‹ Journal du marquis de Dageneau (volume 2)Chapitre 23 sur 25 · JUIN ITOU. M · texte numérisé non relu

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présentement en ce pays-là, et l'on croit qu'ils abandonneront bientôt Trêves. Hilord Marlborouçh est arrivé à Haestricht; mais les troupes quUl a amenées de Trêves ne pourront arriver que les premiers jours du mois qui vient , et le détachement de M. de Yillars joindra le maréchal deVilleroy avant la fin de ce mois. —H. de laChétardie^ qui avoit longtemps commandé dans Brisach et qui étoit présentement gouverneur de Landrecies y est mort à Paris ; ce gouvernement vautlOoulâ^OOO livresde rente. Samedi 27, à Trianim, — LiO roi, après sa messe , monta en calèche avec madame la duchesse de Bour* gogne pour descendre en bas et venir se promener sous les marronniers, où Monseigneur alla les attendre. Le roi mit pied à terre en y arrivant et s'y promena fort long^ temps à pied sans en être incommodé. L'après*dlnée il partit à deux heures de Meudon, alla à Marly, où il se promena longtemps, et arriva ici à huit heures; il y demeurera dix jours. Monseigneur est resté à Meudon avec madame la princesse de Gonty et plusieurs dames, et n'en reviendra que jeudis Madame la duchesse de Bourgogne joaa à Hendon jusqu'à huit heures et puis vint ici. Pendant le temps qu'elle fut à Meudon elle a tous les jours été à la messe avec le roi ; les grandes chaleurs l'empêchent de dormir. — Pendant que le roi se promenoit à Marly, M. de Ghamillart lui envoya un paquet de M. de Yillars, qui envoie en Flandre un détachement de son armée beaucoup plus grand que le premier; il y a quatre lieutenants généraux qui marchent avec ce détachement, qui sont : Hautefort, Surville, le comte de Roucy et la Châtre. La gendarmerie et le régiment du roi sont de ce détachement. Le maréchal de Villeroy aura en Flandre cent quatorze bataillons et cent trente-huit escadrons ; le roi compte que Marlborough etOwerkerke, joints ensemble, n'auront que quatre-vingt-dix bataillons ; mais ils seront un peu plus forts en cavalerie que nous, car ils auront cent quarante-deux escadrons.

Dimanche 28^ à Trianon. — Le roi travailla longtemps avec M. de Chamillart) quoiqu'il eût travaillé le matin avec lui après le conseil. Monseigneur vint ici deMeudon pour le conseil et y retourna diner. — Nous apprîmes, au lever du roi^ que le maréchal de Villars alloit commander en Alsace^ où il aura une armée plus forte qae celle du prince de Bade. H. de Marsin ira en Flandre avec M. le maréchal de Villeroy ; je ne sais si on ne lui donnera point un corps séparé. — Le matin , pendant le conseil^ il arriva un courrier de M. de Vendôme^ parti de devant Chivas le 2k, La tranchée y est ouverte; ce siège sera plus difficile quon ne Tavoit cru; on travaille depuis six mois à accommoder cette place ; elle n'est point investie, et les assiégés ont un pont sur le P6 qui communique à Farmée de M. de Savoie , qui est à Castagnete. M. de Vendôme a la droite de son armée à la petite rivière d'Orco et sa gauche au Pô au-dessus de Chivas. Pendant que M. de Vendôme fait ce siège ^ il fait attaquer par d^Arennes^ lieutenant général, un poste qu'a M. de Savoie^ et je crois que ce poste est Castagnete même. Le prince d'Elbeuf^ qu'on avoii mis avec cinq cents chevaux derrière un naviglio avec défense de le passer^ voyant de l'autre côté trois escadrons ennemis et croyant les défaire aisément , ne put résister à l'envie qu'il avoit de les combattre y passa le naviglio, attaqua les ennemis, dont il n 'avoit vu que la moindre partie, car ils avoientlà quinze cents chevaux. M. le prince d'Elbeuf fit aussitM repasser le naviglio à une partie de sa troupe ; mais les ennemis le chargèrent si brusquement qu'il fallut combattre avec trois cents chevaux qui n'avoient pu repasser. Il fit l'arrière-garde de tout avec llarsillac^ nouveau mestre de camp^ homme d'une grande, valeur et qui étoit exempt des gardes du corps l'hiver passé ; ils se défendirent longtemps avec beaucoup dé courage , mais enfin le prince d'Elbeuf fut tué d'un coup de pistolet par un hussjU'd^ et Marsillnr iul ])lessé de dix coups de sal>re.

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dont Tun lui coupa le poignet y et d'un coup de pistolet dans le ventre ; on croit pourtant quUl ne mourra pas de ses blessures. Le piquet de notre camp monta à cheval H ce bruit ^ repoussa les ennemis^ leur tua assez de gens^ leur prit trente cavaliers et cinquante chevaux. On regrette fort le prince d'Elbeuf, qui étoit un homme d'une très-grande espérance et fils unique du duc d'Elbeuf. — Le roi a donné à Lestrades^ lieutenant des gardes du corps, le gouvernement de Landrecies. — Pendant que le roi étoit à la promenade il reçut un paquet de M. de Chamillart^ avec qui il venoit de travailler il n'y avoit qu'un quart d'heure; il apportoit une lettre de M. de Villars^ qui mande que les ennemis ont abandonné Trêves avec beaucoup de précipitation, brûlant tous les .magasins qui leur restoient. Ce maréchal marche en diligence pour attaquer les lignes de Weissembourg par les derrières; il prétend y arriver avant que les troupas du prince de Bade y puissent être arrivées.

Lundi 29, à Trianan. — Le roi tint le matin conseil de dépêches, comme il a accoutumé de le tenir tous les ([uinze jours; l'après-dlnée il travailla avec M. Pelletier; H six heures il alla se promener. Madame de Maintenou étoit à sa promenade. — Le roi des Romains donne enfin part au roi de la mort de l'empereur. Le roi portera le deuil en violet, mais il ne drapera point; on le portera ' SIX mois à compter du jour de la mort de l'empereur. Milord Marlborough arriva le 27 à Haestricht ; les troupes qu'il amène de Trêves ne pourront joindre l'armée de Hollande que les premiers jours de juillet. — M. d'Avéjan, capitaine aux gardes, est mort; le roi a donné la compagnie à son père pour en disposer comme il le jugera àpropos. — Les Danois qui dévoient aller en Italie joindre le prince Eugène avoient eu ordre depuis de marcher en Hongrie, et l'on a eu nouvelle qu'ils ne marcheront point présentement; on les veut laisser en Bavière, dont les peuples sont mécontents des cruels traitements qu'ils re-

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çoivent du nouvel empereur et qui paioissent fort attachés à leur légitime souverain.

Hardi 30^ à Trianan. -* Le roi, avant que d'entrer au conseil, donna audience au nonce, qui lui apporta des lettres de l'empereur, de Timpérairice et deTimpératriee douairière ; ces lettres sont écrites en italien , c'est leur usage. L'après*dinée le roi travailla avec M. de Pont* chartrain avant que d'aller à la promenade. — On eut nouvelle que le marquis de Léganès étoit arrivé à Pampelune; il a voulu corrompre quelques-uns des gens qui le gardoient, cependant il n'y a point encore de preuves sûres delà conspiration dont on l'accuse. L'armée portugaise, qu'on croyoit qui vouloii attaquer Badajoz, est entrée en quartier d'été; Varmée d'Espagne va en user de même, ainsi la campagne ne recommencera dao&oe pays-là qu'au mois de septembre. — L'abbé d'Harcouri; qu'on appellera le comte d'Harcourt présentement, a fait signer le roi sur son contrat de mariage ; mais M. de Lorraine lui a fait dire , par son envoyé, qu'il lui défendoit d'entrer dans ses États et qu'il ne le verroit jamais ni lui ni sa femme.

Mercredi i"^ juillet, à Trianon, — Le i»oi tint conseille matin à son ordinaire, et l'après-dinée travailla avec M. de Chamillart jusqu'à six heures. — il arriva un courrier du maréchal de Villeroy; ses lettres sont du â9, du camp de Bedué auprès de Tongres. Les troupes de la maison da ' roi sont arrivées auprès de Namur, et le reste du détachement qui vient de l'armée de M. de Villars arrivera au commencement de ce mois. Les troupes de M. deMarlborough qui étoient à Trêves ne le joindront à Maestricfat qu'au commencement du mois aussi ; on croit que ce milord sera bientôt obligé de repasser en Angleterre pour ses affaires particulières, parce qu'on prétend que le parti de ses ennemis, à Londres, reprend le dessus. — Il arriva un courrier de M. de Villars; il écrit de Sarr^uemines qu'il marche aux retranchements que les ennemis ont

sur la Lauter. H. de Marsin Tattend en ce pays-là^ et n^ira en Flandre que quand ils auront exécuté leur projet; ils auront soixante^dix bataillons et plus de cent escadrons; les ennemis ne seront pas si forts^ quand môme ce qu'ils ont laissé à Trêves les auroit rejoint. — Il y a diminution sur là monnoie de cinq sok par louis et à proportion sur les écus.

Jeudi 2, à Trianon. — Le roi ne tint point de conseil le matin; il alla de bonne heure se promener à Marly après diner et en revint à sept heures. — M. le comte d'Harcourt épousa mademoiselle de Ifontjeu à Arcueil près de Paris^ où madame la princesse d'Harcourt a une petite maison. — Madame de Florensac* mourut à Paris; elle avoit environ trente-cinq ans et n'a été malade que deux jours; elle étoit fille du marquis de Senneterre et de mademoiselle de Longueval, qui avoit été fille de la reine. — On eut par l'ordinaire des lettres de Madrid du 20^ par lesquelles on apprend qu'on a fait mourir plusieurs complices de la conspiration de Grenade; cette conspiration avoit plusieurs branches et se devoit exécuter en différentes villes en même jour. On a arrêté à Cadix des gens gagnés par Famirante, chai'gés de lettres de Tarchiduc, des siennes et du prince de Darmstadt ; on a arrêté aussi à Badajoz le major de la place; on a arrêté (|uelques gens à Malaga. Le marquis de Villafiranca, majordomo major de la maison du roi d'Espagne^ est mort à Madrid ; il avoit quatre-vingts ans passés. Il étoit chevalier du Saint-Esprit.

* Madame de Floreasac étoit belle comme le jour, et n*avoit pas été cruelle ; elle avoit été exilée à cause de Monseigneur, dont l'amour commençoit à faire du bruit. Son mari, menin de Monseigneur, et frère du duc d*llzès, et Tun des plus sots hommes de France, ne s'en ap^ut point ou guères (1). Leur fille unique est devenue duchesse

(f ) « Vous avez du commercer avec M. de Florensac dans oe fimeax hMel de Rambomllet. li faut yoas marquer son aflllctioD ; elle fut telle an moment

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d^Aiguillon , comme on l'a vu dans la dernière addition du précédent volume (I).

