‹ Journal du marquis de DageneauChapitre 3 sur 21 · VI. — « Jurez-vous que de votre loyal pouvoir vous en · texte numérisé non relu

VI. — « Jurez-vous que de votre loyal pouvoir vous en

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tretiendrez et adcompliréz tous les statuts et ordontiances^ articles et points de Tordre que vous avez vus par écrit et ouï lire et le promettez et jurez en g^énéral^ tout ainsi que si particulièrement et sur chacun point en fissiez spécial serment?»

Réponse. «Je le jure : »

VIL — a Enfin promettez-vous et le jurez-vous ainsi es mains de Monseigneur comme commis de S. M. C. sur votre foi et serment et sur votre honneur touchant la croix et les saints évangiles? »

Réponse : « Je le jure ainsi^ et qu'ainsi Dieu m'aide et tous les saints. »

Alors }^. le maréchal de Yillars s' étant levé et se tenant respectueusement incliné devant monseigneur le duc de Berry^ le secrétaire des commandements présenta 4 ce pripce le collier dans le has(»in où il étoit; monseigneur le duc 4® Berry le prit, et le secrétaire tenant ouvert devant lui le livre des cérémonies , monseigneur le duc de Berry y lut les paroles suivantes en mettant le collier à M le maréchal de Villars : c< L'ordre vpus reçoit eu son amiable compagnie, et en signe de ce ypqs présente ce colUer. Dieu donne que le puissiez longiieqLent porter à sa louange et service, exaltation d» 9pq Église^ accroissement et honneur de Tordre et de vos mérites et bonne renommée, au nom du Père >îi et du Fils >ii pi du Saint-Esprit »îi . » H. le maréchal de Yillars' répondit : « Ainsi soit-il. Dieu m'en donne la grâce. »

Aprèscette réponse monseigneur leduc de Berry se leva, et, ayant embrassé M. le maréchal de Villars, ilseremitdans son fauteuil. M. le maréchal de Villars alla embrasser à son tourtousleschevaliersl'un après l'autre, qui reprirentensuite leur place ; M. le maréchal de Villars prit la sfenne après le dernier chevalier, et tous se couvrirent, te secré-

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épargné quelques jours d son voyage A Rome.

Samedi 31, à VersailUs. — Le roi alla à dix heures en cbaîse à la paroisse l'aire ses pâques. M. leppiuce deConty tint la nappe; le duc de Sully et le duc de la Force y étoient venus pour la tenir, croyant qu'il n'y viendroit point de prince du sang, mais ils se retirèrent voyant M. le prince de Conty, parce que depuis quelques années le roi a réglé que quand il y auroit un prince du sang il n'y auroit point de ducs de l'autre côté. Le roi, au retour delaparoisse, vint toucher dans la galerie en bas quatorze cents malades. Après son dlnerleroitravaillaavec le P. le TeDier, et fit la distribution des bénélices vacants, et ensuite il alla dans la tribune de la chapelle entendre compiles. Madame la duchesse de BeiTy tomba le soir dans sa chambre; on dit que la chute n'a pas été rude, et qu'elle en sera quitte pour garder le Ut quelques jours.

Dimanche 1" avril, jour de Pâques, à Versailles. — Le roi assista à toutes les dévotions de la journée; le P. de la Rue prêcha, et fit un compliment au roi sur la paix, qui fut fort loué. — On eut des lettres de Londres qui disent que la reine d'Angleterre est hors de tout danger ; elle a la goutte fort violente au pied, et n'a plus d'autres maux. — Voici la liste des bénéfices que le roi donna hier et qu'on ne sut que ce soir : l'archevêché de Vienne àrévêquedeVence;révèchédeSaint-Paul-Trois-Châteaux à l'abbé du Chaffaud ; l'évèché de Veuce au grand vicaire d'Aix (1) ; l'ahbaye de Sainte-Colombe à l'abbé de Choiseul, aumônier du roi; l'abbaye de Noislacà l'abbé d'Oïillac; la coadjutorerie de l'abbaye d'Asnon au P. dom Pouillaude ; l'abbaye de Felixprest à madame d'Aubrebis;

XI] L'abbé Brodieou, nummé à l'éveclié de Vence, était grand Ticaira tie Greaohifl; c'ifsll'ahbé du ChaRaud, nommé à l'évËché de Saînt-Paul-Trois- Chàteaux, r|ui élail grand ïicaïre d'Ai\.

118 JOURNAL DE OAJSGEAU.

la prieuré d' Andely à madame de HarcouviU^ j la ooadt jutorerie d'Origny à madame de Soubise.

Lundi i , à Versailles. — r Le rai tint le conseil d'État qu'il pe tint pâs hier à cause de la bonne fête; il alla tirer l'après-dlnée, et travailla J<^ soir fi^vec JI. de Pontcharr train chez madame 4c Maintenon. -^ Le dernier courrier qu'on avoit envoyé en Espagne arriva. On apprend par lui que le marquis de Brancas devoit partir de Madrid > la veille ou le lendemain de Pâques; il coniptoit d'arriver ABayonne le 9. On croit que le maréchal de Berwic)^ jQ'ipa point; les Espagnols ne le souhaitant pa&autant qu'ils devroient , pour commander leur armé^. Ils proposent au roi de leur donner un autre général François ; on dit nièmp qu'ils voudroient un feutre ambassadeur que h marquis de Branca^> supposant qu'il es^ tj?op dans les intérêts d nu prince qui leur est suspect; ainsi tout est en-^ core suspendu. Il n'est pas sûr n^ème qu'on envoie des troupes en ce pays- là; M. de Vauban a ordre de ne point piartir qj^'H n'ait reçn à^ nouvfwtux ordres sur son départ *.

* Madame 4es Ursiijs , eaneoiie ^ (découvert de M . i/e duc d'Orléans, n'ayant pas trouvé le marguis ae iîrancas aussi abandonné à ses vdlontës qu'elle s'en étblt fiâttëe, se setvit Jb cardinal del fciiidlce pour !e rendre âuspéet, et poUr ié faire Sortir d'Espd^iia fort à la hétedans la «r^tetl^ d'Être arrêté ^ et elle essaya de le inrouillar dam les liegx eoucs CQomiQ attaché à M, ip dyc d'Oripâns, dont il ^yoit eq ^trefois un régimeqt et avec lequel il n'avoit quie de^ liaisons fort ordinaires. Le caraîriàl del Giiidicé , quoique s! grandement revêtu en Espagne , voulqt tteîi sfe dévoiler à ttladàitté des tJr^ns en dne occaîsibii qd'cjlé tëgâtdoit ccMlme ()ritielpaie; il ^rtk «abîiiement arvaat Brancas pbur arri)r«r dcty^^ lui , tandis qa'oo lui ota telbaniênt kss mof Qos de partir qu^il nauroil; jamais pu. |^ Çair^sans le^ relais qu^^ apis lui fournirent secrètement. Il ut si bien qu'il rejoisn|t (a cardinal à Bayonne^ ^ àson tour lui coupa les cbevâîix et arriéra et rut ouï avant lu!. Rien iie plus extraordinaire ni de plus curieux que ce voyage uniquement pour les intérêts de madame des Ursins , qui , privée de Fappui de la feue reioe et de madame laDauphine, et arrêtant pour sa chimère de souveraineté la paix d*£spagne avec la Hollande , s*apercevoit que notre cour ne

lui éloit plus si abandemiée. Le cardinal de) Giudice , qui s'en aperçut encore miemi, tâcha d'en porofîter poqr succéder à une coufiance qui commençoit à sç flétrir. C'^toit un bommi^ de beaucoup d*esprit, de pénétration et d'agrément ^ans le commerce, extrêmement rompu dans les cours , dans le grand monde et dans les affaires , et dont l'ambition visoit à se rendre le maître et premier ministre d^Espagne. U réussit trop bien pour lui en notre cour, et la jalousie que madame des Ursins m conçut avec la peur qu'elle en prit , d'autant plus qu'elle fiit bien avertie , rompit le cou à ce cardinal si promptement qu'elle ne lid laissa aucun loisir de profiter d'un voyage si bizarre et si devenu important au cardinal et à là princesse. Sûre de Tessé , aile le voulut pour général ; mais Tessé , qui n'avoit plus besoin ni d'elle ni de Ifi guerre , au comble de sa fortune , n'en voulût point tâter. Ce fut aussi le cbaj^Hn d'un retardement de la paix d'Espagne avec la Hollande aussi ridicule que cet intérêt de madame des Ursins de se faire une souveraineté, qui refroidit le roi de secourir son petit-fils pour soumettra Barcelone et le reste des révoltés , et le forcer pour l'obtenir d'abandonner une chimère que les Hollandois étoient bien résolus de n'accorder pas k ipadawe des Ursins à leurs dépens, ni leurs autres alliés encore moins, qui s'étoient tous moqués de cette folie, jusqu'à ne vouloir entàidre ni admettre personne de la part de madame des Ursins, et s'être ouvertement inbqués à la fiii des plénipotentiaires d'Espagne quand ili( avoient voulu leur en parler.

