‹ Journal du marquis de Dageneau (volume 2)Chapitre 7 sur 25 · de Vendôme , il mande qu'il fera partir un courrier · texte numérisé non relu

de Vendôme , il mande qu'il fera partir un courrier

1^ m oti le 15 au plus tard. On parle fort ici de faire un

diétachetnellt des troupes que nous avons en ce pays^là j

d'où nous pourrions tirer trente mille hommes^ et être

encore plus forts que les ennemis. On mande que les

maladies y commencent déjà. — Le soir^ un peu avant

le souper dU roi^ Villenouvelle, aide de camp de M. d'A-

légère, arriva de Bonn, d'où il étoit parti le 17. La ville

commença k capituler le 14< au soir, et la capitulation ne

fiit réglée que le 16. Nous avions dans la place le régi'»

^ent de cavalerie de Chartres , les dragons du comte de

^îtîers, huit bataillons françois et trois de M^ l'électeur

^ CMogne, dont l'un avoit prêté serment au chapitre;

U) Voir dans le Mercure de mai, pages 232 à 253, rarticle nécrologique sur **«»te« Perrault.

toutes ces troupes sont envoyées & Luxembourg^ hormis le bataillon qui avoit prêté serment au chapitre^ qui restera prisonnier de guerre. Au dernier siège de Bonn, quand M. d'Asfeld y commandoit, on en usa de même, et les ennemis Tout fait voir à M. d'Alègre, qui faisoit de grandes difficultés là-dessus quoiqu'il n'y ait que quatrevingts hommes dans ce bataillon.

Lundi 21, à Marly. — Le roi entretint longtemps Villenouvelle après son lever ; il lui fit conter tout ce qui s^étoit passé au siège de Bonn. Le 13, la cavalerie que nous avions dans la place, soutenue de quelque infanterie, fit une sortie qui réussit si bien qu'on rasa toute la tête de la tranchée ; on prit le colonel hollandois qui la commandoit, on tua quatre ou cinq cents soldats, on poussa jusqu'à la batterie, on encloua dix pièces de canon et six mortiers. Streiff et Spi, tous deux brigadiers de cavalerie , commandoient cette sortie , où nous perdîmes fort peu de monde ; mais Polasiron , colonel du régiment de la Couronne, y fut dangereusement blessé à l'épaule. Les ennemis avoient devant la place six-vingts pièces de canon en batterie, soixante gros mortiers et trois cents mortiers à grenade et tiroient dix mille coups par jour^ sans compter le feu de leur infanterie. Les deux bastions du haut et bas Rhin étoient entièrement renversés. Nous avons perdu durant ce siège six cents soldats et quatre-vingts officiers; il en sortira encore trois mille hommes en bon état. On est fort content ici de M. d'Alègre ; sa garnison s*en loue fort et il se loue fort de la garnison.

Mardi 22 , à Marly. — Le roi se promena tout le matin et toute Taprès-dlnèe ; il n'y eut point conseil de finance. H. le chancelier a la fièvre tierce assez violente à Versailles. — Il arriva à midi un courrier de M. de Villars parti le 16 de Hering sur le Danube entre Donesching et Dutling. Ce maréchal vit le 12 M. de Bavière, qui pleura de joie en l'embrassant. Il lui témoigna une grande re*

connoissance pour S. M. et lui dit beaucoup de choses obligeantes ei flatteuses sur ce qui le regarde en son particulier. Il lui fit voir ses troupes, fit faire trois salves de canon et de mousqueterie , jetant le premier son chapeau en l'air^ criant lui-même Vive le roij et ses troupes le criant aussi avec toutes les démonstrations de joie qu'on peut donner. Deux jours après, cet électeur vint voir ce maréchal, dina avec lui, y vit vingt ou trente de nos bataillons qui crioient de bon cœur Vive le rot et Jf . V électeur. Il dit qu'il trouvoit nos troupes encore plus belles qu'il ne Favoit pensé, quelque bonne idée qu'il en eût. M. de Villars a trouvé celles de M. l'électeur en bon état, mais elles n'ont pas encore l'air de guerre comme les troupes de France. Nous avons fait un gros détachement pour aller vers le lac de Constance; on ne dit point si nous le laisserons à droite ou à gauche, cela ne pourroit regarder que la ville de Constance; si on le laisse à droite, cela pourroit regarder Dberlingen ou Bregenz, qui est tout à fait au bas du lac; car pour Lindau il nous seroit inutile, et l'on Ta toujours regardé comme une place presque inattaquable par sa situation.

Mercredi 23, d Marly. — Le roi tint conseil tout le matin, et travailla longtemps après diner avec M. de Chaoïillart avant que d'aller à la promenade , et au retour il travailla encore avec lui chez madame de Maintenon. Monseigneur prit médecine. — Il n'arriva point de courrier de M. de Vendôme, mais on eut des lettres de ioi par l'ordinaire. Il mande du 15 que son armée avoit été assemblée le IS et qu'il avoit été obligé de la faire rentrer dans ses quartiers. Dn orage furieux, qu'on appelle en Italie un temporahy avoit fait déborder toutes les rivières; il espère que les eaux seront écoulées dans quelques jours et qu'il pourra entrer en action le 18. — L'affaire de l'interdiction du commerce avec la France et TEspagne a été enfin résolue en Hollande; les An-

glois ne vouloient point donner les dix mille hommes quHls leur ont promis que cette interdiction ne fit entièrement résolue, Le^ Ëtats Généraux ont fait afficher lies pUcards par où il e4 porté que cette ipterdiotion copxmencera le (*Vde juii^ quoiqu^ les villes mséatiques et les rois du nord n^en veulent pa« usar ds même ; cela ruinera beaucoup de marchands hpllandois et ne fera guère de mal à la France et à TEspagpe. — Six régiments de Télecteur de Brandebourg ont abandonné le blocus de la ville de Gueldres J^o^^ aller joindre l'armée de Hollande sous Housstricht.

