‹ Journal du marquis de Dageneau (volume 2)Chapitre 8 sur 25 · LE 46 JUIN · texte numérisé non relu

LE 46 JUIN

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Vendredi 22, à Marly. — Le roi se promena le matin et Faprès-dlnée dans ses jardins, mais il fit si vilain temps que ses promenades furenifort interrompues. Monseigneur ne sortit point de tout le jour. Il y eut musique le soir, comme ily en atoujoursà tous les voyages de Marly; mais quand ils sont de dix jours la musique n'est que de deux jours l'un. — On mande de Flandre du 19 que nous avons, en deux ou trois petites occasions^ battu les ennemis; que nous avons fait des fourrages à. la vue de leurs gardes^ sans qu'ils branlassent^ et qu'il y a un air de supériorité dans nos troupes quoique nous ne soyons pas si forts qu'eux. — Le roi a donné la charge de premier président de Bordeaux à H. Dalon^ qui étoit premier président à Pau. Il paye à la famille de M. de la Tresne les 50,000 écus de brevet de retenue qu'ils avoient sur cette charge. -^ Il arriva un courrier de Dijon que M. le Duc envoie pour dire au roi que les États de Bourgogne accordent à S. M. tout ce qu'elle a demandé. — On mande de Pologne que le roi de Suède a fait marcher une partie de ses troupes à Thorn, qu'il en a fait commencer le siège et que le roi de Pologne est résolu de livrer à l'électeur de Brandebourg la ville d'Elbing, n'ayant pas assez de troupes pour y mettre garnison suffisante.

Samedi 23, à Marly. — Le roi se promena le matin et le soir dans ses jardins. — Il y a des lettres de Flandre qui portent que M. de Cohorn , le fameux ingénieur des ennemis^ a été empoisonné par son cuisinier ; on mande même cette nouveUe au roi. Ce seroit une perte considérable pour les Hollandois. — Avant que le roi sortit l'aprè^-dlnée , il donna une longue audience à M. de Louville , qu'on renvoie en Espagne ; il doit partir lundi. L'autorité de la princesse des Ursins est grande en ce pays-là, mais on n'en fait point encore revenir M. le cardinal d'Estrées. — Le soir, après la promenade, le roi travailla chez madame de Haintenon avec M. de Cbamillart. — On a des nouvelles de monseigneur le duc de

332 JOURNAL DE DANGËAU.

Bourgogne du 18 du camp de Scbleidal. 11 fait raser les lignes que les ennemis avoient faites sur la Lauter ; mais comme elles sont piquetées^ fascinées et clayonnées^ c'est un ouvrage difficile à détruire ; mais il ne faut pas plaindre le temps qu'on y emploiera^ car tant que Landau sera aux ennemisil est capital d'y pouvoir arriver sans trouver aucun obstacle qui en empêche, et s'il est jamais au roi, il n'est pas moins important d'ôter tout ce qui pourroit servir à bloquer une place aussi considé^ rable.

Dimanche 34-, à Marly. — Le roi tint conseil le matin et se promena toute l'après-dlnée . — On eut des nouvelles d'Italie par l'ordinaire. M. d'Albergotti écrit du camp de Final du 13 juin que M. de Vaudemont y avoit envoyé un détachement de son armée de mille hommes de pied et huit cents chevaux commandés par le comte de Murçay; ce détachement arriva le 9 à San-Felice. Albergotti se mit en marche le 10 avec huit cents hommes de pied et huit cents chevaux de Final, et joignit le détachement au village de Rivara ; il s'avança du côté de la Mirandole voulant faire une diversion pendant que M . de Vendôme devoit attaquer les ennemis du coté d'Ostiglia. Le il après midi Albergotti reçut ordre de M. de Vaudemont de renvoyer le détachement de M. de Murçay ; il le fit partir dans le moment, et fit monter à cheval la cavalerie qu'il avoit amenée de Final pour couvrir la marche de M. de Murçay. Les ennemis prirent ce temps-là pour nous venir attaquer. Us avoient assemblé des troupes sous la Mirandole et Cuarentolo, et marchèrent avec ces deux corps et du canon et vinrent attaquer notre infanterie, qui étoit commandée par H. d'Angennes et par H . de Sebret, qui ont très-bien fait dans cette occasion e t qui se sont retirés durant deux milles et n'ont perdu que trois ou quatre hommes quoique les ennemis fussent beaucoup plus forts queux. La cavalerie ennemie attaqua la nôtre et fit plier la gauche ; notre droite ne fut point enfoncée

maigre la supériorité des ennemis. Nous avons eu quelques officiers pris , mais dans le milieu des escadrons ennemis où ils étoient entrés. M. d^Albergotti s^est retiré au petit pas à Final sans que les ennemis aient osé Tinquiéter ni le suivre. M. d'Espincbal^ mestre de camp de cavalerie, a été tué dans cette occasion. H. de Murçay^ qui étoit remarché au secours de M. d'Albergotti, a été fort légèrement blessé et a été fort loué de tout le monde. On ne sait pas bien encore ce que nous avons perdu de cavalerie^ mais on croit que cela va bien à trois cents chevaux. M. de Vaudemont a écrit au roi pour lui demander le régiment d^Espincbal pour le fils de M. le duc d'Elbeufy et le roi lui a accordé sur Tbeure.

hmdi 2by à Marly. — Le roi alla Taprès-dlnée courre le cerf dans son parc^ et au retour de la chasse se promena jusqu^à la nuit dans ses jardins. Madame la duchesse de Bourgogne fut saignée pour se préparer à prendre les bains et les eaux ; madame de Maintenon le fut aoffii. . Les lettres de notre armée de Flandre sont du 22 et toujours du camp de SainM^ervallen. Les ennemis sont dans leur même camp aussi ; on croit qu'ils vont hire un grand détachement pour FAllemagne^ mais on n'en est pas encore assuré. Ce qu'on avoit dit de la mort du général Ck>horn ne s'est pas trouvé véritable. — On ne doute plus ici que M. l'électeur de Bavière ne soit marché dans le Tyrol et qu'il ne se rende maître d'inspruck et ensuite de Trente. On nous mande même de l'armée d'Italie qu'ils y ont ces nouvelles-là, et ils ajoutent que M. de Vendôme doit faire incessamment un gros détachement de ses troupes qui aura ordre de joindre M. rélecteur vers Trente. — L'abbé de Romecourt est mort; il avoit une abbaye auprès de Toul et de Verdun qui vaut 12,000 livres de rente. — M. le prince Louis de Bade a marché avec les troupes de l'empereur et des Cercles qu'il avoit dans ses retranchements de Bihel et deStolhofen, et on ne doute pas qu'il n*ait présente-

224 JOURNAL DE DANGEATJ.

ment joint le comte de Stirara, qui avoit déjà un corps de vingt mille hommes.

Mardi 26, à Marly. — Le roi se promena tout le matin ; Monseigneur fut toujours à la promenade avec lui. Madame la duchesse de Bourgogne alla faire ses dévotions à la paroisse. Le roi et la reine d'Angleterre vinrent ici sur les six heures et se promenèrent avec le roi jusqu'à la nuit. Monseigneur, madame la duchesse de Bourgogne et toute la cour étoient à la promenade ; ensuite la reine fut enfermée quelque temps avec le roi et madame de Haintenon. Le roi d'Angleterre joua au lansquenet avec Monseigneur, madame la duchesse de Bourgogne , monseigneur le duc de Berry et beaucoup de dames. — 11 a péri un vaisseau de guerre anglois sur les côtes de Bretagne vers Concarneau et un autre sur les côtes d'Angleterre ; ces deux vaisseaux étoient de c eux que l'on avoit vus devant Belle-lsle. Les trente autres vaisseaux de cette flotte sont retournés dans les ports d'Angleterre. Ils font toujours courre le bruit à Londres que leur traité est fait avec le Portugal et que l'envoyé de ce roi étoit allé à Windsor pour faire ratifier ce traité à la reine Anne. Nous croyons ici que cette nouvelle n'a aucun fondement, et il n'y auroit pas d'apparence que l'ambassadeur de l'empereur fût parti de Lisbonne si ce traité avoit été conclu ; et nous savons même par les lettres qu'on a reçues de Lisbonne qu'on s'y étoit fort réjoui au palais des cinq vaisseaux de guerre hoUandois qu'a pris le chevalier de Coëtlogon dans ces mers-là.

Mercredi 27^ à Marly, — Le roi alla, après sa messe, voir de parfaitement belles carpes que M. le chancelier lui a envoyées de Pontchartrain. Il travailla l'après-dinée avec M. de Chamillart, et un grand orage, qui commença ici à cinq heures, l'empêcha de se promener le reste de la journée. Monseigneur joua toute la journée avec les dames dans le salon. Madame la duchesse de Bourgogne prit médecine. — Il arriva le soir un courrier de M. de

JUIN 1709. afi&

Villars; ses lettres sont du 17 de Gundelfiugen sur le Danabe entre Ulm et Donawerth. U mande que M. le prince Louis est arrivé au cfiuooip du comte de Stirum qui n'est qu'à dix lieues de nous , et s'est mis à la tète de cette armée qui est présentement de trente mille hommes ^ car il en a amené du moins dix mille avec lui. Il publie qu'il va marcher droit à M. de Villars pour l'attaquer; notre armée est aussi forte que la leur ; la seule brigade d'infanterie de Condé en est détachée ^ et nous y avons douze escadrons des troupes . de M. de Bavière ; cet électeur marche dans le Tyrol et a déjà pris un château qui est à la tète des défilés. Il attaque présentement Kufstein sur l'Inn au-dessous d'Inspruck ; il (^oit que ce siège durera cinq ou six jours, après quoi il se rendra maître d'Inspruck qui n'est point fortifié ; de là il compte de marcher à Trente où apparemment il sera joint par un gros détachement de notre armée d'Italie.

ietklt 28 y à Marly. — Le roi se promena tout le matin et alla courre le cerf l'après-dlnée dans son parc ; Monseigneur et monseigneur le duc de Berry étoient à la chasse. Madame la duchesse de Bourgogne commença ses bains ; elle entend la messe avec le roi et puis se vient baigner dans la chambre de monseigneur le duc de Bourgogne qui touche^ à la sienne et demeure une heure au lit après son bain. — Par le courrier qui arriva hier d'AQemagne y qui est un secrétaire de M. de Villars^ on apprend que les hussards ont trouvé moyen de pénétrer entre Tlser et le Danube ; ils sont du moins trois mille. Us ont pris Cherberg que nous avons vu colonel suisse et que M. de Bavière avoit envoyé de Munich à Augsbourg: ils ont pris aussi la Billarderie, un de nos mestres de camp que M. de Villars avoit envoyé à S. A. E., et Hontigny^ officier français et lieutenant-colonel dans les troupes de Bavièi*e. — M. de Simeoni Talné est arrivé à Paris; il a passé avec le courrier de M. de Villars. M. l'électeurde Bavière, son maître, l'envoie à M. l'électeur de

JOURNAL DK DANGEAU.

Cologne y À qui il veut donner le duché de NeUbourgp^ en attendant qu'on lui puisse procurer de plus grands dé* dommagements. Simeoni y au retour de Namur où est oe prince ^ fêta quelque séjour ici et puis ira en Espagne envoyé de l'électeur son maître ; il a vu Tarmée et le camp de M. de Villars et assure que Ton doit souhaiter que le prince de Bade nous y attaque.

Vendredi i&9 , à Marly. — On dit ati roi à son levet que le comte de Tavannes étoit mort la nuit à Pal*is; il avoit une des lieutenances de roi de Bourgogne que le roi donne à son fils^ qui est capitaine de cavalerie ; c^est le marquis de Gesvres qui l'a demandée au roi pour lui. — Le roi^ au retour de sa promenade de Taprës-dinée y travailla longtemps avec le maréchal de Vauban. — Il arriva un courrier de M. le maréchal de Vllleroy parti d'hier à quatre heures du matin. Ce maréchal mande au roi que les ennemis marchèrent la nuit du 26 au 27 et passèrent le Jaar en trois endroits. Le maréchal marcha le 27 à la pointe du jour dès qu'il fut sûr de la marche des ennemis; ils les côtoie toujours; il vint camper ce jour-là à Landenfermé. Il mande qu'il a entendu à la pointe du jour battre la généi*ale dans l'armée des ennemis^ mais ils n'étoient pas encore en marche quand le courrier est parti ; on croit toujours que leur dessejn est sur Anvers. — M. de Pontchartrain eut nouvelle que M. de Hachault, gouverneur général de nos lies de l'Amérique y peu après être arrivé à la Martinique , avoit détaché Cabaret avec ce qu'il put ramasser de monde en ce pays-là , et Tavoit envoyé à la Guadeloupe , où les Anglois vouloient s'éta* blir^ et y avoit fait descendre trois mille hommes de troupes de débarquement ; qu'on les avoit attaqués et liattus. On leur a tué huit cents hommes, et on les a obligés à se rembarquer. Le commandant des»troupes angloises est devenu aveugle en ce pays-là, ce qui n'a pas peu servi à faire échouer leur entreprise.

