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commence à paroltre; on craint la petite vérole, maie c^est la rougeole au moins. On a mené madame la prin«cesse de Conty sa femme dans la maison que Vanhol a an village d'Issy; on a mis mademoiselle de la Roche-HiUP' Yon sa sœur dans le couvent d'Issy, et madame la princesse de Conty sa mère s'est enfermée avec lui. — Madame la maréchale d'Estrées la mère, qui partit d'ici il y a quelques jours avec une grosse fièvre^ est morte à Paris. Elle a laissé beaucoup de bien, mais durant sa vie elle a fait des dispositions fort favorables à mademoiselle de Tourbes, sa fille, qu'on croit qui aura plu» de 800,000 francs de sa succession. Le maréchal d'Estrées, son fils aine, en aura presque autant, dont elle n'a pas pu disposer ; elle laisse à l*abbé d'Estrées et à madame de Courtenvaux, ses autres enfants, 100,000 francs chacun» Mercredi 16, à Venailles, — Le roi tint le matin le conseil d'État à Marly, se promena l'après^née dans les jardins, et revint ici sur les six heures, où il ne demeurera que jusqu'au 29 de ce mois. En arrivant ici il alla voir madame la duchesse de Berry, à qui il fit beaucoup d'amitiés; il y demeurera assez longtemps et cherche fort à Id consoler. — On porta le soir le corps de monseigneur le duc de Berry de Paris à Saint-Denis, avec toutes les cérémonies ordinaires dans ces tristes occasions; M. le Duc, accompagné de H. de la TrémoiUe,faisoit les honneurs du eon voi, M. le duc d'Orléans, qui les de Voit faire, ayant prié le roi de l'en dispenser. Pendant que le corps a demeuré à Paris, le cardinaldeNoaillesetles compagnies supérieures ont été lui jeter de l'eau bénite. Il y a toujours eu des évéques à le garder, et on leur a donné des fauteuils et des carreaux; il a été gardé aussi par ses grands officiers, mais les autres courtisans n'ont point eu ordre d'aller le garder *.
* Des fauteuifs et des carreaux aux évéques parurent fort étranges; le P. le Tellier avoit besoin d'eux, et l'âge du roi se laissa aller ; aiptoi dominent les conjonctures. Pour l'eau bénite , ce fut comme à M. le
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àië dé Ëôiirgoi^é et a tnâdâtiie la dudiëKë dé 86brgtfgâê. Ce qdë les Mémoires ii*6nt t>à§ tiiài'qtié , M^niéôiïp de ddcs y allèrent ëtiseifiblé et furent reçus àvèè là céfêrtionië ordinaire ; d'autres y allèrent ^ {Mûrement, et toi^ours tè carreau et le gôbpillôn présenté après , comme aux princes du sang qui y allètent de métrie. Ôii étefgnôit ainsi à (ïhaqîie occasion les cérérûdnies (Jùi d'alldétit ^às directement à Tàgrandissement de Tétat des bâtards, et qui rtiëttoii les atitreà ^adgs au niveau de toiit le monde ; mais OU ù*alla point encore jusqu'à end^iêchef ce qu'on avoit coutume d'oMoiiUei*, et qu'on se contentoit de n'ordonner plus.
Jéfidi 17^ à Vërsaillêêi ^— Le roi dina ehez madame de Mtti&teiidil , alla tireï* rat^tëS-dlbéè, et lé soir, cheê madaiûe de Maintenons if availla àtec M. Voisiil bar extraîol*dinaire, car il ne travaille avec lui que les mardis et les Éàmedis. •*— M; de Maupertttis ^ capitaine de la première ëôiMt^gilié des mousquetaires , a vendu le gouvernement de Tëiil et du Tôulois à M. de Crécy, colonel et brigadier d^infanterie qui liii en dionne 145,000 francs; ce gouvernement vaut 11,800 livres de rente. H. de Crécy est fils de M. de Grécy qui a été si longtemps à Hatisbonne plé- Sipotètititti^e du roi. -^ M. le maréchal de Villars fut élu tout d'ùûe voix à TACadétaie en la pilacè de M. Tévéque de Senlis, frère de M. de Chamillart. Il àvoit écrit une lettre à un académicien pour' la lire à TAcadémie ufrèê son élection , dans laquelle il raandoit que M. le èftràifial de Rohan ^ M. le eardinal de Polignac et moi pouvions assurer la compagnie qu^ll recevoit atec beaileosp de Joie et de reoonnoissâliee Thonneur qu'on lui ftdsMt de le choisir *,
* L'Académie françoise se perdit peu à peu par sa vanité et par sa complaisance. Eflè séroît dèàoeuréè eîD fust^ si eRè s'en étèSt tétttie à son mstttatfèn; la confrpfaBanée contimença à la gâte^. I>e8 personnes ptrissairtes peit ietir élévatrèn où par leur crédit protégèrent des sujets qui ne pouvoient hii être utiles, conséquemment ne p^nvoient lui faire honneur ; ces protections s'étendirent après jusque sur leurs domestiques par orgueil , et ces domestiques , qui u'avoient à'oùvenl pas d'autre rfiérîte littéraire , furent admis. De là , cela se tôuMa en espèce de droit que TuSage autôH^a , et qui rentplit étrange-
ment TAcadémie. Pour essayer de se relever au moins par la qualité de ses membres, elle élut des gens considérables, mais qui ne Tétoient que par leur naissance ou leurs emplois, sans lesquels les lettres ne les auroient jamais admis dans une société littéraire , et ces personnes eurent la petitesse de s'imaginer que la qualité d'académiciens les rendoient académiques. De Tune à Tautre cette mode s'introduisit, et TAcadémie s'en applaudit par la vanité de faire subir à ces hommes distingués une égalité littéraire en places , en sièges , en voix , en emplois de directeur et de chancelier par tour ou par élection , et tel qui eât été à peine assis chez un autre, se croyoit quelque chose de grand par ce mélange avec lui au dedans de l'Académie^ et ne sentoitpas que cette distinction intérieure et momentanée ne différoit guère de celle des rois de théâtre et des héros d'opéra. Que pour honorer l'Académie, la distinction des personnes ne fut pas un obstacle à les admettre, quand d'ailleurs ils avoient de quoi payer de leurs personnes par leur savohr et par leur bon goût et s'en tenir là , c'étoit chose raisonnable ; on avoit commencé de la sorte , cela honoroit qui que ce fut; l'égalité littéraire contribuoit à l'émulation et à l'union des divers membres dans un lieu où l'esprit et les lettres seules étoient considérées , et où tout autre éclat ne devoit pas être compté. Tant que l'Académie n'a été ouverte qu'à des prélats et à des magistrats en petit nombre , distingués en effet par les lettres , et à des gens de qualité , même de dignité s'il s'en trouvoit de tels , elle leur a donné et en a reçu un éclat réciproque ; mais depuis que de l'un à l'autre , par mode et par succession de temps , les grandes places et celles de domestiques sans autre titre s'y sont réunies, la mésalliance est tombée dans le ridicule et les lettres dans le néant, par le très-petit nombre de gens de lettres qui y ont eu place ^ et qui se sont découragés par les confrères qui leur ont été donn4, parfaitement inutiles aux lettres et bons seulement à y cabaler des électi(His. On admirera la fatuité de plusieurs gens considérables qui s'y laissèrent entraîner et celle de l'Académie à les élire.
Vendredi 18, à Versailles. — Le roi s'enfenna le matin avec son confesseur et l'après-dlnée encore. — M. le prince de Conty n'a eu que la rougeole et est hors de danger^ mais madame la princesse de Conty, sa mère, qui n'a point sorti de sa chambre, a pris la rougeole. — Madame la duchesse d'Orléans est grosse de trois mois, à ce qu'on croit, et madame la Duchesse la jeune, à qui on faisoit garder le lit depuis im mois croyant qu'elle le fût, ne Test point. — Les plénipotentiaires de l'empereur pour l'assemblée de Bade , qui sont le comte de Goës et
le baron de Seilern ^ doivent être arrivés à Bade^ où les nôtres doivent être cette semaine, et Ton compte que les conférences pourront commencer avant la fin du mois. — Le duc de Guastalle^ qui devoit hériter du duché de Mantoue, est mort; il a laissé deux fils.