Mardi 3 , à Versailles. — Le roi tint le conseil de lipanceSj et travailla ensuite avec M. Desmaretz ; l'aprèsdlnée il alla à la volerie, et au retour, il travailla avec 51, Yoisiu chez madame de Mai^tenon. — Le roi a réglé qu'il y auroit au 1" mai trois camps de cavalerie : un sur la Saône quis^ra décent escadrons et qui sera commandé papBrpglio, un sur la haute Meuse de soixante escadrops qui serg. commandé piar Ruffey et un sur la basse Meuse dç $oixante escadrons qui sera commandé par Coigny, colonel général desdragons. — M. de Craon , envoyé de M. de Lorl*aine, prit congé du roi le matin après son lever. — On a nouvelle que la ratification de l'empereur pour la paix est arrivée le 25 du mois passé à Francfort ; elle ne doit être échangée à Rastadt contre celle du roi que le 6 de ce mois.

Mercredi 4, à Versailles. — Le roi prit médecine comme

il la prend tous les mois par précaution y régime dont il se trouve si bien qu'il ne s'est jamais mieux porté. Après dtneriltint conseil d'État qu'il auroit tenu le matin sans sa médecine ; le soir il y eut grande musique chez mar dame de Maintenon. — La paix de l'Espagne avec la Hol-' lande n'est point encore signée ; les ambassadeurs qui sont ici disent que la seule diose qui en empêche la con* dusion est la souveraineté en Flandre promise à madame des Ursins. — Le roi a résolu d'augmenter son parc ds Marly de dix mille toises qu'on prend sur la forêt; il y va demain se promener, et il y verra le terrain qu'il y veut faire enfermer. Il veut faire aussi à Marly des agran* dissements et pour les écuries et pour le chenil, l'équipage de chasse étant fort augmenté depuis que H. le comte de Toulouse est grand veneur.

Jeudi 5 y à Versailles. — Le roi dîna de bonne heure et alla se promener à Marly. Le soir il y eut petite musique chez madame de Maintenon. Il se promena fort dsms le parc de Marly et dans la forêt, où il a trouvé de si beaux endroits qu'on croit que l'envie lui prendra de faire augmenter ce parc encore davantage qu'on ne le disoit hier. — Le maréchal de Ghamilly, qui a soixante^ dix-huit ans et qui est à Paris fort incommodé^ a écrit au roi pour le supplier de donner au comte de Chamilly son neveu le commandement qu'avoit ce maréchal à la Rochelle et dans les pays circon voisins; le roi lui accorde cette grâce-là, mais cela n'est pas encore publié. — Madame Voisin, qui est malade depuis longtemps, est si mal présentement qu'on ne croit pas qu'elle en puisse guérir.

Vendredi 6, à Versailles. — Lerois'amusa lematinà voir des plans du parc et de la forêt de Marly, et va faire travailler incessamment à la nouvelle enceinte; on lui promet qu'il trouvera cela fait à son retour de Fontainebleau. Le roi alla tirer l'après-dlnée, et le soir il y eut grande musique chez madame de Maintenon. -— Le comte de

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Chamilly vint remercier le roi quimd il sortit de son cabinet pour passer chez madame de Maintenon; il aura dans le com mandement de la Rochelle les mêmes appointements qu'avoit son oncle avant qu'il fût maréchal de France, et cela vaâ près de 40,000 francs par an. — C'est aujourd'hui que se doit faire â Rastadt l'échange des ratifications, et le sieur de Hauteval, secrétaire du maréchal de Villars yui y est demeuré , doit apporter ici la ratification, et on compte qu'il doit arriver le 11 ou le 12.

Samedi 7 , d Versailles. — Le roi tint le conseil de &nances , l'après-dluée alla se promener à Trianon. U devoit aller à la volerie, et l'électeur de Bavière y devoit venir, mais le vilain temps a fait remettre la volerie à mardi . Le soir le roi travailla chez madame de Maintenon avec M. Voisin. — H y a déjà quelques jours qu'on a nouvelle que M. Ducasse est arrivé devant Barcelone, mais lesEspagnolsauront peineàenfairele siège si les troupes de France n'y arrivent pas, et elles ont ordre de suspendre leur marche. L'officier anglois qui commande à Port- Mahon a mandé aux Barcelonois qu'ils eussent à restituer tous les vaisseaux et bâtiments qu'ils avoient pris, portant pavillon anglois, faute de quoi il les poursuivroit et les attaqueroit partout comme des corsaires, — On mande de Copenhague que la reine douairière, mère du roi régnant, yétoit si dangereusement malade qu'on necroyoit pas qu'elle en réchappât.

Dimanche 8, à Versailles. — Le roi tint le conseil d'État; il ne sortit point de tout le jour. U alla au salut et passa ensuite chez madame de Maintenon, où il y eut grande musique. L'après-dinée le roi donna audience au maréchal de Tessé, Les Espagnols le demandent toujours et pour ambassadeur et pour général ; le maréchal deTessé a témoigné au roi que ni l'un ni l'autre de ces emplois-là ne loi feroient plaisir, qu'il seroit toujours prêt de lui obéir, mais qu'il le supplioit de ne lui point ordonnei .

fl3 JOURNAL DE DAWGEAU.

— M. le cardinal de Noailles a demandé un mois de temps pour faire une instruction pastorale ^ après quoi il reca*^ vra la constitution dil pape et cela donne quelques espéra rances que cette affaire s'accommodera, mais la cour dd Rome paroit si aigrie contre le mandement de ce cardl* nal qu'on craint qu'il ne se trouve de grandes difficultés de la part du pËipe.

Lundi 9j à Versailles. --* Le roi tint le eoiiseil de dé-i pèches^ entendit vêpres et )e salut^ et entre deux travailla avec M. de Pontchartrain. Le matin le marquis de ViUari prêta entre les mains du roi dans son cabinet la serment pour le gouvet'nement de Provence dont le Voilai 9' donnii la survivance. Après vêpres^ mademoiselle du Maine reçut les cérémonies du baptême en haut dan^ la chapelle et par les mains du cardinal de Rohan, assisté du curé de Yerfiailles; elle fut nommée Louise-Françojsf^; njonsei-. gneur le Dauphin étoit le parrain et madame ia duchés d'Orléans la marraine. — U y a quelques Jours qu'il est açt*ivé iei un moine de Saint-Basile^ onele du prince dci Géorgie, qui vient demander la protection du roi pour le^ catholiques de ce pays-là. U n'^st poiut pvètrç parc^ qu'il a été marié deux fois ; il «0 parle aucune langue^ d'Europe , mais il a un missionnaire françois auprès de lui qui est son interprète.

3Iardi IQ, à Versailles. — Le roi tint le conseil de ftpances, travailla ensuite longtemps avec M. Desms^^etz^ dîna chez madame de Main tenon; il VQuloit aller à la volerie , mais le vilain temps Ven emp^cjia. Il a ÇQijtremandé toute la fauconnerie et les a renvoyés jusqu'à Ta^-i' uée qui vient ; Téleoteur de Bavière devoit veuiç à cgtt^ chasse. Le roi ne sortit point de tout^e jour, çt travailla le soir avec M. Voisin chez madame de Maintenou., — l^^ roi donna le n^atin audience aux ambassadeurs de Hol:* lando, qu^ sortirent fort conteuts de l^ur audience, et Tou crpjt qu'il s'y est agi de la paix avec TEspagne, sur laquelle il ^'y a plus que d© petites difficultés que le rp^

Mmt que les Espagnols aplanisaeht. On dit même que le yoi p'eJi verra point de troupes pour le siège de Barcer Ipne que les Espagnols niaient signé la paix avec la HoL- IsM^de.

Mercredi 11, àMarly. -r^ Le roi tint le conseil d'État à Versailles, et ^n partit aussitôt après son dîner pour venir ici, où il demeurera cinq semaines. Madame U J)ut chesse la mère est allée à Paris pour quelques jouira, jusqu'4 ce que son accommodement pour ses afiaires et celles de M. le Duc avec madame la Princesse soit signé; son accommodement avec madame de Vendôme est déjà signé. Madame la duchesse de Berry est demeurée i^ Vi^sailles, et Ton ne vput pa^ qu'elle monte en carrosse, étmt daps le sijicième mois de sa grossesse, et on veut qu'elle se ménage fort, parce qu^elle s'est déj4 blessée à ce terme-14. Leroia amené ici deux dames qui n'y étoient jaunis venues, qui sont madame la princesse de Pons, qui m vient que d'être mariée, et madame de SaintrGerr i^ain-^Beaupré, lue soir il y eut grande musique chez 9iadame d^ Maintenon.

J^udi 12, à Marly. — Le roi, après son dîner, courut le cerf, et pui^ alla se promener dans la forêt pour voir les nouvelles augmentations qu'il fait à son parc. — Le secrétaire du maréchal de Villars, qui étoit demeuré à Rastadt pour l'échange des ratifications, arriva le matin et apporta celle de l'empereur. On fera publier la paix da^s la fin de l|t semaine qui vient, maiâ on ne fera point la réforme d^s troupes qu'après que l'assemblée qui se doit tenir à Bade ne soit finie.

