sej)t ans chacun. Madame de Cbllgny, sœur de père de la mariée, lui assuré 40,000 firancs aptes sa mort. Mesdames les Duchesses mère et belle^fille allèrent hier à Paris pour être à la noce, et ont fait des présents de pierreries à la mariée, qu'on dit qui est fort jolie. — M. le chancelier doit aller dans quelques jours prendre sa place au parlement, où il sera accompagné par six conseillers d'État et quatre maîtres dès requêtes; il ne l'avoit point prise encore. Il y a même des exemples de chanceliers qui ne l'ont jamais prise; M. de Pontchartrain, par exemple, n'y a jamais été. — Le roi a commandé qu'on ne défit rien dans la galerie, parce qu'il compte donner bientôt l'audience de congé à l'ambassadeur de Perse, qui sera reçu avec les mêmes cérémonies que hier.

Jeudi âl, d Versailles, — Le roi dîna en sortant de la messe , et alla courre le cerf dans la forêt de Marly ; madame la duchesse de Berry et Madame étoient à lâchasse. Le soir il y eut petite musique chez madame de Maintenon. — L'électeur de Bavière partit de Saint-Cloud pour aller à Blois voir la reine de Pologne, sa belle-mère, qu'il n'a jamais vue ; il y arriverademain, fera une visite courte, et reviendra coucher en chemin pour être de retour samedi, et il repartira jeudi de Saint-Cloud pour aller à Compiègne, où il fera le mariage du comte d'Albert avec

mademoiselle de Hontigny, et reviendra ensuite pour prendre congé du roi et s'en retourner dans ses Étais. — On a cassé deux régiments irlandois, celui de Galmoy et celui d'O'Donnel, et on réforme un bataillon de celui de Berwick ; mais on incorpore tous les officiers dans d'autres régiments de leur nation.

Vendredi 22, à Versailles, — Le roi travailla le matin avec le P. le Tellier, ne sortit point de tout le jour. Il fui enfermé chez lui Taprès-dinée avec le maréchal de Villeroy durant une heure ; il passa ensuite chez madame de Maintenon, où il joua avec les dames , et le soir il y eut comédie chez elle. — Deux étrangers, dont l'un allemand nommé Boutler, et l'autre polonois, nommé Mikalouski, qui étoit fort aimé du comte de Lusace, se battirent le matin à Paris et se tuèrent. On plaint fort le dernier, qui étoit fort connu et fort aimé ici. — Bourck, maréchal de camp qui a servi les dernières campagnes en Catalogne, est mort. Il étoit Irlandoiset avoit un régiment que le roi avoit réformé; mais il avoit permis au colonel de passer au service du roi d'Espagne avec son régiment, et le roi d'Espagne avoit envie d'avoir ce régiment dans ses troupes.

Samedi 23, à Versailles. — Le roi tint le conseil de finances, alla tirer Taprès-dlnée, et le soir travailla avec M. le chancelier chez madame de'Maintenon. M. de Torcy entra chez le roi au retour de sa chasse; on ne sait point quelles nouvelles il lui a apporté. — M. le comte de Lusace avoit fait prier le roi de vouloir bien que les corps de ces deux étrangers qui se tuèrent hier à Paris ne fussent point traînés sur la claie, ce que le roi lui accorda, et ilm'avoit chargé d'en remercier le roi de sa part, ce que j'ai fait, et le roi me chargea de lui dire qu'il avoit donné l'ordre qu'il souhaitoit, avant même que ce prince le lui eût fait demander. — Madame la princesse des Ursins arrivera demain à Paris; elle logera chez le duc de Noirmoustiers, son frère. M. le duc d'Orléans a prié le roi de lui ordonner, quand elle viendroit ici, de ne se pas trou-

ver dansles lieux où madame la duchesse de Beiry, Madame, madame la duchesse d'Orléans et lui seront*.

* M.leducd'Orléaus avoit eu des raisons de se plaindre de madame des Ursins, si considérables et si majeures , si à découvert et si fort hors de toute espèce de mesure , qu'il n'y avoit que la protection de madame de Maintenoti » déclarée pour elle et leur communauté de haine pour lui, qui ait pu faire que les éclats fussent portés aussi loin La haine de madame de Maintenon pour M. le duc d'Orléans n'étoît pas adoucie, comme on le verra par le testament du roi , mais sa protection étoit entièrement retirée de dessus madame des Ursins ; ainsi le roi accorda volontiers cette moctidcatioa que le prince ne lui auroit peutêtre pas donnée de lui-même, sans les trois princesses , ses mère, femme et iille, qui s'en firent un capital. Cela fait, ils défendirent tous trois à leurs maisons de la voir, et M. le duc d'Orléans l'exigea de ses serviteurs particuliers; il trouva bon seulement que le duc de Saint- Simon , qui étoit ami intime de madame des Ursins de toute sa vie , parce que sa mère l'étoit fort , vit la princesse une fois en arrivant , et une fois encore lorsqu'elle partiroit pour l'Italie. 11 le lui &t dire, et, quoiqu'ils logeassent porte à porte, il y fut exact ; mais la visite qu'il lui fit fut à porte fermée et dura depuis deux heures après midi jusqu'à dix heures du soir. Madame des Ursius ne lui sut point mauvais gré de ne la voir pas davantage , ni M. le duc d'Orléans de l'avoir vue si longuement ; jamais il ne fut suspect ni à Tua ni à l'autre , ni leur amitié altérée ni refroidie. Il étoit étroitement uni dès leur enfance à M. le duc d'Orléans et l'étoit demeuré publiquement dans les temps les plus dangereux et de l'abandon le plus uuiversel ; il lui avoit même rendu bien des services très-importants et très-difliciles. Il n'avoit pas été moins utile à madame la duchesse d'Orléans ; aussi s'atteudoit-on généralement à le voir figurer grandement lorsque M. le duc d'Orléans se trouveroit à la tête du royaume. Pour madame des Ursins , les Mémoires marqueront incontinent son court et sec voyage à Versailles , bien différent de ceux qu'elle y avoit faits , et qui ne lui promit pas mieux pour la suite. Elle ne laissa pas d'être fort visitée dans les commencements ; les amis s'en piquèrent, la curiosité y conduisit le gros; mais cela se refroidit bientôt , et jusque dans Paris elle eut de quoi sentir tout le poids de sa double disgrâce ; mais elle la porta toujours avec la même grandeur, sansLassesse, sans insolence.

Dimanche 24, à Tersailles. — Le roi tint le conseil d'ÉlatjdlnachezRiadamedeMaintenon, joual'api'ôs-dlnéeau hrelan àquatre, parce qu'iln'y avoit que trois des dames qui ontl'honneurdejoueraveclui, travailla avec M, Pp]-

370 fOURNAL OK DANCF.AU.

letier, et il y eut ensuite grande musique chez luadains"! de Mair|tenoD. — On a eu par l'ordinaire des nouvelles de Romedu 5 de ce mois. Le secret est fortbien gardé'surles affaires en question; le cardinal de la Trémoille et le docteur qu'on a ejivoyé ^vec M. Amelot ont ordre de n'en rien piaqflet' ici, et les lettre^ de M. Amelot, qui sont adressées à M. lechancelier. ne soift vues que du roi, du cardinal de Rohan et de lui. Cependant, comme à Rome on raisonne beaucoup sur cette affaire et qu'on voit le bon accueil que le pape et les commissaires fontàM. Amelot, on croit que le roi aura sujet d'être content. — Le pape A donné le gratis tout entier à U. de Meaux pour l'abbaye de Saint-Germain , comme s'il étoit déjà cardinal.

Lundi 25, à Vermilles. — Le roi dîna au sortir de I^' messe, ^t alla courrç le cerf à Marly ; le soir il travailla avec M. de Pontchartrain chez madame de Haiutenon. — Madame la princesse des Ursins arriva hier à Paris ; elle compte d'avoir l'honneur de voir le roi sur la fin de la semaine. — M. de Torcy a reçu tous les éclaircissements qu'ildeman^oft sur |a substitution des biepa de la mai^pp deCade^'ousseet de la maison d'Oraison ; ainsi le mariage de sa fille avec M. d'Ancezune, héritier de ces deux maisons , se fera dans ce carême. — L'empereur a écrit une lettf e !t l'électeur de Bavière , très-bien écrite et trèsohljgp^nte. L'électeur de pologne est parti de Liège ppiip aller à. 6onn ; mais, quoique les Liégeois lui aient rendu di? ffrands honneurs et témoigné beaucoup de joie de le recevoir, il n'en est pas parti fort content parce qu'il vouloit obtenir d'eux des choses qu'ils lui ont refuséj (1 y a enppre gar^i^oit hoUandoise dans la (jitajipU^ Liège et dans Huy.

Mardi 26, à Fp rsai/Zç-S. — Lp roi ^nt le copseil dp finances, travailla ensuite avec M. Desmarefz , et l'aprèsdlnée il travailla avec M. le chancelier chez madami« de Mnintenoii. Le rni , aptes son lever, donna audience

au

^nce puhli- ^M

FIÈVRIER 171 {5. gj^I

[u^ daps sa ch§pabrp au bailli de l^esmes , ambassadeur le Malte , qui fît (Jitn^tnchp depnier çon entrée à Pari^ , qui fut fort magnifique , quoiqu'il n'eut pas eu beaucoup de temps pour s'y prép^per et qije la pljipart des çheyaliers qui rauroie^at accompagné à son eptrée soient çj^j^ partes. Le maréchal de Tessé etle baron de Breteuil, introducteur des ambassadeur^ , allèrent Je prepdre |L son hôtel avec le carrosse du roi et le coufiuisirent ici. Après cette audience , le roi rentra dans i§oa cabinet, où il reçut Je baron d'iVlwic , envqyé extraordinaire du l^n^^i^q^vp de HessQ-Cassel ^ à qui il donna )me audience psuiiiculière et qifi prit congé de S. I^I. ^près le soupef q^ poij, madame ^^ Princegpe Jui présenta dans sa cnambre la ieiine marquise d'O.

Mercredi 27, à Yersaill^. — ]jq roi tint le conseil cJ'Ét^t^ dli^a che^ ma4ame de Haintenpn^ et après son dîner alla se promeper dajis I^s jardins y où il fit beaucoup pjanter. Le soir il y eut grande musique chez mads^m^ 4e Maintenon , et^ ayant qu'elle commeqçàt, le roi y fi^ entrer Je marécji^l de Vijleroy. — Le pr|ncq Eugène ^ écrit au maréchal de Villars par le retour d'un courrier que réleçtpuf dp Bayièrp ayoit envoyé à Vienne. L'empefeur ^ obtenu de l'électejir palatin réyacuation du Haut-Palatinat ; les troupes de cet électeur sortiront d'Amberg et de quelques châteaux de ce pays-là où il y ayoit garpi^on ^ le ip du paqis de mars , et le même ipur^ Ips troupes du roi sortjropt du fort de Keh^^ selo^ çp qui a été réglé au traité de Rastadt. On parle diversement du dédommagement que l'empereur donnera à rélecteur palatin pq^ir le Haut-Pa\atinat qu'il abandonne ; il y a des gens qui croient qu'on lui a promis le royaume de Sardaigne poijr §a vie seulemqut; ce qu'il y a de plus apparent, c'pst qu'il ij'y a rien encore de réglé là-dessus. Jeudi 28 , à Versailles. — Le roi dîna en sortant dp la messe, et alla courre le cerf à Marly ; il trouve qu'il n'y a pas assez de vieux cerfs dans ce parc, et il a ordonné à

l'équipage du vautrait, que commande d'EcqueviVly,d'en aller prendre dans les toiles, dans la forêt de Monceaux, pour les amener dans le parc de Marly, Le soir il y eut petite musique chez madame deHaintenon. — L'électeur de Bavière, qui étoit revenu samedi de Blois, est parti pour Compiègne, où il demeurera quelquesjours, et puis il reviendra à Saint-Cloud; il y fera peu de séjour et viendra ici prendre congé du roi, et partira le 18 de mars pour retourner dans ses États. — Le roi a donné à Bonrepaux 100,000 francs sur de très-bons fonds dont il sera payé incessamment ; il y a déjà longtemps que le roi lui avoit promis de le dédommager des dépenses qu'il avoit faites par son ordre dans ses ambassades de Danemark et Hollande.

Vendredi V mars, à Versailles. — Le roi travailla matin avec le P. le Tellier ; il alla tirer l'après-dlnée, et le soir on joua chez madame de Maintenon la comédie du Médecin malgré lui , et ensuite il y eut une musique de Destouches, — L'ambassadeur de Perse alla le matin Paris voir M, deTorcyquiy était allé hier; il fera plus long sÉjour en France qu'on n'avoitcru, et il n'aura audience du roi qu'après Pâques, M, de Torcy lui trouve beaucoup d'esprit ; il est très-affligé de tous les sots bruits qu'on a fait courre de lui. 11 fait des propositions au roi qu'on dit importantes. S. M. a nommé trois commissaires pour les examiner, qui sont :M. de Torcy, M, Desmaretzet M, de Pontchartrain, — Madame des Ursins devoit venir ici demain; le roil'auroitvue chez lui à deux heures, elle serolt ensuite allée chez madame de Maintenon , et puis elle seroit retournée à Paris ; mais elle a une fluxion les yeux qui l'empêcha de venir.

Samedi 2 , à Versailles. — Le roi tint le conseil de nances, alla tirer l'après-dlnée, travailla le soir avec H. le chancelier chez madame de Maintenon , où il joua ensuite avec les dames. — Comme l'ambassadeur de Perse ue vient ici qu'après Pâques, on a ûté le trône et

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MARS I7IJÎ. 373

tous les gradins qui y étoient. — 11 arriva un counier du duc de Saint^Aignan ; les lettres sont du 16. Il ne savoit pas encore qu'ilfùt nommé àl'ambassade d'Espagne. Le cardinal del Giudice étoit arrivé à Madrid. Le roi d'Espagne mande que toutes ses troupes pourl' expédition de Majorque doivent être embarquées ; mais Asfeld, qui les doit commander et qui est à Barcelone, a écrit ici que l'embarquement n'est point fait et ses lettres sont de même date que celle du roi. Le marquis de Mansera, qui avoit cent ans passés, est mort à Madrid; il étoit mayordomomayor du roi*.

