‹ Journal du marquis de DageneauChapitre 5 sur 21 · L JUIN 1714. 17S · texte numérisé non relu

L JUIN 1714. 17S

qu'il n'a point reconnu^ mais qu'il fait élever pourtant avec beaucoup de soin , et à qui il fait porter le nom de Fabbé de Saint- Albin, soutint des thèses de philosophie où se trouvèrent les cardinaux et tous les prélats qui sont à Paris. — M. le maréchal de Villars fut hier reçu à l'Académie; sa harangue fut fort applaudie, etcejle de H. de la Chapelle, qui lui répondit, fut fort louée aussi. Les trois cardinaux qui en sont y vinrent et n'étoient jamais venus à aucune réception ; on trouva le moyen de leur donner une place dont ils furent contents. Tous les académiciens avoient des fauteuils (1 ) .

Lundi 25, à Marly. — Le roi prit médecine, et après son diner travailla avec M. de Pontchartrain. Il ne dîne qu'à trois heures les jours de médecine, et depuis quelques mois il ne dîne plus dans son lit. Tous les courtisans qui sont à Marly entrent à son diner et demeurent jusqu'à ce qu'il s'habille ou que la médecine opère , et il ne demeure que les gens qui ont les grandes entrées et les brevets d'affaires ; ceux qui n'ont que les entrées de la chambre sortent comme le reste des courtisans. — II y a eu encore quelques changements sur la manière dont la reine d'Angleterre qui est en France recevroit son payement; on est convenu qu'elle choisiroit quelqu'un qui seroit chargé de sa procuration à Londres pour toucher cette somme, et qu'elle ici donneroit sa quittance en présence d'un Anglois attaché à la reine Anne, et qu'elle signeroit simplement : « Marie reine. » M. de Torcy a mené M. Prior à Chaillot, où est cette reine présentement et elle a signé la quittance comme on en est convenu. C'est l'abbé Gautier à qui elle a donné sa procuration pour toucher son argent à Londres.

(1) Je ne sais ce que Ton entend par là. MM. les cardinaux n*ont aucune place distinguée à TAcadémie ; ils se placent ainsi que les autres académiciens, et ont tous des fauteuils. II. est vrai que lorsque M. le cardinal Dubois y fut reçu, M. deFontenelle l'appela Monseigneur; cela souffrit grande difficulté 9 et fit peine à TAcadémie. ( Note du duc de luynes, )

lu JOURNAL bÉ bANGEAU.

Jlfay'iif 86, à Màfly.^ Lé Ml tiilt le feonsell dé ftnailces et travailla ëhi^Uite avec M. bëBiilal*ëtz. L'a{)rèâ-dlnëe il tiilt le cohseil d'État, pèttce qu'il n'avoit pas pu finil* dittlanche toutes les affaires <|ttHl y avoit. Le febir, chez madame de MaUitenoû, iltbâVàilla avëë M. Voisin. Le roi après son lever, sigiià lë cdûtràt de maHage du comte de la Mothe avec nlàdéinolsellé de la Rochëcorbôu, l}ui a 30,000 livres de i*ente dont elle jouit présentement. M. de Châlais viht iëi chez M. de Torc^^, mais il ne vit point le roi. — 11 atrivà lé soii* un ëoui*i*iet* d'Ëspagfaë. — Madame la duchesse de Berty souhaite d^àvoir un capitaine des gardes; elle prétend qu*il y a des exemples favorables à sa prétetltlbfl. On Sait que , Si elle Tobtient, elle dottnéra cette châtie au chëvàliéi* dé Roye, ^lii étoitle plus ancien capitaine des gdt*dés de Mohsëigneur le duc de Berty. Le roi n'a ëilbote ï^iôû décide sur sa prétention.

Mett^hdl 27 , à MdHg. — Le rôi, après son lever, fit entrer dans son cabinet M. de Ghalais, que lUi ametia M. de Torcy. 11 s'expliqua encore plus amplement sur lé sujet de sa mission qu^bH ne doute pbint qui ne re^rdè le mariage dû roi d'Espagne aveë uilé priliceSse à peu pbès de sdti âge. M. de Châlàis pi^it ëtlsuité congé du rtsiy et s'en retourne à Madrid. Après qtie M; de Chalais fut sorti, le rbi fit enti^ët le cardinal del Giudice, qui Itii l^endit compte de ce que le coùt*riér d'Ëëpàgne ft tt^ porté. Après la messe, le rdl tint le conseil d'État. Il dinà cheÉ madame de Maintenon, et après le diner il alla se promener dans la forêt, ayant datiiS son carrosse les dâihe^ qui avoientdlné avec lui, qui son» toujOUl^ lés ilièmes, et ce sont : madame de Hainlenon, mesdames de Lévië, de Caylus, d'O et de Dangeau. Au retour, grande musique ; au sortir du souper, le cardinal de Polignac parla au jcoî pour lui rendre compte des bonnet dispositions où il croit que le cardinal deNoailles est pour signer la Constitution, mais n'en pouvant pas eiioore répondre au roi.