.Soffi^f 30 , à Marly, — Le roi courut le cerf l'aprè»-

dinée dans son parc; Monseigneur et monseigneui* le due de Beiry étoient à la chasse. Madame la duchesse de Bouiv gogne continue ses bains. — On eut des lettres de Flan* dre qui portent que M. de Cohorn y avec un corps de sept ou huit mille hommes , avoit forcé nos lignes en trois endroits^ et étoit entré dans le pays de Waes^ dont il alloit tirer de grandes contributions; que H. d'Opdam^ autre général hoUandois, étoit & une lieue d'Anvers avec vin^huit bataillons , et que s'ils entreprennent le siège de cette importaiite place ^ les lignes que nous avions' /ai tes et qu'ils ont forcées 5 leur serviroient à une partie de leur circonvallation. M. le maréchal de Boufflers a tjuitté M. le maréchal de Villeroy sur le Demer, et marche etvec trente escadrons et trente compagnies de grenadiers; on croit que c'est pour joindre le corps que commaode le marquis de Bedmar et marcher ensuite tous deux ensemble pour attaquer H. d'Opdam. M. de Boufflers a trois lieutenants généraux avec lui , qui sont : Gassion > le duc de Villeroy et H. de Baye, qui est des troupes d'Espagne. — M. le coadjuteur de Strasbourg fut élu tout d'une voix à l'Académie françoise^ pour itoiplir la place vacante par la mort de M. Perrault (1).

fl) Tout Parisaoonnu Tabbé de Cbaulieu, homme d'un commerce aimable etdootleft poésies sont inf^ieuses, faciles, originales, k la morale près qui estceHe d'Épicare. Il se mft en tèle d'être de l'Académie, et il «nga^ea feu M. àe Duc à suUiciter en sa faveur. Par où il avoit déplu à M. de Iburreil , c'est ce que je ne sais point ; mais le fait est que M. de Tourreil , alors directeur de TAcadânie, voulant annéantirW brigue de l'abbé de Chaotfeu, le propre Jonr dfe rétecfkm, déclara qae M. de Lamoignon se mettoit sur les rangs. Au seul nomdeoe magistrat, qui étoit d'un mérite supérieur, à le prendre môme dans la spbère d'un homme de lettres , toute la compagnie se tourna de son côté, mats le soir même qu'il fht élu , M. le Doc loi envir^a demander secrètement et ' atw inatance de remercier* <}oiii|)tairt ^e l'Académie aereit par là obligée de reveair à l'atibé de Chaulieu. On sut le refuâ de M. de Laraoignon sans que la cause en fût connue de personne. Le roi, pour empêcher le mauvais eflet que cela pourroit fiiire pour l'Académie , jeta les yeux sur M. le coadjuteur de Strasbourg. 11 partoit pour l'Alsace; il avoit pris congé du roi : la veille de départ le roi lui envoya dire par un secrétaire d'État qu'il soohaitoft qtitl

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M. de Lamoignon avoit été choisi il y a quelqaes jours pour cela, mais il a eu des raisons particulières qui Tout empêché d'accepter la place à laquelle on l'avoit nommé. Il a écrit à TAcadémie une lettre trës-honnète pour la remercier de Thonneur qu'elle lui avoit fait et pour s'excuser de ne le point accepter.

Dimanche V^ juillet j à Marly. — Le roi tint conseil le matin à son ordinaire; il fut fort long^ et ne finit qu'à une heure et demie. L'après-dinée^ il travailla avec M. de Chamillart^ comme il fait tous les dimanches. — On a prorogé jusqu'au 1"^' d'août la diminution des monnoies d'or et d'argent. — 11 arriva un courrier de M. de Puysieux , notre ambassadeur en Suisse , qui apporta des lettres que H. de Villars avoit fail passer à Schaffouse par un paysan. Ce maréchal est toujours à Gundellingen sur le Danube^ entre Ulm et Donawerth ; ses lettres sont du 22. Il mande que le bruit de l'armée du prince de Bade est qu'ils le doivent attaquer le 23 ; son camp est si bon qu'ils les y attendra tranquillement. Il lui seroit aisé de repasser le Danube s'il vouloit éviter le combat^ mais bien loin de l'éviter , il le souhaite. Il a eu des nouvelles de M. de Bavière^ qui par un bonheur étonnant a pris le château de Kufstein en deux heures. Le gouverneur de cette place^ se voyant investi , mit le feu au faubourg ; le feu se communiqua à la ville , et Thorrible fumée que fit cet embrasement couvrit tout le château. Un ingénieur françois jugea que c'étoit un temps favorable pour sur^ prendre la place; le commandant de la brigade de Bourbon détacha les grenadiers de sa brigade ^ qui^ avec beaucoup d'intrépidité et se portant les uns les autres, montèrent sur les murailles du château et s'en rendirent les maîtres sans y perdre un seul homme. Rien n'empéçhe plus cet électeur de marcher à Inspruck ; il y a encore

difTérât de quelques jours et qu^il demandAt la place vacante. (Noie du duc de lA»ffnes.)

un château que tiennent les Impériaux qui s'appelle Scharnitz sur Tlser^ mais il ne le veut prendre qu'au retour de son expédition^ parce qu^il ne Tembarrassera point dans sa marche à Inspruck.

Lundi 2^ à Marly. — Le roi tint conseil le matin à son ordinaire et il courut le daim Taprès-dlnée dans son parc^ avecles chiens de M. le comte de Toulouse. Ce prince partira lundi prochain pour aller faire sa charge d'amiral, et commander Tarmée navale que nous avons dans la Méditerranée y qui sera composée de vingt gros vaisseaux de guerre. Au retour de la chasse^ il donna au* dience, dans son cabinet^. au maréchal de Vauban^ et le soir^ chez madame de Haintenon y il travailla avec H. Pelletier aux fortifications de ses places comme il fait tous les lundis. — Il arriva un courrier de monseigneur le duc de Bourgogne parti du camp de Schleidal ; le bruit de cette armée est que im)us en décamperons bientôt ; il y vient beaucoup de déserteurs et surtout de hussards. — Sur Tavis qu'avoit eu M. le Duc à Dijon , par M. de Vauvré^ intendant de là marine à Toulon , que quatre officiers hollandois pris au combat de M. de Coetlogon^ et qu'on renvoyoit en Hollande sans payer, de rançon , usage établi entre les François et les HoUandois pour les troupes de la marine; sur cet avis, dis-je, qui portoit que ces officiers avoient pris beaucoup de pierreries qui étoient sur le vaisseau du commandant que nous fîmes brûler et que ces officiers retournant en Hollande passoient par la Bourgogne, H. le Duc a donné de si bons ordres qu'on les a arrêtés. On leur a trouvé effectivement quelques pierreries et on les a conduits tous quatre à Paris à la Bastille, où^on tâchera de leur faire avouer ce que peut être devenu le reste des pierreries, et l'argettt quiétoit sur ces vaisseaux où l'on en a point trouvé, quoi qu'on eût eu avis qu'il y en avoit assez considérablement; ces avis étoient venus de Lisbonne.

Mardi 3 , à. Marly* — Le roi tint conseil de finance ,

comme il le tient iou8 les mardis. L'après-dlDée> le roi courut le cerf dans son parc; Monseigneur et monseigneur le duc de Berry étoient à la chasse. Au retour, M. de Chamillart vint deux fois chez le roi, et après souper arriva le capitaine des gardes de M de Boufflars^ p^ du lundi à cinq heures du soir et qui apporta la nouvelle d^un grand combat que ce maréchal et H. le marquis de Bedmar ont donné contre H. d'Opdam qui avoit vingtcinq bataillons et vingt-neuf escadrons. Le combat a été fort rude^ fort long, et les ennemis y ont été bien battus, et sans la nuit, qui en a sauvé une partie, ils auroient été entièrement défaits. Ce combat se donna samedi dernier à trois heures après midi , et voici en gros ce que nous en avons appris au coucher du roi. S. H. eut la bonté de lire tout haut, dans son cabinet où étoient beaucoup de dames et quelques courtisans , la relation de M. de Boufflers qui est fort longue et fort pleine de louanges pour les officiers qui étoient à cette action. Les ennemis y ont eu plus de quatre mille hommes tués; nous avons huit cents prisonniers ; nous Leur avons pris quatre cents chariots, cinquante charrettes d'artillerie , presque tous leurs canons, quatre ^ros mortiers et quarante petits. La comtesse de Tiily, qui est sœur du comte de Recheim et femme d'un des généra^nx hoUandois, qui étoit vernie dlnef avec son mari, a été prise aussi. On compte que nous avons eu à cette action du moins quinze cents hommes tués ou blessés. Séguiran, colonel du régiment de Marine, y a été tué. Courville, qui étoit colonel réformé dans ce régiment, y a été blessé de cinq coups, et on n'a poiqt retrouvé son corps. Le pomte de Brias, Qev§udu fevi archevêque de Cambray, et colonel d'un régiment wallon, a été tué; le frère du prince de Chimay ble^s^ ; trois pfEclefs des grenadiers des gardes y ont été blessés ; le chevalier de Sourcbes, fils du grand prévôt, est un de ces trois-là. Parmi les officiers qui se sont le plus distingués, on nomme les ducs de Villeroy et de Guiche, le prince d'Ë-

JUILLET troa. S81

piooy, Guiscard qui oommandoit la droite ^ Thouy , maréchal de camp ; et celui des troupes d^Ëspagne qu^on loue le plus, est Grimâïdi^ maréchal de camp. U. le marquis de Bedmar n^a point quitté H. le maréchal de Boufflers^ qui eu parle fort dignement : ils demeurèrejat toute la nuit du samedi au dimanche à Eckeren, et n'en partiieot que le dimanche à cinq heures du soir pour revenir à Deureo. Pendant le temps qu'ils ont demeuré à Eckeren, ils apprenoient toujours quelque chose qui leur faisoit connoltreque la défaite des ennemis avoit été encore plus grande qu'ils ne Favoient cru le samedi au soir. M* de Boofilers mande à S. M. qu'il lui enverra incessamment un officier pour lui porter les étendards et les drapeaux qu'on a pris. M, de Mortemart, qui a très-bien fait dans cette action^ y a été blessé d'un coup de pique.

Mercredi kj à Marly. — Le roi tint conseil tous le matin àsonordinaire, et travailla longtemps Taprès-dlnée avec M. de Chamillart. — Plus on interroge Prévost, capitaine des gardes de M. de Boufïlers, et plus on trouve l'action du maréchal belle. Le projet en a été l)eau ; on en loue fort le maréchal de Villeroy, et M. de Boufflers l'a exécuté fort audacieusement , et sans perdre un moment çje temps. U fil attaquer les ennemis par sa cavalerie pour leur ôter le moyen de se retirer et les poussa^ quoique son infanterie n'arrivât que deux heures après. Le régiment des dragons du roi y a fait merveille y et ils y ont eu six capitaines tués ou blessés. Le régiment du Maine y a plus perdu qu'aucun autre régiment. M. de Boufflers de voit, le lendemain, aller rejoindre M. le maréchal de Villeroy. On dit que ce qui est resté des ennemis s'embarque h LiUo, et que M. d'Opdam, avec quelques officiers hoUandois, prirent des cocardes blanches , passèrent au travers d'un régiment des troupes de M- Télectewr de Pologne , Çïi les prirent pour des François, et se retirèrent fort diligcraraent, prenant le chemin de Bréda. — Un vaisseau ftBglois, arrivé depuis quelque temps à Lisbonne, as-

382 JOURNAL DE DANGEÀU.

sure qu'il y sera bientôt suivi de cinquaute vaisseaux anglois ou hollandois. Toutes les gazettes étrangères portent que les ennemis ont conclu un traité avec-cette couronne ; cependant les lettres qu'on reçoit d'Espagne assurent qu'il n'y a rien à craindre de ce côté-là.

Jeudi 5, à Marly, — Le roi ne put quasi se promener de toute la journée à cause du vilain temps. Madame de Maintenons qui avoit encore eu la fièvre toute la nuit ^ recommença à prendre du quinquina; il y a quatorze mois que cette fièvre lui dure , et elle est quelquefois quinze jours ou trois semaines sans l'avoir. — Il arriva un courrier du maréchal de Villeroy qui est à Uere , où il a marché, voyant M. de Marlborough marcher à Herental où il étoit campé quand ce courrier est parti. On a pris un courrier que M. d'Opdam envoyoit à ce milord, et le maréchal de Villeroy envoie sa lettre au roi. Il .écrit de Bréda où il mande qu'il s'est retiré avec grande peine^ et ne s'étant sauvé que par avoir pris une cocarde blanche ; il dit qu'il s'en va à la Haye pour rendre compte à MM. les États-Généraux de soti malheur^ et n'ayant plus d'armée. Il se plaint fort de M. de Cohorn , qu'il ne nomme point, mais qu'il désigne fort clairement : il dit qu'il a été la victime de l'ambition et de l'intérêt de cet homme-là , qu'il éto^t venu trente mille hommes joindre M. de Bedmar. Sa lettre nous fait voir notre victoire encore plus complète, et l'épouvante des ennemis encore plus grande; il met dans un postscnptum qu'au lieu de songer à prendre Anvers , cet homme devoit penser à sauver Berg-op-Zoom. Je crois qu'on fera imprimer cette lettre que le roi a pris plaisir à nous faire lire (1).

Vendredi 6, à Marly, — Le roi courut le cerf l'aprèsdlnée et le manqua , chose qui n'arrive presque jamais

(1) Cette lettre est en effet imprimée dans la Gazette Je 1703, page 313.

dans ce parc ici. Monseigneur et monseigneur le duc de Berry étoient à la chasse. — Le roi , en travaillant hier au soir avec M. de Pontchartrain , fit une promotion de trente officiers de la marine ; il fit deux capitaines de vaisseaux qui sont du Parc , et le chevalier de Saint-Olère qui étoit on des trois majors de la marine qui ont commission de capitaine de vaisseau. On le fait opter ; il a mieux aimé servir de capitaine ^ et on a donné sa majorité au marquis de Tierce ville. — M. de Torcy apporta au roi des lettres de Genève qui assurent que M. Télecteur de Bar vière s'est rendu maître d'Inspruck; cette nouvelle est si apparente qu'on n'a point de peine à la croire. — J'appris par le baron Simeoni que le comt« de Monasterol, qui étoit encore ici cet hiver envoyé de M. l'électeur de Bavière 9 et présentement lieutenant général dans les troupes de son maître^ ayant été détaché avec cinq mille Bavarois pour soutenir le château de Rottemberg dans le haut Palatinat^ enavoit fait lever le siège aux troupes de Franconie' qui Tattaquoient dépuis près de deux mois. — Après le coucher du roi , on a su que le départ de M. le comte de Toulouse est différé, on n'en dit point les raisons. — Le roi a réglé son départ pour Fontainebleau au 20 septembre ; il ira coucher à Sceaux, et le lendemain à Villeroy, ainsi il n'arrivera que le 22.