Vendredi S, à Trianan. — Le roi travailla le matin avec le P. de la Chaise , et le soir il se promena dans les jardins avec madame la duchesse de Bourgogne et madame de Maintenon. Le roi a résolu de faire quelque augmentation de bâtiments ici, par delà le petit bois où sont les sources. Monseigneur revint de Heudon avec madame la princesse de Conty et plusieurs dames qui y étoient restées^ et madame la duchesse de Bourgogne les retint ici pour souper. — Il arriva un courrier de M. le grand prieur^ les lettres sont du 26. Il mande que les troupes palatines joignirent le prince Eugène le 18 ; ces troupes ne sont que de quatre mille hommes^ mais on comptequ'ils amènent des recrues pour Tarmée de l'empereur; si bien que ce renfort peut être de six à sept mille hommes en tout. Le prince Eugène quitta son camp de Gavardole21; il avoit fait faire deux chemins dans la montagne vers Santozetto et descendit dans la plaine de Brescia^ où ses subsistances seront plus aisées. M. le grand prieur se mit en marche le 22, et au bout de trois jours, ayant passé la Chiesa et la Mêla, il s'est placé à Henerbio, où il a sa droite sur la Mêla, et sa gauche s'approche de TOglio; les ennemis sont à Roncadello, qui n'est qu^à une lieue de Brescia.

Samedi 4, à Trianon. — Le roi, après le conseil de finances , qui fut assez long, travailla encore avec M. de Chamillart, et Faprès-dlnée il alla se promener à Marly. Quelque envie que le roi eût eu de faire bâtir ici, il a eu la modération de se retenir, parce que cela Tengageoità

de la mort de madame sa femme, qu'il prit son épée pour s'eo percer le coff. Le P. Massillon l'arrêta et le mena an Noviciat des Jésaitet ; on admire cocore qu'un prêtre de l'Oratoire l'ait conduit là. » {Lettre de la man(Wf d'Hiixelles au marquis de la Garde , du 7 juillet. )

(1) Voir au 2à décembre 1704. Chaque année Mu Journal de Daaft» forme un volume de la fX)pie annotée |Mir Saint-Simon.

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plus de déjMinse qu'il n en veut faire à cette heure en bâtiments. — Oneutdes lettres deH. le maréchal de Villeroy par un courrier de l'électeur de Bavière^ les lettres sont du â. Il mande que milord Harlborough avoit passé la Meuse à Viset le 1*^ de ce mois , et que le lendemain il étoit venu camper par la hauteur de Tongres , ayant sa droite à Tise et sa gauche à Hennef . L^électeur de Bavière s'est rapproché de nos lignes^ et a mis le quartier général à Fabbaye d'Heylesem ; les troupes qui étoient sur la Moselle et qui doivent le joindre n'arriveront que le 6 et le 9. — Le roi a pris le deuil de l'empereur en violet, mais il n^a point fait draper ni habiller sa livrée.

Dimanche 5, à Trianon. — Le roi, après le conseil, demeura encore quelque temps à travailler avec M. de Chamillart, et après son diner il travailla encore avec lui jusqu'à six heures, et ensuite se promena dans ses jardins. — Le roi a donné le régiment de cavalerie qu'avoit le prince d^Elbeuf à la Bretauche, ancien lieutenantcolonel des carabiniers. — Il arriva un courrier de H. le grand prieur, qui mande que le prince Eugène a repassé rOglio auprès de Palazzuolo et s'étoit retranché aussitôt. M. le grand prieur passa aussi l'Oglio le même jour, et est campé à Soncino, qui n'est pas à deux lieues du poste des ennemis. — M. d'Avarey , lieutenant général, qui servoit à Naples, s'en va servir en Espagne. — On apprend que les mécontents de Hongrie assiègent Gran avec douze mille hommes et que le comte Caroli assure qu'il sera bientôt maître de Giula, de léna, d'Arath et du grand Waradin ; le général Herbeville n'est guères en état de traverser les desseins des mécontents.

Lundi 6, à Trianon. — Le roi ne tint point .conseil le matin et ne se promena point; il entra après la messe chez madame de Haintenon et y demeura avec madame la duchesse de Bourgogue. Elle a commencé aujourd'hui à prendre les eaux à Passy. — Il arriva un courrier du maréchal de Tessé, qui. a mis les troupes françoises et

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espagnoles en quartiers d'été. — Il arriva le soir un courrier de M. de Vendôme, les lettres sont du 3. 11 mande que^ quoiqu'il ne puisse empêcher la communication, il espère être bientôt maître de Chivas ; on est au pied de Pangle saillant de la contrescarpe, et nous devions avoir le lendemain vingt-trois pièces de canon en batterie. H. de Horangiés, brigadier d'infanterie^ a eu le bras cassé. 11 arriva un courrier de M. de la Feuillade, qui doit joindre M. de Vendôme le 7; M. de Vendôme envoie au-devant de lui H. d'Estaing avec trois mille chevaux et vingt compagnies de grenadiers. H. de la Feuillade amène neuf bataillons et deux escadrons de dragons; il a laissé on bataillon et un escadron à Biisolino.

Mardi 7, à Trianon. — Le roi tint le matin conseil de iinanceet travailla l'après-dlnée avec H. de Pontcbartraio. Le duc de Gramont revint de son ambassade d'Espagne et salua le roi au sortir du conseil. — Il arriva un courrier du maréchal de Villeroy, les lettres sont du 5. 11 a campé sa di*oite à Waseiges et sa gauche à ral>bayed'Heylesem ; sa première ligne est toute l'infanterie, et la seconde ligne est toute la cavalerie et est un peu plus étendue que la première ligne. La maison du roi joignit le l"" du mois. Les ennemis disent toujours qu'ils attaqueront nos lignes; mais apparemment leur dessein aboatira à reprendre Huy, et il n'est pas apparent qu'ils puissent entreprendre autre chose. Hllord Marlborough parott déjà brouillé avec M. d'Owerkerke, qui commande les troupes de Hollande. — Il arriva un courrier de M. de Villars, ses lettres sont du 4. Il s'est rendu maître de Weissemboûrg sans que les ennemis aient osé le défendre; ils se sont retirés presque tous à Landau; on en a pris environ cent dans leur retraite, qui étoit fort précipitée. Ce maréchal doit avoir marché le 5 à Lauterbourg ; mais apparemment les ennemis défendront ce poste, leurs troupes qui étoient sur la Moselle étant toutes arrivées sous Landau.

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Mercredi S, à Marly. — Le roi tint le matin conseil d'État comme à son ordinaire et travaiUa Paprès-dinée à Trianon avec M. de Chamillart jusqu'à cinq heures^ après quoi il vint ici^ où il demeurera dix jours. Madame la duchesse de Bourgogne^ qui eut hier la migraine assez violente, a discontinué ses eaux. Le roi a donné un logement ici à M. de Valsemé, qui n'y étoit jamais venu. Il y a cinquante dames à ce voyage, il n'y en avoit jamais tant en. — On eut nouvelle que M. de Savoie avoit fait attaquer Busolinoy où M. de la Feuillade avoit laissé un escadron et un bataillon pour en garder le pont; il y avoit même laissé ses bagages. Les troupes que M. de Savoie y avoit envoyées pour Tattaquer ont été repoussées et ils y ont perdu trois ou quatre cents hommes. H. de Vendôme compte, dès que M. de la Feuillade Taura joint, d'aller se mettre à la tète de l'armée de M. le grand prieur pour empêcher le prince Eugène de pénétrer plus avant. On craint bien pour sept bataillons des troupes d'Espagne que commande H. de Toralva, un de leurs lieutenants généraux qui s'est jeté dans Palazzuolo, ne pouvant empêcher le prince Eugène de passer TOglio.

Jehdi9yàMarly. — Loroisepromenatoutlematin dans ses jardins et courut le cerf Taprès-dinée. Madame à ces chasses-là suit toujours le roi dans une autre calèche. Monseigneur et messeigneurs ses enfants étoient à la chasse; madame la duchesse de Bourgogne prit médecine qui lui ht peu d'effet à son ordinaire, car elle les vomit toujours. — Il arriva un courrier du maréchal de Villeroy, ses lettres sont d'hier matin. M. de Marlborough, après avoir menacé d'attaquer nos lignes, dont il s'étoit approché à une lieiie et demie, a pris le parti de faire un détachement de douze bataillons et de quelque cavalerie qui assiègent Huy actuellement. — Le courrier de H. le maréchal de Tessé qui arriva ces jours passés est un de ses aides de camp,^ nommé Chazel ; il assure que la flotte ennemie étoit arrivée à Lisbonne avant qu'il quittât Tar-

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niée. Le roi d'Espagne compte de faire la campagne du mois de septembre^ et a donné ordre au maréchal de Tessé de revenir à Madrid pour conférer avec lui sur les projets de guerre.

Vendredi 10 , à lUarly. — Le roi, après la messe^ entra chez madame de Maintenons où il demeura jusqu^à midi, et puis alla se promener. Madame la duchesse de Boui^ gne a recommencé à prendre les eaux de Passy. L' aprèsdlnée le roi donna une longue audience au duc de Gramont^ et puis alla voir jouer au mail. Durant cette promenade il arriva un des gens de H. de Chamillart, qui est à TÉtang ; il mande au roi qu'il est arrivé un courrier du grand prieur, qui avoit donné ordre à M. de Toralva de le revenir joindre avec ses sept bataillons; trois ont joint M. le grand prieur ; les quatre autres, à la tête desquels étoit H. de Toralva, ont été enveloppés et pris. M. le prince Eugène est encore dans son camp de Fonianella. — Le roi nous a dit à sa promenade que M. de Vendôme joindroit bientôt l'armée du grand prieur, et raccommoderoit tout. M. de Chamillart mande aussi qu'il étoit arrivé un courrier de M. de Villars, qui a trouvé les ennemis si bien retranchés à Lauterbourg qu'il n'a pas jugé à propos de les attaquer^ d'autant plus que ce poste étoit soutenu de toute leur armée. 11 a pris Seltzet quelques châteaux; il écrit au roi que son armée aura pour longtemps à subsister dans le pays ennemi (1).

Samedi 11^ à Marly. — Le roi^ après son diner, cou-

(I) « Il nV a rien d'égal à M. le marécbal d« VUlant ; il a toujours uarcbe (laiis sa chaise avec un pied enveloppé pour une goutte douloureuse. Les bofu^ sards paraissent proche des lignes : il monte à cheval , il les pousse, pas^e n ruisseau et entre, etc. Voilà ce que l'on en écrit de Metz. Il en arriva hifr •> soîr à Paris , qui a apporté que ce maréchal a pris trois petits cbàleaux, qv'il vivoit en pays ennemi avec abondance et que nos lioussards avoient pillé le trésor des Allemands, s'étant fait un grand butin de clievaux aussi, que m» soldats donnent pour dix éciis. » {Lettre de la marquise tTffuxeiktj^ i 1 juillet,)

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rut le cerf; Monseigneur et monseigneur le duc de Berry étoient à la chasse. Monseigneur le] duc de Bourgogne alla à Saint^ermain voir le roi et la reine d'Angleterre. — M. de Coétlog'on croyoït pouvoir sortir de Brest, mais il y a quarante vaisseaux ennemis dans cette rade qui l'empêcheront de sortir, — Les mécontents de Hongrie ont présentement trente-quatre mille hommes de troupes réglées, outre leurs milices^ qui sont d'un nombre prodigieux. La mort de l'empereur Léopold les rend encore plus irréconciliables avec la maison d'Autriche ; ils ne veulent point reconnoitre le nouvel empereur pour roi de Hongrie ; d'un autre côté le prince Ragotzki , qui a été élu prince de Transylvanie, soutient que le nouvel empereur ne peut avoir nul droit sur cette province ; qu'il est vrai que l'empereur son père y pouvoit avoir quelque prétention, mais que ce n'étoit que pour sa personne. — On mande de Munich que le quatrième fils de l'électeur de Bavière y est mort, que deux des princes ses frères et la princesse sa sœur sont fort malades.