* On a expliqué ailleurs ce M. de Mansera assez pour se coiitenler ici de remarquer la bévue des Mémoires ; il n'étoit point et ne fut jamais majordome-major du roi d'Espagne, et n'avoit d'emploi, lorsqu'il mourut , que celui de conseiller d'Ëtat', qui étoit le comble de tout en Espagne, et ce que nous appelons ici ministre d'État; mais dès lors cela étoit fort tomhé et a été anéanti depuis, excepté la vanité du titre. Son âge plus que centenaire , quoiqu'avec l'esprit très-sain , l'empèchoit depuis quelque temps de plus sortir dechez lui. Son rare mérite et sa fidélité exquise le firent autant et aussi universellement regretter que s'il avoit été d'un âge à laisser encore espérer bien des années.

Dimanche 3, à Versailles. — Le roi tint le conseil d'État, dîna chez madame de Maintenon , ne sortit point de tout le jour, joua après son dîner avec les dames, et, après la reprise de brelan, alla chez lui travailler avec M. Pelletier, etpuis revint chez madame de Maintenon, où il y eut grande musique. — On eut par l'ordinaire des lettres de Rome; elles sont du (12 février. Les nouvelles de la nég;ociation de M. Amelotsonttoujours fort secrètes, mais les bruits qui se répandent dans Rome continuent à être bons. — L'ordinaire d'Espagne apporta beaucoup de lettres du cardinal del Giudice, qui mande à beaucoup de courtisanset de dames son heureux retour à Madrid, et on a. trouvé même assez extraordinaire qui l'ait écrit à M. de Noirmoustiers, frère de madame des l'rsins. Le roi d'Espagne a mis ce cardinal è. la tête des affaires politiques

ai4 .lOUHIVAL DK DANGtAU.

de justice et de religion. Le marquis de Bedmar demeure chargé des affaifes de la guerre , le duc de Veraguas * chargé de la tnariue et du commerce, et le marquis de I^tigillànâ chef du conseil des Iodes.

' On a fait Buflisamment Connoitre aillêlirs lei marquis de BednJar lA de FrigillaUB; od a ébauché le cardioal del ûiiidice, qui se retroDvert ailleure. Pour le duu de Veraguas, c'était un e^det de la maison de Por^ tugal , grandement établi en Espagne , ht:ritier du tameu\ Christophe Ctildmb, de la fille duquel ii étoit sorti de mâle en mâle. Son père avôît été vice-foi de Sardfligue et dé Sicile, et f aVoit bibu fait ses affaire ; Il devint suspect à la France , se retira et ne vécut guère ajfTÈÈ. Cëllil-fii , dont la figure étoit des plus baroques, avoit beaucDup d'esprit, de' capadté en affaire , et , ce qui eSt rare en Gsflagiie , l'esprit fort orné , ibais si étraiigelnent paresseux que tout cela lie liil kerj'it Ûe rieii. 11 y aura lieu d'en parler encore. SA branche flfilt ûvéli lui , car il rië Se maKa point et mourut terâ 1T30. Sa sœllr Liniqtlë recUêilIlt ia grandesSe, qui étoit une de celles de (iHafléâ V, et d'iiiiitièuaeï hieiis ; elle avait SHI lor^ épousé le auc deLiria^ Ois tilt<ËauTlifir€cHâldubdgfi(;hvit;tt,yi s'établit m Eâpagnb ; ddnt jiluSleurâ Ëiiftitlts.

Luiidi 4, a rmaîim. — Le roi pt'û ibëdfeciiië, et ti*-" vailla après son dliier avec M. dlî l'oiitchàrtràiii . M, de la Noue-Langeais eut une pension de SOO écus quand il se fit catholique; il est présentement enseigne de gend»», merié, et on lui avoit donné une gratification de 500 écusi Le roi vient de tourner cette gratification en pension, st bien que sa pension est présentement de l,OllO écus. -~ Le comte d'Albert * est déclaré grand écuyer de l'électeur de Bavière ; M. de Torey avoit demandé au roi de sa part la permission d'accepter cette charge et d'épouseï' mademoiselle de Mohtigny j ce mariag'e doit s'achever cet^^ semaine à Compiègne. — Le courrier dii duc de Saii Aignkh, qui arriva saméiai, avoit trauvé IH. Orry à Bop» deaux ; U est arrivé ce matin à Paris, et il espère pouvoir au premier jour avoir une audience du roi. — L'ambasuadeur de Perse alla à l'Opéra *à Paris ; on lui avoit fait garder l'amphithéâtre. U futcharmé des danses de la musique.

:s plus que ^H

' I^ mort du duc deChevreuse laissa loiilc liberté au comte d'Albert d'rpouser publiquement là màttressc publique Àb l'ËlHeteilt- fle Bavière. 1^ duchésée de Cfaëh^lije et le duc de Chaulnes , âbn Ql^ , i?u furent outrés. Madame de Lévi!i , sccnr de ce dernier, ne le fut pas moins et de voir le comte d'Albert aller en Bavière et s'y adomcstiquer par une charge ; mais il était per<lu ici et sans aucun bien, et le roi fut ravi de le sentir loin et si honteusement établi. Qui ei1t dit à toute cette famille cpie vingt ans après la fille utlique de ce bcaii mariagi' épbtiseroit le fils unique du duc âc Litres, qui avec une fl^re aimable et plus de 300,000 livred .de rente en ma^ifiques terres , des palais ricliement meublés partout et nulles dettes, pouvoit choisir dans toute la France,

Mardi 5 , à VermlUei. — Le rOi travailla le matin avec M. de Pontcharttain ; il n'avoit pas ptt (inir liier toiltex les affaires qu'il y avoit. Il n'y eut point de conseil. Il dîna cbez madame deMaintenou; il travailla Taprèsdttléechez lui avec M. le chancelier, et à six heures reiitra chez madame de Haintenon, où il joua avec Ifis daines. — Le roi a dortné une pension et un brevet de lieiitenanlcolonel à rofiicicr qui lui a rapporté la perle qui toittha de son habit le jour qu'il donna audlehce A l'aitlbaâsadeiir de Perse (1). — Madanle la princesse dé Codly; Ulle

(I) " Sa MBjesl^ nllaul de son appartemenl i ann iniiie, ude des plnsh«lli!s perle* de la coaronne se ilétacbarie son liabit et ïg trouva heureiisemeni , après avoir fait peut-être bien du clieinin dans la galerie, sou» les pli^n i)e M. Ife marquis iie Lange, qui prlteoliD \h peitie <le la rdmliïiiiFr. Il vA iM que cette négl^cuce lui éloit bien pardonnable , et qa'U ne s'àtlendoit pu i trouver un trésor. Cependant, aprts avoir Tait cet elTurt, il remarqua avec plaisir qutccioyaiiétoiltrÈs-digQeilelaiielue qu'ils'étoitclonti*e. Il le mit sagement dârts 9« pocbe, et quelques jours après il eut IliumleUr de le rtlidre bu rtii aite un placet que S. M. recat d'une favOn singulière. « Sire; dit-il , je su^ plie Vot^e Majesté de me pardonner la liberté que je prends de lui présenter la perle des (lacets. " Le rui aussitôt , aprts s'être tlut expliquer i'énigine , It reçut aveu cette grftceinQnie qui aoumpogne ti>utes se« aclidnBétpHhGi|Wement les dons qu'il bit It ceux qu'il en juge dignes ; enHn II accorda sur-l>;ehamp au marquis de Lange tout ce qu'il lui demaudoit dans son placet.— Giiillaume , marquis de Làn^ie , a eu la main (gauche emportée d'un coup du calinn \ la bataille de N^rwitide ; Il eu) aussi un coup d'épte au Irarers (hi corps Au Mmbat rie LeuM, et ï la bataille de Steiuberque il Tut lait priaonnier. » [ Mercure de mars, pages 284 à ï89. )

du loi, a établi chez elle, deux fois la semaine, une trèsbelle musique des meilleurs musiciens du roi, et elle prend pour cela les jours qu'il n'y a point de musique chez madame de Maintenon.

Mercredi 6, à Versailles. — Le roi tint le conseil d'État, alla tirer l'après-dlnée. Il ne dînera point de tout le carême chez madame de Maintenon , parce qu'il ne veut point manger gras en compagnie, Il y eut le soir grande musique, — Le marquis de Béthune , gendre de M, Desmaretz , salua le roi quand il sortit de son cabinet pour aller dîner. Il arrive d'Espagne, où il avoit reporté la Toison de monseigneur le duc de Berry son maître, et le roi d'Espagne la lui a donnée. — Mademoiselle de la Lande, fille d'une des deux sous-gouvernantes de monseigneur le Dauphin, se marie au marquis d' Arcy, et en faveur du mariage le roi |donne à la demoiselle 30,000 francs sur lamaison de ville valant 2, 000 livres de rente, et il donne un brevet de mestre de camp à celui qui l'épouse.

Jeudi T, à Versailles. — Le roi dina en sortant de la messe, et alla courre le cerf dans son parc de Marly, et le soir il y eut petite musique chez madame de Maintenon. — Le marquis d'Arpajon , officier général et qui a servi avec distinction au siège de Barcelone, et à qui le roi d'Espagne a donné la Toison , épouse une fille de Montargis, garde du trésor royal, à qui on donne V00,000 francs ; elle en aura pour le moins encore autant après la mort de son père. — M. Orry est arrivé d'Espagne; il espère qu'il pourra avoir l'honneur de saluer le roi demain. — On mande de Vienne que le traité de la Barrière s'avance fort, et qu'on nedoutepas qu'il ne soit concluavant le 20 de ce mois.

Vendredi 8, à Versatiles. — Le roi, après son lever, donna audience aux députés des États d'Artois; c'étoit l'abbé de Valbelle , neveu de l'évèque de Saint-Omer, qui portoit la parole. Après la messe il travailla avec le P. le Tellior;

après son diner il fit entrer Orry dans son cabinet , mais l'andience fut courte. Il y eut conseil de dépêches à trois heures, et àsix heures le coi entra chez madame de Maintenon, oii il y'eut comédie. — La Chapelle*, un des premiers commis de M. de Pontchartrain, a été chassé ; on ne sait point d'où vient sa disgrâce, mais il a eu ordre lui et sa femme de se l'étirer, et son emploi chez M, de Pontchartrain est donné à M. Rodot, qui a été intendant en Canada et à qui M. de Pontchartrain a toujours marqué beaucoup de considération.

' La Chapelle étoit un premier commis de conSaoce et de distinction, qui avoit une femme du premier mérite , et tous deux fort h leur place. Elleavoit été dons toute cellede madame la chancelière et de madame de Pontchartrain , toujours à Pontchartrain avec elle , et fort connue et considérée de quantité de dames de la cour et de la ville des plus distinguées. Le mari n'étoit pas moins estimé de beaucoup de gens considérables, et fort dans la confiance de M. le chancelier. Cétoit lui qui faisoit les lettres de la main du fils , et qui contrefaisoit si bien son écriture , qu'on admira longtemps un style qui paroissoit si peu de Pontchartrain. La Chapelle étoit souvent entre le père et le fils qui rarement étoienl d'accord ensemble , avec une jalousie et une affectafioD du Sis à faire du pis qu'il pouvoit à tous ceux que son père aimoit, qui ne se lassoit jamais de mal faire. ï.a Chapelle se méloit aussi des affaires personnelles du fils , et par son adresse , son liant et sa propre considération l'avoit tiré de force raauvaispas. Tout cela ensemble lui devint insupportable, sans que la mesure ni la douceur de la Chapelle le pût guérir du poids des obligations , ni de la lèpre de l'amitié et de la confiance de son père et de sa mère. Celle-ci n'étoit plus ; le père étoit mort au monde ; le fils sentit sa liberté et en profita ; mais que dire de la Chapelle et de sa femme si connus, si goiltés, si universellement estimés? Il fit confidence au P. Tellier et au roi qu'ils éloient jansénistes et qu'il ne le voutoit pas tromper. Il y joignit sans peine toutes sortes d'éloges , parce qu'il savoil bien qu'ils ne le sauveroient pas , et eu effet peu de jours après la Chapelle fut chassé. A peine eut-il sou ordre , dont il fut surpris au dernier point, que cela se répandit, et qu'à commeucer par les plus grands seigneurs tout Versailles fondit chez lui. Il s'en défit avec respect et modestie , et s'en alla à Paris avec sa femme. Dès le lendemain le mystère d'iniquité fut tôt découvert ; Pontchartrain la porta d'autant plus entière qu'il fit plus l'ignorant et l'affligé. L'un et l'autre pourront revenir sur la scène.

378 JOURhAL UK UANGEAU.

Samedi 9, d yersailles. — Le roi tiat le ixiusell de finances, et l 'après- dîné e il allase ptomener à Marly, où il fit beaucoup planter ; le soir il travailla avec M. le chancelier chez madame de Maintenon. — Par les lettres qu'on a reçues de Madrid du 25 février, on apprend que lu prince aeCellamare a été nommé ambassadeur en France, — Un courrier de M. Âinelot qui arriva hier au soir apporta des lettres du ûi février. On ne dit point les nouvelles qu'il apporte sur la négociation; ce qu'on apprend par lui, c'est que le cardinal de Bouillon étoit à l'extrémité quand il est parti, et que le pape lui a rendu visite durant sa maladie ; on croyoit même à Roiiië iju'il lui porteroit le viatique.

Dimanbke 10, à Versailles. — Le roi tint le conâeil d'État, alla au serinon l'après-dlnée, et le Soir il f fcdt grande tQusiqUe chez inadàme de Mainlellbn. — M. 16 chancelier ira jeudi au parlement poiir la première fois; M. le chancelier Pontchartrain n'y a Jamais été. Il sera accotnpagné de six conseillers d'État et de quatre maîtres des té(Ju6tes; les six toiiSeillerff d'Étiit sorit : hM. de M«tillac, bâgiiesseaU, de Caumartih, de Chauvetiri, de Vàiibourg' et de Trudaine ; les quatre maîtres des requëtêiî sont : MM. d'Auneuil, de Fieubet, d'Ormesson et de la Roehepol, M. Pelletier, qui est sous-doyen du conseil , ne ^oUvoit pas être un des Conseillers d'État qui FtcCbmpfl^ gneront le chancelier aU parleoierit , parce t|ti'il n'y aiiroit point eu séance, n'ayant jamais été maître des requêtes et n'étantpoint conseiller d'honneurau parlement.

