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ce fut le seul seigneur pour qui le roi d'Espagne eut une amitié constante I et qui ne dépendit que de lui.C'étoit un homme très-bien fait, et chose ] rare pour uu Espagnol, blond, avec de belles deuls, un esprit médiocre, j mais sage et mesuré au dernier point, éloigné do se mêler d'affaires et d'entrer dans aucune cabale, très-éloigué aussi de faire sa cour à pas un ministre , mais d'ailleurs l'homme du monde le plus affable, le plus poli, le plus gracieux, et qui oëioit retenu de parler au roi que par le danger des bons offices avec un maître si dépendant d'autrui. Il l'aimoit avec attachement, et cela lui avoit donné de l'indination pour les François. Il n'étoit pas riche, mais autant qu'il le pouvoit, généreux , libéral , et quand il le put magnifique. Cétoît un des graodg toréadors de toute l'Espagne, et qui seconsoloit le moins qu'on eût banni ces combats, où il avoit fait de grandes folîesjavec une grande valeur. 11 étoit galant, et voyoit beaucoup plus de monde que les Espagnols n'en voient d'ordinaire. Sa femme, avec qui il a toujours vécu dans la plus grande luiion, étoit Henriquez, qui avoit souvent chez elle des musiques, quand ils furent parvenus, et une bonne et nombreuse musique à eux. Il quitta sa cliarge'de premier écuyer lorsqu'il fiit fait grand : cela est incompatible. T.e premier écuyer est plus subordonné au grand écuyer' en Espagne que ne l'est ici le premier écuyer de U grande écurie au grand écuyer de France. Fji Espagne, il n'y a qu'une seuleécurie, dont tous les chevaux, les carrosses et mulets et toute la livrée dépend. Le premier écuyer ne fait rien que par les ordres et sous les ordres du grand écuyer, et lui rend compte de tout. C'est à lui qu'il prête serment, et n'a aucune fonction en compétence. II présffîte au grand écuyer ce que celui-ci présente au roi; mais il a deux fonctima qui paroitroient ici bien étranges, et qui en Espagne ne le sont point du tout, et dont l'une arrive sans cesse, c'est de tenir l'étrier au grand écuyer toutes les fois qu'il monte à cheval et qu'il se trouve présent, ce qu'il n'évite point; l'autre est de tenir, ii pied et découvert, une branche du mors du cheval que le grand écuyer monte , et de le conduire de la sorte de l'écurie, si le grand écuyer y monte à cheval, jusqu'au degrédu palais, à travers une Tort belle et longue place, où tout le monde passe iueessamment et où, alors que le roi va sortir, les deux régiments des gardes sont sous les armes. Cette charge de premier écuyer est toutefois un poste de faveur et presque toujours occupé par des fils cadets oa des frères de grands d'Espagoe , et des plus grandes maisons. Le duc del Arco fut bientât après grand écuyer, et pour le faire on en laissa les honneurs et les appointements au duc de la Miraudole, qui étoit uu paresseux qui en fit sa cour. On verra ailleurs ce que c'est que cette grande charge. Celui-ci n'a jamais rien demandé pour lui. ]| avoit uue de* moindres commanderies de Saint- Jacques etn'ena jamais eu d'autres; i il portoit cet ordre à la boutonnière , comme ih font en Espa^ie ,
au revers de sa raédaille il avoit fait peindre Je roi. A l'abdication du roi il eut la Toison et se voulut retirer auprès de lui ; et en 17S4 il eut l'ordre du Saint-Esprit. Albéroni, qui ne l'aimoit pas et de qui il n'étoit pasaimé et publiquement, ne put jamais ni l'entamerni le faire ployer. 11 y aura encore occasion de parler de ce seigneur, un des plus aimables et des plus honnêtes hommes d'Espagne, également digne, modeste, doux et haut aussi dans les occasions.
Lundi 13, à Marly. — Le roi se promena le niatin dans ses jardins; il dîna chez madame de Maintenon avec les dames; l'après-àlnée il travailla chez lui avec M. le chancelier et ensuite avec M. de Pontchartraîn , et puis alla faire un tour dans ses jardins, et à sept heures et demie entra chez madame de Maintenon, où il joua avec les dames. — 11 arriva un courrier du duc de Saint-Aignan par lequel on apprend que le roi d'Espagne a mis en liberté Flotte et Renaut*, tous deux fort attachés àM. le duc d'Orléans; on ne doute pas que ce prince ue soit bientât raccommodé avec le roi d'Espagne **, ce que le roi souhaite fort, et c'est à sa prière que le roi d'Espagne a mis cesdeuxhommesenliberté. — Toutes lesnouvelles d'Allemagne et de Pologne parlent du grand armement des Turcs, qui auront sur les frontières de Hongrie unearmée de cent mille hommes, sans compter quarante mille Tartares , et outre cela le grand vizir doit aller attaquer avec une autre armée les Vénitiens dans la Morée.
' On a TU ailleurs l'tiisloire de ces deux prisonniers. Flotte avoit du mérite, de l'esprit, delà capacité, et n'étoit pas sans courage, quoique ce ne fût pas son métier. M. de Lauzun l'avoit donné autrefois à Mademoiselle, chez qui ils'étoit tait estimer. Asamort, il passa chez Monsieur, qui bérita beaucoup d'elle. Pour Renaut, il avoit été au duc de Noailles, qui le donna à M. le duc d'Orléans. Ce prince les voulut bien traiter ; mais il ne voulut pas qu'ils se montrassent trop à leur retour, et pourvut à une honnête subsistance chez euï.
" Ce raccommodement du roi d'Espagne et de M. le duc d'Orléans se fit de soi-même. Madame des Ursins, qui avoit fait entre eux tous les maux, étoit perdue en Espagne et en France. C'étoit une raison pour la reine d'Espagne, qui prenoitungrandascendant, de désirer détruire son ouvrage par la liberté de Flotte et de Renaul , et par le raccommo-
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dément qui en fut nécessairement la suite. Le roi d'Espagne ouvrit les yeux à bien des choses, après la catastrophe de madaïkie desTJrsinii, qui auparavant étoient retenues captives, et peut-être que les réflexions sur la santé du roi et sur la figure que toutes ses préoBnitions n*empéelieroient pas son neveu de faire après lui, hâtèrent encore cette iréconcfliation, qui vint moins de France que d'Espagne, qui eh fit toutes les avances au grand regret de madame de Maintenon.