Samedi*!, à Versailles. — Le roi ne revint de Marly qu'à la nuit, il se promena à Marly jusqu'à sept heures ; il y change quelque chose aux deux sixièmes pavillons ; il en perd les logements pour y placer les deux globes du père Coronelli que le cardinal d'Estrées a donnés à S. M. (1). Monseigneur alla Faprès-dlnée à Heudon où il demeurera quelques jours. Madame la duchesse de Bourgogne partit de Marly en sortant de son dîner et alla à Saint- Gerraain voir la reine d'Angleterre, et fut enfermé plus

(i) Cesgtobes sont aujoard'huî à la BiUiothèqiie impériale.

234 JOURNAL DC DANQEAU.

d'une heure avec elle; ensuite elle repassa par Harly croyant y trouver encore madame de Hainteuon ; mais apprenant qu^elle en étoit partie , elle ne descendit point de carrosse et revint ici tout droit. Madame de Maintenon, qiû avoit eu la fièvre tout le matin à Marly^ se trouva assez bien Taprès-dlnée pour revenir ici y et le carrosse ne Tinoommoda point. — Il arriva ici le soir un covirrier dç M. de Vendôme qui avoit reçu des lettres du 25, de Ricousse, notre envoyé auprès de M. de Bavièye; il lui mande que cet électeur a pris le château de Rottemberg sur, rinn au-dessus de Kufstein , et quq les magistrats d'Ipspruck étoient venus lui apporter les clefs de leur ville et lui jurer serment de fidélité. On ne dit point ce que va faire M. de Vendôme « mais un quart-d'beure après l'arrivée de son courrier, on lui en ^ dépéché }\b autre qui apparemment lui apporte les ordres de ce qu^il a à faire présentement , et ce courrier a promis d^ faire grande diligence.

Dimanche 8, à Versailles. — Le roi travailla Taprèsdlnée avec M. de Chamillart , et puis alla tirer. Monseigneur vint ici le matin pour le conseil , et retourna dîner àMeudon d'où il ne reviendra que vendredi. — M. le maréchal de Villeroy côtoie toujours les ennemis qui sont présentement à Westmael, tirant leurs vivres de Bréda. M. de Villeroy est à Santhoven; il n'y a rien qui le sépare des ennemis. Il s'est mis en bataille devant eux sur la bruyère, mais ils n'ont osé venir l'attaquer, quoique supérieurs eti nombre; ils craifrnent notrp cavalerie, et ne veulent que des combats de postes. — Le roi donna 100,000 écus de brevet de retenue à M. de Chamillart, sur la charge de secrétaire d'État; il en avoit déjà autant sur cette charge qui étoit la somme qu'il avoit donnée à la famille de M. de Barbezieux; ainsi il a présentement 100,000 écus de retenue de plus que la charge ne lui a coûté. — Le roi a donné des brevets de mestre de camp à trente ou quarante officiers;

JUILLET i70S. 2»

il y en a sept dans les gardes du corps qui sont : le fils, de Druy, SaintrHilaire , le chevalier de Villeron , la Billarderie , l'alné des deux qui sont dans ce corps, Danjoni et Dumont ; ces six U sont exempts ; le septième est Lacroix, aide-mcgor de la compagnie d^ Villeroy. Il y en a aussi dans la gendarmerie dont je n'en sais encore que deux qui sont le chevalier do Janson et le marquis d'Harcourt, mais à Qondition qu'il ne quittera pas ce corps-U.

Lundi tt, à Versailles. — Le roi, après avoir travaillé Taprès-dlnée avec M. Pelletier, alla tirer dans son parc , et essuya un assez grand orage. Madame la duchesse de Bourgogne se baigna pour la dernière fois , et sur les six heures alla faire collation à la Ménagerie où Forage Fempécha de se pi'omener. — Il aj^riva le soir, à H. de Torcy, un courrier d'Espagne; il en yipt porter les nouvelles au roi au retour de s^ chasse. Ces nouvelles sont très-mauvaises, car c'est la certitude que le roi de Portugal a signé le traité avec l'empereur, T Angleterre et la Hollande. Le duc de Cadaval, premier ministre de cetf^ cour, le plus grand seigneur de ce royaume, a fait vainement tout ce qu'il a pu pour empêcher le roi son maître de signer un pareil traité , lui représentant qu'il se désbonoroit en manquant à la France à qui il doit son affermissement sur le trône et que, d'ailleurs il mettoit son État en grand danger, en l'exposant au juste ressentiment des rois de France et d'Espagne ; il n'a point voulu même assister aux derniers conseils. — Il revint un courrier de M. de Chamillart des trois qu'il a envoyés à M. de Vendôme ; il a laissé ce prince le 2 de ce mois à Nogara; il se préparoit à marcher le 4 pour aller camper à Due Castelli qui approche bien plus du chemin de Trente que de celui de de San-Benedetto. On ne doute plus ici ni dans cette ar* mée d'un détachement considérable pour joindre M. de Bavière ; cependant il n'y a rien encore de déclaré làdessus.

236 JOURNAL DE DANGKAU.

Mardi 10, à Versailles. — Le roi travailla l'après-dinée avec M. de Pontchartraiii , et puis alla tirer. Madame la duchesse de Bourgogne , monseigneur le duc de Berry, Madame et madame la princesse de Conty allèrent dîner à Meudon avec Monseigneur, et sur les quatre heures il les mena à Paris à la comédie , où Ton joua Psyché (1). Après la comédie, Monseigneur retourna coucher à Meudon, et ils revinrent ici souper avec le roi. — Madame la duchesse de Brancas * fut déclarée dame d'honneur de Madame, en la place de madame la duchesse de Yentadour, qui quitta cette place il y a deux mois. — M. le duc de Gesvres a signé un acte dans lequel il abandonne tous ses biens au marquis de Gesvres, son fils, qui se charge de payer toutes ses dettes et le laisse jouir de sa maison et de ses meubles dans Paris, qui de droit sont au marquis de Gesvres , parce que cela vient de la feue duchesse sa mère ; outre cela , le marquis accorde de petites grâces à la duchesse de Gesvres sa belle-mère. La Vienne a donné au roi ilne lettre du duc de Gesvres qui prie S. M. de trouver bon qu'il cède son duché à son fils ; le roi y a consenti et a même dit à la Vienne qu'il étoit fort aise du parti que prenoit le duc de Gesvres. — Le comte de Walstein a été amené de Toulon à Vincennes et mis dans le donjon, mais il a la liberté de se promener dans le château; il a envoyé au roi toutes ses pierreries qui ne sont pas considérables, et S. M. les lui a renvoyées, et n'a pas voulu qu'on en retint la moindre chose.

* La duchesse de Brancas étoit sœur de la princesse d'Harcourt et complètement différentes Tune de l'autre. Elles étoient filles de ce Brancas , chevalier d'honneur de la reine, si C4)nDu par ses étranges distractions, et que la Bruyère a si agréablement racontées dans ses Caractères de Théophraste. Il avoit épousé une Gamier, fille de rien, mais très-riche, dont il eut ces deux sœurs. L'aînée mariée , il voulut prendre le duc de Brancas pour l'autre qui avoit peu , et lui pas beau-

( 1) Par Molière et Pierre Corneille.

coup, qui étoit son pupille, tout jeune, et beaucoup plus que sa fille. Le

petit garçon n'en vouloit point. Il lui fit parler par le roi et le pac-

queta. Cela fit un mariage très-malheureux. Le mari très-débauché et

peu tourné aux femmes , traita la sienne au plus mal, quoiqu'il en eut

plusieurs enfants , mangea beaucoup et poussa souvent h bout sa vertu

et sa constance. Elle n'avoit le plus souvent d'habits et de chemises

que ce que la maréchale de Chamilly son amie intime lui en donnoit ,

qui souvent aussi Temmenoit chez elle après des scènes où les coups

de poing et de pied n'étoient pas épargnés. Tant fiit procédé, que le

due de Brancas consentit à la battre devant le monde pour causer une

séparation dans les formes , et cela fut exécuté; mais le vivre de la

pauvre femme fut réglé si court, parce qu'il n'y avoit plus d'étoffe,

4fU^e\\e mouroit de faim, et voilà ce qui la mit en servage.

Mercredi 11 , à Versailles. — Le roi travailla TaprèsdlDée avec M. de Chamillart; et puis s^alla promener à Trianon. — On eut des lettres de M. le maréchal de Villeroy, par un courrier qui en partit hier matin. Ce maré<ihal s'est avancé à Santhoven , et les ennemis sont à deux lieues de lui sur le chemin de Bréda; on croit qu'ils veulent s'approcher de la mer du côté de Berg-op-Zoom et faire embarquer la plus grande partie de leur infanterie , et faire quelque entreprise sur les places maritimes de la Flandre. — M. le duc de Gesvres vint ici parl^ï* fitu roi qui le louoit sur ce qu'il avoit fait pour son fils * niais S. H. fut bien surprise quand ce duc lui dit 4^0 son intention n'étoit pas de céder la duché, et qu'il vouloit se réserver lé droit d'entrer au parlement. Le roi lui demanda combien il y avoit qu'il n'y avoit été ; il ^pondit qu'il y avoit plus de trente ans , mais que Fen- ^© lui prendroit peut-être d*y aller, et qu'il ne vouloit P^iot renoncer à ce droit-là. Le roi lui dit qu'il n'y avoit Ppiïit d'exemple de ce qu'il demandoit , et il sortit du ca- **met du roi sans rien dire; ce qu'il y a d'heureux pour *® ii^arquis de Gesvres , c'est qu'il a signé l'acte pour l'a- ^*ï<lonnement de son bien. — Le roi eut des nouvelles ^ M. de Villars qui a avancé sa droite jusqu'à Dilin- S'hei^ ; sa gauche est à Laugingen , le Danube derrière lui

338 JOURNAL DE DANGëAU.

et un grand marais à sa tête. Le prince Louis de Bade est sur la petite rivière de Brentz ; il a tenté de passer le Danube à Guntzbourg^ qui est la capitale du Burgauet od nous avons noire hôpital y mais leur tentative n'a pas réussi ; ils y ont même perdu troisouquatre cents hommes. Jeudi IS, à VersailleÈ. — Le roi alla l'après-dlnée se promener à Marly. Monseigneur alla de Meudon couchet* à Villeneuve-Saint-Georges pour y .courre le loup le lendemain, et ensuite revenir à Versailles. Meuiame la da- . chesse de Bourgogne alla &ire collation à la Ménagerie, et ne revint ici que pour le souper du roi. — Il y a des conditions dans le traité du Portugal avec les ennemis qui paroissent difficiles à exécuter ; Us i^^engagetit à entretenir à S. H. Portugaise quarante mille hommes; à loi donner douze mille hommes dont il y en aura huit mille catholiques ; à tenir toujours quinze vaisseaux dans la rivière de Lisbonne ou dans les ports de Portugal; que Tarchiduc épousera Tainée des infantes , et que rexéctition de ce traité ne commencera que quand Tarchiduc sera arrivé en Portugal. Le roi de Portugttl s'engage à fe reconnoltre pour roi d'Espagne, et ils proiHettenl les uns et les autres de ne point faire la paix ^parement. — Le vieux Castelmore , gouverneur de Navarreins, est enfin mort; il avoil près de cent dix ans. Le roi a donné ce gouvernement à Blécourt, comme il lui avoit promis il y a déjà, longtemps, quand on avoit cru ce gouverneur mort. Ce gouvernement vaut 8,000 livres de rente ; le roi y ajoute 1,000 écus, mais il n'aura plus la pension de 6,000 francs que le roi lui donnoit pendant qu'il étoit en Espagne; il a outre cela une pension de 2,000 écus du roi d'Espagne , mais dont il ne compte pas d'être trop bien payé. — M. le comte de Toulouse doit partir de lundi en huit jours ; il a prié le roi de trouver bon qu'il partit^ dût-il demeurer dans un port sans rien faire ; il dît qu41 ne peut pas se résoudre à demeurer ici pendant que tout le monde esta l'armée. ^