Vendredi 13, à Versailles. — V^ roi travaillai matin avec le P, le Tellierj çlla tirer l'après-dlnée, et le soir il y eut grande musique chez inadame de Uaii}^ isnpn. — La reine douairière de Danemark est morte; elle étoit de la maison de Hanse, et cousine gerpiaiQe de Mi^tdame. — Le roi d'Espagne envoie ici le cardinal del Giudice, qui est grand inquisiteur et entr^ 4afns tous

124 JOURINÀL DE DAI^GëAU.

les- coûâ^is; le roi d'Ei^gne l'a fait partir dcj Madrid un jour' avant le marqnisrde Brancas^ à qui la cour d'Espagne n'avoit rien dit de ce départ; Le roi son maître, pour lui faire faire plus de diligence, lui avoitfait donner seàie relais de mules depuis Madrid jusqu-à Phwh pelune. Ilest arrivé à Bayonne avant le marquis dé Bran^ cas, mais le marquis de Brancas en est pleirti deux héui^ avant Itti^ et a pris tons les chevaux ^e poste poui? retarder la marche du cardinal, comme le cardinal fin Espagne avoit tâché de retarder la sienne. ' : Samedi 14, à Marly, -^ Lô roi, malgi^ la neigé et te vilain temps qu'il lit tout le jour, se promena le matm dans ses jardins, et courut le cerf Tâprès-dlnée ; lé soir il travailla avec M. Voisin chez madame dé Maintenôn. r*-* Il est arrivé de Rome un décret de l-inquisition contfe (la mandement du cardinal de Noailles et celui de FàËr^ chèvêque de Tours que Ton qualifie de captieux , scaloidakux> téméraire, injurieux ^u sainirsiége, et Ton ajoute môme à celui du cardinal de Noailles , sentant le schisme et y conduisant. -^ On ne doute point que le cardinal del Giudice ne vienne ici pour quelque grande affaire. On fait bien des raisonnements différents sur son voyage, mais personne n'en sait rien; on croît que le rbi luimême ne le sait pas. Ce cardinal a soixante et sept ans^ de \giîands emplois qui l'engagent à demeurer en Espagne ; lOn le fait partir en secret et en poste avec ordre d'arriver à la cour avant ' Tambcessadeur de -France ; en voilà pluis qu'il lie ftiut pour attirer la curiosité et le raison*nement.

Dimanche 15 , à Marly. — L^ roi tint le conseil d'État, et Taprès-dinée alla à Saint-Germain voir la reine d'Angleterre, qui est encoi?e fort' folbie et fort abattue; elle à peiné à se rétablir de sa maladie. Aii retour dé Saint^érlùain, fe roi travailla avec M.' Pelletier chez madame de . Maintenôn, et puis il y eut mc^ique. — Le marquis de Blpancas arriva àParii^; lerdi luia permis de venir ici et

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il y sera demain. Il compte que le cardinal del Giudice sera demain à Paris. — On chantera le Je i>e«m dimanche à Paris dans l'église de Notre-Dame, mais on ne croit pas que le roi veuille recevoir des compUments des cours supérieures. — On a reçu encore des nouvelles de Rome qui marquent plus fortement que celles qu'on reçut hier la colère du pape contre le cardi nal de Noailles.

Lund{i6,à Marly. — Le roi se promena le matin dans ses jardins, et l'après-dlnée il courut le cerf. Le soir il travailla avec M. de Pontchartcain chez madame de Maintenon, et, aprèsqueM. dePontchartcain en fut sorti, M. de Torcy y mena M. de Brancas, à qui le roi donna une longue audience. On lui a donné un logement ici pour le voyage. — M, l'évéque de Senlis* mourut le matin àParis. M. de CbaniiUart son frère écrivit au roi pour lui demander le logement que cet évèque avoit à Versailles, et Je roi le lui accorda, M. de Senlis avoit, outre son évêché, deux aljbayes dont il y en a une assez honne, et, durant que son û?èrB étoit ministre, le roi lui donna la charge de premier aumônier de madame la Daupbine. Il étoit un des quarante de l'Académie françoise.

' Cet éïéque de Senlis étoit un imbécile, le meilleur et le plus sot homnit^ du monde , et dont le visage et le maintien ne le moDtroit guère moins que les discours; homme de bien et d'honneur et ignorant à merveilles. Son frère pointant par le billard Tavoit fait évêque de Dol , et depuis sa fortune l'avoit fait passer à Sealis, et lui avoit fait donner, à la mort de M. deMeaux, la charge de premier aumâ nier ds madame la Dauphine dernière , chez qui ses dames s'en moquoien t tout le jour. Sans rien de l'orgueil et de l'impertinence si commune aux proches des ministres , c'étoit une fatuité de bonté et de confiance qui le persuadoit de l'affection de tout le monde, qui le rendoit libre et caressant. Il étoit ravissant sur M. le Prince, qui lui faisoit mille bassesses qu'il prenott toutes pour lui, et avec grand soin de bien faire entendre que la place de son frère n'y avoit aucune part ; mais, quand la place lut perdue, les bonnes grâces de M. le Prince s'évanouireot avec elle. Il □e l'alloit plus voir ; il ne le pressait plus d'aller à Chantilly ; il l'en bannit bientôt par ses manières ; plus de présents de gibier et plus de liberté à ses gens de chasser même chez leur maître. Lepauvre homme

IM JOURNAL fiE DAI9GEAU.

ne put digérer ce obangeroént, nui ^ lui montrant au nez ta sottise, lui fut peut-être p)|is sensible que ïa^ capsQ. Son frère , ses nièces et tout ce qui les voyoit en familiarité se moquoieut sans cesse du bon pré)at, qui en rioit le premier et ne s'en apercevoit pas. Cétoit un homme à mettre à Mende, à Auch , en quelle autre siège bien riche et bien loin, où il fût à son aise et qu'on ne ie ftt Jamais \ au lieu de oda bon frère le mit à la CDur, et TAca^émie françoise ayant eu la misera d'élire Chamillart à une place qui vaqua , il eut la sottise de leur donner ce frère en sa place , qui s*en crut bel esprit et qui augmenta les risées. On voit ici par son logement donné à Chamillart et avec promptitude, que le goût du roi pour lui ne put être afToibli , malgré madame dé Maintenon et toutes les inachinéS qui le dépostèrent.

Mardi 17, à Marly. — Le roi se trouva un peu inconi'» mode d'un rhumatisme à l'épaule^ qui ne Tempècha pas de tenir le matin conseil de finances é^ son ordinaire^ et raprès-dinée il tint le conseil d'État^ n^ayant^ pas pu achever dimanche toutes les affaires qu'il y avoit. Après ce conseil il alla se promener dans ses jardins et ensuite tra* vailla avec H. Voisin chez madame de Maintenon. — M. de Bailleur président à mortier, mourut à Paris; M. de Chàteaugontier son fils espère que le roi lui donnera la charge de son père, malgré les mauvais offices qu'on lui a rendus. — Le cardinal del Giudice arriva hier à Paris; le cardinal de Poiignac et M. le nonce lui ont offert de le loger chez eux, mais il s'est mis dans une maison garnie devant Tabbaye de Saint-Germain. Il a amené avec lui le prince de Cellamare son neveu^ fils du duc de GiovenazsQ^ qui est à Madrid; ce prince de Cellamare est fort estimé en Espagne.

Mercredi 18, à Marly. — Le roi ne se sent plus guère de son incommodité; il tint le conseil d'État, et Taprèsdinée il alla se promener dans la forêt. M. le duc du M^ine y courut le cerf, qui se vint faire prendre près la calèche du roi. Le soir il y eut grande musique chez madame de Maintenon. — M. de Torcy alla le soir à Paris, comme il y va tous les mercredis durant les voyages de Marly pour donner audience le jeudi aux ministres étrangers ;

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il vit l6 cardinal del Giadice^qui viendra ici vendredi au lever du roi, qui lui donnera audience. Le comte de Ber^ geyck * a demandé son congé au roi d'Espagne, et il doit être partilelide Madrid pour revenir dans ses terres en Flandre j» ne voulant plus ^è mêler d'affaires. — Madame Voisin est à rextrémité ; on ne croit pas qu'elle soit en viç dans deuic jours.

^ Le roi d'£spagne n'eut de tout son règne aucun ministre p1u9 modeste s i^us fidèle , plus désintéressé s plus véritable , et plus libre à dire la vérité, plus laborieux , plus capable des parties du ministère qu'il ex^a , plus homme de bien , plus attaché aux. véritables intérêts de wù. maître que Bergeyck, qui, dégoûté enfin de n'espérer rien de bon dans les affaires , et fatigué de tous les travers qu'il y avqit rencontrés , nullement soutenu par l'ambition , mais par le seul amour du bien dont enfin il qcbeva de désespérer, se retira déjà vieux et en homme de bien qpa'U ^it, et moins riche qu'il n'étoit entré dans les emplois , regretté de notre cour et universellement de tous ceux qui avoient eu affaire à lui, excepté d'Orry et de madame des Ursins. Il passa encore une assez longue vie dans une petite terre en Flandre, aimé , respecté et considéré jusqu'à sa mort.