Lundi 11, d Versailles. — Le roi se lit sÈiigner le matin et entendit la tUéSse dariS .sa chambre ; il tint ensuite lo coiiseil d'État. L'après-dlnée il travailla avec M. de Pont^ chartrain; le soir il y eut petite musique chez niadaine de Maintenon. — Il arriva un courrier de M. Amelot pailequel on apprit la mort de M. le cardinal de BouilloQ*; II a tait un testament & Rome pSr lequel il laisse six cardinau.v ses exécuteurs testamentaires pour les biens (Jù'il

MARS 171tf. ^ 379

laisse en ce pays-là ; il avoit fait un autre testament pendant qu'il étoiten Normandie^ dont on savoit le contenu^ mais on ne Sait pets ehcorè ce qu'il ^ â dàtlâ celiii qui est fait à Rome. Il étoit] ddyéii dii Saci*ë fcbllège, et eh cette qualité évêqiië d^Ôstie ; il étoii grand chanoine de Liégé ; il éioit abijéde Saint- Waast d'Àrras, de Vigogne, de Sain t- Ouen, de Saint-Martin-lès-Pontoise et de Tourntis. L'abbé d'Auvergne va entrer eti possesâioti de Clllny ; il ëtf StOit cbadjùtetii».

* Il faut encore ici un supplémeat au silence de Dailgeau \ d^anritiii ou de politique pour les Bouillons. Le cardinal de Bouillon faisoit à Rome un triste personnage après y avoir tant brille autrefois. Touâ seS revenus étoient saisis, et tout ce qui n'étoit pas brouillé avec le roi n'osoit le voir. Il se soutenoit par Textérieur d.u déc^nat et par la considération que le pape se piquoit d'avoir pour lui , quoique sans nulle estime, parce qu'il avoit eu grand'part à son exaltation^ et que'*ti*étaBt point évêque lorsqu'il fut élu, il avoit été sacré de sa main. L'orgueil ^ qui non plus que l'avarice ne dit jamais que c'est assez \ ût imaginer au cardinal de Bouillon une nouveauté ; ce fut que les cardinaux , allant parler l'Un après l'autre au pape au consistoire , n'ôtassent |>lu8 leur calotte. Il le proposa au pape^ qui en sourit, mais qui, ne voulant pas le refuser, lui dît qu il le vouloît bien, pourvu que les cardinaux y consentiiéent. fibuiJloii chii; dëâ lorâ toii affaire faite, t>àircé que, jugeant de^ dlitre^ (jdr lui , il ii'ihiagidôft paS Qu'Ile puisent n'être paâ xis\% de cette distinctidii ; il ed parla à quel^ties^hns des principàui^^ qui^ ne tôuiàtlt pas lui prêter le collet, répondirent ambfgutnent et emballèrent les autres. Incontinent après il y eut consistoire. Bouillon , sûr du pape et croyant l'être aussi des cardinaux a qui il avoit parlé et qui étoient des pHnct^aûx, iië Lalaîiçâ î)ôiht d'âiiër t>arler âti (jàpe, et le premier comme do^b , sa dtôtté \Ài la tête; aassitôt gràbd hlti^inbrè et lel qu1i se fit etitëfidre ; après lui ^ les autres oardlnâdt tinrent parlt^r âii pape en leur rang ^ et tous leur calotte à la main. BoUilldn de sa place frémissoit de l'affront et faisoit signe à ceux à qui il avoit parlé , à mesure qu'ils alloient; mais il n'y gagna rien et sçrtit du consistoire outré de dépit. Il espéra pourtant renouer éôii àffdiire en' parlant à tous; liiâis ce flit biëb pià qbabd il é^Ht ^ue le ^cré ëôllëge èe voufôft plaindre au pape d'une innovation qu'dU particulier, quoique doy^en, n'étoit pas en droit de faire , et de lui en demander justice et ré^ration. Le pape, à la vjérité, l'empêcha d'autorité par la même considération qui l'avoit empêché de refuser Êouillcii ; mais il le blâma d'avoir

JOURNAL DE DAISGEAU.

hasardé la chose sans BD être convenu avec ses confrères, qui continuée rent a faire grand bruit. Ils ne se trouvoient point flattés d'un honneur au\ dépens du pape , et qu'ils font et qu'ils peuvent devenir, et dont par gradation la grandeur est la leur même, et se sentoient piqués d'iioe entreprise sans consultatton , sans concert, et qui, de la part d'un doyen si vain et si fort à chimères, leur paroissoit une t^nlative, un mépris , une insulte. Les propos furent si vifs et si unanimes que Bouillon eu fut encore plus touché que d'avoir échoué. Il ne put raéconnollre qu'il étoit généralement haï et méprisé , lui qui se faisoit accroire tout le contraire, et il ne put le soutenir. Il en tomba malade de rage, et de rage il en mourut en uinq ou six jours; chose étrange pour un homme qui devoit être si familiarisé avec la rage , puisque depuis tant d'années il en vivait. On a eu si souvent occasion de parler de lui sur ces Mémoires , et i] a été un personnage si connu , qu'il seroit superOu de s'y étendre. Si on retranche tout le bon et le grand du maréchal de Bouillon , son grand-père , et qu'on n'en laisse que le mauvais , le faux, l'ingral, le crime, le perfide, le noir, et qu'on y ajoute la folie, ce sera entre eux une ressemblance parfaite. II est encorevrai que Lucifer est peut-être la seule créature qui lui fût supérieure en orgueil et en tout ce ijue l'orgueil peut inventer et commettre. 11 ne fut pas plus regretté en France qu'à Rome, si ce n'est des Bouillons, et, quoique le roi en filt fort aise , il le méprisa jusqu'à n'en pas dire un seul mot.

Mardi 12, à Verseàlles. — Le roi tint le conseil de finances , travailla ensuite avec M. Desmaretz , ne sortit point de tout le jour, travailla chez [lui l'après-dlnée avec M. le chancelier, et ii six heures entra chez madame de Maintenon, où il joua avec les dames. — M, le Camus, premier président de la cour des aides , est mort à Paris; il avoit quatre-vingt-dix ans. Son petit-fils a la survivance de sa charge. — Le roi d'Espagne a envoyé ordre à M. de Chalais et àM. deLanti, qui ont suivi madame des Ursins, leur tante, en France, de ne point retourner en Espagne. M. de Lanti a épousé depuis peu en ce pays-là une grande héritière qui lui assuroit la grandesse , et M. de Chalais avoit été faitgrand parle roi d'Espagne; mais le roi notre maître n'a point voulu qu'il jouit des honneurs de la grandesse en France.

Mercredi 13, â Versailles, — Le roi tint le conseil d'Etat, alla au sermon l'après-dlnée, et le soir il y eut grande

] à mai

musique chez madame de Maintenon. Le roi, après son lever, donna audience à milord Stairs qui se plaint toujours que la paix faite avecTAngleterre a été fort honteuse à leur nation, et que les ministres du précédent règne ont malversé dans leurs négociations; que le canal de Mardyk que nous avons fait est contraire à l'esprit du traité. Le roi a répondu à toutes ces plaintes avec beaucoup déraison et de fermeté, et le milord ne prendra point la qualité d'ambassadeur qu'il n'ait reçu de nouveaux ordres d'Angleterre. — M. l'abbé d'Auvergne a écrit une lettre au roi très-respectueuse et très-sage , ne voulant point prendre possession de Cluny, quoique coadjuteur, sans avoir encore l'agrément du roi.

Jeudi 14, à Versailles. — Le roi dîna en sortant de la messe, et alla courre le cerf dans laforôtdeMarly, L'électeur de Bavière étoit à la chasse et revint ici jouer après la chasse ; il se prépare à partir dans sept ou huit jours pour retourner dans ses États. — M. le chancelier alla prendre sa place au parlement ; il y fut accompagné de plus de cinq cents officiers. 11 fit un très-beau discours, où te premier président répondit fort bien aussi. — La ratification d'Espagne pour la paix avec le Portugal est ar rivée à Utrecht , mais les ambassadeurs de Portugal n'ont pas encore reçu celle du roi leur maître. — M, le Camus, petit-fils du premier président qui vient de mourir, avoit la survivance de la charge de son grandpère, mais il n'avoit pas la permission de Texercer parce qu'il n'avoit pas tout à fait l'âge ; le roi vient de lui en donner la dispense, ainsi il va exercer la charge.

Vendredi 15, à Versailtes. — Le roi travailla avec le P. le Tellier ; il entendit le sermon l'après-dlnée , et le soir il y eut comédie chez madame de Maintenon. — On n'a point encore reçu de Rome le testament du cardinal de Bouillon ; on sait seulement qu'il a fait le fils du duc d'Albret son légataire universel, et qu'il donne lademoiselled'Albret 20,000 écusetun collier de perles

3S? lOlTRNAT, DE pA.NGEA.U.

qui vaut du moins autiint. La lettre que l'abl'é cJ'A^^vergne avoit écrite au roi a été Irès-jjien reçue, et le roi lui a recommandé de finir Ijeaucoup de démêlés qu'il y a pvpi les moiues de cette abbaye. — M. le Duc a nommé pour député desÉlatsde Bourgogne l'évéque d'Auti;n (1) (c'étoît le touF des évoques) et pour député de la noblesse M. de Bissy. Cela leur vautà chacun 14,0Q0 livres p^ an, car les États ne s'assemblent que Ions les trois ans. LesËtats donnent à l'intendant de la province 8,000 francs pendant la tenue des Étals.

Samedi 16 , à Versailles. — Le roi tint le conseil de finances, ne sortit point de tout le jour, travailla l'aprèsdlné avec M. le chancelier et à six heures, entra chez madame de Maintenon, où il joua avec |es âafnes. — - Madame la princesse de Couty, lamère, a emmené à Paris ipad^me la princesse de Conty sa belle-fille. Elle y fera ses coi)chp5 ; elle est dans son neuvième mois.- — II ne parolt pas que la paix du nord s'avance beaucoup ; le roi de Suède l^ve des troupes avec succès, mais le roi de Prusse et lui Ae sont pas en bonne intelligence, et le roj de Prusse a encore plus de troupes que lui.

Dimanche 17, à Versailles. — Le roi tint le conseil d'État, alla au sermon l'après-dlnée, travailla ensuite chez luiavec M. Pelletier et le soir, chez madame de Maintenon, il y eut grande musique. — M. le comte du Luc a renouvelé l'alliance de la France avec les cantons catholiques* ; il travaille présentement à la renouveler avec les cantons protestants, ce qui sera plus difficile, parce que les catholiques et les protestants sont forts animés les uns contre les autres ; on prétend môme que les ministres du pape en ce pays-là ont fort aigri les esprits. Gela retarde fort le voyage du comte du Luc à Vienne, où sa présence seroit nécessaire , surtout les Anglois y ayant toujours des ministres qui voudroient engager l'empereur dans leur ani-

(Ij Cliarlfs-rraniiiis irHaHfiiLoiirt île Dromesnil.

MARS nt». 3S3

mosité contre la France. Cadogan est encore à Vienne, où l'on assure qu'il a réglé le traité de la Barrière.

* On se f^m Eficorti depuis vingt an^ de lif bévue ^e ce trailé, qui mit la dissension puis la guerre entre les cai^tops cat]ip]iqt|es et protestants, qui a occasionué une fatale supériorité au canton de Berne, et qui a toi^opre depiiis arrêté le reiiouKllemeut de l'allîanee des cantons prot^taniç avec la |;'raoce, qui sppt bien p|us puissants que les cantons catholiques.

Lundi 18 , à Versailles. — Le roi dîna au sortir de la niesse, et alla courre le cerf dans le parc de Marly ; à son i-etour le roi travailla avec M. de Pontcbartrain chez madame de Mainienon. L'électeur de Bavière étoit à la chasse avec le roi ; il joua au retour chez madame la Duchesse , |itsoupa ensuite chez M. d'Antin. Il viendra ici vendredi 4irQ a4ieu au roi. — Le roi donne la paii'ieà M. de Tallacd* ; le maréchal voudroit bien qu'elle pût passer sur sa têt« et le roi n'en seroit point fâché ; mais on ne croit pas que cela puisse se faire, parce que le maréchal a cédé le duché à son fils et qu'il n'y a point d'exemple qu'an homme qui n'a point de duché soit pair. — Le comte d'Albert épousa hier à Compiègne mademoiselle de Montigny, qui s'en va en Bavière; ils jouiront de près de f^OjOOO écus de rente des bienfaits de l'électeur.

' Cette pairie , comme on l'a vu , étoit uoe dette bien légitime de la Constitution , désormais assez puissante pour eu payer bien d'autres , et Tallard avoit porté fort impatiemment d'en voir deux autres, MM. de Boiian et d'I^pinoy, en remporter le précieux prix sans lui II falloit donc bien aussi le conteoter , et payer ses avis si salutaires aux fortunes.

Mardi 19, à Versatiles. — Le ro; tjnt le copseil de finances, travailla ensuite avec M. Desmaretz ; il alla tirer l'après-dlnée, elle soir travailla avec M. le cbancelier chez madame de Mainienon. — On mande de Madrid que le roi d'Espagne a fait le cardinal dej Giudice gouverneur du prince des Asturies, et que Figueroa demeurera seul sous-gouverneur sous lui; que leP. Robinet", confesseur du roi, est chiissi^ el qu'on veut remolti'p en sa place son

38J JOURNAL DE DAKGEAU.

ancien confesseur le P. Daubenton qui est présentement à Rome assistant du général, et on doute que le P. Daubenton, pourqui le pape témoigne avoir beaucoup d'amitié, veuille retourner en Espagne.

