‹ Journal du marquis de Dageneau (volume 2)Chapitre 9 sur 25 · AOUT I70S · texte numérisé non relu

AOUT I70S

HainienoD^ dont la santé se raffermit tous les jours. — Sur les six heures, il arriva un courrier de monseigneur le duc de Bourgogne, parti samedi 11 du camp d'Urlafe. Ce prince en devoit décamper le lendemain pour marcher droit i Brisach, quMl va assiéger ; M. de Marsin a ordre d'investir la place le 15, qui est demain. — Un courrier de M. de Vaudemont qui arriva avant-hier apporta beaucoup de lettres à des particuliers qui portent que les ennemis faisoient beaucoup de mouvements ; qu'il y avoit beaucoup d'apparence qu'ils songeoient à se retirer. On dit qu'ils abandonnent Ostiglia, et le bruit de leur armée est qu'ils veulent suivre M. de Vendôme. M. de Vendôme envoie la brigade d'Anjou joindre les huit bataillons qui sont aux ordres de H, de Médavy, qui fera le siège d'Arco ; on croit que cette place peut durer huit jouis. M. de Vendôme n'a point eu de nouvelles de H. Télecteur depuis une lettre de Ricousse écrite d'Inspruck du 18 du mois passé, dans laquelle il mandoit que S. A. E. alloit marcher à Brixen.

Mercredi 15, jour de la Notre-Damey à Versailles. — Le roi fit ses dévotions et toucha fort peu de malades ; à cette fète-ci d'ordinaire il ne touche que les étrangers. Après dîner S. M. alla à vêpres avec toute la maison royale. Madame la duchesse de Bourgogne n'a aucun ressentiment de fièvre ; elle doit aller demain à Saint-Maur, où Monseigneur est allé coucher aujourd'hui. Après vêpres le roi s'enferma avec le P. de la Chaise et fit la distribution des bénéfices que voici : l'archevêché de Narbonne à M. l'archevêque d' Alby, dont le nom est la Berchère le Goux; on met une pension de 1,000 francs dessus pour l'abbé [de Vertot]. L'archevêché d'Alby à monseigneur l'évêque de Montauban, frère du feu marquis de Nesmond. L'évêché de Montauban à l'abbé de Vaubecourt, aumônier du roi; il conservera l'abbaye d'Esuay qu'il avoit. L'abbaye de Mortemer au nouvel évoque de Troyes, de la maison de Chavigny. L'abbaye d'A-

570 JOOBN Aï. DF DAKGFAF.

DÎiuie & r«bbé 3)oi9Îa, frèpa de BlouiPi.iHromîer valet ia chambJ^ in vol L'ablM^ye de Qlasimont i Y^hé Binet^ Cfiréde la SainterCbapeUe de Paris. -^ On é<^tde Vienne, du 21 juillet, qu'on y a résolu de Caire partir l'arcbidac au mois de septembre ; le comte de Uohtenstein le 4ûit suivre en qualité d'ambassadeur de l'empereur en Porta* gai et le duc Moles en qualité de son nugoivdomo-major.

Jeu^i 16, à Versailles. — Le roi eut nouvelle que la flotte ennemie, commandée par Schouel et composée ds trente vaisseaux de ligne, quatre frégates et quelques brûlots, avoit passé devant les côtes de Portugal, allant dans la Méditerranée convoyer soixante ou quatre-vingts vaisseaux marchands qui vont à Smyrne. Schouel a envoyé au roi de Portugal pour lui offrir tout ce qui est sur la flotte et pour l'assurer qu'elle seroit bientôt suivie d'une autre flotte sur laquelle Tarchiduc passeroit à Lisbonne ; il n'y a sûrement aucunes troupes de débarquement sur cette flotte ; elle a porté quelques grains en Portugal, dont ils ont grand besoin en ce pays*là, d'où l'on mande que l'on s'y repent fort du traité qu'ils ont fait avec nos ennemis; on assure même que S. M. Portugaise ne veut plus voir son confesseur et ceux de ses ministres qui lui ont conseillé de faire ce traité-là. Le roi a envoyé un courrier à M. le comte de Toulouse pour l'avertir que la flotte ennemie passoit daûs la Méditerranée et lui porter ordre de les combattre s'il les peut rencontrer. — Madame la duchesse de Bourgogne et monseigneur le duc de Berry allèrent à Saini-Maur, d'où ils ne reviendront qu'au jour et apparemment avec Monseigneur.

Vendredi 17, à Versailles. — Le roi travailla le matin avec le P. de la Chaise , et alla Taprès-dinée courre le cerf dans le parc de Marly; Monseigneur, [qui étoit revenu le matin de Saint^Haur, alla courre le cerf avec lui. Madame la duchesse de Bourgogne, qui étoit revenue le matin de Saint-Maur dans sa calèche, ne voulut point se coucher sans avoir vu le roi à son réveil , et pour cela,

69 arrivant ici ^ elle alla avec monseigneur le duc çLe Berry se promener dans les jardins; ils prirent des gondoles et allèrent avec les dames qui les avoient suivis à Saint-Maur déjeuner à la Ménagerie^ d'où ils ne revinrent qu'à huit heures. Monseigneur le duc de Berry aUa se coucher, et madame la duchesse de Bourgogne alla voir le roi à son réveil. — M. de Vendôme a fait ouvrir la tranchée le 8 devant Arco; la ville se défend ; on avoit cru d'abord qu'ils Fabandonneroient. — Le roi parla mardi à M. Famba^sadeur de Savoie des mauvais bruits qui courent de son maître ; Fambassadeur assura fort S. H. que c'étoient les ennemis de S. A. R. qui faisoient courre ce bruit et qu'il répondoit sur sa tête que ce dont on Taccusoit étoit entièrem.ent faux. — Le comte de Tonghen, voyant repasser le Rhin à notre armée , a détaché trois ou quatre mille hommes du camp de Stolhofen pour les jeter dans Landau , et il ne parolt pas qu'ils croient que nous songions àBrisach.

Samedi 18, à Versailles. /— Outre le conseil que le roi tint le matin à son ordinaire , il en tint un Taprès-dinée qui dura plus de cinq heures ; il s'agissoit d'une affaire enh^ l'évêque de Noyon et le chapitre de Saint-Quentin pour des droits et privilèges. La juridiction de toutes les affaires civiles a été conservée au chapitre, et le criminel à l'évêque; toutes les parties paroissent contentes du jugement. — Madame la duchesse de Bourgogne alla sur les cinq heures à Saint-Cyr et n'en repartit qu'après madame de Maintenon. qui y étoit dès le matin. — Il arriva un courrier de M. le maréchal de Villeroy, qui mande que les ennemis arrivèrent le 16 devant Huy; ils ont fait passer la Meuse sur un pont auprès de Liège qui investit le château. Ce maréchal croit qu'il faut six jours aux ennemis pour faire monter leur canon sur les hauteurSy où il le faut placer pour battre la place ; il a détaché Labadie avec dix bataillons pour aller du côté de Namur et de Dinant. — On mande d'Italie que M. de Yen-

27Î JOllRNAT. DE DANGEAU.

àùjaie fit attaquer le 7, par M. de Goas^ brigadier de dragons y le village de Ravazan^ qui étoit occupé par cent soixante hommes des ennemis; on leur en a tué quatrevingts^ parmi lesquels étoit leur commandant ; on leur en a pris soixante. L^action s'est exécutée fort heureusement, et nous n'y avons quasi perdu personne. Le village de Ravazan est en deçà de FAdige, au-dessus du village de Hauri, dont nous nous rendîmes maîtres il y a quelques jours.

Dimanche 19, à Versailles, — Le roi, après son dîner, admit la maison de ville de Paris à l'audience, comme cela se fait tous les ans. M. de Martangis le fils, maître des requèfesy présenta le scrutin pour l'élection des nouveaux échevins. Le roi travailla ensuite, depuis trois heures jusqu'à cinq, avec M. de Chainillart et puis alla tirer. Monseigneur alla coucher à Villeneuve-Saint-Georges pour revenir demain à Meudon, où il attendra le roi, qui y doit aller mercredi pour y passer le reste de la semaine. Madame la duchesse de Bourgogne fit ses dévotions à la paroisse, dans la chapelle de la maison des Missionnaires. — Le roi d'Espagne envoie la Toison à M. le maréchal de Boufflers. — On a des lettres de monseigneur le duc de Bourgogne du 15 de ce mois, du camp deRiegle, dans la plaine de Weil. M. de Marsin avoit marché à Fribourg comme pour l'investir, et le gouverneur de cette place^ se croyant assiégé brûla ses faubourgs et quelques villages près de sa place; le gouverneur de Brisach lui envoya trois ou quatre cents hommes de a garnison et soixante canonniers. Le soir du même jour Marsin retomba sur Brisach et Tin vestit; on compte qu'il n'y a que deux mille cinq cents hommes dedans; on prépare toutes choses pour l'ouverture de la tranchée qu'on espère pouvoir faire le 19, qui est aujourd'hui. — Madame a une fièvre très-violente et demeure ferme à ne point vouloir se faire saigner.

Lundi 20, à Versailles. — Le roi prit médecine et travailla depuis onze heures jusqu'à midi avec M. Pelletier.

ymadame la duchesse de Bourgogue Talla voir avant et ^~après la messe. L^après-dlnée le roi tint conseil jusqu^à pt heures du soir. Madame la duchesse de Bourgogne^ vant que dlner^ alla chez Madame, qui a la fièvre con* înue depuis vendredi et qui a même eu un redoul^le- Tient cette nuit. — Il arriva deux courriers Taprès-dlnée, ^un de M. de Vendôme, parti le 13. Nous avons pris la ^îlle d^Arco et la première enceinte du chÀteau, dont on père être maître dans peu de jours. On n'a point encore e nouvelles de M. de Bavière. L'autre courrier est de -■rnonseigneurleducde Bourgogne, qui mande du 17 qu'il ^i^uvrira la tranchée le 19; M. le maréchal de Vauban y ^st arrivé. — M. des Houlineaux, capitaine aux gardes, ^^pouse la fille de M. de Lavaugade, gouverneur d'Oléron, de quatre-vingt-cinq ans, et le roi donne au marié survivancedecegouvemement. — Le courrier de M. de endôme dit que son maître en reconnoissant le château 'Arco avoit pensé être emporté d'un coup de canon ni donna dans un olivier sous lequel il étoit. — Le 4^^3urrier de monseigneur le duc de Bourgogne dit que cï^uis Brisach on manque d'argent et de ce qu'il faut pour $'4:>utenir un siège.

Mardi 21, à Venailks. — Le roi donna^ audience le

rK:ft&tin dans son cabinet à l'ambassadeur de Savoie, et

^- M. fit sortir tout le monde de son cabinet. Cet ambas-

<leur, en sortant de là, parut un peu consterné; il per-

à dire qu'il veut qu'on lui fasse couper le cou si les

l^^-^aits qu'on répand de son maître sont vrais. — Le roi

^U& l'après-dinéeàMarly, et au retour alla chez Madame,

<iv&i a toujours une fièvre assez violente. S. M. entra en-

sciite chez madame la duchesse d'Orléans. — Par lecour-

neir du cardinal d'Estrées, qui vint apporter la nouvelle

de Farrivée de la flotte ennemie sur les côtes de Portugal,

on. sut que cette éminence soiihaitoit de revenir. On a

tait repartir le courrier qui lui porte son congé, et on

envoie les patentes d'ambassadeur à l'abbé d'Estrées. On

274 JOURNAL DE DAIfGEAU.

fait iMVenil* j^ludieurs Fmnçois de oeuiE qm étoi<»Dt en Espagne. — On a plusieurs avis que Monasterol^ lieutenant générai des troupes de Bavière, étoit entré dninilà Bohême par le haut Paktlnat, et qu'il s'y étoit déjéi rendu maître de quatre villes. On assure aussi que le prince Ragotski étôit en Hongrie à la tète de neuf mille révoltés et que quatre comtés se sont déjà soulevés pour lui. — On mande de Hollande que plusieurs viUei i^e sont révoltées^ entre autres Utl*echt et AmersfôH^ à cause des grands impôts et de l'interdiction du commerce. Les ennemis ont été obligés de détacher quelques troupes de leur grande armée avec du canon ; le peuple de la Haye a pillé la maison du baron d'Opdatti.

Mercredi 22 y à Meudon* — Le roi travailla Faprèsdlnée avec H. de Chamillart jusqu'à cinq heures , et vint ensuite ici^ où madame la duchesse de Bourgogne étoit déjà arrivée ; elle avoit été avant que de partir voir Madame^ qui a toujours la fièvre. M. le duc d'Orléans est demeuré auprès d'elle à Versailles parce que son malaugmente. -^^ On n'a point de nouvelles sûres de M. de Bavière^ mais le bruit court qu'il retourne en son pays pour aller joindre M. de Villars. — Madame Frémont, mère de la maréchale de Lorges , mourut subitement à Paris, et on ne croit pas que cela rende le procès de M. de Lau2un avec la famille plus aisé à finir. — Le roi donna hier ^^i.,000 francs de pension d'augmentation à la duchesse de la Fer té ; elle en avoit déjà six^ elle en a dix présentement. — Le dernier courrier du maréchal de Villeroy apporte des propositions de continuer les lignes depuis la Mehaigne jusqu'à la Meuse pour couvrir Namur« Les ennemis qui assiègent Huy n'avoient pas encore leur canon en batterie le 19. — Le ntnce dit hier à Versailles qu'il avoit reçu une lettre du nonce qui est à Vienne , qui lui mande que les nouvelles de Ragotski sont vraies et qu'il y a beaucoup de mouvements en Transylvanie. — LepauvreM. du Héron est mortde ses blessures.

13, à Meudon. — Le roi se promena le matin

dans les jardins avec Monseigneur. Il travailla l'après-

dlnée avec M. de Pontchartrain durant trois heures, et

puis le soir il se promena avec madame la duchesse de

Bourgogne dans les petites calèches ; presque toutes les

dames étoient à Itt promenade. — Les états de Lan-

^edoc eurent hier à Versailles audience du roi ; Tévéque

d'Uzès porta la parole et sa harangue fut fort louée. ^-

Toutes les nouvelles qu'on a de M. de Bavière par la Suisse

^rteiit que S. A. E. avoit trouvé des difficultés plus

îgrandeis qu'il n'avoit cru pour • aller jusqu'à Trente,

jparce que la noblesse et les peuples du pays avoient tous

;pris les armes, et s' étoient joints à quelques troupes

xéglées de l'empereur ; qu'il y avoit eu plusieurs com-

Hiats où l'électeur avoit toujours eu l'avantage, mais que,

^:^raignant , s'il s'engageôit plus avant, qu'ils ne lui ôtas-

^ent la communication avec son pays , il avoit pris le

-^Mtfti de remarcher en arrière et qu'il alloit rejoindre

3*^. de ViUars, ce qu'on cï*oyoitfait présentement. Par les

[lettres qu'on a eues de ce maréchal on apprend que

l"'aiFantage qu'a remporté M. de Légal sur le comte de la

Tour étoit encore plus considérable qu'on ne l'avoit dit

^''afaord ; il a envoyé à Munich onze étendards pris sur les

«ocfc^mis en cette occasion . — Le prince Christian, frère du

dtto d'Hanovre, s'est noyé en voulant repasser le Danube.

V^^endredi 2i , à Meudon. — ^ Le toi se promena ifeut le

^SLt.in en calèche , Monseigneur toujours â cheval auprès

du l"iii. M. le duc d'Orléans vint de Versailles dîner

avi&<^ S. M. et lui dit que Madame étoit uti peu mieux,

^pi^ la nuit avoit été asset douce , mais que cependant

ell^ avoit toujours la fièvre. Le roi alla tirer l'après-

dlï^i^^e, et ne se promena point au retour. — Il arriva

Ae» lettres de Dunkerque, qui portent que le sieur de

ga^XtVPol avoit fait dans les mers du Nord une seconde

e^P^dition à peu près pareille à celle qu'il fit le mois

au nord d'Ecosse ; qu'il avoit pris cent cinquante

bûches de la pèche de la baleine et trois vaisseaux de guerre qui les escortoient; on en attend la confirma* tion. — M. de Chàteauneuf , qui va ambassadeur en Por^ tugal; est arrivé à Madrid et a ordre de continuer son voyage, à Lisborme le plus diligemment qu'il pourra. Le roi d'Espagne rappelle le prince de Tzerclaés de Flandre et lui donne le commandement de son armée en Espagne ; M. de Pracomtal commandera le corps que cornmandoit M. de Tzerclaës par delà la Meuse. — Par les lettres de M. le maréchal de Villeroy du 21 on apprend que les ennemis ouvrirent le 20 la tranchée devant le fort Saini4oseph, qu'il faut prendre avant que d'attaquer le château de Huy ; c'est Milon qui commande dans Huy et qui est un officier de réputation.