Dimanche 12, à Marly. — Le roi tint conseil le matin comme à son ordinaire , et travailla l'après-dinée avec M. de Chamillart jusqu'à six heures, après quoi il alla se promener. Monseigneur alla l'après-dlnée à saint-Germain voir le roi et la reine d'Angleterre. — Il arriva un courrier de l'électeur de Bavière qui n'est venu que pour des affaires particulières de cet électeur avec le roi ; ce prince est charmé de se voir à la tête de la plus belle armée du monde et remercie fort S. M. du renfort qu'il a fait venir en Flandre. Les ennemis continuent le siège de Huy, où nous n'avons mis que quatre cents hommes; c'est un lieutenant-colonel nommé Saint-Pierre qui y commande ; nous avions rasé deux des forts avant que la place fût attaquée. — On ne sait point quel mouvement la flotte ennemie a fait depuis qu'elle est aiTivée cl Lisl>onne; nous n'avons quasi plus aucune inquiétude jHir 0)dix. M, de Savoie fait travailler à Oneglîa et y a

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envoyé une garnison ; il espère peai-étre par là avoir quelques secours de cette flotte.

Lundi iS, à Marly. — Le roi courut le cerf Taprè»dlnée. Monseigneur le duc de Berry étoità la chasse avec lui. Monseigneur alla dîner à Meudon et revint ici pour la musique^ qui commence toujours avant neuf heures. Monseigneur le duc de Bourgogne alla à SaintrGermaiD voir le roi et la reine d'Angleterre. Madame la duchesse de Bourgogne continue de prendre leseaux de Passy, dont elle se trouve fort bien. — On a par Tordinaire desletlres de M. de Vendôme qui portent que^ le 5^ on avoit pris l'angle saillant de la contrescarpe , qu'on s'étoit établi dans le chemin couvert après avoir fait sauter quelques fourneaux des ennemis. — M. de Tessé est arrivé à Madrid; ils sont fort de concert M. Amelot et lui. Ou lève en Espagne beaucoup d'infanterie; les affaires se mettent un peu en règle dans ce pays-là, et on espère avoir les fonds pour payer les troupes qui n^avoient déserté cpie faute de payement et par un excès de misère qui obligeoit les soldats de retourner chez eux.

Mardi ik^à Marly. — Le roi ne tint point le conseil de finances qu'il a accoutumé de tenir tous les mardis; il se promena le matin dans ses jardins, où il fait toujoufs travailler. Le roi, la reine et la princesse d'Angleterre arrivèrent ici sur les sept heures. Le roi les mena à la promenade ; on fit jouer le roi d'Angleterre et on soupa à neuf heures et demie, après quoi LL. MM. BB. retournèrent à Saint-Germain. — M. le maréchal de Villars bit raser les lignes que les ennemis avoient sur la Lauier; il a pris beaucoup de châteaux, dans lesquels il à feil cinq cents prisonniers, et cela lui donne une assez grande étendue de pays pour y faire subsister les troupes du roi. Le, maréchal de Marsin demeurera en ces pays4à avec lui, où l'on entreprendra peut-^tre quelque chose de plus considérable avant la fin de la campagne. Toutes les lettres de ce pays-là portent que le prince Louis de tsàfi

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est fort mal; M. de Lorraine lui avoit envoyé un chirurgien de réputation^ qui en arrivant trouva que la gangrène étoit à ses plaies. Audiffred^ envoyé du roi auprès de H. de Lorraine, mande que le prince de Bade nesauroit guérir.

Mercredi 15, à Marly. — Le roi tint conseil le matin à son ordinaire; Taprès-dinée il travailla avec M. de Chamillart jusqu^à six heures, et puis alla se promener dans les jardins avec madame la duchesse de Bourgogne. Il vit jouer au mail les bons joueurs; monseigneur le duc de Berry est un des meilleurs. Il rentra à sept heures et demie chez madame de Maintenon, où il travailla encore avec M. de Chamillart. — Les ordonnances pour le payement des gages des officiers de la maison et pour toutes les pensions sont expédiées et délivrées, et Ton est payé de tout ce que le roi donne comme en temps de paix. — Le mariage du duc de Gramont va être déclaré, et il y a ordre de rendre public le contrat et la célébration (1). — Le roi adonné depuis peu des commissions de colonels à des officiers suisses ; le lieutenant-colonel de Reding, qui s'appelle Lumagne, et le frère de Reding sont de ce nombre ; Reding fut fait maréchal de camp cet hiver ; il avoit. Tannée passée , un régiment dans les troupes de M. de Savoie. — Mademoiselle de Pons est morte à Paris; elle étoit cousine germaine de feu la Case, et on les croyoit mariés, mais le mariage n'a jamais été déclaré ; elle eut

(1) « M. le duc de Gramont met toute sa maison en grande affliction ici par hdédaratioBqoi s'est faite de son mariage, sur quoi la nouvelle duchesse reçoit des visites , mais on ignore encore si elle aura droit au tabouret. Le comte de Gramont a dit au roi que si le maréchal vivoit il feroît mettre son fils à Saint-LasarCf que la comtesse et lui ne verroient point cette nouvelle nièoe. M. le maréchal de Boufflers en dit autant. Le cardinal et duc de MoalUes n'ont point vu M. le duc de Gramont depuis son retour; le duc et la duchesse de Guiche délogent de Thôtel de Gramont. «» (Lettre de la marquise d'Huxelles, da22 juillet.) —Voir l'addition de Saint-Simon, tome fX, page 497. .

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1,000 écus de pension du' roi il y a quelques années, quand elle se fit catholique.

Jeudi 16, à Marly. — Le roi courut le cerf Faprèsdinée et ne revint de la chasse qu'à six heures ; il se promena ensuite dans les jardins avec madame la duchesse de Bourgogne et madame de Maintenon. Monseigneur le vint joindre au mail; le roi y a vu jouer presque tous les jours ce voyage-ci, et fait faire un grand mail nouveau, où l'adresse des bons joueurs paroltra davantage; mais il ne sera pas si à la main que celui-ci. Après le souper du roi il arriva un des gens de M. de Chamillart qui apporta au roi une lettre de ce ministre, qui est allé à Paris; il mande à S. M. qu'il n'a pas encore déchiffré les lettres de M. de Vendôme qui sont venues par un courrier parti de devant Chivasle 10. H. de laFeuillade avoit joint le 9 avec dix bataillons et trois escadrons de dragons ; mille chevaux des ennemis l'avoient suivi dans sa marche durant trois jours sans oser l'attaquer, mais ils croyoientle pouvoir empêcher dépasser au pont de Lens sur la Sture, où il y avoit quatre cents hommes de l'infanterie de M. de Savoie. M. de laFeuillade étoit résolu de forcer ce passage pour joindre H. d'Estaing, que M. de Vendôme envoyoit au-devant de lui avec ti*ois mille cinq cents chevaux etvingt compagnies de grenadiers : mais xM. de la Feuillade n'eut pas besoin d'attaquer ce poste; l'infanterie ennemie l'abandonna bien vite, et leur cavalerie, voyant paroltre la tète des troupes de M. d'Estaing, qui les chargea brusquement, fut mise en déroute fort promptement. Nous n'avons perdu quasi personne à cette action, et les ennemis, àTavçu des prisonniers et des rendus, y ont perdu trois cents cavaliers ; nous y avons pris cent chevaux et cinquante cavaliers ou officiers presque tous blessés. Le siège de Chivas va fort bien; nous étions lo^és dès le 9 sur le chemin couvert , et notre logement embrasse tout le polygone de ratt«'ique; les assiéiiés a voient fait une sortie quelq»ies jouin au para-

nnuAvr ito*;. S69

vant et avoient été rudement repoussés avec perte de plus de deux cents hommes; les grenadiers d'Auvergne s'étoient fort distingués à cette action-là. M. de Vendôme devoit faire marcher le 11 neuf bataillons et dix escalirons pour l'armée de Lombardie et partira lui-même le 12 pour l'aller commander ; il laisse à M. de la Feuillade le commandement du siège de Chivas et emmène les lieutenants généraux plus anciens que H. de la Feuil- Inde.

Vendredi 17, à Marly. — Le roi travailla le matin avec le P. de la Chaise, et l'après-dinée il se promena avec madame la duchesse de Bourgogne. Ljb roi^ pendant sa promenade^ se fit apporter un plan du palais du roi d'Espagne à Madrid^ que la princesse des Ursins lui a donné, et Mansart (1) trouve qu'il y a de quoi faire quel-

(1) « Rien n*e6t plus nécessaire et plus utile dans un royaume que les beauxarts : ils font venir l'argent de tontes parts dans les États où ils fleurissent, et Ton tire par leur moyen une espèce de tribut de tontes les nations; c'est pourquoi le roi n*a rien épargné pour les faire fleurir en France. Dès que ce monarque a commencé à réji^er par lui-même , il a établi des manufactures etTles académies qui les regai'doient uniquement, et il a récompensé ceux qui se distinguoient dans quelque art. 11 a donné les louanges dues à leur travail, de manière quecliacun a tâché à se surpasser, voyant que son travail lui produisoit en même temps et du profit et de la gloire. Les plus grandes guerres n'ont pas empéclié Sa Majesté,. au milieu des soins qu'elle donne aux affînires de son État, de faire attention à tout ce qui regarde les arts, qui fleurissent aujourd'hui dans ses États beaucoup plus qu'ils n'ont fait autrefois dans l'ancienne Rome ; c'est pourquoi elle se fait rendre c^ompte de tout ce qui les conoeme. Je dois vous dire à ce sujet qu'il y a deux mois que l'on fit des officiers nouveaux à l'Académie de peinture et de sculpture, dont M. de Cotte fut nommé vice-protecteur. Il n'y en avoit point eu depuis M. de Villacerf, (jui l'étoit sous M. de Louvois, dans le temps que ce ministre étoit surintendant des bâtiments et par conséquent protecteur de l'Académie. Je ne dis rien de M. de Cotte, sinon que le titre qui lui vient d'être donné convient parfaitement k un liommc qui connolt les beaux-arts , qui les aime et qui travaille continuetlement à les faire atteindre au souverain degré de perfection qu'ils doivent avoir pour répondre aux intentions du roi. M. Mansart, en rendant compte au roi fUi ce qui s'étoit passé en cette occasion, dit à Sa Majesté que M. Joiivenot, peintre, avoit été élu directeur delà même académie, ce qui lui donna lieu i\o. parler à ce prince de quatre grands tableaux faits par ce nouveau directeur. Ils «ont rhnnm de vingt pieds de longueur sur douze de hauteur, qui re-

•70 JOlTRlSAt DE DAHGEAU.

que chose d^ beau sans beituçoup de dépense. — On a nouvelle que Huy s'est rendu; les ][>rècbes n'^tpjent point encore raccommodées; nous n'avioqs que qpatre^ cents hommes dedans. — Rappris que le maréchal d'Estrées, présentement doyen des marécnauxde France, 'nçportoit point à son carrosse Tépée du connétable à un côté de ses armes. M. de Duras la portoit, et cela avoit parti extrao^ naire. Le roi n'a pas voulu que cet usage-U s'établit, et les maréchaux de France ont tous été d'avis que leur doyen ne porte point cette marque 4^honneurj qui n'appartient qu'au connétable*. — Un repteuf de SorboDW, haranguant l'assemblée du clergé, où les jésuites avoient été conviés, parla contre eux très-fortement; ils s'en sont plaints au roi, qui a ordonné au cardinal de Noaillesde faire de fortes réprimandes à ce recteur.