Samedi 19^ à Versailles. — Le roi fit ses dévotions et ensuite toucha plus de mille malades; l'après-dlnée il alla à vêpres, et ensuite il s'enferma avec le P. le Tellier et fit la distribution des bénéfices. L'évêché de Senlis a été donné à Tabbé Trudailie, grand vicaire d'Amiens; l'abbaye de Baume, à Tabbé de Broglio , agent du clergé; Tabbaye deLonguay, à l'abbé Caqueré ; Tabbaye de Fontgombaud, àTabbé Tiraqueau; l'abbaye de Chors, à l'abbé de Champeron ; l'abbaye de Bouras, à l'abbé Langlois. Le soir, le roi travailla avec M. Voisin. — Les officiers généraux qui doivent commander les camps de cavalerie prennent congé du roi; ils veulent arriver quelques jours avant les troupes, et les troupes commenceront à s'assembler le 4 de juillet. M. de Châtillon, commissaire général de la cavalerie qui va sur la Saône avec M. de Broglio, aura quarante escadrons un peu séparés du reste des troupes que commandera M. de Broglio. — Par les dernières nouvelles qu'on a eues d'Espagne , on apprend que l'infant est hors de tout danger.
Dimanche 20, jour de la Pentecôtey à Versailles. — Le roi assista à toutes les dévotions de la journée. Il n'y eut point de prélat de l'Ordre pour officier ; ce fut un chapelain de la grande chapelle qui officia; aux petites messes ce sont les chapelains qu'on appelle les chapelains du roi, et ceux-là sont sous la charge du grand aumônier, mais aux grandes messes où il faut chanter, ce sont des chapelains qu'on appelle de la grande chapelle qui sont de la musique et sous la charge du maître de la chapelle. Le roi, après le salut, alla voir madame la duchesse de Ber^^^ — Le duc de Richelieu, revenant de Vincennes à Paris, tomba en apoplexie. — Le marquis
1^ JOURJNAL p£ DANGEAU.
4(3 Npsle, pftpit9i«§ ^eul(3pa^t des çendarpae^ Éfiosspûi^ yiend cette charge au jeune comt^ de l^ftilly, sq^ CQU^fp geriflftin, à qui le roi eu a donné TagFémpnt, qupiqi^'U q^ fût q\xe papilaine d^ cavalfsriei et le Foi a ts^xé ]^ charge à 50^000 écus, qpqiqi('il T^ût ^c|^a);ée glQ^OPQ frapcs 4^1 cppite de ï^oucy. Le rqi n'aime pas qp'op quitte ]^ ^fwiçe 4e si bqnijg hegyp , et p'pst pourquoi il a it^^ la pb^çge.
fj\indi%\, q Vçrsmlle^. — Le rpî tint le ponseil d'Ëtatj» qu'il aurpit tenu hier sans \^ boni^ fête 5 il travajllfi^ Y^r près-4lné0 ayec |p dvic de G^iph^, et lit Isi, distribution des grâces qu'il accorde tous les ans 4 son régiment des ga):*desdopt Ip duc 4e Gpiphe estcolopel. Le roid^pa chez m^ame de Maintenop, pt le soir, chez ellei il trays^ill^ avec U. de Pontcb^rt^ain j il ne sortit point de toute I4 jpurpée. Mad^nfle h duchesse de Beryy £^ pp peu 4^ ûèyre toutes les nuits, n\m sa grossesse va fprt biep jusquici. —^jP baron PerfQpne,aiTib^s§adpuî*du roi de Sicile^ fitso^ eutrpe à fans. — pans la 4istrihutipn des grâces que le rpi fait au régiment d^s gçtrdps, il y 9. 2,000 écpsde pensipp pour Coa4elet, qui est estropié ; il vppd sa conipagpie àfierpy, lieutepant dans ce çprps, qui est frère de finteudant des tia^ces. Il y a 4,0QQ frappes dp pepsion pour Saillant, qui en est lieutenant-pplpnel, ?,QQO francs popr Contades, qui m est majQrJ^ et qui î^voit déjà %,000 fiipcs 4p pension. U y ft plus 4^ vingt e^pitâlnps 4 qui pu 4Qnne quelqpe chose, et le total de pe que le rqi donpp p^tte année mopte ^ 3p,p00 épps.
4far4i 22, à V$rsqill^,. — Le rpi tint le copseil 4e fiu<i|.nces, f^lla tirpr Taprès-dUnép, et le sqir travaillai p.Ypc M. Voisin phegm^dftpe de Mî^intenpn. r-r.Le foi par}a];ûer après souper dans ^n cabinet ^ Ms^dame , pt lui 4^^ qu'il voulpit être tuteur dp madame la duphesse 4e Berry et de l'enfant dont elle est grosse, et il a envoyé cet ^prèsdlnée M. Desmaretzet M. de Pontchartrain faire rinyentaire 4p toutes les pierreries et de tous les bijoux qui sont
on che« madame de Berry ou dans rappartement de feu monseigneur le duo de Berry. Il y eu a de trois sortes : oellesqui ont été données à madame la duchesse de Berry m mariage lui demeureront dans son entier; celles dont monseigneur le duc de Berry avoit hérité par la mort de monseigneur le Dauphin son père demeureront tout en* tier à l'enfantqui naîtra, soit prince ou princesse; ce qui a été acheté depuis le mariage sera partagé également entre la mère et Tenfant. On ne gardera que cinquante chevaux de l'écurie de monseigneur le duc de Berry; il w avoit cent soixante-cinq. On fait aussi beaucoup de réforme pour les tables de sa maison .
Mercredi 23, à Versailles. — Le roi tint le conseil d'État, alla tirer Taprès-dlnée. Il y eut le soir grande musique chez madame de Maintenon; il n'y en avoit point eu de grande depuis que monseigneur le duc de Berry tomba malade. Madame la princesse d^Épinoy eut une assez longue audience du roi dans son cabinet avant qu'il passà.t chez madame de Maintenon ; on ne doute pas que ce ne soit sur le mariage de mademoiselle de Werchin, sa fille, avec le prince de Soubise, fils du prince de Rohan, Ce mariage est résolu il y a déjà quelque temps mais ils n*en reçoivent point encore les compliments. On compte que mademoiselle de Werchin aura près de500,0Q0 écus de bien, et elle n a de frère que le prince d'Épinoy, qui n'est point marié; elle n^a point de sœur. Madame la duchesse de Berry n'a plus de fièvre et commence à dormir la nuitî si ses incommodités avoient continué encore quelques jours, on avoit résolu de lui faire prendre du quinquina. — On fera de samedi en huit jours, à Notre- Dame à Paris, un grand service pour la reine d'Espagne; 1% roi le fait faire avec beaucoup de magnificence.
/etidî 3^, à Versailles, — Le roi tint conseil de dé- Juches qu*il ne tient d'ordinaire que les lundis de quinze en quin^^e jours. Il dîna chez madame de Maintenon, où il y eut le soir petite musique ; il se promena Taprès-dlnée à
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Trianon . — Par les dernières nouvelles qu'on a reçues d'Espagne^ il parolt que les affaires de Catalogne ne vont pas bien pour le roi d'Espagne. Orry, qui avoit porté 130^000 pistoles à l'armée^ avoit eu durant trois ou quatre jours des conférences avec un député de Barcelone^ pendant lesquelles on n'avoit point tiré ni de la ville ni du camp^ mais ses conférences n'ont rien produit^ et on a recommencé à tirer de part et d'autre. Les miquelets du parti des révoltés se sont rendus maîtres de plusieurs postes importants dans les montagnes. — On travaille à un canal qui aboutira à Hardy ck (1)^ où on espère pouvoir faire un port considérable^ mais on ne sauroit raccommoder ce qu'on appelle la fosse de Hardyck.