Samedi 25^ à Vergailles. — Le roi partit de Meudon à trois heures , chassa en chemin et n'arriva ici qu'à sept; en arrivant il alla chez Madame^ qui étoit un peu mieux le soir. Monseigneur est demeuré à Meudon^ où il sera encore quelques jours. Madame la duchesse de Bourgogne et monseigneur leduc deBerry ne partirent de Meudon qu'à neuf heures , et arrivèrent ici au souper du roi. — Les lettres de Vienne et de Ratisbonne portentque les mécontents de Hongrie grossissent tous les jours et qu'ils ont pfissé laTheiss prenant la route d'Agria. — Les lettres de Lisbonne du 6 assurent que tout y est tranquille^ qu'oa n'y fait aucunes levées de troupes et qu'on n'y attend point l'archiduc cette année. — La frégate du roi VAmphitrite y arrivée de la Chine pour le compte de la compagnie qui est à Paris, a été vingt-sept mois à faire sa traversée et n'a perdu que huit hommes; sa cargaison est estimée deux millions — M. de Moria , capitaine de carabiniers, aide de camp de M. de Vendôme , arriva à onze heures du soh*; M. de Chamillart étoit couché, il se releva et amena Tofficier au roi. Il porte la nouvelle que le château d'Arco s'étoit rendu ; le gouverneur et la L'arnison sont prisonniei^s de guerre.

Dimanche 26, à Versailles. — Le roi tint conseil d^État le matin à son ordinaire; Monseigneur y vint de Meudon, où il i-etourna diner et où il demeurera jusqu'à jeudi. Le roi après son diner travailla avec M. de Chamillart^ et alla ensuite se promener à Trianon , et au retour alla voir Madame^ qui a toujours la jBèvre aussi forte; elle fut saignée le matin ; elle a eu beaucoup de peine à s'y résoudre, et les médecins craignent qu'elle ne s'y soit résolue trop tard. — Le roi dit hier à son coucher qu'on n'avait jamais vu de capitulation semblable à celle d'Arco. Elle commence par ces mots : c( Nous supplions iS. A. monseigneur le duc de Vendôme de nous prendre jprisonniers de guerre, etc. » Dès que la place fut rendue, Jlf . de Vendôme détacha M. de Senneterre pour aller ^>ocaper un pont qui n'en est qu'à trois milles et qui lui le chemin sans aucune difficulté jusqu'à Trente. — roi assure à madame la duchesse d'Aumont, après mort de M. son mari, une pension de 10,000 francs les peuples du Boulonnois donnent au duc d'Auont depuis quelque temps. — Le bruit se répand que 1 f«, xeine d'Espagne est grosse.

JLundi 27, à Versailles, — Le roi travailla Taprès-dlnée «c M. Pelletier,; sur les cinq heures il alla tirer, et au t«ur alla voir Madame, qui étoit un peu mieux le soir. le la duchesse de Bourgogne au retour de la messe sLlla chez Madame ; le soir elle alla se promener à la Mé- ■^^grerie, d'où elle ne revint que pour le souper du roi. — ^** • de Lanquetot , capitaine de vaisseau , qui étoit avec ^ - de Saint-Pol et M . de la Luzerne, a apporté la confirmaet le détail de la prise des trois vaisseaux hollanqui escortoient les deux cents barques de pécheurs li^rengs, dont plus de cent soixante ont été brûlées. — des lettres de Londres, venues en Hollande, on mande 1<3 parlement d'Ecosse, au sujet de l'acte pour la succion, a déclaré qu'en cas de mort de la reine ils ne' ^^^ J^nl point pour roi celui qui le sera d'Angleterre. —

37a JOURJNAL Pé; J)Ar9G£AU.

On écrit d'Allemagne que M. Télec^ur de K^yièreest eQtpç Mittvp^l et Insprupk à Sefeld^ qu'il fait fortifier. — M. l'évoque de Me^^u^ est ici considérablement malade et devo^t pette nuit iiecevoir tous ses s^^ements. — On a pris d^n^ Arco Iç lieutenant-calonol de Nigrelli » quaiie capita,ipes, i^pt drapeaux ^ .vingt pièces de canon ^t m cents soldats.

Mardi 28, à Versailles. — Le roi alla Taprès-dlDée à l^arly et n'en revint qu'à la nuit; au retour il alla chez Madame^ qui est beaucoup mieux. Madame la duchesse de Bourgogne, au retour de la messe, alla chez Madame, et Taprès-dinée elle alla avec monseigneur le duc de Berry à Meudon voir Monseigneur, d'où ils ne revinrent que pour le souper du roi. — Il arriva le soir un oourriep de monseigneur le duo de Bourgogne; la tranchée est ouverte devant Brisach du 23. Ce prince voulut être à l'ouverture de 1», tranchée et y demeura jusqu'à onsse heures du soir. — Le bruit court que M. de Savoie a re-t nouvelé son traité avec le roi moyennant 10,000 écu» par mois d'augmentation de subsides; il donnera un régiment de dragons de plus, Ce prince étoit fort mortifié des bruits qu'on a fait courir sur sa conduite, et on assure qu'il a envoyé à S. M. le mémoire des pj^opositions qui lui ont été faites par les epnemi^. -^ Le hpuit court aussi que le duc de Cadaval , qui a toi^ours été alleotionné à la France, a repris son crédit auprès du roi de Portugal et lui a fait de grandes remontrances sur ses nouveaux engagements. S, M. Portugaises lui a d^mwodé quel remède on y pouvoit apporter, qu'il voyqit bien qu'on l'avoit trompé; on espère ici qu'il r^jnionc^ra à son nouveau traité po|u^ reprendra la nei|tri^ité.

Mercredi 20, à Vermlles. — Le vçi ne sortit qu'ji,çiQq heures; il alla dans sa calèche avec madame la duchesse de Bourgogne chez M. Mansart, voir Ifi galerie où sont les tableaux du roi ; de là à la Ménagerie, d'où ils revinrent à sept heures. La santé de Madame va de mieux en

AOUT t705. 379

mieux, eepeadaot elle a encore son mal de gorge et fait enooredu sang. — >Uarriva hier au soir un courrier de M. le maréobal de ViUoroy ^ qui apporta la nouvelle que le char teau de Buy ^'éioit rendu le %& au soir^ la garuison prisonaiôre de guerre ; elle étoit composée des régiments de BiMToi« et de Sana^y ; les dew^ forts qui étoient devant le obàtoau avoient été pris défi le %3 : on les appelle le fort Picard, et le fort SMUt*4o8eph. -^ On a su par des avis eertain^ que M, Télect^ur de Bavière et M. de Vendôme avoient eu des nouvelles l'un de Tautre, que leurs mesures étoient prises pour la jonction. M. l'électeur^ qui a passé le mont Brenner, prie U. de VendOme de s'avancer jusqu'à Brijcen. — On mande que le comte de Tunghen ne laissoit que cinq mille hommes dans les retranchemei^t^ 4e Stolhof en^ et marchoit avec le reste de ses troupes pour joindre M. le prince de Bade, — On mande de BDëe, capitfde de Hongrie, que Iç parti des mécontents sa fortifie fort et qu'on est fort alajmé en ce pays-là; Qn cfoit que lea méqcmtents sont soutenus par les Transylvains.

Jeudi dO, à Vermlles. — Le roi alla se promener l'apré^tnée à Trianop. Monseigneur aUa d^ Meudon coucher 4 YiUeneuve-SainHieorges. Aladame la duchesse de ^VPgQgU^ et mouseigneur le duc de Berry allèrent diaer à Pa^is cheï.madame la duchesse du Lude ; après le dîner ils allèrent aux Capucins tenir une cloche. Ma- ^ dame d'Armagnac leur donna une grande collation; ^Jliie i}^ allèrent se promener aux Tuil^ies, puis revinrent ici pour le souper du roi. -r^ U n'est point vrai qoe M« du Héron soit mort de ses blessur^^ comme on ravqit mandé; au contraire, il se porte beaucoup mieux et a été fait maréchal de camp. M. de Légal a été fait lieutenant général. — Le P. Daubanton> confesseur du roi d'Espagne y mande que la rein«t est grosse ; c'est QBe con^m^tion des bruits qui cQuroient d^à. -^ On eut des lettres du camp de devant Brisach du 35.

380 JOURNAL D£ DA1NGEAU.

M. de Marsin comme lieutenant général^ Sailly comme maréchal de camp ouvrirent la tranchée la nuit du 23 au 2^, le long de la digue du haut Rhin, avec les trois bataillons de Navarre, à la demi-portée du canon de la place ; la tranchée fut poussée jusqu'à la demiportée de fusil. La nuit du 24 au 25 les officiers généraux furent relevés par MM. de Lauhanie, de Flaman ville et de Polignac; les quatre bataillons du régiment du roi relevèrent le régiment de Navarre ; il a perdu fort peu de monde durant ces deux jours.

Vendredi 31, à Versailles. — Le roi dîna de bonne heure et alla ensuite à Marly, d'où il ne revint qu'à la nuit. Madame la duchesse de Bourgogne alla à la Ménagerie et pécha ensuite dans le canal. Madame n'a plus de fièvre, elle a encore un grand mal de gorge ; M. Fagon croit que sa maladie sera longue. Monseigneur revint de Heudon — Il arriva un courrier de M. le comte de Toulouse, qui l'a laissé aux lies d'Hyères; il va chercher l'amiral Shouel et t&cher à le combattre; on compte qu'il a passé le détroit le 17. — Il arriva un courrier de M. de Vendôme parti le 2^ du camp de Sarca, qui n'est plus qu'à deux lieues de trente ; les ennemis ont abandonné les châteaux de Tobelino avec des retranchements qu'ils avoient àSarca, qui nous auroient pu retarder longtemps; l'épouvante est grande dans tout le pays. Poligny, capitaine des grenadiers de Lyonnois, attaqua ces jours passés sept cents paysans et soixante grenadiers des ennemis, retranchés sur une montagne; ils les força et en tua beaucoup. M. de Bissy, maréchal de camp, est demeuré dans nos derrières avec quatre bataillons pour assurer notre communication avec le lac de Garde. On ne croit pas que Trente se défende, et l'on compte déjà d'en faire cet hiver le quartier général. — Les lettres de M. le maréchal de Villeroy du camp de Vassége du 28 portent que la ligne pour couvrir Naniur alloit être achevée. M. le marquis de Bedmar a

SËFfEMBRË 1703. 281

chassé du pays de Waes les troupes des ennemis qui y étoient demeurées et les a obligées de se retirer derrière Hulst.

Samedi V^ septembre, à Versailles. — Le roi alla tirer l^aprës-dlnée. Monseigneur ne sortit point de tout le jour. Madame la duchesse de Bourgogne alla le soir faire collation à la Ménagerie et puis revint ici se promener sur les terrasses du parterre jusqu'à neuf heures. — Il arriva un courrier de monseigneur le duc de Bourgogne du camp de devant Brisach. La nuit du 25 au 26 la tranchée fut relevée par M. de Locmaria; les ennemis tirèrent beaucoup sans tuer ni blesser quasi personne. Monseigneur le duc de Bourgogne monta à cheval à neuf heures du matin^ alla à la tranchée, où il demeura jusqu'à une heure après piidi; elle n'étoit plus qu'à la portée du pistolet de lavani-fossé ; la nuit du 26 au 27 la tranchée fut relevée par M. de Zurlauben ; les assiégés firent une sortie, jetèrent quelques grenades sur nos travailleurs ; mais ils furent repoussés fort vite^ et nous n'y perdîmes personne. Nous avons présentement dix pièces de canon et huit mortiers dan§ File qui tirent continuellement, et une autre batterie de huit pièces sur le bord de Tavant-fossé. Les officiers considérables de notre armée mandent à M. de Chamillart qu'ils croient que la place sera prise le 5 de ce mois. — M. de Vaudemont mande qu'il vient des déserteurs en foule de Tarmée de M. de Staremljerg , qui assurent que leurs troupes ne sont point payées, qu'elles manquent de tout et que l'air de leur camp est trè^mauvais.

Dimanche % àt Versailles. — Le roi travailla avec M. de Chamillart l'après-dlnée jusqu'à quatre heures et puis alla tirer dans son parc. Monseigneur et madame la duchesse de Bourgogne , après la messe , allèrent chez Madame, qui se porte de mieux en mieux. L'après-dlnée Monseigneur alla se promener à Chaville avec madame là i)rinctisse de Conty . Madame la duchesse de Bourgogne

2»2 JOUMIAL D£ DANGEAU.

«dla à. vépi^ et au salut ^ ^t puis se promena à pied dans les j«^dius. IWadame de llaintènoa eut eneopci un peu de fièvre la nuit. — Les lettres de devant Brisach^ du 98^ [Q«]«qQeiit quei les assises ^ dét^ildfillt fort pioUement^ et, il n'y ^ peroomiQ dans notre M>ia^ qui n^ oroie que U place ^rp. prise avAQt le 10, -rmUL. d'Av^rW vandlafiha]^ 4« prévôt et maître des cérémonies de VOrdpe à AI, le président dQM^$mf^> sot^ u^Y^u; il 1^ lui donne pour i60,OQ0 firancs, quoiqu'elle lui eût cQùté d^vantc^e. Le roi donx^ 4 M. d'Avaux un brevet pam? pof tep toiyours le ûc^on,'^ TTTi Les ennemis eq Flandre, ne font aucun mou^ vement depuis la pnse de Huy. Il paroit que Pon n'est pas oontent iei de la défense qu'a faite le gouvemeiôur. Le maréchal de Villeroy achève de perfectionner la ligne qu'il ^, faite depuis la Mehaigne jiUK{U'à la Meuse pour couvrir Namur } il croit qu'il seroit à piiopos de rasep le château de Dînant^ qui ne seroit paâ en état de se défendre ; on attendra pour cela le consentement de M. Féleeteur de Cologne.