Jeudi 19, à Marly. — Le roi se leva une heure plus tard qu'à l'ordinaire^ parce qu'il n'avoit rien à faire le matin; au sortir de la messe il se mit à table^ et après son dîner il alla à la plaine d'Ouille faire la revue de ses deux régiments des gardes françoises et suisses. Le roi nous dit dan3 la journée : a Je les ai vus souvent, et je ne les ai jamais trouvés si beaux. » Il n'y mâ^nque pas un homme^ et ils sont habillés de neuf. Le soir il y eut petite musique chez madame de Maintenon. — M. de Saint-Gontest vint ici prendre congé du roi; il part la semaine qui vient et emmèpe madame sa femme avec lui. — La paix fut publiée à Paris dans les formes ordinaires. — M. de Clesmont, fils du marquis de Chàtelet, épouse la fille du duo de Richelieu, qui aura 500,000 francs de bien ; le duc de Richelieu, qui a quatre-vingt-six ans et qui n'a plus laforce de venir chez le roi, lui écrivit pour lui demander la survivance du gouvernement de Vincennes pour M. de

«8 JOURNAI. DE DANGEAU.

Glesmont; M. du Ghàtelet en est gouverneur^ et le roi 1^ accordée*.

^ Au milieu de tant de mauvaises choses , encore faut-il un mot d'é^ dification. Parmi tant de dames du palais , il est remarquable que cêè places ne furent utiles qu'à une seule, et à celle ide toutes la moins ptb^ pre à en tirer parti ; ce fut la marquise du Châtelet , fille du feu mai>é^ chai de Bellefonds^ que ce reste de considération, et d'avoir ^'fiUe d'honneur de la première Dauphine, avec une grande réputation de sagesse et de vertu, avoit faite dame du palais, sans qu'elle eût songé à cette place. Elle vivoit à Vincennes avec sa mère et s<m mari , ancien lieutenant général , brave et très-galant homme , mais peu du monde e( peu propre à y être , et tous fort ma) à leur aise. Elle évita le voyage du Pont deBeauvoisin, étoit ravie quand elle pouvmt substituer Vincennes à Marly, tant qu'elle pouvoit d'ailleurs dans^ sa chambre ou à la chapelle, du reste gaie, paisible, assidue à ses fonctions, ne se mêlant de rien : mais à force de vertu , de douceur, de piété soi» cère, aimée, considérée, respectée de tout le nionde, même de ma* dame la Dauphine et de la jeunesse de sa cour, dont la vie ressembloir le moins à la sienne. M le mari ni la femme ne savoi^t que £aire de leur fils qui avoit un régiment et peu ou point de quoi y vivre , et faute de pouvoir ils n'y songeoient pas. Un beau jour qu'ils étoient tous à Vincennes et la cour à Versailles , Cavoie , qui prenoit soin du vieux duc de Richelieu son ancieii ami, le trouva fort en peine de sa fille, qui venoit chez lui d'un couvent de province ; il lui conseilla de s'en d^-^ faire au plutôt à un mari. Il chercha et imagina M. de Çlesmont avec la survivance de Vincennes. Sur le bien qu'il dit d'eux tous, le bon-; homme y entra si bien que Cavoie régla tout de suite ce qu'il pouvoit donner. A la fin de cette première conversation l'affaire fut résolue; mais il fut question du côté du prétendu, et ils envoyèrent chercher madame de Saint-Géran , qui avoit passé ses premières années kvec le$ Bellefonds et étoit toujours demeurée fort leur amie. Elle vint, levs dit ce qu'elle en savoit, et, malgré le peu de bien, M. de Richelieu la chargea de voir madame du Châtelet. Tandis qu'elle envoya la chercher à Vincennes sans dire pourquoi , elle raisonna avec madame de Nogaret, qui avoit été aussi dame du palais , leur amie commune à tous et fiemme d'un excellent esprit , qui conclut que rien ne pouvoit être plus avantageux pour M. de Glesmont et qu'il falloit aller en avant, tellement qu'ils firent le soir même parler M. de Richelieu à madame de Maintenon qu'elle se piquoit d'aimer, et qui le renvoya écrire au roi une lettre qu'il lui envoya aussitôt, et dès qu'elle l'eut donnée et dit un mot, la survivance de Vincennes fut accordée. Le marquis de Bellefonds, frère de madame du Châtelet, avoit eu ce gouvernement du duc

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Maurin en épousant une de ses filles; son fils Tavoit eu à sa mort qui, ayant été tué , n'avoit laissé qu'un fils en maillot et une fille , et aussitôt M. du Châtelet eut le gouvernement par la considération de sa femme. Le lendemain arrivèrent à Versailles M. et madame du Châtelet sans se douter de rien du monde, et peu après mesdames de Saint» Géran et de Nogaret les allèrent trouver et leur dirent que leur fils étoit marié , et marié avec 500,000 livres et la survivance de Vincennes à la fille d*un duc et pair, bien élevée et qui sortoit d'un couvent Jamais surprise ne fut pareille à la leur ; ils ne pouvoient comprendre ni, la chose, ni qu'elle fut vraie ; à la surprise succéda la joie , et le noariage «e termina promptement après.

Vendredi 20, à Marly. — Le roi, après son lever, donna andience au cardinal del Giudice, qui dura p^ès d'une heure ; M. de Torcy étoit à cette audience, mais nous ne savons aucun détail. On nous dit seulement que le cardinal avoit commencé par dire au roi : « Sire, le roi mon maître m'envoie ici non pour vous demander vos con-* seils, mais pour recevoir vos ordres.» Il a amené avec lui le prince de Cellamare, son neveu, que nous entretînmes durant Taud'^ence de son oncle, et qui nous parut un homme d'esprit. Us dînèrent chez M. de Torcy, et, après dîner, après avoir vu les jardins, ils retournèrent à Paris. — Le roi, après la messe, travailla avec le P. le Tellier, et après dîner alla courre le cerf. Le soir il y eut grande musique chez madame de Hain tenon. — Madame Voisin* mourut le matin à Paris après une longue maladie ; c'était une femme de beaucoup d'esprit et de mérite; eUe étoit sœur de M. Trudaine, conseiller d'État.

* Madame Voisin fut un jouet de la fortune et de l'ambition tout à fait singulier. On a vu à la chute de Chamillart quelle elle étoit, et que ce fut uniquement à elle à qui son mari fut redevable d'une fortune qu'il n*étoit pas propre à faire et qu'il ne méritoit pas. Le goût de madame de Maintenon pour sa femme en fut toute la cause , et le désir de rapprocher tout à fait d'elle; bientôt après la satiété vint et elle s'en rebuta , mais ce goût passa au mari qu'elle trouva homme à tout faire , et qu'aucune considération n'arrétoit dès qu'il s'agissoit de lui plaire. Cette raison soutint sa femme auprès d'elle, mais elle la trouva com* posée, empesée, empressée, bourgeoise et fade. Son maintien , son: va*

itO JOURNAL DE I^AHGEAU.

ten&ent, sa coiffure qu'elle imitoit de madame de MaiiiteA6tt« fût seûtf put celle-ci au ridicule; ses douceurs , ses louanges, ses complaisatiéfet Ift dégodtèreot; son assiduité la fatigua, puis Taceabla. Sa Jalousie poUr madame Desmaretz acheva de la perdre. Vaubourg , conseiller d- ÉIéI d'une piété et d*une probité rare dans tous ses emplois , étoîl frèrt aîné de Desmaretz, et avoit épousé une sœur de Voisin ; cette alliaiet des deujL ministres réussit asseï bien entre eux, mais ne put eoncilitr leurs femmes. Madame Desmaretz^ avoit un air simple, naturel, et af^ de Tesprit beaucoup de monde, un air et des manières nobles, ettt'4> toit pas sans art sous un dehors de franchise , mais cet art étoit §um duplicité, et ses soins, ses respects pour madapae de Mâintenon g||iii bassesse , et elle se ménagea toujours si bien à l'approcher, que, bien loin de lui devenir à charge, elle eut Tadr^sse de se ftire toujomv désirer. Tout cela coula madame Voisin ^ fond ; elle le sentit peu à peu; la cour s'en aperçut, M.. Voisin en fut outré sans oser en rien montrer; peu à peu elle fut de plus en plus écartée et l'autre rapprochée. Madame Voisin ne put soutenir une disgrâce personnelle, ni la feveor d*une rivale qui lui étoit d'autant plus odieuse qu'elle n'y trempoit en rien, et ne dounoit aucun iieu de plainte. La douleur prit sur la saule jusqu'alors ferme et brillante ; (a maladie se déclara, et madame Voisiii moui'Ut de désespoir et fut médiocrement regrettée du monde , qu'elle avoit trop l'air de dominer doucereusement avec un grand air d'importance. Son mari tout dévoué a la fortune en fut bientôt consolé , et peut- être se trouva-t-ii soulagé de n^avoir plus quelqu'un de si nécM*sairement intime, pris eniiu eu une (S^rte d'aversion par madaipedi MaintenoU) auprès de qui il n'avoit plus besoin de personne.