Jeudi 24, à Marly, — Le roi se promena tout le m^ au haut de la cascade qu'on appelle la rivière. L'aprèfr^ dinée, sur les six heures , le roi et la reine d'Angletarro vinrent ici ; le roi les promena fort dans tout son jardin. Madame la duchesse de Bourgogne ne put pas être longtemps À la. promenade, parce qu'elle avpit une assea violente migraine. — M. de SainIrPouanges avoit une petite charge de trésorier dans Tordre du Sai^t-Esprit, qu'il a vendue 25,000 écus à Lacour, frère deDeschieps. — On eut nouvelle que le roi de Suède, étapt parti de Varsovie le 28, et traversé le Bug le 30, avoit paru le 1" de ce mois à la vue des troupes saxones que commandoit le général Steinau, qui eut à peine le temps de mettre ses troupes en bataille. Le roi de Suède, à la tète de ses gardes du corps et des autres troupes de sa paaisop , les chargea , les rompit , et prit lui-même prisouuier le général Beitz, qui commandoit la cavalerie. Outre pela il a pris cent officiers, douze cents soldats,. tout le bagage, Tartillerie et une grande quantité de munitiop^ et de vivres. Deux mille chevau:;^ polopois qui étpient avec les Saxons s'enfuirent dès le commencement du copibat; lai première ligne des Saxons se défendit assez bravement. Le roi de Suède n'a quasi perdu personne à ce combat.

Vendredi 25 , à Versailles. — Le roi partit de Mârly à trois heures, passa à Trianon pour y donner quelques

MAI 1705. IW

ordres et puis vînt ici^ où il s^enferm^ avec le P. de la Chaise. — M. Félix, premier cfairurgiep du roi, mourut aux Mouliaeaux. S. jf. \q regrette (ort; c'étoit le plus habile homm§ dç sa professjoi) , et il avoit beaucoup de mérite d'ailleurs. — Oq eut dçs lettres de H. de Vendôme du 18. lies eaipL se sont écoulées, et il devoit marcher le lendemain avec la grosse armée. M. de Vaudemont demeurera sur la Secchia avec vingt mille hommes. — Madame la duchés^ de Yentadpur, qui se trouve ui) peu incommodée, quitte aa charge de dame d'honneur de Madaq^e ; comme cela n'est point encore tout à fait public, 0» ne sait point qui remplira cette place. — par les dernières nouvelles qu'on a d'Angleterre on apprend (jne Tamiral Rook est à la mer avec trente-cinq vaisseaux (Je guerre ; ils disent toujours dans ce pays-là qu'ils ïODt dws la If éditer r3.né6; — Le comte de Poitiers ^ vendu son régiment de dragons 90,000 francs au comte

de qui y est capitaine et qui y a même très-bien fait

dorantle siège de Bonn. ^-^ On mande d'Allemagne que le comte Schlick, qui commandoit les troupes de Tempereur sous Passau, s'est retiré du service ; le comte Solari a eu cet emploi ; il est Piémontois , frère du comte de Couvou que nous avons vu ici envoyé de M. de Savoir.

Samedi M, à Veruùllis. — Le roi fit le matin sas dévotions et toucha ensuite un grand nombre de malades. Après dîner il ^lla à vèpre^ , et après vêpres s'enferma avec le P. d^ la Chais(B et fit la distribution des bénéfices. {1 donna l'abbaye de Sai^t-Uichel au baron Karg, chancelier de N* l'électeur de Colx^gne et qui est fort attaché à la France. Il donna une abbaye de 2 ou 3,000 livres de rente dans le diocèse de Luçon (1) à Tabbé Bouta^d, un dft nos chapelains dans l'ordre de Saint-Lazare. — On eut nouvelle que M* le (somte d'AuJ)igné *, frère de ma-

il) L'4liiKi|e 4e Bois Grosiaod.

200 JODKINAL DK l)A^CKAll.

dame deMaintenon, étoit mort à Vichy, où il étoit allé pour prendre les eaux; il étoit chevalier de l'Ordre et gouverneur de Berry. Le comte d'Ayen, son gendre, a la survivance de ce gouvernement. — On eut des lettres de M. de Villars par l'ordinaire; elles sont du 19. Il devoit marcher le lendemain et descendre le Danube. Il ne mande point encore de nouvelles du détachement qu'on a envoyé vers le lac de Constance et qui est commandé par M. de Chamarande. Nos courriers ont besoin d'escorte jusqu'à Schaffouse, et les Suisses les laissent passer sur leurs terres pourvu qu'ils n'aient point d'escorte, et répondent qu'il ne leur arrivera rien dans les pays de leurs dépendances; ils laissent passer aussi les officiers et les soldais qui veulent rejoindre notre armée pourvu que les gens de chevaL n'aient que leurs pistolets et les fantassins leurs épées^et qu'ils ne marchent que six à la fois.

* Ce fut une grande délivrance pour madame de Maintenon que la mort de son frère, duquel elle drapa. Il y avoit longtemps que Madot, prêtre de Saîn^Sulpice, ne le quittoit point, à leur grand ennui à tous deux, et qu*on le promenoit aux eaux et où Ton pouvoit, pour Téioigner du monde, où il disoit son avis fort librement sur sa sœur, et de tout , et parloit volontiers du beau-frère , et en ces mêmes termes on s'est étendu sur lui à Foccasion du mariage de sa fille unique avec leducdel^oailles.

Dimanche 27, jour de la Pentecôte, à Versailles. — Le roi sortit à onze heures de son cabinet pour aller à la chapelle en bas entendre la grande messe. M. de Metz officia; il est prélat de l'Ordre. 11 y avoit fort peu de chevaliers à la cérémonie. A la fin de la messe , le roi reçut M. de Revel en la manière ordinaire. Avant que le roi allât à la messe, M. de Torcy lui présenta M. de Blécourt, qui revient d'Espagne , où il avoit été avec M. le duc d'Harcourt, qui l'y avoit laissé pour y faire les affaires du roi. L'après-dinée S. M. et toute la maison royale entendirent vêpres, le sermon et le salut. Monseigneur

alla àMeadon, où il attendra le roi, qui y doit aller mercredi pour y passer le reste de la semaine. Monseigneur le duc de Bourgogne^ qui doit partir demain à. la pointe du jour, prit congé de Monseigneur en sortant de la chapelle. 11 y a beaucoup de dames qui sont du voyage de Mendon. Madame de Montauban en est pour la première fois. — On mande de Languedoc que M. deGévaudan avec ses dragons et un détachement d'infanterie avoit attaqué dans un bois la seule troupe de fanatiques qui restoit^ toutes les autres étant presque dissipées. Ils se défendirent assez bien au commencement , nous tuèrent une vingtaine de dragons et quelques officiers ; mais ils prirent la fuite ensuite ; on en a tué deux ou trois cents, et on croit avoir reconnu parmi les morts celui qui les commandoit.