MuUM^ û Mftrly. -^ Le roi se promena le oiatin et Ta- ]^rês-dlnéë dans sais jardin», dîna de bonne tieure, et Alla coùiTfe îè (eèi*f dans ëoti petit parc. 11 fit uh grabd ot'àge qui iroubia fort la chasse, mais le roi y demeura pourtant jusqu'à six heures» Le soir il y eut petite musique chez ihadame de Maintenons -^ Le cardinal de Rohan Vël*ii encore dfemaiii cheis Ife cardinal d'E9ti*ées l'écrit du cardinal dé fCoaillëS. — Le bruit se tépàîid fort depuis quelques jours que Bt. le chancelier veut se retirer, ce qui aiflige fort sa famille et ses amis. On ne doute plus que cela tie soit vrai ; on est persuadé même qu'il en a déjà parié AU M ; il se Retire par dévotion. On parle déjà de ceux (Jue lé roi pëiil choisir pour remplir cette charge, ëloti nomme M. Voisin ei M. le premier président.

Vmdredi 29, à Uarty. — Le roi travailla le matin avec le P; le Tellier; il alla tirer l'après-dlnée, et le soir il y eut grande musique chez madame de Haintenon. -^ La reiâe dé Pologne, veuve du roiSobieski, qui étoit à Rome depuis longtemps, en est partie et s'est embarquée sur les galères du pape pour venir en France, où il y a déjà quelques années qu'elle a envie de venir, et on lui avoit envoyé en différents temps des passe-ports pour ce voyage; elle doit débarquer à Marseille, et le roi y a envoyé ordre f|u'on lui fit les mêmes honneurs qu'à lui-même. Elle vient s'établir sur quelques villes de la Loire ; le roi lui a fait offrir le château de Blois ou le château d'Amboise, et, si elle ne veut pas demeurer dans une ville, il lui offre le chàleau de Chambord ; mais on ne veut point qu'elle vienne ni à la cour ni à Paris *.

* L'orgueil de cette t'rançoise couronnée Tavoit rendue ennemie de Serti pays. Le désir qu'elle eilt d*y parottre en reine lui fit entreprendre le dessein de revoir la France , sous prétexte d'Un besoin des eaux de Bourbon; mais, quand il fut question de régler sa réception à la cour, il se trouva que jamais roi électif n'avoit eu la main d'un roi de France , et elle ne put jamais l'obtenir de la reine. La rage qu'elle en conçut lui fit rompre son voyage , et la tourna pour le reste de sa vie à la vengeance. On prétend qu'elle a eu grande part au fatal édifice de la

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ligue d'Augsbourg. Elle tint toujours son mari dans les intérêts des ennemis de la France ; elle avoit tout pouvoir sur lui , et elle trouva en récompense à marier son fils aîné à une sœur de l'impératrice, femme de Léopold , et sa fille à l'électeur de Bavière. Son avarice sordide et sa prédilection pour ses cadets contre son aîné , leur coûta à tous les trois la couronne de Pologne ; mais elle s'en vengea en traversant M. le prince de Conty de toutes ses forces. Détestée en Pologne , elle se retira à Rome avec son père d'Arquien , qu'elle avoit fait cardinal, n'ayant pu obtenir que le roi le fît duc et pair, et après sa mort, haie etpeu considérée à Rome, elle ne sut mieux où se retirer qu'en France. Le roi eut la générosité de ne lui pas refuser asile ; mais il ne voulut jamais la voir ni la laisser approcher de la cour et de Paris. Bourbon avoit été son prétexte encore à cette fois; mais, quand, elle fut à Marseille, elle n'en eut plus besoin. Elle fut reçue avec la dignité qui ne lui put être refusée; mais, blessée de n'en obtenir pas assez, elle ne voulut rien, et s*en alla mourir àBlois dans le délaissement et dans le repentir de ne s'en pouvoir prendre qu'à elle-même.