Samedi ^i, à Marly. ^-«* Le roi se promena le matiii dans ses jardiBS^ et alla tirer l'après-dinée. C'est aajoiir^ d'hai un des jours que M. Voisin travaille avec lui les soirs; il a fait prier le roi de trouver bon qu'il ne vint iei que mardi ; il est pénétré de douleur de la mort de sa femme. — M. le prince de Rohan parla hier deux fois au roi d'une fâcheuse affaire arrivée au chevalier de Rdhan

et à M. de Montauban^ tous deux enfants de M. de Guémené^ qui^ en sortant d'un café 4 Paris, à on^e heures du fsoir, pruent querelle avec des domestiques du duc d'AujaMKity qui ne les connoissoient pas. Ils mirent l'épée à la main> blessèrent à mort un de ses domestiques^ en blessèrent fort un autre, qu'on croit qu'il en sera estropié; le g||et survint^ qui les prit et les emmena ai^ iÇh^tele). ; api^^s

q»^U$ 80 furent nommés on les mit 4ans une chambre^ QjjiOfi }6ur a permis devoir leurf amis. Le duc d'Aumont 1^ m» à mepFeille pour eux, quoiqu'il sait fort afflli^ d^ blessures de ses domestiques.

Dimanche 28^ à Marly. — Le roi tint le conseil d'État^ fity wr les cinq heures après dîner, alla à la pai^oisse, où il fit chanter le Te peum ; au retour, il se promena dans ses jwrdins jusqu'à la nuit. Le soir il travailla avec H. Pelletier ch^s madame de Maintenon, et puis il y eut musique. ^-^ On chanta le Te Deum ^ Notre-Darne, à Paris, dans le Hoayeau chœur que le roi a fait orner magnifiquement; 1# <^ns0il n^Y ^^^^ point, parce que M. le chancelier f^Yoii prié le roi de Ten dispenser. Il y eut des feux de jOi0 4stnstoHt Paris, grande collation à la maison de ville qilQ donna M. le duc de Tresmes, et après le feu, il nous dipniift un âouper magnifique dapssa maison, où il y avoit b^l9lljC0ttp de daiBfes et beaucoup de ipinistres étrangers. {^^QPliper m pommença qu-à minuit, et il y eut plusieurs t^l^s d^ j^u devant et après le repas.

IfUndi S3> À Marly* r?- Le roi se promena le matin 4m§ s^ jflirdips^ ^t eourut le cerf après diner dans la /gpêt- Is s^r il travailla avec M. de pontc^artrain chez xyi^aiQ^ d#lk^l^teiion* — U arriva un courrier du prince Eugène pour apprendre ici que plusieurs plénipotentûiîfl^ 4^ prilic^s d^ Allemagne ne pourroient pas arriver •f jil^t 4Bad9; il donm^a^t avis i&i afin que l'on ne prelsse pas |j@ dépilPl de nos plénipotentiaires qui attondroient l^utriN^e tirgp Ipiiigtemps 4 3ade, et il renverra un autre jB^iirriff q^^f^d U ser^ teq^ps de les faire partir. — Le WfH 4'Ë^P^ilJ^ ^ W\é R^nqtfiUo, qui avoit été longtemps j^niçîdP!|t d^£la§i^ille, fit ^qui on avoit été deppispeu cette fitfi^Sf^ ^^ ^^^ l9-î^$%^ m)6 pension XM>nsidérable. On a ^ipjbé e^pPi^ trois oji^ qua^e {personnes qui déplaisoient

4^(9r^' Jfi-; à J^arly. — ^ Le roi tint le conseil de finances, teifiya^^ ensfiffjti^ avec H* Desn^^etz, dîna chez madame

de Haintenon, et après le dîner rentra chez lui^ où il Ira^ vailla avec M. Voisin^ et puis se promena dans ses jardins jusqu^à la nuit. — M. de Clesmont épousa mademoiselle de Richelieu, fille aînée de H. le duc de Richelieu; la noce se fit à Vincennes chez M. du Ghâtelet, père du marié. — Il est arrivé une affaire désagréable au duc d^Ossone^ et qui lui fera tort en Hollande , en ce pays-ci , et apparemment aussi en Espagne. 11 a soupçonné un domestique françois^ qu'il avoit dans sa maison, de lui avoir volé une pièce d'argenterie qui étoit égarée ; il lui a fait donner une cruelle question^ la mort s'en est ensuivie, et la pièce d'argent s'est retrouvée , ainsi le domestique étoit innocent. Le duc d'Ossone s'en est allé à Amsterdam; l'émeute du peuple contre lui avoit été grande , c'est ce qui l'a obligé à changer sa demeure. — Le roi a fait dire à Contades par M. Voisin qu'ayant envie de lui faire du bien et de le récompenser de ses services, n'y ayant point de gouvernement vacant et en attendant qu'il y en eût un considérable et qui lui convint, il le faisoit grandcroix de l'ordre de Saint-Louis. Il sera le troisième surnuméraire, car, outre les huit grands-croix qui sont toutes rempUes, ilya déjà deux surnuméraires qui sont Lée, Irlandois, Ueuténant général, et du Puy-Vauban, lieutenant général aussi.

Mercredi 25, à Marly. — Le roi tint le conseil d'État; l'après-dlnée il alla se promener dans la forêt, et le soir il y eut grande musique chez madame de Maintenon. — Par les dernières nouvelles qu'on a eues d'Espagne, on apprend queFinfant étoit assez mal. Le second fils des rois d'Espagne s'appelle toujours infant, et aux autres cadets on ajoute le nom de baptême au nom d^nfant. On mande aussi qu'on avoit eu nouvelle à Madrid que Ducasse étoit assez mal et que le prince de Chalais étcHt revenu à Madrid; on l'a fait revenir de l'armée pour l'envoyer aune commission secrète. — Le roi a fait dire au cardinal del Giudice qu'il pouvoit venir ici le voir

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toutes les fois qu'il voudroit, sans avoir besoin de nouvelle permission.

Jeudi 26, à Marly. — Le roi se leva fort tard, fit un tour dans ses jardins après la messe , dîna à midi, et alla courre le cerf dans la forêt. L'électeur de Bavière étoit à la chasse, et c'étoit la première fois qu'il avoit monté à cheval depuis la chute qu'il fit à Compiègne. Il se trouva soulagé du mal qu'il a à la côte, et a résolu de monter à cheval souvent. Après la chasse le rôi se promena encore dans ses jardins. L'électeur alla se reposer chez M. d' Antin, et revint à huit heures dans le salon jouer avec monseigneur le duc de Berry . Après le jeu , il alla souper chez H. d^Antin avec beaucoup de dames et de courtisans; il ne vit le roi qu'à la chasse. — On fait une réforme de cinq hommes par compagnie, tant dans l'infanterie que dans la cavalerie ; les compagnies d'infanterie ne se* ront plus qu'à quarante-cinq, et celle de cavalerie à trente.

Vendredi 27, à Marly. — Le roi, au sortir de la messe, sepromenadans ses jardins, et après son diner il alla dans le champ de Mars faire la revue des quatre compagnies de ses gardes et des grenadiers à cheval. La remonte de ses gardes a monté à plus de 50,000 écus, et ils n'ont jamais été si bien montés. Après la revue, dont le roi fut très-content, il alla voir jouer au mail, el avant la revue il avoit vu entrer dans son parc les cerfs qu'on* avoit pris dans le bois de Boulogne pour repeupler le parc qui va être augmenté de la moitié. Le soir il y eut grande musique chez madame de Maintenon. — Le cardinal del Giudice reçut un courrier de Madrid par lequel on apprit que l'infant étoit hors de danger ; il apporta d'autres nouvelles que l'on ne dit point.

Samedi 28, à Marly. — Le roi, après la messe, mena promener dans tous ses jardins le cardinal del Giudice, qui avoit été à son lever et à sa messe. Le roi fit tout le tour de ses jardins à pied , prenant plaisir à les montrer

à ce cardinal, qui eA fut surpris et charmée 11 n'a point d^ mandé d'audience. Il alla dîner chez M. de Torcy, joua Taprès-dlnée^ et puis retourna à Paris ; il reviendra ici tnardi. Le roi le traite fort bien, et il parolt très-ôontent. Le roi alla tirer l'après-dlnée, et le soir il travailla âvfeo M, Voisin chez madame de Maintenon. — Le maréchal de Villam remercia le roi après son souper de 1^000 écus de pénBioii que le roi a donnés au comte de Choiseul, son beau-frère^ et le roi lui dit : « Vous me remerciez de trop peu de chose; j'en ferois de plus considérables pour vous. »

Dimanche 29, à Marly. — Le roi tint le conseil d'État> et l'après-dlnée il fit la revue de ses quatre compagnies des gardes du corps et de la compagnie des grenadiers à cheval. Il les vit à pied et è^ cheval. Il les verra encore mardi et samedi avant que de les renvoyer dans leurÀ quartiers; plus il les voit, plus il en est content. Après la revue, le roi se promena dans ses jardins, et, le soir, le roi travailla avec M. Pelletier chez madame de Maintenon; il avoitdlné chez elle. — Le roi a donné la chatge de président à mortier qu'avoit M. de Bailleul à M. de Chàteaugontier, son fils ; il est cousin germain du maréchal d'Huxelles, qui a fort sollicité le roi pour lui. On lui avoit rendu de mauvais offices, qui ont retardé de quelques jours la grâce que le roi vient de lui faire, mais le souvenir des services que ses pères ont rendus à TÉtat, dans cette place-là ont déterminé le roi en sa faveur.

