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'(1 ) Saint-Simon lui-même.
récoutoit de toutes ses oreilles; , et, comme l'affaire étoit longue et avoit bien des replis^ midi sonna au point le plus intéressant; aussitôt le chancelier en pied interrompt son homme , déplore Theure de son dîner . et le conjure de venir le plus tôt qu'il pourra lui conter le reste. Sa curiosité fut telle qu'il excéda ce midi, ainsi debout, presque d*un demiquart d^heure à raisonner, mais le récit arrêté .» et l'empressement tel pour le reste que de son bureau à sa porte il reprit à trois fois parole d'un prompt retour. Le lendemam matin entre neuf et dix on annonœ un valet de chambre du chancelier à son ami qui travaillait saul dans son cabinet ; le valet de cham))re lui présente une lettre et l'ami ne douta pas que ce ne fut une recharge pour l'aller trouver. Mais quelle fut sa surprise et son admiration ! « il faut , lui disoit le chancelier^ vous avouer ma foiblesse ; ce que vous me contâtes hier m'a occupé tout le jour, et m^a donné tant de distractions, que ma raison n'en a pu venir à bout ; prières , lectures sans attention , et toiyours la curiosité dans la tête. Je ne suis pas venu icj pour m'y occuper du monde ni d'affaires. Si vous voulez que potre commerce continue , et je le désire fort, ce sera , s'il vous plaît, à condition que nous mettrons uu point oii nous en sommes de l'affaire que vous me commençâtes hier? et que VOUS ne m'éii direz jamais un mot , ni de pas une autre ; moyennant cela , mais bien exactement à la lettre , j'aurai le plaisir de vous voir sans troubler ma solitude. » |)n effet, jamais depuis ils lie se sont parlé dé cette affaire entamée, ni de pas une autre, comme récit ou amUsetnént. Son ami, qui le consultoit sur les affaires d'Etat et suf celles des finances majeures qui yeuoient au conseil , Ou dont il ne pouvoit éviter d'ouïr parler et d^avoir à eu dire son avis dans le cabinet du régent , continua à le consulter de même et le chancelier le tpouvoit bon ; mais consultations données 4e tou( ce qui n'alloit pas nécessairement au but, sans y mêler rien pour U curiosité ou l'amusement, et de même pour ce qui pouvoit le regarder en particulier pour ses affaires. Cela se passa tout au cotninepcement du retour du roi à Paris, et à continué de la sorte jusqu'à la mort du chaupelier. Voilà une fidélité bien rare et bien coupant dans le vif, et qui seule forme un grand éloge. Ces deux amis ne s'en virept pas moin$ souvent, et lechauoelier n'en fut pqs moins gaietnioins libre.
On ne comprend pas comment la mort de la châncelière de Pontchartrain a été omise dans les Mémoire^. ÈUe étoit Maupeou et peu riche, très-laide, (nais de bonne mine, et bqu partf ^ur son mari lorsqu'elle l'épousa. C'étoit peut-être la femme du moude qui tenoit le mieux une maison , qui en savoit éviter les inconvénients avec le plus d'attention et d'art , qui dans ses divers états a conservé la sienne la plus pure , qui a joint plus de dignité à plus d'aisance et de politesse , et plus d'ordre dans sa maison avec plus de magnificence. Elle avoit
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b6fliucQup d^^pnt et ^'mhresae daoa Fesprit^ «t du aouple , ^core plus de sens , et une justesse à se counoltre en geu^, et une 9ags^ç^ dans ses choix et dans sa induite que peu de femmes et peu même d'honupes égalèrent de soaD temps. l\ eçt surprenant qu'une femme de la robe, qui n'avoit tu de monde qu'en Bretagne, fut en si peu de temps faite aux manières, à Tesprit et au langage de la cour, et devenir un des bons conseils pour y vivre qu'on y pût trouver; aussi y fut-elle dans tous les temps d'un grand secours à son mari , qui, tant qu'il la crut, n'y fit jamais de fautes et ne se trompa en ce genre que quand il s'écarta de ses avis. Parmi tout cela , elle avoit trop longtemps trempé dans le bourgeois pour qu'il ne lui en fût pas resté quelque petite odeur qui lui étoit innée, et cependant la femme du monde qui s'en* tendoit le mieux à donner des fêtes, et qui ne les donnoit qu'avec mesure et à propos. Elle avoit dans l'esprit une galanterie naturelle et raffinée qui étoit charmante , et une libéralité si fort accompagnée de grâces qu'on ne s'en pouvoit défendre , et tout cela sans sortir de son <1ge, de sa place ni de son état, la