Lmdi 28^ à Versailles. — Monseigneur le duc de Bourgogne partit à cinq heures du matin en chaise de poste^ pour aller coucher à Yillacerf^ qui est à trente^ix lieues d'ici. Le roi alla l'après-dinée àTrianon. Madame la duchesse de Bourgogne se promena autour du canal. — Le roi a donné 2^000 écus de pension à madame d'Anbigné. Son mari lui donnoit pareille somme sur les appointements du gouvernement de Berry , que le comte d'Ayen a présentement; ce gouvernement vaut 10,000 écus de rente. — M. le maréchal de Rosen, qui avoit à vendre le régiment de M. de Montpeiroux, Ta donné gratis à H. de Gramont, Franc-Comtois, ancien capitaine de cavalerie et frère de la beUe-fille de M. le maréchal de Rosen. — Le roi d'Espagne a donné au duc d'Uceda^ son ambassadeur à Rome, la charge de président du conseil des Indes, que le duc de Medina-^eli a quittée. Le marquis de Balbases, qui avoit Texpectative de Tambassade de Rome, en ira bientôt prendre possession. Tout est fort tranquille en Espagne ; les levées qui restent à y faire vont assez lentement. Il n'y a plus de brouilleries entre les cardinaux Porto-Carrero, d'Estrées et la princesse des

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Ursins. — Les HoUandois font courre le bruit dans leur armée qu^ils vont faire le siège d'Apvers, et les ^nglois dirent qu'on n'attaquera point Anvers, maii9 qu'il fau| prendre Osiende pour le donner h l'Augi^torr^.

Mardi 20, à VenailUs, -^ La roi ajla tirer Taprôfr* d)née, Hadamo la duohesse de Boqrgogue qe siurtit poin|, — Le roi a donné à madame la eomtQs«ede Gr^pMint, pour sa vie^ les Moulineaux, qui est une foFt jolie maison dws ce parc-ci, que le roi avoit donnée à M. Félix durant s^a vie aussi. — On eut des nouvelles de monsaig^^ur le duo de Bourgogne de Yillacerf , où il arriva hier à pix h^^^es \ il en est parti ce matin À la pqinte du jour pour aller coucher à Langres, — Un parti de hussards apénéfipé jusqu'à Blamont. Ils trouvèrent VL, d6 LpF^*aine à la puasse, à qui ils rendirent toutes sortes de respects, ce qu'il n'a pas trouvé trop bon ni qu41s soient entrés oomn^ <^la dans son pays. — On a d^P Lettres d^ potre arn^ée d'I* talie du 21 ; elle ëtoit h Nogara, qui est le premier lieu qui soit aux Vénitiens quand on sort des ^tats de Uantoue pour s^approcher du canal hlanc et du YariufQ. Elle devoit aller camper ce jour-là ^ Sangnineto* M. de Vendôme a dans son armée trente^deu^ bataillons et soixante-quinze escadrons. M* de Yd-udemont, qui est resté surlaSecchia, est encore aussi fort que les enn^ups. M. de Savoie a prétendu que ses gard^ç dévoient avoir l^ droite de tout; on n'a pas trouvé sa prétention raison^ nable ; il a pris le parti de ne les point faire na^mbep; ainsi il nous donne deux escadrons moins que l'apnée passée.

Mercredi 30, à Meudon^ — Le roi travailla l'aprègdlnée h Versailles avec M* de ChamilJart et puis partit & cinq heures pour venir ici. Madame la duchesse de Bou|v gogne partit avant le roi et arriva après lui^ parcQ qu'elbi va fort lentement. — On a des lettres de l'armée de H, la maréchal de Yilleroy du 36; il étoit campé à Warem, observant les ennemis, qui se mirent en marche le^k. —

L^ntendant de Franche-Comté a mandé qu'un gros parti de Landau avoit pénétré jusqu'en ca pays-là, vepaqt toujours à couvert par les bois et qu'ils aufoient pu i^r quiéter monseigneur le due de Bourgogne dans sa marche , mais que M. le maréchal de Tallard y avoit re^ médié eo envoyant des troup^^ sur le chemin de Vesoul à Mort. — II. deCronstrom^ envoyé du roi de Suède, eut hi^ sa première audience du roi, qui lui pai^lii d^ S. H. Suédoise avec de grandes marques de joie de§ heureux succès de ses entreprises contre le roi de Por hgne. Le roi de Suède n'a pas encore vi^gtet u^ 3ns , et a déjà gagné quatre batailles. Ou ne sauroit parler ay^q plus de gvhDe»f de politesse et de potasse que le )*oi parla à M. de Cronfirtrom.

Jeudi 31, à Mmiùn* — Le roi se promena tout le matin sous les marronniers y ne pouvant se lasser d^ loueyr le nouvel appartement de Monseigneur ^t la beauté ^ cette prc»nenade-là. L'après^tnée le roi travailla ave^ M, de Pontcharte^ain, et puis alla se prom^Q^i^ ^n calèche avec madame la duchesse de Bourgogne et Madame dansi tous les jardins hauts et bas. — Il arriva un courrier de M. de Vend6n)e parti le 35 de Sanguineto proche Vérone ; il est campé U depuis le 92. U a détaché M. de Kereado avec quelque iufanterie ^outenue de la brigade de dragons que eommapde le corpte d'Estrades; ce détai^be^ ment est pour faire une redoute à la demi-portée du canon de Ponte-Nolino^ que les ennemis occupent ; ils ont même quatre mille hommes derrière ce poste pour le soutenir; la redoute que nous faisons faire et qui eist déjà en défense est une chaussée qui est l'unique cQm«manication que les ennemis puissei^t avoir avec les Véronois. — r Le roi nous dit à son petit coucher qu'il avoit des lettres de M. le maréchal de Villeroy du 28. U est campé à Warem et les ennemis à Vreren à trois lieues les uns des autres et le Jaar entre deux.

Vendredi l*' juin^ à Meudon. — Le roi, malgré le vi-

S04 JOURNAL DE DÀNGEAU.

lain temps^ ne laissa pas de se promener dans les jardins le matin et l'après-dinée. — Dès que M. le commandeur de Hautefeuille fut mort^ le roi écrivit au pape pour lui demander la commanderie de Pezenas, qui est une commanderie magistrale^ pour un fils du duc de la Roche- Guyon ; on ne doute pas que le grand maître ne Taccorde à S. M.; cette commanderie yaut 15,000 livres de rente. Le bailli de Noailles aura l'ambassade selon toutes les apparences; on attend aussi des nouvelles du grand maître pour cela, et dès qu'il sera nommé ambassadeur, il vendra sa charge de lieutenant général des galères de France. — Le roi fait faire des pièces de dix sous de l'argent qui est venu d'Espagne, dont on envoie un million à Strasbourg, et ce million par la fabrication de cette nouvelle monnoie produira 1,500,000 firamcs. — Le roi a donné ime commission de colonel au baron d'Els, capitaine des grenadiers du régiment de Sillery, qui s'est fort distingué à Bonn durant le siège; ce régiment est celui du maréchal de Catinat, que M. de Puysieux, notre ambassadeur en Suisse, acheta il y a quelque temps pour son fils.