JUILLET 1705. aS9

Vendredi i3, à Versailleê, — Le roi alla tirer et trouva dans son parc moins de gibier que jamais; la pluie en a noyé beaucoup et la grêle en a tué beaucoup aussi. Honteig-neur revint de Villeneuve Saint-Georges après avoir couru le loup dans la forêt de Sënart. — Le matin , au lever du roi^ on apporta à S. M. la démission que le duc de Gesvres &it de son duché en faveur de son fils; il prendra le nom de duc de Tresmes ; le père conserve tous les honneurs du Louvre ; la duchesse de Gesvres a fort contribué à déterminer le duc son mari. — Il arriva le soir un cCLpiisine de brûlot, parti de Dunkerque le 11 , où il avoit 3^nené le 8 une firàgate hollandoise de vingt-deux pièces 4le canon, que 8aint-Pol-Hécourt lui avait donnée à comf^^tkdet; il Tavoit chargé de ses paquets pour le roi. Il ■^-^nd compte à 8. M. d'une heureuse et grande affaire qui ^^^st pa^ele 22^ le 28 et le 29 juin. Voici le fait en gros : ânt-Pol avoit avec lui quatre vaisseaux dont le plus 'OS étoit de cinquante pièces de canon. N'ayant pu exé«iter une entreprise qu'il avoit sur la flotte marchande qui rvenoit de la mer Baltique, il prit le parti d'aller au ^4DPTd d'Ecosse pour prendre les vaisseaux qui y vont tous \&s ans à la fin de juin pour la pèche du hareng. 11 les trouva, le 22^ à l'Ile d'Hithland, qu'on appelle autrement SheQand; ils étoient escortés par quatre vaisseaux de guerre hollandois à peu près de la force des nôtres. Dès <I^'il fut à portée d'eux, il fit le signal d'abordage qui nit exécuté avec beaucoup de valeur; il aborda celui ™ commandant, qui se défendit jusqu'à son second pont, ^ s'en rendit maître enfin , après un long cofhbat^ Le chevalier de Sève, qui commandoit l'Adroit, aborda le *®^^ïid vaisseau des ennemis qui sauta en l'air bientôt ^'^s l'abordage; cela fit ouvrir la mer et l' Adroit fut en- K*ou.ti. On en a sauvé cinquante-sept hommes dans les ^«aloupes qu'on leur envoya ; le capitaine, le lieutenant, ®t cojit cinquante hommes de l'équipage y ont péri; on ^^^^ «ncore un autre vaisseau qui est celui que notre ca-

Î40 JOURNAL. DE DANGEAl].

pitaine de brûlot a amené à Dunkerque. Le quatrième vaisseau ennemi se sauva parce que Marillac^ qui commandoit le quatrième des nôtres et qui Tattaquoit, alla pour tâcher à sauver Téquipage de r Adroit en ayant reçu Tordre par Saint-Pol, qui lui en fit le signal. Pendant ce combat^ la flotte des pécheurs, qu'on appelle la flotte des bûches ; se sauva sur les côtes d'Hithland. Saint-Pol n'étant pas encore assez content de ce qull avoit fait, mais ne sachant où les trouver, la brune les ayant dérobées à sa vue, croisa jusqu'au 27 entre les Orcades etTHithland, et en croisant^ il prit un petit bè.timent écossois, et promit au commandant sa liberté et de lui rendre son vaisseau , s'il lui vouloit apprendre où les bûches s'étoient retirées. L'Écossois accepta le parti et mena Saint-Pol dans les ports d'Hithland où elles s'étoient retirées, et en brûla cent soixante. Les matelots et les pécheurs avoient mis pied à terre dans TUe qui est presque inhabitée , et ils sont en grand danger de mourir de faim ; il y avoit treize liommes sur chacun de ces petits bàtiments-là. Depois cette action , Saint-Pol a été obligé de couler à fond le vaisseau commandant qu'il avoit pris , ainsi il ne lui en reste que trois avec lesquels il a pris la route de Norwége.

Samedi Ifc, à Versailles. — Le roi alla tirer Tap^sdinée. Monseigneur se promena le soir dans les jardins avec madame la princesse de Conty. Madame la duchesse de Bourgogne fit le tour du canal en calèche. — Le roi a donné à M. de la Rochefoucauld* un brevet de retenue de 100,000 écus sur ses charges, et M. le duc de la Roche- Guyon y a consenti quoiqu'il en eut la survivAnce. M. de la Rochefoucauld, qui est très-honnéte homme, étoit toujours dans l'inquiétude s'il venoit à mourir que ses créanciers ne perdissent quelque chose; le roi y est entré avec ses bontés ordinaires et M. de la Roche-Guyon a été bien aise de mettre l'esprit de H. son père en repos. — Il arriva un valet de chambre de M. de Chamillart qui

JUILLKT 1705. 241

revient de Faraiée de monseigneur le duc de Bourgogne; les lettres de ce prince sont du 9 et datées du fort Louis. U devoit le lendemain àTarmée faire chanter le Te Deum pour le gain du combat d'Eckeren ; on le chanta hier à Paris, on le chanta ici lundi. — U y a des lettres d'Allemagne qui portent que le prince de Bade a envoyé le ^omte Palfipour commander les troupes de Franconie, ^ui sont au nombre de huit mille hommes du côté de ;^xzremberg, avec ordre de recommencer le siège du chàde Rottembourg dans le haut Palatinat. L'empereur cïonné la charge de président du conseil de guerre au nce Eugène de Savoie, et a relégué le comte de Mans- *, qui Tavoit, et le comte Bucellini, chancelier d' Aube (1).

< M ^ Les deux lettres suivantes, écrites à Dangeaii le même joui* par deux maiu\ de France, se trouvaient dans le manuscrit original à ré{)oqno où a été É^ la copie qui appartient à la bibliothèque de TArsenal. Nous les reproduisons ^ <=^€.tedate du 14 juillet età titrede renseignement. Elles nous apprennent qu'aie lils de Dangeau servait dans l'armée de Flandre, et que Dangeaii envoyait inarécha] de Chamilly des nouvelles, extraites sans doute de son journal.

Au camp de Saint- Job, ce U juillet 1705.

CMtô savez, Monsieur, quelle est ma reconnoissance des marques essen-

que j*ai reçues de tout temps de Thonneur de votre amitié , et vous

lie très-humblement , Monsieur, de croire- qu'elle n'est pas moindre des

i^^clles marques que vous avez la bonté de m'en donner à l'occasion de l'ac-

qui s'est passée à l'avantage des armes du roi le 30 juin. Vous ne pouvez

»Ter personne de vos bontés qui y soit plus sensible que moi ni qui ait

de désir d'en mériter la continuation ; c'est ce que je m'efforcerai toute

'ie de vous faire counottre , et qu'il ne se peut rien ajouter à la [lassion et

^ l'a.ttachement avec lequel je suis et serai toujours « Monsieur, votre très-

^Qintile et très-obéissant servitem*.

signé : LE MARÉCHAL DUC DR BODFKLICBS.

Je m'eatimerois bien heureux. Monsieur, si je pouvois, en la personne de ^- 'Votre fils, vous donner quelques marques de ma reconnoissance ; j'en re- ^erciierai avec soin les occasions, et je n'en iterdrai aucunes.

\ la Rochelle, ce U juillet 1705.

Ne me faites jamais. Monsieur, de remerciments sur ce qui vous regarde ;,il

y a trop longtemps que nous sommes amis pour en être à cela près. Je ne vous

refuse point, sur l'offre que vous me faites , de me donner quelquefois de vo^

'wuvolles.et de ce qui arrivera. Voici une année l)ien curiens»»: nous croyons

949 JOURNAL DE DAMGEAU.

* M. de la Rochefoucauld douooit tout à ses valets et ne se soueioit point de ses enfants , qu*il traitoit avec une dureté et une hauteur étrange. Le roi lui avoit payé déjà deux fois ses dettes, et en charges et eu diverses sommes d'argent comptant lui avoit en outre donné des biens immenses ; mais c*étoit un gouffre : ses enfants, aux dépens desquels étoit ce brevet de rétenue, en gémirent avec leurs amis. Leur père étoit trop fort contre eux pour oser souffler devant lui , et aussi peu aller au roi , qui avoit uu foible extrême pour le père et une aversion pour eux, que rien n'avoit pu effacer depuis Fhistoire des lettres à M. le prince de Conty en Hongrie dont ils furent si longtemps exilés.

** Ce comte de Mansfeld est le même qui, étant ambassadeur de Tempereuren Espagne , y empoisonna la reine, fille de Monsieur, à Taide de la comtesse de Soissons, qui s'enfuit aussitôt après, mère du prince Eugène, qui succède ici à la présidence du conseil de guerre de l'empereur à ce même Mansfeld, qu'il avoit eue en récompense à son retour d'Espagne.

Dimanche 15, à Versailles. — Le roi travailla toute Taprès-dlnée avec M. de Chamillart. — 11 arriva hier au soir fort tard un courrier de H. de Vendôme^ pai*ti mardi matin, qui étoit le 10, de San-Benedetto, où ce prince étoit venu conférer avec M. de Vaudemont sur les partis qu'ils pouvoient prendre cette campagne, et ce courrier leur rapportera les derniers ordres de la cour. M. de Vendôme a laissé son armée à Due-Castelli, qui est fort près de Mantoue.. On croit toujours, en ce pays-là comme ici,quUl y aura un détachement pour joindre M. de Bavière, et que ce détachement sera de vingt-cinq bataillons et de vingi escadrons au moins, commandés par le chevalier de Bezons ; cependant il n'y a rien encore de sûr là-dessus, et il paroit que M. de Vendôme n'en est

les flottes ennemies encoi-e dans la Manche ; il semble que tout coiicoarr« à rendre leurs projets inatiles. Madame la maréchale vous remercie de rhoooenr de votre souvenir.

Je suis, Monsieur, phi& qu'homme du monde, votre trè&-humble et trèsobéissant serviteur.

Le MABÉCHAL DE ChAMILLY.

Mille respects très-humbles à madame la marquise Dangeau.

point d'avis, et qu'il auroit voulu attaquer la Concorde

pour faire faire ensuite plus aisément le siège de la Miran*

dole. — Il arriva aussi hier au soir fort tard un courrier

de M. le maréchal de Villeroy, parti le 13 du camp de

SainIrJob; ce maréchal a présentement dans son armée

ou dans celle de H. de Bedmar^ qui n'en est qu'à une

lieue , quatre-vingt-six bataillons et cent vingirtrois escar^

drons. Les troupes des ennemis que commandoit H. d'Op-

dam et qui sont sous Lillo ne peuvent joindre H. de Harl-

l)orough que par mer^ car elles ne hasarderont pas de

passer la grande bruyère qui n'est qu'à deux lieues de

notre camp.

Lundi 16, à Versailles. — Le roi prit médecine et tint l'après-dinée le conseil qu'il tient toujours les matins; Monseigneur prit médecine aussi. Madame la duchesse ci^ Bourgogne alla chez le roi avant la messe et chez Monseigneur après la messe. Madame de Maintenon eut eHXCore hier la fièvre jusqu'à midi, et depuis trente-six ^ures elle n'en a eu nul ressentiment. — On ajpprit la ort de M. le cardinal deBonzi^ ; ily ^ déjà quelques an- ^«s qu'il ne se mèloit plus d'aucunes affaires; il étoii £^x'*^^sque tombé en enfance. Il laisse une place vacante di^nsles prélats associés à l'Ordre, dontle cardinal Porto-

a l'expectative; ainsi cela ne fait point de vace. Il étoit archevêque de Narbonne, qui est président des États de Languedoc ; cet archevêché vaut 80,000 li^vTpesde rente. Il avoit outre cela l'abbaye de Mortemer Normandie, qui vaut 12,000 francs, et celle d'Aniane, en vaut 7,000. Il jouissoit des revenus de celle de ^aJjnagne, qu'a son neveu, l'abbé de Castries, à qui le roi a.voit bien voulu, il y a quelques années, qu'il la cédât {^^ientis fructibus); et l'hiver passé le roi lui permit en- ^^**^ -de céder au même abbé et aux mêmes conditions Tabbaye de Monestier. — Mademoiselle de Noailles, fille ^^ée de la duchesse de Richelieu et dont le mariage étoit ^'^ï^té avec le petit duc de Fronsac, est morte à Paris ; ce

JOURNAL DE DANGKAU.

mariage entre ces deux enfants fut arrêté en même temps que le duc de Richelieu épousa la duchesse d'aujourd^hui, qui étoit veuve du marquis de Noailles.

* Le cardinal Bonzi est peut-être le plus grand exemple qu^on ait vu de l'empire des intendants. Ces Bonzi sont Florentins, alliés aux Médieis et en emplois distingués depuis plusieurs siècles. Catherine de Médicis, dont le mariage avoit été négocié par un Bonzi, évéque de Terracine,* delà part du pape son oncle, en amena en France ; elle en fit un évéque de Béziers , et un autre fut tué devant Amiens, qu'elle protégeoit dans les armes. Un autre Bonzi, qui lui succéda dans cetévêché, fit le mariage de Henri IV et de Marie de Médicis, laquelle obtint pour lui le nouveau litre de son grand aumônier, et ce n'est qu'à cette époque qu'a commencé cette charge , Tunique qui porte le nom de grand chez la reine. Henri IV lui procura, en 1611, le chapeau de cardinal de Paul IH, c'està-dire un an après sa mort ; mais il l'avoit nommé , et la reine régente eut soin de faire valoir cette nomination. Deux autres Bonzi lui succédèrent dans ce même évêché , et enfin le dernier cardinal Bonzi l'eut aussi après eux, d'où il passa à Toulouse, et enfin à Narbonne grand aumônier de la reine Marie-Thérèse. Il fît le mariage peu heureux d'une fille de Gaston avec le feu grand-duc , alla ambassadeur à Venise, puis deux fois en Pologne . d'où il rapporta la nomination au cardinalat du roi Casimir, qu'il avoit empêché d'abdiquer, et qui ayant abdiqué depuis son retour ,'on le renvoya pour l'élection de Michel Wiesnoviski, dontil vint à bout. Il fut cardinal, en 1672, de Clément X, et s'est trouvé depuis en plusieurs conclaves et négociations à Rome. C'étoit un homme charmant par l'agrément de son esprit, la douceur et la finesse de ses manières, sa politesse, sa bonté et sa magnificence. Le roi l'aimoit et l'estimoit avec une grande distinction , et il faisoit les délices des lieux où il se trouvoit. Il fut longtemps maître absolu du Languedoc , moins pour sa dignité de président né des États , rehaussée de la faveur et de la pourpre , que par l'amour de la province , dont il avoit les cœurs , et sa capacité dans les affaires. Comme il n'avôit point ou trop peu de patrimoine, il avoit marié sa sœur à M. de Castries , un des barons des États et gouvemeiu* de Montpellier, à qui il procura l'Ordre dès la promotion de 1661. Basville, cadet du feu premierjprésident de Lamoignon, vint intendant en Languedoc y et peu ù peu y voulut être le maître. C'étoit une tête de fer, beaucoup d'esprit , de savoir et de capacité , de travail et d'industrie , d'un manège infini et à qui rien ne coûtoit pour venir à bout de ce qu'il avoit résolu. I^ révocation de l'édit de Nantes et les dragonnades qui suivirent lui ouvrirent im vaste champ de faire sa cour. Il n'en perdit aucune , saisit les ministres , et quand il se vit bien appuyé