Vendredi 25, à Versailles. — Le roi travailla le matin avec le P. le Tellier, dîna de bonne heure, et alla se promener à Harly . Le soir il y eut grande musique chez madame de Haintenon. — Le roi donnoit 2i,000 écus de pension au comte de Saaros ; il lui augmente sa pension de 10,000 écus, et lui donne iii<0,000 francs de pension pour distribuer comme il le jugera à propos aux généraux hongrois qui servoient sous lui et qui lui sont demeurés fidèles. Ils sont demeurés en Pologne, leurs biens en Hongrie étant confisqués par l'empereur; les quatre principaux de ces généraux sont Forgatsch, Esterhazy, Bere-
sini et U y a outre ces généraux deux sénateurs
du royaume qui ont beaucoup souffert et deux autres particuliers moins considérables, que le comte de Saaros estime fort. On lui a envoyé un courrier à Rambouillet
(1) On n'avoit garde de convenir avec les Anglois que l'on youlut faire un nouveau port à Mardyck ; au contraire, dans la réponse que le roi fit faire aux plaintes de M. Prior, le roi dit précisément quil n'avoit nulle vue, nulle intention de faire un nouveau port à Mardyck, qu'il ne veut que sauver un pays qui seroit submergé si les eaux n'avoient pas un écoulement vers la mer, et c'étoità quoi,di8oit Sa Majesté, devoit servir le nouveau canal $ qu'ainsi ce n'étoit pa^ contrevenir, comme le disoient les Anglois , à Tarticle 9 du traité d'Utrecht. (Noie du dtic de Luynes, )
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OÙ il est avec H. le comte de Toulouse pour lui porter la nouvelle de la gràx^e que le roi lui a faite. Il a outre ses pensions 200^000 écus sur la maison de ville dont on a retranché les deux cinquièmes et l'intérêt mis au denier vingt-cinq.
finances^ se promena l'après-dlnée dans les jardins^ et travailla le soir avecM. Voisin chez madame de Haintenon ; il donna le matin après son lever audience au général des GarmeS) qui est frère du cardinal Sacripante. Le roi est fort enroué depuis deuxjours^ mais H. Fagon assure que la médecine quUl prendra lundi lui ôtera cet enrouement. — Le cardinal Badoero est mort; il y a présentement cinq chapeaux vacants^ mais il y en a un in petto. Le cardinal de Sala, qui a été silongtemps à Avignon^ depuis être sorti de Barcelone dont il est évèque^ a eu deux attaques d'apoplexie ; il est cardinal de la dernière promotion et par la nomination de l'empereur. — On a présenté au roi milord Annandale^ cousin germain de feu duc d'Hamilton; il a Tordre de Saint -André d'Ecosse, qu'il porte avec un ruban vert, qui va de la gauche à la droite. Nous avions vu ici des chevaliers de cet ordre qui portoient le ruban bleu comme les chevaliers de la Jarretière, hormis qu'il étoit onde; mais la reine leur a fait quitter ce ruban pour reprendre le vert, qui est la couleur de cet ordre. Le duc d'Hamilton et le duc d'Argyle d'aujourd'hui ont eu les deux ordres à la fois et l'un d'eux portoit le ruban bleu doublé de vert.
Dimanche 27, à Versailles. — Le roi tint le conseil d'État devant et après dîner; il travailla le soir avec M. Pelletier, et il y eut ensuite musique chez madame de Maintenon. MM. Yander-Buys et Goslinga, ambassadeurs extraordinaires de Hollande, firent leur entrée à Paris et la feront ici mardi. Le roî a fait faire un carrosse neuf pour les ambassadeurs, fort magnifique et de fort bon goût j tout le monde le va voir par curiosité , il n'avoit
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point encore servi. Les deux ë).ml>a^sadeurs étoieni au fopd^ le maréchal d^Huxellea et le baron de Br^teuil qui est introducteur des ambassadeurs» en semestrei étoient au devant. — hQ roi a donné au dup de Mortemart la survivance du gouvernement du Havre, qui est gouvernement de province etqui vaut tliOOO é^usde rente^ et au duc de Saint-Aignan la survivance du gouvernement d^ Loches, qwi est du gouvernement de Touraipe et qui ne vaut quasi rien ; il n'est considérable pour lui que paroe qqecela touche au duché de Saint*Aignan. M« de 3eauyilliers a ces deux gouvernements,
léUndi 28, à Vêrsaille$, — Le roi prit médecin^ nomme il la prend tous les mois par précaution ; après son dlnor il travailla avec H. de Pontchartrain. ^^ Le roi a donné 1|000 écus de penaiou à M« duPoulpry^ officier de^ che^ vau-légers. Le roi a donné à mademoiselle deTourbeiile logement qu'ayoit ici la maréchale d'Estrées sa mère% — Afadame la Duchesse douairière» qui étoit à Rambouillet depuis quelques jours avec tH, le comte de Toulouse ^on frèrÇ;? en revint le soir avec la colique néphrétique et les médecins appréhendent pour elle qu^elle n'i^it une pierre dans les reins, Madame la Duch^sçe, sa helle^ftlle^ qui n'est plus grosse, ne sera point du voyage de Marlyî elle gardera sa chambre à Paris en attendant qu'elle aiÛ® aux eaux. — Notre envoyé en Angleterre a envoyé Uft§ copie de la lettre que Télecteur d'Hanovre écrit ^ lareipei par laquelle il lui mande qu^il désapprouva ce que 90^ envoyé a fait à Londres, et l'assure que jams^is lui| ui son fils, ne passeront en Angleterre qu^ quand elle IçttF mç^ndera d'y passer.
Mardi 29, à Jlfar/y, — Le roi tiut le Qoqseil de fi» nanoes, travailla ensuite avec H. Desmar^tz, L'aprés-dtnéo il travailla avec M, Voisin, et puis alla ehe? madame la duchesse de Berry, qui se porte fort bien ; sa grossesse va à merveille, et en sortant de chez elle il mqnta en carrosse pour venir ici. Après le lever du roi, les ambassadeurs de
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tlqU^Qde qpi aYpi^nt f^it \mv eptrée eureiit audience du rpi d^ps sonoabinet.M. Pt^ys, (juiportoit la p^Fole, papU ^ merveille ; le roi ^n fut très-content^ ^\ les ambassadeup^ furept charmés de la réponse du i^oi^ qui }aur fit des écoutes d^ Pion eurpueuiepti qui est pourtant diminué d^r puis s^ uiéd^oine, -rr Le cardipal del Giudioe, qui dftn^fl^ud^ lûer au roi, au sortir di? sou dluer, d'avoir uu lor gemeptà M^^rly pour ce voyage, a obtenu celte gràQ§. rrr M. DesmareU alla Pbe?; mad^U^e la duchesse de Berr y à Versailles après qu§ le rpi ^n fut sorti, et lui dit que le roi augu^^ntoit ses pensiops de 200,000 francs; le roi aypit ordpnpé À W* Desmaretz de u'aUer dire cette bonne pou- Yellç 4 piad^pe U duchesse de Berry qu'après qu'il eu seroit sorti pour éviter les remerclments en présence. Yoici l'état des» reyepus de madame de Berry : Elle a 40|QQQ fp^npsi de sa dpt, ^0,0Q0 francs de son douaire ; qq^d le rpi dppp^ ^QO^OOQ épu^ à monseigneur le duc d^ Ber?y, op prit le cipquième pour lam^^ison de madame If^ ducliessp de BPrryi et quand depuis, le roi augmepta e^pcore cette pension de &-QQ,QOQ frapcs, open prit encore le cinquième pppr sa m^i^pu» sibipn qu'elle avoit 380,000 tv^ws de pepsipu et 1^ SQ^ÇlOO fr^pcs de sa dot ou de spp douaire qui uefaisoiepttput ensemble que 4^60,000 francs, cp qui pe Siuf^spit pas pour la dépense de sa maisop sur Ifl pied Quelle est. Le roi, qui s'est donpéla peine d'entrer dans le détail, a cru qu'il fallait dopner 200,000 francs de plus ; ainsi elle a présent^mept €i60,0Q0 livres ; Madapie p'ep a que 5QQ,000.
Mercredi 30, àS^çkfly, r— l^e roi tipt le conseil d'ÉJtat, dlnachez niadame de Maintenon, f^Ua tirer l'après-dlpée, pt le soir il y eut grande musique cbe:^ madame de Maintenon. Outre les damps que le roi a amenées ici, il y fait g[^der un logement pour m^emoiselle de Tourbes afip qu'elle y puisse venir qu^pd les si^ semaines depuis la mort dp sa mère seropt paires. Il fait garder aussi un logemput pour Qiadan^p dP Pputchartrain^ qui est prête
tCiJ.
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d*accoùcher, afin qu'elle y puisse venir quand elle sera relevée de sacouche. Elle n'y étoit jamais venue, car depuis son mariage elle étoit toujours demeurée auprès de madame la chancelière qui se mouroit. — On mande de Saxe que le czar avoit disgracié le prince Menzikoff, parce qu'il avoit fait un traité par lequel il consentoit au nom de son maître que Wismar fût remis en séquestre ail roi de Prusse, et qu'il avoit agi en cela contre les intérêts du czar et sans avoir aucun pouvoir de lui.