Mardi ik, à Marly, — Le roi tint le conseil de finances et travailla ensuite avec M. Desmaretz; Taprès-dlnée il travailla avec M. le chancelier et M. Daguesseau jusqu^à six heures, et puis fit un tour dans ses jardins , vit jouer au mail. Madame la duchesse de Berry et beaucoup de dames le suivirent à la promenade. Madame la Duchesse arriva ici de Versailles en assez bonne santé. — Le roi a donné à M. le duc de Fronsacle logement qu'avoit à Versailles H. de Richelieu, son père. — M. le comte d'Uzès perdit hier à la grande chambre un procès considérable contre madame d'Olonne pour une terre de la maison d'Uzès qu'il vouloit retirer. — Le roi ne quittera le deuil que le vendredi 24 de ce mois ; il ne s'est expliqué sur cela qu'aujourd'hui.
Mercredi 15, a Marly. — Le roi tint le conseil d*État, qui dura jusqu'à près de deux heures; ildina chez madame de Maintenon avec les dames et en sortit à cinq heures pour se promener dans ses jardins, et alla voir madame la duchesse de Berry à la roulette ; il y avoit avec elle dans la roulette beaucoup de dames, et madame la princesse de Conty la jeune, qui est venue d'Issy où M. le prince de Conty prend du lait, soupa avec le roi et puis retourna à Issy. — Madame la duchesse d'Orléans arriva ici de Versailles à sept heures et se porte un peu mieux ; sa maladie est si extraordinaire que les médecins n'y connoissent rien, mais ils ne la croient point datigereuse, et elle ne fera plus de remèdes. M. le Duc partit d'ici le matin pour aller à Dijon tenir les États.
Jeudi 1 6, à Marly . — Le roi^ après la messet, se promena
'ès soD dîner il p
dans ses jardins, et après son dîner il passa chez madame deMaintenon,oùildeineurajusqu'à([aatreheures, etpuis monta en calèche pour aller voir jouer au grand mail, où il fut suivi de madame la duchesse de Berry et de plusieurs dames en calèche» et des courtisans à cheval. — M. le duc d'Orléans a ordonné k son trésorier de faire payer toutes les dettes que Flotte et Renaut peuvent avoir fait en Espagne, et il doûne une pension de 6,000 francs à Flotte et une de 4,000 à RenaUt. Il veut, avant qu'ils reviennent en France, qu'ils aillent à Madrid remercier le rot d'Espagne de leur liberté.
Vendredi 17, à Marly. — Le roi travailla le matin avec le P. le Tellier ; l'après-dlnée U alla tirer , et le soir, chez madame de Maintenon, on joua la comédie de George Dandin. Madame la duchesse de Berry et Madame se promenèrent l'après-dlnée dans le jardin avec beaucoup de dames. — M. de la Rochepot, gendre de H. le chancelier, a été fait conseiller d'État de semestre à la place de M. Dubois, qui vient demourir. — M. le duc d'Orléans a écrit une lettre au roi d'Espagne pour le remercier; voici comme ce raeomniodement s'est fait. Le roi d'Espagne a écrit au roi son grand-père qu'ayant reconnu la fausseté des accusations qu'on avoit faites contre Flotte et Renaut , il les a mis en liberté, et que dans l'envie qu'il a de se réconcilier avec M. le duc d'Orléans, il laisse S. M. maltresse d'en ordonner la manière.
Samedi 18, à Harly. — Le roi, après la messe, se promena dans ses jardins, et après son dîner travailla avec M. le chancelier jusqu'à six heures; ensuite il se promena , alla voir jouer au petit mail. Madame la duchesse de Berry et la plupart des dames le suivirent à sa promenade. — Un aide de camp de milord Stairs, qui étoitvenu avec lui à Paris, étant retourné en Angleterre, y a dit beaucoup de sottises sur la santé du roi qui sont toutes très-fausses. Dieu merci. Le roi méprise fortious ces sols liruils ; mais le milord, en ayant été averti, n dé-
savoué cet aide de camp et déclaré même que c^étoit un fripon qu'il avoit chassé de chez lui^ et que si jamais il tombe en son pouvoir il le fera châtier rudement. Cela n'a pas laissé d'affliger fort ce milord*.
* La santé du roi diminuoit à vue d'œil, quoiqu'il ne changeât rien à sa manière ordinaire de vivre ; mais il maigrissoit et changeoit tous les jours , et son appétit, qui étoit égal et fort grand, diminuoit infiniment. Les paris s'ouvrirent publiquement en Angleterre sur le peu de durée de sa vie, et beaucoup parièrent qu'il verroit à peine les premiers jours de septembre. Torcy, lisant au roi en particulier quelques gazettes qu'il n*avoit point parcourues auparavant, vint à s'arrêter court, puis à reprendre comme un honmie qui saute ce qui est embarrassé; le roi s'en aperçut et le lui dit, et voulut tout voir. Torcy, ne pouvant s'oi défendre, lut tout ; c'étoient ces paris. Le roi ne fit pas semblant d'en être touché; mais il le fut profondément et ne put s'empêcher d'en parler en général, à son petit couvert, sans faire pourtant mention de gazettes. Cheverny, à qui il ne parloit guère, se trouva à ce dîner ; il crut que la parole s'étoit adressée à lui, et fit une assez longue et mauvaise rapsodie de pareils bruits sur la santé du roi qui étoient venus de Vienne en Danemark^ pendant son ambassade à Copenhague, il y avoit dixhuit ou vingt ans. Le roi parut touché de ces bruits sur sa santé en homme qui ne le vouloit pas paroître , et il fît ce qu'il put pour manger et pour montrer qu'il mangeoit avec appétit ; mais on voyoit que les morceaux lui croissoient à la bouche. Tout cela ne laissa pas de faire une sorte de mouvement, mais en même temps tint encore le monde et la cour plus circonspects, et surtout ceux qui pouvoient, par leur position, avoir lieu d'y être plus attentifs que les autres.
Dimanche 19, à Marly. — Le roi tint le conseil d'État, qui ne finit qu'à près de deux heures; il devoit aller se promener au grand mail avec madame la duchesse de Berry et toutes les dames, mais la pluie a empêché la promenade et une grande collation qui étoit préparée. Le roi, après son dîner, travailla avec M. Pelletier jusqu'à quatre heures; et ensuite il tint le conseil d'État jusqu'à sept heures, après quoi il entra chez madame de Maintenon, où il y eut musique. — Le roi donna ces jours passés une audience dans son cabinet à M. l'archevêque de Narbonne, qui doit présider à l'assemblée du clergé. — On a fait partir cette semaine deux cour-
riers pour Home, et l'on n'a plus d'cspéranco que les atfaires de la Constitulion puissent s'accommoder.