* Qes râpés ^ Saint-Esprit (i), comme on les appelle en dérision , et ces vétéraqces^ comme disent ceux qui les ont, ou qui çn sont susceptibles, sont un abus tout à fait rare en toutes ^es parties. Il est inconnu par les statuts et vrais, et premiers, et derniers, et altérés, et ne se soutient que par d'autres abus «aooro plus étranges. Yoloi comme cela se {ait. Un des quatre officiers ^mmâmdeMrs i^ l'OidM fui vend pa cierge çn donne sa ^^mi^on, ^ c^tie^t an p;iémç temps un breveit de promesse d'être fait clievalier de TOrdre à la première promotiop et, en attendant, de continuer à porter l'Ordre. Or cette promesse est à condition de n^étre point effectuée. Il n'y a point d'exemple qu*dle Tait jamais été; et ceux de eette oondition qui ne sont point gens d'épée» mais de sobe qh deplwpe, sont par cela niânie incapables d*$l«9 ohevaliers dç TQr^i^e. De cet at^uç un ^^Vç^> llo o|^i^ v^^ mais ai;^ lien eu vrai acquéreur, quelqu'un c^ue le roi \çut bien gratiûer se présente entre deux, et &it un contrat d'acquisition simulé, en vertu duquel il prête serment et reçoit le cordon bleu aussitôt après. On lui expédie le bre-

(1) Voir l'additioB dn à mai 1700 sur le même sniat; tome Vil, page 3eé.

v^ dont on viept de parler, et il fait un qcmtrat de yenta siaiulé au lih ritable aequéreuTf qui paye au premier vendeur, prête serment et r^| le cordon bleu ; de façon qu'il n'en cq^te riep à celui d'eiitre deujL qii^ payer le serment et le notaire , et cet entre-deux 8*est ainsi multiplié à deux et à trois tout à la ibis suv la même charge. Ce brevet de promasse dû rOvdra ?st i)94lé 4e l^aofien xmg^ de &ire des psemotiDnA, Quand il y avoit defscomeip» yap^pt^ qi|Ç le rpi vQufoit reipplir en toM ou en partie, le roi disoit au chapitre le nombre où il voi^pit s'arrêter et présentoit une liste du double de ce nombre. Les chevaliers donnoient leur voix, et la pluralité faisoit la promotion tirée de cette liste. €èux qui étoient dessus* et qui n'avoient pas eu la pluralité nMteient poipt chevaliers de l'Ordre, et il n'y a pvesqu? P<ûpl d'eiMeuxqute q^'A^'• «uns de ceu^'Ià y soient reveAi|ç dans la suite ; wifi Pi^ur \(^ consc^ €Hk leur expédipit uu brevet de promesse de l'Ordre à la prefpière p^Or inaction; et ce sont ces sortes de brevets qu'on a montrés depuis pour :^ire accroire aux gens peu instruits qu'on avoit eu dans sa famille im ^dievaHer de l'Ordre nommé, mais mort avant d^avoir pu rêlre, et *oi:i ^ur ^ donné ce vain titre d?ns les leu^s. T^ to de Henri IV iar ^^-irçrtit cette f^Con de faire les promotions, qui peu^ |^pesttoa4)éeen i^ft]3H , e% les chapitres en peinture tels qu'on leç voit aujourd'hui ; mais ^ qui a achevé d'y mettre le désordre tel qu'il y est aepuis le milieu i^m dernier règne , c'est le crédit des ministres qui n*ont pas voulu se cher des eharges de l'Ordre , et qui n'ont pu soufi&ir d'dtre de* I et découvert» 9u to^ bout de la tabte, où le chaneelie? de l'Ordre, 1 dVntre epx, étoit î^ssis et couvert, ce qui ^i vint de V- 4e Çt^ y, premier cl\ancelier de l'Ordre et alors depuis longtemps chancede France , et les chevaliers assis et couverts le long de la table des :x cotés , le roi seul au haut bout , moyennant quoi il n*y a plus ni ni opinion , ni personne assis , encore moins eoovert , pas màne &. (Vest encore la méige raison qu\ ^ banni la rep^f que le rei fur avec les pliev^Uers çiprès chaque cérémonie en séanee de véfeo- «> où le chancelier de l'Ordre étoit admi^ après le dernier chevatm^'T^ tandis que les trois autres grands officiers mangeoient dans une ■ l€5 à part avec les petits officiers de l'Ordre, et à la même table. Tout ^ clone fait une sorte d'égalité entre les cbevalîers et les ofBders, peu à peu ont chanjé le cordqii Ueu qui eotonroit lewKi en colliers conune le^ chevaliers , à qiH le^Mf autorité de p^ l'a fait souffrir et laissé tourner en usage. Depuis, MM. de ^ ^' ■ **^re , Colbert et quelques autres ont été représentés sur leurs tom- *V^.*^-^ avec le grand manteau et le collier de l'Ordre, tout comme des ^t:dljles chevalievs. Ils n'ont pu encore arnver à la parité du grand ^^•e^iu, nia porterie oollier; en «^tteqdmgt ^^ ont prispour la preiaiëie ^vie cela se 4oit vu des bouquets de plun^ dès le cequonenoe-

284 JOURW AL DE DA1NGEA13 .

meot des cérémonies de TOrdre sous le roî d^aujourd'hui. Ce qullsont ùàt de plus solide a été de se rendre maitres indépendants et absolus des deniers de l'Ordre et du marc d*or.

Lundi 3 y à Marly. — Le roi travailla TaprètHlinée avec M. Pelletier^ et puis partit de Versailles pour venir ici. Madame la duchesse de Bourgogne, au sortir de la messe , alla voir Madame^ qui a encore mal à la gorge; on doute même qu'elle puisse être du voyage de Fontainebleau. — On a reçu quelques lettres du 20 du mois passée de quelques officiers qui sont dans Tarmée de M. de Yillars^ qui mandent seulement que tout va bien ; ce sont des lettres hasardées où on ne mande rien de considérable. — M. de Vendôme étoit campé le 2i!h au pont de la Sarca à neuf milles de Trente. On travaille à refaire le pont que les ennemis ont rompu , et on espéroit que le soir de ce jour-là il seroit en état qu'on y pourroit faire passer le canon. M. de Vendôme de voit le lendemain marcher au château de Toblino, dont Imécourt^ qui avoit marché de l'autre côté de la rivière, s'étoit saisi dès le 22, après avoir rasé trois retranchements que les ennemis avoient Fun sur l'autre auprès de ce château , et qu'on ne comprend pas que les ennemis aient abandonné. M. de Vendôme y va établir ses magasins et ses fours. — On continue à assurer que H. de Savoie a refait un nouveau traité avec le roi, et qu'il nous donne un régiment de dragons de mille hommes et le meilleur qu'il ait dans ses troupes; cependant il y a encore des gens qui en doutent.

Mardi k, à Marly. — Le roi, après la messe, fit entrer dans son appartement le prince de Tzerclaës; H. de Torcy le conduisoit. Il fut près de deux heures avec S. M. Il va en Espagne commander les troupes de S. M. Catholique. — Le roi alla courre le cerf l'après-dlnée ; madame la duchesse de Bourgogne étoit avec lui dans sa calèche ; Monseigneur et monseigneur le duc de Berry étoient à la chasse. — Le roi a reçu des lettres du 29, de

SEPTEMBRE i79S. S85.

devant Msach ; il a dit que tout y alloit à merveilley que DOS gens étoieat sur le glacis de Tavaut-fossé^ où il n^y a que deux pieds d'eau , que les assiégés ayant fait une sortie, nos travailleurs, qui étoient du régimentdu roi^ au lieu de prendre la fuite^ avoient jeté leurs pioches ets^étoient saisis d'armes qu'ils avoient trouvées dans la tran-; chée^etqu'ils avoient repoussé les ennemis jusque dans le chemin couvert. — Il arriva un courrier de M. le comte de Toulouse. Ce prince a vingtrquatre vaisseaux^ sur les-, quels il a dix*neuf cents pièces de canon ; les galères de Marseille Font joint; il attend celles d'Espagne et de Messine. U doit être renforcé par dix vaisseaux de ligne, commandés par la Harteloire, qui ne passera néanmoins le détroit que quand les flottes angloises et hoUandoises Tanront passé. — On commença hier à Meudon à ouvrir le prétendu trésor ; l'invalide persiste et ne varie point dans tous ses récits (1).

Mercredi 5, à Marly. — Le roi tint conseil le matin , et il fut plus long qu'à l'ordinaire. L'après-dinée il trar yaiUa avec M. de Chamillart , et puis alla se promener dans ses jardins ; madame la duchesse de Bourgogne le suivit à la promenade. — Il arriva un courrier de M. de Vendôme; ses lettres sont du 29 août, du camp de Resano. M. de Vendôme a envoyé M. de Bezons s'aboucher avec M. de Vaudemont à Mantoue, et il est retourné joindre M. de Vendôme. On ne sait rien de certain de M. de Bavière ; les avis qu'on en reçoit sont très-différents ; les uns assurent qu'il a passé le Brenner et qu'il joindra M. de Vendôme à Bolsano ; les autres avis qu'on a

(1) Le besoin d'argent, « dit Saint-Simon, fit prêter l'oreiUe à un invalide qpn prétendit avoirtrevaiilé autrefois à faire à Meudon une cache pour un gros Mur du temps de M. de Louvois. Il y fouiHa donc et longtemps et en plusieurs endroits , maintenant toujours qu'il la trouveroit. On en fut pour la dépense de raooommoder ce quil avoit gâté et pour la honte d'avoir sérieuse* méat ajouté foi à cela. » (Mémoires du dvc de SaintSinum publiés pv

m JOURNAL DE DânGFAU.

par k SaiSfiRs portent qu'il a abandomié pk^sqm tontn^ ses ooiiquêteB du TyiH)l, et qu'il est retourné à Munich. -^ Lés ^upes des mécontents de Héngrie grossissent Wûs les jMf^i ils se rendent maîtres de beaucoup de pe* tites villeë^ et quelques Seigneurs de ce pays-là se sent joints au prince ftagotski. ^^ Madame, qui est demeurée à Versailles^ a encore un peu de fièvre ; elle est très-affligée de la moM; d'un des princes d'Hanovre , fils de madame d'Hanovre^ sa tante^ qui est appelée à la succession de la eouronne d'Angleterre. — M* Télecteur de Cologne a consenti et a approuvé qu'on rasât le chAteau de binant. M. le prince Louis de Bade a laissé vin^ mille^hommes bien retranchés devant M» de Villars et remonte le Danube avec le reste de ses troupes.

Jt^i 6, à Marly, -^ Le i*oi se promena tout le matin. L'aprèS'-dlnée ; sur les cinq heures^ le roi et la reine d'Angleterre arrivèrent; le roi les mena d'abord dans Son cabinet, et puis les mena à la promenade, au retour de laquelle ils entrèrent encore dans le cabinet du roi ; puis le roi d'Angleterre joua dans le salon ^ et la reine d^Angleteti'e passa ches madame de Haintenon, et à huit heures LL. MM. BB. retournèrent à Saint^^rmain. -^ Hier 6, à Fonte vrault, se fit le baptême de mademoiselle de Bourbon^ rainée des filles de M. le Duc^ qui a bientôt treize ans. L'évèque de Poitiers en fit la cérémonie ; madame l'abbesse de Fontevrault étoit la marraine pour la reine d'Angleterre et moi le parrain pour le lx)i d'Angleterre. Elle a été nommée Marie*-ÉléoDore4irabrielle ; elle fut confirmée un quart d'heure après , et on y ajouta les noms de Louise-Françoise (1). — Monseigneur

(1) « ftL le marquis de Duseau ^ souvenieur de Touraioe» s'étaot trouvé è "roun dans le temps de la fête de 1' Assompfi<m , erut que^ représentant la per« fldnne du roi , qui est abbé de TégUse de Saint-Martia , il deroit se rendra dans oelte grande église aux vêpres et à la procession solenneUe qni s*y lait «■Buita ta«s les ans, en eiéoalion du vœu etde la déclaration du roi Louis XIO de triomphante mémoire, de 1638, par laquelle ce prince md; la persoane de

SEFTEMME ITM. 987

a âan&é tt&6 coUation fort magnifique i madame la Duchesse. -^ Los lettres de Brisoeh portent que la nuit du 3 nu b on a poussé les travaux sur les aûgles de là con* tMMrpeâes bastiëus de S&ibte-Groix et de RiêbelieU^ et âla gftUèh» M. de VaillaC) mAréèhal de MUip> fit attaquer le i^emiu ooUYert du bastion de Yermandoii^ par lesdeuk eoti^Agniee de grenadiers de Greder; les asëiÀ>g6ê s'enfuirent, l^ieÀrent leurs armes et leurs muni^ti<^« On compte que 1a plfeuse sera prise dans deux ou ftm jours.

y^r$dils àMù^ly. *^ Le roi travailla le matin avec le P» delà Chaise > et FaprèiHllnée S. M. alla oourre le eerf. Madame la duchesse de Bourgogne étoit avec lui ÛAni sa cfllèohe» Monseigneur et monseigneur le duc de Berry étoioità la chasse « «^ Il arriva un courrier de monseigneur le duc de Bourgogne^ qui miuode que, selon les ap

iMioiêyleiir état et leur ]peaple aoim la prateotiot partioalière de la sainte Vierge. M. le marquis de Dangeao, précédé du grand préydt et de la mare* dunaée, qni , dès la veille , étoient allés an devant de lui et de ses gardes , K rcnâH an fltmtire 8aitli*Mai11n» Il ëtbit accompagné de madame la duthesse deMoBtfort, sa tille, de M. le baron de Bretenil | introducteor des ambawaàam auprès de Sa Majesté , baron de Preuilli , et en cette qualité clianoîse hoDoraire et porte-étendard de Téglise de Saint-Martin, et d*nne grande quantité Aipersaflues de qualité. LorAtin'U Ait arrivé au cloître, M. lé doyen , aocdin« M>é des députés du chapitre, le salua de la part de ee corps. Il entendit ensuite lesYépres, qui furent chantées par lamusique. M. le baron de Preuilli, en qualité <le chanoine, y assista avec le surplis et Taumusse sur le bras géuche dans uife dto stalles dueflté dr#St du chû^nr vers le grand autel» an defléonsd» BMs-'loyen. Gé iMnm assista de même en rang de chanoine à la prooessi^n^ marchant entra MM. les digpiitaîres et MM. les prévôts de cette église. M. le marquis de Dangeau, précédé de ses gardes, marchoit après le clergé, accompagné d'un grand nombre ^ ptfsoÉtaes de qtMiité de tMt i^g et cotidition dé la tllK! et de la |}n>vllu^ <tsisnt venus avec une grande affluenoe de peuple pour voir obtta solennité, aïin <le joindre leurs vœux à ceux de cette célèbre église pour implorer la protection ^ la Vier^ pour la personne sacrée du roi et sur toute la famille royale.

« M: de Daikgeaii, après avoir s^oumé quelque temps à todrs et eii son cbA* tean de la BoiirdaiBière i entendit le 3 septlMibre une grande tragédia que las p^es jésuites firent représenter, et alla le lendemain à Fontevraultpour tenir sor les fonts de baptême madamoisetle de Bourbon au nom du roi de la Grande- :. n{9terewre de novembre , pages 167 à 17!!.)

288 JOURHIAI. Dl!: DANGEAU.

parences , les assiégés ne hasarderont pas de soutenir un assaut qu^on est en état de donner en peu de jours au bastion du Rhin^ que notre canon a tout éboulé ; ce prince croit que le 6 ils battront la chamade. — Il y a des lettres de Lisbonne^ du 1<^ août^ qui portent qu'on n'y voit aucune apparence de guerre y et que les Ânglois et Hollandois qui avoient mouillé à Cascaes pendant huit jours avoient remis à la voile ^ fort étonnés de n^entendre point parler de guerre à Lisbonne ni vu de disposition à aucun armement. — On écrit de Namur que la garnison de Limbourg fait des coursei^continuelles dans le pays de Juliers pour y établir les contributions. Reignac, qui commande dans la place^ a fait attaquer un convoi de munitions de guerre et de bouche qui remontoit la Meuse de Maastricht à Liège; l'escorte ayant été battue , on a enfoncé dans la rivière ou brûlé tous les bateaux ; Reignac a encore battu Fescorte d'un autre convoi qui alloit par terre^ et a fait brûler tous les chariots^ sur lesquels il y avoit beaucoup d'armes que M. de Zinzendorf envoyoit aux troupes' allemandes.

Samedis, à Marly. — Le roi travailla encore le matin avec le P. de la Chaise y et Taprès-dlnée il alla tirer. — On a des lettres de M de Vendôme de Resano ; en y arrivant il monta sur une montagne qui est au delà sur le chemin de Trente pour reconnoltre cette ville ; il parolt qu'il n'est pas impossible de faire un pont sur TAdige un miUe.au-dessus, et si nous passions cette rivière la ville ne pourroit pas tenir, n'étant entourée que d'une muraille sèche. On ne sait encore rien de certain de M. de Ravière ; mais la plus commune opinion* présentement est qu'il est retourné à Munich. — H. Rertier^ qui avoit une chcLrge dans le parlement de Toulouse ^ a eu la charge de premier président de Pau sans qu'il lui en ait rien coûté. Il est frère de M. l'évèque de Rlois. — M. de Dénonville le fils, aide de camp de monseigneur le duc de Rourgogne, apporta la nouvelle que Rrissach s'étoit rendu le jeudi 6, à

.SKPTKMBRK 1705. 28fi

denx heures après midi; les otages étoient donnés de part et d'autre quand il est parti. On n'en sait point d*autres particularités; ce siège ne nous coûte pas cinq cenfe hommes. — La nouvelle 'se confirme que M. le prince Louis de Bade , qui a été joint par une partie des troupes qui étoient au camp de Stolhofen , remontoit le Danube avec la moitié de son armée y et cherchoit à passer cette rivière auprès d'Ulm. La nouvelle de la prise de Brisach lui fera apparemment prendre d'autres mesures.