* Le doyen des maréchaux de France n'a rien par-dessus lessotm que la coooétablie chez lui et rassemblée des paarécbau^ de France pour juger ce qui se présente de leur cpmpétence. f^'aucieD (k ceux qui se trouvent ici a le$ mêmes droits en absepce du doyen, quia seu* lement quelque ciiose en appointements plus que les autres. On ne sait donc où M. de Duras avoit imaginé une singularité à ses aimes fâ n'a voit ni fondement, ni réalité , ni exemple ; mais comme H éloitde longue main sur le pied de faire et de dire au roi tout ce qu'il loi ptat* soit , ni le roi ni personne n'osa contredire Timagination dont il sV gît , mais qu'on ne laissa pas subsister après lui.

préflenteot, l'un lliirtoire de la résurrection du Lazare, l'antre Notre-Seipesr

qui dit à ses apAtres de quitter la pèche pour le suivre, le troisième !Mr^

Seigneur à Ubie chez le Pharisien et le quatrième Notre-Seigneur qui àam

les marchanda du Temple. Le bien que M. Mansart dit au roi de ces taklffn

fit que Sa Magesté souhaita de les voir, et M. Jouvenat reçut ordre de les faîR

porter à Trianoo. Ce monarque les examina longtemps en parfait eonBoisMr

et en remarqua les grandes compositions, la distribution des lnnièfei,h

force du dessin et les expressions, et Sa Majesté dit sur toutes cet parties itf

sentiment avec une justesse admirable et qui Ait fort glorieuse à ranlear. Ce

prince lui dit quHI étoit très-content, et qu'il les tnwvolt beaux en tootssiss'

parties. Monseigneur, qui les avoit déjà vus avec beaucoup d'appliatioe»hi

avoit aussi admirés, et les applaudissements qui Airent donnés à ces taUMS^

par la maison royale Turent suiviK de ceux de toute la oour. » ( IfercnretfM.

pages à à 11.)

Smnedi 1S> à Trimm. — Le roi, après spo d|per à Narly, alla courre le cerf. Monseigneur et meeseigneurà ses eiifauts ^toient à la chasse , et le soir le roi vint i«i» où il demeorera dix jours. Mouseigueur, après la chasse, vint ici avec madame la princesse de Cgaty ; il prend ici Tancien appartement qu'avoit le roi. Monseigneur le duc de Berry prepd celui qu'il quitte y et ipopseigi^eur Ip duc de ppurgogne retourne toujours coucher 4 Versailles et il y fait même plusieurs voyages durant la journée. — Qi) p^rle dans Tarmée des enneqais ep Flandre d'un gran4 détfhchemept poi;r TAUeinagne^ la maladie s'est tfi\se 4ai^s l(9ur cavalerie plus violepuipent qu'elle n'étoit r^nnée passée danslanôtre, et M. de Marlborough a perdu en deux jours soixaute-douze chevaux de son équipée. L'électeur de Bavière et le (naréchal de Yilleroy apport|snt de grandes précautions pour empêcher que cette maladie ne passe ^ dans notre armée. -^ Madame la duchesse d'Elbeuf * est reveque d'Italie , apf*ès ^voir laissé madame la duchesse de Maqtoue à Casai, et assure qu'elle est fort heureuse e| fort contente de ce mariage.

* Madame d*FJbeuf eut besoin de toute la protection de madame de Maintenon pour la raceommoder sur 4e mariage de sa fille et son ypyage dltalie, où sa fille manqua de tout et fut très -malheureuse; mais il fait bon battre glorieux. L'affaire de madame d'Ëlbeuf étoit faite; elle comptoit sur une sûre ressource qui ne lui manqua pas, et se consola, en attendant, de la disgrâce. Madame de Maintenon, en arrivant des îles, avoit été retirée en Saintonge et à Paris Ohez madame de Neuillan, mère de la duchesse de Navailles, mère de madame d'Elbeuf. Cette vieille Neuillan étoit d'une telle avarice Qu'elle gardoit la clef du coffre à Favoine et la confioit à madame de Uaintenon, pour la voir mesurer et donnera ses chevaux. Elle fut là jusqu'à son mariage avec Scarron, et conserva depuis pour la maréchale de Navaillei et pour les siens beaucoup d'amitié et de considération.

Dimanche 19^ à Trianon, — Le roi tint conseil le matin à son ordinaire et travailla Taprès-dinée avec M. de Chamillart^ ensuite se promena dans ses jardins jusqu'à la nuit. Madame la duchesse de Bourgogne se trouw un

S7Î JOURNAL DE DAISGEAU.

peu incommodée le isoir; ses eaux lui font du bien^ mais elles la tourmentent. — Le maréchal de Tessé est arrivé à Madrid. Le roi d'Espagne lui avoit écrit pour lui ordonner d'y venir^ et la lettre étoit pleine de louanges et de remerclmenis des services qu'il lui a rendus cette campagne. Les levées se font en ce pays-là avec beaucoup de succès^ et Ton espère^ à la campagne de l'automne , être plus fort que les ennemis. — Par les lettres du 11 qu'on a reçues de l'armée de M. le grand prieur on aj^rend que le prince Eugène avoit fait investir le 10 la petite ville de Soncino, où nous avons laissé trois cents hommes sous un gouverneur espagnol ; on y a mis avec lui on capitaine [du régiment] de la Marine^ homme de réputation. Nous y avons beaucoup de farines. H. de Vendôme de voitarriver le Ifc, et les troupes qu'il fait venir du camp devant Chivas arriveront le 16. — On mande de Flandre que milord Marlborough a obtenu des États Généranx le consentement pour attaquer nos lignes.

Lundi âO, à Trianon. — Le roi se fit saigner par pure précaution ; il alla à la messe à midi et demi; il travailla Taprès-dlnée avec M. Pelletier à son ordinaire, li se promena le soir^ marcha longtemps à pied, et nonsdit à son coucher qu'il ne s'étoit point trouvé si bien depuis trois mois. Les grands couchers ne sont point encore rétablis ; il se couche à l'heure ordinaire ; mais il n^entre À ce coucher que les brevets d'affaire. Madame la duchesse de Bourgogne prit médecine. Monseigneur et messeigneurs ses enfants allèrent coucher à Villeneuve- Saint-Georges. — Il arriva un courrier de M. le maréchal de Villars qui n'apporte pas de grandes nouvelles. Notre armée subsiste dans les pays ennemis ; nous ne pouvons rien entreprendre sur Lauterbourg; on parle de faire un détachement de celtg armée pour envoyer à M. de Vendôme, mais cela est fort incertain. — M. de Berwick mande de Montpellier que la Vallelte et Marion , lpsdeii\ plus fameux chefs de ce qu'il reste de camisards , se sont

JUILLET 170iJ. : 373

rendus et font espérer de persuader à tous les autres de iaire de même, à Texceptioa d'un nommé Clario, plus obstiné que les autres.

Mardi 21, à Trianon. — Le roi tint conseil de finances comme à l'ordinaire et travailla Taprès-dlnée avec M. de Pontchartrain, et ensuite se promena dans les jardins. Monseigneur^ qui avoit couché à Villeneuve-Sain t-Georges^ courut le cerf dans la forêt de Sénart^ et vint ensuite à Heudon^où il demeurera jusqu'à dimanche. Messeigneurs ses enfants^ qui étoient à la chasse avec lui^ squpèrent à Meudon , et revinrent ici le soir. — Il arriva un courrier le matin de H. le maréchal de Villeroy^ par lequel on apprit que les ennemis étoient entrés dans nos lignes ; ils ont passé entre Leawet Fabbaye d^Heylesem. On ne sait pas encore beaucoup de détails de cette malheureuse affaire^ on sait seulement que nous y avons eu cinq ou six cents hommes tués^ que M. d'Alègre a été pris^ que le comte de Horn est pris ou tué^ que M. de Valence^ aide de camp de M. de Biron, a été tué ; que M. de Marlix>roughy après cette affaire-là^ s^est avancé jusqu'à Tirlemont ; que rélecteur de Bavière et M. de Villeroy, après une grande marche , sont venus camper à Bethléem sous Louvain ; Us ont la Dyle devant eux^ qui les sépare des ennemis; l'affaire est très-mauvaise^ et Ton en sait peu de circonstances. — Il arriva le soir un courrier de M. de Vendônie> parti du 16; ce prince joignit Farmée le 14» et trouva Farmée campée à Ombriano ; il passa le 15 le Sel'io; il alla camper àFiesco, où il a sa droite, et sa gauche à Izano. Les ennemis marchèrent aussi de leur côté et vinrent camper leur droite à Romaningue^ où est leur quartier général, qui n'est pas à plus de deux milles du nôtre, et leur gauche tirant du côté de FOglio, laissant Soncino derrière eux. Ils prirent le 12 cette petite ville, dont la garnison se rendit à discrétion ; elle étoit composée de trois à quatre cents hommes , nous y avions quatre mille sucs de farine. M. de Vendôme fait ouvrir

S74 JOURNAL DE DAAGKAD.

des chemins sur sa droite ; il a été rejoint parle régiment de dragons de Belle-lsle et troiâi des sept bataillons qne nous avons sur TAdda. Albergotti devoit arrive^ le 18 arec les dix escadrons et trois compagnies dés hussards qui Viennent de Tarmée de PiéihoUt. H. de yendôme envoie m. de Bissy commander daiis Mahtoue, et a détacha le comte d'Uzès avec six cents chevaux et trois cents dragons avec ordre d^aller à IJstiano et i Gasolo, en cas qtie les enilemis ne s'en soient pas déjà emparés.

Mercredi 22, à Trianon. — Le roi prît médecine el tint l'après-dinée le conseil (Jti'il àtirbit tenu le matin: il travailla ensuite avec M. de Ghâmillari. ttonseignéinr revint ici de Heudon pour le conseil et puis y retourna coucher. Madame lA duchesse de Bottrgô^e a recommencé à prendre ses eaux. — 11 arriva le soir un des gens de M. de Pontchartl^in , qui edt â PontchartraiA;il apporta au roi un gros paquet. Tout ce que nous en avons su est que la flotte ennemie avoit parti devant Gidil le 10 de ce mois^ et que le 11 elle avolt remis àla voile^s'avançant vers le détroit^ qu'on croit inème qn'dle a paâsé. — Il n'est point arrivé aujourd'hui de cornrier du maréchal de Villeroy; il a pourtant mandé au roi qu'il en enverroit tous les jours. On a appris par des lettres que quelques particuliers ont reçues que les enneniis avoiënt passé les lignes entre Leaw et Heylesem; ^ que H. de Biron, qui avoit marché à eux le premier, avoit déjà trouvé beaucoup de leur cavalerie entrée; il n avoit avec lui que six escadrons ; M. de Roquelaure vint ensuit avec trente escadrons ; qu'il chargea trois foie les ennemis quoique fort supérieurs. Les trois compagnies des gardes du roi d'Espagne y ont souffert; un des commandants y a été tué ; les deux autres y qui sont don Va- 1ère et don Bénite^ ont été pris ^ et don Bénite est blessé. MM. de Roquelaure et deBiron ont en des chevaux blessés de coups de pistolet. Chamlin, brigadier de cavalerie, ya été tué ; le comte de Hom^ qu'on croyoit tué^ est prîsoaliier.

