‹ Journal du marquis de Dageneau (volume 2)Chapitre 5 sur 25 · T. IX. JO · texte numérisé non relu

T. IX. JO

gogne; il est neveu de madame la maréchale de la Mothe. — Le roi a donné au marquis de Béthune^ qu'on appelle ordinairement Béthune-Honimes pour le distinguer des antres, 20,000 écus à diminuer sur 40^000 qu'il devoit à la Touanne > dont tous les effets étoient au roi , qui avoit eu la charité de payer tous ceux à qui il avoit fait banqueroute.

* Bachelier avoit été laquais de M. de la Rochefoucauld, qui lui avoit fait sa fortune ao point de Farolr fïtit pretnielr rftlet de garde-robe du roi ; c'étoît un des plus honnêtes hommes qu'on pût voir, le plus modeste et le plus reconnoissant. Il avoit conservé sur M. de la Rochefoucauld un crédit et une autorité telle que ses amis et ses enfants le ménagcoient , et ces derniers avoient souvent besoin de lui auprès de leur père, qui aimoit bien mieux ses valets que ses enfants, et les ruinoit pour eux. Bachelier se comporta toujours avec grande netteté quoique devenu riche, et son tils n'a guère moins valu que lui. Il a augmente sa fortune, et est devenu premier yalet de chambre, que Blouin lui vendit {sic) à la mort de Louis XIV. Gourville, si connu par la figin^ qu'il a faite dans la maison de Gondé et par les Mémoires qu'H a laissés, avoit été laquais de M. de la Rochefoucauld le grand-père, et ne Tavoit ja- ' mais oublié, quoiqu'il eût secrètement épousé Talnée des sœurs de celuici , avec qui 11 n'en étoit pas moins bien.

Mardi 20, à Versailles. — Le roi sortit l'après-dlnée pour aller tirer, mais il ne fut pas longtemps dehors , et envoya chercher madame de Maintenon,qui étoit à Saint- Cyr. monseigneur le duc de Bourgogne , nuxdame la duchesse de Bourgogne, monseigneur le duc de Berry allèrent dîner à Meudon avec Monseigneur. Après diner , monseigneur le duc de Bourgogne revint ici , et Monseigneur mena madame la duchesse de Bourgogne et monseigneur le duc de Berry à Paris. Us descendirent à la foire , allèrent ensuite voir les danseurs de oorde , et puis Monseigneur retourna à Meudon, et madame la duchesse de Bourgogne ramena ici monseigneur le duc de Berry et madame la princesse de Conty« — Il arriva un courrier de M. de Vendôme, qui écrit du 13, de San-Benedelto, et qui rend compte au roi d'une petite course qu'a

ikit II. d\\lbél*gt)tti ; il envoie à S. H. la lettre qu'il en a reçue fct que voici t « Je suis sorti, ainsi que je me suis dotmé rhonneur de le mander à Y. 'A.^ avec seize cents hommes de pied, commandés par MM. le chevalier de Luxembourg et Dillon, six cents chevaux, de la garnison de Modène , commandés par MM. d^Estrades , d'InterviUe et Gaffàrt, le siunedi au soir, à la nuit fermée, de la ville de Modène. CSes troupes ont pris le chemin qui va tout droit aux^Uages de Massa et de Rivara, dans lesquels étoit e&quaiti^ le régiment d^Herbevilliers de dragons. Ces villâgcè sont situés entre Saint-Feliche et final à vingt mîUés de Modène ; Télolgnement et le mauvais chemin son t cause (Jttc nous n'y Htrons pas pu arriver qu'au grand jour. Notts avons trouvé la garde à cheval, ce qui m'a obligé d'av&neer diligemment avec deux troupes de cavalerie pour tàeher de trouver encore quelque chose dans leurs quartiers, dans }esc|tielson a pris soixante chevaux, et une quarantaine de dragons , et une partie de leur bag^, le reste s'étant sauvé Avec précipitation. Une troupe de dragons d'Estrades, qu'on avoit débandée après eux, èiatètedelu^uelleétoient M. d'Bstrades ef. M. de Bouchardière, les a poursuivis jusques à ce qu'ils aient trouvé l'endioît où ils 96 rassembloient. Bonchardière y a eu son cheval blessé et il y a eu cinq ou six dragons tués ou blessés; On croit le pauvre Muet tué , puisqu'il n'en est revenu que le «cheval. Nous sommes venus^ longeant le bord du fossé de Saint-Feliche , courfier ici à Cavesso , d'où nous partirons aujourd'hui pour aller passer la jouraie et la nmt où nous trouverons du fourrage, car il devient très-rare en ce pays-ci. le suis étonné comme les ennemis vivent où ils sont ; il n'y a ni paille ni rien, aussi leurs chevaux n'ont^ls pas la force de se porter ; ils meurent de faim dans Saint-Feliche, et si j'avois osé j'aurois lait investir la ville ; mais comme il aurait fallu du canon ponr prendre la Rocque, il auroit été désagréable de laissa l'entreprise à moitié ; car on ne peut pas se placer

entre le retranchement de la ville et la Rocque pour y attendre du canon ^ des munitions et les ordres de Votre Altesse ; et les chemins sont encore trop mauvais pour proposer d'y mener du canon. »

-Mercredi 21, à Versailles. — Le roi, après avoir entendu le sermon, aUa se promener à la Ménagerie ; madame la duchesse de Bourgogne étoit seule avec lui dans sa calèche ; messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry étoient de cette promenade. — Le roi a donné 2,000 écus de pension au prince de Talmont; il en avoit déjà 2,000. — Le roi a donné au cardinal de Médicis , protecteur des affaires d^Espagne et qui va Tètre aussi des affaires de France à Rome, l'abbaye de Marchiennes-au- Pont, en Flandre ; c'est une abbaye régulière qui vaut 50,000 livres de rente. — Le roi d'Espagne a nommé à l'ambassade de France le duc d'Aibe, qui est l'ainé et le chef de la maison de Tolède. Le marquis de Castel dos Rios, qui est ambassadeur présentement, s'en ira prendre possession de la vice-royauté du Pérou, où il y a déjà plusieurs mois qu'il est nommé. Les levées qu'on fait en Espagne avancent fort, et on compte que dans le mois de mai on aura sur pied en ce pays-là plus de vingt-cinq mille hommes. Les petites brouUleries du palais ne s'ac^ commodentpas; le cardinal et l'abbé d'Estrées se plaignent toujours fort de la princesse des Ursins, et .elle se plaint fort d'eux et demande toujours qu'on lui permette de retourner à Rome.

Jeudi 22, à Versailles. — Le roi alla l'après-dlnée se promener à Heudon. — Le roi étant le soir chez madame de Maintenon, H. de Chamillart, qui étoit à Paris, lui envoya la lettre queM. de Ricousse, notre envoyé en Bavière, avoit écrite à H. le maréchal de Yillars et que voici :

A . Scharding, le 12 mars.

« Nous partîmes le 1 1 de Scharding à cinq heures du matin,pour aller chercher le comte Schlick, dont les troupes

cantonnoient au delà de rinn. Nous tombâmes d^abord sur les régiments de Schlick et d'Hanover, dont les quartiers étoient à portée de mousquet F un de Tautre. Ils se défendirent assez bien , mais-enfin ils furent enfoncés et mis en fuite ; on les poursuivit tant que le pays, qui n'est qfueboisetdéfilés, le put permettre. S. A. E. marcha ensuite à un village à deux heures de là, où on lui avoit ditqn'étoit le quartier général. Elle aprit par des prisonniers quele comte Schlickétoit à Passau, où il avoit jeté son infanterie , sur le bruit qui avoit couru qu'on le devoit attaquer, mais que les Saxons étoient dans ledit village avec l'artillerie. On les trouva en bataille au nombre de quinze ou seize escadrons et de quatre à cinq'cents hommes d'infanterie qui étoient pour la garde du canon ; ils nons firent à notre arrivée quelques salves de leur artillerie,et on les amusa par quelques escarmouches en attendant que nos troupes se pussent former, qui pour la plupart du temps ne pou voient marcher qu'un à un. Une partie de notre infanterie qui arriva leur fit d'abord abandonner leur canon, et aux premiers mouvements de notre cavalerie ils marchèrent par leur droite pour se retirer dans un défilé qui n'étoit qu'à demi-portée de mousquet, mais ils y furent poursuivis si vivement qu'ils ont été entièrement défaits. Nous avons cinq cents prisonniers, dix-sept ou dix-huit étendards, quatre pièces de gros canon, quatre mortiers, toutes les munitions de Çuerre, tout l'attirail d'un pont, et tout le bagage pillé; le général major des Saxons prisonnier, un colonel, un lieutenant-colonel, un major, deux capitaines et d'autres officiers. »

Ce même courrier de M. de Villars apporta la nouvelle ^e ce maréchal, en se promenant avec environ mille chevaux et mille hommes de pied, s'étoit avancé jusqu'à Kintzingen, qui est à l'entrée de la plaine de Weil. Les ennemis avoient deux mille hommes dans cette petite ^ille , on les fit sommer de se rendre ; ils capitulèrent et

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en sortirent. On y a trouvé quarante milliers de poudre , quelques pièces de canon et beaucoup de munitions de bouche. M. de Villars a exigé des habitants qu^ils raseroiept leurs murailles et combleraient leurs fossés dans trois jours , et que 3'ils y manquoient on brùleroit leur ville.

Vendredi 23, à Versailles. — Le roi, après avoir enteQdu le sermon, alla se promener àMarly. Monseigpeur alla de Meudon, où il est encore, à l'opéra à Paris, Madame la duchesse de Bourgogne a^la après le sermon à l'Étang ; elle entra dans la maisop , y vit madame de Chamillart, et puis vint faire collation ^ la Hénagerie. — 11 arriva un courrier de M. de ViUars. Depuis la prise de Kehl , il avoit fait repasser le Rhin à nos troupes ; il y avoit même quelques colonels revenus à Paris qui prétendent avoir congé de lui. Il mande au roi que toutes ses troupes sont dans des quartiers fort proches de Strasr bourg, qu'il va les rassembler pour exécuter les ordres qu'il a de joindre M. de Bavière;. Le maréchal de Tallard marche à Phalsbourg. — On mande de Dantzick que le roi de Pologne, après avoir mis des troupes dans Thorn, dans Elbing et dans Manenboqrg , pour les mettre en état de résister au roi de Suède, avoit passé en Lithuanie pour joindre Oginski, qui est toujours dans ses intérêts, et attendre là le secours des Moscovites que le czar lui promet. — Madame de Toisy mourut ces jours passés à Paris ; elle a fait madame la duchesse de Noailles sa légataire universelle. Elle donne au cardinal d'Estrées 40,000 francs pour acheter une petite maison auprès de Paris , qu'elle substitue au maréchal de Cœuvres, et ^lle donne 10,000 écus à M. de Lamoignon, qu'elle fait son exécuteur testamentaire*.

* Madame de Toisy étoit une femme de très- peu , mais de beauooup d'esprit et d'honnête galanterie, qui avoit trouvé moyea de voir la compagnie la plus choisie, et quand elle eut vieilli de la voir avec autorité. Ou ne laissoit pas de s'en moquer; mais avec tout cela elle tenoit son

petit tribunal dans Paris, où Télite de la cour oe dédaignoit pas d'aller. Son mari étoit mort. Le cardinal d'Estrées et toute sa famille la Toy oient fort ; les P^oailles aussi, qui lui firent leur cour avec tant de cajoleries parce qu'elle étoit riche, sans enfants et qu'elle ne croyoit pas ses parents dignes d-elle , qu'elle donna gros pour le mariage 4e la dudiesfifi de Guiehe,.plus gros pour celui de la maréchale de Cœuvres, puis d*£strée$, et qu'enfin son testament fut pour la maréchale de TïoailleSy à fort peu de chose près (1).

(1) U est singulier que Saint-Siipoii n^ait pas plus longuement exercç sa^ Terre sur cette bourgeoise gentilhomme. Il la connaissait sans doute peu et ne savait eertainement pas quelle se nommait Jappin, car il n'aurait pas manqué d*en profiter. La note nécrologique que le Mercure consacre à cette dame montre ou laisse deviner tout ce que Saint-Simon ne di( pas ; f.'est , sous une forme polie, un tableau de monirs plus vrai et surtout plus imprégné de l'esprit de l'époque que l'addition de Saint-Simon. On peut en juger par la citation textuelle que nous faisons de cette note.