IHmanche 9, à Marly. — Le roi tint conseil le matin à .son ordinaire et travailla l'après-dinée avec M. de Chamillari, ensuite alla se promener dans ses jardins. — Le roîa donné à M. de Lusignan une pension de 1^000 écus; il est homme de mérite et de naissance , mais il est mal dans ses affaires. — On a eu nouvelle par Venise et par Vienne que le Grand Seigneur a été déposé ; qu'on a mis un de ses frères sur le trône ; que les janissaires^ qui veulent la guerre, ont fait étrangler le grand vizir et qu'on a mis en sa place un homme ambitieux et inquiet. Leviârqui a été étranglé paroissoit favorisé de l'empereur; on croyoit même qu'il avoit pension des Ànglois et des Hollandoîs. Les troubles de Hongrie augmentent considérablement. Le prince Ragotski a dix-huit, mille hommes^ qu'il a séparés en trois corps; on dit même qu'il s'est rendu maître d'Eperies. — M. de Vendôme se prépare à bombarder Trente , en cas que les magistrats ne veulent pas payer les contributions qu'il leur demande pour leur ville et leur territoire. — Il y a des nouvelles d'Édimboiu*g qui portent que quarante ou cinquante hommes masqués avoient proclamé dans les rues Jacques Vm pour roi d'Ecosse , et il paroit que les Anglois et les Ëcossois ne sont pas contents les uns des autres.

Lundi iOy à Marly. — Le roi ne tint point le conseil le matin , et se promena dans les jardins. L'après-dinée S. M. courut le cerf ; madame la duchesse de Bourgogne étoit dans son carrosse. Monseigneur se Ht saigner [nw

atO JOUKHAL DE DANGEAU.

précaution. — < Las intéressés A la cpBipagnie d^s IndaS; pour le compte de laquelle il est arrivé depuis peu dsiuc vaisseaux venant de la mer du Sud, qui ont apporté pour 600,000 écus de piastres et de lingots, vinrent saluer le roi et le remeircier de ce que S. M. prend cet argent au poids et leur donne 80^000 francs de gratifications. — U y a eu ici une dispute à régler entre M. le duc de Guiche et le comte de Verue, qui servent lous deux en Flandre dans l'armée du maréchal de Villeroy, sur la préférence du logement dans le quarti^ général. Le duc de Guiche prétend qu'elle lui appartient comme colonel général des dragons, et H. de Verue soutient qu'elle lui est due comme commissaire de la cavalerie qu'il commande, le colonel général et le mestre de camp général n'étant point dans cette armée. — On attend M. de Himeur^ que monseigneur le duc de Bourgogne a chargé d'apporter au roi le détail de la prise de Brisach et les articles de la capitulation; jamais garnison ue s'est si mal défendue.

Mardi 11, d( Marly. — Le roi tint conseil de finance à l'ordinaire ; il alla tirer Taprès-dinée. Avant que de sortir il vit un petit carrosse qu'on a apporté de Paris, que madame la duchesse de Bourgogne a fait faire pour envoyer au prince de Piémont, son frère, et qui estfort magnifique ; on ne sauroit rien voir de plus joU pour un jouet d'enfant. Madame la duchesse de Bourgogne alla à Saint-Germain voir le roi et la reine d'Angleterre. — On reçut hier au soir la nouvelle que M. l'électeur de Bavière avoit joint M. de ViUars; cela fit d'autant plus de plaisir que l'on n'étoit pas sans inquiétude pour notre armée, ayant eu avis que celle du prince de Bade étoit considév8l)lement grossie , tant par les troupes détachées des retranchements de Stolhofen que par quelques régiments de Brandeijourg et de Munster. — M. de Torcy fit voir au roi des lettres qu'il avoit reçues de divers endroits, qui toutes parloient des changements arrivés dans Tcmipire

ottoman avec les mêmes circonstances marquées dans les lettres qu'ont eues les particuliers. Ces nouvelles portent aussi que les mécontents de Hongrie auf^entent tous les jours et avancent dans le pays^ qu'on est dans une grande coDgieruation à Vienne^ que le roi des Romains avoit de violentes vapeurs et que même dans un de ses accès il avoit frappé le confesseur de Tempereur.

Mercredi IS , à Meurly. — Le roi tint conseil d'État Taprès-dlnée outre celui qu'il avoit tenu le matin. — M. de Himeur arriva sur les dix heures du soir et apporta la capitulation de Brisach ; la garnison en sortit le 8 par la brèche ; elle étoit encore composée de trois mille cinq cents honunes; ils comptent qu'ils en ont perdu six cents dorant le siège; outre cela^ il leur en a bien déserté deux cents, et qu'ainsi ils étoient quatre mille au commencementdu siège ; la garnison a été conduite à Rhinfels, une des villes forestières. — On reçut des lettres de M. de Vendème du â par l'ordinaire, et du 4 par un courrier. Tout étoit prêt pour bombarder Trente ; les habitants lui avoient demandé vingt-quatre heures pour avoir le loisir d'envoyer à leur évèque, qui s'est retiré à Brixen^ afin de tâtcher d'obtenir de lui la permission de contribuer comme H. de Vendàme le demandoit. M. de Vendôme avoit envoyé aussi aux Vénitiens, pour leur dire de désarmer les galiotes qu'Us avoient équipées sur le lac de Geo^de, sinon qu'il prendroit leur refus pour une infraction à la neutralité et pour une déclaration de guerre. M. de Vendôme reviendra incessamment en Lombardie.

Jeudi 13,^ Marly. — Le roi se promena tout le matin et toute l'après-dlnée dans les jardins. — Sur l'avis que monseigneur le duc de Bourgogne eut que le comte de ftrise, gouverneur de Landau, avoit assemblé un corps de troupes avec du canon et des bombes et qu'il étoit campé proche Haguenau, voulant construire un pont à Druzenem pour communiquer au camp de Bill et de Stolhofen, il détacha deux mille cinq cents chevaux et deux

292 JOURNAL DE DANGFAtT.

mille cinq cents hommes de pied^ commandés par quatre lieutenants généraux^ qui sont Laubanie , Clérembault, le marquis de Gramont etSaint-Mauris^ et ordonna qu'on tirât toujours du canon à Brisach, comme si le siège eût duré encore ; mais le comte de Frise^ averti de la marche de nos troupes, s^est retiré très^liligemment. — On mande de Toulon du k que la flotte angloise et hollandoise avoit mouillé le 17 à Gibraltar^ forte de cinquante vaissaux de guerre. M. le comte de Toulouse, qui leur seroit fort inférieur en nombre de vaisseaux, attendra à prendre ses mesures selon le parti auquel ils se détermineront. — Les ennemis en Flandre sont à Saint-Tron ; ils ont fait un gros détachement pour le siège de Limbourg ; on assure que milord Marlborough retourne en Angleterre et qu^il est fort mécontent des généraux hollandois.

Vendredi 14, à Marly. — Le roi travailla le matin avec le P. de la Chaise et puis se promena dans les jardins. On compte que monseigneur le duc de Bourgogne arrivera demain à Versailles. — On parle de quelque changement dans les charges de finances ; on sait que depuis que M. de ChamiUart est contrôleur général il a souvent consulté M. Desmarets sur les affaires; cependant il n^avoit pu jusquUci obtenir la permission du roi de lui faire la révérence ; on est persuadé que cela vsi changer de face.

— Les avis que Ton a de Londres par la Hollande portent qu'il y a des désordres en Ecosse ; on croit même que la reine sera obligée d'y envoyer des troupes. — On a arrêté au Pont Saint-Esprit quelques officiers hollandois qui alloient porter de Fargent aux fanatiques de Languedoc et les animer de belles espérances d'un prompt secours.

— J'appris que le roi avoit rendu à M. de Hazarin le gouvernement de Brisach, quoiqueH.de Mazarin ne paroisse plus en ce pays-ci; on met dans cette place pour commandant ReignaCy qui est présentement dans Limbourg, oà l'on ne compte pas qu'il se puisse défendre; on croit même qu'il est déjà pris. On donne la lieutenance de roi

SEPfEMBRE 1705. 293

de cette place à Raousset^ major du régiment de Navarre ; on travaille à en raccommoder les brèches. Monseigneur le duc de Bourgogne fit souper avec lui M. de Marsilly^ un des commandants des assiégés^ le jour qu'ils sortirent de la place ; il avoit demandé seulement rhoniieur de voir souper ce prince; il demeura à son coucher, et monseigneur le duc de Bourgogne lui fit donner le ix>ngeoir. On lui fit marquer ime maison pour coucher, et on lai donna le lendemain cinquante gendarmes pour Fescorter jusqu'à ce qu'il eût rejoint sa garnison.

Samedi i5, à Versailles. — Le roi revint ici sur les six heures et alla voir Madame en arrivant ; elle se porte l)eaucoup mieux^ mais elle ne pourra pas encore partir sitôt pour Fontainebleau. Monseigneur alla diner àMeudon; il ne viendra point ici avant que d'aller à Fontainebleau. — On creuse toujours à Meudon pour le prétendu trésor; l'invalide persiste; cependant on n'est pas persuadé qu'on y trouve rien. — On attendoit monseigneur le due de Bourgogne ici ce soir^ et même madame la duchesse de Bourgogne lui avoit fait préparer à souper ; mais on a reçu des lettres de ce prince, qui est bien aise de demeurer encore quelques jours à l'armée; ce changement faisoit faire ici bien des raisonnements^ et l'on s'imaginoit qu'on vouloit faire quelque entreprise nouvelle. Le roi a donné ordre au marquis de Dénonville, qui avoit apporté ici la nouvelle de la reddition de Brisach, de repartir promptement, et Ton est persuadé que le roi écrit par lui à ce prince de revenir incessamment; mais on ne peut que louer l'envie qu'il a de demeurer à la tète des troupes, dont il est adoré. — Toutes les nouvelles du Nord portent que la noblesse de la grande Pologne, mécontente d^ ce qui s'est fait à Lublin, se déclare pour le roi de Suède^ et que la ville de Thorn, qui est depuis longtemps investie par les troupes de ce roi, est prête à se rendre ; la paix s'éloigne fort en ce pays-là.

J'arrivai le soir de mon gouvernement, où j'étois de-

puis cinq Bemaines ; ce que j^ai écrit depuis ce temp&*là est pris sur des lettres sûres et vérifiées à mon retour.

Dimanche 16^ à Versailles. — Le roi tint conseil le matin; Monseigneur y vint de Meudon. L'après-dlnée S. M. travailla avec M. de Chamillart et puis alla tirer. Le roi après la messe fit chanter le Te Deum pour la prise de Bfisach. — Le roi a assuré byOOO francs de pension à madame d'Herleville en cas que son mari vienne à mourir avant elle ; il n'a de bien que les IS^OOO écus que le roi lui fait payer tous les ans pour les appointements qu'il avoit étant gouverneur de Pignerol. — Le roi d'Espagne a fait le marquis de Bedmar conseiller d'État et a envoyé Tordre de la Toison au marquis de Lède. — L'électeur de Bavière ^ après avoir muni Kuffstein-Seefeld et quel* ques autres petits postes dans le Tyrol^ revint le 21 du mois passé à Munich^ et ayant appris que le général Reventlo^ avec les troupes danoises qu'il commande^ s'étoit approché deScharding sur l'Inn, qu'il bombardoit^ envoya un détachement pour le combattre; mais au premier avis qu'il en eut il se retira avec précipitation; cet électeur a depuis joint le maréchal de Yillars^ et ils ont augmenté le camp volant que nous avions sur l'Iller. Nous y avons présentement douze mille hommes^ qui s'y retranchent. — Keignac^ qui commande dans Limbourg^ fit une sortie le 11^ défit la grande garde de cavalerie, dont il y eut plus de cent hommes tués et entre autres le comte de Lippe.

Lundi il, à Versailles, — Le roi prit médecine par précaution, comme il la prend tous les mois, et tint conseil l'après-dlnée. Madame la duchesse de Bourgogne alla sepromener à Pontaly ; la comtesse de Gramont, qui ne l'y attendoit point, ne laissa pas de lui donner une bonne collation. — Il arriva un courrier de M. de Vaudemont, qui est encore à San-Benedetto, où il attend M. de Vendôme avec impatience, pour s'en aDer aux eaux dès que ce général sera arrivé. Il mande par ce courrier que la désertion continue toujours dans l'armée ennemie et qu'il y a

SEPTEMBRE 1703. 39â

beaucoa{^ de division parmi les généraux. — Notre armée de Flandre est campée à Yeser ; le maréchal de Villeroy en détacha, le 13^ M. de Pracomtal avec dix-sept bataillons et quatorze escadrons. Il ira camper sous Namor et il observera le mouvement des troupes ennemies qui font le nége de limbourg. Quand cette place sera rendue, M. de Pracomtal marchera sur la Moselle ou plus avant en Allemagne, selon les mouvements des ennemis. Hilord Marlborough est allé au âiége de Llmbourg> dont il vent voir la fin avant que de retourner en Angleterre; on croit la place prise présentement, car il n'y a pour toutes fortifications 'que de méchants retranchements faits de Tannée passée. Il y a pour toute garnison deux bataillons des troupes d'Espagne.

Mardi 18, à Yermlleê. — Le roi alla l'après-dlnée à Marly et en revint à la nuit. Monseigneur partit de Meudon dans une nouvelle berline qu'il a fait faire; on n*y peut être que deux ; madame la princesse de Cônty y étoit avec lui. Us allèrent coucher à Fontainebleau, où le roi n'arrivera que vendredi. Monseigneur le duc de Berry partit aussi d'ici pour aller coucher à Fontainebleau etdina en chemin à Ablon, chez M. de Ganillao des mousquetaires, qui lui donna un magnifique dîner. — Il ar^ riva an courrier de M. de Vendôme parti du 1*; ce prince avoit achevé de bombarder Trente. Dandigny, lieutenant d'artillerie et qui la commandoit, y a été tué. M. de Vendôme devoit revenir le lendemain â Riva, où il s'embai*quera sur le lac de Garde pour retourner en Lombardie ; il kisae garnison dans Arco, Nago, Torbole et Riva; sept bataillons demeureront dans ces places-là et seront commandés par M. de Médavy. On a fait miner tous ces endroits-là^ qu'on fera sauter en cas que les ennemis s'en approchassent assez fort pour les attaquer. — Il y a des lettres d'Anvers qui portent qu'un vaisseau parti de Groenland le Î6 juillet avoit apporté la nouvelle que le 28 ils avoient rencontré cinq vaisseaux de guerre fran-

:i9G JOUKJNAL DE DAMGEAU.

cois qui avoient pris un vaisseau de guerre hoUandois et brûlé cinquante autres b&timents qui faisoient la pèche de la baleine .

Mercredi 19, à Sceaux. — Le roi tint conseil le matin, et Faprès-dinée conseil avant que de partir de Versailles, et puis vint ici. Il avoit dans son carrosse madame la duchesse de Bourgogne, mesdames du Lude, de Coeuvres, de Mailly et de Roucy ; il se promena dans les jardins jusqu'à la nuit et y trouva beaucoup d'embellissements nouveaux. 11 passa ensuite chez madame de Maintenon, qui avoit amené avec elle mesdames d'Heudicourt et de Dangeau , et dès qu'il y fut on illumina le parterre d'une infinité de lampions, et puis il y eut un feu d'artifice magnifique. II n'y avoit à Sceaux que le ser\dce , les dames du palais et quelques dames qui étoient avec madame du Maine. Madame est demeurée à Versailles^ d'où elle ne partira que les premiers jours de la semaine qui vient pour Fontainebleau. — M. de Chamillart mena Faprèsdinée M. Desmarets * dans le cabinet du roi à Versailles; il y avoit vingt ans qu'il n'avoit vu le roi; il n'entrera point dans le conseil de finance, comme on l'avoit dit il y a quelques jours; il n'aura point de charge, mais M. de Chamillart lui renverra beaucoup d'affaires qu'il s'étoit réservées et qui ne passeront point par les directeurs ni par les intendants des finances. Ce changementlà soulagera fort M. de Chamillart et donnera une grande considération à M. Desmarets.