Lundi 20, à Marly. — Le roi prit médecine, et après son dîner il travailIaavecM.de Pontchartrain jusqu'à sept heures ; ensuite il passa chez madame de Maintenon, où il joua avec les dames. Madame la duchesse de Berry souhaitoit depuis longtemps que le roi lui donnât des dames, et elles lui sont plus nécessaires quejamais, parce que madame la duchesse de SaintSimon, sa damb d'honneur, a été obligée de quitter Mai'ly, ayant une grosse fièvre, et que madame de la Vieuville , sa dame d'atours, est depuis longtemps à Paris et si malade qu'on ne croit pas qu'elle puisse jamais revenir à la cour. Madame la duchesse de Berry, se voyant sans dames, a renouvelé ses prières au roi, et elle lui a proposé quatre dames pour la suivre, qui sont : madame la comtesse de Brancas, mère de M. de Brancas; qui étoit ambassadeur en Espagne; madame de Coëtanfao; madame de Clermont, dont le mari étoit capitaine des gardes de monseigneur le duc de Berry, et madame de Pons, dont le mari avoit aussi ime charge chez ce prince.
Mardi 21, à Marly. — Le roi tint le conseil de finances, et travailla ensuite avec M. Desmarelz;il se promena l'après-dlnée dans ses jardins, et le soir il travailla avec M. le chancelier chez madame de Maintenon. Le roi a approuvé le choix qu'a fait madame la duchesse de Berry des quatre dames qu'elle lui avoit proposées, et ce sera le roi qui les payera; elles auront chacune 4,000 francs d'appointement. Madame de Brancas est à Paris, et avoit pris congé du roi pour s'en aller en Provence; elle a accepté l'emploi, mais ses incommodités et ses affaires domestiques l'obligent de faire le voyage de Provence et d'aller aux eaux, si bien qu'elle ne pourra guère revenir avant la fin de l'année. Le roi a fait revenir madame de Pons, qui étoit à Versailles, et lui a
donné un logement ici. Le roi a dit que ce choix de ces quatre dames étoit venu uniquement de madame de ^rry, mais qu'il Tavoit fort approuvé.
Mercredi iA, à Marly- — Le roi tint le conseil d'État le matin^ et Taprès-dlnée, à cinq heur^, monta eQ calèche et alla se promener au grand mail. Madame la du* chesse de Berry étoit à la promenade à cheval avec dix darnes^ et il y avoit plusieurs autres dames en calèche. Au retour^ le roi rentra chez madame de Maintenon, où il y eut grande musique. — Le roi donna hier audience au duc de Turci dans son cabinet. On traite avec lui pour les six galères de Gènes qu'il commande, et on croit que le traité que Ton fera avec lui [sera pareil à celui qu'il avoit avec le roi d'Espagne; c'est le maréchal deTessé qui a commencé cette négociation-là. — r Par les dernières lettres qu'on a euea de Rome , oa ne doute plus que Mf de Sfeaux ne soit déclaré cardinal au plus tard à la Pentecôte.
Je}¥ti 33, à Marly. — Le roi se promena le matin dans ses jardins et dîna ch^z pfiadame de Blaintenon , et puis repassa chez lui, où il travailla avec M. le chancelier. Il ressortit à six heures pour aller se promeqer au petit mail, où mada^ne la duchesisie de E^rry et les dames le suivirent, et à huit heures il rentra chez madame de Maintenpii, où il y eut petite musique. — Durant la maladie du prince de Léon, qui a été très-dapgereuse, madame de Roquelau^e, sa helle^mère, nq l'a point abandonné, quoiqu'ils fussept fort mal ensemble; elleaencoi'e plusf^it, car elle a obtenu de M. de Hoquelaure, qui esit toujours en LauguedQc, de pardpni^fir à madame d^ Léon, sa ^q, et à M. de Léon , spn gendre. M. et madame de Rphftn ont vu le princç de Léon dans la grande extrémité de sa me^Udie, mai^ ils ne lui opt pas encore pardonné; il ^e porte un peu mieux.
Vendredi 24., à Marly. — Le roi se promena le matin, et après son dîner il passa chez madame de Maintenon, où il
joua avec les dames. A cinq heures il se promena diins les jardins, et vit aller madame la duchesse de Berry à la roulette, età huit heures repassa chez madame deMainlenon, où il y eut comédie. — M. le grand prieur a été reçu h Halte avec de grands honneurs, ce que nous avons déjà marqué , et depuis qu'il est à. Malte, il s'est fait fort aimer du grand maltreetdetousies chevaliers. U y vit magnifiquement, et a été déclaré généralissime des troupes de la religion. On ne craint plus en ce pays-là d'être attaqué par les Turcs. — Le roi reviendra de Marly le samedi 1" juin, et retournera à Marly le mercredi 12 du même mois. M. le comte de Toulouse, qui est à Bourbon, reviendra le If», et se porte fort bien de ses eaux.
Samedi 25, à Marly, — Le roi se promena le matin et alla tirer l'après-dlnée; le soir il joua au brelan avec les dames chez madame de Maintenon. — L'affaire que l'on traitoit avec le duc de Turci pour les sis galères est entièrement réglée. — On mande de Rome que le pape a fait cardinal M. Olivieri, qui est son cousin gerniain, qui étoit secrétaire des lirefs et qui exerçoit la charge de majordome du palais par intérim. Cette charge de majordome a été donnée è. M. del Giudicej neveu du cardinal de ce nom et iVère du prince de Cellamare; il étoit préfet de l'Annone. Il reste encore neuf chapeaux vacants et le cardinal Marescotti, qui a quatre-vingt-huit ans, s'est retiré et a remis entre les mains du pape ses bénéfices et ses pensions*.