« Dame N. Jappin, veuve de messire François Chaillou, seigneur de Ttioisy, conseiller du roi et maître ordinaire en sa chambre des comptes, est morte âgée de soixante et treize ans. Cette dame étoit fille de feu M. Jappin, commissaire général des poudres, qui avoit eu de grands emplois dans l'artillerie et qui est mort secrétaire du roi. Madame Dère étoit fnvur de madame de Thoisy. Feu leur père a eu aussi plusieurs garçons , qui ont laissé des enfants du nom de Jappin. M. de Thoisy avoit plusieurs frères; son puiné etoit doyen deTéglise cathédrale de Beauvais; le troisième étoit conseiller au parlement et un quatrième auditeur en la chambre des comptes. Madame de Thoisy perdit son époux dans la fleur de son âge; depuis ce temps- là elle a mené une vie dégagée des soucis du mariage, auquel elle n'a jamais voulu songer. Elle avoit de grands biens, tant de son chef que de c^eux ({ue lui avoit laissés son mari ; personne n'avolt tant d'art que cette dame pour procurer les douceurs et les agréments qui font passer des jours heureux et tranquilles; elle avoit tout l'esprit du monde, et dans l'esprit toute la délicatesse imaginable ; jamais femme ne sut mieux la science des égards et celle du monde; elle avoit un arrangement et une justesse naturelle dans l'esprit qui la falsoient écouter avec un plaisir ravissant et qui faisoient désirer son commerce aux personnes de la cour les plus polies ; aussi recevoit-elle chez elle tout ce qu'il y avoit de plus distingué à la ville et à la cour, et depuis la mort ^ son mari die a toujours vécu sur le pied d'une personne de grande con- «■dération; plusieurs personnes qualifiées en ont eu pour elle, et ont entre- ****D avec elle des relations qui feront toujours beaucoup d'honneur à la mé- ''•olre de cette dame. Elle est morte entre les bras du P. Bourdalone, qui ^***'t chargé du soin de sa conscience depuis plusieurs années. Elle a fait hérl- ®*^ M. le cardinal de Noailles et M. le maréchal son frère , qui l'avoient tou- ^~^*^ honorée de leur estime; elle a donné à M. le cardinal d'Estrées quarante '•ic livres pour acheter une vigne ( à la manière d'Italie ) auprès de Paris , et

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Samedi 24, à Versailles — Monasterol, envoyé de M. de Bavière, a reçu des lettres du combat qui se donna le 11 auprès de Scharding , et ces lettres portent que la défaite des ennemis avoit été beaucoup plus grande qu'on ne l'avoit dit d'abord. Elles assurent qu'il y a eu quatre mille hommes des ennemis tués sûr la place , et qu'on a treize cents prisonniers et pris plus de quinze cents chevaux. M l'électeur a perdu fort peu de gens. Le comte de Stirum, autre général qui attaqua M. de Bavière, est entré dans le haut Palatinat, entre Nieumark et Dietfurt, qui est sur l' Altmûhl qui se jette dans le Danube entre Ingolstadt et Ratisbonne. On ne dit point encore si M. l'électeur va marcher à lui , s'il attaquera

elle snbfititae cette vigne à M. le maréchal de Cœuvres , et a fait son exécuteur testamentaire M. le président de Lamoignon, à qui elle fait im legs de dix mille écus. Elle a voulu être enterrée dans réglise des jésuites de la rue Saint- Antoine, auxquels elle a laissé par son testament un legs de douze mille livres pour la mission du Canada. Elle a fait quantité d'autres legs pieux, et a fait plusieurs autres dispositions en faveur de ses parents et amis. 11 se verra peu de testaments qui contiennent d'aussi belles dispositions , un cardinal et un maréchal de France héritiers , un autre cardinal légataire particulier, et un maréchal de France substitué, et enfin un président au mortier exécuteur testamentaire. Cette dame a été visitée pendant sa maladie par tout ce qu'il y a de gens de distinction à la cour et à Paris , et M. le Priuce lui a fait l'honneur de l'aller voir. Peu de personnes ont eu plus d'amis que cette dame; elle étoit amie déclarée de mademoiselle de Gesvres , dont l'esprit et la délicatesse font juger de tout le mérite qu'il falloit que madame deThoisy eût pour soutenir le commerce qu'elle avoit avec elle. Madame d'Épernon , madame la comtesse de Martel et la spirituelle madame de Pringy, si cx>nnue par les productions de son esprit, étoient ses meilleures amies. Feu M. l'évéque de Langres (Simiane), connu par l'attachement qu'il avoit pour feu M. Gaston de France, avoit pour cette dame une extrême considération ci avoit une grande confiance; en elle. Elle tenoit une table ouverte tous les soirs, oii l'on ne voyoit que des personnes de distinction par leur mérite et par leur naissance. Rien ne manquoit à cette table que le vin; car, comme elle n'en buvoit point, il falloit que ceux qui vouloient être de ses repas s'imposassent aussi la loi de n'en point tioire; mais on étoit suffisamment dédommagé de cette abstinence de vin par la somptuosité , la délicatesse et la propreté de ce repas. Madame de Tboisy étoit sœur de M. le baron de Franqueville, qui faisoit son séjour ordinairé'à sa terre près d'Étampes et qui est mort sans enfants; elle a encore un frère chanoine à Verdun. » (Mercure de mars, pages 322 à 331.)

Passau ou s'il remontera le Danube pour être joint plutôt par M. de Villars. — Le marché de M. de Tessé avec le duc de Guiche pour la charge de colonel général des dragons est réglé; il en donne 100,000 francs argent comptant, 100,000 francs sur la maison de ville, et sa charge de mestre de camp général, qu'il avoit achetée de Mailly 280,000 francs et dont on offre déjà pareille somme.

Dimanche 25, à Versailles. — Le roi, après son dîner, alla tirer et ensuite alla à la volerie, où Monseigneur et messeigneurs ses enfants vinrent tous, et chacun en particulier. — Le roi donne au duc de Guiche un brevet de retenue de 280,000 francs sur la charge de colonel général des dragons, et un de 40,000 écus à M. de Hautefeuille, qui achète la charge de mestre de camp général. Il espère vendre le régiment de la Reine, dont il est colonel, ^0,000 écus. H. le bailli de Hautefeuille, son oncle, lui donne 40,000 francs pour lui aider à payer la charge. — Chavigny*, brigadier d mfanterie, colonel du régiment d'Auvergne et inspecteur d'infanterie, est mor\ en ItaJie. Le roi a donné l'inspection à d'Arennes, maréchal de camp et qui faisoit la charge de major général de Farmée. — Le marquis de Béthune, fils de celui qui étoit chevalier de l'Ordre, a eu un brevet de mestre de camp; il y avoit douze ans qu'il étoit capitaine de cavalerie. — Madame Guyon **, qui étoit à la Bastille depuis cinq ou six ans, en est sortie avec permission d'aller à une terre qu'elle a en Touraine, où elle sera à la garde de ses parents. — n arriva un courrier du maréchal de Villars du 22; on ne dit point encore quand il repassera le Rhin.

* Cbavigay étoit Bouthilliér, neveu de Fancien évéque de Troyes, qu on verra dans le conseil de régence , de la maréchale de ClérembauU, etc.

** Les amis de madame Guyon lui demeurèrent toujours tidèles, et prirent grand'part à ce grand adoucissement qirils durent à la chanté

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du cardinal de Noailles, qui n^en recueillit rien moins que de la recouuoissaDce. La Touraine ne fut pas |a dernière époque de cette trop fameuse dévote.

l4undi 26, à Jl^arly. — Le roi tint conseil avant que d'entendre la mei»e, et à midi il a^Ua avec toute la maisoq royale, et entendirent vêpres ensuite ; monseigneur le duc de Bourgogne avoit fait ses dévotions avant que d'aller au conseil. L'après-dlnée le roi alla au sermon, et puis il vint ici pour y demeurer le restç de la seipaine« — M- de Honasterol vouloit prendre congé du roi pour' se rendre auprès du mai'échal de Villars ; mais ni. de Chapaillart lui conseilla d'attendre le retour de Marly. 11 doit arriver un courrier de M. de Villars, par l'arrivée duquel on saura plus précisément quand il pourra lUarcher. L'ordre est donné de faire mettre à la Pastille tous les officiers qui sont revenus de l'armée d'Allemagne, s'ils ne repartent dans le moment. — L'abbé de CçLstries a ol)tenu de Rome les bulles pour l'abbaye de Moueîîtipr, qui lui a été cédée par le cardinal de Bonzi ; c^tte abbaye avoit toujours été régulière, et Ton a bien eu de lei peine à obtenir qu'elle fût mise en commande; madame la duchesse de Bourgogne avoit fort recommandé cette affaire au nonce, pour servir l'abbé de Castries, qui est son aumônier ordinaire.

Mardi 27, à Marly. — Le roi, après la messe, alla courre le cerf; madaine la duchesse de Bourgogne étoit avec lui dans sa petite calèche, et Madame dans une calèche seule. Monseigneur courut le loup. Messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry allèrent tirer dans la plaine de Saint-Denis, où ils tuèrent cpnt cinquante lièvres, et ils eurent la sagesse de ne point tirer des perdrix, parce qu'elles sont à la pariade. Le roi loua fort Catelan, capitaine de la plaine, disant qu'il n'y avoit jamais tant eu de gibier, et que personne ne se plaignoit de lui. — M. de Chamillart, qui avoit couché à l'Étang, amena le matin ici le chevalier de Tressemanes, major

MARS 1703. x^

général de Fiumée d'Allemagne^ que le maréchal de Villars envoie au roi pour lui rendre conipte de réiat où soQt ses troupes. Les recrues de Finianterie ne sont point arrivées ; la cav$d0cie n'est pas remontée ; les bataillons et les escadrons sont fort foibles, et il y a fort peu d'officiers présents ; c'est ce qui a retardé la marche de ce général;, que le chevalier d^ Tressemanes a fort loué au roi ; il assure qu'il n'a donné cougé à aucun de^ pfficiers qui sont revenus à Paris. On fit le soir repartir wa courrier, et le chevalier de Tressen^anes ne repartira qu'après-demain.

Mtrcredi 2S- à Marly. — Le roi tint conseil Je matin i son ordinaire , et nous sûmes que les ordres étoient partis hier ' au soir pour faire marcher eu Pavière l'armée de M* de Villars. Le roi approuve sa conduite, que ses ennemis ou ses envieux blâmoient sur ^ lenteur à marcher, prétendit môme qu'il n'avoit point envie de joii^dre M. de Bavière. On remédie à tous les inconv^ niants qu'il avoit représentés sur l'état où sont les troupes. On fait donner le^ armes dont ils manquoient; beaucoup de recrues ^rriveut, et presque toute la cavalerie sera remontée ; mais on ne croit pas qu'il puisse marcher que le 8 du mois prochain. — Quoiqu'on eût dit, comme une chose certaine , que les troupes hollandoises étoient retournées dans leurs quartiers, on apprend que sei;Qe de leurs bataillons sont aiTivés à Langeukandel pour relever les troupes des ennemis qui sont sur 1^ Lauter ; c'est un recours considérable pour le prince de Bade, mais qui ne change rien à la résolution qu'on a prise de faire joindre M. l'électeur de Bavière. Par toutes Iqs lettres qu'on reçoit de Ratisbonne , il p^rolt que l'avantage qu'a remporté cet électeur sur les troupes de Tempereur est beaucoup plus considérable que ue l'avoit mandé Ricou^e. Il a plus de mille prisonniers; on a pris quinze cents chevaux que qet électeur a fait racheter pour rempnter sa cavalerie ; il y a eu plus de quatre

mille hommes tués sur la place, et tout ce qui étoit dans les lettres de M. de Monasterol se trouve vrai. — On a avis que la diète de Bade est terminée , et que les Suisses ont refusé à l'empereur les six mille Suisses qu'il leur demandoit et que les Ànglois et les Hollandois pressoient avec de grandes instances qu'on lui accordât. — M. Télecteur de Bavière a menacé les magistrats de Ratisbonne de ravager tout leur territoire s'ils ne s'engageoient à ne donner passage dans leur ville à aucunes troupes, et ils s'y sont engagés. — Monseigneur et madame la duchesse de Bourgogne, aussitôt après dîner, allèrent à Saint-Germain voir LL. MM. BB. et la princesse d'Angleterre. — Il y a déjà longtemps que le bruit court que l'empereur est incommodé de la pierre; on dit que son mal augmente. — Le maréchal de Tallard va marcher en Alsace pour faciliter la marche de M. de Villars et empêcher que le prince Louis ne voulût attaquer son arrière-garde. M. de Tallard étoit encore à Thionville le 2&. de ce mois, et ses troupes étoient en différents quartiers sur la Sarre. Jeudi 29 , à Marly. — Le roi, après la messe, alla dans son parc faire la revue de ses deux compagnies de mousquetaires; il les vit fort en détail, et fit séparer le détachement de ce corps qui marche en Flandre cette année. Ils avoient ordre de partir de Paris le 2, qui sera lundi, et le roi a retardé leur départ jusqu'à jeudi. Il marchera cent quarante mousquetaires de chaque compagnie. Un des cornettes de la première compagnie, nommé des Aubrières , étant si incommodé qu'il ne peut plus inarcher, le roi lui donne ii.,000 francs de pension, et après sa mort 500 écus à sa veuve et 100 écus à chacun des cinq enfants qu'il a. S. M. donne la cornette à d'Arifax, ancien maréchal des logis de la compagnie. — Le roi a donné le régiment d'Auvergne, vacant par la mort du chevalier de Chavigny, à d'Imécourt le colonel d'infanterie, qui est brigadier dans l'armée d'Italie; il étoit colonel du régiment de Cotentin, que le roi donne

au petit Destouches, colonel réf ormé^ qui sert dans cette armée-li; il est frère du petit Destouches^ lieutenant d'artillerie. — M. d'Harcourt travailla avec le roi chez madame de Haintenon aux affaires de sa compagnie ; Barsum, qui en est heutenant, ne pouvant plus servir ni à pied ni à cheval^ est obligé de quitter. Le roi le regrette fort et lui donne 2,000 écus de pension, outre celle qu'il avoit déjà; et ce n'est qu'en attendant qu'il se présente une occasion de faire quelque chose de plus considérable pour lui. Des Fourneaux, le plus ancien enseigne de la compagnie, monte âi la lieutenance, et l'enseigne est donnée à Garagnols, ancien exempt. Si Barsum avoit pu servir seulement à pied, le roi Tauroit gardé, tant il en étoit content.