* M. Colbert, encore in minorions^ maria sa sœur à un trésorier de France, de Soissons, nommé Desmarets , dont le père, bon laboureur, s'étoit enrichi aux fermes des abbayes de ce pays-là. Celui-ci n'avoit labouré que fort jeune , avoit succédé à son père.aux fermes de ces mêmes biens, avoit continué à s'enrichir et s'étoit enfin fait trésorier de France. De ce mariage vinrent plusieurs enfants, dont l'aîné, fort bien tait et Tair fort posé, avoit de Tesprit , et un esprit tourné à l'application. M. Colbert le prit dans ses bureaux de finances, où il devint un très-bon travailleur, et a la fin son oncle le fit maître des requêtes et intendant deç finances, avec quoi il épousa une fille deBéchameil, dont

SËFIEMBRË 1705. *J97

on a parié page 184. M. Golbert, mécontent] des débauches et de lloapplicatioii de M. de Seignelay, lui donnoit sans cesse Desmarets pour exemple , et par là lui en acquit la haine. Geneveu s'enrichit fort dans son emploi , acheta Maillebois et d'autres terres , et transporta le bourg de Mailleboîs pour faire du lieu où il étoit un beau vertugadin et d'autres embeUissem^its à son parc. L'afûôre des pièces de quatre sous qu'on fiabriqua, et où il fut accusé d'avoir gagné beaucoup, fit du bruit M.deSeignelay persuada la friponnerie à son père, qui, transporté de colère de ce que Desmarets ne l'avoit pas satisfait sur Tédairossement qu'il en voulut prendre avec lui , en parla au roi, et en mourant fort promptement après se crut obligé de mander au roi d'dter Desmarets des finances comme un homme à la fidélité duquel on ne pouvoit se fier. M. de Louvois fit donner les finances à Pelletier, sa créature, qui ne ménagea pas le neveu de son prédécesseur, d'autant plus que H. de Seignelay ne le protégea que contre la recherche et ses suites. Desmarets eut donc ordre de vendre ses charges d'intendant des finances et de maître des requêtes et de se retirer à Maillebois, et Mftàet hn dit en pleine audience qu'il étoit un fripon avéré, et que le roi luiaroit commandé de le lui dire. Il fut plusieurs années à Maillebois saus avoir pennission d'en sortir. Il eut après celle de faire de loin à lofQdes tours à Paris de huit ou dix jours. Ces permissions se multiplierait et s'allongèrent, en sorte que les sept ou huit dernières années ilpassoit trois et quatre mois d'hiver à Paris, et à la fin l'hiver entier ; mais toujours Tété à Maillebois. MM. deChevreuse et de Beauvflliers, MB cousins germains par leurs fenunes , intimement liés avec toute la ÊDDille de Colbert, leur beau-père, étoientaussi fort amis de Chamillart. lis profitèrent de l'embarras où étoient les finances dans cette guerre contre toute l'Europe et de celui de ce mim'stre des finances et de la guenre accablé de travail pour lui persuader de s'aider de Desmarets, qui avoit toute la gestion de M. Colbert présente et qui avoit acquis OBe grande capacité sous lui. Après l'y avoir accoutumé, ils le firent retenir par lui l'été après les hivers, et le conduisirent à user de son crédit pour que le roi trouvât bon qu'il fit publiquement ce qu'il n'avoit encore c^ faire qu'en cachette. 11 fut rudement rebuté les premières fois , le roi ayant toujours dans l'esprit que c'étoit un voleur, avoué tel par son propre onde , et qui, remis aux finances > ne se corrigvoft pas d'un si utile dé&ut ; pressé enfin par Chamillart, pour qui il avoit un grand foible et qui franchement lui disoit qu'il ne pouvoit suffis, il consentit à ce qu'il voulut, pourvu qu'il ne parût pas que ce fût de son aveu , et de là vint enfin à le permettre ; mais quand U fut qiwstion d'obtenir que Desmarets lui fût présenté, qui étoit une suite Daturdtede la pennission qui lui avoit été arrachée. Il fut longtemps à «y résoudre, et quand il y eut consenti il le reçut fort froidement,

298 JOURNAL DE DANGËAU.

contre sa coutume pour les gens qui rentroient en quelques fonctioitt. Il avolt été vingt ans sans le voir; on yenra bientôt qu'avec lui il s'y avoit que la première pinte de chère , et dans la suite rénorme et rapide fortune du fils sans avoir TesprH de son père (1 ).

Jeudi 20^ à Villeroy, — Le roi se promena toat le matin à Sceaux; madame la duchesse de Bourgogne, madame de Haintenon et beaucoup de dames étoient à sa promenade ; on dina à midi et puis on partit pour venir ici. — On compte que M. de Dénonville sera arrivé à Brisach mardi et que monseigneur le duc de Bourgogne en sera parti mercredi pour arriver à Fontainebleau samedi ou dimanche. — Il y a des lettres de Suisse qui portent quels prince Louis de Bade s^est rendu maître d'Âugsbourg, que le commandant et les magistrats lui en ont ouvert les portes quoiqu'ils se] fussent engagés à y demeurer dans la neutralité. — M. le comte de Toulouse écrit de Toulon du 13 que les derniers avis portoient que la flotte ennemie étoit au cap de Gatte, et louvoyoit rasant les c6tes, ayant le vent contraire. M. le comte de Toulouse a fait faire beaucoup de batteries à terre pour les empêcher d'approcher de la rade de Toulon et leur ôter Tenvie qu'ils auroient peut-être de bombarder la ville ou les vaisseaux que nous avons dans le port ; on ne croit pourtant pas que ce soit là leur dessein, qui seroit trètr difficile et très-dangereux à exécuter.

Vendredi 21, à Fontainebleau. — Le roi se promena fort, hier au soir, dans les jardins de Villeroy, et ce matin, avant que tl'en partir, il a travaillé avec les gens du maréchal, et il lui donne des desseins pour les embelliâsements de sa maison (2). Le roi s'y plaît, et se souvient avec plai-

(i) Voir raddition du 13 avri 1700, tome VU, page Q92.

(2) « Le vendredi 21 le roi ne sortit point le matin; il resta dans sa chambre. Aprèâ la messe il écrivit, et fit appeler MM. Barcaut et Desgots, et leur donna ses avis sur les embellissements qui restent à faire dans les jardins de Villeroy. u ( Mercure de septembre, page 292. }

nr d'y avoirétë souvent dans sa grande jeunesse. Le maréchal avoit envoyé de rarmée Barcaut , son intendant, pour que rien ne manquât dans sa maison , et il a fait nourrir les gardes du corps , les Cenirâuisses et les gardes tiançoises et suisses. Le roi partit de Villeroy après son dîner et arriva ici à cinq heures* Monseigneur courut le cerf avec les chiens de M. le duc du Maine ^ et fat longtemps dans le cabinet du roi après que S. M. fut arrivée. — Les lettres du maréchal de Villeroy du 27 nous apprennent qu'il est toujours au camp de Veser et les ennemis vers SainIrTroU. On n'a point de nouvelles en^ coreque Limbourg soit rendu. — M. de Vendôme s'embarqua à Riva le 14 ; une partie de son infanterie s'embarqua aussi, et le reste avec la cavalerie remarche par où M. de Médavy avoit marché. On croit que ses troupes iront vers Crétnone et peut-être remonteront le Pô, pour se rapprocher des États de M. de Savoie, dont la conduite est suspecte malgré les assurances nouvelles qu'il a donniteauroi.

Samedi ââ, à PontaifMbleau. — Le roi courut le cerf Faprès-dinée ; madame la duchesse de Bourgogne étoit avec lui dans sa calèche; Monseigneur et monseigneur ie duc de Berry étoient avec lui à la chasse. Un peu devant qu'il partit pour y aller il| arriva 'un courrier de monseigneur le duc de Bourgogne, qui a laissé ce prince à Besançon. S. M. croyoit qu'il n'arriverolt que demain matin, mais il a fait tant de diligence qu'il est arrivé ce soir & six heures; il a été reçu ici comme il le mérite. Madame la duchesse de Bourgogne devoit aller le soir à la comédie avec Monseigneur, mais elle n'alla qu'à la tribune un moment et revint tenir compagnie à monseigneur le duc de Bourgogne dès qu'il eut soupe. Ce prince quitta son armée mardi, qui alloit camper à Endinghen dans la plaine de Veil, et vint ce jour-là coucher à Brisach; le lendemain merci*edi il vint sur ses chevaux et avec Tescorte coucher à Béibrt ; il y prit la poste et

aoo JOURNAL DE DANGEAU.

coucha le jeudi à Besançon^ le vendredi à Montbar^ cToù il est parti ce matin; il y a quarante lieues d'ici. En partant de Farmée il a donné de Targent à beaucoup d'officiers , et durant le siège il en envoyoit à tous ceux qui étoient blessés ou à qui il étoit arrivé quelque malheur dans leur équipage.

Dimanche 23 , à FontainAUau. — Le roi tint conseil le matin ; tous les ministres sont arrivés. L'après-dinée il alla tirer dans ses parquets. Monseigneur donna à dîner à madame la duchesse de Bourgogne , madame la Duchesse^ madame la princesse de Gonty et plusieurs dames; ensuite on joua dans son grand cabinet. Toutes les dames, tant celles qui y avoient diné que les autres, eurent permission d'y venir en robe de chambre, quoique madame la duchesse de Bourgogne y fÙt. — Sainte-Marthe, courrier du cabinet, revint de notre armée d'Italie. M. de Vendôme étoit à San-Benedetto, et M. de Vaudemont en étoit parti pour aller prendre les eaux; ce courrier en passant à Turin y a été retardé quelques heures par M. Phélypeaux, notre ambassadeur, qui l'a chargé d'une dépèche pressée pour M . de Torcy ; il alloit faire partir un courrier quand Sainte-Marthe y arriva. — Les nouvelles que l'on a de Languedoc ne sont point bonnes ; les fanatiques y font encore beaucoup de désordres et y sont plus cruels que jamais. — On a des lettres de M. le comte de Toulouse du 15; il ne mettra point à la mer que les ennemis ne soient sortis de la Méditerranée , à moins qu'ils ne se séparent. Ils sont de double plus forts que lui, et il y a un mois qu'on croyoit qu'ils n'auroient guère plus de vaisseaux que nous.

Lundi 2i', à Fontainebleau. — Le roi tint conseil le matin à son ordinaire. Monseigneur le duc de Bourgogne y alla dès hier; il ne manque jamais d'y aller et songe fort à se rendre capable d'affaires de guerre et de paix. L'après-dinée S. M. alla courre le cerf ; madame la duchesse de Bourgogne étoit dans sa calèche. Monseigneur

et messe^neurs^es enfants étoient à la chasse, qui mena le roi fort loin ; il ne revint qu'à rentrée de la nuit. Monseigneur alla à la comédie. Madame la duchesse de Bourgogne ne put pas être halûllée assez tôt pour y aller avec lui, mais elle en vit une partie dans la tribune (1). Madame, qui arriva de Paris, suivit Monseigneur à la comédie. Monseigneur le duc de Bourgogne n'y fut point , et il paroit qu'il veut renoncer aux spectacles. — Le roi consentit qu'on échangeât les deux bataillons qu'on nous a pris dans Huy contre les deux que le maréchal de Villeroy prit au commencement de la campagne dans Tongres. — On a des lettres de Reignac du 18; il y avoit neuf jours que les ennemis étoient devant Limbourg, mais leur canon n'étoit point encore arrivé. Le roi lui a donné ordre, il y a déjà longtemps, de se rendre quand il voudroit , et de ne point mettre sa garnison en danger d'être pris prisonniers de guerre ; ainsi on croit qu'il se Fendra dès qu'il verra le canon des ennemis.

Mardi 25, à Fontainebleau. — Le roi alla tirer l'aprèsdinée; Monseigneur alla courre le loup ; monseigneur le doc de Berry étoit avec lui. Monseigneur le duc de Bourgogne alla tirer d'un autre côté que le roi. Madame la duchesse de Bourgogne alla diner chez la duchesse du Lude , qui donnoit à dîner à madame la Duchesse ; on y joua toute Faprès-dlnée. — Il y a des lettres du maréchal de Villeroy du 22 ; il est encore au camp de Veser ; on lui a envoyé la destination des officiers généraux qui doivent demeurer cet hiver à servir en Flandre. Gacé commandera à Anvers, le marquis d'Alègre à Bruxelles, îimenès à Namur et le comte de la Motte à Bruges. Je ne sais pas encore le détail des maréchaux de camp et des brigadiers qui serviront sous eux. — On a des lettres

(1) « Les comédiens npréaentèraBt la tragédie de la Thébmdê ^ premier ouvrage iki feu M. de Radiiey et la petite comédie de PÉté de$ Coquettes. » ( iffrntre de steplerobre, page 297. )

de M. le oomtade Toulouse du i%, A bmiddu Rnêdrof/mii^ à la rade de Toulon. Il eroit que la flotte ennemie est aux côtes de Barbarie^ oà ils chargent du blé pour le Portugal. Les ennemis font encore courre le bruit que cette flotte demeurera tout cet hiver dans la Méditerannée et qu^il y a des ports où ils seront reçus ; mais nous n'en voulons rien croire. — M. de Montrevel a &it arrêter en Langue* doc le marquis de Rochegude^ qui est un homme riche de 10 ou lâ^OOO livres de rente , accusé par un officier que les HoUandoisenvoyoient aux fanatiques et quia été arrêté au Pont Saint-Esprit; cet officier, que Ton n'a point fait pendre parce qu'il a promis de découvrir beaucoup de choses, a dit que ses camarades et lui avoient ordre de s'adresser au marquis de Rochegude quand ils auroient besoin d'argent, de vivres ou d'armes.

Mercredi 36 , à Fontainebleau. — Le roi alla encore tirer TaprèsHllnée et est fort content de la quantité de gibier qu'il trouve ici. Monseigneur donna A dîner à ma^ dame la Duchesse, et madame la duchesse de Bourgogne y alla comme cela s'étoit fait hier chez madame la duchesse du Lude y et la raison d'en user aiusi c'est afin que madame la Duchesse et les dames qui sont avec elle puissent demeurer en robe de chambre comme ayant été surprises par madame la duchesse de Bourgogne. Monseigneur le duc de Bourgogne courut le cerf avec M. le duc d'Orléans. On joua chez Monseigneur jusqu'à la comédie ; monseigneur le duc de Bourgogne n'y vint point encore, ce qui fait croire de plus en plus qu'il y a renoncé (1). — Il arriva deux courriers de Turin, l'un de notre ambassadeur au roi, et l'autre de M. de Savoie à son ambassadeur. S. A. R. fait toujours de grandes protestations de fidélité à S. M. et nie d'être entré dans au-*

(1) n Les eomédieos représeiitèraiit le soir le Tartuffe de M. de Molière. » l Mercure de septembre, page 199.) Encore le Tarit^ff^ l — Voir <u 27 septembre 1700, tome VU, page 382, et au 16 octobre 1 702, tMiielX, page 13.

un engagement avec uos ennemis ; ce qu'il y a de sûr ''est que le ministre d'Angleterre nommé pour envoyé âk. Turin est encore à la Haye et il paroit qu'il ne songe ^13as à passer sitôt en Piémont. — M. l'électeur de Bran» «îlebourg a établi ses prétentions sur Neufchàtel, comme Ibéritier du feu roi Guillaume ; il a pour cela des envoyés Berne ; il déclare qu'il n'y prétend rien durant la vie madame de Nemours; mais après la mort de cette jprinGesse il soutient que cette souveraineté lui doit M*e venir. Tous les cantons protestants lui sont fort fayo- :x:-ables^ surtout celui de Berne^ qui est le plus puissant e tous.