' Ce P. Robinet étoit un jésuite du premier mérite, qui n'avtHt pas ' laissé de servir de contre'poids à madame des Ursios en beaucoup de choses ; ce fut lui qui persuada le roi d'Espague de faire fermer la nonciature quand le pape reconnut l'archiduc roi d'Espagne. Il avoit le cceur désintéressé , l'âme noble , l'esprit sage , et jamais personne ne conTmt mieux à sa place et n'y tint moins pour soi ; ces qualités qui le rendoient cher au roi et à toute l'Espagne tirent peur à la nouvelle reine; mais un dernier trait de justice , d'attachement au roi et de générosité le perdit. Le cardinal del Giudice , remonté en faveur, voulut l'archevêché de Tolède. Il en parla à la reine , que comme Italienne il ménageoit, et qui par la même raison vouloit s'appuyer de lui dans ces commencements ; elle en parla au rot et au P. Robinet, he roi fut au moment de l'accorder à la reine , puis dit qu'il vouloit pourtant voir son confesseur là-dessus. Robiuet représenta vivement au roi qu'en aucun temps Tolède ne pouvoit être un morceau pour un étranger, mais qu'après la fidélité cl les services des Espagnols , à qui plus d'une fois il devoiC sa couronne , leur dier Tolède seroit ime ingratitude et une injustice qui le déshouoreroit ; que Giudice, d^jù cardinal , étoit comblé de toutes sortes de grâces et du riche archevêché de Montréal ; que l'évêque de Radajoz s'étoit signalé pour son service et y avoit épuisé sa bourse , son crédit et tout ce qui étoit en lui ; que les troupes qu'il avoit fournies à ses dépens , de ses amis , de son diocèse , avoient en partie sauvé l'État ; que d'ailleurs sa vertu et son mérite , qui de curé de campagne l'avoît élevé à l'ëpiscopat , s'en étoit de plus en plus montré digne, et que lui donner Todède seroit récompenser la fidélité et l'attachement de tous les Espagnols. Le roi n'eut point de répartie à un si digne discours, et donna sur-le-champ Tolède à l'évêque de Badajo^ , aux acclamations de la cour et de toute l'Espagne, Mais la reine fut outrée de la supériorité du confesseur sur elle ; les suites lui en firent peur ; elle se joignit au dépit du cardinal , et peu de jours après ils tournèrent si bien le roi que Robinet fut chassé , qui emporta les cœurs de toute l'Espagne , grands et petits , et qui a vécu depuis en paix et content à Strasbourg, aimé et estimé de tout le monde , sans regrets , sans presque de souvenir de ce qu'a avoit été, et dans la solide pratique de toutes les vertus d'un saint et excellent religieux. Son successeur n'étoit pas de la même trempe; il avoit même encore plus d'esprit , mais il étoit tourné difTéremment. IVIadame des Ursins , qui l'avoit fait chasser, venoit de lui faire place ;

c'étoit alors un mérite de plus d'avoir été ôté de sa main. Dans l'entredeux il n'avoit pas perdu son temps ; ses talents étoient bien connus de sa compagnie; il fut fait assistant du général. Il eut à Rome le secret du projet de la grande af&ire imaginée par le P. le Tellier pour assoupir celles de la Chine et des Indes , et leur faire changer de couleur. Aubenton en fut Tâme à Rome , et il y fit la trop fameuse constitution Unigenitus. Fabroni Ten avoit chargé ; eux deux seuls en eurent le secret ; à eux deux aussi l'Église a la première et radicale obligation de ce qui en a résulté et en résultera encore longtemps. Le pape la TÎt entre les mains de Fabroni , qui ne lui laissa pas le temps presque de la lire, avec cet ascendant impérieux qu'il avoit sur lui, et quoique le pape se fût engagé de montrée la bulle qu'il feroit au sacré collège , et nommément au cardinal de la Trémoille , pour en avoir leurs avis, elle étoit en France avant que ce même cardinal de la Trémoille , qui d'abord en cria bien haut , ni pas un .joiutre , en ouïssent seulement parler.

Mercredi 20 , à Versailles. — Le roi tint le conseil d'État^ alla au sermon l'après-dlnée et puis se promena dans les jardins. Le soir y eut grande musique chez madame de Maintenon. — Le mariage de M. de Thorigny avec mademoiselle de Monaco est entièrement réglé. M. de Monaco cède le duché de Valentinois à sa fille ; Tabbé de Monaco, à qui ce duché viendroit après la mort de M. de Monaco, y renonce en faveur de sa nièce, et le roi non-seulement y consent, mais il ajoute encore la pairie au duché. La terre étoit duché-pairie pour les mâles , mais en tombant à une fille elle n' étoit plus que duché. C'est M. le Grand, père de madame de Monaco, qui a obtenu cette gràce-là du roi qui, en les lui faisant, lui a dit qu'il n'en avoit point fait de plus grandes de son règne et qu'il étoit bien aise de les lui faire pour lui marquer toute son amitié*.

* Sans se piquer de savoûr, Dangeau est aussi trop ignorant en duchés. Valentinois, qui fut érigé en duché-pairie en 1642, pour Honoré II Grimaldi, quand il chassa les Espagnols de Monaco et qu'il se donna à la France, fut expressément et nominalement érigé pour mâles, tellement que les femelles qui ne sont jamais comprises que quand elles sont expressément et formellement nommées , sont nettement excluses de cette érection qui n'est que pour les mâles ; ainsi Dangeau erre T. XV. 25

tfi^ JOURNAf^ PË OA^GEAU.

d^^S je princigie. Ce qui awa, l^ f pioj. M. d^ M^WMW» Iww tf «B^IPfie d'avpir p|us ^'pafanUi, ^ n>yapt que d^$ fiUe^, ç^WfP^ fm^eigç^t £i tfaQguer aa dignité, et; paf |f| of^dit 4» M: ^A ^rp^4 , |8i 6§9u^i §vep |eqp^l il s'étoit rappoqap^Ap , i) p(itip| 4^ 1^91 |pi)| ^ qh'P fo^yf . Le9 gWes t^irfàèrpi ^e )^ f ^eces($|p{) 4 19 PPuroa^e fx^^i Pf^m^ ; aprèi; PrtlBs^là ^uHes mtm pe purent s^fpWeç fWHf^é^Jlïl» , m tes gracias çn ce gppre §ppptdé|BS ^ M- 4© I9 ]ftqi4i^fm(i^ FMi W»VfH«it pas ê^e refj)^ à §0» p^^^l parp^lupl an fgvPHr- fl WlWt ^ M, je MpnapQ pi^ hqpapap 4P qu^ité qHÎ ^pHJût ^ian qHJR^ ? i^sf^ pg^r f(pi et sa pofitéf j^ pqn nopi^ , se§ a^pig» et n^ Hyip^, opm^ pr|i|i^||Q se^l celles ^p Qsiïp^di 1 et |l faUpit p)|ppra qtf jl fftt a^^ nchp pqyr doi^ner qo^que afgepf q ]>f . ^ Monapo , ge phfurgçf 4^ )a 4Pt dp iP ^epx autreii fi|le$ , pt payer gr^4 n9?»bre 4p gipps çré§pcfp|g Qqi îoiprraentoiept if. de ]^oi^cp. Ce ï^'ptpjt pa^ tpqt; jl f^Hpit quelqup^ fq^ et un ^niple viager à l'abl^é de l^ïpp^po , sor ^f e , qui y ^qjt fer^fte pour céder ses droits , et tout cela si net et si assuré que M. de ^o^^ fut , sa vie durant , parfaitement libéré et à son aise. Le défaut de moyens rompit l'affaire du comte de Roucy pour son fils. Matignon, grâce à Ghamillart et à son économie, avoit de quoi satisfaiceM. de Mon^cp. p^putpYJlle Iqi avpi| poapq^é ; il R'étoit poii|t ^ S|tmiMoi) 4'Wpérer du roi d'êtrp fajt 4^CTp^r 4® B"'^® grâce; jl ^e jiyra donc à V^cheter par une occasion unique. Son pfiarché fE|it avec M. de Monaco , il fut question de ce qui uniquement le lui avoit fait faire , et voici an net et ea deux mots ee que le roi aeeorda et qui étoit de tous points sfins e)^en)ple. M. dp Monaco sa démit, et l'pbbé de Mnaace quitta IPus ^es droits pré^ept^ pt futurs ; ^, 4e Thorigpy se spprfljt ^ )a pon^itjpn de prendre en seul lei; noms , arme§ e^ \y(\ée^ dp pf jnfi^ij^i \ yaj^^nois , quoique non éteint , fut érigé de nouveau en duché-pairip pour lui et les mâles issus de son mariage avec la fille aînée de Ikl. de Monaco, avec rang npuveau de sa réception au parlemrat; en cas fue M. de l^pnacQ p)!it un flls , alpra \^ QQUYalla érepTioa est élmte par pela se^l çlan§ % ^e Thorjgny viv^t; \\ 4çffenre p^us ^pg fpi^Ptt^ de pair ; mais ^ vie durant il demeqre ayec le titre, Iç rpi^ et lef l^ppneiirs de duc de Valentinois comme un duc-pair démi^j^ et Ip duchépairie de Valentinois, et terre et dignité, retourne à M. de Monaco et à son fils , et dans le rang d'ancienneté de 1642, comme s^ n'eût jamais été question de M. de Thorigny ni d'élecjion ngjivpjlç , et jlprj (es fils de M. de Thorigny sans rang i^i titre (le cj^p, pt rpstJÎW^ ap i^pip, armes et livrée^ de leur proprp maison. Ypjjà pour pp qui reffan}e la dignité. Il y put encore d'autres çl^p^es concernant \^ réyer^ipn fies biens ; coinme le mariage ne se pouyoit; faire sitôt miç ^^ djfficujté^ ii)||'i||S$ques qu'il falîoit aplanir, e|; qu'il eu faljpit ppur|;ant bief^ ffs$u]fer l'pnique fondement , toutes ces conditions furent accordée^ pay uï\ brevet

MARS 171» fi?

du 94 Juill^ 171^. I^ 10 o«ta)>i<^ avivant, m. da Thmiipy éimusa la m^ ^ée d^ M* 4» M^m^, à M^i^q^ pI m laqi» d^ déeenit»r0 9ui-

nmt tau l^ltares d'él^doii fw^ent 9^pédié^ ponfermas ep tout au brevet. Ci^inma a étoit 4» hem ÎPVi dP9l b ¥Qlept# ftwit été «ur pete pu-

blHi^iSR^^ (^mm^, ei; qu'il 9U9Qii fait (wM ér4«tii»§ fil 1^ difflauli^

de famille ne Tavoient fait différer, le régent et le flQpsfiil de yég^oee n'en firent point de difficulté, ni le parlement de les enregistrer toutes, I^Ues qu'ellcn lui foreut firéMptées 1« | aspteaibre I7|fl , tt d6 msfvoir ]tf . de y^leatinm ^u sgn^ept d^ dncrp^iir le 14 d^pembre miY^nt avfp rang d'ancienneté de ce jouçrlà, Ce m fut donc pf|| saQS grande r^jSQH que le roi j|t valoir à M. le Grand cette grâce , comme n'^n ayant point ftlit de plUâ graùdes de son régné, Madadie de Monaco ne survécut pas loBgttmps à la oottsemmatioli de cette aâiafre. M. de Me^Mo , que sa §«re8|0 flt 8^ infifpidtés t^m^n^ k M^AUQo ,*{|ani^ ^ ^f^ pmm^ tm^ depuis la uaqrt dç SQfl père, nç se r^noaria p^n| , ft y HRQurut quelque temp§ apr^ sa femme ; et ^qn gendre den^eura en cert§ine et assuré^ possession de la grande ^t magnifique affaire qu'il avoit faite.

Jeudi fti 9 à ¥$r9aHlMi -^ Le poi dina en sortant de la mesfld^ ^k alla ûourse le oevf dans la forêt de Marly ; il y eali petite musique le soir ohea madame de Maintenon. Le poi y apràs son leve?^ signa le oontmt de mamage de M, d'Ancesune^ petit-£ls deM. de Oaderousse^ avec mader moiselle de Toroy, à qui on donne 200^000 livres en mnr riage savoir : 150,000 francs que donne M. de Torcy, et SO^ÛÛOfranes que donne M. Tabbé de Pomponne^ frère de ii^a4ama de Topoy . On eampte que le marié aur^^ apràs la mort du père et de la mè|t^ , 70^00P livres de rente de bien substitués, car il aura tous les biens de la maison de Caderousse et oeux da la maison d^Orai^on^ dont la mère dq marié est béritière. -^ Le due de Fronsaô avoit fait quelques démarches qui faisaient croire qu'il vouloit se venger d'un procédé qu- avoit ep avec lui un pag^e de la grande écurie le jour de Paudience de l'ambassadeur de Perse; M. de Fronsae prétend que tout ce qui a été dit là-dessus est faux^ mais le publie l-aveit écliauffé. M. le duc d'Orléans prit hier sa parole etlui imposa silence. Mil. les ducs ne veulent pas reconnoltre le tribunal des marechaude de France*.

388 JOURISAL DE DANGEAU.

* Cette prétendue afiGaiire étoit assez passablement ridicule. M. le due d'Orléans se trouva sous la main, et finit cela en l'arrêtant sur-le-champ. Au moins Dangeau avoue ici que les ducs ne veulent pas reconnottre le tribunal des maréchaux de France, et les diverses occasions qu'il en a rapportées , quoiqu'on sa manière , montre qu'ils ne le reconnoissent ni de droit ni de fait.

Vendredi 22 , à Versailles, — Le roi travailla avec le P. le Tellier; Taprès-dlnée il alla au sermon , et après le sermon il vit dans son cabinet Télecteur de Bavière qui prit congé de lui pour retourner dans ses États. Les adieux furent fort tendres ; le roi embrassa l'électeur à plusieurs reprises , et l'électeur est toujours de plus en plus charmé du roi et de toutes les amitiés qu'il en reçoit. Il ne se cache pas de la peine qu'il a à quitter les François^ et cela diminue fort la joie qu'il a de son rétablissement. Après le départ de l'électeur, le roi entra chez madame de Haintenon, où il y eut comédie. Le roi, après son lever, signa le contrat de mariage du marquis d'Arpajon avec mademoiselle de Montargis, fille d'un des trois gardes du trésor royal, à qui -on donne en mariage 500,000 francs; elle en aiu*a encore pour le moins autant.

Samedi 23, à Versailles. — Le roi ne sortit point de tout le jour ; il n'y eut point de conseil de finances, parce que M. Desmaretz, qui rapporte seul à ce conseil, a la goutte bien violente. Le roi travailla h matin avec M. le chancelier, et l'après-dlnée il joua deux reprises de brelan chez madame deMaintenon avec les dames. — Les troupes que le roi envoyoit à Malte ont ordre de revenir , et on a envoyé un courrier pour les empêcher de s'embarquer. M. le grand prieur n'ira point à Malte; on prétend qu'il avoit écrit une lettre assez haute au grand maître sur ce qu'il vouloit donner le commandement des troupes à M, de Staremberg et que ce commandement ne devoit être donné qu'à lui par plusieurs raisons. Le grand maître a été blessé de cette lettre, et a défendu au grand

prieur de venir (1). — Le maréchal d'Estrées fut reçu à rAcadémie en la place du cardinal d'Estrées, et je fus obligé de répondre comme chancelier; c'est le directeur qui répond d'ordinaire ^ mais Tabbé d'Estrées^ qui étoit directeur, ne voulut point parler dans cette occasion (2).

Dimanche 24, à Versailles. — Le roi tint le conseil d'État ; il n'y eut point de sermon parce qu'il est remis à demain jour de la Vierge. Le roi alla tirer l'après-dinée, et puis il y eut grande musique le soir chez madame de Maintenon. — L'électeur de Bavière partit hier matin de Paris où il avoit couché chez M. d'Ântin, et où madame la Duchesse et beaucoup de dames avoient soupe pour dire adieu à l'électeur. — Le roi avoit accoutumé de donner aux filles des ministres 200,000 francs ou 10,000 francs de pension quand elles se marioient, et M. de Torcy n'avoit rien demandé au roi pour le mariage de sa fille. Le roi a prévenu ses souhaits et lui donne 10,000 francs de pension ; mais, comme le mariage est conclu sans la grâce du roi, les 10,000 francs de pension demeureront à H. de Torcy. — Madame des Ursins viendra ici mercredi, et verra le roi dans son cabinet après le sermon.