Samedi 30, à Marly. — Le roi se promena le matin dans ses jardins. Le premier président vint à son dîner ety après dîner, entra un moment dans son cabinet, où Ton croit qu'il a parlé pour la charge de chancelier. Il a des amis très-considérables à la cour^ gui souhaiteroient fort de le voir dans cette place, mais on croit que le roi a d'autres vues. On ne peut plus douter que M. le chancelier ne se veuille retirer ; il en a déjà parlé plusieurs fois au roi^ et, selon toutes les apparences, cela sera décidé demain. — Le roi travailla le soir chez madame de Maintenon avec M. Voisin, et les courtisans croient que c'est lui qui aura la place de chancelier *. — Il arriva un courrier d'Utrecht, qui apporta la nouvelle de la signature de la paix de l'Espagne avec la Hollande; le courrier qui apporte cette nouvelle attendra à Paris que les articles soient arrivés pour les porter à Madrid. La paix de l'Espagne avec le Portugal n'est point encore faite ; il y a eu une petite difficulté sur une lleen Amérique qui en retarde la conclusion.

* Pontchartrain étoit un très-petit homme, sec, d'une physionomie exquise , et qui tenoit tout ce qu*elle promettoit. Il pétilloit d'esprit et

de lumières , et il en avoit d'autant plus qu'il ne se piquoit poiut de rellea-ci, et que jamais il ne vouloit avoir d'esprit. Libre, ouvert, poli , gai, d'une conversation charmaote et d'un tour toujours nouveau, et tout en lui coulant de source ; tout nerf, tout esprit , tout sentiment, tout délicat et Go, tout noble et tout avec justesse et précisiou; de la grâce à tout, tout naturel, toutsimple, vif, liardi, assemblant tout son conseil et quelquefois trop tôt , entendant à demi-mot et souvent trop aisément , parce que souvent il suffoquoit son homme qui toujours vouloit expliquer son fait qu'il croyoit savoir comme lui ; et ce défaut eut son inconvénientplusd'unefois, sans qu'il put se corriger de cette impatience. Il ne laissoit pas de peser et quelquefois de consulter; mais, quand il s'étoit une fois prévenu, il étoit bien rare qu'il eu pdt revenir. Il aimoit la justice et les rè^es, et si c«lles-{à s'opposoient au vrai et au juste, comme il n'arrive que trop souvent, il les franchissoit tant qu'il lui étoit passible , chose bien rare à un magistrat. Il étoit ami , et pour certains amis btimes il l' étoit jusqu'au bout des ongles, et savoit servir mieux que personne. Il avoit été fort galant , et en avoit conservé l'air avec les dames , mais avec tant de grâce , de plaisanterie et de t0ur,{ que cela ne messayoit ni à son âge ni à sa robe. Du reste, l'homme du monde de la plus grande sobriété , et le plus indifférent à la bonne chère. Il soupira longtemps et inutilameut après la charge de son père , président en la chambre des comptes , qu'il lui vouloit donner, et dont il ne put avoir l'agrément pour avoir été un des commissaires au procès de M. Fouquet, et n'avoir pu être gagné contre lui. Ce fils fut premier préaident au parlement de Bretagne, sans s'y être attendu, par la diflîculté du choix, y eut de grands démêlés avec le duc de Chaulnes , gouverneur de la province , où il n'y avoit point alors d'intendant dont le premier président remplissoit les fonctions sans en avoir le titre; mais, quand il fut en fortune , il força M. de Chaulnes, à force de prévenances, de soins et de services malgré lui , à lui rendre malgré lui aussi son amitié. M. Pelletier, qui i'avoit fort coimu , se trouvant fort ehargé de sa place de contrôleur général des finances, obtint du roi qu'il le viendroit 'aider; et il quitta sa place en Bretagne pour être intendant des finances contre son goût en IG87; et , lorsque Pelletier le voulut absolument quitter à l'ouverture de la guerre , et que le roi voulut qu'il se donnât un successeur à lui-même , il préféra Pontchartrain à son propre frère et à tous les autres intendants des finances , sans lui en avoir rien laissé entendre ; en sorte qu'il fut nommé contrôleur général sans s'en être seulement pu douter. Il s'en défendit d'abord , mais le roi voulut absolument qu'il acceptât, et lui apprit que c'étoit Pelletier qui I'avoit choisi;' il en fut si outré, qu'il eût peine à se contenir dans les reproches qu'il lui en fit , et il n'en put jamais revenir à son égard. Rare exemple d'une sincère