Jeudi 31, jour de la fêle de Dieu y à JUarly. — Le roi alla à dix heures et demie à la paroisse, suivit la procession, entendit la grande messe, et l'après-dlnée y retourna à trois heures, et entendit vêpres et le salut. A son retour, il travailla avec M. Voisin, et le soir il y eut petite musique chez madame de Maintenon. Le roi, en allant à la paroisse, avoit dans son carrosse Madame à côté de lui, la jeune princesse de Conty et mademoiselle de Charolois sa sœur, sur le devant , H. le duc d'Orléans àla portière. — Le cardinal de Rôhan doit voir ces joursci chez le cardinal d'Estrées ce que le cardinal de Noailles a écrit sur la Constitution. Le cardinal de Noailles n'a point voulu envoyer%cet écrit au roi, et ne veut même le laisser entre les mains de personne ; son secrétaire le portera et le lira chez le cardinal d'Estrées. — La duchesse de Lorges mourut le matin à Paris après une longue maladie ; elle laisse deux garçons. Elle étoit fille de M. de Chamillart.
Vendredi V^ juifij à Marly. — Le roi, après la messe, entra chez madame de Maintenon, d'où il ne sortit que pour aller dîner chez lui. L'après-dlnée, il alla tirer, en revint à cinq heures et puis alla à la paroisse entendre le salut ; il étoit seul dans le fond de son carrosse. Madame et madame la duchesse d'Ëlbeuf au devant, la maréchale de Yillars et la duchesse de Brancas aux portières. M. le duc d'Orléans, la jeune princesse de Conty et mademoiselle de Charolois sont allés à Paris pour le service de la reine
d'Espagne, qui se doit faire demain à Notre-Dame. — Le cardinal del Giudice attend lé retour d'un courrier qu'il a envoyé à Madrid il y a plus de trois semaines, et il né doute pas qu'on ne reçoive par ce courrier les ordres qu'on enverra aux plénipotentiaires d'Espagne à Utrecht de signer la paix avec la Hollande et le Portugal. Les États Généraux ont donné il y a déjà plus d'un mois un écrit au duc d'Ossone poiir le justifier de l'accusation qu'on avoit faite contre lui d'avoir fait étrangler un de ses domestiques dans sa maison. — Le soir il y eut grande musique chez madame de Main tenon.
Samedi 2, à Marly. — Le roi dîna à onze heures, alla courre le cerf dans la forêt avec les chiens de M. du Maine; il revint de la chasse à quatre heures, et à cinq heures et demie il alla au salut à la paroisse. Il étoit seul dans le fond de son carrosse , madame d'Elbeuf et la maréchale de Yillars au devant , madame de Courcillon et madame de Tonnerre aux portières. Au retour de la paroisse il se promena dans les jardins et le soir, chez madame de Maintenon, il travailla avec M. Voisin. — On fit à Nôtre-Dâme, à Paris , un service pour la reine d'Espagne, qui fut fort magnifique. — Il arriva le matin à Paris un courrier venant de Madrid, qui a apporté au prince de Chalais un gros paquet pour le cardinal del Giudice; M. de Chalais vint ici l'après-dlnée l'apporter à ce cardinal. Le roi d'Espagne envoie à ses plénipotentiaires à Utrecht Tordre qu'on s'attendoit bien qu'il enverroit de signer la paix^avec la Hollande et le Portugal, et leur mande en même temps de faire généralement tout ce que le roi son grand-père leur ordonnera*.
"^ Les Mémoires taisent un fait , dont il y a lieu d'être surpris d*au« tant qu'ils y sont ordinairement fidèles , et fidèles aussi à les donner tout secs, de ceux qui parlent d'eux-mêmes avec un danger politique renfermé dans leur expression toute simple et nue. Ils en ont i^oppriiné plusieurs, et on en a averti vers les temps oii ce silence 'commence ; mais celuirci, qui (ji'est point de cette espèce, ne peut étret ist^rimé
lié JOURNAL 0E bANGEAU.
qde paf l'ariËitlé; DàogeAti,* p lëi 4 éëH«§, âvMt mMié iratti flh unique à la fille unique de Poiftpadour i la duchessie douaiflère d'Ëlbeof étoit sœur de madame de Pompadour , et tontes deux et Pompadour par elles s'étoient fort insinués dans î^amitié de madame des Ursine. Les reflets de tout cela seroient trop longs à écrire , mais suffisent pour dvdij^ engagé Dangean de taire lé fdit dont fi s'agit il y à tongtem)^ ; le voici : madaitie des UrstiiB, dafift le désir ettrême de Èà souveraineté, qui n'avoit ni fond , ni prétexte que la surprenante eomplaîftanee dii roi d'Espagne à entrer dans cet étrange dessein et à le favoriser de toute sa puissance et à ses dépens , s'y trouva encore plus ardente après qu'fi eut éclaté par les demandes formelles de l'Espagne , et qu'elle se vît sans milieu ou avec t'aâeoinplis^cifiiéfit de son pixiÉ ardent désir, et désir fort augmenté encore par Id perte de la reine d'Betiagiie , ou de se voir le jouet de l'Espagne 4 de la Frânee etde l'Bluropeen^rei D'Aubigny, son fidèle écuyer, qu'elle avoit d'abord envoyé ménager ses affaires à Utrecht , n'y put rien faire ; elle crut qu'en y envoyant un homme d'un autre poids il endonneroît à sa prétention. Elle eh trouva tm à qui totit étoit boù pourvu qtr'fi sfduvrit iin cKt^iâ à ta forttiâ6; en effet , cela la lui fit ^ mais né precmra pokit de souveraineté à tilà^ dame des Ursins. Le baron de Câpres i cadet de plusieurs frères , et connu depuis sous le nom de duc de Bournonville , fut celui sur qui elle jeta les yeux ; un homme à tout faire ^ et à qui rien n'est cher ni difficile , qui a du langage , du (nonde , de la souplesse , égale qiielqùèffois pour une domtnission , avec? un esprit inédiôê^^ ceux qtrf , àtee plus de retenue et de respect d'eux-mêmes , ont le plus de talent et àé lumières. Il fit son marché , et il alla de sa part à Utrecht ; il ne put jamais se faire admettre , quoique les ambassadeurs d'Espagne n'y oubliassent rien ^ et il y reçut tant de moqueries et de mépris pour l'affaire dont il â'étoît chargé , qu'if tâeha à la fin dé persuade^ qu'il n'étoit allé là que eotnme m homme de eonfianee àe là cètir d'EèpagBè pour raccommoder les deux ambassiideurs de eette eouronne 4 qm étoient ensemble aux épées et aux couteaux. La paix d'Espagne avec la Hollande et le Portugal fut accrochée longtemps sur ce point um'que ; le roi le trouvoit si mauvais que pour ramener son petit-fils par la force, après y avoir perdu celle de la raison et def âon (Crédit sur (tri ^ fi lui refusa tout secours pour prendre Barcelone et réélire la Càlalogne, jusqu'à ce qu'il eût abandonné la chimère de madame des Ursins et signé la paixquinetenoit plus qu'à ce point unique. Le baron de Câpres revint donc par la France en Espagne^ et fut fait grand d'Espagne, à son retour, sous le nom de duc de Boumonville , et capitaine des gardes du corps de la compagnie flamande incontinent après. Cette opiniâtreté dernière de madame des Ursins, que le roi ne put vaincre que par le déni absolu de tout secours , dont le roi d'Espagne ne pou-
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V6it Èë passer pont réduire les Câfalatis secrètetnent soutenus par Tempereur, fut le sceau de sa ruine. Il échappa un mot sur elle au t<A parlant à Torcy, (}ui ne fut pour lors enteudu ni de lui h\ du trèspèdt nombre de gens à ^i il devint, mais c|ui les surprirent fort, et qui ne fUtcompris comme éclair fjue parla chute de la foudre. C'est donc ce ridicule voyage de Bournontille dont ÙangeaU ne parle point parce qu'il fut d'autant plus ridicule pdUr lui et pour celle qui Teiitôya , qu'il ne réussh en rien pour elle , et qu'il lui devint au contraire fîmeste de toutes'parts; maiselleétoittrdpflëre et trop habile pour ne pas répandre toutes \n& grâces dont elle étoH la dispensatrice sur uu homme distingué qui d'étdt voilé et vendu jusqu'à cet ^eès à elle. PcKir la même raison d*amit!