Lundi 25, jour de la Vierge, à Versailles. — Le roi, après son lever, tint le conseil d'État, et un peu avant midi il alla à la chapelle, où il entendit vêpres après la messe. L'après-dlnéeil alla au sermon, et, au retour de la chapelle, travailla chez lui avec M. Pelletier, qu'il avoit remis à aujourd'hui, n'y pouvant pas travailler hier. Il entra à sept heures chez madame de Maintenon, où il travailla avec M. de Pontchartrain. — Milord Stairs a dit ici que le traité de la Barrière avoit été conclu à Vienne, mais les autres ministres étrangers ni les nôtres n'ont point eu cette nouvelle; ainsi on en doute encore. Milord Stairs ne prend

( 1) Voir au 31 mars suivant.

(2) Le Mercure de mars, pages 304-311, donne un extrait du discours de Dangeau.

390 JOURNAL DE DAINGEAU.

point la qualité d'amba6sadeui«; il parle même camme un homme qui songe à retouFuep bientât en Angleterirè. Il est un des seise paird éoossbis qui ont été oheisls pèup assister cette année au parlement d'Anf tetertei

Mardi 36, à VwsaillêSi -^ Le roi ne tînt pointieoonsaiî dé finances^ paroe que M. Desmat^ts a la goutté tràe-fmrt^ quirempAohe d^ venir ; au sertir de la messe le roi dîna et allatiref*i II ne travailla point le sdir àvée Jti le i)hancelieFi quoique ce soit un de ses jours ) il Ta reitiis h demain^ et joua chez madame deHaîntenOti avec les dames. — On mande de Turin que le prince de Piémont est très^ dangereusement malade ; le diic d'Apste son frère sort de la petite vérole et est entièrement guéri. — L'embarquement des troupes de Catalogne pour passer à Majqrque est remis au 15 de mai^ et on doute mèm^quUl puisse se faire en ce temps-là^ car on manque de beaucoup de choses nécessaires à cette entreprise^

Mercredi 27, à Versailles. — Le roi tint le conseil d'État; Vaprès-dlnée il entendit le sermon^ ^t puis donna audience dans son cabip^t à madame la prÎQoesse des Ur^ sins. L'audience dura deux heiiresj après quoi le roi travailla avec M. le chancelier; madame des Ursins alla chez madame de Maintenon, où elle demeura jusqu'à ce que le roi y entrât. Elte étoit venue ici dès le matin^r ^^ â,voit dîné chez madame la duchesse du Ludç | et oouçba ik la ville chez madame Adam, femme d'nn premier oommis de H. delorcy. Elle dînera demain chez madame de Y€intadour, et puis retoi^rnera à Paris. Le soir il y eut grande musique chez madame de Maintenou* -^ L^ P^P^ a écrit up bref au cardinal de Noailles qu'on ^père qui pourra lui faire accepter la Constitution ; M^ le cbanoelier a doppé une copie de ce bref au cardinal de NoaiUes^ maés avec promesse qu'il rendroit cette copie, et qu'il n'en prendroit point de copie. On ne sait point encore l'effet que cela produira sur l'esprit de ce cardinal.

Jeudi 28, à Venaillés. -^ Le rôî dîna eu sôrtarit de la

Mars iTi». 3^é

lâëâsé ëi alltt èoùi^ë lé bëtf à Élfti*!^; Lé (3bttitè de Llisàcë étbit a l8l èhttBàe. Lé m pé^Mi âbsld aâ ^Mâeë âë DWM^^ tÂdt et aii prîiiéè d' Anlidlt d ^ ^^âlr $ il l^ti^ fit d66iiei' déé chéVaUx et Uilë éàlfiéHg ^il'lte tp0)ivet«nt à TènH^ée dti pa^, fiëjtëè 4â'il y tl lèin d'iiti bbtlt dti ^âtc ft réLtitré ëi (|iie le§ eâi^^ôèsëd ii'y én^Pëilt t>ëint: Aii Mdbi>j il y etit |^etitë ttlusi^Uë ehe^ tuaddiiië de Maliitenon. M. lëpritice de Géhty vibt le m^tiâ de Pë^^ au lëtër dû ^i ^oiir lui àfT^ trrendre que tiiadai&e la priiit^ssë de Gdàty ^ fertiidë éteAthëtoéttâetneilt àëètmchëe d'tlh t^lûiieè^ fldeux hètii^ë» aptes minuit ) elle jduoit encore Uiëi' à Ait heures dU sëil*. Gë priiiëe s'aji^llera le comte de la Marché; ^^ Le M pàrltt^ à Itoû dlnërj dû choix fc[ue le rëid'ES{Mgne arèit fait du cardinal delGiudice pour gOuvertieur du pflhëè des Asturies, et en parla comme approuvfimtfortce choix.

Vendredi 29 ^ à Versaille$i — Le roi b*availla avec le P. le Tellier^ etraprès-dinéeilenteuditlesermon^ et puis alla à lA Vëlerië pbUr la prëiriière fois dfe ratiriêë. Il ârbit tlfotivé le bdmte dé LU^abë danà la paierie efi âllaUl â là inesse, et lui âvoii proposé de venir à cette chasse, ce qui fit grand plaisir à ce prince, qui m'avoit témoigné en soupant hier ici qu'il seroit (ott aise que le rei lui permit d'y allé!*, iUàië qu'il n'fcisbit lUi defflàUdër. AU tétoUr de là Vôlërié il y eut dômêdie ckèJB âiàdàihe de Màiriténbîi. — Le roi ne vouloit plus que lest^ourtisans le suivissent à la chasse à Marly , parce qu'il y en aveit trop qui avoient permission d'avoir des habits dé la ehasse du cerf^ etprésëntëmeut il permet àUx six ^lUls ftûciënâ qui Ont ëës habita de le suivre à k chassé dU cétf. Ces six plus ànèieiis sont : lé duc de Duras, le marquis de Lé vis, le comte d'Dzès, le comte de Coigny, le marquis d'Epinay et d'Heudicourt le fils.

Samedi 80 , ft Versailles i ^^ Le roi né tittt point ëflëore le conseil dëfiUànces, paifceqUe M. Destnaréti à encore la goutte; il alla tirer l'après-cilnée, et le soir travailla avec M. le chancelier chez madame de Maintenon. — On apprit

392 JOURJNALDEDAINGEAU.

la mort du pri nce de Piémont, dont le roi et la reine de Sicile sont au désespoir. Il ne leur reste plus de garçon que le duc d'Aoste; ils ont eu dix enfants *• — Le roi fera venir au mois de juin son régiment camper auprès de Marly, dans l'ancien camp que le roi a toujours fait conserver; il ne le fait point venir pour travailler, mais pour en faire la revue à loisir, et il n'y demeurera que quinze jours. Le roi fera ici samedi dans la cour du château la revue de ses régiments des gardes françoises et suisses. — M. le cardinal de Noailles vit ces jours passés la copie du bref du pape que lui avoit envoyé M. le chancelier; on lui a laissé vingt-quatre heures, mais ce bref ne lui a point fait changer de sentiment. On fait repartir pour Rome le courrier qui Tavoit apporté,

* Ce prince de Piémont avoit quinze ans et promettoit toutes choses. Pendant le voyage de Sicile , son père le laissa régent avec un conseil qui ne cessa d'admirer sa pénétration et son application aux affaires , et les étrangers son esprit, sa modération , sa justesse, son équité, s<hi affabUité ; son amour du bien et du soulagement des peuples lui en donna les cœurs ; son discernement, sa justesse de distinction charmèrent la cour; en un mot, dans ce court espace ilj devînt les délices de tous les États de ses futurs sujets et des étrangers. Ses dépêches en SicOe, pour rendre compte et raison de tout, étoient surprenantes; en un mot, le roi de Sicile avoit tout lieu de s'estimer le plus heureux de tous les pères; mais fort souverain, et fort peu honmie, il ne put être rassuré par le respect, la modestie, les mesures les plus étroites avec lesquelles ce fils charmant avoit exercé sa régence. Son mérite Teffraya, et l'amour et l'admiration générale de ce jeune prince lui donnèrent des ombrages dont il ne put revenir. !Non content à son retour de le recevoir froidement et de lui refuser ce peu de grâces qui restoient à décider de la fin de sa régence , il s'appliqua à changer tout ce qu'il put de ce qui s'y étoit fait, à éloigner tout ce qui s'étoit approché de son fils, à le mortifier et à l'humilier en toutes les occasions possibles. Le prmce, qui le sentit d'abord et vivement, et qui connoissmt la jalousie de son père , n'oublia rien pour le ramener par ses respects , son attention à lui plaire; son extrême retenue, son éloignement du monde , sa patience, son esprit, ses grâces, tout y fut persévéremment employé. Mais tout fut crime dans un prince si aimable et si aimé ; il n'en parut au père que plus redoutable, et il en redoubla ses soins a le mettre au d^espoir. 11 y parvint bientôt; un rien combla la me-

AVRIL i7i«. 393

sure. Ce fut un bal qu'il lui refusa de donner. Le prinee en tomba malade et mourut en fort peu de jours au milieu des cris de toute la cour et de la ville, et des larmes et des regrets universels. Son frère Ta vengé depuis d'une manière bien terrible et bien inouïe.

Dimanche 31, à Versailles. — Le roi tint le conseil d'État à son ordinaire, et le tint encore après le sermon ; il fit venir madame de Yentadour dans son cabinet après le conseil. Le soir ily eut grande musique chez madame de Maintenon. — Il s'étoit trouvé quelques difficultés au mariage de mademoiselle de la Lande sur lé bien du mari qu'on ne croyoit pas assez assuré^ mais les difficultés sont finies et le bien est sûr ; ainsi la noce se fera cette semaine chez madame de Yentadour. — Tout ce qu'on avoit dit de la lettre du grand prieur au grand maître de Malte et de la réponse qu'il lui avoit faite se trouve faux^ et le grand prieur doit être embarqué présentement. — L'électeur de Bavière a passé à Nancy^ M. de Lorraine ayant fort souhaité qu'il y passât^ et il le reconduisit le lendemain jusqu'à Luné ville. »

Lundi 1" avrily à Versailles. — Le roi prit médecine, et après son diner travailla avec M. de Pontchartrain, qui vend sa charge de maître des cérémonies et prévôt de l'ordre du Saint-Esprit à M. le Camus, premier président de la cour des aides. Nous ne savons pas encore le détail du marché. — La comtesse d'Acigné est morte ; elle étoit grand'mère du duc de Fronsac. Des trois femmes que M. de Richelieu avoit épousées, il n'avoit eu d'enfants que de la fille de madame d'Acigné. — L'ambassadeur du roi de Sicile ne viendra que de demain en huit jours donner part au roi de la mort du prince de Piémont, parce qu'il y veut venir en grand deuil, et que ses équipages ne sont pas près. Le roi prendra le deuil en violet, mais il n'a point dit encore combien de temps il le porteroit.

Mardi 2, à Versailles. — Le roi tint le conseil de finances et travailla ensuite avec M. Desmaretz; il alla tirer l'après-dinée, et travailla le soir chez madame de

394 JOURNAL DE tJANGEAU.

MédhteâbhslVëë M. le châiltièllëb. —Le jpremier pl^ësidëfit de là colii* défe âideë vînt ici àii lëVér dti ?6î le i^iiierciér de ï^agrément qu'il lui a donné pour la charge de grand prévôt de l'Ordre; il l'achète 100,000 écus, et le roi lui doDnë un breVet de retenue de 60^000 écû6. Lft ohn^e n'àvôit eoûté à M. de Pontchartrain que âOS^OM francs, ël le roi lui permet de continuer à porter le eordoil bleu. -^ Le roi dit à son eeuehër au due de Tresmesj premier gentilhomme de la bhdthbre en ânnée^ qu'il pot*tertiit le deuil du pritioe dePiérhont en riolet^ qu'il ne le {lorteroit d'un cousin germain qti'ell nbir^ maisqii'il eompteit qu'ttn pe^ tit-neveu étoitplus proche qu'un odusin germain:

Mercredi 3> à Vef'milles. — ^ Le roi tirit le edhsèil d'État j M. DesmarëtH n'y vint points s'étant trouté fort ineottiiliodé d'être venu hier au conseil de finances. L^èLprès-dlnée le roi alla àii ëermon et puis à la volerië ; il avoit dans son carrosse^ en y allant, madaitie la duchesi^ de Berry eèdin<{ dames qui moiitèrent à cheval avec elle au rendez-vdtts } c'étoient mesdames de Chàtillon, de Glermont, dëlaVrillière^ de Monsoreau et de Champigndles. Le soir il y eut grande musique chez madame de Haintenen; • — M. l'é* véqiie de Meaux remercia le toi à son leVer de liet pension de ijOOOécus sur le clergé, qu'àtoit le cfti^dinal dcBéuil^ Ibn et que le roi lui a donnée ces jôUrswiii — La noce de itiadeniëiselle de Torcy avec H; d'Ancezutie se fit è Parid chez H. de Torcy avee beaucoup d6 magdifidenee.