JtwU 27y à Fontainebleau. — Le roi courut le cerf Tarè&-dinée; madame la duchesse de Bourgogne étoit dans calèche. Monseigneur et messeigneurs ses enfants étoient la chasse. Monseigneur joua le soir au brelan chez me la princesse dQ Conty et veut rétablir ce jeu-là liez elle les soirs. — Madame a eu des nouvelles par ame de Lorraine qu'il y a eu un combat entre les ^^x)upes de M. de Bavière et celles du prince Louis , dans -^^^^quel tout l'avantage a été du cùté de cet électeur. Plu- 2«urs marchands à Paris ont eu ces mêmes avis parleurs •rrespondants en Suisse, et M. de Chamillart a reçu une ttre de ce pays-là qui confirme ce bruit et qui ajoute ^me que depuis ce combat les magistrats d'Augsbourg fait sortir de leur ville deux mille hommes des trous des Cercles que le prince de Bade y avoit fait entrer^ n'ayant pas voulu y recevoir des troupes de l'emiur ; tout cela a besoin de confirmation. — Tout ce *on avoit dit de la déposition du Grand Seigneur et changements arrivés à la cour ottomane ne s'est trouvé véritable, quoiqu'on en eût eu les avis par des endroits différents. — Notre ambassadeur en ^^i^t;ngal arriva à Lisbonne le 5; on a de ses lettres du 15. H a, déjà eu audience du roi de Portugal ; on y a fait la i^viie de toutes les troupes qui sont en ce pays-là, qui

304 JOITRNAÎ. DE DANGEAIT.

montent à quinze ou seize mille hommes^ mal vêtus, mal armés et mal disciplinés.

Vendredi 28, à Fontainebleau. — Le roi alla tirer. Monseigneur courut le loup. — On eut des nouvelles d'an grand soulèvement en Transylvanie ; la noblesse^ qui est nombreuse en ce pays-là, s'est assemblée àPlausembourg et veut élire pour prince Ragotski, dont le grand-père et le bisaïeul ont été leurs vaïvodes; toute cette noblesse est calviniste ; presque toutes les villes sont luthériennes et les paysans sont presque tous sociniens. — On a encore des lettres de Suisse qui portent que M. de Bavière a défait les troupes de l'empereur. — Le roi de Suède est arrivé devant Thom . Le général Steimboch lui a amenéun grand renfort; il a dû ouvrir la tranchée le 5 de ce mois, et il comptoit que la place ne tiendroit que trois on quatre jours ; il y a quatre mille Saxons dedans , qu'il veut prendre prisonniers de guerre. Tous les palatinats de la grande Pologne approuvent la confédération et persistent dans la protestation qu'ils ont faite contre les résolutions prises à l'assemblée de Lublin. — Nos lignes au pays de Waes sont beaucoup plus fortes qu'elles n'étoient avant que les ennemis les eussent occupées, par les inondations que nous avons faites à la tète en coupant beaucoup de digues.

Samedi 29, à Fontainebleau. — Le roi s'alla promener l'aprè&<llnée àl'entour du canal dans un grand carrosse; madame la duchesse de Bourgogne y étoit avec lui. Monseigneur vouloit encore courre le loup, mais il n'y en avoit point de détourné. Hesseigneurs les ducs de Bourgogneet deBerry allèrent tirer. Le soir il y eut comédie; monseigneur le duc de Bourgogne n'y fut points et son parti est tout à fait pris de n'y aller plus du tout (1). — Il est

(1) il Le soir les comédiens représentèrent la comédie de Don Sanche d'Aragon de M. de Corneille , qui fut suivie de celle <le Crùipin m^ecin. • ( Mercure de septembre , |iaiee 306. )

S£P1£MBR£ 1705. 306

rrivé ce matin un courrier de M. d'Usson, parti du 29 ,

ui apporte la nouveUe d'une bataille gagnée contre le

omte de Stirum^ feld-maréchal de l'empereur^ qui avoit

vec lui soixante-quatre escadrons et quatorze mille

ommes de pied. M. d'Usson, qui commandoit un corps

s^t^paré^ composé de vingt-huit escadrons et seize batail-

ns^ eut ordre de M. de Bavière^ le 19 au soir^ de sortir

e ses retranchements la nuit y pour être en état ^ à la

du jour^ d'attaquer Farmée du comte de Stirum ;

1 exécuta son ordre sitôt que Cheyladet^ qu'il avoit déta-

avecune partie de ses troupes, l'eut joint. M. l'électeur

«5ievoit faire tirer trois coups de canon sitôt qu'il seroitar-

i vé, et M. d'Usson de voit y répondre par trois autres coups,

in de commencer l'attaque en même temps ; mais Tarmée

eM. l'électeur et de M. de Villars ne put pas arriver sitôt

ti'on l'avoit pensé [pour soutenir] H. d'Usson, qui s'étoit

^jL^jà. approché des ennemis^ qui le crurent seul et qui

ayant aucune nouvelle de M. de Bavière marchèrent à

comme à une victoire sûre ; ils poussèrent la brigade

)> cavalerie de Vivans jusque dans le village [ d'Under-

au]. Elle fut soutenue par la brigade d'infanterie de

urbonnois^ conmiandée par Perry; ces deux brigades

fi>r<^nt des merveilles et souffrirent beaucoup^ surtout

e^Ue de cavalerie. M. d'Usson, qui avoit laissé quelques

tir^oupes dans ses retranchements, voyant qu'une partie

d^tfs ennemis marchoit de ce côté-là , y marcha aussi et y

ar^riva assez à temps pour leur en disputer l'entrée;

apj^^ès qu'il les eut repoussés, il entendit que le feu aug-

ittentoit considérablement du côté d'Hochstett ; se doutant

^^^Tx <jue c'étoit H. l'électeur, il y remarcha diligemment ;

*«s tijanemis s'étoient déjà retirés du côté des retranche-

ûi^Hts par où ils l'attaquoient. Il arriva assez à temps îV

^ '^'Xllage pour joindre la fête des troupes de M. de Ba-

vi^ire • les ennemis se retirèrent fort précipitamment;

de Bavière les poursuivit durant deux lieues, et

^^otxr^ infanterie pénétra dans un bois où ils s'éioîent

906 JOURIVAL DE DAIIGBAU.

retirés, su r le chemin de Nordlitigen , où l'on en fit on grand carnage. Onléur apris plnsdeqnatremillehommes. Oaand le courrier est parti on avoit déjà irente4rois pièces de canon, beaucoup de drapeaux, d'étendards eft de timballes ; leurs pontons, leurs bateaux et tous leurs équipagesen général sont pris aussi . 11 est resté pins de quatre mille morts sur la place, et on en trouve à toute heure. La victoire est complète; nous n'avons pas perdu mille hommes i cette affaire, et nous n'avons d'officiels considérables blessés que M. Lée et le frère de Cheyladet. M. de Torcy apporta au roi , sur les onKe heures, une lettre de M. Félecteur de Bavière que 8, M. eut la bonté de nous lire, et cette lettre nous confirme la défaite entière des ennemis, et est écrite à merveille ; elle est fort respectueuse et fort noble en même temps. Cet électeur, dans ses lettres au roi, met au haut : « Sire, » laisse un grand espace, et la souscription est : « Votre très-humble et vrai serviteur et cousin. » On fait imprimer la relation qu'a envoyée M. d'Usson, dont ce que j'ai écrit icin'est qu'un extrait (1). M. de Monasterol, que M. l'électeur de Bavière envoie ici , et le chevalier de Tressemanes, qui vient de la part de M. de Villars et que ce courrier ici a laissé sur les teires des Suisses sans se faire connoltre à eux, doivent arriver demain.

Dimanahe 30, à Fontainebleau, — Le roi, après le conseil, fit prêter à M. deMesmes le serrflent de la charge de prévôt de Tordre du Saint-Esprit, sur la démission de M. d'Avaux, son oncle ; il n'a pourtant pas encore fait ses preuves, à quoi cette charge l'engage. — Le roi donna à la Vienne*, premier valet de chambre qui sort de quartier, la siu*vivance de sa charge pour son fils, qui n'a pas quinze ans. — 11 arriva hier un coumer du maréchal de

(1) La lettre du marquis d'Usson se trouve en effet danA la Gazette de 1703, page 48f .

Tillçpoy, qui avoit déjà reçu la nouvelle de la l)ataille

gagnée en Allemagne ; il étoit encore au camp de Weser,

^t avoit fait deux fourrages dans les derrières de l'armée

des ennemis^ qui croyoient qu'il les venoit attaquer. On

xi'a point encore de nouvelle que Limbourg soit rendu,

^ on prétend que milord Marlborough a des raisons

jDarticulières pour ne point presser ce siège. — Le roi a été

*irer cette aprës-dlnée. Monseigneur, messeigneurs ses

enfants, madame la duchesse de Bourgogne, madame la

S)achesse, madame la princesse de Conty et plusieurs

^3aine6 dînèrent chez la duchesse du Lude. — M. de

onasterol arriva chez M. de Torcy et H. le chevalier de

ressemanes chez H. de Chamillart; mais ils arrivèrent

i tard tous deux que le roi remit au lendemain pour les

ntretenir. M. de Chamillart manda au roi seulement

ue le chevalier de Tressemanes assuroit que la défaite

es ennemis avoit été du moins aussi grande que Tavoit ^Koiandé M. d'Usson, et M. de Torcy entra dans le cabinet ^:3u roi un peu avant son coucher, et lui dit que M. de Mo- :KrLasterol croyoit que nous n'avions pas perdu quatre cents oiumes à cette affaire, et que M. l'électeur passeroit le anube le 23 pour chercher à attaquer le prince de e, qui a passé le Lech et est entré en Bavière.

* LiB Vienoeétoitiin barbier de Paris, qui defint bientôt petit baigneur t que le hasard de quelque pratique déjeunes gens du bel air de la cour à la mode. Le roi, qui dans sa jeunesse vivoit fort avec eux par le ommerce de la galanterie , sut que la Vienne avoit des secrets pour la vigueur, et comme elle Itd manquoit souvent, il voulut en yer^ et s'en trouva si bien que cela lui fit sa fortune ; il devint prevalet de chambre, et avee lui c^étoit être tout. Son aneien métier ^avoit fait connoître à tous ces jeunes seigueurs, dont plusieurs étoient rvenus aux grandes charges, et l'avoit après lié avec eux de façon Tétant grossier, bmtal, et parfaitement avec le roi en passe de leur e utile il vivoit d'égal avec les plus grands et les plus vieux seieurs d'une manière si ridiculement familière qu'on en mouroit de re , et d'autant plus que ce n'étoit point gloire, car il leur parloit souvent des vieilles aventures, et par conséquent de ce qu'il avoit été. 'étoit un homme à qui il ne Êdloit pas marcher sur le pied, mais qui

S08 JOURNAL DE DANGËAU.

d'ailleurs étoit bon homme, et aimoit à faire plaisir, et «i avoit fait beaucoup et de grands. Il avoit une femme d'une vertu et d'un diérite rare, et qui se tenoit renfermée dans son état autant que son mari en paroissolt sorti. Son fils, dont il est parlé id , devint un garçon démérite, et qui par la suite des temps se fit estimer, et puis compter sous le roi d'aiyourd'hui.

' Lundi !•' octobre , à Fontainebleau. — Le roi courut le cerf après diner. Madame la duchesse de Bourgogne étoit dans sa calèche ; Monseigneur et messeigneurs ses enfants étoient à la chasse ; Madame y étoit dans une petite calèche. Au retour de la chasse il y eut comédie (1) . Monseigneur le duc de Bourgogne donna & souper à madame la duchesse de Bourgogne y qui demeura avec lui durant la comédie , où il n^y eut que Monseigneur et Madame. — Honasterol et le chevalier de Tressemanes saluèrent le roi à son lever ; le roi remit à les entretenir .au retour delà chasse. Ils ne conviennent pas de la relation qu'a envoyée M. d'Usson ; ils content Taffaire avec quelques petites circonstances différentes ; mais quant à ce qui regarde la défaite entière et la perte qu'ont faite les ennemis^ ils sont entièrement d'accord et même ils la croient encore plus grande. L'armée du comte de Stirum se doit regarder comme une armée perdue, et ce qui n'a point été pris ou tué ne se rassemblera pas de Tannée. M. l'électeur devoit repasser le Danube le 22 pour marcher droit à M. le prince de Bade, qui est sous Augsbourg et qui n'a que vingt mille hommes au plus. Le prince Charles, fils de M. le Grand , fut blessé le jour de devant la bataille, et eut deux coups, dont l'un lui perce le bras et l'autre ne fait que lui effleurer le coude ; il n'en sera point estropié, et on le loue fort. Nous n'avons perdu aucun officier considérable et nous n'avons pas eu cinquante hommes tués dans cette affaire. La victoire est

(0 « La 8oir les comédiens représentèrent la comédie de la Mère coquette de M. Quloaut. >» {Mercure de novembre , page 184. )

complète; nous avons tout le canon y tout le bagage^ les pontons dont ils dévoient se servir pour construire un pont sur le Danube ; nous avons plus de quatre mille prisonniers, dont le plus considérable est un colonel de dragons des troupes de Brandebourg.

Mcirdi % à Fontainebleau. — Le roi alla tirer Taprèsdlnée. — On eut nouvelle de Vienne que Tempereur, le 12 de ce mois , y avoit fait proclamer Tarchiduc roi d'Espagne, et qu'on croyoit même qu'il le feroit partir incessamment. On parle qu'il va faire un pèlerinage à Notre-Dame de Gratz, et cela fait soupçonner qu'on pour- Toit songer à l'envoyer àTrieste pourTy faire embarquer sur la flotte ennemie qui est dans la Méditerranée et qui a dessein, à ce qu'ils prétendent, d'entrer dans le golfe ; ce projet-là ne lusseroit pas d'avoir de grandes difficultés^ et les dernières nouvelles que nous avons eues de cette flotte, c'est qu'elle était encore aux Fromentières , entre le détroit et les Baléares. — On eut nouvelle que milord Marlborough avoit enfin fait tirer le canon sur Limbourg le 26. Reignac, qui avoit ordre de se rendre, demanda à capituler; on ne lui voulut point donner d'autre capitulation que de le prendre prisonnier de guerre; il répondit que, puisque cela étoit, on n'avoit qu'à l'attaquer. On ouvrit la tranchée ce jour-là, et le canon eut bientôt fait brèche qui obligea le 29 Reignac à accepter la capitulation.— Le maréchal de Villeroy est campé à Roten^ et son année est dans l'abondance. M. de Pracomtal, avec son détachement, marche dans le pays de Luxembourg , et Ton croit que les ennemis veulent envoyer un détachement sur la Moselle du côté de Traerbach.

Mercredi 3, à Fontainebleau. — Le roi ne sortit point de tout le jour ; il vint dîner dans l'appartement de la duchesse de Guiche et dans le nôtre , et les trouvant plus commodes que ceux qu'il avoit destinés au roi et à la reine d'Angleterre, il changea les dispositions qu'il avoit faites, mit LL. MM. BB. dans nos appartements , et nous

310 JOUB^AIf D£ DA^G£AU.

donna ceux qui étoient préparés pour elles; tout le déménagement fut fait avant qu'elles arrivassent. Le roi les alla recevoir sur le perron de la cour en ovale ^ les alla conduire chez eux; ils soupèrent en public avec le roi et toutes les princesses. ^^ Ou ra^t des lettres de M. de Vendôme^ qui étoit encore àSao-Benedetto; le bruit de son armée est qu'il va maiicber en remontant le PA; on croit même qu'il approchera fort près des États de m. de Savoie^ à moins que ce prince ne doiine de bonnes sûretés qui nous puissent mettre l'esprit en repos. — On a des lettres de Madrid^ qui portent que le oardioal Porto-Carrero * i\e veut plus se mé^er des affaires da royaume et qu'il n'entre plus dans le conseil, -*- M . de Mona^rol demeurera cet hiver ici en qualité d'envoyé de M. de Bavière, comme il Tétoit avant la campagne. — Il y a à Paris des lettres venues à nos banquiers par leurs corre^ondants en Allemagne, qui parlent d'uB grand combat que nous avons gagné contre le prince de Bade ; mais on ne croit point ici cette nouvelle.