Yendredi^O, à Marly. — Le roi, au sortir de la messe, monta en calèche et alla courre le cerf; l'après-dinée , S. M. se promena dans ses jardins jusqu'à l'arrivée du roi et de la reine d'Angleterre, qui vinrent sur les sept hernies ; ils farent quelque temps enfermés avec le roi, et puis le roi d'Angleterre vint dans le salon voir jouer, et retournèrent à SainIrGermain avant neuf heures. — Il arriva le soir un courrier de H. de Villars, mais il n'est venu que pour recevoir des ordres sur quelques détails et n'a point apporté de nouvelles. — Le roi d'Espagne a fait en Flandre six lieutenants généraux et quatre maréchaux de camp ; les lieutenanls généraux sont : le comte de Soye, le prince de Berghes, le comte de Horn, MM. de Covarruvias, de Baye et de Saint-Maurice. Les maréchaux de camp sont : le chevaUer de Fourneau, le comte de Vars, lecomtedeRibaucourtetlebaron Vrangel. Ces officiers généraux roulent avec les nôtres. — On mande de Hollande que le duc de Marlborough est arrivé à la Haye. H y a déjà quelques jours que MM. les État&-Généraux ont fait MM. d'Owerkerke et d'Opdam feld-maréchaux. — H. l'abbé d'Auvergne gagna tout d'une voix, au grand conseil, un procès que lui faisoient quelques moines de

1S6 JOURNAL DE DAflGEAU.

Clany, sur la coadjutorerie : aiti^i voilà Un<ô affaire finie sans retour.

Siamêdi 31, A Versailles. -^ Leroi> au tortirdela mes^e àHarly, alla encore eourre le cerf; madame la ducheMe de Bourgogfne étoit avec lui daûâ sa petite calèehe^ et Madame seule dans uue autre. B. H. se promena Taprès^ dtuée dans ses jardins jusqu^ft septheures^ et puis revint ici. Monseigneur alla dîner à Meudon et revint ici le soir» On a joué fort gros jeu au lansquenet durant tout ce voyage, et tous nos princes, hormis monseigneur le duo de Bourgogne, s'y sont mis. -^On mande d'Espagne que le procès de Tamirante est fini ; il n'est point déclaré criminel de lèse^majesté, mais il est banni pour sa déso-^ béissance, et tous les revenus qu'il tiroit de la cour sont confisqués. On envoie à Cadix 100,000 éous d'argent comptant pour travailler aux fortifications qui y sont nécessaires, et c'est M» Arnoul, intendant des galères de France, qui est chargé de l'argent et de la conduite des travaux. Les six millions qui viennent en France pour le roi sont en chemin ; il y en a même déjà une partie arrivée à BayoUne, en espèces. U y a présentement en Espagne huit mille $ept cents chevaux sur pied et treîKe mille hommes d'infanterie ; on en va encore lever huit mille autres. — Madame de Chàtillon^ femme du premier gentilhomme de la chambre de M. le duc d'Orléans, mourut à Paris ; c'étoit une femme de mérite, mais qui ne paroissoit point en ce pays ici.

Dimanche V^nvril,jourdePûqt%eè FlewHes ^ à Ver9aiHe$. — Le roi et la maison royale assistèrent à toutes les dé<votions de la journée. — On eut des nouvelles de M. l'électeur de Bavière du 21 . U étoit encore A Scharding^ d'où il alloit partir pour marcher droit au comte de Stirum, quia pris quelques petites villes dans le haut Palatinat et s'étoit avancé jusques sur l'Altmuhl. M. l'életeur comptoit de faire passer le Danube à ses troupes entre Ratisbonne etStraubing, qui est une de ms places.

AYRIL 1705. I&9

-^ La marquise de Richelieu^ qui étoit aux Angloiises du faubourg Saint«-Antoine5 a irouYé moyen d'en sortir en escaladant les murailles; elle a écrit depuis sa sortie à madame de Bouillon qu^elle alloit chercher quelque pays où elle fût moins malheureuse. — M. de Montre vel a îait publier une ordonnance en Languedoc par laquelle il enjoint à tous ceux qui ont abandonné leurs maisons d^y rerenir dans huit jours ^ à moins de quoi ils seront déclarés rebelles et punis comme tels ; il paroit que les esprits des peuples de ce pays-là ne sont pas dans la situation qu'il seroit à désirer. M. de Broglio^ qui commandoit dans la province avant M. de Montrevel^ est revenu ici.Onavoit dit que les lieutenants de roi de la province serriroient sous M. de Montrevel comme lieutenants généraux; mais cela ne s'est poirt fait, et même M. de Cau- ▼isson a eu permission de revenir ici.

Itmdf 2, à Yefiailles. — Le roi prit médecine par ptire précaution ; madame la duchesse de Bom'gogne alla le voir avant que d'entendre la messe, qu'elle entendit avec Monseigneur. S. M. après son diner tint conseil jusqu'à sept heures du soir ; Monseigneur et monseigneur le duc de Bourgogne y étoient à leur ordinaire. Madame la duchesse de Bourgogne dîna chez madame de Maintenon et puis alla se promener. — Le roi d'Espagne envoie 6OO9OOO écus en Flandre pour y payer ses troupes et les subsides qu'il donne à M. l'électeur de Bavière. — Madame la duchesse d'Orléans donne 2^000 écus de pension à madame la duchesse Sforce*. — Il n'y a point eu de diminution sur les monnoies au commencement dé ee mois ici^ comme il y en devoit avoir ; on l'a remise au !•' mai, et elle sera la moitié plus grande. Les louis diminueront de dix sous et ne seront plus qu'à treize francs ; ksécus diminueront de deux sous et ne seront plus qu'à trois livres dix sous. — Le comte d'Albert n'a pas pu (A>tenir d'être colonel réformé ; mais le roi lui a permis d'alkr servir dans les troupes de M. de Bavière, ((ni a

beaucoup d^amitié pour lui, et pour cela il va à Strasbourg pour passer en ce pays-là avec rarmée de H. de Villars.

* Il est rare que princes et princesses ne soient gouvernés par quelqu'un. La duchesse d'Orléans la fut par madame Sforce,tant que celleci vécut, avec tout empire ; elle avoit fort peu de bien, et une nièce de madame de Montespan ^ qui avoit encore quelque beauté et un esprit que le roi avoit paru goûter des moments et que madame de Maintenon avoit soigneusement écartée , n'étoit pas pour espérer des grâces de la cour. C'étoit , à un air près de hauteur et d'empire et quelques singularités, une femme aimable, capable d'amitié et de courage, et qui avoit une infinité de bonnes choses. Le secret et la fidélité y étoient en entier.

Mardi 3, à Versailles. — Le roi alla tirer l'après-dinée j le soir^ après son souper^ il entretint H. le maréchal de Villeroy dans son cabinet. — Le nouvel ambassadeur de Venise, qui s'appelle Tiepolo, est arrivé à Paris et aura sa première audience mardi prochain ; les mardis sont les jours que les ambassadeurs viennent ici ou pour leur audience ou pour faire leur cour. — On augmente les troupes que le maréchal de Villars doit mener pour joindre H. de Bavière ; il aura cinquante bataillons et quatre-vingts escadrons. On augmente aussi le nombre des officiers généraux; les recrues arrivent de tous côtés, et le dernier courrier dit qu'il a trouvé plus de cinq cents officiers en chemin entre Metz et Strasbourg ; les habillements et les armes arrivent aussi, et le maréchal de Villars compte qu'il pourra commencer à marcher le 11. — Beaujeu, lieutenant des gendarmes d'Anjou, ne pouvant plus servir, vend sa charge 45,000 écus, et le roi lui en adonné l'agrément pour Monstiers, enseigne des gendarmes Dauphin et le plus ancien enseigne de la gendarmerie. Il prend en payement pour 28,000 francs le gouvernement de Saint-Dizier, qui est dans son pays et vaut 1,000 écus de rente; il reste encore à Monstiers un autre petit gouvernement, qui est celui de Ribemont, et

qai vaai un peu plus que celui de Saint-Dizier. Espinac, sou&-lieutenant des gendarmes Dauphin, a vendu sa charge 30^000 écus à Carmain , celui qu'on disoit qui avoit acheté le régiment du roi de dragons dont le comte de Nogent est colonel.

Mercredi i, à Versailles. — Le roi et toute la maison royale entendirent ténèbres dans la tribune^ et puis le roi alla se promener à la Ménagerie. Monseigneur s^enferma avec le P. de la Chaise^ et madame la duchesse de Bourgogne alla à Saint-Cyr et puis s'enferma avec son confesseur. — M. de Pontchartrain amena au roi un officier de la marine nommé Barère, qui est revenu de F Amérique sur le vaisseau du chevalier de Roucy qui est arrivé au Port-Louis ; cet officier a apporté la nouvelle qnelesAnglois etlesHoUandois^ au nombre de deuxmille^ assistés de quelques Indiens^ après avoir attaqué durant deux mois le fort Saint-Augustin dans la Floride, en avoient levé le siège précipitamment à l'arrivée d'un détachement de deux cents Espagnols partis de la Havane et commandés par des officiers françois du nombre desquels étoit celui qui apporte la nouvelle, qui se loue fort de la bonne volonté des Espagnols. Les ennemis ont abandonné leur canon ^ quelques petits vaisseaux de gnerre et les bâtiments de transport. Cet officier nous a appris aussi que les Anglois s'étoient encore revenus remettre à Darien^ et qu'après y avoir demeiu-é quelques jours à intention de s'y établir ils avoient encore abandonné ce poste, tant par le mauvais air et les incommodités qu'Us y souffroient que sur ce qu'ils apprirent que ihicasse, qui commande à Carthagène , se préparoit à les venir attaquer. Demuin, un de nos capitaines de vaisseau, qui s'étoit fort distingué au combat contre l'amiral Bembow, est mort de ses blessures.

Jeudi 5, à Versailles. — Le roi et toute la maison royale assistèrent à toutes les dévotions de la journée. L'abbé Mongin prêcha, à l'absoute et fit un fort l)eau discours.

162 JOURNAI. DE DANGEAU.

MoDJBeigDeur le Dauphin avoit fait son bon jour à la paroisse avant que la Gène commençât; madame la duchesse de Bourgogne fit aussi son bonjour à la paroisfie. Après ténèbres, le roi. Monseigneur et madame la du* chesse de Bourgogne allèrent tous trois séparément i Blarly voir cinquajite carpes d'une beauté extraordinaire que M. le Premier a données au roi, S. M, a gardé les trente plus belles et a donné les autres à Monseigneur^ qui est aussi dans ce goùt-là et qui fait faire une fontaine à Meudon, près des allées des marronniers, où il fera mettra ses belles carpes. — On mande de Madrid que toutes les petites divisions quUl y avoit entre le cardinal d'Estrées et la princesse des Ursins sont entièrement finies et que tout est tranquille dans le palais. — Le 38 du mois dernier, M. de Grignan^ lieutenant de roi de Provenee , prit au nom de S. M. possession de la ville et principauté d'Orange, et fit fermer les temples dans la ville et dans tout le pays. M. le prince de Gonty^ qui étoit en possession de cette principauté, a cédé tous ses droits au roi. — Par les nouvelles qui viennent de Hollande , il paroU que Félecteur de Brandebourg et les États^énéraux sont mécontents les uns des autres ; ce prince avoit un parti en Zélande qui vouloit le rendre m^tre de Flessingue et le faire stathouder.

Vendredi 6, à Versailles. — Le roi et toute la maison royale assistèrent à toutes les dévotions de la journée. S. H. trouva le sermon de la Passion fort beau (1). Après ténèbres le roi s enferma avec le P. de la Chaise, comme il fait toujours la veille des jours qu'il veut faire ses dé> votions. Monseigneur alla se j^romener à Meudon et ma-dame la duchesse de Bourgogne à la Ménagerie. •** U arriva un courrier de M. de Villars. Ce maréchal mande au roi que les troupes se raccommodent fort; que les recrues,

(1) Il était dii p. Lomiitrd, jédiiite.

les officiers , les chevaux pour remonter la cavalerie , lés armes , les habillements , tout arrive, et qu'il espère qu'avant le 15 de ce mois il sera bien près de M. le prince de Bade, qui est encore à Stolhofen. M. Télecteur de Bavière mande qu'il a fait passer des troupes dans le haut Palatinat, qu'il n'a rien è craindre de ce côté-là, et que dès qu'il apprendra que M, de Villars marche il marchera aussi de son c6té j ce qu'on avoit dit du comte de Stirum qu'il avoit pris Ami>erg est faux. — Les nouvelles qu'on a de Languedoc portent qu'on y est fort content du maréchal de MoutreveL Toute la noblesse paroit fort affectionnée au service du roi. Nous aurons bientôt quinze ou seize bataillons ei^ c^ pays-là. ; après quoi on espère pouvoir entièrement réduire les fanatiques, qui ne laissent pas de faire encore des désordres assez considérables.