Samedi 2,à Versailles. — Le roi partitde Meudon aussitôt après son diner et aUa à Trianon se promener avant que de revenir ici. Madame la duchesse de Bourgogpe et m onseigneur le duc de Berry ne partirent de Meudon qu'à sept heures ; Monseigneur y est resté et n'en reviendra que mercredi. — Il arriva un courrier de M. le maréchal de Villars, parti le 31 de Meskirk ; M. de Chamarande étoit revenu de son détachement et s'est emparé de Zell et de Stokach. M. l'électeur de Bavière marche à Passau pour combattre les troupes du comte Schlick qui sont sous cette place, dont ensuite il fera le siège. M. de Villars a fait embarquer la brigade d'infanterie deCondé, qui descendra le Danube et joindra l'armée de M. l'électeur, et le maréchal de Villars demeure avec le reste de ses troupes pour s'opposer au comte de Stirum. Les

ooatnbQtions s^étendent fort loin dans le pays^ et un de nos partis de cent cinquante maîtres^ du détachement de Chamarande y qui étoit allé pour établir la contribua tioD au delà du Danube et pour amener des otages, ayant trouvé un parti de trois cents^^hommes, tant cavaliers que dragons, les attaqua et les battit après un assez rude combat et ramena les otages. Le comte de Villarsétoità Schaffouse avec plusieurs officiers françois et alloit joindre notre armée avec une grosse escorte.

Dimanche Z, à Versailles. — Le roi alla Taprès-dlnée se promener à Trianon, qu'il a fait meubler ; il y doit aller coucher le jour de la petite fête de Dieu pour y demeurer jusqu'au mercredi suivant. — On mande de Languedoc que les fanatiques ne vont plus qu'en petites troupes; ils sont assez dispersés, mais cependant leur mauvaise volonté n'est pas encore réduite, quoiqu'on en ait tué déjà plus de deux mille. — On a reçu des lettres de H. de Tallard du 28 mai ; il est toujours campé aut>rès de Strasbourg sur la Quinche. Il mande que son armée est en très-bon état ; la cavalerie est fort raccommodée. Ils ont appris avec grand plaisir que monseigneur le duc de Bourgogne alloit les commander. M. le prince Louis de Bade est toujours dans son camp de Stolhofen. — On ades lettresdeM. le maréchal de Villeroy du 31 . Il mande que les ennemis vinrent camper le 30 sur le ruisseau de Remercourt qui tombe dans le Jaar ; leur gauche en deçà de Bedeck, leur quartier général à Atisse et leur droite va jusqu'à Louet sur le Jaar. Les deux armées n'étoient qu'à une portée de canon l'une de l'autre, le Jaar entre deux. Notre droite est à Couarem et notre gauche à Hillebouenal, qui n'est qu'à une lieue de Borkloo.

Limdi 4, à Versailles. — Le roi alla l'après-dlnée se promeneràMarly, où Ton n'ira coucher que de mercredi CQ quinze jours. — On eut des lettres de monseigneur le duc de Bourgogne de Béfort, où il arriva le 31. Il coucha le 28 à Villacerf, le 29àLangres, le 30 à Vesoul. Il trouva

te 31 , efitre Yesoiil et Béfort^ quelques troapeft de sehetia^tlft qu'il ne vit qUe de loin J il étoit escorté par quatre cm cinq cents clievaui de la gendaritierie séparés en iràs troupes, qu^ll trouva en lieUx différents sur sa route. U Mjoui^nera deux jours à Béfort et en partira le 3 pour Strasbourg^ où il compte de n'arriver que le 6. — On eut encore des lettres deH. le maréchal de Villeroy, qui cétoie toujours les ennemis quoique plus forts que lui ; et s'ils entroient dans une plaine, il ne balanceroit pas à les attaquer^ te conflant à la bonté des troupes du roi. On tâchera de les empêcher de faite aucunes grandes entreprises. Ils font toujours courre le bruit qu'ils attaqueront Anvers et Ostende^ ou Huy et Namur ; toutes les troupes qui étoient au siège de Bonn les ont joints.

Mardi by à Versailles. — Le roi se promena l'aprè^nllnée fl Tri&non. Madame la duchesse de Bourgogne n'est point sottie tous ces jours* ci. — U arriva un courrier de Uotre armée d'Italie. M. de Vendôme a été assez incommodé d'une colique néft*étique qui a retardé sa marche d'un jour; il est encore é Sanguineto. Il avoit détaché le comte d'Aquilar^ Espagnol ^ et Saint-Frémont^ qui ont établi un pont àZelo sur le Tartaro dans le Ferrarois; ils n'y ont trouvé nulle opposition. Le passage de cette rivière nous rendra maîtres du bas du Pô au-dessous d'Ostiglia , de sorte que le commerce en sera absolument interdit aux ennemis. M. de Vendôme doit le f de œ mois y faire marcher toute l'armée^ à la réserve de dixneuf escadrons et de cinq bataillons qui demeureront àSanguineto aux ordres de MM. de Vaubeûourt et d'Ëstaing pour couvrir nos derrières et soutenir les redoutes qu'on a faites du côté de Ponte-Molino et du TregnoUe. M. de Vauderoont) qui est demeuré avec une autre armée Mit la Secchia^ va commencer de son côté à entrer en action. On compte que les ennemis n'ont pas vingt mille hommes et qu'ils manquent de beaucoup de ohoaes dans leur camp.

iUlN 4705. 3d7

Mercredi 6, é VBrmlleà. — Le roi alla edcore l^aprèsdlnée tie promenaf à trldnon } il y a été presque tous les jours depuis son Retour de Meudon. — Sdinte-Marthe^ oottrrier du cabinet ^ qui revient d'Italie, où M. de ChamiUart VaVoit entoyé^ assure qu'il a trouvé un courrier que M. d'Albwgoiti envoyoit à M. de Vendôme y pour Im apprendre qu'il s'étoit rendu maître de Final, du Medénois , où il a pris prisonniers de guerre deux cents coir^isiats de Temperettr qui, se voyant investis dans oéttB place, qui n'est proprement qu'un village retranché, voulurent d'abord tuer leurs ohevauit^ comprenant bien qu'ils serotent obligés de se rendre fort vite. M. d'Alber- ^potii, étant averti de cela par un transfuge, leur manda ^ue, s'ils tnoient un seul de leurs chevaux, il ne leur fe* s-€)it aucun quartier, et ils n'osèrent les tuer. — M. le mar* d'Alègre, qui a défendu Bonn, salua le roi> et S. M. entretenir ces jours-ci. — Monseigneur revint de «ulon, où ilneretotlrnera, pour y faire quelque séjour, n'au retour du premier voyage deMarly^ ce qui ne sera -mJk*k la fin de ce mois tout au plus tôt. — Le roi donna .jrdi« au duc d'Aumont de partir ces joui^i pour Bou^ -^^^tSJiB ; il y a une escadre angloise asses considérable à la