Je ut

JUILLET 1705. 24b

il comprit qu'en renversant le cardinal Bonzi rien ne s'opposeroit pluA à sa toute-puîssance ; aussi fît-il contre à son égard» de rusé d'abord , de plaintes après, à découvert ensuite. La guerre devint à partis formés et implacable de la part de Basville, qui savoit aimer et haïr et ne jamais oublier. EnGn, après avoir bien lassé le cardinal et l'avoir longuement nourri de dégoût, il lui procura un éclat qui l'accabla. 11 avoit été beau et galant, et la vérité est qu'une madame de Ganges pouvoit beaucoup trop sur lui. Ce nom est fatalement célèbre en amour dans cette province, et les mesures n'étoient pas mêmes gardées. Basville prit le roi par la conscience sur cet article ; il obtint enfin un ordre d^enlever cette dame après avoir procuré au cardinal plusieurs avis de Ja cour très-mortifiants , mais qui n'avoient pu l'en séparer. Basville fit exécuter cet ordre avec tout l'éclat qu'il y put mettre , et le cardinal eu tomba dans un désespoir qui attaqua sa santé. Il crut faire bouclier de la protection de M. du Maine, gouverneur de Languedoc, et maria neveu à une fille du duc de Vivonne, frère de madame de Montesm. M. du Maine fit le mariage ; elle n'avoit rien : la prote<!tion et promesses furent la dot, qui, l'af&ire faite, s'en alla en fumée. Le rBMsA caduc fut la suite et l'effet des cuisants déplaisirs du cardinal , d^ii se vit toujours aimé , mais déchu de tout crédit dans la province où ^1 âvoit si longuement régné , et tous ses serviteurs et ses amis ou dé- ^^rtés ou en proie aux coups redoublés de Basville. Il fît quelques ^«^^:>yages à la cour, où il n'étoit plus rien de ce qu*il avoit été, et en der- 'g:MM^r lieu de ne sortir pas de sa chambre sans son médecin et son auj-y-B^nier en cas d'accident subit qui étoient fréquents et qui l'avoient rame hébété.

Mardi i 7, à Versailles. — Le roi alla tirer raprès-dlnée.

^ndame la duchesse de Bourgogne prit médecine pour

? préparer à prendre les eaux. — On eut des lettres de

- de Villars du 7 de ce mois; ce maréchal est toujours

nsson môme camp, où ses retranchements sont ache-

s. M. le prince Louis de £ade est campé à demi-lieue

centre de notre ligne sur des hauteurs, sa gauche ap-

yée à Witislingen, où passe la petite rivière de Heigen,

sa droite derrière le château d'Hausheim , sans qu'il y

* rien qui nous sépare que la tète d'un petit ruisseau

i passe au front de notre camp. Nous comptons que

Tmée ennemie n'est que de vingt-deux mille hommes;

is ils disent qu'ils attendent de grands renforts. La

^^nquillité des deux armées est étonnante, car on ne tire

pafi un coup de pistolet de part ni d'autre ; on n'escar- \ w^

moucha que le premier jour que les ennemis arrivèrent,

et à cette escarmouche un aide de camp de M. de Villars,

nommé Varaillon, fut tué. — On a des nouvelles, par la

Suisse, qui portent que M. Télecteur de Bavière étoit ar^

rivé àQolzano et continuoit sa route vers Trente; mais on

n'a pas ces nouvelles-Ià par lui. — M. de Ch&teauneuf,

notre ambassadeur qui va relever M. Rouillé en Portugal,

a ordre du roi de continuer sa route à Lisbonne. Le roi

de Portugal n'avoue point qu'il ait signé de traité, et le

comte de Walstein, qui esta Vincennes prisonnier, assure

fort qu'il n'y a point de traité signé ; cependant on n'en

doute pas ici, mais le roi de Portugal ne vouloit pas qu'il

fût déclaré si tôt.

Mercredi 18, à Versailles. — Le roi travailla longtemps l'après-dlné avec M. de Chamillart. Madame la duchesse de Bourgogne commença à prendre les eaux de Forges. — On mande de Strasbourg qu'on y attendoit monseigneur le duc de Bourgogne le ik. Le bruit de ce pays-là et de son armée est qu'il va faire le siège de Fribourg ; ce seroit une grande entreprise, car c'est une des meilleures places de TEurope. — Il arriva un courrier à M. de Pontchartraiu qui lui apporta la nouvelle que le chevalier de Gallières, vice-roi de Canada, y étoit mort; cet emploi est considérable. |1 étoit frère de Gallières, un de nos plénipotentiaires à Ryswyck et qui est présentement secrétaire du cabinet, et c'est celuià qui le roi fait faire les lettres qu'on appelle de la propre main ; il sait un peu contrefaire l'écriture du roi. Il y aquelquesunes de ces lettres-là que le roi fait faire à M. de Torcy. — Il arriva un courrier de Portugal que M, de Torcy y avoit envoyé il y a quelques jours; il dit qu'à Lisbonne et à Madrid, où il a passé, on ne parle point du tout du traité de Portugal. Il y a beaucoup de gens encore qui en veulent douter, d'autant plus que notre ambassadeur a ordre d'y demeurer jusqu'à ce que M. de Chàteauneuf,

(jni le doit relever, y soit arrivé. — La marquise de Richelieu, qui étoît partie d'Angleterre sans y avoir pu voir la reine, est arrivée à Lisbonne avec un aumônier et une Mauresse; on dit que la reine d'Angleterre lui envoya 11,000 francs quand elle la sut embarquée, ayant pitié de sa misère.

Jeudi 19, à Venailles. — Le roi alla l'après-dlnée se promener à Marly, où il fait faire encore quelques changements dans les jardins entre la chapelle et le château. — Monseigneur le duc de Bourgogne étoit le 13 à Haguenau, et vint camper le 14 à trois lieues de Strasbourg ; il devoit y passer le Rhin le 16, camper à Kehl^ y demeurer le 17, et passer la Quinche le 1 8 à Wilstet. — Le doc de la Ferté tomba ces jours passés en apoplexie ; il est encore fort mal. Son frère le chevalier s'embarqua il y a huit ou dix mois en Provence pour passer à Malte , et depuis on n'aentendu parler ni de lui ni deceuxquiétoient embarqués sur la même felouque ; on croit qu'ils ont péri^ ; ainsi le duché de la Ferté sera éteint bien tôt apparemment. — M. rélecteur de Bavière avoit envoyé à M. de Vendôme le marquis de Novion, qu'on croit qui a été tué en chemin, et cela fait que M. de Vendôme n'a point de nouvelles sûres de cet électeur. — M. le duc d'Orléans, qui est fort profond dans les sciences, fort carieux et aimant fort la musique , surtout l'italienne , travaille à retrouver l'ancienne musique des Grecs et à faire faire un instrument qui approche de la lyre dont ik se servoient.

* Le chevalier de la Ferté ne fit jamais rien eu sa vie de si bien que de se noyer. Il avoit volé la vaisselle du comte d'Estrées, depuis dernier maréchal d'Estrées, qui eut la générosité d'en étouffer le bruit. Cétoit peut-être une des actions de ce chevalier des moins malhonnêtes.

Vendredi 20, à Versailles. — Le roi alla encore se promener l'après-dlnée à Marly. Madame la duchesse de Boui^ogne continue à prendre les eaux et joue chez elle

les après-dlnées. Monseigneur partit à six heures pour aller coucher à Villeneuve-Saint-Georges; il y courra le loup demain et reviendra coucher à Meudon, où il demeurera jusqu'au premier voyage de Marly. — Un courrier de M. de Chamillart arriva ici le soir. Il étoit parti de Mantoue le 1 5 ; il y a laissé M. de Vendôme^ qui a eu un accès de fièvre de trente heures. Le détachement n'est point encore assuré^ mais les officiers généraux et les troupes qui en doivent être sont nommés en cas qu'il le faille faire ; M. de Vendôme attend pour cela les ordres de la cour et des nouvelles de M . de Bavière . — On a des lettres de M. le maréchal de Villeroy du 17 ; il est encore C&mpé à SainWob et M. de Marlborough à deux lieues de lui, et dans le môme camp où il étoit il y a huit jours. Le comte de Zinzendorf l'y est venu trouver pour le presser de faire un détachement considérable, et l'envoyer au plus vite en Allemagne y les affaires de l'empereur étant en fort mauvais état.

Samedi 21, à Versailles, — Le roi alla tirer Taprèsdlnée. Monseigneur, qui avoit couché à Villeneuve-Saint- Georges, alla courre le loup dans la forêt de Sénart, et puis alla à Meudon, où il demeurera jusqu'à mercredi. — Le roi envoie M. de Refuge, ancien lieutenant général, commander en Franche-Comté; M. de Renty, qui est lieutenant général de cette province, n'en a témoigné aucun chagrin, et il ne parolt pas qu'il songe à rentrer dans le service. — Madame la duchesse de Brancas, dame d'honneur de Madame, n'ayant point encore de logement ici, madame la duchesse de Ventadour, qui a quitté cette charge , crut devoir renvoyer à M. Blouin les clefis de son appartement pour que le roi en disposât. Le roi dit à Blouin de faire rendre les clefs à madame de Ventadour, et de lui dire que c'étoit à elle et non à la charge que le logement étoit donné , et qu'il seroit fort aise même qu'elle en jouit longtemps et souvent, et S. M. donne à la duchesse de Brancas, par prêt, le logement de M. de

JUILLKT 1705. 2VJ

Vendôme. — Les lieutenants généraux nommés pour le détachement de Tarmée d'Italie, sont : MM. de Bezons et de Praslin; les maréchaux de camp : MM. de Vaudrey, d'Estaing et de Bouligneux. Il y a vingt bataillons , dix- :iieuf escadrons de cavalerie et six de dragons.

Dimanche 22, à Versailles. — Le roi, après avoir tra-i

"vaille avec M. de Chamillart Taprès-dinée , alla tirer.

^Madame la duchesse de Bourgogne , monseigneur le duc

^e Berry et madame la princesse de Conty allèrent

c3iner avec Monseigneur à Meudon ; et sur les quatre

leures ils en partirent tous ensemble et allèrent à To-

jpa à Paris sur Tamphithéâtre qu'on avoit fait accom-

rxmoder exprès , afin qu'ils y fussent plus commodément.

-A.près l'opéra , Monseigneur retourna à Meudon avec

-Kjaadame la princesse de Conty ; madame la duchesse de

Bourgogne et monseigneur le duc de Berry revinrent ici.

Il y a des lettres de monseigneur le duc de Bourgogne

u 18; il avoit passé la Quinche le 17 et étoit campé à "^tfVilstet. — On a des lettres de Munich du 14, qui portent ue M. de Bavière étoit à Brixen et de voit s'avancer jusu'àBolzano. Quand il se fut rendu maître d'Inspruck, il fit chanter le Te Deum, et ce qu'il y a de singulier, "est que la mère de l'impératrice et l'évèque d' Augsbourg, i^ère de l'impératrice, y assistèrent; ils avoient déjà été ris dans Neubourg, et on les a pris encore dans Ins- ^uck. — Le grand-maltre de Malte a nommé pour son bassadeur en France le bailli de Noailles , et a donné commanderie magistrale de Pézenas au chevalier de Srm. Rochefoucauld, qui n'a que quatre ans, à la recommanition du roi. Le chevalier de la Rochefoucauld est petits du duc de ce nom, et cette commanderie vaut du oins 15,000 livres de rente.

Lundi 23, à Versailles. * — Le roi travailla avec M. Peliier Taprès-dlnée, comme il fait tous les lundis, et puis la se promener à Trianon. — On eut des lettres de - de Villars du 12; il est toujours à son camp de Di-

250 JOURIIAL DE PANGEAU.

lingen. Il mande quHl fit pousser, il y a quelques jours, une garde des ennemis jusqu'à leur camp , et que s*étant bien douté que M. le prince de Bade voudroit trouver le moyen de lui en faire autant, il avoit fait glisser la nuit quelques pelotons d'infanterie qui s'étoient cachés dans Jes fossés. Les ennemis vinrent attaquer notre garde, comme le maréchal Tavoit prévu ; notre garde se retira et les attira dans l'endroit où notre infanterie étoit postée ; on leur tua assez de gens, et nous n'y perdîmes personne. — On a nouvelle que la flotte ennemie avoit mis à la voile le 15 de ce mois. Ils ont cinquante-deux vaisseaux de guerre anglois ou hoUandois, mais ils n'ont point de troupes de débarquement. — M. le bailli de Noailles a obtenu la commanderie de la Croix en Brie qu'avoit le bailli de Hautefeuille, et il rend la commanderie qu'il avoit auprès de Versailles; il gagne 5 ou 6,000 livres de rente à ce changement'là. On donne toujours deux camarades à Fambassadeur^ et il a choisi pour ses camarades les chevaliers de Balincourt et de Saint-Germain, et cela leur tient lieu de résidence à Malte.