Swnedi 7i à Vêr^ailk», — Le roi alla faire son bonjour & la paroisse , toucha le$ malades et à six heures alla dans latribupe avec toute la maison royale entendre compiles. Après son diner, il s'étoit enfermé avec le P. de la Chaise pour faipe la distribution des bénéfices. Le plus considérable étoit la prévôté de Nîmes , qui vaut 2,000 écus de rente, qui a été donnée à l'abbé Robert, qui y étoit chanoine et grand vicaire de l'évoque ; il est frère de H. Rob^t, procureur du roi du Chàtelet. L'abbaye de Saint-Sauve a été donnée à madame de Rocbebonne et la prévôté de Màcon à l'abbé de Chavigny . Une petite abbaye en Franehe-'Gon^, qui s'appelle Gpylle, à l'abbé Doroz , fils du procureur général de Besançon. — On eut des kttres de M. le maréchal de Tall^rd, qui partit de Metz le 3, qui étoit mardi ; il doit s'aboucher avec M. le maréchal de ViUarsè Saverne, où ils prendront leurs mesures pour bien exécuter les ordres du roi. — Les six lieutenaals généraux qui doivent servir sous M. de Villars pour aller en Pavière sont : du Bourg, du Rozel, Clérembault, Uruy, llagnac et Saint-Hauris. On avoit nommé Lannion pour servir dans cette armée-là, où il auroit été le premier

lieutenant général ; mais on a changé cette disposition-là. — On a eu des nouvelles d'Espagne, qui confirment la réconciliation de MM. d'Estrées avec madame des Ursins.

Dimanche 8, jour de Pâques , à Versailles. — Le roi et toute la maison royale assistèrent à toutes les dévotions de la journée. — M. le comte d'Évreux a vendu le régiment de Blaisois^ dont il étoit colonel ^àM. de Sauvebœuf^ qui est dans les mousquetaires du roi ; il lui en donne 44^000 francs. Le comte d'Évreux n'achètera point de régiment de cavalerie, comme on l'avoitdit; mais il servira de brigadier de cavalerie, en attendait qu'il ait la charge de colonel général dont il a traité avec le comte d'Auvergne, son oncle. — Il arriva un courrier de M. de Bavière, qui a apporté deux lettres , une pour M. de Chamil- .lart et une pour M. de Torcy ; chacune de ces lettres étoit enfermée dans quatre boutons. Tout ce que les courtisans ont pu pénétrer ce soir, c'est que M. de Bavière se croit en état de résister aux troupes de l'empereur, mais qu'il ne laisse pas d'attendre les troupes de France avec grande envie de les savoir en marche. Il est arrivé au comte Schlick un renfort de quatre mille heiduques, et le comte Stirum a présentement huit mille chevaux <le la meilleure cavalerie de l'empereur. M. de Viilars doit achever de passer le Rhin le 10 et le l'^.; ils dévoient se voir, M. de Tallard et lui, auprès de Saverne, hier, qui étoit le 7.

Lundi 9, à Versailles. — Le roi alla tirer l'après-dlnée. Monseigneur alla avec madame la princesse de Conty se promener à Trianon et puis à la Ménagerie. Madame la duchesse de Bourgogne alla aussi à Trianon et puis à la Ménagerie, dont elle fit les honneurs à Monseigneur ; et madame de Maintenon y vint de Saint-Cyr, où elle étoit allée dès le matin à son ordinaire. — On mtode de la Haye qu'après bien des conseils tenus entre les États-Généraux et M. de Marlborough ils avoient enfin résolu de faire le siège de Bonn, qu'ils doivent commencer avant

AVRIL t7<*5. 165

la fin du mois ; ils ont déjà un corps de troupes considérable assemblé à Mulheim. — M. de Clérembault n'est point un des lieutenants généraux de Tarmée de M. de Villars^ comcne on l'avoit cru ; c'est M. de Blainville qui y va^ et Fon euToie M. de Ximenès commander à Namur en sa place. — Nous avons déjà beaucoup de nos troupes qui ont passé le Rhin à Huninghen^ à Neubourgetà Rheinau^ où nous avons un pont. — M. de Monasterol prit congé du roi; il va joindre M. de Villars et servira de lieutenant général dans Tarmée de M. F électeur^ son maître. Ce prince a pris encore une petite place sur Tlnn^ qui s'appelle Neubourg^ qui est entre Scharding et Passau.

Mardi 10, à Versailles. — Le roi alla tirer Vaprèsdlnée et puis alla à la volerie. Monseigneur alla dîner à Hendon et revint ici pour le souper du roi. Madame la dachesse de Bourgogne alla voir la duchesse de Guiche à Poteaux, et ensuite elle monta jusqu'au haut du mont Valérien et visita toutes les loges des religieux, retourna fiûre collation à Puteaux et revint ici à dix heures. — Il arriva un courrier de M. de Vendôme, qui partit de Gasal-> Maggiore le k, où ce prince avoit donné rendez-vous à M. de Vaudemont, dont la santé est si bien rétablie qu41 monte présentement à cheval ; ils ont pris ensemble les mesures pour commencer la campagne. Les ennemis ont abandonné il y a déjà quelques jours San-Felice , et on croit même qu'ils abandonnent Final y si bien qu*ils n'auront plus aucuns quartiers qui couvrent la Mirandole. Toutes les recrues sont arrivées à notre armée d'Italie , dont M. de Vendôme est parfaitement content. — L'équipage de monseigneur le duc de Bourgogne a ordre de partir de demain en huit jours, qui sera le 18^ et l'on croit qu'il partira bientôt lui-même ; il n^ira plus visiter les places maritimes de la Flandre françoise et espagnole, comme ou l'avoit dit il y a quelque temps.

Mercredi 11 , à Versailles. — Le roi alla Taprès-dlnée se promener à Marly. Monseigneur le duc de Bourgogne

1 66 JOURNAL DE DAJNGEAU .

alla souper à la Ménagerie avec madame la duchesse de Bourgogne et monseigneur le duc de Berry, qui y étoient allés séparément dès cinq heures. Monseigneur le duc de Berry y étoit venu àpied^ et madàiûe la duchesse de Bouiv gogne y étoit venue de Trianon^ où elle avolt dîné, et elle avoit beaucoup de dames avec elle. Après le souper à la Ménagerie > on dansa aux chansons fort gaiement, et puis messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry montèrent en carrosse avec madame la duchesse de Bourgogne et revinrent au souper du roi. — On mande de Londres qu'on y a reçu deux mauvaises nouvelles en même temps, qui les jettent dans une grande consternation. La plus cruelle poiup eux c'est qu'à la fin de janvier le feu prît à Porto-Reale, capitale de la Jamaïque; pendant que les hal)itants étoient à travailler à éteindi*e le feu, un tremblement de terre , assez ordinaire dans cette ile-là, se fit sentir avec tant de violence que ces habitants s'enfuirent tous à la campagne et laissèrent brûler la ville, qui a été entièrement consumée. C'étoit là où ils avoient toutes leurs marchandises et tous leurs effets ; ils comptent que la perte qu'ils y ont faite est de plus d'un million de livres sterling. Il faut que toute la colonie angloise songe à s'aller établir dans un autre endroit de l'Ile. Us ont perdu dans le port quelques-uns de leurs bâtiments, où le feu s'est porté de la ville. Voilà qui leur 6te tous moyens de faire des entreprises sur TAmérique. La seconde nouvelle , c'est un soulèvement à Glasgow en Ecosse au sujet de la religion. Toute l'Ecosse est presbytérienne, et on y a voulu introduire des ministres de la religion anglicane. On a envoyé des troupes en ce pays-là pour tacher de ré* primer ces désordres et obliger le$ Écobboïs à souffrir dans leur pays la religion anglicane comme on souffre les presbytériens en AUgleterre. — Le roi a donné une pension de 1,000 écus au comte d'Utès, mestrede camp de cavalerie , qui sert en Italie et qui s'y est distingué la dernière campagne.

Jeudi i% à YersaiUes. — Le roi alla tirer raprès-dlnée. Monseigneur alla dîner àMeudony où messeigneurs lesducs de Bourgogne et de Berry allèrent Taprè^-dinée avec madame la duchesse de Bourgogne; on s'y promena fort, et ils y soupèrent trè^gaiement. Il n'y avoit avec eux que les dames de madame la duchesse de Bourgogne et ma* dame de Noailles. Ils ramenèrent Monseigneur et arrivèrent ici avant que le roi fût sorti de son souper. — Le roi eut des nouvelles de M. l'électeur de Bavière du âO. Ce prince^ marchant à Amberg, que le comte de Stirum vouloit assiéger^ détacha le 28 un de ses lieutenants généraux pour passer la Fils^ qui est la rivière qui passe à Am* berg. Le comte Stirum avoit fait un détachement de son c6tédehuit cents cuirassiers et de cinq cents grenadiers, qae commandoit le prince d'Anspacb, que nous avons vu ici. Les Bavarois les attaquèrent; ils les défirent entièrement, en tuèrent cinq ou six cents , firent beaucoup de prisonniers* Le prince d'Anspach y fut blessé, et Ton a nouvelle qu'il mourut le lendemain à Nuremberg, où il s'étoit fait porter. Une heure avant que de mourir il fit venir son frère unique , que nous avons vu ici avec lui, et lui fit promettre de ne plus aller à Tarmée et de se marier, afin que sa branche ne manquât pas. Le comte de Stirum, depuis cet échec, ne songe plus au siège d'Amberg et se retire en Franconie. — On eut nouvelle que M. Ducsasse revenoit de Garthagène avec Tescadre qu'il commandoit en ces pays-là, et en apportoit beaucoup d'argent pour le roi d'Espagne. •— Puységur, maréchal de camp et pour qui le roi a beaucoup d'estime, étoit demeuré lieutenant-colonel du régiment du roi; S. H. lui 6te cet empJoi et lui a promis de l'en dédommager. Il donne cette ^entenance-coloneUe à Dubarail, qui commandoit le déta- <^J2ement du régiment du roi quand il travailloit à Harly , Il arriva un courrier du maréchal de Tallard, qui mande 9tte les troupes de M. de Villars sont presque complète» ^* «o bon état. On ne sait pas encore bien précisément ce

us JOURNAL DE DAWGEAU.

qu'il mènera de bataillons et d'escadrons avec lui; mais son armée sera du moins de trente mille hommes, et il en demeurera encore à H. de Tallard plus que nous n^en avions l'année passée en Alsace. Ce maréchal mande aussi au roi que M. le prince de Bade ne sauroit rassembler que douze mille hommes au plus.

Vendredi 13^ â Versailles. — Le roi dîna à onze heures , alla tirer et puis revint à Trianon, où il vit jouer au mail messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry. Monseigneur partit d'ici avant neuf heures , alla courre le loup et coucher à Meudon, où il demeurera quelques jours; madame la princesse de Conty et plusieurs dames sont de ce voyage. Madame la duchesse de Bourgogne alla se promener à Asnières par complaisance pour la maréchale de Cœuvres, qui a envie d'acheter cette maison. — Le roi donna le matin au président duMetz, pour son fils, la survivance de la charge dMntendant des meubles de la couronne ; cette charge vaut du moins 10,000 livres de renie. — Le roi a fait Vallière maréchal de camp et l'envoie servir sur les côtes de Bretagne. — Le soir, chez madame de Maintenon , le roi travailla avec monseigneur le duc de Bourgogne et M. le maréchal de Villeroy aux projets de la campagne en Flandre ; ce maréchal prendra congé du roi avant le voyage de Marly. — Madame la comtesse d'Almond mourut à Saint-Germain; elle étoit une des dames de la reine d'Angleterre, qui Taimoitfort. Elle avoit été nourrie avec elle à Modène ; elle étoit de la maison de Montécuculli. — Le roi donna ces jours passés au duc de Berwick une augmentation de 8,000 francs de pension; il en avoit déjà douze; si bien qu'il en a vingt présentement.

Samedi ik, à Versailles. — Le roi, après son dîner, alla sur la pelouse qui est à côté du parc de Meudon et y fît la revue de ses gendarmes et de ses chevau-légers, qui étoient habillés de neuf et plus magnifiquement que jamais. Le roi fut très-content des hommes, des chevaux et

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de rhabillement. Ils ont ordre de marcher en Flandre les premiers jours de la semaine où nous allons entrer. Messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry étoient àla revue^ et quand elle fut finie le roi entra par le parc et alla voir Monseigneur. Madame la duchesse de Bourgogne, qui éioit à la revue aussi ^ alla à Ghaville^ où elle ne demeura pas longtemps; elle revint ici de fort bonne heure. Les équipages de monseigneur le duc de Bourgogne qui dévoient partir jeudi ne partiront que huit jours après. — M. Bombarda, trésorier de H. Télecteur de Bavière et son agent ici depuis le départ de M. de Monasterol^ a reçu des lettres de M. l'électeur son maître^ qui lui mande le détail de l'action où le prince d' Anspach a été tué ; elle est encore plus considérable qu'on ne Tavoit dit d'abord. Le comte Stirum se retire, et H. l'électeur de Bavière le poursuit. — M. le comte de Broglio^ qui leva l'année passée un régiment d'infanterie en Languedoc, l'a vendu à M. de Bandeville , qui en donne, je crois, 11,000 écus. Dimanche 15, à Versailles. — Le roi alla tirer. Madame la duchesse de Bourgogne alla à Meudon voir Monseigneur; il y eut un grand jeu. Monseigneur y a donné un logement ce voyage au marquis de Beauvau, Lorrain, neveu de du Gharmel et qui est gros joueur. — Les officiers qui doivent servir en Allemagne avec M. de Tallard ont ordre de se rendre à Strasbourg le 1" de mai, et ceux qui doivent servir en Flandre doivent se rendre le même jour à Bruxelles. — M. l'électeur de Cologne mande au roi qu'il a reçu des lettres; dans l'une on lui écrit que l'empereur est mort , et dans l'autre qu'il est à l'extrémité; cette nouvelle a besoin de confirmation. — On mande de Nuremberg que depuis le combat où le prince d'Anspach a été tué le duc de Wurtemberg retiroit les troupes qu'il avoit avec le comte de Stirum , les renvoyoit en son pays et demandoit la neutralité non-seulement pour ses États, mais pour tout le cercle de Souabe, dont, il est directeur. 11 faut encore une confirmation. — On

mande de Languedoc que Julien ayant su que cinq cents fanatiques^ hommes ou femmes , étoient assemblés^ il y avoit marché et les avoit tous pris. On enverra les hommes aux galères, et les femmes sont en prison.