Jeudi Û'iy â Trianoh. — Le roi ne sorUt point de tout le matin. Sor les six heures et dediie lé roi^ la reine et la princesse d'Angleterre artitèrent; le roi fut avec eux quelque temps bhez inadamê de Maihtenon et puis les jnena à la promenade. II se tint sur la balustrade qui est au-dessus du canal avec la reine , et i^irent embarquer le roi d'Angleterre , la princesse sa s<£ur^ madame la duchesse de Bourgogne , monseigneur le duc de Berry et plusieurs des jeunes dames angloises et françoises^ qui allèrent se promener et souper â la Ménagerie, où les officiers de madame là duchesse de Bourgogne les servirent magnifiquement. Il n'y eut à ce souper ni fauteuils, ni cadenas, ni soucoupe ; ils étoient dix-huit à table. Après le Souper ils dansèrent aux chansons , et jouèreUt à de petits jeux dans le salon. Ils se rembarquèrent à dix heures et demie et trouvèrent le roi déjà hors de table ; il avoit soupe avec la reine, monseigneur le duc de Bourgogne^ Madame, madaine la duchesse d'OrléaUs, madame la Duchesse , madame la princesse de Conty, quelques dames angloises, et avoit retenu madame de Beauvilliers et madame de Dangeau. — II arriva le matin un courrier de H. de Tessé, qui est à Madrid; les lettres sont du i6; ils écrivent de concert, ce maréchal et H. Amelot, et ont ttvec eux M. Mélian, Intendant de l'armée, et Orry. Us sont tous contents les uns des autres et demandent dès ordres ^our la campagne de Tautomne. La flotte ennemie fdit voile vers la Méditerranée; ils ont nouveUe sûre que Famirante de Casiille est mort à Portalègrè; on espère que cette mort produira de bons effets en Portugal et dans le dedans de l'Espagne, où il avoit eiicore quelques créatures. Il laisse un frère qui s'appelle le mdrquis d'Aleanises, qui est retiré à la campagne assez infirme et qui ne s'est jamais mêlé de rien. L'a mirante avoit sôixante^deux ans. U laisse aussi une sœur qui avoit épousé en premières noces le marquis de Liche^ et en secondés uoèes le due d'Arcoè^ frère de la duchesse

S76 JOUUINAL l)K DAWGEAU.

d'Allié. — M. de Villars est toujours dans son même caoïp au delà de Weissembourg et va faire faire le siège de Hombourg par M. de Refuge, qui commande à Metz et qui sert de lieutenant général dans son armée.

Vendredi 2k y à Trianon, — Le roi travailla le matin avec le P. de la Chaise, comme il fait tous les vendredis, et alla Taprès-dinée se promener à Marly. Monseigneur, qui est à Meudon, prit médecine; madame la duchesse de Bourgogne alla le voir; elle y soupaà huit heur». Monseigneur le duc de Bourgogne y étoit arrivé un peu avant elle, et ils en revinrent ensemble pour voir le roi à son souper. — On avoit fait courir le bruit que les enD^ mis, après être entrés dans les lignes, avoient pris Leaw; mais cela ne s'est pas trouvé vrai ; ils n'ont pas seulement songé à l'attaquer. Les ennemis sont campés à Tabbaye du Parc, qui n'est qu'à un quart de lieue de LoaYain; notre camp n'en est pas plus éloigné ; la Dyle est tùitt deux, et on croit que les ennemis songent à la passer. Ils prirent à Tirlemont le bataillon de Montluc, qui éloit un nouveau bataillon fort foible et fort mauvais. Le roi a donné de grandes louanges à Carsmian, qui commandoit les onze bataillons qui dégagèrent notre cavalerie, et ces onze bataillons ont très-bien fait leur devoir, et il n'y en a qu'un d'eux qui ait souffert dans cette action , qoi est le régiment de los Bios; les dix autres bataillons étoientles quatre d'Alsace, les deux de laMarck, lesdeai de Gondrin , celui de Ligne et celui de Zuniga ; ces deui derniers sont espagnols.

Samedi 25, à Trianon. — Le roi tint le matin conseil de finances. Madame la duchesse de Bourgogne a recommencé à prendre ses eaux, qu'elle avoit discontinué pendant deux jours. Monseigneur le duc de Berry idla diner avec Monseigneur à Meudon . — Le roi, pour marquer oombien il est content de Caraman, lui assure la première place Vacante dans les gx'ands-croix de l'ordre de Saint- Louis, et lui permet en même temps d'en porter les ma^

. JUILLKT 170». 377

ques. Il n'y avoit point encore d'exemple que lé roi eut fait celte grâtce-là^ et H. de Chamillart lui a écrit une lettre dacts laquelle il Tassure en termes très-forts que le roi étoit fort content de lui. — il arriva avant-hier un courrier de M. de la Feuillade ^ ses lettres sont du 18. Il mande que le siège de Chivas va bien ^ un peu lentement à la vérité y parce qu^on ne peut pas^ôter aux assiégés la communication avec Tarmée de M. de Savoie; il espère^ malgré cette difficultè-là^ être maître de la place à la fin de ce mois. 11 est fort content de notre artillerie; notre canon et nos bombes font tout Teffet qu'on en pouvoit attendre y et Ton va travailler à une galerie pour passer le fossé^ qui est assez profond.

Dimanche 26^ à Trianon. — Le roi, après le conseil, travailla encore quelque temps avec M. de Chamillart et y travailla encore Taprès-dinée jusqu'à cinq heures. Monseigneur revint de Meudon pour le conseil et y retournera après le premier voyage de Marly. Le roi a dit à M. le comte de Toulouse de partir pour aller à Toulon , où il trouvera l'armée navale prête à mettre à la mer. H. le comte s'est offert de partir dans Tinstant; le roi veut qu'il ne parte que mercredi, et le maréchal de Coeuvres, qui va commander sous lui, partira jeudi. — Le bruit qui avoit couru de la mort du prince de Bade n'est point vrai ; il est guéri et va revenir commander l'armée de Fempereur sur le Rhin. — Il n'est point encore arrivé de courrier du maréchal de Villeroy depuis celui par lequel on apprit que les ennemis étoient entrés dans les lignes; on sait seulement, par les lettres qui viennent par l'ordinaire, que leur armée et la nôtre sont toujours dans leur même camp auprès de Louvain.

Lundi 27, à Trianon. — Le roi alla après diner, sur les quatre heures, se promener à Marly et en revint à se^t. Monseigneur y alla un peu après le roi et revint un peu devant. Messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry allèrent tirer dans la plaine de Saint-Denis; ils

378 JOURNAL DE DAI<iGËAU.

commencèrent à chasser à une heure, et ne finirent qu'à la nuit. — Sainte-Marthe, courrier du cabinet, arriva de l'armée de Flandre, où le roi Favoit envoyé ; il en partit hier à quatre heures du matin ; les armées sont toujours dans la même situation. H. le maréchal de Villeroy â écrit au roi sans vouloir acciiser personne de la malheureuse affaire des lignes ; il n'a eu aucun tort dans cette occasion-là et a eu Thonnéteté dé ne point rejeter là faute sur personne. — Il arriva un courrier de M. de Vendôme, parti le 21. Voici la relation d'une petite affaire qui s'est passée dans ce pays-là et de là situation où est notre armée : M. de Vendôme partit le 20 du camp de Soricine avec six compagnies de grenadiers et six cents chevaux , des piquets de la droite y à dessein de reconnoltre le camp des ennemis ; il y arriva sur les six heures du soir, et la vivacité de nos grenadiers fut si grande qu'ils les emportèrent avant qu'on eût eu le temps de les recoftnoitre, quoiqu'ils fussent presque imprenables et défendus par quatre cents hommes, dont il y en a eu grand nombre de tués et environ quatre-vingts faits prisonniers , parmi lesquels sont le lieutenant-colonel qui les commandoit et un capitaitîe. Ce poste étoit soutenu par deux cents chevaux, qui ne parurent point; oti y prit un drapeau et on pilla ce petit camp , qu'on trouva encore tendu; cela ne laissa pas d'embarrasser les ennemis. Cétoit H. de Caroll, lieutenant-colonel da régiment de Berwick, qui commandoit nos grenadiers aux ordres de H. de Chàteau-Morand, brigadier de cavsh lerie, qui commandoit le détachement et qtlî, avec le chevalier de Forbin , se tint pendant cette action ft la tète des grenadiers ; nous n'y avons perdu que cîtiq ou six hommes. Sitôt que l'affaire fut finie , M. de Vendôme envoya chercher deux brigadiers d'infitoterie, qui passèrent cette nuit-là dans ces retranchements, et le 21, ait point dti jour, on changea la situation dis notre caiïip, ddnt la drcntB est présentement appuyée aux quatorze naviglies^ avec

JUILLET i70i{. 874

un cbrps dMiifantèrie et de dra^ohs qui oc'cu|>e le village de Genivolte, qui est au delà; notre gauche et notre quartier génél*al soiit à ^rîcine. M. le grand priëul* partit le 21 avec onze escadron^ et sept bataillons pour aller sur le bas de POglio, d'bù Ton avoit appris le matin que les ennemis hvdient un feorpis semblable avec lequel ils ftttaquolèiitllal*cariay où nous avons cent hommes; on espère ^'il les etiipêchefa d^etébuter leur desseiri.

Mardi 28, à Triûnon. — Le roi tint conseil dé finances le matin et travailla Tâpi^s-dlnéé avec M. de ^bntchartrain , comme il fait tous les iHaltlis ; il alla ëe jiroiiiener sur les six heures, et madame la duchesse de Bourgogne le joignit à sa prOmetl&dfe. — Itilord Marlborough avoit voulu faire pa&er la Dyle à quatre bataillons anglois par un gué défendu par le régiment du roi ; Tescarmouchë lut vive; le piquet du régiment des gardes, eniendant tirer de ce c6té-là, y vint ; c'étoit en plein jour. Les Anglois furent rudement repoussés, on leur tua <finq où si IL cents hommes; mais lelir entréprise parut fort audacieuse et fait croire qu'ils f^ont bientôt quelque autre entreprise, d'antaht plus qu'ils ne sauroient de- ' meurer longtemps dans le camp où ils sont, y manquant de fourrages et étant obligés de faire venir leur pain de fort loin. — M. de Léganès a passé par Bayonne (1) ;

(t) A BayoHM^ eè 1S« jnM 1705.

■ Le brait qui s'est répandu de nuureaii qne vous a«m Uentdt M. le mtrqiiift de Lëganès n*eat pas «am fondemeot , car on écrit de Madrid que les ofdrei» soot donnés pour ie tranafërerde PampeiiiiK'à Bàyoaae. U y a nêmedes lettres qni maniiient que Ton travailte à son procès et4|0e roii le dit crimniel et île part à la conspiratioD. Ceux qui le ooBnoisaenI ne le penrent pas croire, parce qu'il a toujours pat»6e pour un parfaitenneiit honnâte liomroe. Si leflntoe de ramlrantel, par ses extravagances, pouvoit se faire chasser de prison , je ne ^ trottveroia pas trop insensé ; il est à qraiadre qo*il ne le devienne tout à Dut. Un bomoie qui s*est vu les biens, les bonnaura et qui se voit privé de quoi vivre peut bien avoir la cervelle tournée. 11 est à pÛndre,inais je serois bien facile de lui faire compagnie.