é, Dangeau ne parlé point dé l'étrange soHtUde où madithé des tJtsins tint lé roi d'Ëspâ^e depuis ta mort de la rèhie dans le palais du duc de Médina-Céli , où elle t'avoit fait aller aussitôt après, et où elle le retint jusqu'au départ de la princesse de Parme pour le venir épouser. N'ayant plus le secours de la reine, elle emprunta celui de la solitude , et d'une maison où il ne pouvoit tenir sa cour. Le fiuéU ttetiro étôit un palais royal superbe et taste à un bout de Madrid, très*éloîgiié de celui où la reine étoit morte, et où il étoit tout naturel que le roi allât 4 puisque sans cette raison il y demeuroit souvent ; mais là il eut été trop accessible. Elle prit donc la place de la reine , et la prit si entièrement, au lit près, ce qu'on ne voyoit pas, que toute fÈspagne et le .roi son grand-père eurent longtemps les plus mortelles fbyéurs de la voir déclarée reine d'Espagne. Le roi dépêcholt devant elle •! par elle, comme il faisoit avec la reine ; elle mandoit les minis- IraSf qui ne faisoient rien sans ses ordres. Le roi ne sortoit d'avec elle que pour aller prendre l'air où nul n'osoit le suivre que quatre ou cinq hommes qu'elle avoit choisis , parce qu'elle étoit bien sûre d'eux , et à qui Ton avoit donné le nom de recreadores , et comme le corps de logiâ (^ù le roi iogeoit et celui qu'elle habitoit chacun d'un côté de la même cour, ne se communiquoient que par une terrasse découverte qm étoit au fond de la cour, elle y Gt faire avec une précipitation étrange et en vingt- quatre heures une galerie couverte et fermée de tous côtés avec de petites fenêtres rares , à travers lesquelles on ne pouvoit Voir dehors, pour donner au roi et à elle la liberté de passer Fun chez f autre de leurs cabinets sans que personne s'en aperiçôt , et colora fdQt eela du prétexte de consoler le roi avec plus de liberté, sans quitter \&Ê enfants dont elle étoit gouvernante. Ce fut dans cet état qu'elle eût pu épouser le roi si elle eût voulu, mais apparemment qu'elle en craignit les suites. Il lui falloit une femme du tempérament et de la dévotion dont il étoit , surtout en ayant été privé depuis les derniers mois dé fa vie de la féiné ; elle songea à lui en donner une dont rinégalhé et le défaut de tout appui ne pût rien partager et tînt tout d'elle. Albéroni
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saisit habilement iin si puissant intérêt , et tous deux osèrent liâder le mariage, sans que le roi , au moins par elle ni par TEspagne en eût le moindre avis qu'après qu'il fut conclu. En voilà assez maintenant pour faire entendre combien le roi se trouva offensé contre madame des Ursins, et pour suppléer à ce que Dangeau n'a pas voulu marquer, et pour faire entendre avec moins de surprise ce qu'il ne pourra s'empêcher de marquer dans la suite sur madame des Ursins , et qui fut l'étonnement de toute l'Europe. Quelque important que soit ce petit supplément, il n'est pas à l'heure qu'il est de nature à s'en contraindre; il en est d'autres et de bien plus curieux dont on a gardé le silence et imité la sagesse de Dangeau. Tel fut donc le mystère du voyage du cardinal del Giudice, et de celui de Chalais, qui peu après le vint trouver de Madrid à Paris, pour demander au roi l'agrément de ce mariage qu'il donna avec beaucoup de froideur.
Dimanche 3, à Marly. — Le roi, après son lever, fit entrer le maréchal de Berwick dans son cabinet et ensuite il donna une petite audience au cardinal del Giudice. Après la messe il tint le conseil d'État, Taprès-dlnée travailla avec M. Pelletier, et puis alla entendre le salut à la paroisse; Madame, M. le duc d'Orléans, la jeune princesse de Conty, mademoiselle de Chârolois et la duchesse de Brancas étoient dans son carrosse. — Le maréchal de Berwick a ordre de se tenir prêt à marcher pour aller faire le siège de Barcelone, et il compte de partir au retour du voyage que le roi fera la semaine prochaine à Rambouillet. On a envoyé ordre aux troupes, qui doivent servir dans son armée de marcher dès qu'ils auront reçu Tordre. 11 aura soixante-huit bataillons françois dont il en emploiera cinquante [au siège. On lui donne, outre les officiers généraux françois qui sont déjà en ce pays-là, quatre lieutenants généraux et quatre maréchaux de camp. Les lieutenants généraux sont : le chevalier d'Asfeld, Cilly, Dillon et Jeoffreville. Les maréchaux de camp sont : le chevalier de Damas, le chevalier de Langeron , Bourck etBroglio, gendre de M. Voisin.
Lundi 4, à Marly. — Le roi, après la messe, entra chez madame de Maintenon, qui avoit été un peu incommodée
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la nuit; ensuite il alla voir jouer au mail. L'après-dlnée il rentra chez madame de Maintenons et travailla avec M. Voisin, quoique ce ne fût pas son jour. Il alla ensuite entendre le salut à la paroisse; il avoit dans son carrosse ceux qui avoient l'honneur d'y être hier. — Le duc de Noailles vend la lieutenance générale de la haute Au« vergneà Tabbéde Lignerac, qui l'achète pour son neveu, qui a été longtemps colonel d'infanterie, et à qui ses hlessuresont faitquitter le service. 11 en donne 8{i<,000 fr. ; la charge vaut 6,300 livres de rente. La ville capitale de la haute Auvergne, où demeure d'ordinaire le lieutenant de roi, c'est Aurillac ; mais il y a longtemps qu'il n'y a eu nul lieutenant général en ce pays-là, et le comte de Nogent, qui est lieutenant général de la basse Auvergne, n^a jamais été non plus en ce pays-là.
Mardis, àMarly. — Le roi tint le conseil de finances, travailla ensuite avec M. Desmaretz, l'après-dlnée se promena dans ses jardins , et alla un peu avant six heures entendre le salut à la paroisse. La reine d'Angleterre vint ici pendant que le roi étoit à la paroisse, et l'attendit chez madame de Haintenon, où elle fut avec lui jusqu'à huit heures, et puis retourna à Saint-Germain. — M. le duc de Mortemart,qui est maréchal de camp, demanda au roi la permission d'aller servir en cette qualité dans Tannée du maréchal de Berwick, et le roi lui permit d'y aller, mais il a eu de la peine à le lui permettre parce que la santé de ce duc est fort mauvaise ; il a tellement pressé le roi qu'enfin il y a consenti. — On mande de Madrid que Zuniga, lieutenant général en Espagne et que nous avons vu longtemps ici, a enfin obtenu la permission d'épouser l'héritière de la maison de Naxara, qui lui porte la grandesse et dont il étoit fort amoureux. Elle est fort riche ; le roi d'Espagne avoit confisqué ses biens, et il les lui a rendus.
Mercredi 6, àMarly. — Letroi tint le conseil d'État, et l'après-dlnée il ne sortit que pour aller au salut à la pa-
roisse avec Madame ^ M. k duc d'Orléans et les petitéisi princesses comme à l'ordinaire. Après lé salut il se pro^ mena dans ses jardins^ et le soir il y eut gi'adde musiqiife chez madame de Haintenon. M. de Chalais vint ici le matin, et vit le roi dads son cabinet, où M. de Torcy lé mena. 11 n'avoit point vu le roi depuis qu'il est arrivé d'Espagne, et il paroissoit même qu'on ll'étoit pas content de ce qu'un homme de sa qualité venu en France ]^ ordre du roi d'Espagne ne demandât point à voir le rôi. Présentement qu'il Ta vu, il paroit qu'on est contetit de ce qu'il a dit et de la conduite qu'il a eue sui* cela. -^ H. des Forts, intendant des finances , fils de M. Pelletielr, conseiller du conseil royal, a eu la place de conseiller d'État vacante par la mort de H. d'Orçay qui avoit été prévôt des marchands, et qui étoit d'une des meiUeures maisons de la robe.
Jeudi! y jour de lapetite fête de Dieu, à Marly. — Le roi alla à dix heures et demie à la paroisse, suivant la procession, et entendit la grande messe , dina chez madame de Maintenon, l'après-dinée travaillachez lui avec M. de Pontchartrain, avec qui il n'avoitpas travaillé lundi parce qa*il voulut que M. de Pontchartrain demeurât ce jour-là âVer^ sailles auprèsde madame de Pontchartrain qui accouchoit. Le roi, avant six heures , retourna à la paroisse au salut; il n'en a manqué aucun dans l'octave; au retour du salut il vouloit se promener dans ses jardins, mais la pluie l'en empêcha. — H.Ducassea obtenu son congé; il étoit parti d'ici fort incommodé, et le roi lui-même lui conseilloit de ne point partir, mais le zèle l'emporta sur toutes les raisons de sa santé, qui s'est encore affoiblie par le voyage. On envoie à sa place le commandeur de Belle-Foiltainè> lieutenant général de la marihe comme lui, mais moinft connu des Espagnols.