Lundi i%y à Versailles. — Le roi alla Taprè^^née tse promener à Marly. Monseigneur le duc de Bourgog'ne et madame la duchesse de Bourgogne allèrent diner ches la duchesse du Lude^ où ils passèrent toute Faprès^née. Le soir Monseigneur à Meudon fit chanter l'opéra qu'a fait monseigneur le duc d'Orléans. -^ Les lettresf d'Espagne du 31 portent que les levées continuent à se faire trèsheureusement; à la fin de mai ils auront sur pied vingt mille hommes d'infanterie et neuf mille chevaux. Ub mandent que le Portugal demeurera dans la neutralité , quoique les Anglois et les Hollandois fassent courir le bruit qu'ils ont fait le traité avec cette couronne pour attaquer l'Espagne. — On eut des lettres du 7 de ce mois^ de San- Benedetto. M. de Vendôme avoit appris de ce jour là^ par ce que lui avoit mandé M. d'Aibergotti, qui est à Hodène, que les ennemis avoient abandonné Final ; ainsi ils n'ont plus aucuns quartiers qui couvrent la Mirandole. Des six mille Suisses que Ion attendoit dans le duché de Milan , il y en a déjà trois mille d'arrivés. On compte que M. de Vendôme va bientôt entrer en action y et que notre armée sera séparée en deux corps ^ dont l'un sera commandé par M. de Vaudemont^ et Ton mande que M. le grand prieur doit servir sous lui ; il est parti aujourd'hui de Paris. -<- Le roi tint le matin chapitre de l'Ordre , où les preuves du cardinal Porto-Garrero et du comte de Benavente fu* rent admises. Le cardinal est de la maison de Boocan^gn, génoise d'origine^ et le comte^ de la maison de Pimentel , une des plus illustres d'Espagne.

Mardi n, à Yersailles, — Le roi alla tirer Taprè^KliBée. Hesseigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry allèrent à Meudon voir Monseigneur et revinrent ici à neuf heures. — Il arriva un courrier de M. le maréchal de Villars, qui

partit de Tabbaye de Schutter dimanche à cinq heures du matin et qui a fait une très-grande diligence. Le maréchal mande au roi que son armée est en très^bon état. Il envoie Tordre de bataille à S. M., qui nous dit le soir à son petit coucher que Villars marcholt droit au prince de Bade pour Tattaquer dans ses retranchements , où Ton ne croit pas ici que le prince Louis Tattende. On assure pourtant qu^il lui est venu du renfort^ et entre autres quatre mille hommes des troupes de Hollande. Nous comptons ici que le dimanche le maréchal de Villars aura marché sur la Quinche vers Offenbourg. Il lui faudra encore deux jours de marche pour arriver aux retranchements des ennemis. M. de Tallard, qui est à Strasbourg, passera le Rhin et se tiendra à portée de donner la main à M. de Villars. Schutter est le chemin par où il a fallu passer pour venir de Huninghen, de Neubourg et de Rheinau , où la plupart de nos troupes ont passé. Celles qui auront passé à Kehl joindront apparemment sur la Quinche.

Mercredi 18, à Marly. — Le roi partit à quatre heures

de Versailles pour venir ici, où.il demeurera dix jours. —

Tous les officiers de l'armée de Flandre et de Tarmée

qui doit demeurer sur le Rhin prirent congé du roi le

matin , hormis ceux qui sont de Marly et qui ne prendront

congé qu'à la fin du voyage. — Le maréchal de Villeroy

eut le soir ici, chez madame de Maintenon , une longue

audience du roi. — Par Tordre de bataille que le mare-

^aJ de Villars envoya hier au roi, il a soixante-quinze

^^cadrons et cinquante-quatre bataillons ; il reste au ma-

^^hal de Tallard quarante escadrons et trente-deux ba-

**iilons. Tous ceux de l'armée du maréchal de Villars

^nt des bataillons colonels ou d'anciens bataillons de

^*stii:iction. — On a des lettres de Madrid du 5, qui con-

fiï'ïtàent tout ce qu'on mandoit par les lettres du 31 . Il n'y

^ poi nt de confirmation à la nouvelle que mandoit H. de

^loRiie de Textrémité où se trouvoit l'empereur; ce qu'il

172 JOUNRAL DE DANGEAU.

y a de certain, c'est qu'il est fort incommodé. — Par les lettres que plusieurs particuliers ont reçues de l'armée de M. deVillars on aprend que le prince Louis de Bade esta Rastadt, où il fait des remèdes violents. — Monseigneur vintde Heudon ici, et madame laduchessede Bourgogne, avant que de venir ici , alla à Saint-Germain voir la reine d'Angleterre.

Jeudi 19, à Marly. — Le roi se promena tout le matin et vit jouer au mail messeigneurs les ducs de Booiv gogne et de Berry. L'après-dlnée il alla à Saint-Germain voir LL. MM. BB. Le roi d'Angleterre a eu un peu de fièvre ces jours ici. — Le maréchal de Villeroy prit congé du roi comme il montoit en carrosse pour aller à Saint-Germain. — Le maréchal d'Estrées est parti pour aller à Brest, où il va commander et dans toute la Bretagne comme les années passées. — Le roi, qui est très-content de M. de Vaudemont, lui envoie son portrait par amitié et lui écrit de sa main une lettre très-obligeante et trèsjolie (1). — Les équipages de M. le comte de Toulouse sont partis pour Toulon, et ce prince compte de s'y rendre au commencement du mois de mai; il y trouvera vingt gros vaisseaux de guerre ; mais ce ne seroit pas pas assez pour tenir contre les Anglois et les Hollandois, s'ils entrent dans la Héditerannée avec quarante vaisseaux, comme ils l'assurent dans toutes les nouvelles qui ^ nous viennent de ce pays-là.

Vendredi 20, à Marly. — Le roi, au sortir de*la messe,

« Voici, dit le Mercure de mai, page 167, une copie de (a lettre de Sa M^esté. »

De Marly, le 19 avril 1703.

Si les occasions de récompenser dignement vos services sont plus rares que je ne souhaiterois, je veux au moins, en attendant qu'elles se présentent, vous donner une légère marque de l'estime et de l'afTection particulière que j'ai pour vous. Conservez le portrait que je vous envoie comme une assurance de mes sentiments ; la simplicité du présent doit vous faire voir que je n'ai pas voulu qu'il eût d'autre prix que celui que vous y mettrez vous-même.

Signé : Loon.

alla courre le cerf; madame la duchesse de Bourgogne étoit avec lui dans sa petite calèche, et Madame étoit seule dans uDe autre. Monseigneur le duc de Bourgogne étoit à la chasse avec le roi y et Monseigneur courut le loup à Lotie. S. M. se promena toute Taprès-dinée dans ses jardins ; madame la duchesse de Bourgogne et Madame étoient à sa promenade. — L'envoyé du roi à Genève mande que les lettres de Nuremberg du 11 portent que le comte de Stirum quittoit la Franconie et mar* choit avec toutes ses troupes pour joindre le prince Louis de Bade^ qu'il croit trop foible pour pouvoir résister à l'armée de France. Il mande aussi que ces mêmes lettres assurent que M. Télecteur de Bavière s'étoit rendu maître de Ratisbonne^ parce que les ministres de l'empereur empèchoient^ par toutes sortes de chicanes^ les magistrats de demeurer dans la neutralité. Cette ville ne s'est point défendue^ et la diète ne s'est point séparée. M. Télecteur de Bavière, n'ayant plus rien à faire dans le haut Falatinat, avoit repassé le Danube et marchoit au comte Schlick, qui étoit encore rentré sur les terres de l'électorat, dont apparemment il se retirera bien vite.

Samedi 21, à Marly, — Le roi travailla longtemps

l'aprè^-dlnée avec M. de Pontchartrain, quoique ce ne

^ût pas le jour qu'il a accoutumé d'y travailler, et sur

1^ cinq heures il alla se promener malgré la pluie. —

0^ mande de Flandre que les HoUandois ont coupé une

"® Ifjurs digues , et mis sous l'eau tout le pays qui est

^Qtr«e Hulst, l'Écluse et le Sas de Gand. Ils ne veulent

P^iT^i être inquiétés de ^ce côté-là pendant qulls feront

^^ siège de Bonn. Ils assurent dans toutes leurs gazettes

cette place-là doit être investie avant le 20 du

et que M. de Marlborough commandera à ce siège.

provinces de Frise et de Groningue ne veulent point

^^^ïxsentir que MM. d'Owerkerke et d'Opdam soient feld-

^^^ï^chaux , si l'on ne fait aussi le prince de Frise feld-

^^^r^hal. — Il n'est point arrivé de courrier de M. de

174 JOURNAl' PE DAIiGEAU.

Villar», maÎBon a des lettres par Tordioaire du 16. C^ maréchal étoit ce jour-là à. Wilstet. Ou compte toujours qu'il marche aux retrancbemeute du prince Louis» qu'on croit qui a la Mourg derrière sou camp et le ruisseau de Bade devant lui. On parle si diversement du nombre de ses troupes qu'on n'en peut rien écrire d'assuré.

Dimanche 22 , à Marly. -^ Le roi tint conseil le matin comme & son ordinaire^ et Taprès-dinée il travailla jus* qu'à cinq heures avec M. de Chamillart^ après quoi il s'alla promener dans ses jardins. Monseigneur étoit à la promenade. — On eut nouvelle cas jours passés que deux frégates du roi avoient pris sur les Anglois le fort de Gambie en Guinée^ qu'ils ont rançonné le fort pour la somme de 100,000 écus et en ont enlevé toutes les maiv cbandises et deux cent cinquante nègres. Le sieur de la Rocque^ capitaine de vaisseau^ a été tué par les nègres , etle sieur de SaintrVandrille , capitaine de frégate, ramène les nègres et les marchandises dans nos ports. -^ Il arriva le soir un courner de M. de Gbamillart qui revenoit de Strasbourg, d'où il étoit parti le 20. Il apporta des lettres de 11. Villars du 18 au soir, de Saltzbach, qui est le village le plus proche du lieu où fut tué M. de Turenne e^ 167$. M. de Villars mande qu'il a été reconuoltre les retranchements des ennemis ^ur leur droite, avec]MM. de Clérembault et de Blainville, qu'ils ont trouvé très-bons ; il devoit s'en approcher le lendemain par leur gauche, qui sera peui^ètre plus aisée à attaquer. Ce môme courrier apporta des lettres de M. de Tallard du âO au matin ; ce maréchal devoit passer le Rhin ce jour-'là m&vfie sur le pont de JLehl et se préparoit à faire une grande marche ce jour 'là.

Lnndi 23, à Marly,— Le roi tint conseil le matin à son ordinaire, et après son dtner il courut le cerf; et le soir il travailla avec M Pelletier chez madame de llaintenon . — Il arriva un courrier de Bonn. If. d'Al^gre mande que ce serale dernier courrier qu'il enverra; que les troupes

eoneiuks approcheat da sa place ^ et qu'il croit qu'elle ^ra invedielô lendemain. La Croix, qui est dans un chÀ* teau i deoxlieues de la place, mande la même chose. — Le roi a encore différé de huit jours les équipages de nxon-> seigneur le duo de Bourgogne, et ils ne partiront qu'au eonuoencement da mai. -* Toutes les troupes destinées i servir en Languedoc y sont arrivées; il y a présente* oeol vingt bataillons , les troupes de la marine , les miquelets et deux régiments de dragons, M. de Montrevel met deux bataillons en Vivarais; les passages de TArdèche sont fort bien gardés, et on espère que les fenatiques ne pénétreront pas dans ce pays-là, d'où il seroit encore fias malaisé de les chasser que des Cévennes. M. de Hpntrevel a fait désarmar tous les bourgeois de Nîmes et d'Uzës^ plusieurs habitants de ces deux villes«lÀ sont soupçonnés d'être favorables aux fanatiques et d'en avoir même retiré chez eux.

Mardi 24, à Marly. — Pendant que le roi étoit au conseil, il arriva sur les onze heures un garde de M. de Villars qui partit de l'armée le Si . Ce maréchal a fait visiter la gauche des retranchements des ennemis par M. de Blain ville avec vingtcinq bataillons , qui auroient commencé l'attaque si l'on avoit trouvé que cela fût praticable 9 et toute l'armée étoit sous les armes, et la prière faite; mais M. de Blain viUe a trouvé la gauche encore mieux retranchée que la droite, et l'on oommenee icroire qu'il n'est pas possible de les attaquer par aucun endroit. — L'après^ilinée, sur les cinq heures, pendant que le roi travailloit avec JA. de Pootchartrain , il arriva on courrier de Dunkerque» M. de Pontchartrain alla lire les lettres, et puis amena ce courrier, qui est lieut^Qumt de vaisseau et fils de feu Jean Bart, que Le roi avoit fait chef d'escadre^ S. M. le fit entrer dans son cabinet. Il apportoit la nouvelle que Saint-Pol, capitaine de vaisseau, avec une frégate de trente ou quarante canons, avoit attaqué un convoi de vaisseaux mardiaiids

escortés par deux vaisseaux de guerre anglois. Saint-Pol n'avoit avec lui que deux frégates françoises, une ostendoise et quelques petits bâtiments d'armateurs. Saint- Pol^ après un assez long combat^ a abordé et pris le plus gros vaisseau^ qui étoit percé pour cinquante-huit canons^ et après l'avoir pris il a fait le signal aux petits bâtiments qu'il avoit avec lui, qui ont pris huit ou dix des vaisseaux marchands. Voilà le quatrième vaisseau de guerre que Saint-Pol a pris aux ennemis.