Mardi 24, à Versailles. — Le roi donna le matin audience publique à l'envoyé de Mantoue , et puis il en donna une particulière au nonce , et ensuite il entretint quelque temps le maréchal de Vauban avant que d'aller à la messe. — On a nouvelle que le prince Ragotski est arrivé sur les frontières de Transylvanie et dç Hongrie , et s'est mis à la tète des mécontents , qui commencent à se remuer en ce pays-là ; l'fmpereur y fait marcher quelques troupes. — Il arriva hier au soir un courrier de M. le maréchal de Yilleroy, parti du camp de Saint-Job le 21. Ce maréchal mande que H. de Cohom a séparé son camp, dont il a envoyé cinq bataillons àHulst, et le reste^ consistant en douze bataillon» et dix-sept escadrons ^ a passé à Liefkenskoek et a passé TEscaut à Lillo , sur des bateaux qu'ils y ont depuis longtemps. H. de Guiscard, qui commande l'armée de M. de Bedmar, en son absence.

Mi

si

va repasser aussi pour rejoindre M. de Villeroy^ en cas que les ennemis veuillent , avec toutes leurs forces réunies^ venir attaquer notre armée dans la bruyère qui est à la tète 4ie notre camp et où nous avons marqué un beap champ ^e bataille. — Le marquis de Rannes^ colonel réformé de ^iragons, veut épouser maden^oiselle d'Arnoton, fille du ixnaitre des requêtes; la princesse de tfontauban^ mère ^u garçon, s'oppose au ipariage. — Le roi alla tirer l'a- ^rès-dinée, et au retoux* de la chasse, avant que d*entrer ^Aez madame de Maintenon, il entra chez madame ladu- ^^hessed'Orléans, qui n'attend que le moment d'accoucher. Mercredi 25 , à JUarly, — Le roi partit de Versailles à ^:?inq heures après avoir travaillé avec H. de Cbamillart; ^ J se promena ici jusqu'à la nuit. Madame la duchesse de Bourgogne arriva un peu après le roi ; avant que de partir e Versailles, elle alla dire adieu à madame la duchesse ''Orléans. Monseigneur et madame la princesse de Conty rivèrent ici de Meudon à sept heures. — On eut des lettres de monseigneur le duc de Bourgogne du 20 ; il éftoAi encore campé à Wilstet; il a laissé treize bataillons s rUe du fort Louis sous le commandement de M. de it-Segond, brigadier, et a envoyé à Holsheim, à la du canal qui vient de Strasbourg, Sailly, maréchal ^^ ciamp, avec deux régiments de dragons, quelque cavaleiric et quelque infanterie pour empêcher les courses des *^^Assards, qui auroient pu troubler la récolte. On .attend s cette armée le retour de H. de Silly , que mpnsei- :iir le duc de Bourgogne envoya au roi il y a quelques Jovi rs; le roi le fit repartir après l'avoir longtemps entre- *^^ vi, et S. M. fut fort contente du compte.qu'il lui rendit. On a des lettres de M. de Villars du 15; il mande ^I^^ le marquis de Bareith, avec dix ou douze mille ^^^ciames, a joint le prince Louis, qui en avoit déjà vingt. ^ m. le comte de Toulouse partit à six heures du matin P^^^r aller à Toulon; il doit coucher aujourd'hui à 'e.

959 JOURNAL DK DAINGEAU.

Jeudi26, à Marly. — Le roi se promena tout le matin et tout le soir dans ses jardins; en sortant de table il alla à Saint-Germain voir la reine d'Angleterre. Monseigneur et madame la duchesse de Bourgogne se promenèrent longtemps avec lui. Le soir, chez madame de-Haintenon^ le roi parla à monseigneur le duc de Berry sur son jeu ; il lui parla en bon père. Monseigneur le duc de Berry a promis de ne plus jouer dans le salon ^ et S. M. veut bien qu'il joue chez madame de Maintenon avec madame la duchesse de Bourgogne ; on veut tâcher à le corriger du gros jeu. — Il arriva le soir un courrier de M. le maréchal de Villeroy, parti du camp de Wineghem le 25 au matin. Les ennemis marchèrent le 2k , portèrent leur droite à Loenhout , et leur gauche entre Hooghstrate et Rikvorsel. Us occupèrent avec leur infanterie le village de Burcht^ qui n'étoit qu'à une petite lieue de notre camp ; ils jetèrent mille hommes dans les maisons avancées et dans le cimetière , à la faveur desquels milord Marlborough s'avança avec trois troupes de cavalerie jusqu'au débouché du village dans la bruyère de notre camp. M. le maréchal de Villeroy s'avança avec le piquet jusqu'à une portée de carabine de ce village, et dès qu'il eut vu le poste des ennemis il fit rentrer les gi-os bagages dans nos lignes, pour en être débarrassé, et futattentif toute la nuit aux mouvements des ennemis. Il mande au roi qu'il enverra le lendemain un autre courrier.

Vendredi 27, à Marly. — Le roi courut le cerf l'aprèsdinée; Monseigneur et monseigneur le duc de Berry étoient à la chasse avec lui. Madame la duchesse de Bourgogne prit médecine. Madame la princesse de Conty accoucha à Paris le matin d'un prince qui s'appellera H. le comte d'Alais; son fils aîné s'appelle le comte de la Marche. — M. de Vaudemont a envoyé un courrier au roi , parti de San-Benedetto le 21 ; il mande que la garnison de Bercello demande à capituler, mais qu'il juge à propos de les prendre prisonniers de guerre ; ils sont pressés de la

JUILLRT 1705. 35a

famine, et on croit qu^ils accepteront toutes les conditions qu'on leur voudra imposer. M. de Vaudemont a envoyé les députés à M. de Vendôme^ qu'on croit en marche du 20 pour mener le détachement à H. de Bavière. — M. le maréchal de Yilleroy^ étant informé que les troupes du camp deLillo avoient débouché dans la bruyère à Capelle^ étoient à portée de joindre Tavani-garde de la grande armée des ennemis qui marchoit vers Put et par là s'approchoit des lignes d'Anvers^ a pris le parti d'y rentrer lui-même pour les couvrir et rompre tous leurs desseins. Notre droite est à Otteghem ^ et notre gauche tirant vers Duren ; les troupes de M. de Tzerclaés et de M. de Guiscard défendent les lignes de Merxem. On croit que les ennemis veulent tenter quelque chose du c6té de la mer.

Samedi 28^ à Marly. — Le roi se pi^omena tout le matin et toute Taprès-dinée dans ses jardins. Madame la duchesse de Bourgogne continue à prendre les eaux. — II arriva des lettres de monseigneur le duc de Bourgogne par Tordinaire; elles sont du 24i' au soir; il étoit encore eampé à Wilstet. — Jouste^ Allemand^ attaché au maréchal de Villeroy^ arriva ici ; on sait un peu plus certainement la situation de T armée ennemie; elle a sa droite à Kalmpthout et sa gauche à Westwesel. Le camp des troupes de Lillo conunandées par M. de Schlangembourg est à Capelle ; le pont qu'il faisoit faire entre Lillo et Liefkoenskoek fut achevé le 2k au soir^ et comme cela leur donne une grande facilité de faire passer un corps de troupes en Flandre , M. de Villeroy a jugé à propos de laire passer à Burcht l'armée de H. de Bedmar^ commandée en son absence par H. de Guiscard; elle est de vingt bataillons y et on y a encore envoyé les régiments de dragons du roi et de Ferrare. M . le duc de Bisache s'est avancé avec huit bataillons à Lokerem sur la Duren; avec ces précautions-là il y apparence que leur entreprise de ce c6té-la réussira aussi peu que celle d'Anvers. — On a ar-

354 JOUKNÀL DE DANGEA13 . .

rèté à Palis une bÀtarde du marquis de Sablé que Ton a mise aux Madelonnettes ; elle étoit en carrosse avec son père, et Ton a mis à Saint-Lazare le vieux Bélisani y qui vouloit Fépouser.

Dimanche 29, àMarly. — Le roi tint conseil le matin à son ordinaire et se promena toute Taprès-dlnée. — Il arriva un courrier de M. de Vendôme parti de Rivoli le â2 au soir. H. de Vendôme se mit en marche le 20 de Due-Gastelli^ et est venu en trois jours à Rivoli^ où il devoit séjourner le â3. Il marche droit à Torbole^ laissant TAdige à sa droite et le lac de Garde à sa gauche. Il doit aller camper le 24 à la Ferrare^ où les ennemis font courir le bruit qu'ils ont quelques troupes pour en' empêcher le passage. M. de Vendôme mande que Tair est si bon sur le Monte-Baldo^ où ils sont, que les malades qui avoient suivi se portent déjà beaucoup mieux. M. de Mèdavy marche par un autre côté ; il va par la Rocca d'Anfo j laissant le petit lac d'Iseo sur sa droite , et reviendra tomber sur Riva^ qu^il attaquera apparemment pendantqueM. de Vendôme attaquera Torbole. M. Bouchu> intendant de cette armée y s^embarquera à Desenzano sur le lac de Garde ; nous y avons ramassé une vingtaine de barques, dans lesquelles ou portera des vivres et des munitions pour l'armée, qui en a porté pour dix jours en partant de Due-Castelli. — Reignac, qui commande dans Limbourg^ a pris des courriers des ennemis^ et on a appris par les lettres de leurs généraux une partie de leur dessein et Textréme embarras où ils sont.

Lundi 30, à Marly. — Le roi alla courre le cerf l'aprèsdinée ; Monseigneur et monseigneur le duc de Berry étoient à la chasse. Madame suit toujours à ces chasses-là dans une' petite calèche comme celle du roi et avec des relais du roi. — Les dernières lettres qu'on a de M. de Villars sont du 18; il est toujours dans son même camp, et le prince de Bade toujours à demi-lieue de lui, qui se retranche ; les ennemis sont pourtant du moins aussi forts

quel. d6 Villars présentement. — M. de Vendôme mande par son coorrier^ qui arriva hier^ que H. de Bavière lui a écrit qoHl s'avanceroit dès qu^il le sanroit en marche. Cet électeur a trouvé dans Ehrembourg, qu^il apHs, deux mille sacs de farine ou de grain et quarante pièces de canon; ce château est auprès de Brixen et sur la gauche quand on vient dlnspruck ; il a été pris lorsqu'on s'y attendoit le moins^ et Lusbourg^ qui y avoit marché avec quelques troupes^ se retiroit^ trouvant la place trop forte pour Tattaquer, quand les femmes des officiers de la garnison forcèrent leurs maris à envoyer des otages pour capituler. — La flotte ennemie est hors de la Manche, et par ley dernières nouveUes qu'on a eues d'Angleterre il y a sur cette flotte quatre ou cinq mille hommes de troupes de débarquement.

Mardi 31^ àMarly . — ^Le roi travailla longtemps Taprèsdlnée avec M. de Pontchartrain , comme il a accoutumé défaire tous les mardis^ et puis il se promena dans ses jardins jusqu'à la nuit. — On eut par l'ordinaire des lettres demoi^eigneur le duc de Bourgogne du 36 ; il est encore campé à Wilstet. On dit à Paris que le maréchal de Vaubanendoit partir incessamment pour l'aller joindre; mais on n'en parle point encore ici. — Le roi envoie le comte de Walstein à Bourges^ où il aura la liberté de se promener dans ia ville ; il y aura un gentilhomme ordinaire dn roi chargé de sa conduite^ et c'est H. de Saint-Olofn qu'on a choisi pour cela. — On apprend par des lettres d'Allemagne que l'empereur et l'impératrice ne veulent point que l'archiduc passe en Portugal , le roi des Romains n'ayant point d'enfants mâles. — Les fanatiques du Languedoc font encore des désordres ^ mais beaucoup plus rarement; ils ont laissé faire la moisson assez paisiblement^ et on craignoit fort qu'ils ne la troublassent. —Le maréchal de Vi^eroy a fait arrêter en Flandre un garde du corps nommé Saint-Phal^ qui étoit fort connu ici et à qui le roi avoit donné pension et commission de ca-

356 JOURNAL DE DANGFAU.

pitaine de cavalerie ; on le soupçonne d'avoir eu quelque commerce avec milord Marlborough.

Mercredi V août, à Marly. — Le tint roi conseil le matin comme à son ordinaire et travailla Faprès-dinée avec M. de Chamillart. Bladame la duchesse de Bourgogne alla à Saint-Germain voir la reine d'Angleterre. — Le duc de la Fer té * mourut à Paris. Il ne laisse que des filles et un frère^ qui est jésuite ; le duché sera éteint. Il étoit gouverneur de Metz; c'est un gouvernement de province qui vaut 22^000 livres de rente. Il a voit un brevet de justaucorps bleu^ que le roi a donné au comte d'Évreux, à qui il l'avoit promis, et S. M. a promis le premier vacant au maréchal de Tessé. — Il arriva un courrier du maréchal de Yilleroy parti d'hier au matin de son camp dans les lignes; les ennemis n'ont fait aucun mouvement depuis le 26^ et cette inaction fait croire que les mouvements que nous avons fait ont rompu leurs mesures. On dit qu'ils ont renvoyé à la Haye pour prendre l'ordre des États Généraux. — On eut des lettres de M. de Yillars du 22 ; ce maréchal est toujours dans son même camp. L'armée du prince de Bade est présentement plus forte que la sienne; ils ont attaqué notre garde avec un assez gros corps; le piquet monta à cheval^ et on les repoussa jusque dans leur camp. Le prince Charles^ fils de M. le Grand y chargea avec la première troupe du piquet^ et le roi a dit à M. le Grand qu'il s'étoit fort distingué en cette action-là.