JOURNAL DE DANGFAU.

faite de ce qui aurait comblé les plus ardents désirs de tâst d'autres; mais il faut avouer aussi que les meilleures choses portées trop loin se souillent de quelques défauts , et que l'éloignement que I^outfibarlTaiD ranserva pour le bieofait porta trop jusque sur te bienfaiteur, qui ne l'avoit préféré que comme le croyant le plus capable et le pitis digne. Il nes'y trompa pas. Tout le poids de la guerre de 1688 tomba sur I» contrôleur général , qui fournit à tout avec un travail et des r«sflources incomparables, mais qui coûtèrent tant a son creuc i^ vingt fois il voulut quitter, et qu'il' l'a uroit fait sans l'adresse de sa femme qui le retenoit et qui quelquefois étoit rMuit« à lui demander encora un mois , puis une seniaiue , enfin jusqu'à vingt-quatre heures , et à l'amuser ainsi. L'un et l'autra dans celte place plurent infiniment à madame de Maintenon , et le mari au roi , qui ne balan^ pas de lui donner a la lin de iS90 la charge de secrétaire d'État de la maison du roi et de la marine, vacante par la mort de Seigoeluy. Alors il demanda avec instance d'être déchaîné des finances , mais il ne le put obtenir, et il essuya la famine de 1693. 11 fut ministre d'État , et «it ta surv^ VBUce de sa charge pour son fils , qui lui donna bien des déplaisira dans la suite. Eulin e\eéié des finsnces, et voyant Boudierat fbrt J mol, iisuuhaita d'être uliaucelieretgarde des sceaux, et il sentit moins 1 la joie de ce comble d^bonneur que celle de n'avoir plus les financts. \ Son lils alors fut seul titulaire de sa charge de secrétaire d'État, et legodtdu roi pour Cbamillart le lit contrâleur général; cefiA sur ia lin de l&ilO. Un vît alors uu spectacle tout à fait singulier : la coor ai foule chez Chamillart , et la maison de Pontchartrain déei^^rte Ctnnme celle d'un disgracié, lui diancelier, garde des sceaux, ministre « et son fils secrétaire d'Ètct logeant avec lui. Le chancelier en rit , sa fbmme y fut plus sensible, mais tous deux s'en moquèreut avec let^s amis, dont ils avoient assez. Déchargé d'un graud travail , il ne changea |>ofBt Éa vie , se leva également a cinq heures du matin et se coucha à dfX. C'était un homme propre et rangé en tout au deniier point , à ta minute pour tout , «t tidèle à ses heures , aisé en ses manières et jusque dans son travail , exact a le bien faire et à tout revoir par lui-même dons tous les emplois qu'il a eus , et toujours eu éiat de reudre compte a soi et aux autres de tout ce qui avojt passé par ses mains. A toute bienséance près , enuemi de toute cérémonie, ot tellement de toute louauge qu'il ne mit guère à les bannir , et que tant qu'il a véeu en place et depuis sa retraite , personne n'a été assez hardi pour le louer en face ni par aucun érait t et il congédia ïonreil , quoique neveu de M. Fteubet et de la présidente de Maisons et distingué aux académies par son savoir, qui avoît bien voulu être comme le gouverneur de son lils, pour l'avou- loué datls un livre. On trouvera peut-être moins d'exemples eneure de cette sage sorte d'austérité de mccurs , que cette

