JUILLET
dît qu'il tiendroit demain le conseil de dépêches, mais il l*a remis à. huit jours.
Lundi 2, à Harly. — Le roi, après la messe, litentrer dans sou cabinet M. le chancelier, cjui lui rapporta les sceaux. Le roi lui donne 12,000 écus de pension pour marquer qu'il est content de lui ; le chancelier ne les demandoit point, et il ne fit qu'une prière auroi,quiétoit une petite pension pour ses deux secrétaires. Le loi leur donne à chacun 2,000 francs de pension. Après que M. le chancelier fut parti, le roi travailla avec M. Pelletier et puisenvoya quérir M. Voisin*, à qui il donna les charges de chancelier et de garde des sceaux, et ce ministre conservera sa charge de secrétaire d'État de la guerre . — M . de Pontchartrain, qui quitte la charge de chancelier, l'avoit eue le 5 septembre 1699, et avoit été auparavant contrôleur général dix ans ; il n'a que soixante-onze ans, et se porte mieux que jamais de corps et d'esprit. — Le roi courut le cerf l'après-dlnée, et ne revint de lâchasse cpi'à huitheures dasoir; il devoit travailler avec M. de Pontchartrain [I), mais, comme il étoittard,iira remis à mercredi.
' Voisin étoit un homme dur, édardé, noir, rebuUnt par son aii et désagréable par ses manières, sec et haut à merveille, trancLant court, écoutant peu , extrêmement ignorant, n'ayant que l'écorce de maître des requêtes et noyé dans la science d'intendant qu'il possédoit parfaitement, et dans l'exercice de laquelle il avoit passé presque toute sa vie, et s'y étoit accoutumé à la tyrannie ; avec cela grand travailleur, mais nul usage du monde que l'abandon à ce qui le meaoit à la fortune, et à la posséder en plein, aprésqu'il y iiit parvenu. C'étoit avoir toutes les qualités requises pour ne trouver rien de difQcile et sauter à pieds joints également par dessus le profane et le sacré, dès qu'il s'agissoit de plaire au roi, à madame de Maiotenon, aux bâtards, et c'étoit l'homme fait exprès pour eux dans les circonstances présentes où madame de Maintenon et le roi , par son impulsion , n'étoient plus occupés que de la Constitution d'une part, et de la grandeurdes bâtards de l'autre , et
(I) Fils du cliancelier.
I m JOURNAL Pl^ PANQ^AU .
de Içs affermir dam les nues apr^s eux. C'est aiMfsi Qe çf^i )e reprit le dépositaire de leur âme, le presque unique nÛQistr^, et. Tunique presque pour tout, le favori, le confident, Tarai de leur eœiir^ et le nécessaire par excellenoe ; aussi prit-il un vol rapide et unfi autorité que tout prévenoit et adhéroit avec tout Taocompagoement d'une situation si wolAi deooent brillante , et qui réwisaoit ^ si €i<m(r94ictoireâi fonctions. l\ commeiiça à f^ire ]e chancelier ^ quittait le à^\ de ^ femm^^ po^ dans sesmeubles ni sur ses domestiques^ mais sur sa personne, parceque. représentant la Justice, il ne porte jamais le deuil , ou parée que, devant être vêtu de soie, qui anciennement étoit rare et fort réservée à çatm de cela, du temps que les états étoient mariés en tout, il passa eii usage que poi^r q^ la poipt quitta le chancelier q^ ^rtoilpci^it de deuU sur lui. Celui-ci se prêta jusqu'au ridicule pour plaire, et; le roi s'y prêta aussi pour s'amuser, et par engoûment de vieillard du nouveaq favdri. Trois fois par jour régulièrement il changeoit d'habit à Marly ; le matin il paroissoit en robe de chancelier, Taprès-dinée il venojt tra** vaîUer aveo le rd en manteau court et en justaucorps de damas, et )6. soir il ^e montrait à la prome^iode ou chen le roi, s'il avoit qiii^que. chose à lui apporter, en justaucprps ^e dama^ ayçc 1^ cordon |»leu par-dessus en écbarpe, sans manteau. Gela fit rire toute la cour et dire un bon mot à M. de Lauzun avec son ton doux et simple : ft anivoît de Marly et on lui demancfa des nouvelles. « Il li'y en a point d'adti^f répondit-ii , sinon que le roi s'amuse à habiller et déshabiller aa pott^ pée. V Cette poupée coûta eher par les doos qu'il obtint et pour soi et pour les siens, et par ce que l'audace, la puissance et ses places y surent ajouter.