Jmdi 7» jour de la Féîe^DUu^ à Vereaille$: — Le roi, sut*

dix heures, alla entendre la grande messe à là paroisse^

A Ton fit là procession autour de l'église en dedans ;

1^ vilain temps empêcha qu'on ne fit la grande, procès^

aicMi et qu'on ne tendit les belles tapisseries de la cou»

ponacy comme on fait, depuis le ehàteau jusqu'à la pa-

^^^ifise. Monseigneur, madame la duchesse de Bourgogne,

ii^OQf^igiieur le duc de Berry, Madame et M. le duc

^ (Orléans étoient dans le carrosse du roi. — 11 arriva un

^^Uirier de M. de Yillars parti du 31 ; il écrit de Ried-

^e, qui esta dix lieues d'Ulm. Les troupes de M. l'élec

^Ur descendent le Danube, et l'on dit qu'elles feront le

^^^e de Passau pendant que M. de Villars se tiendra

vers Ulm^ où il va marcher ; M. de Cham&raiide Ta rejoint et Ton a détaché la brigade d'infanterie de Condé, qui joindra Farmée de M. rélecteur. Voici la disposition où Ton mande que sont les armées ennemies en ce payslà : le comte de Schlick est campé avec huit mille hommes sous Passau entre llnn et le Danube; le comte de Stirum est sur le Necker^ son armée est présentement de vingt mille hommes ; elle a été fortifiée par quelques troupes des princes du cercle de la basse Saxe. M. de Villars mande que la discipline est grande dans notre armée et qu'il n'y a plus de maraudeurs.

Vendredi S, à Versailles. — Le roi donna Taprès-dlnée une longue audience au marquis d'Alègre dans son cabinet^ et puis S. M. alla se promener à Trianon et revint ici pour le salut^ où S. M. va tous les jours durant Foo tave. Madame la duchesse de Bourgogne se mit au lit Taprès-dlnée , et il y a quelque espérance de grossesse ; eUe se ménage ti-ès-sagement. — M. de Tallard, ne pouvant plus trouver de subsistance au delà du Rhin , Ta repassé; il n'a pas voulu attendre que monseigneur le duc de Bourgogne fût arrivé pour faire ce mouvemeni-là; ce prince doit être présentement à Strasbourg, et dès qu'il y sera arrivé nous irons camper 'sur la Lauter. Les armées de Flandre sont toujours dans les mêmes camps. Le !}• un officier des ennemis demanda à parler sur parole , et insensiblement plusieurs officiers de part et d'autre s'assemblèrent et on se fit de grandes honnêtetés. — - M. de Pontchartrain eut nouvelle que treniedeux vaisseaux anglois étoient mouillés devant Belle-Isle ; mais il n'y a rien à craindre de ce c6té-là. Belle-lsle est une bonne place ; nous y avons «m bon bataillon et quelques milices. Le gouverneur est galant homme et brave officier, et les ennemis n'ont pas deux mille cinq cents hommes de troupes de débarquement.

Samedi 9, à Versailles. — Le roi alla l'après-dlnée se promener à Marly, d'où il ne revint qu'à la nuit. — Le

JUIN 1705. 2(y9

premier président de Rouen est mort auprès de Paris ; il s'appeloit Montholoja. Le premier président de Bordeaux, qui s'appeloit la Tresne, mourut aussi il y a un mois; ainsi voilà deux places à remplir. — M. de Vendôme devoit passer le k le Tartaro à Zelo pour marcher droit à Ostiglia, qa^il veut attaquer. On compte que la place est mal fortifiée du côté du bas Pô ; il n'y a de ce côïé-là que des ouvrages de terre, où les ennemis même n'ont travaillé que depuis qu'ils ont vu M. de Vendôme se mettre en marche pour les attaquer par là. Il arriva un courrier de M. de Vaudemont qui n'a pas fait grande diligence, car il partit en même temps que le courrier de M. de Cbamillart qu'il avoit envoyé à M. de Vendôme et qui arriva ici mercredi. M. de Vaudemont mande au roi la prise de Final par M. d'Alhergotti ; mais il y a quelque chose dans la reddition de ce lieu-là différent de ce que nous en avions appris mercredi. Les ennemis qui étoient dedans, à l'approche de nos troupes , abandonnèrent ce poste , et deux cent cinquante cuirassiers , qui se retirèrent les derniers, furent attaqués rudement; on les tua ou on les prit presque tous. On compte que H. de Vaudemont les attaquera sur la Secchia, pendant que M. de Vendùme attaquera Ostiglia pour séparer leurs forces.

Dimanche 10, à Versailles. — Le roi travailla l'aprèsdlnéeavecH. deGhamillart, et après avoir entendu lesalut il alla se promener à Trianon. Au sortir du salut, H. de Pontchartrain lui apporta une nouvelle qui lui lit plaisir. H- Rouillé, notre ambassadeur à Lisbonne, avoit mandé à S. M. qu'une flotte marchande de cent voiles, ascortée de cinq vaisseaux de guerre hollandois, de voit sortir le 15 de n>û de larivière de Lisbonne ; sur cet avis, qui s'est trouvé exactement vrai , le roi envoya un courrier au chevalier deCoetlogon de se hâter de se mettre à la mer avec les <^nq vaisseaux qu'il avoit ordre de mener de Brest dans la Méditerranée. S. M. lui mandoit de tâcher de trouver sa route cette flotte ennemie et de l'attaquer, ce

qu^il a si bien exécuté que le i2 du mois passée il trouva cette flotte marchande en deçà du Portugal ; il attaqua les cinq vaisseaux de guerre , en coula un à fond et prit les quatre autres^ quMl a amenés à Cadix. Sur un de ces vaisseaux est le comte de Walstein, ambassadeur de Tempereur en Portugal. On assure aussi qu'on y a trouvé les pierreries^ la vaisselle et les papiers de l'amirante^ qui songe à se retirer en Hollande , n'ayant pu rien faire en Portugal.