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r(^ti9iâiic« à âè tMfp» àeâ finaûiees * eiles rtiécowthodèf ettt pourtant Wen sa fbrtuné , toute des plus eourtôs û\x côté des biens (Juâiid il les teqùt. Le prodlgieut nombrt de traités et d'affaîi^es extraordinaires où là guetté Tobligea d'arbir retours , et qui tous payolent \ies droits fort gfôà à sa place de contrôléUl» général , lui valuirfent des biens véritableteent immatôes, et dont, en parlant de sa fetnme, on Verra les grands lôages qu'ils en firent. Dès lors fiâsVille, intendant de Languedoc, âToit inventé et proposé la cèpitation» mais Pontcbartrain la rejfetâ avec une fermeté que rien ne put vaincre. ïl en sentît toute la commodité, avec la fiicflité de TàUgmeiiter tant qu'il voudroit d'un trait de plume ; cela même lui en fit horreur. Il en prévit toutes les conséquence^ fel d'aùgmétttatibn arbitraire , et d'injustice irrémédiable , et de con- 4lnU{té après la guerre , en tm mot tout ce qu'on en éprouve encore, et jamais rienne lé putébranler à y consentir. Ce ne ftlt que longtemps €ëpufs , que^ du temps de Chamillart, 'Basville se fit l'affreut mérite 9é lu remettre sur le tapis et de la faire établir. Sa maison de Pont- ^tiFtrain, à t^atre Iteuës de Versailles, où il alloit dès qu'il avoit un Jbur ou iéUx , éloit ses délices ; il en fit une grande et riche terre, et ttne aimable demeure, mais sa modestie aidée de politique l'empêcha de tomber dans aucun exeès pour les promenades , et le fit rester pour la maison fort âu-deteoUs du médiocre, en n'épargnant aucune sorte de simples eommodités, tant les dépenses et te sort de Meudon et de Seeaut avoientfait dimpression Sur lui. Sa souplesse, qui n'alloit ni j^u'àla bassesse eu l'injustice, n'avoit pu à la fin satls^ire madame #B Maintenon ; il se brouilla fortement avec son directeur, Tévêque de Chartres , Godet des Marais , sur l'extension abusive des droits des évêques d'imprimer leurs ouvrages Sans permission. Il résista fortement à d'AUbigné , évêque de Noyon , parent putatif et ouvertement ptèlégé de la ïâlme , avec chaleur sur ses prétentions contre le chapitre de Sain^Qucntfn. Il S'opposa fort à diverses entreprises et à diverses prétisntioiis des jésuites, qui comblèrent leur hahie pour lui. Il eut wmvent des prises Asâis le conseil sur les matières de Rome et des fibméside rÉglisegallicone, qu'il soutint toujoursjavec grande fermeté. Toutes ces choses le brouillèrent avec madame de Maintenon, et refiroldir^t le rbi pour lui sans quils'en mit en peine. Il avoit toujours résolu de mettre un intervalle entre la vie et la mort, et sa femme l'huit toujours arrêté. Les affaires de la Conjwituiion ^ dont il voyoit;ies desseins , et dont il prévit les suites , la grandeur effrénée et non jamais Imaginée des bâtards , délivrés de tout frein par la mort de tous nos fils de France et de tbus nos princes du sang d'Âge à les contenir, forent àGùii puissants et nouveaux motifs de hâter sa retraite, pour éviter des opposidons inutiles et l'infamie de sceller malgré lui , ou des suites d'un plein et déterminé refiis. Sa femme , qui prévit que la douleur de

JOURNAL DF. DAHCEAU.

la perdre précipiteroit sa retraite, lui avoit fait promettre de se donner six semaines après sa mort sans y panser. Il fut fidèle à elle et h lui ; il ; laissa passer les six semaines , mais, dès qu'elles furent écoulées, il parla anroi./Sa surprise fut d'autant plus grande qu'il ignoroit qu'un chancelier put se démettre; quoique refroidi , il contiuuoit d'en faire un grand cas, et conservoil puur lui un fond d'amitié, entretenu par l'habitude et par l'agrément de ses manières et de ses façons de s'exprimer. H s'y opposa donc avec force ; mais le chancelier étant revenu vivement à la charge, le roi se retrancha à lui demander du temps. Cependant le chancelier hâtoitla préparation de la retraite qu'il avoit choisie, qui se trouva presqu'en état de le recevoir, quand il obtùit enfin son congé. Ce fut avec peine que le roi le lui accorda , et ce ne lut pas sans attendrissement de sa part; il le combla de louanges, d'estime , d'amitié, de regrets , et sans qu'il demandât quoi qu e ce fdt pour soi , le roi lui donna trente-six mille livres de pension , et un brevet de conservation du rang et de tous les honneurs de chancelier de France, et il hii fit promettre qu'il le viendroit voir de temps en temps par lesderrières, dans soncabinel. Comme le chancelier avoit été impénétrable et depuis peu de jours qu'on s'étoit aperçu de œ qui se faisoit à l'Institution , inébranlahle à ses plus intimes amis , il ne fut que touché des bontés du roi , sans en être ému ; il ne parut rien dans son visage ni dans sa contenance lorsqu'il entra et sortit d'avec le roi lorsqu'il en obtint son congé après Icconseil. Le lendemain, dès que le roi fut rentré de la messe dans son cabinet, il arriva, dans une chaise à porteurs, avec la cassette des sceaux, droit au petit salon plus proche de la chambre du roi; il traversa l'un et l'autre, saluant cequi s'y trouva et qui ne put douter par la vue de la cassette de ce qui alloit arriver. Au bout d'une demi-heure , il, sortit avec un visage tranquille et un maintien ordinaire et sans la moindre contrainte glissa sans s'arrêter au milieu de tout ce qui s'étoit rassemblé là, saluant à droite et à gauche d'un air ouvert et content, rentra dans sa chaise oiiill'avoit laissée, et, en arrivant à son pavillon, monl^ dans son carrosse qui l'attendoit. L'institution de l'Oratoire éloit lelieuoii depuis son retour de Bretagne il se retiroit à toutes les bonnes fêtes, dans un petit appartement qu'il louoit au dedans et qu'il occupa quelques jours jusqu'à ce que la maison que la mort de M. du Cbarmel avoit laissée encore plus libre que n'avoit fait son long exil, fut prête à le recevoir avec une communication de plein pied à une tribune sur le chœur. Il avoit donné quelques jours dans sa maison de Paris à ce qu'il n'avoit pu éviter de voir, et y déclara qu.'ii l'Institution il ne vouloit plus voir personne. Il ne laissa pas d'y être forcé dans les premiers temps; mais il montra si nettement que réellement il étoit peiné des visites , et il les abrégeoit si exactement au son de la cloche, qu'enfin