• Il y avoil déjà longtemps que le cardinal Marescotti s'étoit retire , et sa retraite fut un grand exemple à Rome et ud grand modèle. Il avoit eu plusieurs prélatures, et avoit exercé l'emploi «le nonce en Portugal. toutcola avec grande réputation. C'étoit un homme de beaucoup d'esprit, un génie élevé et fort propre aux affaires , qui étoit savant et pieux et qui eiUété un grand pape. Il fut, en 1675, le pénultième cardinal de la Façon d'InuoeentX, Altieri, puis légat à Ferrare, et un des plus considérés du sacré collège. Quand il eut quatre-vingts ans , il se retira de toutes les congrégations et de toutes les affaires , et obtint de n'Are plus obligé à
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aucunes cérémonies, consistoires ni conclaves. Il cessa d'aller chez le pape, ou plutôt les papes , car il y en eut plusieurs depuis cette retraite, qui tous Tallèrent voir chez lui en sortant du condave ; et Baiott XUI, des Ursins, voulut avoir son avis avant que d'accepter le pontificat. Plusieurs papes, et celui-là entre autres , le consultoient toujours sans qu'il bougeât de chez lui , et le visitoient de temps en temps. Gda ne l'élevoit point , et il ne leur faisoit jamais aucunes demandes ; sa porte étoit fermée à tout le monde , cardinaux, ambassadeurs , prélats , à la plupart même de ses parents et de ses anciennes connoissances. Il se levoit fort matin , et depuis qu'il s'éveilloit jusqu'à ce qu'il se couchât toutes ses heures étoient occupées et réglées. Il avoit partagé son temps entre plusieurs religieux de divers ordres qui , à heure précise et marquée , venoient tous les jours chez lui ; les uns étoient des gens de bien , d'autres des théologiens , quelques-uns des savants en histoire ecclésiastique , d'autres de bons critiques. Il en avoit de pieux pour prier avec lui et réciter son bréviaire ; il en avoit pour le préparer tous les jours à la mort, et tous les soirs il se confessoit comme un homme qui ne compte pas voir le lendemain. Son temps étoit ainsi coupé et tout se succédoit de manière qu'il n'étoit jamais un moment de vide , et toujours occupé de piété , excepté quelque courte récréation après son repas. Du reste, détaché, humble, pénitent , et ne sortant que trèsrarement dans les solennités et pour aller à l'église ; attendant la mort en paix , sans impatience , sans regrets , et dans un grand abandon à la volonté de Dieu , qui le laissa vivre plus de vingt ans de la sorte , pour l'édification de Rome. Il mourut saintement, comme il avoit vécu, en 1727. Dangeau se trompe sur sa retraite, qu'il donne ici comme nouvelle (1), qui étoit déjà depuis plusieurs années, et qu'il soutenoit avec une égalité d'esprit, de cœur, de piété, de santé de corps et de tête parfaites jusqu'à la fin.
Dimanche 26, à Marly. — Le roi tint le conseil d'État; il dîna chez madame de Main tenon, travailla chez lui l'après-dinée avec M. Pelletier, se promena à six heures dans ses jardins, entra à huit heures chez madame deMaintenon, où il y eut grande'musique. — J'arrivai hier à Paris de Touraine, où j etois allé installer mon fils dans le gouvernement de cette province, dont il
(1) Dangeau est pourtant d'accord avec la Gazette de 1715, qui dit, page 271 : n Le cardinal Marescotti, voulant se retirer entièrement à cduse de son grand âge de quatre-vingt-huit ans, a remis ses bénéfices et ses pensions entre les mains du pape, sans vouloir se réserver aucun revenu ecclésiastique. »
y a quarante -neuf ans que je suis gouverneur. Le roi m'a mandé que je vinsse à Marly, et a eu la honte de m'y donner un logement. — Madame la princesse de Conty, qui conserve un grand attachement pour la mémoire de monseigneur le Dauphin, fils du roi, songe à marier une fille qu'il a eu de la Raisin, fameuse comédienne. On appelle cette fille mademoiselle de Fleury ; Monseigneur savoit bien qu'elle étoit sa fille, mais il ne l'avoit point voulu reconnoitre publiquement. Madame la princesse de Conty lui fait avoir 200,000 livres par une affaire qu'elle a faite.
Lundi 27, à Marly. — Le roi travailla l'après-dinée avec M. dePontchartrain, et sur les si.\ heures se promena dans ses jardins malgré la pluie, — Busca, qui avoit été longtemps lieutenant des gardes du corps et qui avoit plus de quatre-vingts ans, est mort à Paris; il étoit gouverneur d'Aigues-Mortes. Ce gouvernement est un des plus jolis gouvernements de place du royaume; il n'ohlige point à résidence; il vaut plus de 20,000 livres de rente, dont il y en a 18,000 payées par la province de Languedoc. — J'appris que durant mon voyage de Touraine, Saint-Just, lieutenant de roi de Valenciennes et qui a quatre-ving1;-huit ans, étoit venu demander au roi qu'une pension de 1,500 francs qu'il a, passât sur la tête de sa fille, qui est chanoinesse de Remiremont ; le roi lui a accordé la moitié de la grâce qu'il demandoit.
Mardi 28, à Marly. — Le roi tint le conseil de finances, travailla ensuite avec M. Desmaretz. Avant le conseil il avoit jugé une affaire du duc de Gramont, contre les héritiers de Moinereaux, qui lui demandoient l'hôtel de Gramont à Paris comme ayant été à eux, et le roi n'ayant pu le donner au maréchal de Gramont, père du duc, il a gagné son procès, et les héritiers de Moinereaux sont déboutés de toutes leurs prétentions. — Le prince électoral de Saxe, qui s'est toujours fait appeler
ici le comte de Lusace^ vint prendre congé du roi, qui lui donna une magnifique épée de diamaiitSy estin»^ ïO^OOQ écu8. Le roi donna aussi son portraU S^VW de diamants au palatin de Livonie, qui a conduit ce prince ep France et qui est homme de gri^nd mérite, et son portr^t aussi garni de diamants, mais uq peu moins beau, au barop de Hagen, gouverneur de ce prince, -s— Le roi travailla le soir avec M. le chancelier chez madame de Bfaiptenon. — Le roi donna le matin le gouv^raemept d'Aiguës^ Mortes à Busca, fils de celui qui vient de mourir ; il est enseigne des gardes du corps et aptuellement auprès du roi.
Mercredi %9, à Marly. — Le roi tiqt le conseil d'État, et Taprès-dlnée il y eut grande promenade dans la (orôt où il y avoil beaucoup de dames ^ cheval et en calèches, Le soir il y eut grande musique chez madame de Maii^^ tenon. — L'homme à qui madame la priwcess^ de Conty marie mademoiselle de Fl^ury est M. Dv^hois d'Avaucourt, qui a l'honneur d'être parent de cette princesse; il a été officier dans la gendarmerie, mais il n'est plus dans le service. Ce mariage se fera à la campagne, - — M. de Marillac , doyen des conseillers d'État qt grand-père de madame de la Trémoille, a fait une donation de la terre d'Attichy, qui vaut 10,000 éous de rente, aupripce de Tarente, fils de ce duc; ainsi cette terre ne passera poiqt sur la tète de M. delà Trémoille.
Jeudi 30, jour de l'Ascension, à Marly, — Le roi, après la messe, entra chez madame de llllaintenon, en sortit à midi et alla faire un tour dans le jardin; madame la princesse de Conty, sa fille, le joignit à la promenade. U dîna chez madame de Maintenon, et à trois heures il alla à la paroisse entendre vêpres et le salut, au retour se promena dans les jardins, et le soir il y eut petite musique chez madame de Maiqtenon. — Par les nouvelles qu'on a d'Allemagne, on apprend que le roi de Suède est toujours à Stralsund, où il se donnq beaucoup
de mouvemenl pour assembler des Iroupes et lus diseipliner; du resle, il parolt fort tranquille quoique l'argent lui D3anque.