Lundi i\y à Versailles. — Le roi prit médecine et tint Faprès^lnée le conseil quMl auroit tenu le matin. — U arriva le matin un courrier de monseigneur le duc de Bourgogne^ parti de Strasbourg le 7 au soir. Ce prince y étoit arrivé le 6 et y avoit appris en arrivant que M. de Bade avoit retiré ses troupes de dessus la Lauter. Cette nouvelle fut confirmée le lendemain à monseigneur le duc de Bourgogne pendant qu'il étoit à vêpres. 11 avoit assisté àla procession du saint-sacrement et à toutes les dévotions de la journée. — Les ennemis ont entièrement évacué Weissembourg, et n'y ont laissé ni troupes ni munitions. Il n'est resté dans Lauterbourg que deux régiments de hussards ; ilsont jeté dans Landau quatre batail* Ions qui ne font que douze cents hommes ; ilsont rompu leur pont sur le Rhin ; ils laissent un petit camp de cavalerie à la hauteur du fort Louis et un autre plus bas vers Philipshourg. I^es troupes hollandoises que le prince Louis a avec lui ne veulent pas s'éloigner du Rhin. On ne sait pas bien encore si le prince Louis abandonne ses retranchements de Stolhofen ; il y a quelques avis qui portent qu'il marche avec quelques troupes vers le pays de Wurtemberg. Monseigneur le duc de Bourgogne séjournera le 8 à Strasbourg pour voir la place , et le 9 il se mettra à la tête de son armée pour marcher sur la Lauter. — U arriva un courrier d'Italie parti du camp de Zelo le 4. M. de Vendôme acheva le 3 de faire passer le Tartaro à toute son armée ^ et le 5 au petit point du jour

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il marchera pour s'approcher d'Ostiglia, dont on espère pouvoir faire le siège , qui ne laissera pas d'avoir quelques difficultés par le peu d'artillerie que nous avons là et par la facilité que les ennemis auront d'y mettre et d'en tirer par leur pont autant de monde qu'ils voudront ; cependant, comme M. de Yaudemont doit attaquer les postes qu^ils ont sup la Secchia en môme temps que M. de Vendôme attaquera Ostiglia^ cette diversion en facilitera vraisemblablement la prise. Ilest malçiisé qu'une armée aussi faible que celle des Impériaux puisse soutenir ces deux attaques. Ils avoient demandé au cardinal A^talli , légat de Perrare , le fort de la Stellata, qu'il Jeur a refusé quoiqu'il leur soit favorable en bien des (^2i.ose8. M. de Yaudemont mande à M. de Vendôme que Igl plus grande partie de l'armée ennemie est encore eK&lre la Mirandole et Quistello. L'inondation qui les Mivre de ce côté-là est presque entièrement desséchée . — roi a donné la charge de premier président de Rouen de Pontcarré, le maître des requêtes ; S. M. veut q«-B.''il donne 100^000 fiancs à la veuve de M. de MontholoKzm^ et pour lui aider à payer cette somme i 1 lui accorde OK^ bi-evet de retenue de 20,000 écus.

Mardi i% à Versailles. — Le roi donna le matin, après ^on lever, une assez longue audience à M. le prince de 0>Qty et une ensuite à M. Tarcbevôque de Rouen ; après cfuoi il fit entrer le nouvel ambassadeur de Venise , qui \ui avoit fait demander une audience secrète. On a su ce soir qu'il avoit fait quelques plaintes au roi de la part de la république , mais d'une ihanière fort sage et fort respectueuse, dont le roi a été content ; il lui a môme répondu très-favorablement. Laprès^lnée M. de Cha^ millart vint chez le roi et lui apporta des lettres venues par un courrier de M. de Bedmar qui avoit Tair d'un officier et qui étoit accompagné d'un valet de chambre de Gufscard. Beaucoup de gens ici croient que ce courrier est un officier de l'armée ennemie qui s'est venu rendre

et qui adonné quelques avis importants. Le roi, aprèsavoir expédié M. de Chamillart, travailla jusqu'au salut avec M. Daguesseau , et après le salut alla se promener à Trianon. — J'appris que le marquis de Charost, qui fut pris dans la citadelle de Liège et depuis renvoyé à Paris sur sa parole , ayant fait demander permission depuis peu à M. de Marlborough de faire la campagne volontaire , ce milord lui avoit fait réponse que non-seulement il le liii permettoit, mais qu'il le remettoit en pleine liberté, et que tout ce qu'il lui demandoit pour sa rançon^ c'est qu'il lui voulût faire Thonneur de lui donner quelque part dans ses bonnes grâces.

Mercredi 13, à Versailleê. — Le roi ne sortit qu'après le salut et alla se promener à Trianon; il a un peu de goutte, mais il ne laisse pas de marcher. — On a des nouvelles de Saint-Malo et de Cherbourg qui apprennent des détails du combat de H. de Goëtlogon contre les Hollandois. Non-seulement il a pris ou coulé à fond les cinq vaisseaux de guerre , mais il poursuit encore la flotte marchande dont nos armateurs ont déjà pris quelques vaisseaux ; il en est arrivé deux à Cherbourg, qu'on estime 52,000 écus, et un à Saint-Malo. On attend un courrier de M. de Coëtlogon, par qui on saura encore mieux les particularités de cette action-là. — Le roi a choisi Maréchal pour remplir la charge de premier chirurgien vacante par la mort de M. Félix, que S. M. et toute la cour regrettent fort. — On mande de notre armée de Flandre, le soir du 9 de ce mois, que les ennemis avoient marché ce jourlà, laissant le ruisseau de Remercourt à leur droite; il parolt par leur marche et par l'embarquement de canon et des mortiers qu'ils ont fait depuis quelques jours à Liège que leur dessein est d'attaquer Huy. Ils campèrent ce jour-là leur droite à Limou et leur gauche à Varf usée ; le maréchal de Villeroy , les voyant en marche, marcha aussi; il a porté sa droite à Breff et sa gauche derrière le village de Houmale. Il a^ à miUe pas de son camp, un très-

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beau champ de bataille; il est dans une plaine, et il ne tient qu^aux ennemis de nous la venir donner; mais notre situation est si bonne que^ s'ils nous attaquent y ils perdront Tavantage du nombre^ supposé qu^ils Taient.