il s'en délivra. Peu d'amis intimes continuèrent à l'y voir ; mais peu à peu il les réduisit avec adresse à un si petit nombre qu'il se pouvoit dire qu'il ne voyoit plus personne. Il se levoit à quatre heures du matin et se couchoit à neuf du soir, et avoit tellement distribué sa journée qu'il n'y avoit pas un moment de vide. Il assistoit fidèlement a tous les exercices de la maison; il bannit toute autre lecture que la spirituelle; il n'en sortit jamais que pour aller à Pontchartrain , et une fois pour aller voir le roi , se promenoit même très-rarement dans son petit jardin et plus rarement encore dans celui des pères , et ne donna jamais à manger qu'à ses enfants et à MM. Bignonses propres neveux, et à ceux-là encore rarement, et quelquefois à MM. deBagnols et d'Harrouys, retirés à l'Institution. Là, tout occupé de son salut et de bonnes œuvres , il reprit une santé nouvelle , fit sans incommodité tous les carêmes qu'il ne £siisoit plus depuis longtemps , étoit gai et d'aussi bonne compagnie que jamais avec le peu de ceux qui de loin à loin l'alièrent voir, etqu'ilrenvoyoit dès]que la cloche sonnoit, avec une précision de mmute. Il vivoit à Pontchartrain dans la même solitude et bien plus grande encore, qu'il soutenoit par des promenades réglées à pied ou à cheval , et par une audience à tous venants et jusqu'aux plus vils paysans , qui le prioient de juger leurs affaires pour éviter les procès. Il est infini combien il en termina chaque année , et la paix et le bien que cette charité fit dans tout le pays. Chaque année il resserroit sa vie et sa solitude, et jamais il n'y a éprouvé ni ennui ni langueur. Toujours gai , toujours content , toujours goûtant le parti qu'il avoit pris , et bénissant Dieu de le lui avoir fait prendre ; mais jamais ne prêchant ni ne moralisant, mais, si on le mettoit là-dessus, quelque mot vif et court d'édification , sans s'y étendre le moins du monde. Le roi, les deux seules fois qu'il le vit, le reçut avec joie, Tentretint près d'une heure ^ lui parla même avec confiance de ses affaires , et lui témoigna toute l'estime, l'amitié et le regret possible. Achevons ce récit par un trait qui caractérise si parfaitement et l'homme dont on parle ici et sa véritable retraite. Il avoit dans la régence et dans la confiance de M. le duc d'Orléans, régent alors, im ami intime (1), quoique d'âge fort disproportionné du sien , et qui Fétoit depuis bien des années. Le chancelier, du temps du roi, s'ouvrit à lui des choses les plus importantes et souvent les plus secrètes ; lui et sa femme étoient de ce très-petit nombre d'amis à qui l'Institution étoit ouverte, et peut-être les seuls à qui elle le fût avec un certain plaisir. 11 s'agissoit alors de quelque chose d'également important et curieux ; comme il se faisoit un plaisir de rendre au chancelier ce qu'il en avoit reçu en son temps , il Talla voir, et se mit à lui raconter cette affaire. Le chancelier, vif, attentif,

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