Vendredi 31, à Harly. — Le roi ne sortit point de tout' le jour i cause de la pluie; il joua deux reprises l'appès-dlnée chez madame de Maintenon, et il y avoit des lots d'argenterie pour toutes celles qui avoient brelan ; il y eut un lot qu'il donna à mademoiselle d'Aumale. Le soir il y eut comédie et puis un petit concert mêlé de dauses. — Villiers, qui étoil attaché à feu H. de Vendôme, dont il avoit une pension de 1,000 écus, vient de gagner son procès contre madame de Vendôme, qui ne lui vouloit point payer cette pension, quoiqu'elle jouisse des biens de M. de Vendôme, Cette princesse a été condamnée à tous les dommages ut intérêts et même à l'amende, et Villiers nu lui a voulu faire quai'tiei" de rien.
Samedii" juin, à Versailles. — Leroitravaillale matin avec le P. le Tellier ; ily devoit travailler hier, mais ce père se trouva incommodé. Le roi se promena à Marly jusqu'à six heures, et puis il revint ici, où il travailla le soir avec M' le chancelier chez madame de Maintenon. — M. de Cayeux, iils aîné de M. de Gamaches, épouse mademoiselle de Pomponne, iilte unique, qui aura plus de 20,000 écus de rente; mais le père et la mère, qui sont encore fort jeunes, ne lui donnent que 50,000 écus présentement. — On mande de Madrid que le roi d'Espagne recevra avec plaisir dans sa cour M. Aldrovandi , qui y va nonce du pape; il y a déjà quelque temps que ce nonce est ici, mais il n'avoit point encore d'assurances d'être reçu agréablement en Espagne.
Dimanche 2, à Versailles. — Le roi tint le conseil d'État, alla se promener l'après-dinéc ATriauon, et le soir, chez madame de Maintenon, il travailla avec M- Pelletier, et ensuite il y eut grande musique. — M. le comte de Lusace, qui a pris congé du roi, avoit fort souhaité de
voir Saint-Cyr^ et madame de Maintenon Ty attendoitaujourd'hui, où^ après lai avoir montré la maison^ elle lui préparoit un divertissement^ qui étoit de faire jouer la comédie d^Esther par les demoiselles de Saint-Cyr ; mais la fièvre prit hier à ce prince, et il envoya un courrier à madame de Dangeau pour la prier de faire ses excuses, et en même temps il souhaite fort que Thonnèteté qu^avoit madame de Maintenon de le vouloir bien recevoir à Saint-Cyr ne soit que différée, espérant que sa maladie n'aura pas de suite. — On a des nouvelles de M. le comte de Toulouse, qui est à Bourbon ; les eaux lui ont fait beaucoup de bien, et il sera à Marly le lendemain de l'arrivée du roi, qui y doit retourner le 12.
Lundi 3, à Versailles. — Le roi, après son diner, reçut dans sa chambre MM. de rassemblée du clergé, qui le vinrent haranguer; l'archevêque d'Alby portoit la parole et parla fort éloquemment. Le roi ensuite se promena dans ses jardins et fit aller toutes les fontaines. — Le 2<h du mois passé le parlement registra une déclaration du roi du 23 en faveur de H. le duc du Maine et de M. le comte de Toulouse et de leurs descendants en légitime mariage*. Voici la substance de cette déclaration : « Nous avions cru que, nous étant si précisément expliqué par notre édit perpétuel et irrévocable du mois de juillet 1714, il ne pourroit pas y avoir de difficulté de rendre à nosdits fils les mêmes honneurs qu'aux princes de notre sang, après le dernier desdits princes ; cependant nous avons été informé que dans aucune des chambres de notre cour de parlement on faisoit difficulté de recevoir les requêtes de nosdits fils avec la qualité de princes du sang et de la leur donner dans les jugements où ils sont parties, ce qui est contraire à notre intention.
« A ces causes, nous avons dit et déclaré que voulons et nous plait que dans notre cour de parlement et partout ailleurs, il ne soit fait aucune différence entre les princes du sang royal et nosdits fils légitimés et leurs
âescendants en légitime mariage, et en conséi^ence qu'ils prennent la qualité de princes du sang et qu'elle leur soit donnée en tous actes judiciaires et en tous autres quelconqu s, et que, soit pour le rang, la séance et généralement pour toutes sortes de prérogatives, les princes de notre sang, nosdits fils et leurs descendants, soient traités également, après néanmoins le dernier des princes de notre sang. »
' Il ne suffit pas aux bâtards d'être devenus princes du sang en tout et partout, et comme eux liabiles à succéder a la couronae. Ils voulurent encore l'Être de titre, de nom et d'appellation pour mettre le dernier sceau à cette existence ; et c'est ce qui fut fait par cette déclaration. Ils vofoient de plus près que personne combien il leur restoit peu de temps , et dans la vérité ils n'en perdirent pas un quart d'heun^
Mardi 4, à Vermilles. — Le roi, après son lover, donna audi^ice dans son cabinet à M. Aldfovandi, qui part pour Madi-id ; il y a déjA longtemps qu'il est nommé à la nonciature d'Espagne, Le roi après la messe tint le conseil de finances à son ordinaire, et puis travailla avec M. Desmareiz. Il y eut encore conseil l'après-dlnée pour juger l'aïfaire des jésuites; il y avoit douzejugesetleroi. Les douze juges furent partagés: il y en eut six pourles jésuites et six contre. Le roi décida, et les jésuites gagnèrent leur procès, par lequel ils peuvent hériter de leurs biens jusqu'à l'âge de trente-trois ans. Ils avoient prétendu quelque chose de plus, mais ils ont presque tout ce qu'ils avoient demandé et sont fort contents du jugement. M. de Grisenoy, fils de M. Chauvelin, conseiller d'État, étoit le rapporteur; il rapporta à merveille et étoit contre eux*.
' Le quatrième vœu des jésuites est un seiret impénétrable chez eux aux jésuites mêmes ; jusqu'à ce qu'il soit fait , ils ue sont point liés à leurs religieux et les peuvent renvoyer; cela est à la compagnie d'un grand avantage , parce que le réciproque n'y est pas , et qu'au bout de peu d'années leurs religieux sont engagés et ne peuveut plus sortir, tandis qu'ils peuvent être renvoyés , et beaucoup même tonte lenr vie.