* TiC cardinal Porto-Carrero recevoit joumellemenC tous les d^dts possibles dans les affaires et tout oe qui tenoit à lui; le cardinal d'Entrées de même. La princesse des Ursins, sûre du roi et de la reine, se jouoit d'pux ; die avoit persuadé à madame de Maintenon que 4^ VersaUles elle goiivemoit l'Espagne par elle, au lieu (jue ces messieurs vouloient être indépendants ; et ce point gagné y elle ne les ménagea plus. Le cardinal d'Estrées , dont la fortune étoit au comble et ses neveux ducs et grands d'Espagne, n'allolt plus que par bonds et par sauts de colère et d'impatiencB , et aa Youioit qu^ revenir et laisser l'abbé d'Estrées devenir là ce qu'il pourroit. l,e cardinal Porto-Carrer», accoutumé à être maître, ne pouvoit plus souffrir tout ce qu'il lui arrivoit; sa douceur, sa patience, son génie médiocre étoient à bout. Pour se défaire d'eux, madame des Ursins imagina de ne faire plus tenir le conseil qu'à dix et onze heures du sok pour fatiguer ces vieitta^ par la veille et l'indéceace, ^, après 4 voir va^iemeni repréo^tt^ l'unetrautin, eurent plus court de cesser d'y venir. C'est ce qui fit <|uitter tout à fait la partie aii cardinal Porto-Carrero, et fit presser au cardinal d'Estrées son retour.

Jewii hy à FonUùtiebleau, — Le roi n'alla à la messe

OCTOBRE t705. 311

qu'à midi ei demi , après le conseil ; il alla preadre la reine d'Angleterre cbez elle. Son appartement nouveau est de plain pied à celui du roi, et la galerie de Diane lui sert de salle des gardes; ils passèrent pour aller à la messe par le cabinet de Clorinde , traversèrent T^parteluent où s'habille monseigneur k due de Bourgogne ^ rapfiftrteinent de madame la dudiesse de Bourgogne et oelui du rot. Ils entendirent la messe de la tribune ; la reiae se mit dans la loge à droite, ks deux rois au mitieu ds la tribune, madame la duobesse de Bourgogne à la droite du roi d'Angleterre , et Madame à la gauche du ra. Au retour de la messe, ib reprirent le même chei^in. Le roi conduisit LL. MM. BB. jusqu'à la porte de m chambre, et puis dina A son petit couvert, le roi et la reine d'Angleteirej dans leur appartement. Le roi fait toiyours passer le roi d'Angleterre devant lui et doone b ttain à la reine. Après dîner ils allèrent courre le cerf; le roi étoit dans une' calèche à quatre, menant la calèche, comme il a accoutumé de faire, ayant madame la duchesse de Bourgogne à côté de lui, et derrière la reine d'Angleterre et Madame. Le soir il y eut comédie (1) ; le rot d'Angleterre y alla, il n'en avoit jamais vu ; mon- «eigneur le duc de Bourgogne y alla pour tenir compagnie au roi d'Angleterre. On mît six fauteuils: le roi d'Angleterre et Monseigneur au milieu, monseigneur le duc diç Bourgogne A la droite du roi d'Angleterre» et madaine la duefarasede Bourgogne sur la gauche de Montseigneur ; les deux autres fauteuils étoient en tournant vers le théâtre, uu pour monseigneur le duc de Bçrry A droite et un pour Madame A gauche. — On mande d'Clspagne qu'on a créé une cbarge de secrétaire d'État pour la guerre et pour les étrangers , qu'on a donnée au marquis

(1) « Les oomédieiiii représentèrent VAndramaque de M. de Racine et la IMlîle comédie 4le fgtfrU 4e OM^nNUetfon. » (iÊmvÊur^ 4e w>«eiiibre,

ma 192.)

de Canales^ qu'on appeloit dans ses ambassades Colma; cette charge est un démembrement de celle du marquis de Rivas*. Les Angloiset les HoUandois ont fait imprimer un placard en espagnol et prennent le titre des deux puissances maritimes qui viennent pour délivrer l'Espagne du joug et de la servitude de la France , et menacent de traiter à feu et à sang tous les Espagnols qui ne voudront pas se soumettre à la maison d'Autriche. Ils avoient fait mettre pied à terre à soixante hommes pour débiter ces beaux placards. Les Espagnols qui se sont trouvés sur la côte en ont tué cinquante-huit^ et ont renvoyé les deux autres , l'un Anglois et l'autre HoUandois, pour rendre compte à ceux qui les avoient envoyés de la manière qu'il avoient été reçus.

* Don Antonio de Ubilla, marquis de Rivas , secrétaire de la dépêche universelle sous Charles II, avoit écrit son testament sous \m, dont, avec le cardinal Porto-Carrero, il avoit été le principal instigateur, et s'en promettoit avec raison une grande reconnoissanoe ; elle aboutit à le faire asseoir au conseil au lieu d*y rapporter à genoux sur un carreau , et, fort peu après , de partager le même sort avec le cardinal Porto-Carrero, sous prétexte d'expédition plus prompte en Espagne, et ici d'y mettre tout à l'exemple du roi. Madame des Ursins anéantit la place de la dépêche universelle en la divisant en différentes places de secrétaires d'État avec les différents départements , comme en France, pour lesquels elle choisit gens dont elle s'assura bien. Ce ne fut encore qu'un prélude ; il ne fut pas long. Rivas fut bientôt congédié, et survécut à sa place et à ses espérances dans une obscurité de disgrâce qui dura jusqu'à sa mort et du fond de laquelle il vit bien des fortunes se Êiire et se défaire, et eut le plaisir de se voir à la fin vengé de madame des Ursins.

Vendredi 5, à Fontainebleau. — Le roi, après son dîner, mena dans sa calèche le roi d'Angleterre tirer dans les parquets; le soir il y eut musique sur le fhéÀtre (1), que le roi d'Angleterre entendit de la tribune de madame de

(1) (c L'on chanta te prologue «t les deux premiers aetes de l'opéra û'Athffs. ( Mercure de novembre , page 194. )

Maintenon; Monseigneur, messeigneurs ses enfanta, madame la duchesse de Boui^ogne et Madame y étoient. — Od eut des lettres de Rome^ qui portent que l'ambassadeur de Venise avoit eu nouvelle par Otrante des désordres arrivés à Andrinople ; c'est le balle qui lui mande tous les détails que voici : les janissaires , les spahis et tout le reste de la milice ont déposé le Grand Seigneur Mustapha, entrant par force dans son palais; ils ont mis en sa place son frère Achmet^ qui n'a que sept ans, et lui ont juré fidélité sur TAlcoran, le sabre, le pain et le sel ; ils ont changé le grand vizir et en ont pris un qui aime fort la guerre. Us avoient demandé la déposition du mufti, qui prit la fuite; ils le rattrapèrent & Varna, sur le chemin de l'Asie, où il vouloit se retirer, et ils Ton l tué. Ils demandent qu'on les mène à la guerre. — Il arriva lanuitxui courrier de M. de Vendôme qui a eu ordre de n'apporta aucunes lettres pour les psa^culiers ; on ne dit point les nouvelles qu'il a apportées , mais on juge que c'est dequelques démarches faites contre M. deSavoie, et nous croyons que M. de Vendôme a fait désarmer les troupes de ce prince, qui devroient être de cinq mille hommes, mais nous comptons qu'il n'en reste pas deux mille cinq cents et qu'il a fait déserter le reste. M. deTorcy ^ Taprès-dinée chez Tambassadeur de Savoie et vint le 8(HP travailler avec le roi chez madame de Maintenon. Samedi 6 , à Fontainebleau. — Le roi mena Taprèsdluée le roi et la reine d'Angleterre aux toiles, où on avoit enfermé plusieurs sangliers; on en tua vingt devant U'. MM., qui étoient dans un chariot. 11 y avoit dans le carrosse : au fond les deux rois et la reine; au devant ma- <l&me la duchesse de Bourgogne, Madame et madame la ftnchesse; aiu portières les duchesses de Perth et du Lade. Le soir il y eut comédie (1) ; le roi d'Angleterre

(0 ** Us comédiens représentèrent la comédie de C impartant. » ( Mercun <IeiMvenibre,paf^ 196.)

et monseigneur le duc de* ourgogne n'y vinrent point. — On ne dft point encore les nouvelles qu'apporta hier le courrier de M. de Vendôme; mais les courtisans ne doutant point de ce qu^ils en avoiant jugé hier, «t les ministres étrangers , surtout ceux d'Italie , paroissent n'en pas douter. — L'argent est diminué du commencement de ce mois; les louis sont à treize francs et las écus à trois livres dix sous, — On parle d'un grand combat que las Suédois j sous le général Rensahild ^ ont donné dans la grande Pologne contre les Saxons^ qui ont été entièrement défaits. Renschild est beau-frère de Gronstrom ^ ministre de Suède ici, — On eut des nouvelles qu'on croit sûres, car elles viennent d'endrqits non suspects j que le prince Louis de Bade avec l'armée qu^il commande , qui est environ de vingt mille hommes, se retranchoit sous Augsbourg ; il espère y être joint par la cavalerie qu'il avoit laissée dans les lignes de Stolhofen y et nous avons avis qu'effectivement cette cavalerie marche comme pour entrer dans le pays de Wurtemberg, qui seroit leur chemin.

Dimanche 7, à Fontainebleau. — Le roi alla à midi {irendre la reine d'Angleterre chez elle , comme & Tordinaire, et ils allèrent entendre la messe, mais en bas, et après la messe ils dînèrent tous ensemble, avec la maison royale, en public. L'après^linée le roi alla tirer. Le roi d'Angleterre fit ses dévotions le matin, et le soir il alla chez madame de Maintenon jouer à de petits jeux avec madame la duchesse de Bourgogne- — On a rendu public ce que le courrier de M. de Vendôme avait apporté avant-hier : on a désarmé et arrêté les troupes de M. de Savoie qui étoientdans notre armée; il y en avoit outre cela quinze cents dans les hôpitaux de Crémone ; on a mis des corps degarde devant ces hôpitaux pour qu'auoan n'en puisse sortir. M. de Vendôme marcha le 29, et doit entrer sur les terres de M. de Savoie le ik, et mène avec lui les troupes désarmées de M. de Savoie, qu'on répandra

OCTOBRE «70S. t(&

^^ans las places du Milanez. M de Veadôme a avec lui les -Groupes qu'il avoit menées d^m le Tceutin^ horious les J>ataiUoDS qu'il y a laissés sous les ordres de M. de Mé*daTy ; l'autre partie de notre armée demeure sur la Seoohia, et M. de Vaudemont doit revenir incessaïament des eaux pour la cûoamandei*. M. le grand prieur^ Bezoos et Saint-Frémont y sont demeurés ; M. le grand prieur^ eomme le plus ancien, commande. On détache huit faar taiUons et un régiment de dragons des troupes que nous avons en Languedoc qu'on £ait marcher en Savoie ; ce détachement sera commandé par Gévaudap , mat échal de camp. On a demandé à Tambassadeur de Savoie qui est ici sa parole qu'il ne sortira point de France sans permission du roi ^ car sans cela on auroit craint que M. de Savoie ne fit quelque mauvais tour à notre ambassadeur auprès de lui.

Lmuli 8 , à Fontainebleau. — Le roi alla courre le cerf ; il avoit aveo lui dans sa calèche la reine d'Angleterre, madame la duchesse de Bourgogne et Madame. Le roi d'Angleterre, Blonseigneur, messiaigneurs ses entants étoient à cheval. Le soir il y eut comédie (1); le roi d'Angleterre et monseigneur le duo de Bourgogne y lurent; il y eut six fauteuils comme la première tois. — M. de Savoie a envoyé un courrier à son ambassadeur par lequel il lui mande que, sur la déclaration qui liù a été faite que nous avions arrêté et désarmé ses troupes^ il alloit faire assembler son CQn$eil pour résoudre ce qu'il devoit Caire dans cette conjoncture, et nous croyons ici qu'il ne prendra pas le parti de se soumettre aux volontés du roi, en lui donnant les assurances qu'on lui demande, qui sont des places de sûreté et de réduire le nombre de ses troupes à six mille hommes de pied et

<t) « Les oomédîeBâ représentèrent Phèdre et ifippoiyte et les Plaideurs, i'wie et rantei^de M. Rscae, » iMereure é» •o¥«nibiv\ page 200. )

816 JOURNAL DE DÀNGEÀU.

quinze cents chevaux, comme il enétoit convenu par sod dernier traité avec le maréchal de Tessé^ dans le temps du mariage de madame la duchesse de Bourgogne. — Le roi a donné ses ordres à M. le maréchal de Tallard de faire le siège de Landau; la place doit être investie le 9, qui sera demain. Les brèches qu'ils firent à l'ouvrage couronné Tannée passée. ne sont racommodées qu'avec des &scines, et celles du corps de la place le sont de maçonnerie. Le maréchal de Vauban ne servira point à ce siège; Lappara n'y servira pas non plus^ car il est malade; ce sera Filley qui commandera les ingénieurs et qui a sous lui Fingénieur qui étoit dans la place durant le siège de Tannée passée. — La teine d'Angleterre alla Taprès-dinée aux filles Sainte-Marie de Melun.

Mardi 9, à Fontain^leau. — Le roi alla tirer Taprèsdinée ; le roi d'Angleterre étoit avec lui. Monseigneur se promena autour du canal avec madame la princesse de Conty. Madame la duchesse de Bourgogne alla dans une calèche du roi se promener dans la forêt. Monseigneur joua le soir au brelan chez madame la princesse de Conty, et le roi d'Angleterre alla sur les huit heures chez madame de Maintenon jouer à de petits jeux avec madame la duchesse de Bourgogne. — On a nouvelle que M. de Savoie faisoit arrêter nos courriers & Turin et qu'il avoit fait prendre dans Chambéry deux mille cinq cents fusils que nous envoyions à notre armée d'Italie. — Il y aune nouvelle répandue à Paris que les ports d'Angleterre sont fermés; on dit même que la reine Anne est fort malade, mais on ne croit pas ici cette nouvelle vraie. — Par les lettres qu'on reçoit de Suisse , on apprend que le prince de Bade étoit encore le 30 sous Augsbourg, que M. l'électeur de Bavière et M. de Villars n'étoient qu'à une lieue de lui. Ces mêmes lettres portent que les Hongrois mécontents continuent à faire de gi'ands progrès; ils ont pris Hulst sur les frontières de Pologne, où ils ont trouvé quelques pièces de canon, qui est ce dont ils man-

quent le plus ; on assure même qu'ils font le siège d' Agria^ que les Allemands appellent Erlau.

Mircredi iO, à Fontainebleau. — Le roi se promena autour du canal par le plus beau temps du monde ; il avoHdans son carrosse lareine d'Angleterre^ à q[ui il donne toQJonrs la droite ^ quoiqu'en France^ ordinairement^ on ne prenne pas garde à la main en carrosse; madame la duchesse de Bourgogne et Madame étoient sur le devant, la duchesse du Lude et madame de Bauclay y dame de la reine en semaine , étoient aux portières* Le roi d'Angleterre^ messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry étoient à cheval; Monseigneur étoit en carrosse avec madame la princesse de Ck>nty; il avoit couru le cerf le nuitin avec les chiens de M. le Duc. Le soir il y eut comédie (1) ; le roi d'Angleterre y alla. Monseigneur le doc deBourgogne n'y alla point ; ainsi il n'y eut que cinq &uteails, trois au milieu et deux sur les ailes. — Il n'y a de ministres étrangers qui aient reconnu l'archiduc roijd'Espagne que ceux d'Angleterre, de Hollande, de Brandebourg et d'Hanovre; mais ceux du pape, de la lépoblique de Venise, de Suède, de Danemark et de Pologne ne Font point voulu reconnoitre. On dit qu'il est parti de Vienne du 19 et qu'il doit venir à Dusseldorf , où il se mettra sur le Bhin pour descendre en Hollande ; mais on n'est point encore assuré de ce départ-là.