Mercredi 25, à Marly. — Le roi tint conseil tout le matin, et travailla avec M. de Chamillart l'après-dlnée jusqu'à cinq heures. 11 alla ensuite faire un tour dans son jardin, et au retour de sa promenade M.deTorcy lui apporta des lettres de M. Rouillé, notre ambassadeur à Lisbonne , qui mande que le roi de Portugal la fort assuré qu'il demeureroit fidèlement dans la neutralité ; une partie de ses ministres avoient été fort ébranlés par les offres avantageuses et les promesses magnifiques des Anglois et des HoUandois , qui faisoient courir le bruit jusque dans sa cour même que le traité étoit conclu. Le duc de Cadaval , gendre de M. le Grand, a fort bien soutenu les intérêts de la France et de l'Espagne , et Ton est fort content ici du roi son maître et de lui, qui a la principale part aux affaires de ce pays-là. — M. le comte de Verue, qui a été longtemps colonel de dragons et qui veut rentrer dans le service, achète du maréchal de Villars la charge de commissaire général de la cavalerie; il en a l'agrément du roi et il en donne 20,000 livres. — On eut des lettres de Lunéville, qui nous apprennent que le mai*quis de Beaùvau étoit mort; son fils, qui est en ce pays ici présentement , croyoit être assuré d'avoir la charge de capitaine des gardes qu'avoitson père; mais M. de Lorraine l'a donnée à M. le prince d'Harcourt, qui est à sa cour depuis quelque temps et qui a déjà une pension de lui.

Jeudi 26, à Marly. — Après la messe , le roi monta

dans sa petite calèche découverte avec madame la duchesse de Bourgogne , et malgré la pluie et la boue, alla courre le cerf. Madame étoit seule dans un petit soufflet. Monseigneur et messeigneurs ses enfants étoient à cheval. La chasse fut fort belle, et ils en revinrent à une heure. L'après-dlnée le roi alla se promener dans ses jardins , et à huit heures le roi et la reine d'Angleterre arrivèrent et soupèrent ici, ce qu'As n'avoient pas fait depuis la mort du roi Jacques II. Avant souper il y eut une loterie chez madame de Maintenon pour LL. MM. BB., madame la duchesse de Bourgogne , les dames de la reine et nos dames du palais. Le hasard fit que la plupart des gros lots furent pour les Angloises, qui est ce qu'on souhaitoit. — Comme LL. MM. BB. partoient pour retourner à Saint- Germain, il arriva un valet de chambre de M. de Chamil^art, qui étoit à l'Étang et qui envoya au roi une lettre du maréchal de Villar^enue par un courrier parti de l'armée du 23 au matin. Ce maréchal mande au roi qu'il fait marcher quelques brigades d'infanterie pour attaquer un village qui est à la tète et dans le centre des retranchements; qu'il espère en se rendant maître de ce poste trouver quelques facilités à entrer dans les retranchements , et que dans une heure il alloit faire commencer l'attaque de ce village. Il mande qu'il a établi quelques batteries à la portée du pistolet des retran- ^^Aements , et que beaucoup de rendus l'ont assuré que ^otj^e canon faisoit un grand désordre dans leur camp ^^ qu'ils avoiènt déjà eu un colonel et un major tués. Il ^^^ partir un courrier le lendemain pour apprendre à ^- M. ce qui se sera passé. Par ce même courrier de M. de y^Jlajs on a des lettres que M. l'électeur de Bavière lui ^^i*if ^ par lesquelles il lui mande qu'il trouvera aux dé- ^^^ohés des montagnes tous les vivres et tous les ra^ ft*€*.lciliissemenls dont son armée pourra avoir besoin , et H^^"*!! y enverra de se)5 troupes pour le joindre. Il l'ins- ^^^ît; même de tous les endroits par où il peut passer

Tf IX. i2

les montagnes. M. de Monasterol, qui est avec M. de Yillars^ écrit ji M. deTorcy^ à qui il mande tout ce détaillà comme rélecteur son maître lui a mandé et oonfor^ mément h la lettre que S. A. E. a. écrite à M. de Yillars. On est fort inquiet ici 9 car Tentreprisa de M. de Yillars paroit difficile à exécuter.

Vendredi 21, à ilfarly* — Le roi en s'b&billant dit aux courtisans qu'il vouloit prévçpir la curiosité qu'ils auroient en voyant arriver M. de Chamillart , qu'il Tavoit envoyé quérir et que ce n'étoit point pour lui porter aucunes nouvelles qu'il venoit ce matin. On passa toute la journée dansTattente d'un courrier d'Allemagne^ et il n'en vint point. L'après-dinée^ chez madame de Maintenon , le roi fit une petite loterie pour quelques dames du palais qui avoient hier eu la discrétion de ne point être à celle qui se fit hier, afin de laisser gagner plus de lots aux Angloises. — Pendant que le roi étoit à la promenade, le maréchal de Tessé lui dit que le commandeur de Hautefeuille, se sentant hors d'état de pouvoir guérir, avoit envoyé quérir les chevaliers qui sont ici et qui sont chargés des affaires de Tordre (1) , et leur avoit dit de prendre possession de sa vaisselle , de ses tableaux , de ses meubles, afin que rien ne s'écartÀt. Il leur a mis entre les mains un contrat de 200,000 francs qu'il a sur la ville. Il a mandé à son neveu de ne plus le venir voir. Il ne garde plus que deux valets auprès de lui et ne veut plus voir que son confesseur. — Il arriva un courrier de M. le maréchal de Villeroy, qui écrit de Bruxelles; il mande qu'il a trouvé toute la cavalerie qu'il a vue parfaitement belle ; il n'avoit point encore vu l'infanterie. — Les troupes hoUandoises, qu'on croyoit qui alloient investir Bonn^ s'en sont éloignées, et les généraux ennemis sont allés tenir un conseil de guerre à Dusseldorf.

(i) L'ordre de Malte.

Samedi 28, à Versailles. — Le roi ne partit qu'à la nuit pour venir ici. Monseigneur alla de Marly dîner à Meudon et revint ici le soir. — Sur les quatre heures, il arriva à Harly un des gens de M. de Chamillart, qui apporta au roi des lettres de M. de Villars, qui mande qu'il étoit impossible d^attaquer les retranchements du prince Louis sans trop exposer Tarmée du roi ; qu'il alloit se retirer et se mettre en éiai de passer les montagnes pour joindre M. de Bavière^ selon les ordres qu^il en a de S. M. On ne dit point encore quel chemin il prendra; ils sont tous fort étroits et fort difficiles. — M. de Ven- « dôme avoit nommé, pour la charge de maréchal des logis de son armée^ le baron Paiavicini, sujet, officier et même un peu favori de M. de Savoie; le roi n'a pas jugé à propos qu'im étranger remplit cette place-là. Il y aura trois lieutenants généraux Crançois dans Tarmée que commandera M. de Vaudemont, qui sont : H. le grand prieur, Saintr-Frémontet Albergotti, et cinq maréchaux de camp, qui sont : MM. de Murçay, Goesbriant, Vaudrey, Langal- *

le rie et , et outre cela tous les officiers généraux des

troupes de M. de Savoie.

Dimanche 29, à Versailles, — Le roi alla tirer Taprès** dlnée. S. M. a envoyé des ordres plus précis que jamais àM. de Villars pour passer en Bavière et de tenter l'impossible pour cela. — Le prince d'Auvergne *, qui avoit été condamné ces jours passés à avoir le cou coupé, fut hier effigie en Grave. — Les troupes hollandoises qui dévoient faire le siège de Bonn se par^gent ^n deux corps, dont l'un, à ce que l'on dit, est destijtté à joindre M. le prince Louis de Bade et T autre à venir sur la Moselle : ^ A>nt toujours courre le bruit qu'ils veulent assiéger ^'•aerbach. — Le roi fait venir quarante escadrons de ^rxaée de Flandre vers Luxembourg , et il y a un déta* ^*ieraent de six-vingts gardes du corps qui marchent à ^^^^i*oy , où ils demeureront jusqu'à nouvel ordre; cela ^^ï^lîi*Bae un peu le bruit qui court depuis quelques jours

que monseigneur le duc de Bourgogne ira commander une armée vers la Moselle et peut-être môme en Alsace.

— La marquise de Richelieu^ qui escalada les murailles du couvent des Angloises du faubourg Saint-Antoine , est arrivée en Angleterre, où elle espère trouver quelque protection. I — Le duc de Moles, Napolitain, qui étoit ambassadeur d'Espagne à Vienne et qui y fut arrêté quelque temps après la déclaration de la guerre, a enfin déclaré que tout s'étoit fait de concert avec lui , qu'il étoit dans le parti de l'empereur, et même a fait un manifeste pour justifier sa conduite, qui est une pure trahison.

* Ce prince d'Auvergne n'avoit, de son aveu, nul sujet de méconteDie^ ment ; bêtise, car il Tétoit fort , et son oncle le cardinal lui tournèrent la tête. Ses biens de Berg-op-Zoom , Tidée du maréchal de Bouillon, gendre du prince d'Orange et fondateur de la république des Provinces-Unies , la parenté en Hollande des Wassenaer, dont étoit la seconde femme de son père, et celle de sa mère, tout cela, joint aux intrigues de son oncle , lui fit espérer qu'en faisant un coup d'éclat qui le rendit .irréconciliable en France, le feroit rapidement monter au stathoudérat, que le roi Guillaume avoit laissé vacant. Il prit donc le senice d'Hollande , y fut en effet très- promptement et très-grandement avancé et n'oublia aucune injure, aucune insulte contre la France pour se bien mettre avec ses ennemis. Sa famille , ne pouvant parer ici le procès criminel , fit les derniers efforts pour en tirer avantage et le faire instruire en pairie ; mais elle ne put parvenir en cela à la moindre distinction par dessus le plus petit gentilhomme, ni cacher ce qu'elle avoit tenté pour l'obtenir.

Lundi 30, à Vertailles. — Le roi se fit saigner, et ce fut du bras droit, chose qu'il n'aime point et qu'il n'avoit jamais faite. Dans toutes ses maladies il a toujours été saigné du bras gauche. Ce fut Gervais qui le saigna.

— Les équipages de monseigneur le duc de Bourgogne partent jeudi, et vont droit à Reims, où ils recevront leur ordre pour le reste de leur marche ; cela confirme dans Topinion qu'on a que ce prince n'ira pas en Flandre cette année. — Le chevalier de Lejay, capitaine aux gardes, achète 45,000 écus le gouvernement d'Aire, que le roi avoit

donné à H. de Marsin pour le vendre. — M. le maréchal de Villars devoit arriver le 27 .à Offembourg sur la Quinche ; il y doit demeurer deux jours pour prendre son pain et tout ce qui lui est nécessaire de tirer de Strasbourg pour tenter dépasser les montagnes et de joindre M. de Bavière. — On mande d'Italie que Farmée commandée par M. de Vendôme et les troupes qui demeureront sur la Secchia aux ordres de M. de Vaudemout doivent entrer en action le k du mois où nous allons entrer. — Monseigneur alla dîner à Heudon ; madame la Duchesse et beaucoup de dames étoient de ce dîner. Il y eut ensuite grand jeu^ où étoient tous les joueurs de la cour et de Paris; c^est le lansquenet qui est revenu à la mode.

Mardi 1" mai, à Versailles. — Le roi tint un petit conseil de dépèche avant que de tenir le conseil de finance parce qn^il n'avoit pas pu finir hier toutes les affaires qu'il y avoit au conseil de dépêche. 11 alla sur les cinq heures se promener à Trianon. — M. le marquis de Vérac^ lieutenant général en Poitou , servira de lieutenant général dans les troupes qui sont aux ordres de H. de Chamilly. Il a eu besoin d'une lettre de service pour cela^ mais il a son rang du jour qu'il a été lieutenant général de la province. M. le comte de Chamilly, maréchal de camp de la dernière promotion , servira sous son oncle en cette qualité-là. — M. le maréchal de Villarsn'a point écrit depuis le 25 ; oncomptequ'il ne pourra entrer dans la montagne qu'aujourd'hui tout au plus tôt. H y a quelque changement dans les officiei's généraux de son armée; d'Usson servira souslui^ etMagnac, par sa mauvaise santé, n'est pas en état d'y servir. M. de Tallard a repassé le Rhin , mais il n'est campé qu'à demi-lieue de Strasbourg. — Brulart, capitaine de cavalerie, achète de Champrond, son beau-frère, la compagnie des gendarmes de Berry y dont il donne plus de <i'5,000 écus. Il ne s'est présenté aucun officier de ce corps pour acheter cette charge , et Dauvet des Marets achète de Dromesnil

la compagnie des chevau-lëgers Dauphin , dont il donne à peu près le même prix. Dauvet étoit enseigne dans le corps.