Vendredi 8, à Marly. — Le roi travailla avec le P. le Tellier après la messe; il «.lia tirer l'a^rès-dlnée, et le soir il y eut grande musique chez madame de Haiil-
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tenoiii -^ Le iftàrttthftl de Béttviftk Vlëtidi^à ici att t^etbub du voyage dii l*ôi â Rambouillet JJOùf ptendl^ë coûgé du ifoi^ et en atteiidatlt il Và ehe^lui à Filz-Jàiïiës songer à sa iânté^ qui est a^set mauvaise; il û. des vapëiiths et; a eu e&core là fièvre cette nuit. — Il y a eU du désôMre k Lyon ; les boudhel^s avoiënl animé la t)ôpukce sur dé qu6 la ville avoit mis uue imposltibtl sur la viaildë. Là sédition a été assez grande^ beaucoup de peuples avoietit pris leti armes ; cela e^it Uh peu apaisé préseutémeut pâi'ce que M. Héliand , Tintendant^ a fait ôter cette impdsitiôh nouvelle dôht oïl n'est pas trop conteut ici. Le maréchal de Villèroy, qui est à Villeroy civec la goutte, a écrit au i*oi poui* le prier de lui permettre d'y aller.
Snmtdi 9^ 6 Mariai -^ Le roi se promena le matin dans ses jaMins^ et raprês-dlnée il inonta ëh calèche et alla se promener dans la fUrét ; le sblr il travailla aVec M. Voisin che« madame de Haititenon. — Le roi permet au maréchal dé Villëroy d'allei* à LyoU, et lui sait même très-bon gré de h^j ^^^ offert de si bonhe gràce^ étant même assez ihcommodé de sa goutte ^ il partira de YiU léroy le 15, et on a envoyé ordre à quelques troupes, de colles qui campent sur la Saône, de marcher â Lyon . On prend poui* ëéla sept régiments de dragons , deux régi^ ments de cavalerie> et on tiré quatre bataillons de Frandie^omté^ afin que le maréchal de Villëroy se puisse faire obéir par la force, en cas qu'il y eut des mutins en assez gi^and nombre pour vouloir s'opposer aux ordres Ipie donnera ce maréchal.
Dimanche 10, à Marlyi — Lé roi tint le conseil d'État, dîna chez madame de Mainténon> alla tirer l'après-dlnée, et travailla le soir avec M. Pelletier. ^-^ Nous avons présentement vingt-cinq bataillons employés à travailler au canal qu'oh fait faire en Flandre, et qui aboutira à Mar- Ayok. — Il y aura dix-neuf dames aii voyage de Rambouillet, en comptant les princesses; Madame mène madame la duchesse de Brancas, la maréchale de Clé-
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rembault, madame de Chàteanfhiers et madame de Rotzenhausen. Madame la Duchesse mène les deux princesses ses filles et mesdames de Gondrin^ de Bouzols, de Rupelmonde, de Saint-Germain, de Souvré et de Laigle. Madame de Maintenon mène mesdames de Lévis, de Caylus^ d'O et de Dangeau^ et il y aura une table particulière pour ces cinq dames; les autres quatorze mangeront avec le roi. M. le duc d'Orléans est du voyage^ qui y mange aussi; ainsi la table sera de seize couverts^ comme à Marly.
Lundi a, à Rambouillet. — Le roi tint à Marly le conseil de finances qu'il n'auroit tenu que demain s'il y fût demeuré; il ne veut pas que son voyage lui fasse perdre aucun conseil. Il partit de Marly à trois heures et arriva ici à cinq heures et demie. Il pria madame la duchesse d'Orléans, qui n'est point du voyage, de dire à madame la duchesse de Berry qu'il ne passeroit point à Versailles pour la voir, qu'elle se chargeât de lui faire des excuses et qu'il la verroit au retour. On^ demeurera ici jusqu'au mardi de la semaine qui vient. Il n'y a ici que deux courtisans qui ne fussent point à Marly et que le roi a trouvé bon que H. le comte amenât; il ne mène personne sans le demander au roi ; ce sont MM. les ducs de Sully et de la Feuillade. Il y eut le soir grande musique chez madame de Maintenon, et il y en aura tous les soirs.
Mardi 12, à Rambouillet. — Le roi après la messe entra chez madame de Maintenon, où il travailla avec M. de Pontchartrain. Il dîna à midi avec les dames et puis alla courre le cerf; Madame étoit à la chasse dans une petite calèche qui suivoit celle du roi à l'ordinaire ; madame la Duchesse , ses deux filles, mesdames de Saint- Germain et de Rupelmonde étoient à cheval. Le soir on fit la curée dans la cour, et le spectacle en fut fort agréable par le grand nombre de sonneurs, de chiens et de flambeaux. Au retour de la chasse, avant la musique, le roi avoit travaillé avec M. Voisin. — Le duc de Villeroy
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apprit au roi le matin à son lever la mort de rarchevéque de Lyon (1), qu'on avoit déjà dit mort plusieurs fois; il avoit plus de quatre-vingts ans.
Mercredi 13, à Rambouillet. — Le roi, après la messe où on chante toujours quelques motets, entra chez madame de Maintenon, où il travailla avec M. Voisin et M. de Torcy ensemble, ce qui tient lieu de conseil d'État. M. le chancelier ni M. Desmaretz ne sont point ici, et M. de Beauvilliers est toujours malade à Vaucresson. L'après-dlnée le roi alla tirer. — On a reçu des lettres de nos plénipotentiaires de Bade; les conférences sont commencées. — Le roi compte de revenir faire un petit voyage ici le 6* d'octobre; il paroit qu'il s'y plaît fort, et ses courtisans s'y plaisent fort aussi et y sont fort à leur aise. M. le comte de Toulouse y fait une dépense magnifique^ et il y a un ordre admirable dans sa maison.
Jeudi 14, à Rambouillet. — L'après-dlnée le roi courut le cerf avec les chiens de M. du Maine et fit une fort l)elle chasse ; plus il voit ce pays-ci et plus il s'y plaît. — — La comtesse de Saint-Géran, qui avoit 2,000 écus de pension et qui est toujours à Versailles dans une trèsxnauvaise santé, ne pouvant être d'aucun voyage ni de IHlarly ni de Fontainebleau , a obtenu une augmentation 4e 1,000 écus; elle a été dame du palais de la feue reine. — On mande d'Allemagne que le bruit court à Vienne que l'impératrice est grosse de deux mois ; on a peine à croire cette nouvelle en ce pays-ci. L'empereur a donné le gouvernement de Mantoue et du Mantouan au prince Philippe de Hesse-Cassel.
Vendredi 15, à Rambouillet. — Le roi courut le lièvre l'après-dlnée avec les chiens du maréchal de Tallard, qui sont les plus jolis chiens du monde. — Le roi presse fort le cardinal de Noailles de se déterminer enfin et de s'expliquer s'il veut recevoir la constitution du pape, et on ^- - - . » ~
(1) Claude de Saint-Georges.
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espèrp qu'il l'acceptera ; le pape ». éc^^it ^\l xi>\ ppyp Je prier 4e pressepce prélat- -rr- M. Mpsnftger, qi^i ^toitiiotr^ troisième plénipotenti^^ire 4 Utrecht, est IPPrt ^ Parijj d'apoplexie^ Le rpi Ipi avoif 4QRfté qpe ppnsiop de 10,000 frapc3, et Jl g'étoit fort ^BW^Î ^slus le ppipiflerfçp et n'avoit japaajs été mg^ri^. — Hf^dafli^fî la cojipteiBse 4'0? loone est qaorte 4epuis que|(jufjg; JQjjr§ 4 P^ris ; plie ^vo^^ quatre-vingts ans passés, et dai^s sa je\ip§sse ejle étpit ]^ femme en plus grande répvit^tiQ^ 4^ l)pauté.
* Madame d'Qlonne, qui n'eut point d'enfants de son mari , cadet de la maison de la Trémoille, étoit sœur aînée de la maréchale de la Ferté, toutes deui^ 4'^^g^upe^, d'un^ )jiFapch0 éteinte en elles. Leur dér baucjie le^ avoit repdpes aH§^i célèbres qup leur be^u^é, (^ les avqît séparées de toutes les femmes. Y^uyes , elles logeoient epseipble, &\ vieilles, elles songèrent à se convertir. Revenant du sermon un mercredi des Cendres, épouvantées de la nécessité de la pénitence qu'on avoit prêphée : « Ma sœup, dit la maréchale , mais que ferons^noug dpnp? Cfir il fapt fpjre ppqjtence. — lA^ 9(^\kVi ^épo^c^it r«ptre, îiprès quelque raisonnepf^epj; et beaucoup d'epabarra^ là-des§ps , îene^, voilà ce qu'il faut faire : Faisons jeûner nos gens. » Quoique avec beau? coup d'esprit^ mais avec beaucoup d'avarice et la plus grossière ignorance sur la religion , elle crqyoit de bonne foi dire merveille. Dans la suite poprtant elles s^ tPurnprent sérieusement à Dieu , et firent péni* tepce, siirtpqt |^ n^aréphqle.