Lundi 30, à Marly. — Le roi prit médecine , et, après son dîner, îï^availla chez lui avec M. de Pontchartrain jusqu'à six neui*es, ensuite entra che? monseigneur le duc de Berry, que les médecins jugèrent à propos de faire saigner. Le roi demeura dans sa chambre jusqu'à ce que sa saignée tùtfaite, etquclque temps encore api:^s. Les mér decins trouvent le sangqu'oi^ lui a tiré très-mauvais ; ce prince àvoit eu la fièvre la nuit sans en parler, et s'étoit ] é vé pour aller à la médecine du roi ; il comptoit même d'aller courre le cerf l'après-dlnée, mais le frisson le prit

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violemmwi 1^ tieuf heures du matiu dans le salon^ en sortant d^ ehéi madame de Haintenon. Il fut eotitraint de se recoucher; la fièfre fut violente tout le jour^ et le* Qiédeeins , en rendant compte au roi à son couoher^ lui direct que la maladie étoit de nature à faire souhaiter que ce fut une maladie de Venin. Il venoit d^avoir de grands vomissements de matières noires^ que H. Fagon sputint toujours que c'étoit du sang ; les autres médecins croient que ce n^est que du chocolat dont il avoit beaU'*' coup pris le dimanche.

Hardi i*' mai^ à Marly. — Le roi, après la messe, entr^ chez mqnseigneur le duc de Berry, qui avoit très-mal passé la nuit et qui avoit été saigné du pied à sept heures du matin. Le roi tint le conseil de finances. On donna deux fois de Témétique et ensuite de la manne à monseigneur Içduc de Berry. Le roi, qui devoit aller tirer Taprès-dlnée^ ne voulut pas. s'éloigner ; il se contenta àp se promener dans les jardins, et, après la promenade, rentra phez monseigneur le duc de Berry> qui eut deux redoublements dans la journée, quoique Témétique eut fait un grand effet. Le roi se fait rendre compte à tout moment de Tétat de son mal, dont il parolt très-inquiet, et les médecins ne le rassurent point. Madame la Duchesse, la jeune, qui est grosse, et mademoiselle de Charoloî$, sur le soupçon qu'il y peut avoir du venin à la maladie de monseigneur le duc de Berry, sont parties d'ici ppur aller demeurer à Versailles.

JKercredi 2, à Marly. — Le roi, après la messe, passa chez monseigneur le duc de Berry, qui avoit encore été saigné du pied le matin ; la nuit a été très-mauvaise. Le roi tint le conseil d'État à son ordinaire, dîna chez madame de Maintenon,et alla après son dîner faire la ïevue de ses gardes du corps. Madame la duchesse de Berry envoya le matin M. de Coëtenfao pour prier le roi dé vouloir bien (jue Chirac vit monseigneur le duc de Èèi^y. Le ^ôi lui maiida qùë tous lés médecins qui sont

ici étoient d'accord sur les remèdes qu'il lui falloit faire , que Chirac seroit peut-être d'un avis différent qui ne feroit que les embarrasser. L'après-dinée elle envoya ici mesdames de Pompadour et de la Yieuville pour supplier le roi de trouver bon qu'elle Vint ici , ne pouvant demeurer dans Tinquiétude où elle étoit; qu'elle viendroit plutôt à pied que de ne venir pas. Le roi représeilta à ces dames tout le danger où s'exposeroit madame de Berry en l'état où elle est, et comme elles ne se rendoieM point aux raisons du roi par les ordres qu'elles avoient de madame la duchesse de Berry, le roi leur dit : « Je ne lui fermerai pas la porte si elle vient , mais cela serôit fort imprudent à elle de venir ; » et le roi pria Madame et madame la duchesse d'Orléans d'aller à Versailles pour tâcher d'obtenir d'elle de ne point venir. Après la revue, le roi passa chez monseigneur le duc de Berry, et M. le duc d'Orléans lui étoit venu dire, pendant qu'il changeoit d'habit après la revue, que madame la duchesse de Berry s'étoit enfin rendue à ses prières et à ses conseils, et qu'elle ne viendroit point. Le roi chargea encore M. le duc d'Orléans d'aller à Versailles , pour la soutenir dans cette sage résolution. Monseigneur le duc de Berry fut encore saigné du bras ; il a de grands vomissements où il y a du sang, et c'est ce qui empêche qu'on ne lui fasse recevoir Notre-Seigneur. Le P. de la Rue, son confesseur, qu'on fit venir dès la nuit du lundi au mardi , l'a confessé ; il est fort patient et fort résigné. On lui a fait prendre trois fois de Teau de Rabel pour arrêter le sang, et à minuit, que le roi s'est couché, on le croyoit un peu moins mal *.

* M. le duc de Berry, né le meilleur homme qu'il fût possible, et qui aimoit le mieux son plaisir et celui des autres, avoit un esprit médiocre, sans en être dépourvu , aucune vue , mais du bon sens et ie sens droit. 11 aimoit la vérité, la justice, la raison; il avoit de la fermeté et baîssoit la contrainte. Ces dernières qualités avoient Mt craindre qixHi ne fôt pas aussi souple qu^on )é désire des fils de France, d'au-

tant qu'i[ ne pouvoit ent^dre qu'il y eût de la différence entre son aine et lui, et que leurs querelles d'enfants avoient souvent fait peur. Cétoit le plus beau et le plus accueillant des trois , par conséquent le plus aimé, le plus caressé, le plus attaqué du monde, et comme son naturel étoit libre on parloit souvent dans sa jeunesse de la gentillesse de ses reparties à Madame et à M. de la Rochefoucauld, qui Tattaquotent presque tous les jours. Il se moquoit des précepteurs et de l'étude, souvent des punitions, apprit à peine à lire, et jamais rien depuis qu'il fut délivré de ses maîtres, qui perdirent leur temps auprès de lui. Toutes ces choses engagèrent à appesantir l'éducation, et «iette conduite émoussa son esprit, abattit son courage et le rendit d'une timidité si outrée qu'il en devint inepte à la plupart des choses, et pême aux bienséances de son état, jusqu'à ne savoir que dire aux ^aas avec qui il n'étoit pas accoutumé , et n'oser ni répondre , ni faire une honnêteté dans la crainte de mal dire. Cétoit le Gis favori de Monseigneur, et cependant sans que cette préférence le dérangeât en rien du respect et de la soumission de cœur et d'esprit , d'estime et de tebdi^e pour monseigneur le duc de Bourgogne^ qui de son côté Taimoit de même , et qui depuis qu'il ne fut plus enfant ne lui fit jan^ais sentir son aînesse. Il vécut avec le même respect et la même amitié pour madame la duchesse de Bourgogne, qui l'aimoit aussi tendrement et qui ne cherchoit qu à lui faire tous les petits plaisirs qu'elle pbùvoit lui fkire. II étoit droit, ouvert, franc , aimé de tout le monde, et , avec tout son goût pour les plaisirs , il lui étoit resté un fond de religion et d'une sorte de piété. Il fut pénétré de douleur de la mort de Monseigneur, et ce qui est bien estimable , il le fut à l'excès de la perte de monseigneur son frère et de madame sa belle-sœur. Il ne fut pas heureux en mariage, étant fait pour l'être si fort par sa douceur, sa bonté, sa liberté , sa franchise. Il trouva une hauteur pour laquelle il if étoit pas né ,des humeurs et un empire qui le soumirent et qui lui attirerait bien des choses désagréables du roi, qu'il craignoit comme le fev et qu'il se contentoit de craindre. D'autres choses donnèrent lieu à des scènes qui allèrent toujours en augmentant, et qui étoîent sur le point de se tourner aux plus étranges éclats , quand il passa à une meilléènre vie. On ne sauroit le mieux caractériser que par le court récit de ce qui lui arriva lors des renonciations. Il avoit beaucoup d'estime et de la confiance pour la duchesse de Samt-Simon , qu'on a vue en son lieu mise par force ouverte et par menaces dans la place de dame d'honneur de madame la duchesse de Berry, et ce que l'on n'a pas vu, parce que cela passe la matière des Mémoires ; elle avoit été contrainte phis d*unei fois à y demeurer aussi forcément. II lui demanda comment ^.passeroit toute cette cérémonie, et il lui parut si en peine de la réponse qu'il auroit à faire au complim^t du premier président , qu'elle

>I8 JOUBJSAll DE DtNGEAU.