480 JOURINAL DE OAJNG£AU.
parce %ue beaucoup ne sont jamais admis à ee (Quatrième rosa \ ee <|ilî est chez eux D*étre point profès , mais demeurer dans le bas degré de coa^uteur spirituel , qui n'exclut d*aucun de tous les emplois qui ne sont pas importants au gouvernement secret de la compagnie ; en sorte que les recteurs et quelques provinciaux même peuvent être de ee rang, qui permetè la eomfagaie de renvoyvr les sujM quand elle le juge à propos. L'inconvénient pour elle étoît de mettre à la mendieilé des gens hors d'âge et d'état d'embrasser une autre [Hrofessieii et d'ailleurs exclus des partages de légitimes et de successions; ils avoient tenté d'y remédier, il y avoit quelques années , à l'occasion d^un P. d*Aube* court qui sortit de chez eux. La difficulté fut que des Êrmflles , qm eat un fils jésuite , et qui, dans cette ccMifiance, font leurs partages , leurs mariages et tous leurs arrangements de famille sur ce pied , se vierroient renversées, si, tout cela fait, ce fils jésuite, venant à sortir de la compagnie , se trouvoit en droit de venir demander à sa famille tout ce qu'il auroit eu ou prétendu s'il ne l'avoit jamais été^ et pour le passé , et pour le présent et pour l'avenir encore, dans les successions qui pourroient échoir. Ce fut la matière d'un grand procès que les jésuites eurent lecrédit de porter, devant le roi , et d'y gagner en grande partie, malgré le chancelier de Pontchartrain et la plupart de ceux du conseil. Le P. Tellief', voyant le roi menacer une prompte tuine, tenta d'obtenir ce qu'ils n'avoient pu lors de l'afifaire d'Aubecourt , et y parvint presque entièrement , comme on le voit dans les Mémoires, au hasard du renversement des familles. Le marquis de Grisenoy, qui ne leur fut pas favorable , et qui étoit le rapporteur, est celui qui a fait depuis tant de figure et qui fut garde des sceaux à la fin de I7ât, et depuis associé par le cardinal Fleury au premier ministère. Il étoit frète cadet de l'avocat général, et fut bientôt a^Nrès président à mortier.
Mercredi 5, à Versailles. — Le roi tint le conseil d'État^ dina chez madame de Haintenon, alla se promener à Trianon Taprès-dlnée, et le soir il y eut grande musique chez madame deMaintenon. — M. le Duc avoit envoyé de Dijon un courrier au roi pour demander permission de revenir, les États de Bpurgogne étant finis; le roi lui renvoya ce courrier avec son congé. Ce courrier, près d'arriver à Dijon, a été tué; son postillon et un autre homme qui étoit avec lui ont été tués aussi. On a pris les paquets du roi et toutes les lettres qui étoient pour Tintendant, et les voleurs ont jeté toutes les lettres qui étoient pour les particuliers. Le roi a renvoyé un autre courrier
à M. le Duc qui lui porte soQ congé, et on compte qu'il arrivera à Marly le même jour que le roi. Les États de Bourgogne ont accordé 900,000 francs pour le don gratuit, comme les années passées.
Jèiidi G, à Versailles. — Le roi dîna à Trianon avec mftdame de Maintenon et les dames qui ont accoutumé de dîner avec elle. Il joua l'après-dlnée au brelan, et puis les mena promener dans les jardins de cette charmante maison , et au retour il y eut petite musique chez madame de Maintenon. Madame la duchesse de Berry se promena avec beaucoup de dames dans les jardins de Versailles. — La noce de mademoiselle de Fleury se fera dans huit jours à la campagne; le roi en a signé les articles, mais en particulier, et peu de gens le savent. — Le comte de Lusace est guéri, et il a fait prier madame de Mainteuoa de vouloir bien lui donner un jour pour voir Saint-Cyr ; sa maladie l'avoit empêché d'y aller dimanche. Madame de Maintenon lui a fait écrire par madame de Dangeau qu'on l'y attendroit mardi.
Vendredi 7, o Versailles. — Le roi apprit le matin qu'il étoit arrivé un courrier du pape qui apportoit la calotte à M. deMeauxqui esta son évêché, où le courrier l'est allé trouver. 11 étoit venu droit à l'abbaye de Saint-Germain, à Paris, et, apprenant qu'il étoit à Meaux, il remonta sur son cheval et donna les lettres qu'il avoit pour M. le nonce à un des gensdu nouveau cardinal. Quelques heures après que ce courrier eût passé àParis, il en arriva un du cardinal de la Trémoille, par qui on apprit que le pape avoit fait, la veille de l'Ascension, une promotion de cinq cardinaux, qui sont: M. de Meaux, M, de Schomborn, qui avoit la nomination du roi Auguste , et trois autres in petto; il reste encore quatre chapeaux vacants. Le pape n'avoit point donné de chapeau au roi Auguste à la dernière promotion pour les couronnes; celle de M. de Schomborn en tient lieu présentement, et M. l'archevêque (le Bourges a la nomination dn roi Auguste et du
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roi Stanislas pour la première promotion qui se fera pour les couronnes. — Le roi^ après son lever, fit entrer dans son cabinet les supérieurs des maisons des jésuites qui sont à Paris, qui vinrent faire leurs remerclments du gain de leur procès*. — Le roi, après dîner (1), travailla avec son confesseur, et à sept heures alla faire un tour de promenade.
* Ce remerctment [des supérieurs des trois maisons des jésuites de Paris dans le cabinet fut une faveur très-distinguée. Le rof s'applaudissoit de leur avoir fait gagner une si grande affaire , et le jour de Tarrivée du cardinalat à Bissy devoit Tétre de leur commun triomphe.
Samedi 8, veille de la Pentecôte y à Versailles. — Le roi fit ses dévotions dans la chapelle et toucha dix-sept cents malades par une très-grande chaleur ; après son dîner, il entendit vêpres dans la chapelle en bas, quoiqu'il n'y descende pas d'ordinaire pour vêpres quand il n'y a point d'évèque qui officie. Après vêpres, le roi s'enferma avec son confesseur, et fit la distribution de quelques bénéfices; mais il y en a beaucoup de vacants encore dont il n'a point disposé. M. le cardinal de Rohan a l'abbaye de Saint-Waast d'Arras, qu'avoit M. le cardinal de Bouillon, et M. le cardinal de Polignac a l'abbaye d'Anchin, qu'avoit M. le cardinal d'Estrées. L'abbaye de Saint-Waast est affermée 48,000 francs et l'abbaye d'Anchin 42,000; on compte d'augmenter l'une et l'autre au premier bail. L'ancienne abbesse du Port-Royal de Paris a l'Abbayeaux-Bois ; elle est sœur de feu M. de Harlay-Champ vallon, archevêque de Paris avant M. le cardinal de Noailles.