« Madame la princesse des Ursins a p%wé ici; elle avoit un courrier devant eUe qfà filncanr ka cb«vaux de poste à Uportn d'ËspagpM l'attandre, et tra-

380 JOURNAL D£ DAJMGEAU.

on le mène au Château Trompette. — M. de Castelmoron» lieutenant dans la gendarmerie^ et M. de Riants, ofiicier dans ce corps^ qui avoient été retenus prisonniers àUlm, ont été renvoyés. Castelmoron est arrivé à Paris ; on retient encore à Ulm Plancy^ lieutenant dans ce corps^ et Dargelos^ colonel du régiment de Languedoc.

Mercredi 29^ à Marly, — Le roi tint conseil le rnatia à Trianon , travaiUa Taprès-dinée avec M. de Chamillart, et sur les cinq heures il vint ici^ où il demeurera dix jours. Monseigneur partit après dîner de Trianon , passa à Heudon et aUa coucher à Villeneuve Saint-Georges. Monseigneur le duc de Berry, qui y alloit coucher aussi y partit à onze heures et alla tirer des faisandeaux dans la

versa la ville sans s^arréter un moment. M. de Gibaadier, lieulauutderoi, qui avoit des paquets à lui rendre, ne sut ims, aussitôt qall Teût voulo, aoo arrivée. II se trouva cependant à la porte avant que Ton eût changé de cheraui. 11 m'a dit qu'elle Tavoit reçu avec beaucoup.d 'honnêteté , et arriva à dnq heur» après midi à Saint^Jean de Lus, où un bourgeois d'ici avoit été, quatre jours avant, lui Taire préparer une maisonl Elle y a demeuré sept jours pour s'y reposer; elle sortoitpeu , faisoit la sieste et écrivoit le reste de la journée. (Mques Espagnols sont venus la voir. On lui a donné une foia le divertisseneit el danse basque de tous les garçons et iilles de Saint-Jean de Lus qui se trou, voient sur la place devant sa maison avec des tambourins ; cela à qnafav lieiires. Elle les honora de sa présence un demi-quart d'heure, qu'elle resta sar son balcon I et à six lieures le peuple se retira , qui n'a voit pas froid. Les équipages de la reine d'Espagne l'attendoient à Irun. Elle a bien cinquante personnes à sa suite. Elle s'habilla, le jour qu'elle est partie, en Espagnole. Le commandant de Socaa lui fit tirer neuf coups de canon ; elle en eut sept à Bayoaiie, qui est tous les honneurs qu'on lui a Taits. C'est une dame qui gouverner! ei Espagne , à ce qu'il parolt ; elle a montré des lettres de la reine qu'elle reçotà Saint-Jean de Lus , qui sont des plus obligeantes. Cette princesse lui marque dans une qu'elle ne lui écrit pas en reine, mais comme la meilleure amie qu'elle ait au monde; elle l'a bien fait oonnoltre. Si on doit ajouter foi à ce que promet madame des Ursins, tout ira bien en Espagne. Dieu le veuille! nous en avons besoin.

« M. de Léganèsest arrivé aujourd'hui à six heures du soir, escorté pur huit gardes du corps du roi d'Espagne. L'infanterie n'est arrivée que denii*lMr( après lui. On l'a fait passer sur nos glacis , et s'est embarqué vis-à-vis la cilidelle, où il a trouvé son gîte prêt. Nous ne le garderons pas longtemps. Il p>^ sera chez vous au Château Trompette ou k Pierre en Size. » ( isltre trau' eritedanii ta Cotrespondance inédite de là mttrquige d'ÊÊnxelhs. )

forêt de Sénart. Monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne, après avoir dîné à Trianon, allèrent à Versailles, où ils demeurèrent jusqu'à cinq heures, et puis vinrent ici et joignirent le roi à la promenade. — M. d'Aubusson , mestre de camp de cavalerie , apporta au roi le matin la nouvelle de la prise de Hombourg; c'est M. de Refuge qui a fait ce siège avec dix bataillons et douze escadrons. La tranchée a été ouverte trois jours, et l'on étoit encore à une portée du mousquet de la place ; il y avoit neuf cents hommes dedans des troupes de Vélecteur palatin, qui auroient fort bien pu tenir encore dix ou douze jours. — Le soir, au coucher du roi, M. de Pontchartrain apporta au roi la nouvelle que la flotte ennemie, qu'on avoit cru dans la Méditerranée, avoit paru encore le 13 à la hauteur de Cadix, mais qu'ils ne faisoient point la manœuvre de gens qui voulussent attaquer cette place.

Jeiidi 30, à Marly- — Le roi courut le cerf l'aprèsdlnée. Monseigneur et monseigneur le duc de Berrj^ qui avoient couru le loup le matin à Sénart , vinrent ici le soir. Madame la duchesse de Bourgogne, qui a achevé de prendre ses eaux , fut purgée. — M. le comte de Toulouse partit hier pour Toulon. M. d'O l'a suivi et servira de chef d'escadre sur son vaisseau; le chevalier de Comminges, quoique sans aucune charge y n'a pu se résoudre à le quitter et fera la campagne avec lui. M. le comte de Toulouse emporte des patentes pour commander sur terre comme sur mer ; il n'avoit point eu ces patentes les autres années. Le maréchal de Coeuvres , qui commandera la flotte sous lui, doit partir ce matin. — Madame la princesse de Conty, la mariée , a la petite vérole à Paris (1) ; il y a fort longtemps qu'elle n'est venue à

(1) « Madame la princesse de Conty a ia petite vérole à Issy; M. le Prince, son mari, e«t revenu de Marly s'enfermer avec elle. C'est M. Ciiauvin 4|iii la

9^1 JOmiq^l^ l>f^ DiNf^EAÎT.

la COUP. — ïl^ya Jf|er ^^ sfjirup cfiijppi^^ij iq||f^ de VUleroy à l'Étang ; mais pomme ^ n'apportoit ancunes' nouvelles importantes ^ 1(. ^e Çhamillart n'envof | point les lettres au roi pour ne pas le réveiller. Les a^ mées sont toujours dans leurs métne^ cao^ps; les eaQeniis disent toujoujra qfi'ils vont marcher pour noi|S venir attaquer. Le maréchal d^ YiUeroy couche toujoiirs toa( habillé depuis qi^'on est à ce camp-là.

Vendredi 31^ à Marly. — Le rpi ae p]:9aiena sur le3 six heures; piadame la 4^chesse de Bourgqgne et madame de Maintenon étoient èi la promenade avec le roi. — Il arriva un courrier de M. de Vendôme^ part^ de dimanche au soir. M. de Che^l0rault; qui m2UPphf[Ht& latéte du détachement que commandoit M. le ^raf^d pn^lir^ après avoir passé rpglio , trouva un fameux partisan do prince Eugène^ nommé Saint-Amour^ qui avpit ciiiq ceiits chevaux ; il ne s^attendoit pas à trouver les tjroupes de France à la gauche de TOglio et prit la fuite dès qu il vit nos escadrons. On le suivit yiveipeiit^ on luitfiabeaQ: coup de monde et on prit quarante prisonniers, plosoite de cette affaire, le9 ennemis, qi4 s^étoîent rendps maîtres de Marcaria^ Fabandonnèrent^ et une 4es raisons que nous avions eues de faire cp dé tacheinen^, c'étpif pour conserver Marcaria. Nous y avons remis garnison^ et nous marchons à Ustiano et à Canetto pour les reprendit. M. de Vendôme a un pont sur TQglio 4 la droite de son camp, et le prince Eugène ne sauroit plus avancer. On croit même, quand H. le grand prieur sera revenu^ que M. de Vendôme fera attaquer Soncino ; il est toiyoursdaus son même camp de Soricina, à la viie du camp des ennemis. Morangiés, neveu de la Fare et brigadier d'infanterie, est mort de ses blessures.

traite, médecin Tenu de Lyon qui acquiert de la répntetlon. » (LeUre de k marquUe fVHuxeiles ,[da3i juUlet.)

AOUT ITOU. f$9

SfffMdi VraiJt^t , à Jlf(irly. — Le roi , après ^n (ïtp<Br, alla courre le 6erf ; madame la duchesse de Bourgogne étoit avec lui danç sa palèche; Monseigneur et messeigneurs ses enfants étoient à la chasse. — Il arriva un courrier du maréchal de Villeroy^ parti d'hier au matin du camp de Gorbeck sur la Dyle. Il mande que le 30^ à la pointe du jouri on vit que les ennemis sedisposoient 4 faire des ponts sur la Dyle entre les viUages de Neer-Ische et de Ck)rbeck; ils ^voient déj^ fait passer d'assez gros détachements qui se rendirent maîtres de ces deux villages; ils avoient placé une partie de leur artillerie sur une hauteur, de Tautre côté de la Dyle , et beaucoup de bataillons le long de cette rivière pour s'en faciliter le passage. L'électeur et le maréchal de Villeroy iirent avancer des dragons soutenus de toute Tinfanterie, à l'approche desquels les détachements des ennemis se retirèrent eu Irès-grand désordre et furent suivis jusque de l'autre côté de la rivière par les grenadiers des troupes de l'électeur. L'armée ennemie, ayant manqué ce passage, a remarché en arrière et est allée camper à Meldre et à Tourines. Nous sommes campés présentement notre droite au village de Neer-lsche et notre gauche débordant un peu Louvain. Nous avons perdu à cette occasion trois officiers et une trentaine de soldats tués ou blessés. Les ennemis y ont perdu assez de monde par notre canon, qui étoit sur des hauteurs supérieures à celles qu'ils occupoient et où ils étoient fort pressés, si bien que tous les coups portoient. L'électeur et le maréchal sont charmés de la bonne volonté que nos troupes ont fait paroitre. — 11 arriva un courrier de M. de la Feuillade, qui a passé rOrco avec sa cavalerie pour attaquer celle de H. de Savoie, qui étoit de l'autre côté de cette rivière et qui s'est retirée , voyant arriver, la tète de nos troupes ; nous avons pris leur camp, où nous avons trouvé assez de vivres. Le siège de Chivas va bien ; nous sommes logés dans la demilune; mais derrière cette demi-lune il y en a encore une

384 JOURNAL DE DANGEAJL

vieille, qu'ils ont fait réparer. Les lettres de M. de la Fenillade sont du 27.

Dimanche 2, à Marly. — Le roi tint le matin conseil à son ordinaire; Monseigneur et monseigneur le duc de Bourgogne y étoient. Le roi travailla l'après-dlaée avec M. de Cbamillart jusqu'à six heures et puis alla tirer. — On eut des lettres de Madrid du 22 parTordinaire. Le roi d'Espagne a donné la grandesse au prince de Tzercla^^, et tout se prépare pour faire une belle campagne d'automne. Le gouverneur de Morvaon a été obligé de se rendre aux Portugais, après avoir été investie longtemps et manquant de vivres; ils ne lui ont point tenu ]|l capitulation qu'ils lui avoieut promise. — Le roi fait venir le maréchal de Marsin en Flandre, comme on Favoit résolu quand les ennemis abandonnèren t la Moselle , mais cette résolution avoit été changée depuis. On a nouvelle qu'il est parti de Weissembourg ; ainsi on le croit arrivé. — Le roi a donnéà Louvigny, fils alué du duc de Guiche, le régiment qu'avoit Morangiés, qui vient de mourir en Italie.