* Le duc de la Ferté étoit fils du maréchal de la Ferté-Saint-Nectaire et d'une Angennes, la première de cette qualité qui se soit publiquement déshonorée. 11 avoit épousé une fille de la maréchale de la Mothe, sœur des duchesses d' Aumont et de Ventadour, qui n'en dut rien à sa belle-mère; mais le monde commençoità y être plus accoutumé. Ils vécurent séparés et toujours mal ensemble. Le duc de la Ferté avoit toujours servi avec distinction en capacité et valeur, mais avec de grandes disparates. II avoit été à diverses reprises bien et mal avec le roi , et jamais avec indifférence. C'éloit le plus agréable et le

f>liis fort débauché de son temps , qui a tué bien des gens a table , où il avoit bîeD plus d'esprit qu'adlleurs; du reste incapable de rien de saiivi ni de sérieux, et se moquant volontiers de tout. Il mourut fort j^éanteol et fort changé les dernières années. Son frère s'étoit fait jésuite malgré le maréchal , et s'en repentit bien par les suites. Il fut ^ranà prédicateur et même directeur ; mais il se barbouilla dans sa o>^mpagnie, et ne s'y raooonmioda jamais bien. Il avoit aussi beaucoup ^''esprit f plus que son frère, et qui auroit été tourné comme le sien; deux bien fiedts et de fort bonne mine. *

Jeudi % à Marly. — Le roi courut le cerf Taprèâ-diiiée* onsei^eur, après la chasse,. alla couchera Meudon. — arriva deux courriers d^Italie ^ un de M. de Yaudemont l'autre de M. de Vendôme. Celui de M. de Vaudemont -^porta la nouvelle de la réduction de Bercello ; le goua accepté les conditions qu'on lui avoit imposées ; d'est rendu prisonnier de guerre avec toute sa garnison, étoit composée de quinze cents hommes, parmi lesels il y a quatre cents malades. On espère pouvoir lianger ce gouverneur contre Barbezières. Le roi a déjà une ordre qu'on rasât cette place, dans laquelle on a uvé bien du canon, dont une partie est aux armes de ¥*:Mr:ance du temps de la bataille de'Pavie. Le courrier de • de Vendôme a apporté les nouvelles que voici ; il partit Honte-Baldo le 27 au soir. Les ennemis avoient un corps ^^ troupes retranché à Aqua-Negra pour s'opposer à ï^ck-tre passage; leur droite étoit à Monte-Baldo et leur S'^.^iche à une autre montagne fort escarpée ; le front de ]K)ste est très-étroit , le lac de Garde est immédiatement essous du Honte-Baldo et T Adige au pied de la mone où étoit appuyée leur gauche. M. de Vendôme, réde s'ouvrir ce passage, détacha, le 25 du mois passé. ^-^^^ze compagnies de grenadiers et quatre-vingts carabi- •^is commandés par M. d'Orgemont, qui devoitprendre fcaut du Monte-Baldo, et dix autres compagnies de greiers aux ordres de M. d'Imécoiu't pour se saisir de la ^*^f e de l'autre montagne. Ces deux détachements , mal-

369 JOURNMy 1>^- P>VNGFAU.

gré la diffîculfë du cbemiu , arrivèreQt le 96 à l^ poiote du jour sur les deux hauteurs de la droite et de la gavehs des ennemis ; et M. de Vendôme, avec deux mille hommes choisis avec tous les officiers généraux , arriva en même temps par la gorge vis-à-vis le front de leur camp. II trouva que Mr d'Orgemont , quoiqu^il et^t tpi^oun^ m^ la crête de Monte-Baldo, n'avoit pas pu entreprendre de débusquer cent cinquante hommes des ennemis qui occupoient un pain de sucre qui est au plus haut de Blont&-Baldo et escarpé de toutes parts ; oc qui obligea M. de Vendôme d'ordonner à M. d'Orgemont de laisser deux compagnies de grenadiers sur le haut de Monte* Baldo vis-à/-vis du pain de sucre , et avec le reste de ses troupes de t^her de se placer sur des endjpoits escarpés qui étoient à mi-côte , qui voyoient les ennemis dans nn petit camp qu'ib avoient dans un ouvrage qui étoit dans la gorge; ce qu'il exécuta malgré l'horreur des chemins qu'il falloit qu'ils se fissent. M. de Kercado fut commandé , à la faveur du feu de ces troupes portées [iic], pour attaquer les retranchements de la droite ; les ennemis ne soutinrent pas un moment le feu de nos troupes; ils abandonnèrent leur camp et trois petites pièces de canon ; cette action ne nous coûta qu'un carabinier et deux grenadiers. M. de Vendôme^ après avoir emporté leur camp de la droite, devoit faire attaquer leur gauche^ et attendit la nuit parce qu'il y avoit une hauteiu* à regrimper à dé* couvert pour attaquer leurs retranchements, qui nous auroient coûté bien du monde si l'on n'avoit pas attendu la nuit, À l'entrée de laquelle les ennemis se retirèrent et laissèrent leurs tentes tendues. Cette affaire aura répandu de la terreur dans le pays ; c'étoit M. de Vaubonne qui commandoit dans ce poste; c'est M. de Vaubecourt, qui se trouva de jour, qui attaqua les ennemis par leur droite; M. de Bezons^ à qui c'étoit à marcher, étojt chargé de l'attaque de la gauche, que les ennemis évitèrent. Un capi* taine des ennemis qui fut fait prisonnier assure que M. de

Bavière avoit pas&é le Breiner et étoit à une jouroée de Bolzaoo. Mp de Vendôme marcbe à Torbole.

Ymifêii Z, à MarUf. — Le roi fut aasez longtemps enfermé avec le P. de la Chaise^ et Taprès-dlnée il alla en carrosse dans la forêt pour voir une augmentation qu'il veut faire i son parc, qui lui parolt un peu trop petit pour courre le cerf» monseigneur alla de Meudon à Villeneuve-Saiiit-Georges pour y coucher. — On mande d'Espagne que le conseil de Castille, sur de nouvelles preuves qu'on a eues de la trahison de Tamirante^ Ta eondaomé à mort et tous ses biens confisqués au roi son maître. On compte qu'il a du moins 100,000 écus de rente en &iids de terre, tant en Espague qu'en Sicile. — Par las damières lettres de M. de Villars, qui étoient du 22 , on apprit qu*un lieutenant de dragons de notre armée ^ avec quatre-vingts dragons ou cavaliers, s'étoit rendu maître de la ville d'Sicbstet ^ et que Tévèque, qui étoitdans le ch&teau, s'étoit racheté et avoit donné des otages pour des contributions en argent et en subsistances pour nos troupes. La ville ^, été un peu pUlée ; il y avoit deux cents hommes dans la ville. Il arriva un courrier de M. le maréchal de Yilleroy parti d'hier au matin- Ce maréchal mande que les ennemis marchent à peu près par les mêmes chemins qu'ils avoient pris ; que leurs desseins sur la Flandre n'avoient pas mieux réussi que ceux qu'ils avoient nir Anvers ; il parolt qu'ils veulent remarcher sur la lieuse.

Samedi li-, à Marly, — Le roi courut le cerf Taprèsdlnée. Monseigneur vouloit courre le loup dans la forêt de Sénart ^ et n'en ayant point trouvé , il prit le parti de coucher encore à Villejieuve-SainirOeorges, et le manda aa roi afin qu'on ne fût pas en peine de lui. Madame la duchesse de Bourgogne, en sortant de dlner^ alla à Versailles voir madame la duchesse d'Orléans, qui étoit en travail ; le roi y avoit envoyé dès le matin monseigneur le ducde Berry . Ils y demeurèrent jusqu'àce qu'elle fût accou-

chée^ et revinrent ici au souper du roi . Le coureur de Ma^ dame apprit au roi la nouvelle de l'heureux accouchement d'un prince ; et M. le marquis de Castries, que M. le duc d^Orléans avoit chargé d'en venir apporter la nouvelle au roi , ne put arriver qu'après ce courrier, à qui le roi fit donner soixante pistoles. H. le duc d'Orléans, étant arrivé, alla chez madame de.Haintenon, où étoit le roi, qui lui témoigna beaucoup de joie et d'amitié. H. le duc d'Orléans lui demanda s'il trouveroit bon que son fils s'appelât le duc de Chartres , et le roi lui répondit qu'il souhaitoit que son fils le portât aussi dignement qu'il avoit fait. — On eut des lettres de monseigneur le duc de Bourgogne du 31; son armée est considérablement augmentée et est en très-bon état. Il doit quitter incessamment le camp de Wilstet et va faire quelque entreprise.

Dimanche 5, à Uarly. — Le roi tint conseil le matin comme à son ordinaire , et travailla longtemps l'aprèsdinée avec M. de Chamillart. Monseigneur courut le loup à Sénart, et revint ici de bonne heure après avoir été à Versailles, où il vit madame la duchesse d'Orléans. — Il arriva un Courrier de M. le maréchal de Villeroy, parti le &, qui étoit hier au matin ; les ennemis ont fait une seconde marche et semblent vouloir se rapprocher de la Meuse. Le maréchal observe tous leurs mouvements et les côtoie ; il a fait avancer quelque cavalerie à Liere. On dit que milord Marlborough a reçu ordre d'Angleterre de chercher tous les moyens de nous engager à un combat; comme toutes leurs forces sont rassemblées présentement, ils sont plus forts que nous assez considérablement. — Le maréchal de Vauban partit de Paris ; il va servir dans l'armée de monseigneur le duc de Bourgogne ; on ne doute pas que nous n'entendions parler bientôt d'un grand siège de ce côté-là. — Milord Marlborough a refusé le cartel, etM. d'Owerkerke, qui commande lesHoUandois, l'a accepté. Le maréchal de Villeroy a renvoyé sur l'heure

AOUT t70S. 961

le& prisonniers qu'U^voit dans son armée^ et lui a mandé qu^il alloit donner ordre, dans toutes les places, qu!on lui renvoyât tous ceux quis^y trouveroientetqu'ilse fioità sa parole. On croit que cela pourra encore augmenter la imésintelligence qui est entre les Anglois et les Hollandois. Lundi 6 , à Marly. — Le roi courut le cerf Taprès* dlnée; Monseigneur et monseigneur le duc de Berry ^toient à la chasse. M. le duc d'Orléans vint le matin dans le cabinet du roi avant la messe , et pria S. M. de vouloir âen être le parrain de H. le duc de Chartres, ce que le lui accorda, et S. M. lui dit ensuite : «c N^avez-vous que <^a à me demander? » M. le duc d'Orléans lui répondit «gpie les gens de sa maison le pressoient de lui demander Lutre chose, mais que dans ces temps ici il croyoit qu'il auroit de l'indiscrétion à le faire. Le roi lui dit: a Je ^préviendrai donc votre demande, etje vous donne 50,000 ^cus de pension pour votre fils. » M. le duc d'Orléans^ en :E«iiierciant S. M., lui dit qu'il étoit honteux toutes les fois ^^'il voyoit sur son mémoire l'argent qu'il tiroit du trésor s-oyal, qui monte présentement par an à 1,050,000 livres, ^ttvoir : 650,000 livres de pension pour lui, 100,000 francs pour rintérêt delà dot de madame la duchesse d'Orléans, 50,000 écus de pension pour elle et autant pour le prince qui vient de naître. — Les dernières lettres de monseigneur le duc de Bourgogne portent que ce prince étoit marche pour aller camper à Sa^lsbach; cette marchene détermine rien encore. Os ont avis que le comte ^^^Uick, qui étoit avec des troupes sous Passau, avoit reçu ►jrdre de l'empereur de marcher avec ses troupes en Honie, où les désordres augmentent, le prince Ragoski s'é-< ft^uit mis à la tète des rebelles; mais ces avis ne sont pas i^i^a sûrs.

mardi 7 , à Marly, — Le roi tint conseil le matin à son ox^xlinaire, et travailla longtemps Taprès-dlnée avec M. de ^oïttchartrain. IjC roi et la reine d'Angleterre vinrent ici ^■^** les sL\ heures. Le roi les promena beaucoup dans ses

7M JOURNAL DE DANGËAU.

jardins, et pois la Mine d'Angleterre entra dans le cabinet dtt roi, et le roi d'Angleterre jooa dans le salon. LL. HM. BB., àneui hetires, s'en retournèrent à Saint- Germain, et le roi dit après leur départ qu'elles seroient cette année du voyage de Fontainebleau. --^ On a des noiïvelles sàres que les troubles de Hongrie augmentent eonsidérablement. Le prince Ragotzki, qui est à la tôte des révoltés, a déjA pensé surprendre Montgats ; l'empereur s^e pressé de faire marcher en ce pays^là ce qu'il peut ramasser de troupes. — Les ennemis font courir le bruit et répandent dans toutes leurs gazettes que M. de Savoie entre en négociation avec eux , que le comte d'Auedserg est caché dans Turin : c'est celui qui étoit ambassadeur de l'empereur à Madrid quand le feu roi d'Espagne mourut. Ils disent aussi que la reine d'Angleterre lui envoie H. Hidge et qu'on lui propose de le faire roi de Lom- I>ardie et d'envoyer son second fils en Angleterre pour lui faire tomber la couronne après la mort de la reine Marie. On croit ici que ces bruits n'ont aucun fondement, mais ils ne laissent pas de déplaire.