Mercredi 2 , à Versailles. — Les États de Bretagne haranguèrent le roi après son lever ; c'étoit Tévèque de Nantes qui portoit la parole ; il est de la maison de Beau* vau. Après diner le roi alla tirer. — Le soir, comme le roi sortoit de chez madame de Maintenon pour aller souper, Chavigny lui apporta un paquet de M. de Chamillart, et nous sûmes au souper que M. de Blain ville étoit entré dans la vallée de la Quinche et y avoit attaqué et pris le château de Haslach, où il y avoit cent quatre-vingts hommes , cjui ont été faits prisonniers de guerre. Haslach est à trois lieues de Gengenbach plus avant dans la monfagne. M. de Blainviile marche avec vingt bataillons et trente escadrons; M. de Villars le suit avec le reste de Tarraée, qui est de trente bataillons et trente escadrons. M. de Tallard est au delà du Rhin avec son armée, qui observe les mouvements du prince Louis. — On eut nouvelles que les Hollandois , après bien des irrésolutions, s'étoient enfin déterminés à faire le siège de Bonn ; cette place fut investie le 26, et le bruit qui avoit couru qu'ils séparoient leur armée se trouve faux.

Jeudi 3, à Versailles. — Le roi après son diner alla se promener à Marly. Monseigneur le duc de Bourgogne se promena dans les jardins et y vint joindre madame la duchesse de Bourgogne, qui s'y est promenée tous ces joursci. — Mademoiselle de Langeois se maria; le roi a augmenté sa pension de la moitié, et elle a quelque bien de iia. maison. Elle épouse [M. Houel, capitaine aux gardes]. — M. deMadaillan, huguenot, qui s'étoit retiré à Genève, en est revenu et s'est converti ; le r<ri lui donne 2,000 francs de pension. 11 est de même maison que le marquis de Lassay ; leur nom est Madaillan. — Le commandeur de Hautefeuille mourut à Paris; durant sa maladie le roi a parlé plusieurs fois de lui avec estime et amitié.

Vendredi 4, à Versailles. — Le roi alla tirer et puis revint se promener à Trianon , où madame la duchesse de Bourgogne alla le trouver et se promener avec lui. Monseignetur alla dinar à Heudon , où il demeurera jusqu'au premier voyage de Marly. — M. le maréchal de Villeroy mande que les ennemis qui attaquent Bonn ouvrirent la' tranchée la nuit du lundi au mardi 1*'' de ce mois. — J'appris que M. le duc d^Orléans avoit donné une pension de 13,000 francs à Longepierre * , qui étoit autrefois attaché à M. le comte de Toulouse. — M. de Béchameil ^ mom'Qt à Paris. Il étoit surintendant de la maison de M. le duc d'Orléans, comme il Favoit été de feu Monsieur ; cette charge lui valoit 30,000 livres de renie. Il étoit oatre cela surintendant des bâtiments de ce prince et avoit poqr cela 9,000 francs d'appointements et 6,000 francs de pension. M. le duc d'Orléans ne remplit point la ciiarge de surintendant de sa maison , et il donne à M. Térat^ son chancelier^ celle de surintendant de ses bâtiments, et M. Tërata prié H. le duc d'Orléans de ne lui donner ni les appointements ni là pension qui y étoit attachée , lui disant qu'il étoit assez riche pour n'en avoir pas besoin et que, n'ayant point d'enfants, il ne lui faut que l'estime et les bonnes grâces de son maître pour le rendre heureux.

* CeLongepierre, homm^depeu et bel esprit de profession, fut assez déttfpréable, mais intrigant à tout faire, avoit mis son pied dans tous les souliers quMI avoit pu, et à force de manège s'étoit fourré chez M. le comte de Toulouse. Il patricotta avec madame d'Armagnac de eoiffer son mettre de sa fllle , qui s*en entêta si bien qu'il pria ft> roi dehâ permettre de Tépouser. Elle étoit parfaitement belle, moins par* Êiitement neuve , et quoique ce mariage fût pour le moins égal , 1q roi, ^ qui dans ces temps étoit encore bien loin du degré où successivement, niadame de Maintenon parvint à le monter depuis pour ses bâtards, et (|ui alors avoit fort à regret marié M. du Maine et ne vouloit point marier eelui-cî, le refusa tout plat, il ne fut pas longtemps à démêler la fusée : Longepierre fut chassé; madame d'Armagnao wardement, mais longuement disgraciée; M. le Grand même,

184 JOURNAL DE DANGKAU.

avec tout son ascendant sur le roi , en fut longtemps en peine. Il se coula chez M. le duc d'Orléans , où il intrigua encore , et ne nhissit nulle part, sinon à être espion et rapporteur gratuit du due de Noailles.

** Béchameil étoit beau-pèrede Desmarets, qui fiit depuis contrôleur général des finances après en avoir été ignominieusement chassé , et du comte de Cossé devenu duc de Brissac par la mort du frère de la dernière maréchale de Villeroy sans enfants, et père de Nointel, pour qui Monsieur obtintrintendance.de Bretagne et une place de conseiller d*État. Ce Béchameil avoit été fort dans les affaires , mais avec bonne réputation , et aimoit singulièrement la bonne compagnie de la cour, qu'il attiroit chez lui par le jeu , par la chère la plus exquise et par le goût le pIusrafHné en tout. C'est lui qui a fait ce qu'il y a de plus beau à Saint-Cloud pour la maison et pour les jardins, et le roi leconsultoit quelquefois sur les siens. Il dépensa des trésors à ^Nointel on Beauvoisis , où il menoit grande compagnie. Ce fut à cette occasion que le comte de Fiesque fit cette chanson si plaisante de son entrée dans Nointel, dont le refrain est « Vive le roi et Béchameil son favori , » du ridicule de laquelle il n'est jamais revenu , et dont le roi avec toute sa grave majesté rit aux larmes. Il avoit été bien fait et au gré des dames. Il prétendit ressembler au comte de Gramont. Le comte de Gramont, le voyant un jour devant lui aux Tuileries, paria qu'il lui donneroit un coup de pied de toute sa force dans le cul^ et que Béchameil , au lieu de se fâcher, l'en remercieroit; et en effet il le fit, puis lui demanda mUle pardons, et lui dit qu'il l'avoît pris pour son neveu , dont l'autre fut comblé d'aise et de recounoissance.

Samedi 5, à Versailles. — Le roi alla l'après-dlnée à la Ménagerie et puis se revint promener dans ses jardins^ où madame la duchesse de Bourgogne le vint joindre à nie royale (1). — Il arriva hier un officier de la marine envoyé par M. Ducasse^ qui est arrivé à la Rochelle revenant de TAmérique avec trois vaisseaux chargés de 300,000 piastres pour le roi , qu'il a reçues à la Vera-Cruz délacontadorerie, par ordre du roi d'Espagne. Cet argent est pour payer une partie de la dépense que nous avions faite pour envoyer Tescadre^de Ducasse en ce pays-là, où

(1) LHle royale ou Vile éC amour était une grande pièce d*eaQ située à Textrémité des jardins de Versailles du côté du midi. Cette pièce d*eau a été comblée et remplacée par un jardin anglais, connu sous le nom de Jardin du RùL

I a mené de Tinfanterie pour mettre dans les places du -oi d'Espagne. Un vaisseau de cette escadre est péri à la [avane , mais on en avoit retiré la charge, les agrès , le ^::^anon^ si bien qu'on n^y a perdu que la carcasse du vaisjau. — On eut nouvelle qu'il étoit arrivé à Bayonne ,500,000 livres pour le roi, de l'argent de la flotte que . de Château-Renaud amena à Yigo l'iété passé. — Les .^:^x)upes de H. le duc de Savoie qui doivent servir dans <Ave armée d'Italie sont en marche, et l'on compte qu'eli& sont entrées d'hier dans le Milanez; Le prince de Pié- .ont a la petite vérole à la Vénerie, où madame la dulesse royale, sa mère, s'est enfermée avec lui. — Le roi :f ait donner 2,000 écus au chevalier de la Vallière, à la "ière de madame la princesse de Conty ; et cette prino^^^e outre cela lui donne 4,000 francs de son argent poiur lui aider à rétablir sa brigade, qui a beaucoup souffejrt la campagne dernière.

Mimanche 6 , à Versailleê. — Le roi travailla l'après^ dinée avec H. Chamillart, et pendant qu'il étoit avec ce i^nistre, M. de Villars arriva. Il est capitaine de vaisseau, mais il sert cette année volontaire auprès du maréchal de Villars, son frère. Le roi le fit entrer d'abord dans son cabinet; il jugea aisément que la nouvelle étoit bonne, et effectivement elle ne peut pas être meilleure. Tous les défilés des montagnes sont passés ; les retranchements qu'avoient faits les ennemis en plusieurs en- <lroits sont forcés ; notre armée est entrée dans la plaine, Marche sur trois colonnes et elle n'est plus qu'à trois heures de Rottweil et de Willingen. M. de Villars campa, le 3 à Saint-Georges. Il avoit dans sa marche canonné et ^^qué le château de Hornbourg. Les ennemis avoient derrière ce lieu-là trois mille hommes de troupes réglées et mille hommes de milice , qui , après avoir fait une décharge, se sont retirés fort précipitamment. On leur a pris dans leur retraite deux ou trois cents hommes, mais on Be s'est point amusé à les poursuivre. Nous avons laissé

Wolfac à notre gauche, avant que de venir à Hornbourg. Nous nVvons perdu qu'environ trente soldats et trois of* liciers subalternes; le petit Chamarande, colonel du régiment de la Reine, a été blessé très-légèrement. La jonction avec M. de Bavière est présentement sûre; on n'entend point parler du prince de Bade.

Lundi 7, à Vermillêê. — Le roi entendit la messe dans son lit et puis prit médecine ; il tint conseil Faprès-dlnée^ et Monseigneur vint ici^ deMeudon^ pour le conseil et après le conseil y retourtia coucher. — M. de Villars, qui arriva hier ici ^ nous dit que M. son frère aVoit mené quarante pièces de campagne et quatre pièces de vingt-quatre ; je crois qu'on ira à Willingen plut6t qu'à RottWeil et que cette place n'est guère eii état de soutenir un siège. Il avoit des vivres encore pour cinq jours, et H. duChàtelet^ maréchal de camp , lui a amené un convoi escorté de doose cents chevaux. MM. de Clérembault et de Saint-Mauris, lieutenants généraux, sont demeurés à Offembourg avec trois escadrons et quatre bataillons. M. deTallard y campa le mercredi â, et ces deux lieutenants généraux serviront dans son armée. Le détachement des troupes de H. Té» lecteur de Bavière doit joindre M. le maréchal de Villars aujourd'hui. — On a des nouvelles de Bonn; la tranchée n'y a été ouverte que le 8, et ce qu'on avoit mandé à M. le maréchal de Yilleroy qu'elle étoit ouverte dès le 30 n'étoit pas vrai ; ils travailioient aux lignes. -«- On mande de Vienne que la cadette des arohiduchesses est morte; c'étoit la plus jolie de ces princesses. •— On espéroit depuis huit ou dix jours que madame la duchesse de Bourgogne étoit grosse y mais nous avions ordre de n'en rien dire ; nos espérances sont finies, et même elle a senti des douleurs ce soir, n'a point soupe avec le roi et n'a pu même aller le voir dans son cabinet après souper.

Mardi 8, à YersailUê. — Le roi travailla avec M. de Ghamillart Taprès-dinée jusqu'à cinq heures et puis s alla promener à Trianon, où il fait faire un appartement

nouveaa ponr lui dans Tendroit où étoit la comédie , et le soir il travaiUa chez madame de Maintenon avec M. le

chancelier jusqu^au souper. Monseigneur courut le loup à Hendon ; monseigneur le duc de Bourgogne étoit à la chasse avec lui et y demeura à souper. — Il arriva sur les cinq heures un courrier de M. de Saint-Contest, intendant à Metae^ qui envoyoit un paquet que le marquis d'Alègre avoii trouvé moyen de faire passer à Luxembourg et que le comte d'Autel a voit fait passerez Metz. Le mar^ quisd'Alègre écrit du 1*' de ce tnois qu'il croit que les ennemis n'ont guère plus de vingt mille hommes à ce siège, tnais qu'ils débarquent une prodigieuse quantité de canon et de mortiers. — Il arriva le soir le capitaine des gardes de M. de Vaudemont. On crut d'abord qu'il appoftoitqaelque nouvelle considérable d'Italie ; mais nous sûmes bientôt après qu'il étoit veûu pour apporter au roi des lettres de remerciement de ce prince du portrait et de la lettre obligeante que le roi lui elvoit écrite en le lui envoyant. — On sut le soir que madame la duchesse de Bourgogne étoit blessée ; le roi alla la voir avant que de se mettre à fable. Le voyage qu'on devoit faire demain àMarly est différé de huit jours à cause de ce malheur-là, qui nous afflige fort ici.