Lundi 3, à Marly. — Le roi travailla l'après-dloée avec M. Pelletier; il n'y eut point de conseil le matin. A six heures le roi alla à la promenade avec madame la duchesse de Bourgogne. — Il arriva le matin un courrier du maréchal de Villeroy, parti d'hier à la pointe du jour. Les ennemis avoient fait un grand mouvement de leur cavalerie, marchant du côté de Vaure, et puis étoient rentrés dans leur camp ; ils avoient fait le jour de devant . im grand fourrage pour trois jours. Ils ont perdu plus de monde à l'action de Trente qu'on ne Favoit cru d'abord. — Quelques patrons de bâtiments arrivés à Marseille ont assuré que, le 17 du mois passé , ils avoient laissé la flotte ennemie au cap Spartel ; elle n'étoit pas encore dans la Méditerranée. — M. le comte de la Motte, avec le corps qu'il commande, s'est mis au confluent de la Dyfe et du Domer, qui est l'endroit où le maréchal de Villeroy

avoil envoyé Caraman^ et Caranian, avec son détachement; rejoint Tannée.

Mardi k, à Marly. — Le roi tint le matin conseil de finances à son ordinaire ; Faprès-dinée il courut le cerf. Monseigneur et monseigneur le duc de Bourgogne étoient à la chasse. Monseigneur le duc de Berry partit d'ici à onze heures, alla tirer dans la plaine de Saint- Denis deux cent ving-cinq pièces de gibier, qu'il apporta; jamais homme n'avoit tué tant de gibier dans un jour^ et il ne tira pourtant que durant sept heures. — M. de Chamillart alla trouver le roi, qui revenoit de la chasse; il le trouva auprès du nouveau mail. Il lui mena le marquis de Lambert^ que M. de la FeuîUade avoit fait partir jeudi dernier, 30 juillet. Il porta au roi la nouvelle que M. de Savoie avoit abandonné Chivas, Castagnette et toutes les hauteurs qu'il occupoit entre ces deux places; qu'il s'étoit retiré vers Turin; qu'il ne lui restoit de troupes que quatre mille hommes d'infanterie et guères plus de trois mille chevaux. M. de la Feuillade avoit fait partir son écuyer un jour devant H. de Lambert pour rendre compte au roi d'une action qui s'étoit passée le 28 ; mais cet écuyer avoit ordre de passer à Milan pour en porter la nouvelle à M. de Vaudemont, et il aura passé par le mont Simplon, et M. de Lambert a passé par le val d'Aoste, qui est le plus court. Voici ce que nous avons appris de cette action : M. de la Feuillade , qui avoit passé rOrco quelques jours auparavant , comme nous l'avons marqué, fit attaquer le 28 la cavalerie ennemie^ qui s'étoit retirée entre le Melo et la Sture ; elle prit la fuite dès que la tète de nos troupes parut. Le chevalier de Mianne, quia commission de colonel de dragons depuis peu, étoit à la tète de notre première troupe ; il poussa les ennemis jusqu'à la Sture, qui n'est qu'aune lieue de Turin. On leur a pris cent cinquante officiers ou cavaliers , six étendards, deux paires de timballes; on leur a tué plus de trois cents hommes, et nous n'y avons perdu personne , T. X. 2r>

Jlfi^ JOURNAL DR QANGEAU.

car ils n^oat fait aucune défepse , et c'est cette action-là qui a obligé M. de Savoie d'abandonner Chivas et tous les postes qu'il avoit là. |Lie dessein de H. de la Feuillade étoit de lui ôter toute communication avec Turin , et cela se seroit e:|écuté s'il avoit attendu encore deux jours à se retirer ; c'étoient les dragons de Bautefort qui étoieot à la tète des troupes ef M- da Hautefort, brigadier, qui commai^doit tout le corps des dragons.

Mercredi &, à Marly. — Le roi tint le matin oonseil d'État à l'ordinaire ; il travailla Taprès-dlaée jusqu'à cinq heures avec M. de Chamillart^ et sur les cinq heures il alla tirer daps son parc. — Le roi, hier au conseil de ûnanceSi diminua les tailles dans beaucoup de provinces, selon les mémoires qu'il en avoit reçus des intendants, et donnera ce soulagement à ses peuples partout où qd jugera que cela est nécessaire. Oa va examiner pour cela tous les mémoires des intendauts, qui ont eu ordre de les envoyer. — Le comte de la If otte n'est point au conâueot ie la Pyle et du Demer, comme on Tavoit dit; il est demeuré sous Gand avec fort peu de troupes, et il écrit, du l*"' de ce mois, que le baron Spaar, qui commande un corps de troupes de Hollande près de l'Écluse, a été renforcé de quelques bataillons , et qu'il est fort à craindre qu'il n'entreprenne quelque chose de ce côté-là. — Od mande de TarfU^ de M. de Villars du 39 qu'il dei^oit marcher le 30 ; on croit qu'il va passer le Rhin à Strasr bourg pour faire vivre l'arniée sur le pays ennemi ; Ifô fourrages commencent à lui manquer dans son camp- U a détaché le comte du Bourg avec quelques brigades d'infanterie et de cavalerie, qui 3'est avancé sur la Blise vers Blicastel.

Jmdi 6, à Marly. — Le roi, après son lever, fut assez longtemps enfermé avec 11. de CbamiUart. ha chaleur fut excessive, et le roi ne se promena qu'à sept heures ; madame la duchesse de Bourgogne et madame de Maintenon étoient à sa promenade. Monseigneur se promeiia

iQPT 170». W7

4e SQD côté avec qpejques daines. — )j'^cuye)[' ide H. de la Feuillade arriva; il apporta les é^ndajrds pris au courbât du 28 auprès de Settimoi^t* — Q arriva & deux heures du m^tip un courrier de M. de Qd^^ qui mandoif que le baron Spaar^ qui sert les BoUandois, étoit entré dans le Franc de Bruges et da.ns des villages de la dépendance de Gand. On n'en savoit pas encope bien les dëiails ; niai$ le soir M. de Chamillart^ qui étoit à Paris, en eut la confirmation , et envoya, un paquet au roi, qui conta à son soqper que Spaar avoit passé le canal de Bp^ges à Bfalikerke lavec seize bataillons et deux régiments de 4i*agons, et étoit venu à Deinse; qu'il demanclQJt d# fortes contrit^utions et emmenoit plusieurs otages au pays par oi^ il p^voit passé. H. de Qacé envoie six bataillons poui' reaforcer le comte de la Hotte e|; lui aider à foire pepsu^er prompten^js^t les ennemis et tâcher de les combattre d^s levir retraite.

Vendredi 7, à 4'^r/y- — I^ roi se proinena dans ses jardips après la n^s^ et all.^ cpurre le cerf raprès-dlaée ; Monseigneur et inesseigneurs ses epfapjts étoient à la chasse. Au retour de la c)^asse le roi se promena avec madame la duchesse fip Poqrgogne et madame de l|aii^ tenon. . — Il arriva un courrier de M. de Vendôme qu'il envoie pour recevoir des ordres; il maa4e en mêmiB temps que les troupes dupriu^e Eugène ont abandonné Capetto^ mais qu^ils veulent soutenir Ustiano ; ils ont même quelques régiments campés spus cette placp; jll. le gr^nd prieur fait venir du gros c§.nou de Mbiotoue pofir Tatt^uer^ et U. d'Albergotti f?st à portée 4^ lui apepef* du renfort, s'il en a besoin. — L'électeur 4e Qavièjre ^, dpnné au comte de Milan la comr pagpip des gardes d'Espagne qu'avoit dou Qenite, e\ au comte d'Albert celje qu'avoit don Vjalère. Les armées de Flandre sont toujoui*s campées dans les mêmes endroits. On dit que les ennemis rassemblent toutes les garnisons, et il parctit toujours qu'ils veulent entreprendre quelque chose de considérable.

2ri.

Samedi 8, à Versailles. — Le roi se promena tout le jour à Harly et puis revint ici à la nuit. Monseigneur alla dineràMeudon^ où il demeurera quelques jours. Madame la duchesse de Bourgogne se trouva un peu incommodée; elle devoit aller à Saint- Germain voir la reine d'Angleterre , mais elle prit le parti de venir ici de bonne heure, et se mit au lit en arrivant. Elle se releva pour aller chez madame de Maintenon voir le roi et soupa avec lui à son ordinaire. — M. le marquis de Sesanne, frère du second lit du maréchal d'Harcourt par son père^ et delà maréchale d^Harcourt par sa mère, épouse mademoiselle de Nesmond , fille de celui qui étoit lieutenant général de la marine ; elle aura plus d'un million de bieo. — Il arriva un courrier de M. Amelot, ses lettres sont du 29. Madame la princesse des IJrsins devoit arriver le 3 de ce mois. Il mande qu'on a eu des nouvelles sûres que l'archiduc s'étoit embarqué le 19 à Lisbonne; ils douze vaisseaux de guerre avec lui et va joindre la grande flotte ennemie , qui étoit encore le 22 au cap Spartel. On parle différemment de son dessein ; mais la plus commune opinion c'est qu'il a quelque intelligence sur les côtes d'Espagne, et on craint plus du cdté de Catalogne qu'ailleurs.

Dimanche 9 , à Versailles. — Le roi, après avoir travaillé l'après-dinée avec M. deChamillart, alla tirer dans son parc. Madame la duchesse de Bourgogne alla à Saint- Germain voir la reine d'Angleterre, qui est plus mal que Tannée passée ; son voyage à Fontainebleau devient incertain. — Il arriva un courrier de M. de Vendôme, ses lettres sont du 3. Il mande que le prince Eugène avoit abandonné Ustiano avec assez de précipitation; si H. le grand prieur eût pu faire marcher son détachement aussi vite que M. son frère l'espéroit , on auroit défait aisément et sûrement trois mille hommes que le prince Eugî^ne avoit envoyés pour retirer neuf cents hommes qui étoient en garnison dans Tstiano. Le commandant de nos hus-

sai*ds en ce pays-là a demandé d'être mis dans Castiglione délie Stiviere^ et prétend pouvoir beaucoup incommoder les convois des ennemis. — r Le matin , au sortir du con* seily le roi donna à M. de Torcy 50^000 écus de brevet de retenue d'augmentation sur ses charges^ savoir 100,000 francs sur celle de .chancelier de Tordre du Saint-Esprit et 50,000 francs sur la charge de secrétaire d'État; il avoit déjà 500,000 francs sur cette charge et 50,000 écus sur celle de chancelier de l'Ordre , si bien qu'il a 800,000 francs présentement.

Lundi 10, à Vefsailles. — Le roi travailla l'après-dinée avec M. Pelletier, comme il fait tous les lundis, et puis alla se promener à Trianon. Madame la duchesse de Bourgogne alla àHeudon voir Monseigneur; elle y soupa de bonne heure et puis revint ici pour être au souper du i*oi. — Le détachement de l'armée de M. de Villars que commande H. du Bourg est employé, à ce qu'on croit, à faire le siège de Trafirbach ; on tire encore quatre bataillons de l'armée de M. de Villars pour les envoyer à H. de la FeuiUade, que Ton espère qui sera en état de faire le siège de Turin dans le mois de septembre. — Les troupes du baron Spaar, qui étoient entrées en Flandre jusqu'à Deinse, outrepassé le canal de Bruges et sont retournées dans leur poste ordinaire, ayant appris que MM. de Gacé et de la Motte marchoient à eux ; les pays où ils ont passé payoient> contribution et avoient fait un traité avec M. d'Owerkerke et signé quatre jours devant qu'ils marchassent , et le total de cette contribution étoit réglé à 4^00,000 francs ; ils ont fait brûler quelques maisons dans la verge de Menin.

Mardi 11» à Versailles, — Le roi travailla l'aprèsdinée avec M. de Pontchartrain à son ordinaire et puis alla tirer dans son grand parc ; il entra au Désert dans le jardin de madame la Duchesse,, où étoient madame la duchesse de Bourgogne , madame la duchesse d'Orléans et beaucoup de dames. Elles descendirent pour

i^ JOURI^AL DE DANGEAU.