Mercredi 8 , à Harly, — Le roi tint conseil tout le matin et travailla longtemps l'après-dinée avec M. de Chamillart. Madame la duchesse de Bourgogne prit médedne ; elle a achevé de prendre ses eaux. — Il arriva plusieurs courriers; il en viut un d'Espagne dont on ne nous a encore rien dit. Il en vint un de Flandre parti de Sichem hier matin; les ennemis marchent vers la source du Demer^ le maréchal de Villeroy continue à marcher aussi, observant toujours leurs mouvements. 11 devoit alkr cam* per un peu plus loin qu'à la hauteur de Leaw; ilestàportée d'arriver sur la Meuse aussitôt qu'etui, mais il sera malaisé de les empêcher de faire le siège de Uuy s'ils en ont bien envie. — Qn eut des lettres de M. de Vend6me du ao ; il étoit à Brentonego à une Heue de Torbok sur l'Adige. Il envoie au roi une lettre deDuquesne^Monier, qui commande nos vaisseaux dans le golfe de Venise et qui

a fait une aetiôH t{ui parolt presque iûcroyabk. Voici ce que j'eo Ai pu i^etéHif par la félation que j'ai lue. Duquesne, ayotitappi'id qUe Wjmpériatricavoientde grands maganos dans ÀqfUilée, qui est sept lieues avant dans les terres et qui est h l'empereur^ s'embarqua sur des chaloupes avec six- vingts soldats^ et remonta la petite rivière qm tient d' Aqoilée ^ qui est si étroite qu'il y avoit des endroits où il ne pouvoit passer qu'une seule chaloupe, il trouva deux forts des ennemis avaut que d'y arriver ^ il fit mettre pied à terre à sa petite troupe, qui emporta les deux forts , et au dernier on poursuivit les ennemis qui Tabandonnoient et on entra avec eux jusque dans Aqoilée, où il y avoit deux cents hommes de troupes ré-* glées eu garnison et beaucoup de milices. Beaucaire, capitffinedefi(*égate, quicommandoituos six-^vingts hommes^ pilla la ville , brùta tous les magasins et revint trouver ihiquesne, qui était demeuré vis-à-vis du dernier fort que BOBS avions pris. Cette action ne nous a quasi rien coûté. hudi 9) âlUarly. — Le roi courut le cerf TaprèsdlBée. Madame, qui est toujours de ces chasse»*là, est dans une petite calèche différente de celle du roi et le suit tou- JQvii's; . Monseigneur et monseigneur le duc de fierry étoient à la chasse. Monseigneur le duc de B^ry a profité des leçons du roi et ne joue plus dans It salon qu'aux éciMKs. -^ Le roi a donné au maréchal de Joyeuse le gouvernement de Metz 9 du pays Messin et du Verdunois qn'avoit le duc de la Ferté ; le maréchal de Joyeuse avoit ooBservéles appointements du gouvernement de Nancy. — Le duc d'Harcourt entroit en procès avec le comte de Guiscard^ qui a acheté le domaine de Ghaimy, d^où relève le marquisat de Genlis que le duc d'Harcourt a par sa teaane y et qui prétendoit ne pouvoir relever que du roi^ et point de Tengagiste , parce que sa terre est titrée^ et que les ordonnances de Charles IX qui n'ont point été révoquées lui sont favorables. Le roi a fini le procès en accordant au duc d'Harcourt la distraction de la terre de

364 JOURNAL DE DAMGËAU.

Genlis du domaine de Chauny ; elle relèvera présentement de la tour du Louvre directement. S. M. dédommagera^ comme elle le jugera à propos, H. de Guiscard, qui est à Tannée et qui avoit rendu son échange incommutable par des terres quMl avoit achetées dans le parc de Versailles et qu'il avoit données au roi.

Vendredi 10, à Harly. — Le roi a fait un règlement pour les charges de l'artillerie qu'il met en vente et dont on compte queS. M. tirera plus de cinq millions, pour dédommager U . le duc du Maine, qui en est grand^maltre. On augmente ses appointements de 20,000 francs, et on lui donne 100,000 écus sur la vente de ces charges ; il en aura même quelques-unes des principales à sa disposi* tion. — Il arriva un courrier de Toulon, parti le 6 de ce mois. M. le comte de Toulouse se devoit embarquer trois jours après ; Farmement est bien plus considérable qu'on ne Favoit dit d'abord; il aura vingt-cinq ou trente gros vaisseaux de ligne et plusieurs galères de France et d'Espagne; on croit dans ce pays-là que la flotte ennemie a ordre de passer dans la Méditerranée et qu'on sera en état de s'y opposer. — On eut des lettres de M. Bouchu, qui écrit de Desenzano par l'ordinaire ; il mande que M. de Vendôme, le 3 de ce mois, s'étoit rendu maître du château de Nago et de Torbole ; qu'on avoit pris prisonniers de guerre les troupes qui y étoient en garnison ; il assure aussi que M. de Médavy avoit forcé tous les passages de l'autre côté du lac de Garde et s'étoit rendu maître de Riva. — Je pris congé du roi à son coucher pour aller faire un tour à mon gouvernement.

Samedi 11, à Versailles. — Le roi ne revint ici qu*à la nuit, et en arrivant il alla voir madame la duchesse d'Orléans, où il trouva madame la duchesse de Bourgogne, qui étoit arrivée un peu avant lui. Monseigneur partit A neuf heures de Harly et alla dîner à Meudon. — On eut des lettres d'un grand combat de cavalerie en Allemagne^ où nous avons défait cinq mille chevaux de l'armée du

prince Louis de Bade et des meilleures troupes de Tempereur. En voici la relation (1) :

il Vlm, le 2 août 1703.

11 y a cinq ou six jours que M. de Légal s'étoit approché de cette ville avec son camp volant, composé de douze escadrons, sous prétexte d'empêcher les courses que les ennemis faisoient pour qu'il n'entr&t rien en cette ville les jouis de marché. Il étoit campé sous notre canon , ayant laissé M. da Héron à Talfinghen, qui est à deux lieues d'ici en descendant le Danube, avec la brigade de Poitou et six escadrons, parce que Ton craignoit que les ennemis n'y fissent un pont. H. le maréchal, ayant projeté de surprendre le général de la Tour, qui avec cinq mille chevaux étoit campé près de la ville de Munderkinghen, qui est à six lieues d'ici , en remontant le Danube , mais que Ton croyoit qui n'avoit pas tant de troupes, donna ordre à M. de Légal de marcher à eux. Il décampa & huit heures du soir, afin que les ennemis ne fussent pas instruits de sa nuut^he avec ses douze escadrons. H. du Héron le vint joindre avec six escadrons de dragons et deux cents hommes de la brigade de Poitou; on y en joignit cinq cents de cette garnison qu'on fit mettre en croupe des dragons avec le détachement de M. de Fomboisart de cinq cents chevaux; Ton marcha sans bruit toute la nuit, mais les ennemis avoient déjà été avertis de notre marche par un parti de hussards, si bien qu'en arrivant dans une grande prairie on les aperçut en bataille devant leur camp, ayant fait passer le Danube à leur bagage. On s'avança à eux, et ils s'avancèrent aussi à nous ; ils s'étoient emparés d'une petite hauteur et passoient notre ligne de beaucoup, de tous côtés ; leurs escadrons étoient sous trois rangs, et les nûtressur deux. Ils avoient bien quinze

(0 Le .iferciii'eH'^o^it public, |>agcà 218 à 227, celle reiation dans des lemies pmqne identiqaes, et dit que c'est une lettre écrile par le gouverneur d'Ulm.

266 JOURMAJL DE DANGEAU.

cents chevaux plus que nous ; arec tous ces avantages ils nous attaquèrent les premiers et firent une très-gi'MM décharge. Nos gens entrèrent Tépée à la main dans les escadrons et les firent un peu plier; cependant ils soutinrent le combat vigoureusement et fifent & leur tour plier notre gauche ; mais notre infanterie^ qui avoit ordre de ^ jeter dans un chemin creux pour les couper, voyant ce désordre, sortit en bataille et marcha à eux la baïonnette au bout du fusil avec beaucoup de valeur et arrêta e» plaine toute la droite des ennemis, sans tii^er On seul coup ; notre gauche se rallia et chargea si bien les enne^ mis qu'elle les mit en fuite et se jetèrent tom en fûuk dans la ville : ce fut là qu'on leur tua beaucoup de gens; on renversa quatre de leurs escadrons dans le Danube. Lft grande quantité de morts qui étoient sur le pont empè^ cha nos gens d'entrer dans la ville ; ils eurent le temps de hausser le pont-levis ; il y eut pourtant huit od neuf dragons qui y entrèrent et qui y sont restés. On leur a pris sept étendards, et nos officiers ont pris quelques officiers des ennemis. Il a été impossible d^obligerles soldats à faire quartier, tant les troupes étoient animées. Jamais combat de cavalerie n'a été plus acharné, les ennemis s^étant trouvés les meilleurs régiments de l'empereur. On estime leur perte , même de Faven des paysans, à plus de quinze cents hommes; la nôtre n'est que de quatre à cinq cents hommes, parmi lesquels il y a cinquante officiers tués ou blessés. M. du Héron est blessé à mort d'un coup de mousqueton dans le corps. La Pérouse, colonel de Forsat, tué; d'Aubusson, colonel, blessé d'un coup de pistolet dans le corps ; de Serre > lieutenant-colonel de Condé, blessé à mort, et plusieurs autres officiers dont on n'a pas encore la liste. Les régi^ ments de Fomboisart , Forsat et Hérinville ont fait des merveilles; nos gens, après avoir été une heure sur le champ de bataille, se retirèrent le même soir, se doutant bien que M. le prince de Bade pourroit faire «loore ua

AôtJT ilÙÈ. 267

^^buâiemelit. Cette action s^est passée le 81 de juillet à une

^nre après midi. — Monsei^etUf le dite de Bonrgc^ne

«voit êeni ici qn'nn transfuge qui s'étoit trouvé à cette

cffiûft étoit venu avec beaucoup de diligence et par les

ehm'mle» plus eoufts lui en rèUdre compte, s'o£&ant

d'être mis en pris(M) jusqu'à éclaircissement entier et à

poiiitioo en cas de mensonge. Toutes lesr lettres deStlisse

qui sont venues aux particuliers content la ch6se A peu

près de même manière ; cependant il n'est encore arrivé

aiMan courrier de la part de H. de Villars.

Bmmche 12, à VèrsailUs. — Le roi en revenant de la messe reneMtra dans Tappartement madame de légal, loi fit nn compliment tr^s-honnéte sur ta belle action qu'a faite son mari. L'après-dlnée S. H. travailla avec H. de Chamiliart. Madame la duchesse de Itoutgogne n'a pas bieD passé la nuit^ die a eu un peu de fièvre, elté se leva pourtant pour aller à la messe ; maïs dile se remit au lit Taprès-dinée avec un grand mal de t^. Le roi alla tirer sar les cinq heures. — Le bruit com*l que le duc de Stint-fterre fait demander en matiag'e mademoiselle d'Armagnac. --^ Les lettres de Flandre du 8 de ce mois sont du camp de Heylesem , où nous avons séjourné ce jour^À; les ennemis son! eamipés à HasAelt et Ourang^, etdoîvBirt ce jour^là marcher à Borkloo« M. le maréchal de Yilleroy veut toujours conserver une marche d'avance du côté d* Anvers^ qui est ce qu'il y a d'important^ et il y a UeQ d'espérer quelesprpjfstsdes ennemis se termineront au siège de Huy ou à celui de limbourg. *^ U arriva le soir nn courrier del. de Vaudemontqui assure qu'il en avoit laissé un de M. de Vendôme derrière lui. -^ Monwgneur^ qui avort couché hier à Meudon y couche cette Bùit à Villeneuve'^aîni^ieorges pour courre le loup de^ Buàn dans la forât de Sènart. — Il courut un bruit que les troupes de M. de Villars ont encore eu un avantage sur les troupes du prinœ de Bade ; on en attend la con-

Lundi iZ, à Versailles. — Le roi tint le matin conseil de dépêche^ qui dura jusqu^à une heure ; il devoît sortir à quatre pour aller tirer^ mais M. de Ghamillart lui ayant mandé qu'il étoit arrivé un courrier de H. de Vendôme et qu^il lui porteroitsa lettre dès qu'elle seroit déchiffrée, le roi ne se pressa point de sortir, et la pluie étant survenue, le roi renvoya ses carrosses. Monseigneur revint le soir de Villeneuve-Saint-Georges et ne soupa point avec le roi. Après que M. de Ghamillart fut sorti de chez le roi, où il entra à quatre heures, S. M. travailla avec M. Pelletier, et à six heures il alla prendre l'air à Trianon. Le mal de madame la duchesse de Bourgogne n'a eu aucune suite; elle a fort bien dormi la nuit; elle n'a plus de migraine. — M. de Vendôme mande au rd qu'il a pris le château de Nago, dans lequel il y avoit cent hommes, qui ont été faits prisonniers de guerre ; cette nouvelle n'étoit pas vraie, le 3, quand M. Boucha la manda au roi. Le courrier de M. de Vendôme est parti de Brentonego le 6. M. de Médavy ayant détaché IfM. de Vaùdrey et Dillon pour attaquer Riva, la garnison prit la fuite à leur arrivée. M. de Médavy avoit ensuite rejoint M. de Vendôme. On a envoyé divers détadiements qui se sont saisis des deux châteaux du comte de Gastelbarco , commissaire de l'empereur en Italie ; on en a donné le pillage aux troupes et on a rasé les deux cher teaux, parce que le comte de Gastelbarco a donné àl'em* pereur des conseils très-violents. Notre armée de voit marcher le 7 pour aller assiéger le château d'Arco, où il y a sept cents hommes du régiment de Nigrelli ; la place est très-bonne.

Mardi if^y à Versailles. — Le roi ne sortit point de tout le jour ; il tint conseil le matin comme à son ordinaire ; l'après-dinée il alla à vêpres avec toute la msûson royale ; ensuite il s'enferma avec le P. de la Ghaise, comme il a accoutumé de faii-e la veille des jours qu'il fait ses dévotions, et S. M. entra à six heures chez madame de

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