lui proposa delfl lui faire faire psFionDMriiillapritaumotiveeJM. L* duch«sae de Saint-Simon trftilTa OHijiea d'avoir le oomplhBCilt tt premier président , el|^ le montra au princti et i ion mari i oelui-fli f Ot une réponse de deux pages de papiep b lettrts. Cette «surte lafigqRHr épouTauta le prince, et ia réponse fut abrégée de plid ds la moitié. M. )e duc de Berry l'apprit par cœur, k récita Kul, pHi» à madaïqç de Saint-Simon, et il eut lieu de bien espérer de sa mémoire- Quand «V fut eu place Je premier président lui fit son ooinpliment , H- le duo et Berry voulut répondre. Il répéta deux ou trois fois i ■ Monsieur, Moqaeur, • et demeura court; il voulut reprendre , même si)ccès, )iiiii|c tomna tristement vers M. le duc d'Orléans dans un état à faire ooijipasgion et qui peina toute l'assemblée. Enfin rien ne venant , |e [ffeoiiff' présidest fit comme si la réponse avoit été faite , et on comQiepfa W pourquoi on étoit assemblé. Enarrivant le soir à Versailles, M. le dtw de Berry fut tout droit chei la duchesse de Ventadour, ebez Iwiu^liv laducheise deTallardsapetite-fille, qui venoit de semarier, était «mie lit à recevoir les visites. La Montauban trouva ce prince i elle &|s<ùf les bonneurs avec d'autres dames, et, dans Tignorance de ce ^ui étQft arrivé , elle se mit sur son bien dire et accabler U. le duc de Beny df louanges de l'éloquence, de la justesse de sa réponse, et de la grâcç et delà dignité avec laquelle ill'avoit prononcée, qui fivoit charmé tOiV les assistants et dont le bruit avoit déjà rempli Versaill^. (^ p^me prince ne répondit pas un mot, ne fit qu'entrer et sortir t^i la m^ri^ viqt cbez lui, et fit appeler madanie de Saint-Simon dans son cabinet Là, téteà tête, i| lui raconta sa déconvenue, puis en fureur le compliment qu'il venoit de recevoir et qu'il avoit pris pou^ une iq$ulte ;.|l pleura de dépit coqtre lui-même et4e ragp contre Iq Âionbuban ^'it ppela par toutes sortes d^ noms. |l s'a^Iigea A^ ce qu'il n^ B^W propre à rien , incapable de tout , le mépris ei ja risée dit monde, pu|k s'en pnt à son éducation , à son ignorance , au som qu'on^olt fp% îg l'abattre , et de le raccourcir dans la craiule qu'il ne pdt faire un jour de la peine ; enSn , madanie de Saint-SÎtnon eut toutes les peines du monde à le remettre sur ce qui lui étoit arrivé , sur l'inconséquence a l'égard des affaires où il aurait i ^trerdaùa la suite de sa vie, et l'adoucit sur l'ignoranee et l'jnconsidération de madame de Montaubau. Concluons que beaucoup de ppnees sont moins coupables qu'on ne croit de mal répondre aux espérances qu'on en aurait voulu prendre.

Jeudi 3, à Marltf. — Le roi, qlti se fait rendrci ooEopte dfe là sânW dé monseignfettr le dtifc âa Berry * tout lowmeut, apprit à son réveil qu'il di*dit pÈisié titië ti**^to«tt* vaise ouit. tes médecins ne doUietit plus devais liiët' ail

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matin qu'il n'y ait une veine rompue dans Teatomac, causée par un effort qu'il flt jt la chasse jeudi en retenant son cheval^ qui avoit fait une graode glisgade. On dit même que le corps avoit porté sur le pommeau de la selle} mais on n'a commencé à parler de cela que hier au matin ; il en avoit tenu le cas fort secret. Ou assure même qu'il avoit craché et rendu du sang tous les jours depuis cet accident-là. Les vomissements ont commencé à finir à neuf heures du matin; on ne l'en crut que plus malade. Le roi, qui devoir aller courre le cerf, contremanda ses équipages. Monseigneur le duc de Berry à six heures du soir ne pouvoit plus demeurer dans son lit^ parce qu'il étouffoit; cependant à huit heures il se crut mieUK et dit à Madame qu'il espéroit n'en pas mourir; mais bientôt après le mal augmenta, et, n'y ayant plus de vomissements qui pussent empêcher )a communion^ son confesseur lui dit que le temps étoit venu qu'il devoit ne songer qu'à recevoir le viatique. Bien loin de s'y opposer j il témoigna le souhaiter, et le roi un peu après dix heures aUa à la chapelle, où l'on gardoit une hostie qu'on avoit fait consacrer dès les premiers jours de la maladie. On porta à monseigneur le duc de Berry le viatique et les saintes huiles ; le roi demeura près d'une heure dans sa chambre, l'y vit recevoir le saint sacrement, qu'il reçut avec beaucoup de dévotion et de respect. Le roi soupa danssa chambre en son particulier, et ne vit point left princesses dans son cabinet après son souper, et M. le duc d'Orléans alla à deux heures après minuit à Versailles voir madame la duchesse de Berry, qui avoit encûH toalti renit* ici toute la joUrîléfe.

tèndredi i, à Marly, — Monèèigneur le duc de bêrv^ expira à quatre heures du malin ; il dit avant que aé mourir au P. de la Rue l'accident qui lui étoit arrivé jeudi à la chasse; mais sa tête commençoit déjà à s'embrouiller. Quand il eut perdu la parole, il prit le crucifix que son confesseur àvoit dans sa mâiii, U le baisa et pulâ

140 JOURJNAL DE DAIVGËAU.

le mit sur soa cœur. Il est mort avec beaucoup de fermeté et de religion (1). Le roi parla le matin dans son cabinet à M. de DreuXy grand maître des cérémonies^ qu'on avoit fait venir de Paris ; il lui donna ses ordres sur tout ce qu'il y avoit à faire y passa la matinée chez madame de Maintenon après la messe y qu'il entendit de meilleure heure qu'à Tordinaire^ et après son dîner il alla se promener dans la forêt , et dès qu'il fut sorti on emporta le corps* de monseigneur le duc de Berry à Paris aux Tuileries dans les carrosses de ce prince, suivi de ses gardes. Ses principaux officiers étoient dans un carrosse qui marchoit devant celui où étoit son corps, et ces officiers dont je parle étoient : H. de Béthune^ un des deux premiers gentilshommes de sa chambre et en service , le chevalier de Roye^ un des deux capitaines de ses gardes et en service^Sainte-Maure^son premier écuyer,Montendre, capitaine de ses Suisses, M. de Pons, un des deux maîtres de sa garde-robe et en service, et ChampigneUes, son premier maître d'hôtel. Le roi soupa à son petit couvert dans sa chambre; il a ordonné que la maison de monseigneur le duc de Berry soit entretenue jusques aux couches de madame la duchesse de Berry, et si elle accouche d'un prince, tous ses officiers seront conservés dans leurs charges. — Le cardinal del Giudice est venu ici tous les jours durant la maladie de monseigneur le duc de Berry, qui est universellement regretté à la cour et dans Paris; il méritoitbien de l'être, c'étoit le meilleur prince du monde, et qui n'avoit jamais fâché personne.

"^ On remarqueraen passant, sur le roi, que , dans une maison particulière, on auroit honte de faire emporter le corps d'un domestique si précipitamment après si peu d'heures depuis sa mort. Celui du firère aîné avoit accoutumé à cet exemple.

(1) On a dit qu'il avoit voulu se lever plusieurs fois pour aller parler au roi; apparemment que c'étoit un effet du délire qui lui prit avant de mourir. {Note du duc de Luynes,)

Samedi 5, à Marly. — Le roi, & son lever, ordoHiia qu'on porteroit le deuil six mois et qu'on draperoit; on commencera mardi à le prendre. Le premier président vint à son lever, et le roi lui dit qu'il ne vouloit point recevoir de harangues des compagnies supérieures ; il ordonna au baron de Breteuil, qui étoit aussi venu, de dire aux ministres étrangers qu'il recevpoit leur compliment à Versailles ,quand iliroit ou reviendroit de la messe, et qu'il ne leur donneroit point d'audience pour cela. Le roi ne veut point que les courtisans paroissent devant lui en grand manteau, ni les dames en mantes *. U envoya hier le duc de Tresmes à Saint-Germain dire cette triste nouvelle à la reine d'Angleterre, et a mandé aujourd'hui à madame la duchesse de Berry qu'il ne la verroit que demain. Le roi fit l'après-dlnée la revue de ses gardes du corps pour la dernière fois, et puis les renvoya dans leurs quartiers. — Surbeck est mort i Paris ces jours-ci; il étoit ancien lieutenant général, et étoit colonel d'un des neuf régiments suisses qui sont au service de Trance, outre le régiment des gardes.

* Quoique le roi filt peu affligé de son petit-fils , il ne voulut point s'attrister davantage par de funèbres suites ; son esprit était plus noirci que son cœur. Cela ne laissa pas d'être extraordinaire ; ce fut un contraste à cela , de faire draper d'un deuil que le roi ne.pouvoit porter.

Dimanche 6, à Marly. — Le roi tint le conseil d'État, et l'après-dlnée il alla à, Versailles voir madame la duchesse de Berry, M. et madame la duchesse d'Orléans étoient auprès d'elle, et, comme cette visite les attendrissoit tous, le roi n'y demeura qu'un quart d'heure. Il revint ici faire un tour dans ses jardins, et le soir travailla avec M. Pelletier chez madame de Maintenon. Le roi a donné le régiment de Surbeck à , qui en étoit lieutenant-colonel , dont M. le duc du Maine et tous les généraux disent beaucoup de bien, et les Suisses même qui demandoient ce régiment-là peur eux mettoient tous la condition en cas que le roi ne le donnlt pas A cf lieufe-

I4i JOURNAL DE DANGEAU.

naiit-côloûei , cotivenailt totas qu'il n^èritôit de Pavbir. -^ La maréchale d^Esirëes ^ la tnère , qui étoit nomtnèé pour Bouper avec le roi, vint dans le salon quand on séN voit le soiiper, et le frisson la prit si violemment qu'on Ait obligé de l'emmener daïâ^ sa chambre. «^ Le prinee de Chalais arriva ÀPari$; on mande de Madrid qu'il est chargé de quelques commissions secrètes.