Jeudi kj â Versdilleê. — Le l*ôi dina en sortant ûë lé messe, et alla courre le cerf à Harly ; lé isoir^ dien madaiill} de Maintenons il y eut petite miisic^ue; — Pric»^ qui étoit plénipotentiaire d'Angleterre ici> a repëssé en Atigleterrof où on ne le croit pastropensûretédelaTié. — L'électeur de Bavière a passé à Strasbourg^ où il a été reçu magnifiquement; quand il eut passé le pont^ il fut reçu par les treuj^s de Fempereiir avec tous les honneurs qn'on lui petit fendre.- lia pard aux François qu'il regrettoitf(H*t la France, et il ne fparle point du roi sans s'attendrir. Il va

AVRIL t7lâ. 396

passer à Dourlach 6t puis à Stuttgard ) il fera quelque séjour à lichtenbergj mais il li -ira point à Munich^ où oli liii prépal*e une eni^ iha^ifique^ jusqu'à oe que madame rélectribe Èoit arrWée. fille doit arriyev le 8 j les prindes ses enfants le jôindroM aussi en de temps-là; Dèà qu'il est à lichtenbépg il est dans ses États, oà il éioit attendu avec biende Tirlipatieneei

Vendredis y à Versdillis. -^ Le roi travailla avec le*9{le Téllier ; il entendit le sermon Tapifèa^llléô, et le eoir 11 y eutc(Hnédieehésiliadàme de Maintenons ' — Itademoi^ selle de la Lailde fut fiancée dans la ehapelle è six heureii du soir j Hi&nseignauF le Dauphin ^ yotlldt être) Elle fut mèriée apirès minuit, et li neee sç fit ehea madame de Yentadou!*. — Le foi itititxé toutes las charges de la gendàrltieHe. Je n^eil baiâ pas encore le détail ; je sais seulement que la Noue^ qui est présentement premier écuyer de H, le pridce de Gonty^ avoit permission de tendre son guidon^ que le marché «nétoit fait à 6fcj0û0 fruaes, et quoj lés guidohs étant taxés présentement à HiOOO francs ^ il perdra 10 ^OOÛfranos sur son metrohé, mais e'est une charge que le roi lui avoit donnée. — Ut de Ca^telnloron^ i>eveu de M. de LauBiîn et eapttaifie lieliteUant de gendariSËierie^ épouse la fiUé de Fontanieu^ garde-tneuble de la couronne*

Samedi 6, à Versailles. — Le roi tînt le conseil de finances, et Taprès-dlnéa il fit dans la cour du château la revue de ses régiments des gardes françoises et suisses qui parurent plus beaux que jamais, quoiqu'il fit une pluie horrible. M. le chancelier, qui étoit à côté du petit chariot du roi comme secrétaire d'État de la guerre et en habit fort léger^ fut percé jusqu'aux os. Le roi trouva surtout les mille hommes qUe le duc de Guiche avoit choisis dans les gardes françoises et ceux que M. du Maine avoit choisis dans les gardes suisses d'une beauté extraordinaire. Ces mille homme^là a voient été choisis pour le jour que le roi donna audieneeàrambassadeurde Pe^se. Après la revue^ et que

le chancelier eût fait un tour chez lui pour changer d'habits^ le roi travailla avec lui et puis passa chez madame de Maintenon, où il joua avec les dames. — Le roi réforma, il y a quelques jours, deux régiments italiens, celui de Saint-Second et celui de Péry ; il n'a plus que trois régiments de cette nation, à un bataillon chacun, qui sont : Royal-Italien dont Albergotti est colonel, Mauroux et Nicedont Saint-Laurent est colonel.

Dimanche 7, à Versailles. — Le roi tint le conseil d'État, alla au sermon, travailla avec M. Pelletier, et le soir il y eut grande musique chez madame de Main tenon. — Le cardinal de Bouillon a fait un testament à Rome, que le pape n'a pas jugé à propos d'envoyer ici, parce qu'il a cru qu'il y avoit deux ou trois endroits dans ce testament qui pourroient blesser le roi ; cependant lafamille de M. le cardinal de[Bouillon, qui croit ce testamentnécessaire pour finir les affaires de cette succession qui sera b*ès-considérable, a écrit au pape pour le supplier d'envoyer le testament, et les parente et héritiers de ce cardinal ont fait parler au roi pour qu'il ne leur sache pas mauvais gré de ce qu'il y a dans le testament qui peut lui déplaire. — On a eu des nouvelles de Toulon. Nos troupes étoient embarquées, on les a faitdébarquer,mais tous les chevaliers sont àla voile. M. le grand prieur y est ; il a une grosse maison et fait une grosse dépense.

Lundi 8, à Versailles. — Le roi dîna en sortant de la messe, et alla courre le cerf à Harly; madame la duchesse de Berry étoit à la chasse, et avoit avec elle mesdames de Rupelmonde, de Chàtillon et de Saint- Germain. Au retour, le roi travailla avec H. de Pontchartrain chez madame de Maintenon. — Le roi a donné un brevet de retenue de &0,000 écus à M. de Ségur sur le gouvernement du pays de Foix; ce gouvernement, qu'il avoit acheté de M. de Tallard, ne lui avoit coûté guère davantage. — On mande d'Allemagne que Cadogan est reparti de Vienne après y avoir conclu le traité de

la Barrière, et on en dit quelques circonstances, mais on n'en sait pas encore tout le détail. — Il y a eu trois prédicateurs chassés de Paris; il y en a même un des trois qu'on a mis à la Bastille.

Mardi 9, à Versailles. — Le roi tint le conseil de iinances, et avant le conseil le roi se fit rapporter une affaire pour un bénéfice que M. de Bouillon prétendoit pouvoir donner comme seigneur de Château-Thierry, et le roi croyoit que c'étoit à. lui de le donner comme les comtes souverains de Champagne l'avoient toujours donné. M. Gilbert rapporta l'affaire devant le roi et la rapporta ii merveille ; il l'avoit fort approfondie, et dit même dans son rapport qu'il avoit cru le devoir faire plus exactement que jamais, connoissant le penchant que le roi avoit à se condamner toujours lui-même. Le roi gagna le procès tout d'une voix. Après le jugement de cette affaire M. Desmaretz entra et le conseil de finances commença. L'après-dlnée le roi alla tirer, et au retour travailla avec M. le ehanceher chez madame de Maintenon. — L'ambassadeur du roi de Sicile donna part au roi de la mort du prince de Piémont; M. d'Urfé' accompagna l'ambassadeur en grand manteau comme ayant l'honneur d'être parent du roi de Sicile, et ayant même en Piémont des terres considérables qui viennent de la maison de Savoie.

' Le roi fiit surpris et toute ia cour étonuée de voir le marquis d'Urfé accompagner eu manteau l'ambassadeur de Savoie, donnant part au roi de la mort du prince de Piémont. Il ue le pouvoit que comme sujet ou comme parent. Comme sujet il ne lui restoit presque neu sous la domination de Savoie ; il était François et du pays de Bresse, où sa maison étoit des plus anciennes et des plusdistinguées. Comme parent , et ce fut sa raison , on avoit encore plus lieu de s'étomier qu'un homme de cette qualité se rabaissât pour s'honorer à réchauffer une parenté si éloignée et qui étoit si peu à compter, puisqu'il n'en u'avoit aucune autre que par sa bisaïeule, femme de Jacques d'Urfé, bailU et gouverneur de Forez, laquelle l'épousa en 1 554, et étoit tille deClaude, comte de Tende et de Sommerive, gouverneur de Prn-

308 JOURNAL DE lAJiGËAI].

i^ ^ç^Ptftis rs flt une si ^a^e ftjrtfWft ayx ((épgns d^ l'J^l^t, (|^i HiQurut fie ses ))le§§ures dç la bataille dç P^vie, et 4ont rofpçe ie grand maître de France fut donné, à sa mort^ à son geindre , Aniie de Montmorency^ depuis connétable de F¥ànoe et si çélèbf e. M. â^tJtfé , avec de l'esprit et des eonnoissanoes, de Phânnenv et de la falaaik, toujours à te pour, n'y vé^t m m luçtv^ ^ ^ f^m^m^- 1} ftfl(fi «ml

Qffim M gaçdef 4h cf^PS qui fi«iî l'bpiîpwî 4e vfm^v av§ç Ifi N t ^ çonsidératiç^ de s^ p§ii^sai)ce, c^uoi^ ces emplois en exclussent ceuxlà même que leur condition y auroit fait admettre, il n'eut que des emplois peu proportionnés à ce quMI étdft, et il souffrit que sa femme fHH d«»e d'honneur de mB4BXBa la pîincesse de Gonty, fille du vei, par des raisons 4e cpur , ^ y fi|t li^l;^ k k m\\é f?^ lnwupQup |e djstwctiQp. E||^ i^f JPérjtpiî p^? ellermêfne iftfiftia^ejit, et^tQJt; sqeur ^e Biron, longtepaps après devenu duc, pair et maréchal de France. D'Urfé étoit menin de Monseigneur, le seul de ses emplois qui lui convint; la paresse , le jeu , d'obseures amouipettea le r^[|direBt obseur lui-mdm#. Un homme d'affaiiies s^emparp àp \m .81» l^s Ans , et, oowme il n'av^t poi^t 4'enfams et qi^'il étqi|; le 4pfnier (le sa fn^i^p^, i| fioi^ tput sop ^ieii ^yçp sujétiofi de pprter spn nom ^u W^^^ 4e L§pgeac |a Rochefoucauld^ petit- fils de sa sœur ; m^is à condition d'épouser si|fle-champ, et arec un bien médiocre, la fille de PontcarN^, premier président du parlement de Rouen qu'il ne cMinoissoit point, mais que son homme d'p^ires »pnpeissqit be^Hequp. |u^pg^^a0, quoique lin)l jewiei trouva la opndirtpp fç»! dure; mm »* Jfn ^t p^s moyçi^ 4ç çecu|er à la menace d'être déshérité d'un ^os bien gui étoit enfin venu à d*Urfé dans sa vieillesse. Il mourut fort peu de temps après avoû* vu faire ce mariage (1)^ et ce neveu moUitit dé la petite vérole en Italie, en 17B4, queues années après.

Mercredi 10, à Versailles. — Le roi tint le conseil d'État> alla a» isanmon et pui» ^ la yçUmeiy où étoit madame la duchesse de Bepry et beaueoup de dames à cheval; le soir il y eut grande musi({ue chez madame de Maintenon. — r Le roi de Sicile ^ çhapgé la susçriptÎQp de s»^ lettre au roi; il épriyoit 4aps le^ lét<T§§ ^v§.pi f^tte â0riiière-ci : a Au rqi Monsieup mon f^ère i » U «qout^ au mot de roi : âroi de France etdeNavarre. b Le rcH lui afaît réponse sans lui parler du etiangement de la suscription^

(I) lie 13 octobre I7g4.

^t 9 ^cril Aiiisi pQuç â^0^ Ion oQ^f^imante éa oonde- }4ftR§^ ^ U ¥1Ân^ du ^ieile «it ^ m^Wlâ 1» âuebewi de Savoie sftbellPsmèF^, quoiq^i'^Ufi^ ne Im m^mii émim @§t{;§ ooiipisiQft m Vme m T^tee. M» de Smm met i^^- SeRtefflint 1^ armesi de ^dijc^ si» le \q\^\ fie r^au , «t l0s

d'Aragon sont d'or à q^iftlpe p^s ^e^ gu6||l@s.

fê^di ii,q, fmmll^t = i^ roi ^m m iQ^teot de la

m^mi et ^Ua po^rwi IjB eepf ^ MftPlyî mi^çlame la 4wpfiesffg de Beiw|r et p§4aia|Qi^e 4e Çhapfrtpis y étoie^t * qfceyfti ^vpp tpois p» qwtre dftmes* Hfa^apie i^ujt tp^jegr^ le rqi e^ qalèobfi, et depuis quelque temp^ §Ue ffiiîine m^qq[^ U ducUe§^e de Tp^U^d. rrr Pw uq cpui;ç|0r dp çetpiip 4e MM?i4 on apprend que }p rpi d'Esipsifnp a fpdpRpé 1^ Q^ft?ge de gcand inquisiteur au «^r- 4ÎP^1 4el Qiudiee, qui a pi^s^ntement sQq appf^tepient 4^ns le p^is , auprès de çeli^ d^ pi^il^pe 4^ Astçi^es 4put i\ est gouverneur, et qui n-est plui^ eijtrp les pjftjns 4ps fen^nae^. — r (^ |*pi de &\iè4e et le rpi 4e Prus^ o^t ^cpepté tou§ devo^ Iq. inédi^tioi^ 4u i*ûi ppur toutes }es fiffafres qu'ils ont ensembles 4out Ijaj. p}\is| po{)si4éral)^e ^t eelle 4e Stettiii. — 0' Aubigfty , qui ^ tq«jpqps été attaché à ma4^M^e 4es U?sins pt qi|i avoit été retenu à M^- 4ri4 pp.r la goutte depuis que cette pyinee^e en pi^t spçtie, est arrivé eu Fpaupp. l^ P. Jip))iRpt est ^r|*ivé ^ussi, pt yery^ le roi 4euiftip.

Vm4rwli i% il YenaUl^, -r- I^e ppi, apnèg sou lever, donna audience dans son cabinet au père Robippt , q^ji revient de Madrid ; il étp^t confessepp du roi d'Espagne ; pt p,près la ?pe§5p le ro} tWf|.iUa p-yec Ip p. le tpHief. li'après-dinée le roi entendit le sermon, et pqis alla à la volerie; madame la duchesse de Berry, mademoiselle de Charolois et beaucoup de dames que le roi y avoit iflpupes, inp^tèrept (i cheval au rendpz-vpus. ^.e roi ne

verra plus la volerie de Tannée ; il a donné congé à toute la fauconnerie. Le soir il y eut grande musique chez madame de Maintenon. — Le comte de Croissy partira incessamment pour son ambassade de Suède^ et le baron Sparre va prendre la qualité d'ambassa* deur. On ne croit pas que milord Stairs la prenne. Il parle toujours fort haut aux ministres, et on lui répond de même; on ne le croit pas trop bien intentionné, et on ne sera pas fâché de le voir partir.

Samedi 13, à Versailles. — Le roi travailla le matin avec M. le chancelier; il n'y eut point de conseil de finances, parce que M. Desmaretz n'y put pas venir. Le roi alla tirer Taprès-dlnée; au retour de la chasse M. le Grande qui ne peut pas se tenir debout , se fit porter dans le cabinet du roi, et lui apprit la mort de la princesse d'Harcourt*. Elle est morte à Clermont et en fort peu de temps ; le comte d'Harcourt, son fils^ étoit auprès d'elle. On dit qu'elle laisse beaucoup de bien; elle avoit ici et à Fontainebleau de beaux logements dans les châteaux, qui sont déjà demandés par bien des gens. — H. de Luxembourg a gagné un procès contre M. de Lorraine, sur ce que M. de Lorraine avoit fait arrêter des juges du comté de Ligny que le parlement a fait mettre en liberté, et dans le jugement qui a été rendu il y a des annonces qui paroissent favorables à M. de Luxembourg pour le procès qu'il a avec M. de Béon du Massez. — On mande de Catalogne qu'on a fait pendre quelques Catalans séditieux à qui on avoit pardonné et qui vouloient s'embarquer pour passer dans la ville de Majorque.

* Cette princesse d'Harcourt a été détaillée sur Tannée 1704. C'étoît une espèce de mégère qui sut se conserver Tainitié de madame de Maintenon jusqu'au bout, et jusqu'au bout aussi vivre de fureur, de rapine et d'hypocrisie. Sa mort fut un grand soulagement pour la cour, même pour sa famille , malgré tout ce qu'elle lui valut.