Jeudi 14, à Trianon. — Le roi, qui a un peu de goutte au pied, n^alla point à la procession du saint-sacrement ni à la paroisse. Monseigneur, monseigneur le duc de Berry et Madame étoient à la procession. Madame la duchesse de Bourgogne, qui n'est point grosse, alla dans son carrosse entendre la grande messe à la paroisse et en revint avec Monseigneur. A six heures du soir toute la maison royale entendit le salut à la chapelle, et puis monta en carrosse pour venir ici, où l'on demeurera jusqu'à mercredi. — On sut au lever du roi à Versailles que le vieux Gourville* étoit mort à Paris subitement; il y avoit longtemps qu'il ne sortoit plus de sa chambre. Il avoitété mêlé dans beaucoup d'affaires ;c' étoit un homme d'un grand sens , et il a laissé* des mémoires curieux, mais qui ne sont point imprimés. — M. le Duc prit congé du roi le matin pour aller à Dijon tenir les États de Bourgogne, M. le Prince n'ayant pas vouluy aller cette année. — On a des lettres d'Anvers qui portent qu'ils ont eu avis, parleurs correspondants de Hollande, que M. l'électeur de Bavière avoit attaqué et défait entièrement le comte Schlick sous Passau; cette nouvelle a besoin de confirmation et est trop considérable pour que le roi ne l'eût point sue par ailleurs.

* Ce Gourville est celui dont il est parlé page 146, et si connu qu'il ny a rien à en ajouter sinon que depuis plusieurs années il avoit dédaré à ses domestiques qu'il ne laisseroit rien à pas im , mais qu'il leur augmenteroit leurs gages chaque amiée , et il l'exécuta fidèlement.

Vendredi 15, à Trianon. — Le roi se promena le matin après la messe dans un petit chariot à quatre avec madame la duchesse de Bourgogne , madame de Maintenon et la duchesse duLude. L'après-dinée S. M. alla tirer

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et puis revint ici se promener jusqu'à la nuit. — Les armées de Flandre sont dans la même situation où elles étoient le 9. Nos généraux font quelques retranchements au village de Tourine, qui est dans notre centre et qui commande la plaine qui est entre nous et les ennemis. — H. de Villars a demandé au roi avec de si grandes instances que la maréchale sa femme pût passer en Allemagne et le joindre que S. M. y a enfin consenti; elle s'eniraàUlm, mais on ne croit pas qu^on lui permette d^aller à Munich. — Lou ville etOrry * sont arrivés de Madrid et ne sont pas fort contents du gouvernement de ce pays-là^ où les affaires vont très-lentement. Le duc d'Albe en doit partir le 21 de ce mois pour venir ici. On va recommencer le procès contre lamirante ; ses espions^ qu'on a pris à Cadix^ ont fait de fâcheuses dépositions contre lui. — M. le duc d'Orléans a donné une pension de 1^000 écus à M. de Lanchal^ qui est grand maréchal de logis de sa maison.

* Louviile étoit celui de tous ceux qui étoient à Madrid à qui madame des Ursins faisoit le plus de caresses et à l'expulsion duquel elle ^vailloit avec le plus de soin, parce qu'il avoit la plus grande part dans l'habitude et dans la confiance du roi d'Espagne et dans celle du duc de Beauvilliers et de Torcy, et qui avoit le plus d'esprit pour la cour et de vues et de capacité pour les affaires. Sa liaison avec les cardinaux et avec l'abbé d'Estrées , et avec tous ceux qui avoient eu part au testament lai étoit encore insupportable. Orry étoit un va nu-pieds qui avoit été homme d'affaires de la duchesse de Portsmouth depuis son dernier retour en France , et qu'elle avoit honteusem^t chassé pour friponnerie. D'ailleurs im drôle souple, hardi, entreprenant, avec de l'esprit et da génie. Après avoir frappé à bien des portes pour vivre, Chamillart l'envoya en Espagne pour des affaires de commerce et de finances, li y crât peu à peu en s'y dévouant sans réserve à madame des Ursins, qu'il Ot après plus d'une fois compter avec lui. On le verra en principale figure , puis en grand danger. Il est père de celui qui porte maintenant ici le nom de contrôleur général des finances (1) et qui a eu le bon sens de ne l'être que malgré lui.

Samedi 16, à Trianon. — Le roi tint conseil le matin à

(1) Philibert Oiry fut contrôleur général des finances de 1730 à 174o.

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son ordinaire et Faprès-dinée il alla se promener à Harly, d'où il ne revint qu'à huit heures^ et puis il travailla chez madame de Maintenon avec M. de Chamillart. Le roi loge ici dans le nouvel appartement qu^il a fait faire où étoit la salle des comédies, mais il tient le conseil dans son ancien appartement. — Il arriva deux courriers de M. de Vendôme, Tun parti du 9 et l'autre du 10, et qui sont arrivés à une heure Tun de Tautre ; le dernier avoit en ordre de H. de Vendôme de faire une extrême diligence, parce qu'il s'agit de recevoir des ordres très-importants. M. de Vendôme a été obligé de quitter l'entreprise d'Ostiglia, parce que les ennemis, se voyant sans espérance de se pouvoir défendre dans ce poste , ont eu recours aux remèdes extrêmes , qui a été de couper les digues auprès de Ponte-Molino et d'inonder le pays. M. de Vendôme étoit revenu avec toute son armée le 10 à Zelo ; il avoit envoyé le baron Palavicin pour se saisir du bastion de Saint-Michel, qui est un poste important et où les ennemis travailloient encore à couper de nouvelles digues , ce qu'il a empêché , et il y a été blessé assez considérabiemenl. C'est un Piémontois fort attaché à M. de Savoie et à qui M. de Vendôme s'est assez confié pour lui iaire faire la charge de maréchal des logis deTarmée. On dit (pie c'est un officier très-brave et très-entendu.

Dimanche 17, à Trianon. — Le roi, outre le conseil qu'il avoit tenu le matin à son ordinaire , travailla toute raprèsfdlnée avec M. de Chamillart et puis alla faire un tour dans ses jardins. Monseigneur alla l'après-dinée se promener à Meudon. Madame de Maintenon eut un accès de fièvre assez violent ; elle en a de temps en temps, mais celui-ci a été plus fort que les autres. — 11 arriva un courrier de M. le maréchal d'Estrées. Les vaisseaux anglois qui étoient devant Belle-Isle et à la côte de Bretagne se sont retirés. On croit qu'ils sont rentrés dans la Manche, voyant qu'ils ne pouvoient faire aucune entreprise dv ce rôté-là. — On a des lettres de l'armée de monseigneur le

duc de Bourgogne, qui décampoit de Haguenau pour aller vers Kandel. Toutes les lettres portent que ce prince est adoré dans Tarinée, et il parolt qu41 est content au dernier point du maréchal de Tallard. Son armée se fortifie tous les jours. Le prince Louis de Bade a laissé les troupes hoUandoises dans les retranchements de Stolhofen et est à Rastadt ; sa cavalerie est séparée en différents petits corps entre la hauteur du fort Louis et Pbilipsbourg. On ne croit pas qu'il ait fait de détachements considérables pour joindre le comte de Stirum. Uarefusé un passe-port pour la maréchale de Villars, quivouloit aller joindre son mari sur le Danube, et a renvoyé la lettre que ce maréchal lui avoit écrite toute ouverte et sans lui faire réponse.