Dimanche 9, jour de la Pentecôte, à Versailles, -r- Le roi assista à toutes les dévotions de la journée. 11 n'y avoit point de prélat de l'Ordre pour officier; M. le cardinal de Rohan a proposé plusieurs fois au roi d'of-
(1) « Le 7, pendant le dîner du roi, il y eut un très-beau conceil dans la cour de marbre pour la réception de Philidor le fils , qui fut reçu timbalier des plaisirs du roi. * ( Mercure de juin , page 275. )
licier les jours des cérémonies de l'Ordre , quoiqu'il y ait eu d'autres cardinaux gui en eussent fait difficulté'; mais le roi n'a point voulu, de crainte que quelqu'un d'eus ne condamnât le cardinal qui officierait. Les moines de Saint- Waast et d'Anchin espéraient que le roi leur laisseroit nommer un moine pour être leur abbé ; ils avoient même fait des propositions au roi pour cela, s'offrant de donner des pensions assez considérables à, ceux que le roi en voudroit gratifier; mais le roi n'a pas accepté leurs propositions, et il leur eu a fait une dont ils se sont contentés; c'est qu'il leur permet, quand les deux cardinaux seront en possession de ces deux abbayes, de nommer trois sujets en chacune de ces abbayes, dont le roi en choisira un qui sera coadjuteur, et parla ils soni assurés de- voir rentrer leurs abbayes en règle.
Lundi 10, à Versailles. — Le roi tint le conseil d'État qu'il n'avoit pas pu tenir hier, et comme ily avoit beaucoup d'affaires le matin, il le tint encore l'après-dlnée. Il se présenta au souper tant de dames, qu'il est presque impossible que, faute de logement, il n'y en ait dixhuit ou vingt que le roi n'y pourra pas mener. — Par toutes les- nouvelles que l'on reçoit de Londres, il parolt que les affaires s'y brouillent fort, et que les mécontents sont en grand nombre et parlent fort hardiment contre le gouvernement présent. Deux cents gentilshommes à . cheval sont entrés dans la ville de Manchester et y ont proclamé le roi Jacques III, sans que la garnison ni aucun bourgeois s'y soit opposé, et le peuple de Londres y est fort animé, dit-on, contre milord Marlborougb. — On mande de Turin que le roi et la reine de Sicile vont pour quelque temps en Savoie , et on les attend aux premiers jours à Chambéry.
Mardi il, à Versailles. — Le roi tint le conseil de finances et travailla ensuite avec M. Desmaretz ; le soir, il travailla avec M, le chancelier chez madame de Mainlenon. Le roi se coucha un peu de meilleui'e heure qu'A
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Tordinaire^ et nous craignions qu'il ne se fût trouvé un peu incommodé. — On mande de Malle, par un vaifiseau qui vient d'en arriver, qu'on n'y craint plus rien du tout, et que. le grand maître donnera incessanunent permission aux chevaliers de revenir.— * Madame la duchesse d'Orléans, qui veut prendre les eaux pendant le voyage de Marly, a demandé au roi le second pavillon du côté des hommes; elle ne prendra que les logements bas pour pouvoir se promener commodément en prenant les eaux; ainsi cela diminuera encore deux logements de Marly. — Le roi d'Espagne a donné la charge de son grand écuyer au prince de la Mirandole, beau*fils du prince de Cellamare. Cette charge n'a voit point été remplie depuis la mort du duc deMédina-Sidonia; celle de sommelier du corps, qu'avoit le feu duc d'Albe, n'est point encore donnée.
Mercredi 12, à Marly. — Le roi tint le conseil d'État le matin à Versailles, et aussitôt après son dîner il en partit pour venir ici, où il demeurera deux mois tout entiers. Il y a dix-huit dames de celles qui s'étoient présentées lundi au souper du roi qui ne sont point de ce voyage, et il n'y a de dames nouvelles ici, que la jeune marquise d'O. Le roi se promena en arrivant ici^ mais il paroissoit qu'il souffroit à sa promenade. Il joua le soir chez madame de Maintenon, où. il n'y eut point de musique ; il mangea peu à son souper, et se coucha une demiheure plus tôt qu'à son ordinaire. — M. le Duo arriva de Dijon; les États de Bourgogne ont accordé au roi 900,000 francs, comme les autres années. — Milord Stairs ne fait plus d'instance sur le canal de Mardyck , mais il ne prend point encore la qualité d'ambassadeur. — Il y a six maréchaux de France et plusieurs officiers généraux, qui avoient demandé hier pour Marly, que le roi n'a pas pu y mener ; tous les logements sont remplis.
Jeudi 13, à Marly. — Le roi avoit eu un peu de colique la nuit; il contremanda la chasse, où il devoit aller
la revue qu'il devoit faire demain. Il prit des remèdes d'eau, qui ne firent pas beaucoup d'effet, le matin, mais qui ne laissèrent pas de le soulager. Il entendit la messe dans son lit, et il n'y entra que les brevets et ceux qui on t l'entrée de la chambre. Il dîna dans un fauteuil à cdté de son lit, et tout le monde entra à. son dîner. Il donna l'ordre pour se lever à quatre heures; mais heureusement il s'endormit aussitôt après son dîner. Les remèdes qu'il avoil pris le matin le réveillèrent de t«mps en temps, et, se trouvant fort soulagé, il demeura dans son ht jusqu'à neuf heures, se rendormant fort aisément quand il avoit été obUgé de sortir de son lit. A neuf heures tout le monde entra dans sa chambre ; il s'habilla, passa chez madame de Maintenon, et è. dix heures soupa en public, comme il a accoulumé de faire. Il nous dit qu'il ne sentoit plus aucune douleur, el il se coucha un peu avant minuit et nous parut fort gai à son coucher. M, le comte de Toulouse revint de Bourbon en très-bonne santé. — La reine d'Angleterre partit en htière pour aller prendre les eaux à Plombières, où elle verra le roi, son fils; elle fera de foit petites journées parce qu'elle n'est pas encore en bonne santé. — ' M. l'abbé de Broglio, agent du clergé, vint ici dire au roi que l'assemblée du clergé accordoit au roi les douze millions qu'il leur avoit fait demander par ses commissai- , res, qui étoient M. Pelletier, M. Daguesseau, M. Desmaretz, M. de Poutchartrain et M. de la Rochepot; ces commissaires ont chacun 2,000 écus pour cette fonction-là. Ces douze millions seront payés incessamment; le clergé les emprunte et trouve aisément de l'argent k emprunter. — M. de Torcy, M. de Pontchartrain et H. Desmaretz entrèrent pour la première fois en conféi-ence avec l'ambassadeur de Perse, et nous en parurent fort contents à leur retour de Paris.