ï^ecevoif le foi^ qui se pi^omena qtielqiië tenips â cheval clàtis le jardin et dads le hbik; madaine la dnchësse de Bourgogne marchoil à pied à côté de lui. Il leur donna les faisandeaux et les pei*dreaux qu'il aroit tués à sa chasse , les pria de les inangëi* ft leur soUper. Madame la duchesse de flourgogne comptoit de retournera Versailles pout» souper avec lui ; il lui dit qu'il ilè vouloit pas qu'elle y irevlnt, qu'elle ëtoit trbp régulière d'y être tous les jours, et qu'il étoit juste qu'elle se divertit quelquefois. Il ordonna qu'on agrandit le petit bois de Madame la Duchesse et puis revint ici. Madame la duchesse de bourgogne soupa à neuf heures au DéseH, où y 11 avoit vingtune dames, * et fut de retour ici asse* tôt pour voir le roi avant son coucher. Motiseigneur alla de Meudon è Livry, d'où il doit venit* jeudi ifci ; madame la princesse de Conty est de te peÛi voyage; monseigneur le duc de Berry y alla d'ici en bhassdut et ttta lui seul deux cent quatre-vingt-quatorze pièces de gibier. Monseigneur le duc de Ëoilrgoguetiroit aussi dans la plaitle de Saint-Denis et revint ici le mit, — On eut, par l'ordltiaîre, des lettres dé M. Améldt du 29. Il mandé que le 22 Tarchiduc éioii encore à Lisbonne, mais qu'on disdit toujoUK qu*il alloii mettre à la toile. La grande flotte ennemie étoit encore le 27 ail cap Spar tel . — L'empereur, mécontent du pape, a tappelé son ambassadeur, qui est déjà parti de Rome, et a envoyé ordre au nonce de feortir de Vienne. — Le roi a augmenté l'appartement du grand prévôt à Versailles en Id donnant celtiidufeU ducdeChoiseul, qui iouchoitausien. Mertndi 12, à VermilUs. — Le roi ttavailla l'aprtsdlnée jusqu'à cinq heures atec M. de GhatnillaH et pois alla se promener à pied dans Ses jal*dln&. >Au retodt de sa promenade il tf*availla bhec mftdaitte de MaintenoB avec M. de Chamillarl. Madame la dUbheisse de ftoorgo^e alla se promener & la Ménagerie. Motiseigneur, qui est à Livry, courut le loup, et le soir M. de Livry, qui avoit tait préparer un théâtre fort galant, lui donna iuk

AOtJT 1708. 391

comédie mêlée de chants et de dâh^es; tous les vers étoiént à la louange de madame la princesse de Conty.

— On eut par l'ordinaii*e des lettres de M. la Feuillade du â; il n'avoit point encore passé la Sture, mais il la devoit passer le 4^ et il mande que le 12 il ira à Suze s'aboucher avec H. d'Anget'villiers, intendant du Daùphiné.

— Les prisonniers que nous avons faits dans les trois ch&teâux qu'on a pris auprès de Weissembourg seront échangée contre les of&ciers et les soldats de Navarre qui furent pris Tannée passée à Hochstett, et on en va former un troisième bataillon pour ce régiment. Le roi donne à chaque capitaine d'infanterie qu'on nous renvoie échangé kOO ft*ancs^ SOO francs à chaque lieutenant et 50 écus à chaque enseigne pour leur aider à se remettre en équipage.

Jeudi 43, d Versailles. — Le roi dîna de fort bonne heure et alla se promener à Marly, d'où il revint à sept heures; avant que d'y aller il passa che2 monseigneur le duc de Bourgogne, qui s'étoit trouvé assez incommodé et avoit entendu la messe dans son lit. — Pendant que le roi étoit à Marly, il reçut un paquet de M de Chamillart, qui estàl'Étang; il envoyoit aui*oi Une lettre de M. de la Feuillade arrivée par un courrier ; celte lettre est datée de la Vénerie, où notre armée est campée. M, de Savoie est campé sur la contrescarpe de TUrin avec ce qui lui reste de troupes; il n'a plus que quatre mille hommes de pied et trois mille cinq cents chevaux. — Les armées de Flandre sont toujours dans la même situation, et il parolt que les ennemis ne songent plus à rien entreprendre; voyant l'impossibilité de réussir, ils font raser les lignes. M. de Villars a envoyé un détachement assez considérable à M. le maréchal de Villeroy, et passa le Rhin le 6 à Strasbourg avec toute sa cavalerie et deux brigades d'infanterie ; il a laissé le reste de son armée derrière les lignes que nous avons sur la Lauter. Haguenau est présentement en assez bon. étiat.

392 JOURNAL DK DAMGKAU.

Vendredi 14, à Ver.saiUes. — Le roi et toute la maison royale, après dîner, allèrent à vêpres, et puis S. M. s'enferma avec le P. de la Chaise, comme il fait toujours la veille des jours qu'il fait ses dévotions. Monseigneur le duc de Bourgogne ne se ressent plus de la petite indisposition qu'il a eue. M. le duc d'Orléans se trouva mal hier à Paris après avoir joué à la paume ; il eut la fièvre toute la nuit. Madame la duchesse d'Orléans partit d'ici le matin pour l'aller trouver, et le roi à son coucher eut nouvelle que la fièvre continuoit toujours avec de grandes douleurs de gorge. — Il arriva un courrier de M. de Villars, qui, après avoir passé le Rhin, a attaqué et forcé on poste où les ennemis avoient cinq ou six cents hommes, qui ont presque tous été tués ou pris. Nous n*y avoos perdu que sept ou huit soldats, mais de Zeddes, brigadier de dragons et homme de mérite, y a été tué. M. de Villars étoit lui-même à cette action-là; il va faire un pont sur le Rhin à la hauteur de Haguenau, pour communiquer aux lignes que nous avons sur la Moutre, et il mande au roi qu^il espère encore enlever quelques quartiers aoi ennemis.

Samedi 15, jour de la Notre-Dame, ù Versailles, --U roi fit ses dévotions et toucha quelques malades étrangers. Monseigneur fit ses dévotions avant le roi. Madame la duchesse de Rourgogne alla les faire aux RécoUets dans la chapelle en haut. Après dîner ils allèrent tous à vêpres et à la procession , qui se fit dans la cour, oomme elle se fait tous les ans à psu^eil. jour. Le roi ensuite s'enferma avec le P. de la Chaise et fit la distribution des bénéfices, et puis alla au salut. M. le duc d'Orléans avoit mal passé la nuit à Paris; il fut saigné le mâtin , mais il fut assez tranquille tout le jour. Madame partit d'ici à sept heures du matin pour l'aller voir et y est demeurée. — L'évèché de Valence a été donné à l'abbé Catelan; l'abbaye de la Grâce à Tarchevèque de Rordeaux; l'abbaye de Pontron à Tabbé de Valbelle ; l'abbaye de Cb»

AOUT i7ai5, 393

soDue àl'abhé de Grimaldi; Saint-Pont à M. d'Ârguier de LAval; l'abbaye de Juvigny à madame de Livron ; Tabbaye de la Règle à madame de Vertbamon ; Tabbaye de Paraclet à madame de Roye de Roucy; l'abbaye d'Annonay à madame de Ferriol; la coadjutorerie de Nevers à l'abbé de Bargedé.'Il y a, outre cela, quelques canonicats et quelques prieurés donnés.

Dimanche 16, à Versailles. — Le roi travailla Taprèsdinée avec M. de Chamillart jusqu'à cinq heures et puis alla tirer. Monseigneur partit à deux heures pour aller àSaint-Maur voir madame la Duchesse, où il demeurera jusqu'à mercredi ; il avoit dans sa calèche avec lui monseigneur le duc de Berry , et ils s'arrêtèrent à Paris au Palais-Royal pour voir M. le duc d'Orléans, qui n'a plus de fièvre. Monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne entendirent vêpres, et à cinq heures monseigneur le duc de Bourgogne partit pour SainfrMaur, d'où il ne reviendra que mardi au soir. En passant par Paris, il alla au Palais-Royal voir M. le duc d'Orléans. — Madame de Roucy, qui vient d'avoir l'abbaye du Paraclet, succède à madame de la Rochefoucauld, sa grand'tante , qui, en donnant sa démission au roi, a prié que ce fût en faveur de sa petite-nièce , et le roi l'a agréé. L'abbé Chandenier, qui a quatre-vingts ans passés, a donné au roi sa démission d'une abbaye qu'il a depuis, fort longtemps, qui vaut 20,000 livres de rente; cet abbé a ui^ neveu qui s'appelle l'abbé d'Erce, quiestunbon ecclésiastique, à quileroi a donné l'abbaye. — Par les lettres du 13 les armées de Flandre étoient toujours dans la même situation ; la mortalité des chevaux et la désertion continuent dans celle des ennemis. Lundi 17, à Versailles. —Le roi travailla l'après-dlnée avec M. Pelletier et puis alla se promener. Madame la duchesse de Bourgogne partit à midi avec beaucoup de dames pour aller à Saint-Maur; elle s'arrêta à Paris au Palais-Royal pour voir M. le duc d'Orléans; elle le trouva

394 JOURNAL DE DANGËAU.

debout et comme uq homme qtii se èroit entièrement guéri. Elle y vit Madame et madame la duchesse d'ON léans ; elle s'y promena dans la galerie fleuve, dont les peintures sont presque finies (1). Bile y fit collation, remonta ensuite en carrosse et arriva à SaihMIaur avant cinq heures. — On eut nouvelle que la flotte ennemie étoit encore au cap Spartel le 30, âttendeLUi Tairivée de l'archiduc ; on croit que ce prince aVoit quelque intelligence avec le gouverneur de Roses, et le rdl d'Espagne a changé ce gouverneur et a fait arrêter dans cette place quelques gens qui étoient suspects. — M. de Broglio, qui a été fait maréchal de camp à la dernière promotion, a vendu le régiment du roi cavalerie quatre-vingts et tant de mille livres à M. de Saint-Priva8> qiii est etïtxM dans les mousquetaires. Le comte de la Motte, lieutenant général, a acheté pour son fils aine, qui est encore mousquetaire, le régiment de Beuseville, qui est un régidiefll nouveau et que le roi a taxé à 15,000 francs.

Mardi iS, à Versailles. — Le roi travailla Tâprès-dinée avec M. de Pontchartrain et puis alla se promener i Trianon, dont les bâtiments avancent îoH, Madame la duchesse de Bourgogne revint de Saint-Maur ici un peu après huit heures du matin et vit le roi à son réveil; elle alla ensuite enteadre la messe et puis se eoucher. Elle avoit passé la nuit à jouer; elle fl'étoit point du tout fatiguée. Monseigneur le duc de Bourgogne revint de Salnt^Maur pour le souper du roi. Madame et madame h duchesse d'Orléans sont revenues de Paris, M* le duc d'Orléans étant entièrement guéri. — » On a eu des lettres de Flandre, par l'ordinaire, qui portent que les ennemis marchèrent le 1 5 et campèrent ce jour-là à Gorbay ; ils portent pour quinee jours ^e biscuit avec etui* Le 16

(1) Ces peintures étaient d*Antoine Coypel et n'existent plos. Les sujets a étalent tirés â» TÉnéide, et cette galerie en anût pris le nom defilerie é'taM.

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