' Dimanche ik, à Versailles, — Le roi assisia à toutes

AVRIL ITiS, 401

les dévotions de la journée. — Ou eut par l'ordinaipe des lettres de Rome du 26; on garde toujours un tort grand secret sur ces affaires-là. — M. le maréchal d'Harcourt envoie à Madrid le cadet de ses enfants pour reporter la Toison qu'avoit M. de Sesanne, frère de ce maréchal. — Le roi a donné le logement qu'avoit ici madame la princesse d'Harcourt à madame la princesse de Soubise; ce logement est fort proche de celui de madame la princesse d'Épinoy sa mère, et le roi songe toujours aux commodités de ceux à qui il veut faire des grâces. Le roi a augmenté aussi le logement qu'avoit la duchesse de Tallard, vis-à-vis celui du maréchal son beau-père, en lui donuant celui de la Cordière, premier valet de chambre de feu monseigneur le duc de Beri7> et le roi en a donné un autre à la Cordière. Le roi a donné au cardinal de Polignac le logement qu'avoit le duc de Mortemart dans l'aile neuve, avant qu'il eût le logement du maréchal de Villeroy,

Lundi 15, à Versailles. — Le roi tint le conseil d'État qu'il n'avoitpas tenu hier à cause de la bonne fête; il alla tirer l'après-dlnée, et le soir chez madame de Maintenon, il travailla avec M. de Pontchartrain . Milord Bolingbroke est arrivé à Paris ; il a parlé fort hardiment et fort sensément dans le parlement avant que de partir de Londres, et, craignant que son discours ne lui attirât l'indignation du roi d'Angleterre dont il avoit contredit la harangue en plusieurs points, il a pris le parti de se retii'er en France et s'est sauvé de Londres déguisé . 11 ne verra point le roi ici ; il se tiendra à Paris où il verra tout le monde *. Prior, qui étoit ici plénipotentiaire d'Angleterre, a eu l'imprudence ou la malice de donner à milord Stairs, à qui il avoît ordre de remettre tous ses papiers, une lettre que milord Bolingbroke lui avoit écrite de Londres et qu'on explique en mal. Prior prétend se tirer d'affaire en abandonnant tous les ministres qui l'avoient employé.

402 JOURNAÏ. PE flAWGEAU.

* Tout ce bruit en Anglçterre ne pouypit pi^naiier 4*f|l^v9 ^tT^ deux partis aussi enuemis que les tories et les w^;hs^ en ce change ment de règne. Les premiers avoient gouremë soùs la reiàe Anne et nous aToient valu la paix. Cette princesse, dans le désir ée rappelet son frère à la couromie «près elle , «voit soîgneoKvnent abuiié lei wighs le^ pl^s opposés ^ ce priq^e, c;t gui ayoiept fgflfsé )a 6éyQli4|Hn qui avoit cnassé leur père ; elle piourut tfoo tôt poui: ce desMiif et tifq^ tard pour qu*i] n'eût pas été éventé. L'électeur (t^Banovré, reconnu roi d'Angleterre sans difficulté , regarda donc comme iièi e n ne m is et de sa succession à la couronne les tories en général, et en furrticoUer les ministres du dernier (^uvemepaev^ , §t çepx qui avoMlit eu paît à b faveur ou i|ux affaires ^e la reine A^^ç ; fi |^ wig^ , r^vqius f^ crédit dominant , se prévalurent , et en général et en particulier, d^ disnç|§itions présentes pour satisfaire leur haine, leur am))ition et leur vi^geance. C'étoit là une belle conjoncture de brouiller et d'abaisser l'Angleterre ; mais le roi ne pensoit plus qu'à vivre pour ses bâtards et pour la Cpqstitution; et après lui on veirr^ les fefsort^ Quci TAnfi^rre sut ipett^^ ep oei^vre ppur devenir à noç ^pens plus jEjori^sa^te et pjil^ assurée que jamais.

Mardi 16, à Ver^ai^es. — Le roi tint le conseil ^ç lin^^ces et puis travailla avec H. pesmaret^^ qqi se porte piieux, mais qui est encore fort foible. L'après-dlnée le roi a}la courre le cerf dans le parc de Haply ^ oiadame la duchesse de Berry ^t trois ou quatre dames étoien^ 4 cheval. Madame y étoit ^ son oçjlinaire, et avo|t madai^v^ la duchesse de Tallard ayec e^e dan^ sa calèche. I4 cjiasse fut fort longue ; le roi nq revint qu'à huit heures et travailla avec H. le chancelier chez madame de l(ain-t^non jusqu'à dix heures et un qupt, — Prior es^ arrivé à Londres et a baisé la main du roi d'Angleterre. Op croit qu'il s'est tiré d'affaire en abandonnant les ministres même qui Tavoient employé et en condamnant leur conduite. —Le roi d'Espagne a demandé £^u roi douze batajUons d'au^meptation pour faire Ip siège de Majorque j le roi lui envoie cfs aouze nataillons^ et op cloute pourtant encore que les Espagnqls puissent faire qe sijiffe.

Mercredi 17, à Versailles. — Le roi tint le poqséil d'État et l'après-dlnée entendit ténèbres. 11 n'y aura

AVRIL I7|JÎ, 40S

tp\tte cette se|T)ai»e ai limsique qi jeu cliez madame de Haiuteuun. — I^ cpmte de Crpissy prit congé du roi, et avant d'arriver auprès du roi de Suède, il passera à. la cour du landgrave de Hesse et à quelques autres cours d'Allemagne- — On ne croit pas que les grands bénéfices vacants soient donnés samedi, qui est le jour que le roi a accoutumé de donner les bénéfices; cette distribution se fait toL^ours l'après-dlnée des jours qu'il coiûiimnie. — Le comte de Croissy passera à Berlin, où il vprra le roi de Prusse qui a accepté la médiation di^ roi sur les diiiérents démêlés qu'il a avec le roi ^P Suède, et cette commission rend l'ambassade du comte de Croissy encore plus considérable ; il doit arri- YËf ^ Berlin les premiers jours du mois de mai.

Je^^isai^t t8,à Fer^ifiJ/N-^-i^ roi ûtla cérémonie de la cèpe ^ miu ordinaice (1) ; ce fiit l'abbé Foissard, grand

(1) r Le jeudi aaiet, le loî al|a i jieal (leurea et demie da matin, accompagné ie M. Je pa^jtbiq, de II- te doc d'Orléans et de toi» le^ princes, ifaiu la Balle des gardes, où l'on avolt dressé une chaire ponr le prédicateur. 11 y trouva treize petite enfants couverts d'un drap rouge , avec un grand lini^ qui iMir pendoit au col, H. le cardinal de ItotMa, grand aumûnfer, m liabltspontifiçaiix- 1^ cène lut prCc^éei»rM. l'abbé Poissard, dont le aernon fut trësapplaudi, surtout le compliment qu'il lit ^ S. M. qui conioioit lurl i la cérémonie du jour et h ce qu'il venoit de prêcher, ayant prouvé dans les deux parties da eon disoourB l'aliaissement de J.-G. uomlialtu par la raiton liumalneiet |b rÙKOn humaine cunfondue par l'ati^iueinent de J.-C. dan«c<tt*i céré[nanie. A la lin ilu sermon M. le cardinal monta en chaire ayant la mitre aur la lËle et la crosse ï la main. Les chantres commencèrent d'entonner l'antienne iqfr^. U- l$firiuidaifpi()i|ier,3}anldUleiiorglsowacuaulumâe8, donna l'ateoute, et le fçi aUa i^çoftioeot l^^er la) piefJa des apûtrvd, ajant veruide t'eau dcMus et essi^yË ^v^ un linge il les l^ur bnlM. Cette cérémonie Haie, on servit les pauvres dao« s4 ordre : M. Deegranges , maître des cârémoniea , précédé d'un huisûer, «i|(Ti i# H. le marquis de nreiix, grand maître des cérénionies, de b^ ■n4iti'£s il'Htel chacun avec leur bOton de commande' ment, de U. le marquis de Livry, prenùer maître d'itdtel, qui purtoit aussi son bâton, de M. le Duc, grand maître de la malsoiidu roi, portant un bèlon parsemé de Heur» de lys d'or avec une couronne au ttout. Us marciioleat les premiers, et en passant devant S. M. talsinent une révérencei ensuite venoit M. le Pauphia, portant uq pla| de tiuis, sur lequel étoienltruia petilti pains avec une galellei M. le duc d'Oiléans portant un plaide tnâme, sur lequel éliiil ime cruche pleine de vin arer. une con|)P pai'-ilessiu, le fml de boiit;

vicaire d'Ëvreux, qui prêcha l'absoute. Le roi assista A toutes les autres dévotions de la journée et après ténèbres se promena dans ses jardins. — Le marquis de Béthune, neveu de la reine de Pologne qui est à Blois, présenta aa , roi de la part de celte reine an tableau du Corrége, qui 1 est tort beau. — La reine d'Angleterre, qui esta Saint* j Germain , devoit aller à Plombières prendre les eaux, et | où le roi son fils seroit venu la voir ; mais la fièvre l'a J prise, et il y a bien de l'apparence que cela rompra son voyage. Celui de M. le comte de Toulouse à Bourbon est toujours réglé pour le jour que le roi ira à Marly, et on croit que madame la Duchesse la jeune ira aussi à Bourbon.

Vendredi saint 19, à Versaillei- — Le roi assistaà toutes les dévotions de la journée, et après ténèbres s'enferma avec le P. le Tellier, ce qu'il fait toujours la veille des jours qu'il doit faire ses dévotions. — On croyoit que l'ambeissadeur de Perse s'en iroit après Pâques, mais on ne parle plus du tout de son départ ; cependant c'est une grande dépense poui' le roi, qui lui donne 500 francs par jour, et paye outre cela beaucoup d'extraordinaires. On ne dit point encore les propositions qu'il fait au roi, — Le mariage de M. d'Heudicourt le fils avec mademoiselle de Surville n'est pas encore entièrement réglé ; M. d'Heudicourt le père a peine à consentir à ce que l'on veut

M. lecoiDledeCharalois, M. le prince de Contj.lM. le iirincedeDombeB, comte d'Eu et M. le comte de Toulouse, portant diacun un plat de poi de légumes, de tonlitures ou de truit» , ëuîtis du grand écbanaon , du grand panaelier, et des j^eatllâhommés servants qui Taisoienl loientaoBsi de» plalsde bois ornés de Deurs. En arrivant devant S. M. iU ikigoieat une r#và:eDce M lui prÉscnlanlle plat que le rai donooiten mâme temps aux pauvres. Cette sérémonie commença jusqu'à treize fois dans le même ordre, parce qu'on sert treize plats ïchaque pauvre, qui étoient treize. Il faulreoiar» i|uer qu'on alloit prendre c«s plais daua uneautre salle assez éloignée, et que M. le Dauphin Et treize fois le voyage, comme les autres prinœ», roardoat aver. beaucoup de fermeté et portant son plat avec beaucoup d'adresse, suivi toujours de madame ih: Ventudour, sa gouvernante, » ( jt/ercwre pages 117 A t33,)

^Tcvrr. de miï, ^^H

AVRIL I7ii>. 405

qu'il fasse. Le comte de Hautefort donne à mademoiselle de Surville sa nièce V0,000 francs, dont il lui payera la

après sa

, et elle en aura le fond ;

rente durant mort.

Samedi 20, à Versailles. — Le roi fit ses pàques à là paroisse, et auretour toucha un grand nombre demalades {1 ): l'après-dlnée il travailla avec le P. le Tetlier. Il y a beaucoup de grands bénéfices vacants, mais le roi n'en a poin' disposé ; il n'a donné qiie quelques petites abbayes régu. lières et des abbayes de filles; la sœur du chevalier de Pezeux en a eu une (2), — Le petit Renaud, qui devoii aller à Malte à la prière du grand maître, et à qui le avoit permis de faire ce voyage, n'ira plus parce que le grand maître ne croit plus en avoir besoin, ne craignant presque plus d'être attaqué par les Turcs, et on doute même présentement qu'ils en veuillent à la Morée. Beaucoup de gens croient qu'ils veulent attaquer les Moscovites et la Pologne; les préparatifs sont encore plus granâsqueTon n'avoitdit d'abord.

Dimanche a, jour de Pâques, à Versailles. — Le roi assista à toutes les dévotions de la journée (3). M. le duc d'Orléans a donné à l'abbé de Tressan , son premier aumônier, l'abbaye de Longpont qu'avoit le cardinal d'Estrées; cette abbaye vaut 18,000 francs, mais il y a quelques pensions dessus. — 11 arriva un courrier de Rome ; il en étoit déjà arrivé un, il y a quelques jours. On «spère toujours que les affaires de l'Église s'accommoderont , mais cela est encore fort incertain. — On parle fort de l'accommodement des Majorquins avec le roi d'Espagne, par l'entremise du roi d'Angleterre, et milord Stairs est chargé d'employer les bons offices du roi son maître en cette cour pour porter le roi d'Es-

(1] Près dequalorze cents, dit le Mercure.

(7) L'abbaye de Poulanfiey.

(3) " Madame la marquise de Châtillanflt la quête ce jour-là ; le ri rhaque foiit vinirt louia rt'or. u (Mercure de mai, pane 140. )

406 J0URI4AL DK bANGEAU.

pagne à iiocorder qtielqUes eèfaditions plue filTcMrableft atix Majorqnink.

Irtffidf âSi A Ver$aiileê. — Le roi tint le coiïiShil d'fttet qu^il auroit tenu hier sans la bonne fête ; il dîna ëUëé madame de Maintëiion^ et trataiUft Ta^ii^^^Uieë aVec M. de Poiitohartrain. Le roi a défeliavi quë lë§ bfflëier§ de» régiments qui sotat vêtuâ à Tutllforme li'ëiià^tit ni ër hi argent sur leum haUls^ pâte» qtie <3e]a rilinbit les officiers. — Mfitdame des Ursiùs avbit 20,000 frahcs de pèHsi on dû roi^ que le roi convertit en rente sur U maisdil de tille de même sonlinë^ et comme S. H. est pen^adëë qu'elle est rëventlé d'Elspague sans â'y être enrichie et qu'ainsi elle est mal dans ses affoireè | le roi liii ddhne 20^000 livres d'augmentation de rehtë sur là. Ville ; për là elle n'aura plus de pension ^ mëis elle Aurë, 40;000 livres de rente à vie sut la ville *.

* Cette gtâcë ràitè à madame 4es Ùràins fut un reste de ses andëtlnes Hàisonl^ avet; tiladànië de lUkltiteiidii, un frtiit dé ce qu'èile avbit valu de rang et d'honneurs à M. de V^JÔfaiH, ^Uè M du MUdè, tont ppissaqt alors, oublia 4*Autant moiils qu'il la Toyolttnat traitée par M. le duc d'Orléans, et une occ^ion pour le roi, qui s'^ voyoit dé« livré pour toujours, de continuer à cacher la part qii'il avoit eue ^ son éiiobvahtàblé ^ta§t^ophe.