Vendredi li, o Marly. — Le roi se leva un peu plus tard qu'ii lordinaire , ayant passé la nuit fort tranquil-
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lement et ayant fort bien dormi , quoiqu^il eût dormi hier l'après-dlnée jusqu^à neuf heures. Il vouloit faire maigre aujourd'hui et demain^ parce qu'il ne sent plus aucune douleur ; mais les médecins ont obtenu de lui qu'il feroit gras ces deux jom*s-ci; cela fut cause qu'il ne soupa point avec les dames comme à l'ordinaire , ne voulant point manger gras en compagnie. Il se promena le matin et Taprès-dinée dans ses jardins^ et le soir^ chez madame de Maintenon, il vit jouer la comédie du Médecin maigri lui. Madame la duchesse de Berry suivit le roi à sa promenade de Taprès-dinée^ et nomma les dames qu'elle vouloit qui raccompagnassent. — Chamlay*, qui étoit nommé pour Mari y, tomba en apoplexie mercredi, et l'apoplexie est dégénérée en paralysie ; il part pour les eaux de Bourbonne. Le roi a donné son logement ici au marquis d'Effiat.
* On a eu souvent lieu de parler de Chamlay, qui ne se méconnut jamais en aucun temps , qui avoit singulièrement la science des pays et des marches des armées , et par sa bonté , sa probité , son profond secret , son fidèle attachement aux ministres sous qui il servit , il fîit digne de leur confiance , de celle de M. de Turenne , de celle du roi même , et de Festime de toute la cour, et de Famitié de ses plus con« sidérables personnages.
Samedi 15^ à Marly. — Le roi travailla le matin avec M. Desmaretz par extraordinaire; il courut le cerf après son dîner, et le soir il travailla avec H. le chancelier chez madame de Main tenon. Madame la duchesse de Berry étoit à la chasse à cheval avec beaucoup de dames; mais on remarqua que madame de Parabère, qui y monte trèsbien et qui se porte à merveille, ne fut pas choisie de cette princesse pour la suivre, elle pour qui elle paroissoit avoir une grande amitié il y a quelques mois. — Madame de Sessac n'avoit qu^un fils qui vient de mourir, et on croit que cette mort lui attirera bien des procès, quoique son mari en l'épousant lui eût fait donation de tous ses
bleus, et qu'en pays de droit écrit les mères héritent de leurs entant!).
Dimanche 16, à Marty. — Le roi tint le conseil d'État et travailla l'après-dlnée avec M. Pelletier. Il se promena ensuite dans les jardins ; madame la duchesse de Berry le joignit à sa promenade, et le soir il y eut grande musique chez madame de Maintenon . — M. d'Argenson marie sa fille aînée à CoUandre , colonel du régiment des vaisseaux, quia, dit-on, plus de 100,000 livres de rente, et il a un oncle, qui a toujours été fort des amis de M. d'Argenson à qui lia beaucoup d'obligation, qui donne à son neveu en faisant ce mariage 200,000 écus, ut de plus il le fait son légataire universel. — Le chevalier de Léon, troisième fils du duc de Hohan, épouse madame de Jarnac, veuve de M. de Montendre , à qui elle avoil fait prendre le nom de Jarnac , et elle veut que le chevalier de Léon, en l'épousant, prenne le nom de comte de Chabot, qui est laraèmemaison,etM. le ducdeKoban ne veut point que son fils prenne le nom de Chabot, quoique ce soit son véritable nom et qu'il soit très-bon.
Lundi 17, à Marly. — Le roi travailla l'après-dlnée avec M. de Pontchartrain et avoit pris médecine le matin dont il fut très-content ; il joua le soir avec les dames et se porte fort bien. — J'appris que M. deFréjus, qui quitte son évèché, et à qui le roi a donné une petite abbaye quand il eut pris la résolution de quitter son évèché , avoit eu à la Pentecôte l'abbaye de Tournus qu'avoitle cardinal de Bouillon et qui vaut 12,000 livres de rente au moins, et il rend la petite abbaye qu'on lui avoit donnée et qui n'en vaut que 4,000. — On dit à Paris que M. de Pontchartrain vend Tbôtel de Pontchartrain 360,000 francs à M. lechancelier, et qu'il achète la maison où loge le duc d'Humières et une autre maison qu'a fait bâtir le président Duret et qui touche à celle-là; mais ce n'estqu'un bruitde Paris;cesmarchés-làne sontpasconj dus, mais il est vrai qu'on fait des propositions là-dessus.
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Mardi 18, à Marly. — Le roi tint le oonseil de fi* nances et travailla ensuite avec M. Desmaretz ; le maréchal de Villeroy ne put pas être au oonseil parce qu'il a la goutte très- violemment. — Le prince de Cellamare arriva à Paris; il a trouvé avant que de sortir d'Espagne le P. Daubenton qui retourne à Madrid j le roi d'Espagne ayant souhaité qu'il y revint et l'ayant choisi pour son confesseur; il Tavoit déjà été avant le P. Robinet. — Le roi de Sicile doit être arrivé présentement en Savoie ; la reine sa femme en trouve Pair meilleur que celui de Piémont; mais madame sa mère s'y est trouvée si inoom* modée qu'elle est retournée à Turin, et on la croit dangereusement malade. On attend à la fin du mois IX. MM. à Chambéry.
Mercredi 19, à Marly. — Le roi tint le conseil d'État, et après diner il alla faire la revue des gendarmes, des chevau- légers et des deux compagnies de ses mousquetaires. Les gendarmes étoient vêtus de neuf; leurs habits sont magnifiques, et ce sont pourtant de vrais habits de guerre. — Le roi apprit à son lever la mort de Tévèque de Bayeux*; ilavoit quatre-vingt-six ans; U étoit beau-frère de la présidente de Nesmond. Son évèché vaut plus de 20,000 écus de rente, mais il étoit si charitable qu'il en donnoit plus des deux tiers aux pauvres. — Le roi joua le soir avec les dames chez madame de Maintenon. — Le chevalier de Léon épousa, le soir, à Paris, madame de Jarnac, et ils s'en iront , au premier jour, demeurer à Jarnac, qui est une belle terre et un très- beau château.
" iSesOHHul , évéque de Bayeux et raDcica de tous \m pn^ttitt 4e Franise , étoit de ces saints qui attireot malgré eux une Yéoératkn qu'on ne peut leur refuser, et dont la simplicité donne à tous moments à rire; aussi disoit-on de lui qu'il dîsoit la messe tous les matins, et qu'il ne sff?oft après ce qu'A disoit de tdot le reste de là Jourfiêe. Vïbnocence de ses mœurs, jointe à mi esprit trèlhbomé , hii laifsoit éehapper des ordures à tout propos , dcmtil ne se doutoitpas et quirelidoîeDt sa compagnie indécente aux femmes , jusque-là qu* la présidmite Lamoignon , sa nièce , renvoyoit toujours sa fille dès qu'il arrivoit» Il s'en