Lundi 7, à Marly. «-^ Le roi se promena le matin dans ses jardins , et courut le cerf Faprès^lnée dans la batëi. 11 ne travailla poipt le soir avec M. de Pontchartrain^ quoique ee fût son jour; il Fa remis à mercredi. — On em* mena^ le matin, là maréchale d^Estrées à Paris ^ et sa maladie parolt considérable et la fièvre est violente; on Fa saignée du pied. — Le cardinal del Giudice vint iei| mais il n'a point demandé d'aucUei\ce au roi depuis le premier jour qu'il y vint. Le prince fiugène a envoyé un courrier au maréchal de Yiliars, qui étoit à Chel}es^ oà il étoit allé voir l'abbesse sa sœur. Il mande quç les plénipotentiaires de Fempereur seront à Bade le âd, et que tous les princes d^Alien^agne tant catholiques que pro^esta^ts ^utoripept ppijir pette ^s^epiblée les fp^nistres de S. M. h, et les munissent de tous leurs pouvoirs néces^saires pour cet effet, espérant que Fempereur suivant sa tendresse pour sa patrie continuera à employer ses bons offices pour procurer l'avantage de Fempii^ en général et celui de chaque prince en particulier. r^*r- M. de Saint- Contest^ notre second plénipotentiaire^ pari demain peur s'en aller à Bade.

Mardi H, à Marly. — Le roi tint le conseil de finances, et travailla ensuite avec 4t. Desmaretz; Faprès-dlnée il alla faire la revue de ses gendarmes et des deux compagnies de ses mousquetaires, dont ilfut trèftrcontent. U n^à point vu sa compagnie de chevau-légers, parce que k duc de Cbaulaesy qui les commande^ Fa prié de ne las point faire venir pour Uwp épargner oette dépenserlà. Au retour de la rey)ie , ]l^ roi se promena dans ses jardins^ et

MAI iVi4. 14S

k ^r tai'NLiUa areô M; Voiûa chez madame de Mainte* É0&. ir^On ftDPterale corps de monseigneur le duc de Besry à fiaintrPenis les premiers jours de la semaine qui ^Ài ;ee devoit être M; le dus d'ûflé^ns qui seroit <il^apg(§ de cette éérémonie^ mais il a supplié le roi de l'en dispensée M. b Due ira en sa plaoe^ et sera aceompagné de M. de la fifémDille. Qn pqrtera jeudi 1a cœur au Valnle^Kîràce; ai fiera M. le comte de Charolois qui en f^a la cérémonie et liera a^eompagné du duc d^ Fronsac.

Mbfwredidy à Maari^^ -^ Le roi tint le conseil d'État le matin, et le tint eneo|ns l'après-dlmée, n^ayant pas pu fiait le eftatln, toutes les affaires; aprOsla promenade il teayaiUa avec M. de Pontcbartrain, avec qui il n'avoit pas pQ tràriiiUer l«indi. Lé roi partira d'ici mercredi pour retourner i Vef^ailles , où il demeurer^, jusqu^au SB, Il r#fiMid|ra^ii9uite ici, ^\ e» repartira le i 1 de juin, qui sera HH Itififli, pQuisaUerà RamJ>oaillet, oùildemeurera jusf «'au mupdi d0 I4 semaine d'après, et ce jour -là revien- 4rtl ici pour y deaiem?er ju$ques aux coucb^s de madauie 1| 4l^lM9i^ de |Ber|?y. r— L'envpyé d'Hanpvre, qui étoit à Londres, a demandé au parlement , sans aucune partipiputipfidp lareiqe, qu'on flonnàt ^^ writ {i) poup in- "fii^ \e prince élecjboral d^fiai^ovi^e, conune difc de Çiinabf i%(e, 4 vpp^r pnendi^p sa place au piaf^lement, ce qui li^i^f^téacQpr4é quoique copb*e la loi. La reine, indigoép du pr<K^édé 4^ cet envoyé; M a défendu de yenir ^ l^

Jfei^di iO y jour 4^ V Ascension, à Marly. -^ {^ roi, apr^ lij^ messe, sepropieua daps $p$ jardins; il dîna chez ma- 4^me dp Mjaintenpn. Aprè$ dîner il a\\a. 4 l^ paroisi^e, où ^ eijiteadit vêpres ejt U salut ; il é|.oit seul au fond dans s^n ^Q^rps^, a^u dpv^t ^^adame la Ducliesse la pièrp et m^uioi^eUe de Çt)y^p]bois , et à la portière M- 1^ d|^c

(1) Un ordre.

144 JOURNAL DE DÀNGEAU.

d^rléans. — Le roi a donné 50^000 francs de brevet dé retenue à M. de la Chesnaye sur les charges de grand tranchant et de cornette blanche ; ces charges n'ont pres^ que plus de fonction, et ont coûté moins à M. de la Chesnaye, qu'il n'a de brevet de retenue, chose dont il n'y a point d'exemple. M. de la Chesnaye épouse mademoiselle de Fourches, fille du grand prévôt, à qui le père ne donne rien^ et M. de la Chesnaye assure tout son bien à la d^ moiselle, en cas qu'il n'ait point d'enfants de ce mariage^ — L'envoyé de Hanovre (1) non-seulement est sorti de Londres, mais il est retourné auprès de son maître.

Vendredi 11 , aMarly. — Le roi, après son lever, doniiA audience dans son cabinet à M. le cardinal de Rohan^ et après la messe donna audience à M. d'Argenson, qui étcHt venu de Paris. Après dîner le roi courut le cerf. — On â exilé trois docteurs de Sorbonne, qui sont : l'abbé Bidal,' Tabbé de Bragelonne et M. Hulot. — Il paroit, par les nouvelles qu'on reçoit d'Angleterre, que les partis y sont plus animés que jamais les uns contre les autres ; l'abbé Gautier , que le roi avoit laissé en ce pays4à, a ordre d'en revenir.

Samedi 12, à -Marly. — Le roi, après la messe, fit entrer dans son cabinet le cardinal del Giudice, qui ne lui avoit point demandé d'audience. Le roi croyoit toujours, depuis qu'il est ici, qu'il avoit quelque chose de particulier à lui dire et qui ne fût point à la connoissance des ministres; ainsi M. de Torcy n'étoit point à l'audience, mais ce cardinal n'a rien dit de nouveau. 11 ne paroit pas présentement qu'il soit venu pour des affaires bien importantes. Le roi alla tirer l'après-dlnée , et travailla le soir avec M. Voisin chez madame de Maintenon. — M. de Clermont , capitaine des gardes de feu monseigneur le duc de Berry, a obtenu la permission de vendre son ré-

, (A) Le haron de Schutz.

giment d« dragons dont on lui ofïre 50^000 francs^ quoique ce régiment est un de ceux qui doivent être réformés , et le roi; outre cela^ a la bouté de lui conserver le rang et les appointements de réformé.

Dimanche 13, à Marly. — Le roi tint le conseil d'État; Taprès-dinée il alla à Saint-Germain voir la reine d^ Angleterre. L'électeur de Bavière vint ici à six heures et fut enfermé un quart d'heure avec le roi dans son cabinet, et puis retourna à Saint-Cloud ; il reviendra demain courre le cerf avec le roi. Il y eut le soir une très-petite musique chez madame de Haintenon; il n^y en avoit point eu depuis que monseigneur le duc de Berry tomba malade. — On mande d'Allemagne que Tempereur enverra ici pour ambassadeur le prince de Schwartzenberg; c'estun homme d'environ trente ans, quia, dit-on, 200,000 éeus de rente et qui aime à les dépenser.

Lundi 1 4, à Marly . — Le roi courut le cerf l'après-dlnée; l'électeur de Bavière étoit àla chasse. Le roi travaillale soir avec M. de Pontchartrain chez madame de Maintenon. — LaTaste mourut subitement à Versailles; il avoit plus de quatre-vingts ans. Il avoit été longtemps aide-major des gardes du corps; il avoit 7,500 livres de pension. Le roi en conserve 2,000 francs à sa veuve, qui est une fort jolie femme et par sa figure et par sa conduite ; il y a quelques années que la Taste Tavoit épousée par amour. — Depuis que le cardinal de Bouilloh est arrivé à Rome^ les cardinaux de la Trémoille et Gualterio lui ont rendu une visite comme au doyen des cardinaux. Le roi leur avoit permis de lui rendre cette visite, et leur a ordonné de ne lui en pas rendre d'autres.

Mardi 15, à Marly. — Le roi tint le conseil de finances, travailla ensuite avec M. Desmaretz , dina chez madame de Maintenon , après dîner travailla chez lui avec M. Voisin, et puis se promena dans les jardins jusqu'à la nuit. — M. le prince de Conty, qui a la fièvre depuis quelques jours à Issy, a été plus mal toute la journée, et le venin

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