Mardi 23, à VersmlltÈ. -^ Lé roi tint le cohMl de financeSy ti^vailla ensuite avec Mi DesmatiBtÉ, ^tli ëât vetitl au conseil quoiqu'il ait encore la gouite asseÉ vidlëÉânlënt; Le roi alla tirer raprès-dlnéë j et travailla le srtr *vèe M. le chancelier chea màdatne de M^intetion. — Pà^ le^ nouvelles qu'on reçoit d'AUëmagpne^ il ne parolt pas (|tiè les affaires du hôrd soient en train des'àccti^mmoder i^itdt. — Un passager arrivé ft Maî^eille vêlant dé Malte à tépporté qu'il y avoit vu arriver M, le gtnîiû ptleUst^ ft qtil on avoit fait de grands honneurs ; qu'on lui avoit tiré vingt-trois coups de canon avant qu'il fût débarqué ; que tous les grands-croix étoient venus lui rendre Vlëlte sur son bord ; qiiè le grand maître avoit envoyé ses carrosses

WRIL t7)S. m

aa-devaiit de lui, et que dès qu'il fut entré dans la ville on lui lita eribore vlngt-tî^is autres coups dé cîttton .

Mercredi 94, à i'eHaHhi. — Le roi tint le cbHseil d'État ; le soir 11 y eut grande musique dhez madame de Maintenotl. 11 devoit courre le cerf aujourd'hui , mais il a remis lachasseàvendrcdi, et ^epurgerademain. — M. le chancelierallaà Paris, oftilverra M. le cardinal de NoailleS; il travaille fort à accommoder les affaires de l'Église, mais le succès en est tenbore bien ihcertain . — On mandé de Madrid que la grossesse de la reine d'Espagne se confirme, et quel^L. MM. , le prince et les infants iront passer l'été A Aranjuez. S. M. C. a donné 2V,000 écûs de tente sur les biens confisqués du ddc de Mbntéléon au prince de Cellamare pour le dédommager d'une partie de ce qu'il a perdu dans le royaume de Naples; il se prépare A partir de Madrid polir son atnbassade en France,

/eudt 35, à VeriaUles. — Le roi prit médecine ; il ne l'auroit prise que lUndi si ce jour-là li'eùt point été un jttni" maigre. 11 vouloit la différer jusqu'au lundi suivant, mais M, Fagon obtint hier de lui de l'avancer plutôt que de la reculer. — Madame la duchesse d'Orléans a de lii fièvre depuis quelques jours; elle n'est ni violente ni réglée, mais les médecins croient que cela poorroit liien durer longtemps. — l^e roi signa le contrat de mariage de M. le marquis de Saint-Sulpice, qui est de la maison d'Uzès, avec mademoiselle d'Estaing, à qui sbn père ne donne que 25,01)0 écus; mais elle en peut espérer beaucoup davantage. Elle n'a point paru à la cour; elle sort d'un couvent et est très-bien faite. M. do Saint-Sul-

I pice a, dit-on, 40,000 livres de rente eh fonds de terre.

I Vendredi 26, à Versailles. — Le roi travailla le matin avec le P. le Tellier, dîna de bonne heure, et alla courre le cerf dans le parc de Hariy. A son retour il travailla avec M. le chancelier, qui revenoit de Paris, où ÎI avoit VM M. le cardinal de Noailles ; il ne travaille d'ordinaire avbc M. le chancelier qne les mardis et les samedis. Il y

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eut ensuite grande musique chez madame de Maînteoon. — Le projet de madame des Ursins jusqu'ici est d'allar I en Hollande ; mais comme MH. les États-Généra,ux ne \ souhaitent pas qu'elle s'étal^Usse à la Hâve ni k Amsterdam , on croit qu'elle choisira la ville dTltrecht pour y demeurer. — Le marquis de Clermont, père du capitaine des gardes de feu monseigneur le duc de Berry, est mort d'apoplexie à Paris. Il vaque par sa mort une jolie commanderie de l'ordre de Saint-Lazare, que je lui avois donnée , qui est située sur les frontières de l'Anjou et de Bretagne.

Samedi 27, à Versailles. — Le roi tint le conseil de finances, alla tirer l'après-dlnée, et travailla le soir avec M. le chancelier chez madame de Maintenon . — Le prince de Léon est à l'extrémité dans sa maison des Brières auprèsdeParis. Madame la duchesse de Roquelaure sa bell&f mère, avec qui il étoit fort brouillé, y est allée pour demeurer auprès de lui, et y a mené madame la princesse de Pons, sa seconde lille , sœur de madame de Léon. On croit que M. [le duc]et madame la ducbessedeRohan iront le voir aussi, quoiqu'ils soient encore plus mécontents de lui que madame de Roquelaure, et on croit que cela pourroit bien raccommoder les familles. — On mande d'Angleterre que les tories et les whigs sont plus animés que jamais les uns contre les autres. Le comte d'0\ford, qu'on croyoit sorti d'.\nglet«rre, et qui n'étoit allé qu'à une de ses terres, est revenu à Londres , a été au parlement, et on prétend même qu'il est raccommodé avec le roi Georges.

Difnancke'i&, à Versailles. — Le roi tint le conseil d'Étal^ dîna chez madame de Maintenon; il joua l'après-dlnée avec les dames, etpuisreotrachezlui, où il travailla avec M. Pelletier, et retourna à sept heures chez madame dé Maintenon , où il y eut grande musique. — On ne parle plus ;du départ de l'ambassadeur de Perse. U fait de» propositionspour le commerce, que nous ne savons poiot

à fond; cependant il est d'une grande dépense ici pour le roi , car, outre cpi'on lui donne 500 francs par jour, on paye encore beaucoup d'extraordinaires qui vont fort loin, et on commence à croire que dans les propositions que iait l'ambassadeur de Perse il y en a quelques-unes qui peuvent être avantageuses au commerce du royaume. Il parolt même que les Anglois et les Hollandois en ont quelques inquiétudes, surtout les Anglois, qui ont un comptoir à Bender-Ai)assi,

Lundi 29, à Versailles. — Le roi dîna au sortir de la messe, et alla courre le cerf dans le parc de Marly. Le comte de Lusace étoil à la chasse; le roi lui fait toujours donner une calèche pour traverser le parc et des chevaux pour courre. Le roi renvoie son équipage de chasse dans la forêt de Sénart parce qu'il ne courra point le cerf durant le voyage qu'il va faire à Marly. — Le roi fait partir un de ses écuyers qui mène au roi Auguste six très-beaux chevaux d'Espagne avec des harnois et des housses très-magnifiques. On n'avoit encore rien vu de si beau et de si superbe en ce genre-là; il y a des pistolets à tous les chevaux qui répondent il la magnificence de l'équipage (1). — Le roi nous dit à son coucher qu'il ne s'étoit jamais tant présenté de dames pour Marly. Le roi, au retour de la chasse, travailla avec M. de Pontchartrain.

Mardi 30, à Versailles. — Le roi tint le conseilde finances et travailla ensuite avec M. Desmaretz ; l'après dlnée iltravaillachezluiavecM. le chancelier, et ne sortit point de tout le jour.. — Le roi a donné une pension de 1,000 écus k madame de Vaudreuil, qui étoit sous-gouvernante

(1) 1 TIs ont chscnn ane belle housse et des faux roiirreau^ de pistolets coaverts d'une double broderie d'or ou d'argent, aiec une Trange de mfme Hnr du velours, cbnque hamoix étant de dilTËrente cooleur. Les pistolets sont d'un très-bel ai^er incrusté d'or et d'argent; ils coûtent mille écua lu paire. Les mors et les rtiriers nf snnt pas d'une moindre heauti*. u (JHerarre de mai, pajçe m.)

-Ilfl JOURNAL l)K DANGKAU,

de M. le duc d'Alençon, et dont le mdH fcst gouverneur dfc Cttnada. — Le roi -îiçna hier matin le contrat de mariage du marquis d'Heudiootirf le fils avec mademoiselle de Survilltt. — NoiJs avons appHs J)ar mllord Stdirs la mort de milord Warlbn, *jlii a Ptri vice-roi dlrlande, (jiH ètoil le plils animé de tous les whigs; U «voit dfe l'esprit, étoit fort rlAe, et employait lôùt Son bien A giig:herdes vol* A soii parti. Le foi GcorgeB l'avblt fait garde du sceau prive et tnai-quiS.

Mènredi 1" mai, à Sfarty. — Le l-Oi tiilt le confell li'Élat.ijUittil fort long. Je prisconçéde loi X son dlBer ptoUt aller en ToUrttihe et y installer mon fils dâûs le g>>nverhcraent. Le roi arriva A Marly A quatre heltrcK fet demie, Be promena dans ses jardins jusqu'AsiSUetlreS, etpnis pj^sa chez madame de Mainteoon, uft il y elit grande musiqiie. Il y A de dames nouvelles A ce voyttgej tfiai^ dttme Hhnsoteaii, femme du gratid prévôt, et madame de Coëtarifao, femme du cheval ierd'hontteur de mttdaitle U dUcbeSSe de Berry, — U ne parolt pas que les Hollémdois soient tontents des prbpositions que milord Ga* dogan a apportées de Vienne pour le traité de la Ba(*rière, et cette alTaii-e-là, qu'on oroyoit prête àlinir, Ml Vàset embrouillée pour n'être pas sitflt terminée. — S(, le comte de Toulouse partit le matin pour aller prendra les eaux à Bourbon.

Jeudi 2, â Marfy. — Le roi, après la môBse, IravAlUa avec M. le chanCfelier et ensuite passa étiez madame de Maintenon, où il d)ua avec les dames. Après son dlrler il allàvoirentrerdans son parc des cerfs que l'on a pris A Monceaux , et au retour il etitra cbez madame de Maintenon, où il y eut petite musique. — Les courtisans croient que le chancelier n'a travaillé aujourd'hui avec le roi que sur les affaires de la Constitution ; il a été en conférence avec le cardirtal de NoàiUes, et on craint fort que cette émineuce ne veuille pas se rendre à toutes les instances qu'on fait auprès d'elle pour se raccommoder

Qutes les ^M mmoder ^M

AU

ttvfeC Ife pape el avec le roi. — Madame, madame la duchesse d'Orléans et madame la Duchesse mère sont restées à Versailles assez inconlmodées; Madame l'est moins que les deux atitres, fet elle compte de poUToir venir ici lundi.

VBndfediS, à Marly. — Le roi se leva un peu de meilleure heure qu'à l'ordinflipe , et avant que d'aller il la messe il s'Arrêta dans le jardin k tteuf heures pour Vdlll'éclipsé. Presque toutes les dames étoient dans lé jardiii dès huit heures, elCassini y étoitvenu de l'ObserVàtoiré, etavoif appotté des lunettes et tbUtte qui est nébessaiPk pouf bien faire voir récli{)se. Après Itl Iflessë, Ife toi trS;vailla avec le P. te Telliër ; l'aprês-dinée il alla tirer, et au retour de la chasse il entra chez madame de Maintétion, ôà. il n'y eutqiie petite musique parce que tous les musiciens sont à Saint-Denis. M. le duc d'Orléans alla lu soir à Paris pour être demaio à Saint-Denis au service de Teu monseigneur le duc de Berry.

Satnedi %, à Màfhj. — Le roi, après la messe, se promena dans les jardihs, et l'après-dlnée il alla à SaiiitA-' Gefrmain voir la reine d'Angleterre; il en revint à cintj heures, alla voir jouer au{tetitniail,et âsept heures eflttw chez madame de Haintenon, où il travailla avec M. lechatlcelier. — On lit à Saint-Denis le service de rflonseigneUP le duc de Berry. L'évêque de Séez, Son premier Kumônier, officia. — On a mis à la Bastille madame de Nas-' saU( Bcedr du marquis de Nesle ; c'est Sit famille nléme qui a demandé qu'on l'y mit . Son mari l'aecUse de choses effroyables, et avoit présenté il y a qWfelquesJours au t-ol un plflcet Oli il prioit S. H. de lui permettre dé cOflJ vaiticre sa femme d'adultère et de pôuvoif attaquer flti' Justice ceux qui l'avoient commis avec elle.

Dimanche 5, à Marly^ — Le roi tint le conseil d'Élttt, qui dura jusqu'à une heure et demie. Vapr^s-dlnoeiltrn-i' vaiila avec M. Pelletier jusqu'A cinq heures, et puis alla voir juuer au petit inail, où madame la duchesse de

412 JOURWAL UE UANGEATl.

BeiTj, accompagnée de l>eaucoup de dames, le suivit, et à sept heures il entrachez madame de Haintenon, où il y eut grande musique. — Le roi a fait quitter le grand deuil  madame la duchesse de Berry, et l'a menée dans le salon poury tenir le jeu; on avoit accoutumé depuis quelques années de porter le grand deuil d'un mari quarante jours après l'an révolu, mais le roi s'étant informé à beaucoup de dames de ce qui se faisoit autrefois, elles l'ont assuré qu'on ne portoit le grand deuil qu'un an entier ; il a ordonné à madame la duchesse de Berry de suivre cet ancien usage*. — Madame la duchesse d'Oiv léans, qui estdemeuréeàVersailles, a toujoiirs un peu de fièvre et a été saignée aujourd'hui.

* On a vu souvent dans ces Mémoires combien les grands deuils iraportunoient le roi, et te peu de mesure qu'il y garda dans sa plus proche famille.

Lundi 6, d Marty. — Le roi se promena le matin dans ses jardins; il dîna chez madame de Maintenon avec les dames qui sont de ces dlners-Ià. L'après-dlnée il alla tirer, et au retour de la chasse il entra chez madame de Haintenon, où il travailla avec M. de Pontchartrain. Madame la duchesse de Berry, sur les six heures, alla ii la roulette avec beaucoup de dames. Madame, qui est guérie de son rhume , vint ici de Versailles. — On a nouvelle qu'il y a eu un grand combat dans la mer Baltique entre les flottes de Danemark et de Suéde;] les Danois ont gagné la bataille, et la victoire parolt complète par toutes les relations que l'on en a, — L'assemblée du clergé commencera le25 aux Grands -Au gustins à Paris ; l'archevêque de Narbonne en est président, et l'archevêque d'Alby fera la première harangue au roi.

Mardi! , à Marly . — Le roi tint le conseil de finances, travailla ensuite avec M. Desmaretz; après dîner il tintle conseil de dépêches, sortit sur les six heures pour aller voir jouer au petit mail, et le soir travailla avec M. le

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