Samedi Jô, à Rambouillet. — I^e roi^ après Iq. {pesse, entra chez madame de Maintenon ; il dlpp» 4® fort bonne heure, courut le cerf^ et ne revint de la ch^.sse qu'4 sept heures. Udevoit travailler avec M, Voisin av^nt la nousique , mais il Ta remis au sqrtir de son dîner. M. de Çoëtanfao arriva ici pendant que le roi étoit à la chasse, et parla au roi en descendant de sa calèche ; il lui apprit que madame la duchesse de Berry, syr les ^e\]^ hpure^ après midi, étoit accouchée d'une fille. Comme cette princesse n'est point venue à terme, on ne croit pa§ qu'elle puisse vivre. Madame la duchesse de Berry avoit senti quelques légères douleurs à cinq heures du matin; elle s'étoit rendormie ; les grandes douleurs Tout prise
avant mifli, Qionig, qui est soq accoucheur, étoit à Paris. On croyoit qu'elle ne sa blesseroit point, parce que le temps où elle avoit coutume de se blesser dans ses grossesses étoit passé.
Dimanche 17, à Rambouillet, — Le roi, après la messe, eptra ahe? madame de Maintenon, où il tint le conseil Hveq M. de Torcy et M. Voisin. Pendant qu'il tenoit U eoncieil^ M- d^ Pontehartrain lui apporta une lettre de ma* dame de Ppmpadour, qui mandoit que la princesse dont madame la duchesse de Berry accoucha hier étoit morte cette nuit- llUe p'a vécu que douze heures. Madame dé Pompadourla fit baptiser trois heures avant sa mort, quoiqu'elle eût été ondoyée. Le roi a ordonné à M. de Pont- ^artrain d'écrire à M. de Dreux, grand maître des cérémonies, qu'on la fit enterrer le plus tôt qu'il seroit pos- 9ibl0et sans cérémonie. L-après-dinée le roi alla tirer. Le i:^i ^ dit qu'il reviendroit de Marly à Versailles le 11 du mois d'août, et en repartiroit le 29 pour aller à Fontainebleau, d'où il reviendra au commencement du mois d'pctobre.
lét^ndi 18, à JtambouiUet. -— Le roi courut le cerf avec l^s chiens de U. du Maine et par un vent horrible qui rendit la chasse vilaine. Le corps de la petite princesse fi^t porté de Versailles à Saint-penis ; il y avoit dans }e caFPpsse, avec le corps : H. l'évèque de Seez, madame la 4nchesse de Saint-Simon, * madame de Pompadour, mad^o^a de VaudreuiJ et le curé de Versailles à la portière. -T- L^ cardinal de Rohan verra jeudi chez le cardinal 4^Estf lées ce que le cardinal de Noailles a écrit, et on espère toujours que cette affaire finira de manière que }^ p^pe ej; le roi seront contents et que le cardinal de ^oai^(3S acceptera la Constitution, mais il ne l'a point déclaré encore, et son écrit n'est que pour marquer la pureté de sa doctrine et combien il est éloigné du jansénisme; il n'y parle point de l'acceptation de la buUe.
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^ Le roi, quiétoit àRambouiUet, eut plutôt faitde nommer la duchesse de Saint-Simon qui se présenta la première à son esprit , parce qu'elle étoit à Versailles toute portée, puis le lendemain dit que, s'il y avoit songé; il eût nommé une autre duchesse que la dame d'honneur de madame la duchesse de Berry.
Mardi 19, à Marly. — Le roi, après la messe, se promena dans les jardins de Rambouillet et alla voir le chenil. Il partit de Rambouillet à trois heures pour venir ici, ayant dans son carrosse Madame, M. le duc d'Orléans, madame la Duchesse et les deux princesses ses filles. — On a appris la mort de madame la duchesse d'Hanovre (1) , mère de l'électeur; elle avoit quatre-vingt-quatre ans. C'est par elle qu'est venu le droit à cette maison de prétendre à la couronne d'Angleterre; il y auroit bien d'autres héritiers plus proches, mais ils sont catholiques. On n'a point dit encore cette nouvelle à Madame, qui est sa nièce et qui avoit le plus grand attachement du monde pour Madame sa tante qui l'avoit élevée; elle lui écrivoit régulièrement deux fois la semaine des lettres de quinze ou vingt pages. Le roi travailla le soir avec M. Voisin chez madame de Maintenon. Madame la duchesse de Berry fut assez mal toute la journée jusqu'au soir, que son mal diminua.
Mercredi 20, à Marly. — Le roi tint le conseil d'État; il dîna chez madame de Maintenon, et l'après-dinée il alla à Versailles voir madame la duchesse de Berry, qui ne se sent plus du mal qu'elle eut hier jusqu'au soir ; il n'y demeura qu'une demi- heure, et revint ici, où il se promena dans les jardins jusqu'à la nuit. Il y eut une grande musique chez madame de Maintenon, au retour de la promenade. — Madame la duchesse de Bouillon alla sur les sept heures du soir de Paris à Clichy , où M. de Bouillon est malade depuis quelque temps. En y arri-
(1) Sophie de BaTîère, fille de Frédéric V, duc de Bavière, roi de Bohème, et petite-fille de Jacques PS roi d'Angleterre.
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vant elle se trouva très-mal; elle mourut sans qu^on pût lui donner aucun remède ni pour Tàme ni pour le corps* Elle avoit déjà eu deux ou trois petite's attaques d'apoplexie qu'elle trailoit d'indigestions; elle ne s'étoit pas assez ménagée depuis ce temps-là. Elle laisse cinq enfants^ qui sont le duc d'Albret, le comte d'Évreux, le chevalier de Bouillon^ la duchesse de Montbazon et mademoiselle de Bouillon.
* Cette mort de la duchesse de Bouillon eut quelque chose de bien terrible et d'étrangement marqué. Quoique la moins déraisonnable et la plus heureuse de toutes les Mancini , nièces du cardinal Mazarin , sa vie avoit été d'autant plus libre qu'elle étoit échue au meilleur et au plus conunode de tous les maris. Avec le plus aimable visage , elle avoit beaucoup d'esprit et fort orné de toutes sortes de lectures , un esprit hardi , mâle, entreprenant, dominant, et qui avoit dominé toute sa vie ; beaucx)up de hauteur en tout genre ; et , quoique répudiée du commerce de toutes les femmes qui ne vouloient pas se perdre toutà fait de réputation , elle avoit su se former une cour des autres et de tout ce qu'il y avoit de plus distingué en hommes ou par l'esprit ou par l'éclat extérieur; grand jeu et toutes sortes de jeux ; grande table soir et matin , une grande dépense toute à part de celle de son mait en revenus uniquement pour elle et en officiers qui n'étoient qu'à elle. Elle sortoit le moins qu'elle pouvoit de chez elle par grandeur , et elle y tenoit im tribunal où tout le monde comptoit. Elle avoit été plusieurs fois exilée , tant sur son compte à elle que sur celui de son mari , dont toute la famille et lui-même étoient en respect devant elle, et pour pas un desquels elle ne se contraignoit en rien. On pouvoit dire avec raison que c'étoit la reine de Paris et des lieux où elle fut exilée. Elle sortit aussi plus d'une fois du royaume, et alla se promener en Italie et en Angleterre ; mais elle régna moins à Rome et à Londres qu'à Paris. Ménagée et crainte de tout le monde , avec un art de plaire et une politesse avec dignité conduite par un grand savoirvivre , et qui ne manquoit point à ce qu'elle devoit pour qu'on ne lui manquât pas à elle-même , mais avec un reste du temps passé rehaussé de princerie qui sabroit souvent ce qui n'étoit pas titré ^ et qui valut en une occasion de compliments un tabouret chez elle à madame de Louvois, M. de Louvois vivant, dont ils furent mortifiés et offensés au dernier point , parce que cet usage commençoit déjà fort à passer ; mais le levain resté de l'inimitié de M. deTurenne, mort depuis plusieurs années, et de M. de Louvois, fit que madame de Bouillon ne manqua pas cette petite vengeance. M. de Bouillon, toujours à la cour, ne la
IfO JOURNAL DE DAWGEAl].