Mercredi 9, à Versailleê. — Le roi, avant que 4'allep à la messe^ entretint longtemps dans son cabinet le cardinal de Noailles ; il lui donne audience comme cela tous les mercredis , et cela n'empêche point qu'il ne tienne le conseil comme les autres jours. L'après-dinée^ S. M. vint voir madame la duchesse de Boui^ogne , qui gardera le lit neuf jours ; Clément même seroit d'avis qu'elle le gardât quelques jours de plus. Le roi au sortir de chez elle alla tirer, revint changer d'habit etsepromener àTrianon, rentra au retour chez madame la duchesse de Bourgogne, oA il fit asseoir toutes les dames. — Il arriva un courrier à^ maréchal de Villeroy , qui doit assembler l'armée ces ioars4cî. — Il arriva un courrier de M. de Vendôme, qui

doit commencer à agir avant le 15. Les troupes de M. de Savoie sont arrivées dans le Milanez et sont très-belles; elles sont commandées par Ùeshayes^ gentilhomme françois^ qui avoit eu une fort méchante affaire en ce paysroi. — Le roi, avant que de souper^ vint encore voir madame la duchesse de Bourgogne avec Monseigneur, qui est revenu de Meudon . Monseigneur le duc de Bourgogne y a passé presque toute la journée.

Jeudi 10 , à Versailles. — Le roi alla se promener à Marly , où il vit trente-cinq belles carpes de couleur que H. le prince lui avoit fait apporter de Chantilly. Avant que de partir, il entra chez madame la duchesse de Bourgogne et y retourna encore avant souper. — On eut hier au soir nouvelle que M. Télecteur de Bavière avoit détaché quatre mille hommes pour conduire un grand convoi à l'armée de M. de Villars. S. A. E. en personne suit ce convoi avec dix mille hommes de ses meilleures troupes ; il étoit déjà à Pfulendorf, qui est une petite ville impériale, à Tentrée du comté de Furstemberg , et devoit marcher le lendemain à Friding, petite ville sur le Danube, qui est à la maison d'Autriche. Il n^y a de Friding que huit lieues de France à Dutlingen, jusqu'où l'on croit que le maréchal de Villars s'est avancé; on assure qu'il s'est rendu maître de Willingen. — Le soir on déclara que monseigneur le duc de Bourgogne iroit commander notre armée sur le Rhin. On a envoyé ordre à ses équipages de marcher en Allemagne par la Franche-Comté. — Les dernières nouvelles qu'on a de Languedoc portent que Planque , lieutenant-colonel de Rouergue et brigadier, avoit battu les fanatiques, qui s'étoient assez bien défendus dans une ferme où ils s'étoient retirés. On en a tué quatre cents au moins; on en a pris quatre seulement-, qu'on fit pendre le lendemain dans Alais. Cette troupe étoit la meilleure et la mieux armée qu'eussent les fanatiques; ils l'appeloient la troupe des cavaliers. Nous avons perdu à cette occasion trente

soldats et un capitaine de Rouergue. Nous y avons eu ^elques officiers irlandois blessés.

Vendredi 11, à Versailles. — Le roi alla tirer Taprès- ^Inée et puis se promener à Trianon . A son retour, il ^ntra chez madame la duchesse de Bourgogne, où étoient ^enus de Saint-Germain LL. MM. BB. Le roi se mit dans 2e petit cabinet avec la reine et madame de Main tenon, et 3>endant cela le roi d'Angleterre alla voir monseigneur 3e duc de Bourgogne et puis revint jouer à la dupe avec jnadame la duchesse de Bourgogne. LL. MM. BB. allèrent ensuite voir Madame et madame la duchesse d'Orléans ^t puis remontèrent en carrosse pour retourner à Saint' 4)ermain. — On mande de Nancy que le prince d'Harcoart a remis à M. de Lorraine la charge de capitaine de ses gardas qu'il venoit d'avoir, et même sa pension qu'il avoit depuis la mort de M. de Commercy. — Un vaisseau marchand de Saint-Malo est revenu de l'Amérique si richement chargé qu'on croit qu'il apporte plus d'un Qiillibn en lingots. — Il y a des lettres de Suisse qui porteixi que l'armée de M. de Villars est dans des quartiers atEprès de Yilling et que ce maréchal a déjà établi pour de^ju millions de contributions et six cent mille rations à& fourrage pour la cavalerie.

Samedi 12 , à Versailles. — Le roi , en sortant de table, eim.'tja chez madame la duchesse de Bourgogne , comme il fai^ tous les jours depuis qu'elle'est au lit ; il alla ensuite se promener àMarly, d'où le vilain temps le fit revenir de meilleure heure qu'à l'ordinaire. — Il arriva un courrier de M. le maréchal de Villeroy, qui, ayant assemblé son anmée le 7 et le 8, marcha le 9 au matin entre Tongres et Maestricht, où les ennemis avoient six mille hommes de cavalerie cantonnés qui, sur l'avis qu'ils eurent de sa °^^i*che par un transfuge des troupes d'Espagne , se reti- ^^i^nt fort promptement à Maestricht. Le maréchal de Villeroy détacha Soutérnon, qui battit quelque petit parti et P^^t des tralneiu^, et lui marcha à Tongres, qu'il fit som-

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mer. Le commandant^ qui étoit le baron d'Elseï brigadier, répondit qu'il étoit en état de se défendre et fit tirer. En même temps le maréchal de Yilleroy fit avancer le canon, qui tira jusqu'à la nuit^ et le 10 au matin » la brèche étant presque en état qu'on y auroit pu monter, les assiégés battirent la chamade. Le duc de Berwicliy qui commandoit, leur dit qu'il falloit se rendre à discrétion , sinon

3u'il alloit les faire emporter. Ils demandèrent un quart 'heure pour délibérer entre eux, et au bout du quart d'heure ils se rendirent à discrétion. Il y avoit dans la place deux bataillons bien complets, bien habillés et bien armés, beaucoup d'équipages et entre autres celui du duc de Wurtemberg, un de leursoffîciers généraux, qui envoya dès le soir même un trompette au maréchal de Yilleroy, le priant de lui permettre de racheter son équipage. Il y avoit plus de quarante officiers à ces deux bataillons, dont l'un est hoUandois et l'autre écossois.

Dimanche 13 , à Ver milles. — Le roi ne veut point qu'on fasse l'échange des prisonniers ; il veut que le cartel soit réglé, et la princesse de Danemark n'y veut point consentir, si on ne la reconnolt reine d'Angleterre; ainsi cela demeurera en l'état où cela est, chacun gardant ses prisonniers. — Il arriva un aide de camp de M. de Yillars, parti le 9 de Donesching, où est ce maréchal. Il n'a point voulu attaquer Willingen, qu'il a laissé sur sa gauche. Il a cru que ce siège retarderoit sa marche de deux ou trois jours, et le prendra toujours quand il voudra. Il arriva dès le k k Donesching et détacha cinq cents chevaux, commandés par M. d'Aubusson, mestre de camp, pour aller porter de ses nouvelles à M. de Bavière; cet électeur en avoit détaché aussi cinq cents de son armée pour venir joindre celle de M. de Yillars. Cesdeux troupes se trouvèrent, se reconnurent et la joie fut grande de part et d'autre; tous nos cavaliers revinrent ivres. S. A. E. devoit s'aboucher, deux jours après> avec le m£.réchal et prendre leurs mesiu*es pour ce qu'ils entreprendront.

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iVotre cavalerie est cantonnée dans un pays fort abondant^ DU elle se raccommodera bientôt^ et en attendant on établit de grandes contributions dans tout le pays. M. de Villars a défendu qu^on brûlât et empêche la maraude ta^nt qu'il peut; il espère en venir à bout. 11 a avec luici^qiiante de nos meilleurs bataillons et soixante escadrons. l^e roi lui a envoyé pouvoir de donner Tamnistie de sa part à tous les déserteurs qui voudront rentrer dans les tiroupes et de faire des brigadiers s'il croit en avoir |:>^soin ou s'il y en a d'assez heureux pour faire des actions qui méritent des récompenses pareilles.

Lundi ik,à Versailles. — Le roi alla tirer Taprès-dlnée e^ puis changer d'habit à Trianon^ où il se promena jus- ^la^à la nuit. Il vient tous les jours deux ou trois fois che^ luadame la duchesse de Bourgogne, qui garde le lit^ mais <|;vij est en parfaite santé. Monseigneur courut le loup et puis revint manger chez madame la princesse de Conty et se promener avec elle dans le parterre. — M. le prince Louis de Bade est toujours dans son camp de Stolhofen. Il en a détaché seulement deux bataillons, qu'il a envoyés au comte de Stirum . qui a quitté le haut Palatinat et la Franconie et s'est avancé sur le Necker pour couvrir le P^ys de Wurtemberg. Le comte Schlick lui a ervoyé aussi les quatre mille Saxons qu'il avoit dans son armée, ^t s'est mis derrière Passau avec ces deux renforts-là. Le comte de Stirum n a pas dix-huit mille hommes. — r M. le ïûai»échalde Villars souhaitoit que madame sa femme passât en Bavière, et il avoit donné tous les ordi'es pour cela; ï^ais le roi ne l'a pas jugé à propos, et I'oa croit qu'elle "^viendra à Paris. — M. le maréchal de Tallard s'est rap- P^<>ohé de Strasbourg ; il est campé entre Kehl et W4stet ^t il y trouve moyen de faire subsister la cavalerie sans 4^'il en coûte rien au roi. Il envoya, il y a quelques jours, *^ olevalier du Rozel avec un régiment de cavalerie P^^i? chasser les hussards qui avoient fait une course avant en Alsace, d'où ils emmenoient un assez gros

butin ; le chevalier du Rozel les attendit au sortir d'un défilé^ et^ quoique plus foible qu'eux de beaucoup^ il les attaqua^ les défit, reprit tout le butin, en tua plus de cinquante et en prit du moins autant. Il ne perdit que deux ou trois cavaliers à cette action-là, et les hussards y ont perdu Thomme le plus considérable qui fût parmi eux.

Mardi 15, à Versailles. — Le roi, avant que d'entrer au conseil, donna audience au nonce ordinaire, qui lui rendit des lettres de l'empereur et de l'impératrice qui donnent part à S. M. delà mort de l'archiduchesse leur fille. Le roi en prendra le deuil au retour de Marly , où Ton va après demain pour en revenir la surveille de la fête de la Pentecôte. — Le roi a envoyé à M. deTallard la commission de commander en Alsace, comme Tavoit M. de Villars avant qu'il allât joindre M. de Bavière. L'armée de monseigneur le duc de Bourgogne sera plus forte que celle de M. de Villars, et il arrive tous les jours des troupes à M. de Tallard ; on croit même qu'elle sera en état d'entreprendre quelque chose de considérable. — Les dernières nouvelles qu'on a de Bonn sont que les ennemis ouvrirent le 9 la tranchée au fort de Bourgogne. On dit que M. de Cohorn, qui conduit les travaux de ce siège, prétend, après la prise du fort, établir des batteries qui ruineront aisément, quoique la rivière entre deux, les murailles de la ville, qui ne sont pas terrassées de ce côté-là , et qu'ensuite il fera passer l'infanterie dans des bateaux, qui pourront monter à la brèche. Nous croyons cela ici plus difficile qu'il ne le croit. — Les dernières nouvelles qu'on a du Languedoc c'est que les fanatiques commencent à se déceler les uns les auti*es ; celui qui avoit le plus de [réputation parmi eux a été dénoncé. Quelques dragons l'ont surpris dans une maison ; il s'est sauvé sur le toit et on l'y a tué.

Mercredi 16, à Versailles. — Le roi travailla jusqu'à cinq heures Taprès-dlnée avec M. Chamillart. Il étoit arrivé le matin un courrier de M. de Tallard. Les lettres ne

MAI ITOS. m

fujc*«iit déchiffrées qu'après le dîne». Monseigneur le duc d& Sourg^ogne étoit chez madame la duchesse de Bour» go^^^ne, qui garde encore le lit. Le roi Tenvoya chercher; il fkit quelque temps avec S. M., et nous sûmes quand il en ^rtit que son départ étoit réglé. Il* partira le 28^ qui sepsfcle lendemain de la Pentecôte, et ira coucher ce jourlà a. Villacerf. — H. de Tallard a envoyé chercher quelques bsLiXlis de FOrtenau, et leur a déclaré que si H. le prince de !Uade ne faisoit payer incessammentet au double les désopclres que ses troupes ont faits à un village près de Straslx>^Cftrg qui payoit contribution, qui est à M. de Gbamlay , doxftt même ils ont brûlé la maison par son ordre, en ce <^c^s— là il feroit faire des exécutions militaires dans son P^y s qui iroient bien au delà du dommage que ses troupes ^^oient fait; les baillis ont promis qu'on y satisferoit ^^* plus 16t. — Le maréchal de Coeuvres prit congé du ^^i ;il va conmiander sous M. le comte de Toulouse dans *^ Méditerranée.

^iudi 17, à Marly. — Le roi entendit vêpres à Vertes et puis vint ici, où il se promena jusqu'à la nuit, lame la duchesse de Bourgogne se leva, alla à la messe Monseigneur, et on l'apporta le soir ici en chaise; ^lle ne s'en trouva point incommodée, et monseigneur le duo de Bourgogne recommença à recoucher dans son li-k «ivec elle. — On a eu des nouvelles de Bonn du 11. Les ennemis avoient emporté ce jour-là le fort de Bourgogne l^épéeà la main. La tranchée à la ville, qui fut ouverte la nuit du 3 au ^, étoit poussée jusqu'à vingt toises de la contrescarpe; les assiégeants ont plus de cent pièces de canonen batterie, et Ton compte que la première nouvelle qu'on aura sera la reddition de la place. Les nouvelles qu'on en avoit eues par M. de Cologne ne se sont pas trouvées vraies. — M. le maréchal de Coeuvres prit congé du ^oi À Versailles ; il s'en va commander notre flotte de la Méditerranée sous M. le comte de Toulouse , et ce prince doit partir au commencement du mois qui vient pour se

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