Lundi 18, à Trianon. — Le roi alla Taprès-dlnée se promener à Marly ; il en revint de bonne heure et se promena ici jusqu'à la nuit. — Il est arrivé un courrier de M. de Coëtlogon, parti de Toulon le 10 de ce mois. Il mande au roi le détail du combat qu'il donna le 22 du mois passé auprès de la rivière de Lisbonne. Les cinq vaisseaux de guerre hoUandois contre qui il combattoit ont tous été pris, mais le commandant étoit si maltraité qu'on ne Ta pu sauver ; on a été obligé de le brûler. Les ennemis se sont fort bien défendus en cette occasion ; mais sans le gros temps qu'il faisoit ces vaisseaux auroient été plus t6t pris, et nous aurions encore eu le temsde prendre une partie de la flotte, qui étoit de plus de cent voiles. Outre le comte de Walstein , ambassadeur de Tempereur, qui a été pris sur ces vaisseaux, il y avoit un envoyé de M. de Mayence; ils s'en retournoient tous deux en Allemagne. Nous n'avons perdu dans cette occasion qu'une quinzaine d'hommes tués dans les cinq vaisseaux; mais parmi ces quinze hommes il y en a un qu'on regrette fort, qui est Vaurouy, capitaine en second sur le vaisseau de M. de Coëtlogon. M. deMons, commandant VÈole, un de nos cinq vaisseaux, a été blessé à la jambe. Le HoUandois qui com-

mandoitles vaisseaux ennemis s'appeloit Romerflat, âgé de soixante-douze ans ; il a eu Tépaule droite emportée d'uD coup de canon.

Mardi 19, à Trianon. — Le roi travailla toute l'aprèsdinée etne sortit point que sur le soir pour aller faire un tourdans les jardins. — On eut des lettres de l'armée de H. le maréchal de Yilleroy du 16. Les retranchements qu'il a fait faire au village de la gauche et dans le centre de son camp sont dans leur perfection. Il parolt que les grands projets des ennemis en ce pays-là sont uû peu déconcertés ; on croit qu'ils feront un détachement de leur armée pour F Allemagne. — On a des lettres deParmée de monseigneur le duc de. Bourgogne du 1&; il est campé à. Schleidal entre Weissembourg et Lauterboupg. Nous avons trouvé les retranchements que les ennemis a voient faits sur la Lauter fort mauvais; ils nWupoient pas là un bon poste. On auroit pu insulter Lattterbourg;mais Weissembourg étoitun peu meilleur. Les hussards et quelque cavalerie de l'électeur palatin tiennent encorç la campagne en deçà du Rhin , mais ils s'éloignent et se couvrent toujours de quelque rivière à mesure que notre armée approche. M. le prince Louis a quitté son camp de Stolhofen et marche avec quelque cavalerie pour aller joindre les troupes du comte de Stirum; il a laissé dans ses retranchements le comte de Thungen avec les troupes de Hollande, qui attend quelque renfort du cercle de Westphalie.

Mercredi 20, à Marly. — Le roi travailla l'après-dlnée avec M. de Chamillart à Trianon avant que de venir ici. Il étoit arrivé le matin, pendant que le roi étoit au conseil, un courrier de M. de Villars, dont les lettres ne furent déchiffrées que le soir. Monseigneur alla Taprès-dlnée à Sceaux, où il se promena assez longtemps, et puisalla coucher à Villeneuve Saint-Georges pour courre le loup le lendemain dans la forêt de Sénart. Madame la duchesse de Bourgogne et monseigneur le duc de Berry allèrent

ensemble de Trianon à Versailles et en repartirent ensemble sur les six heures pour revenir ici. Sur les sept heures le roi, se promenant ici , nous dit que le maréchal de Villars lui mandoit qu^il n'y avoit plus ni désertion ni maraude dans son armée; pas un soldat ne s'écarte ni durant la marche ni du camp^ où les paysans apportent leurs denrées de tous côtés. H. de Villars écrit du 7 ; il a envoyé son paquet jusqu'à Schaffouse par un paysan y et de Schaffouse un de ses gardes qu'on lui renvoyoit d'ici et qui n'avoit pas pu passer a pris le paquet du paysan et l'a apporté ici. Ce maréchal mande que le petit Nangis avoit eu la petite vérole , mais qu'il étoit hors de danger. On ne nous dit point ce que fait M. de Bavière^ mais l'on voit bien que la nouvelle que l'on avoit eue de la prise de Passau et la défaite du comte Schlick étoit fausse.

Jeudi 21^ à Marly. — Le roi se promena tout le matin dans ses jardins. Monseigneur courut le loup à Sénart , fit une fort belle chasse, revint dîner à Villeneuve Saint- Georges et arriva ici à cinq heures. Madame la duchesse de Bourgogne va faire quelques remèdes , elle se l>ai' gnera ici et puis prendra les eaux de Forges. Madame de Haintenon est beaucoup mieux ; elle passa hier la journée à Saint^Cyr et s'est un peu promenée aujourd'hui. — La marquise de Beaiunanoir est pour la première fois de ce voyage-ci, et on commence à dire qu'il sera de dixsept jours. — Le roi a donné 1,000 écus de pension k la veuve de M. Félix, et autant à son fils, qui est contrôleur général de la maison du roi. — 11 arriva un courrier de monseigneur le duc de Bourgogne parti du 18 de son camp de Schleidal. Ce prince a fait raser par six mille paysans les retranchements que les ennemis avoient faits sur la Lauter ; il est maître de Weissembourg et de Lauterbourg; on ne dit point encore ce qu'il va faire. 11 a dans son armée cinquante-six bataillons et soixante-douze escadrons. — On mande du 17 de Flandre que notre armée et

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celle des ennemis sont toujours dans leurs mêmes camps.

^'ci [à l'autre page ] l'ordre de bataille de cette armée.

i^roi alla Taprès-dlnée voir le roi et la reine d'Angle-

*®''^àSainWîermain et leur proposer de venir ici mardi

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