voyait guère ; elle n'y a^\\Q\\ qu'aux occasiops , ou t ^'il tf y ^H avoit point , une fqi^ pu deux Tannée. G'étoit ui^e nouvelle : on Tent^i^doit parler de deux pièces en arrivant chez le roi ; elle étoit à son souper ^ts si le roi , qui la craignoit et ne Taimoit point , ne lui disoit rien à ce cercle d'un moment, debout, qu'il tenoit au sortir de table an pasMût dans son oabinet, elle Tattaquoit de conversation. ]js poqrtif^iQ faisoil partoi|t foule autour 4'elle ; p'éfoit; la pdême pl^qse )e lend^maip tx^dld^ à la toilette, couchoit et ipangeoit dai^s l'appartemenf de M. de Boui|* Ion , voyoit Madame , puis s'en retournoit. Monsieur Taimoit fort , et l'alloit voir souvent à Paris et elle au Palais-Royal, et beaucoup plus à Saint-Cloud, où elle alloit presque toujours avec lui. £Ile ne pouvoit souffrir mademoiselle de Bouillon, qui ne quittoit point son père qu'elle gouvernoit;, et, quoique accoutumée à cette domination^ elle trembloit devant sa mère. Elle n'avoit d'égards pour M. de Bouillon qu*une épiderme de bienséance , et ne se contraignoit pas de montrer tout te mépris qu'elle avoit pour lui. Il en avoit toujours été amoureux, et cet amour, de concert avec son peu d'esprit et sa bonhomie, lui avoîent fermé les yeux à tout ce qu'elle ne s'étoit jamais embarrassée de cacher ni à lui ni à personne. Un coup de sang lui fit enfin justice, et sans avoir été malade ; en arrivant de Paris pour dtner avec lui à Glichy près Paris , où il étoit venu prendre du lait de Versailles pendant queïques jours, elle tomba morte précisément à ses pieds. Le spectacle le loucha , l'amour l'affligea ; sa fille lui en fit bientôt honte , et il n'osa montrer son affiiction longtemps. C'étoit un très-bonhomme, de point d'esprit^ de peu de sens , ruiné , volé , gouverné , dominé par tous les siens à merveille , aimé du gros, parce qu'on aime en gros ces sortes de bénins caractères , mais prince tant qu'il pouvôit et avec grand embarras. Ce même caractère , une assiduité et une basse flatterie qui tenoit beaucoup de la servitude , le fit aimer par le roi, et cette amitié le sauva toute sa vie, et sa maison, et leur rang de tous les divers firacas du cardinal de Bouillon. Il survécut longtemps le roi , et passif quatre-vingts ans avec une santé fort foible,et une mine plus qu'audessous de sa naissance et de sa fortune.
Jeudi at, à Marly. — Le ro; IravaiHa. Je ^lati^ ^yw M. de PQntchartrain^ avec qui il n'avpit point travaillé lundi, qui étoit son jour; il alla tirer l^après-dinée^ et le soir il y eut petite musique chez madame deMaintenoâ. — JiC cardipal del Qjudice Yi!Bn4ra. êj, fontair^ebleaijj, pt ie roi a ordonpé ^ Cavoie de le bien loger. On pajrtipa ^ Versailles pour y aller le 39 du mois d'août^ et le roi per tourna d'ici à Versailles le i( du même mois. • — Le fils
aîné clw Pomt^ (Je U Mothe épouse ^mademoiselle de la Hochecorbop, qui a lO.OOQ éeps de repte dont elle jppit pî'ésentemept ; son mariage avqit été résqlH ftvec M. 4'AD' gennes, ^pn parent proche, mais il étoit rompu depuifi un flapis. — T Lft secppde ûUe 4u comte 4e Chàtiilon*, clteyaUe? 4^ TQrdre, éppuse le marquis de Paisqueville, qi^i a 80,000 livre» de repte et 50,000 écus d'argent comptant; il la prend ^ai)^ dot, majs ejle ne ren.Qpee ppint à la succession de père et mère.
* Dangeau, toujours obligeant, prodigue iei les titres à grand marché. Son marquis de Bacqueville étoit fils de Bonnetot, premier président de la ehambrè des comptes à» Rouen, qui n'étoit pas réunie alors avee la eomr des ai4@s. Ç^ preipipr pré^i^ept étoit Qls d*vin paysan e^ir^ mement; enrichi dans les ferpaes qu'il ayoit tenues , ef le président s*^toit poussé par argent et par degrés à cette magistrature. Son avarice sordide avoït achevé de Tenrichir. Son fils, amoureux du plumet, voulut s'anoblif par un mariage i quelque fortune que Monsieur eât faite au ^u C»bdtilloQ ) il n'evoit pas pris le vol que Pallianee de Voisin donna à §on i^eyeu , ^t qpe ce neve^, par 4es hasards heureijx, poussa bien plus haut dans les suites. Châtillon, marjé par aipour à mademoiselle de Piennes , sœur de la duchesse d' Aumont , étoit depuis longtemps bfouillé avec elle. Ils vivoient séparés , point de bien , et des filles difioiles à marier pas pauvreté et par ce divorce ; i|s ne dédaignèrent point cp parti, M. eH i^^dapae de Cl|^tillpQ furent ravis de se défaire d'unp Çlje pour rien et coi^iplurent ce mariage. Il ne fut pas jpQgteinps (peureux ; il se brouilla , se sépara. Le mari mangea son fait, la femme demeura plus que mal à son aise et fort à la charge de ses parents. Enfin Bacqueville fit tant de sottises , mais longues années après, qu'il fut oassé. Il avoit eu un régiment , et yéaut après obscur et pauvre.
Vendredi 22, à Marly. — ^e roi, après la messe, trar vaillg. avec le P. le Tellierj il aypjt 4onné après son lever tjpe longue audience dans sop cabipet au cardipal de Rohan, qui commença à voir hjer à Parjs chez le cardinal d'Estrées ce que le cardinal de f^pailles a écrit. IJ ne s'explique pas encore sur l'acceptatipn de la Constitution. Le duc de Berwipk prit congé du roi après la n^esse et partira demain ; il compte d'ayriver ipardi à Lyop* — Le marquis 4e Creuilly, filsj de feu M. 4e Seignelay, sacré-
taire d'État, et cadet du dernier Seignelay, maître de la garde-robe, épouse mademoiselle, de Spinola, sœur cadette de madame de Vergagne. Elle a très-peu de bien; maiSf comme madame de Vergagne n'a point d'enfants et qu'elle enseroit seule héritière, M. deCreuilly la regarde comme un bon parti, d'autant plus que si sa sœur mouroit sans enfants elle auroit la grandesse après la mort de M. de Spinola, son père, qui est vieux.
Samedi 23, à Marly. — Le roi se promena le matin dans ses jardins , et après dîner courut le cerf dans son petit parc avec la moitié de sa meute; il a laissé Tautre moitié à Rambouillet. Le soir chez madame de Maintenon il travailla avec M. Voisin. — On convient en Angleterre de payer à la reine qui est ici son douaire sous le titre de pension, parce que les reines douairières d'Angleterre sont obligées de manger leur douaire en Angleterre. Comme cette reine n'y peut pas aller, on change le nom pour le payement de cette somme, qui est de 750,000 francs. On étoit convenu de cet article à Utrecht dès l'année passée, à condition qu'elle renonceroit aux arrérages ; il y a eu depuis des difficultés sur la quittance qu'elle doit donner, car elle ne peut dans cette quittance reconnoltre la reine Anne; elle préjudicieroit aux droits du roi son fils. On étoit convenu, il y a quelque temps, pour lever cette difficulté, que l'on délivreroit cette somme à M. de Torcy, qui en donneroit sa quittance pour l'Angleterre, et que la reine qui est ici donneroit sa quittance à M. de Torcy.
Dimanche 24, à Marly. — Le roi tint le conseil d'État, dîna chez madame de Maintenon, alla tirer l'après-dlnée, travailla avec M. Pelletier, et le soir il y eut musique chez madame de Maintenon. — Le roi signa, le matin, les contrats de mariage de mademoiselle de Chàtillon avec M. de Bacque ville, et de mademoiselle de Spinola avec M. de Creuilly. — Un fils de M. le duc d'Orléans, qu'il a eu d'une fille de l'opéra nommée Florence et