meilleure amie et la plus solide qui fût au monde, une conversation amusante et instructive, douce , aimable , qui ne tarissoit point, dangereuse à table pour la prolonger, pour se connoitre en bonne chère sans presque y tâter, et pour faire ocever ses convives^ quand on étoit en liberté. Quelquefois plaisante et presque toiyours gaie ^ quoique non exempte d'hqmeur. lâ piété et la vertu avoient été de toute sa vie et crût en elle avec sa fortune ; ce qu'elle donnoit de pensions, ce qu'elle marioit de filles, ce qu'elle en Msoit de religieuses, ce qu'elle en déroboit aux inconvénients , ce qu'elle mettoit de gens en état de subsister ne se peut nombrer. Outre cela, ses aumônes réglées étoient abondantes ; les extraordinaires le§ surpassoient. Elle avoit toute une communauté de trente ou quarante jeunes filles à Versailles, qu'elle élevoit à la piété et à Touvrage , qu'elle nonrrisfeoitetentretenoitdetout, et qu'elle pourvoyoit quand elles étoient en âge. Elle avoit fondé avec le chancelier un hôpital à Pontehartrain , ovi toqt le temporel et le spirituel «bondoit et qui lui coûtoit plus de 2(M),()00 livres, et de l'entretien duquel elle n'^toit pas quitte à 8 ou 10,000 livres par an. De tout cela ilfn'enparoissoitrien ; tous ses ordres sedônnoient tous les matins , excepté son hôpital et sa communauté de Versailles , qui ne se pouvoit cacher, et dont encore on ne voyoit que réeorce;tout le reste étoit enseveli dans le plus profond secret. Mais l'année 1709 la trahit ; la disette et la cherté fit une espèce de famine ; eUc redoubla ses aumônes; mais connue tout mouroit de faim dans les campagnes, elle établit des fours à Pontehartrain , des marmites et des gens pour distribuer des pains et du potage à tous venants , et de la viande cuite à la plupart. Tant que le soleil étoit sur Thorizon , Taffluence y étoit énorme ; personne ne s'en alloit sans emporter du pam de quoi nourrir
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plusieurs jours deux ou trois personnes, et du potage pour se nourrir une journée. Ce concours a eu des jours de trois mille personnes, avec tant d'ordreque personne ne se pressoit ni ne passoit son tour d'arrivée, et avec tant de paix qu'on n'eût pas dit qu'il y vînt plus de cinquante personnes. Plus la donnée avoit été nombreuse , plus elle étoit aise, et cela dura six ou sept mois de la sorte. Son mari , ravi de fadre ces bonnes œuvres , l'en laissoit entièrement la maîtresse , et leur union et leur estime réciproque étoit infinie , ne se séparant que par une rare nécessité et couchant toujours dans la même chambre. Ils avoient mêmes amis, même société et en tout n'étoient qu'un. Ils le furent bien aussi dans les regrets de leur première belle-fille (1), dont jamais ils ne se purent consoler. Telle étoit la chancelière de Pontchartrain, que Dieu épura de plus en plus par de longues et pénibles infirmités qu'elle porta avec une patience , un courage , une piété qui fut l'exemple de la cour et du monde, dont au milieu de Versailles elle se sépara plusieurs mois entièrement pour ne s'occuper plus que de son salut. Elle y mourut^ au milieu de sa plus étroite famille et de ses plus intimes, regrettée universellement de toute la cour qui l'aimoit et la res« pectoit , et pleurée des pauvres presque avec désespoir.
Dimanche V juillet, à Marly. — Le roi tint le conseil d'Ëtat^ et M. le chancelier demeura après le conseil dans le cabinet quand les autres ministres en furent sortis. Le roi dîna chez madame de Maintenon , alla tirer l'aprèsdlnée. Le soir il y eut musique chez madame de Maintenon, et il ne travailla point avec M. Pelletier, quoique ce fût son jour. — Le roi a permis enfin à M. le chancelier de se retirer, et lui^doit rapporter demain au matin les sceaux. On ne saitpoint encore qui remplira sa place, mais personne quasi ne doute ici que ce ne soit H. Voisin. On est plus embarrassé à deviner qui rempUra la place de M. Voisin^ qui a si bien gouverné les affaires de la guerre, et quelques gens des mieux éclairés croient qu'il conservera les deux charges, quoiqu'elles paroissent en quelque façon incompatibles, mais il est apparent qu'il les conservera du moins encore quelque temps. — Le roi avoit
(1) Christine-Éléoiiore de la Rochefoucauld deRoye, morte le 23 juin 1708. Voir tome XU, page 166.