Hardie, àJffatly, — Le roi tintle conseil de finances^ travailla ensuite avec M. Desmaretz ; Taprès-dlnée il travailla avec le nouveau chancelier, qui a quitté le deuil de, madame sa femme, morte il y a quelques mois, pstpcfiquer jamais les chanceliers ne portent le deuil. — hè comte de Bergeyck, qui arrive de Madrid, vint ici au lever dnroî, qui lui donna ensuite audiepce dans sop cabinet où étoît M. de Torçy. Le roi Iqi a permis de venir ici quand il Ici voudroit, et comme son intention est d-y venir souvent il demeurera à Versailles afin d'y venir plus commodément^ — On a reçu dés lettres de Lyon. Les désordres y sont apaisés ; quelques-uns des plus mutins ont quitté la ville avant que le maréchal de Villeroy y arrivât. Ce maréchal a rétabli tous les droits que les séditieux ayp|ept fait ôter.
etiln'y a nulle oppasition. On cpoitqu'ou punira leçommis des fermiers^ qui avoii un p^u abi^sé de son einploi. — Lemarécb^ de Berwick arriva à, Iryon le 87, et en repartii le 28, et eompte d'ètc^ à (lontpellier 1q 30, de bonne hewe.
Mercredi 4, à Marly. -r^ La roi^ api?èa son lever, donna audience au comte de Bergeyck, et après la niasse il tint conseil d^État à Tordinaire, et puis alla dîner q\ie^ m^s^me de Alain tenon. Après le dîner il travailla chez lui avec M. de t^ontchartrain, avec qui il n'avoit point travaillé lundi, et puis alla se promener dani^ les baqta de Marly, où; U ^.voit fait venir beaucoup de calècbe9 pour les dames, Qt avoit chargé madame la piaréchale de Villars et msMdame de la Vrillière de mener avec elle le cardinal del Giudjce> à. qui le roi fut bien aise de faire voir cette promenade-là, qui est trèsrbelleet que ce cardinal neçonnoisspit point encore, Le soir il y eut grande musique chez niad^me de Maintenon . — Il arriva un courrier de Madrid . Le |*oi d'Espagne et les trois princes ses enfants sont au Prado en très-bonne santé. Le président Orry, car c'est ainsi qu'on l'appelle en Espagne, étoit à trente lieues de Madrid revenant de Catalogne; il y a trouvé un courrier pour le faire retourner, parce que le maréchal de Berwick est bien aise de Tavoir dans son armée.
Jeudi 5, à Marly. — r- Le roi, après soulever, fit prêter serment au nouveau chancelier en robe, m^s, quand il travaillera avec le roi comme secrétaire d'État, il sera TÔtucommenonsle sommes. Le roi, après la messe, se promena derrière les pavillons de la droite , et prit plaisir à les faire voir au cardinal del Giudice ; ce cardinal lui a 4en>andé pour le prince deCeUamare son neveu la permission de venir ici quelques fois faire sa cour, et le roi lui a permis d'y venir toutes fois et quantes il lui plairoit. Le roi alla tirerTaprès-dlnée.Lesoirilyeut petite n^usique chez madame de Maintenon, -^ l^ maréchal de Villars présentaan rQi, à son coucher^ la harangue qu'il avqitfqiteâ
r Académie; c'est l'usage de les imprimer et de les donner au roi.— La comtesse d'Egmont s'étoit mise en arbitrage avec le prince de Bisaccia^ qui a épousé Théritière de la maison d'Egmont dont il a présentement tous les biens; ils avoient choisi pour leurs arbitres le prince de Cellamare et le baron de^Capres-Bournonville. Ces arbitres ont réglé que H. de Bisache donneroit à madame la comtesse d'Egmont 10^000 livres de rente de douaire^ 18^000 livres de rente en fonds, pour tenir lieu de sa dot, qui a toute été employée à payer les dettes de la maison d'amont, et 40,000livres d'argent comptant.
Vendredi 6, à Marly. — Le roi travailla le matin avec le P. le Tellier, alla tirer l'après-dlnée malgré la chaleur qui fut excessive, mais. Dieu merci, rien neTincommode. Le soir il y eut grande musique chez madame de Maintenon. — On commence à parler fort du mariage du roi d'Espagne avec la princesse de Parme, qu'on regarde non- 3eulement comme héritière de ce duché, mais comme ayant de justes prétentions à la succession du grand-duc^ qui n'a que deux enfants, savoir : le prince Gaston, qui est séparé, il y a longtemps, de sa femme, et l'électrice palatine, qui ne peut plus avoir d'enfants. — Le maréchal de Hontrevel a demandé la permission de venir à la cour, et on le croit près d'arriver; il vient pour se plaindre de H. de Courson, intendant de Bordeaux, avec qui il a eu en dernier lieu de grands démêlés pour un jurât que ce maréchal souhaitoit de faire.
Samedi 7, à Marly. — Le roi courut le cerf l'aprèsdlnée, et le soir, chez madame de Haintenon, il travailla avec M. Voisin, nouveau chancelier. — On a eu des lettres d'Alsace qui apprennent que le roi Stanislas étoit arrivé aux Deux-Ponts; il n'avoit avec lui que quatre officiers qui sont du régiment du baron Sparre, et on apprit en même temps que le baron Sparre alloit à rassemblée de Bade de la part du roi de Suède son maître. — L'électeur de Bavière vint ici à la chassei et il joua dans le