Jeudi 11, à Fontainebleau. — Le roi courut le cerf Taprës-dlnée seul dans sa petite calèche ; Madame étoit dans une autre calèche. La reine d'Angleterre n'étoit pointa lâchasse. Le roi d'Angleterre étoit achevai, et le n>i le pria après la mort du premier cerf de quitter la

(1) « Le soir les oomédieiis représenteront le Jodelet fiudtre et valet, » {Mercure de novembre, page 203.) Jodelet ou le Maître vtUet est une oon>^ de Scarron , et nous réunissons cette observation à celles que nous avoDs d^ Ciites tome VU, page 47, à propos de Ut prétendue disgrâce de Raciiie.

châÂSé, crftignâtit que d^étre trop longteitips fl ebara) ne dérangeât sa santé ; il revint, et le roi eotirtit un second cerf. Monseignetir, monseignenr le duc de Bourgogne et monseîgneiU* le due de Berry ëtoient A Ih chasse. Le soir le roi d'Angleterre alla chez madame! de Maintenons joua à de petits jenx et dansa aux chansons avec madame la duchesse deBourgogne ; la reine d'Angleterre les vint voir danser, et le roi y fut quelque temps avec elle. Monseigneur joua au lansquenet chez madame la princ^se de Conty . -^ Il arriva un courrier de M. le comte de Toulouse, qui mande que la flotte ennemie étoit le 90 du mois passé à Livonrne et qu'ils avoient détaché quelques vaisseaux de guerre pour escorter des vaisseaux marchands à Smyrne. — Il arriva un courrier de M. de Grignan pour donner avis au roi que M. de Savoie avoît fait alréter tous les Fraiiçoisquî étoient à Nice. On sait quUl en a usé de même dans toutes les villes de ses États; il dit que ce n'est |ias une hostilité , mais une représaille . — Quatre matelots qui se sont sauvés de la flotte ennemie assurent qu'il y a beaucoup de malades; on croit que leur dessein étoit sur quelque place du royaume de Naples ; plusieurs de nos marchands ont eu avis, parleurs correspondants en ce royaume-lâ, qu'il y avoit eu une conspiration qui a été découverte par le vice-roi ; les chefs ont été arrêtés.

Vendredi 12, à Fontainebleau. — Le roi et LL. Mi. BB. entendirent la messe à onze heures et demie, et à one heure ils partirent pour la chasse du loup. Madame la duchesse de Bourgogne ne fut point à la chasse ; elle alla se promener autour du canal et dans la forêt. Le soir il y eut comédie (1). Monseigneur le duc de Bourgogne y vint, et il parolt que le roi d'Angleterre s'y divertit fort ; nonseulement il n'en avoit jamais vu avant ce voyage-ci,

(1) « Les eomédieiiB représenfèreat Alexandre de M. de ILàdùe el le Ceneert ridicule de Palaprat. » ( Mercure de noTembre, page 205. )

OCTOBRK ITOS. • 3f9

mais même il n'en ftYoit jamais hi. — M. Desmarets a la place de directeur des finances qu'avoit M. Rouillé^ à qui il rend les 800^000 francs qu^l avoit financés pour cette charge; le roi fait M. tlouillé conseiller d'État. — Le roi envoie M. le maréchal dé Tessé commander en Dauphiné et les troupes qui sont destinée^ â entrer en Savoie. On croit, dèsqn'elles seront arrivées, qu'il marchera à Cliambéry pour s'en rendre le maître. — Frette ville , major de brigade dans l'armée de M. de Villars, arriva ici le matin ; le roi Fentrelint le soir chez madame de ttalntenon, après que les lettres qu'il aroit apportées furent déchiffrées. Il partit le 1" de ce mois de notre camp auprès d'Ausgbourg', qui n'est qu'à la portée de canon de celui des ennemis ; mm il ne partit d'Ulfn que la nuit du 3 au 6. H. de Bavière envoie un courrier qui est venu sous la môme escorte, mais qui est allé droit à Paris , croyant y trouver Honasterol ; ces courriers ne viennent que pour recevoir des ordres, et il ne s'est passé nulle action en ce pays-là. Samedi 19, à Fontainebleau. — Le roi mena le roi d'Angleterre à la chasse du sanglier; la reine n'y vint point ; elle avoit mal passé la nuit , ce qui ne l'empêcha pourtant pas d'aller à la messe. Le soir & onze heures elle s^évanooit ; il y a longtemps qu'elle a 'de grandes douleurs au sein, et elles augmentent fort depuis quelques jours. Madame la duchesse de Bourgogne et Madame étoient à la chasse avec le roi. Monseigneur et messeigneurs ses enfants y étoient arrivés avant le roi, et ils dardèrent des sangliers fort adroitement. Le soir il y eût oomédie ; la reine cachoit son mal de peur d'empêcher le roi son fils d'aller à la chasse et à la comédie. — Le fils de M. de Châtîllon , colonel de dragons , est mort en Poitou , où étoit son régiment; le roi adonné le régiment à son frère , qui est fort jeune. — M. le comte de Toulouse écrit au roi pour le prier de ne le point faire revenir tant qu'il y aura un vaisseau dans la Méditerranée, et lui dit dans sa lettre qu'il ne faut pas tant

songer à faire des campagnes brillantes qu'à e^^prendre son métier. — Le roi donna ces jours passés une pension de 500 écus à des Fourneaux , lieutenant des gardes du corps j et une autre pension de 500 écus au chevalier Chape, que H. le cardinal Ottobon avpit envoyé à S. M. pour lui porter un très-beau présent de reUques et de six grands chandehers de cristal magnifiques. — Par les dernières lettres qu'on a eues d'Espagne , qui étoient du 25 du mois passée H. le cardinal d'Ëstrées devoit partir Le 12 de ce mois pour revenir en France; le dernier ordinaire a manqué. On mande de Rayonne que le duc d'Albe y a passé ; il vient à très-petites journées , et ne sera ici qu'au commencement du mois prochain.

Dimanche ik^à Fontcdniebleau. — Le roi ne siortit point de tout le jour et alla au salut. La reine d'Angleterre passa mal la nuit ; cela ne l'empêcha pas de se lèvera dix heures pour entendre la messe et de retourner encore à celle du roi. Après le salnt^ le roi alla encore chez elle^ et puis S. M. entra à son ordinaire chez madame de Maintenon^ où M. de Chamillart lui amena le chevalier de Tressemanes et Fretteville, qu'il entretint séparément^ et prirent congé de lui pour retourner à l'armée du maréchal de Villars. ^— Le courrier de M. de Bavière qui avoit passé avec Fretteville arriva hier au soir. Il parolt que M. l'électeur de Bavière ne s'accommode pas de M. de Villars aussi bien qu'il seroit à souhaiter pour le service du roi. — Le soir on chanta sur le théâtre un opéra nouveau de Destouches ; le sujet est le Mariage du Carnaval et de la Folie. Comme le roi aime assez la musique de Destouches , il avoit espéré que S. H. voudroit bien l'entendre ; mais il a presque renoncé à tous les spectacles^ Le roi d'Angleterre y alla avec toute la maison royale. — Madame la duchesse de Lorraine mande à Madame que M. le comte d'Ayen étoit dangereusement malade à Plomhières , et qu'il avoit envoyé chercher en diligence Haliot , qui est présentement premier médecin de M. de

OCTOBRE 1705. 32t

Lorraine ; on cache cette nouvelle h MM. de NoaJlles et à madame de Main tenon. — L'archiduc est parti de Vienne ; il a pris le nom de Charles III. On le croit arrivé à cette heure à Dusseldorf ; on prépare tout en Hollande pour son embarquement^ et ils disent que dès qu'il sera arrivé à Lisbonne le roi de Portugal déclarera la guerre à rSspagne.

Lundi i&y à Fantaifubleau. — Le roi courut le cerf seul dans sa petite calèche ; le roi d'Angleterre , Monseigneur et messeigneurs ses enfants étoient à cheval à la chasse; Madame étoit en calèche. Le soir il y eut comédie (1), et ensuite les Allard tirent beaucoup de sauts extraordinaires. I^ reine d'Angleterre n'eut point de fièvre ni la nuit ni tout le jour, et ils retourneront demain à Saint-Germain , au grand regret du roi d'Angleterre, qui s'est fort diverti ici ; c'est un très-joli prince etqui se fait fort aimer. — Il arriva un courrier de M. de Vaudemont, qui n'a pris les eaux que cinq jours; il écrit de Milan que M. de Vendôme lui avoit donné rendez-vous àPavie le 11 , et qu'ensuite il ira se remettre à la tète de l'armée qui est sur la Secchia. — Il arriva le soir un courrier de Modène, par lequel on apprit que le duc de Lesdiguièresy étoit mort le 6 de ce mois. Le roi nous en |>arla à son petit coucher , le louant fort sur son courage , sur son application , et le regrettant extrêmement. Il n'a jamais en d'enfants ; le duché de Lesdiguières tombe à M. de Canaples, qui est fort vieux etqui n'a point d'enfants; ainsi il sera bientôt éteint. — Il arriva un courrier de M. deTal-

(l)«Le8 eomédiens r^résentèrent la comédie do Festin de Pierre^ et en- "■te les Allard donnèrent an divertiâsenient de sauts périlleux qu'ils avoieni ^(iKalés. Le soir, pendant le souper, on étoit la reine d'Angleterre, il y eut un CMrert de muaiqiie italienne exécuté par deux illustres musiciens de Rome Bonmés Pasqualini, qui furent accompagnés par les sieurs Antonio et Baptiste, ^'kttleots Tif^kma attacliés à monseigneur le duc d'Orléans, et par le sieur 'Miand, ordinaire de la musique du roi, très singulier pour la ba^^sp do ^^^- » {Mercure do novembre , page n%)

ass J0U1WAL D« BAMGEAU.

krd parti le 9 de 2elst^ au delà de la forêt de Hagnenaa. Il mande au roi ^ae^ malgré la difficulté des chemins^ il mène avec lui quarante pièces de batterie; le reste doit arriif^r înoessamtMnt. H. de MarsiD detoH hiteetir Laadaa le lendeinain^ qui étoit le 10 ; le^ eniiemis qui sont lestéB dans le» lignes de Stolhofeu avoienl jeté un pont sur le^Rhin à Hagenbach; M. de Tallard y a fait marcber M . deHaittefort aveo quelque» troupes. Les ennemis se sont retii^ avec précipitation dans Tlle^ qui est fort proche de ce bord ici du Rhin , et ont abandonné toutes leurs pontreîlles et quelques-uns de len rs bateaux. * :^c «jt.

Mmrdi 16, à F^ntainébkau, --^ Le roi et la reine d'An-* gleterre partirent d^ici à dix heures pour retourner A Saintp€ermain. Le roi entendit la messe avec eux, et puis il les conduisit jusqu'à leurs carrosses an bas du fer à «^^ A

cheval ; toute la maison royale y étoit ; ensuite le roi alla ,ms>Mla

tenir son conseil à son ordinaire. Monseigneur alla courre le loup , et madame la duchesse de Bourgogne s'aUa promener dans la forêt avec madame de M aintenon jusqu'au dîner. L'après-dinée S. H. alla tirer. Monseigneur, au retour de la chasse, mangea chea madame la princesse de Gonty, et à huit heures madame la duehesse de Bourgogne ^ toutes les princesses allèrent jouer chez lui. — Le maréchal de Villeroy mande qu'il a été faire un tour A Namur; il fait toujours observer par M. de Pracomtal les mouvements des troupes ennemies qui ont fait le siège de limbourg, et renforcera le corps qui est sous M. de Pracomtal en cas que les ennemis fissent quelque détache^ ment considérable pour TAllemagne ou pour venir sur la Moselle. — 11 arriva un courrier du comte d'Ayen; il écrit de sa main à madame deMaintenon etàM.deNoaiUes, et est entièrement hors d'affaire, — M^ de jUesdiguières laisse pour plus de 500,000 écus de dettes: iOO,000 éeus que devoit son père, et plus de 100,000 écus de ses dettes particulières. M. deCanaplesdoit venir dans peu de jours demander au roi la permission de se faire recevoir due

t pair au parement ; lé duché de Lesdigiiières <ie vaut 15,00Q livres de rente.

Mercredi il, à Fontainebleau. — Le roi alla tirer Ta- ^larès-diiiée, lfe)nseigii6ar ne sortit point de tout le jouri =m1 se promena seulement dans le jardin de Diane aveo adame la princesse de Conty. Messeigneurs les ducs de ourgogne et de Berry coururent le cerf avec M. le duc 'Orléans et soupèrent au retour de la chasse avec lui. soir il y eut eoHiédie (1). — Le roi entretint longtemps e maréchal deTessé chez madame de Maintenons il lui onna ses derniers ordres. S. M. lui donne pour son fils e régiment de Saulx, qu'avoit le duc de Lesdiguières, ai est un petit vieux, et au marquis de Sanzay le réiment qu'avoit le comte de Tessé, et à un fils cadet du rand prévôt le régiment qa'avoit M. de Sanzay , qui en très-mauvais état, qui a été pris cette année dans uy. — r L'archiduc, comme roi d'Espagne, a fait quatre rands, qui sont le prince de Lichtenstein , le comte de ansfeld, le marquis del Vaste et le prince de Caserte; s denx derniers sont Napolitains. — L'ordinaire d'A^ emagne arriva, qui apporta des lettres de M. de Tallaid u 11. Ce maréchal mande qu'il n'est plus qu'à une lieue t demie de Landau ; la place fut investie le 10 par . de Marsin ; toute l'artillerie , les munitions de guerre t de bouche nécessaires pour ce siège arrivèrent le 12 t le 1 3 ; il y avoit un petit camp de hussards près de la lace qui prirent la fuite en voyant arriver les troupes de . de Marsin. On croit que les ennemis ont quatre mille ommes dans Landau. — Saint-Éyremont*, si connu par ouvrages., mourtit à Lonch^es le toiois passé, âgé de uatre-vingi-dix ans ; il y en avoit plus de quarante qu'il toit exilé de France.

(1) Les opnédieM rapréflwtèrent la trasédie'de Briêaanieui de M. de Raet la comédie de V École des Maris de M. - de ^Molière. * ( Mercure de ■oTemkNre, page 215.)

324 JOURWAL DK DAINGEAU.

* Saint-Kvremout est si connu dans le monde qu'où se contentera de dire qu'une lettre qu'il écrivit au maréchal de Créquy le proscrivit pour toujours. La curiosité Tavoit attiré à Saint- Jean-de-Luz lors du traité des Pyrénées : cette lettre en est un détail et une critique qui développe les replis du cœur du cardinal Mazarin et qui ne fût pas une comparaison avantageuse de sa conduite et de sa capacité avec celle du premier ministre espagnol. L'esprit et les grâces qui brillent dans cette lettre en rendent encore les raisonnements plus forts et plus piquants. Don Louis d'Haro en auroit fait la fortune à Fauteur. Le cardinal Mazarin l'ignora toute sa vie. Après sa mort M. Foiiquet fîit arrêté et les papiers de ses principaux amis saisis. Le maréchal de Créquy et madame du Plessis-Bellière étoient des principaux ; cette dame fu( ellemême ai tétée, et parmi ses papiers on eu trouva ceux du maréchal qu il lui avuit confiés , et dans ceux-là cette lettre fatale que le maréchal n'avoit pu se résoudre à brûler. 11 n'étoit pas encore maréchal de France, et le besoin qu'on crut [en] avoir le tira de cette disgrâce pourlui donner le bâton et une armée à commander ou après. Les ministres, à qui cette* lettre fut présentée^ craignirent un si judicieux censeur; M. Colbert se piqua de reconnoissanc« pour son ancien maître, leTellier Vy seconda , et le roi, plein de sentiments vifs encore pour la mémoire du cardinal, et jaloux au dernier point sur le gouvernement, s'irrita de manière que Saint-Ëvremont erra longtemps caché de tien en lieu , et lassé enfin de ne trouver sûreté nulle part , sortit du royaume. Il tenta souvent et inutilement d'y revenir, et on le lui offrit bien des années après lorsqu'il ne s'y attendoit plus. Il s'étoit naturalisé à Londres, où madame Mazarin lui tenoit lieu de tout. Il avoit déjà soixante-dix ou douze ans ; il ne se soucia plus de sa patrie et refusa d'y revenir. Il vécut encore une vingtaine d'années, et mourut en philosophe comme il avoit vécu.

Jeudi 18, à Fontainebleau. — Le roi courut le cerf Vaprès-dlnée seul dans sa petite calèche ; Mouseigneur et messeigneurs ses enfants étoient à la chasse. Le soir on joua chez Monseigneur^ et sur les huit heui;es monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne y allèrent. — Le roi à son dîner parla fort dii siège de Landau, et loua fort le maréchal de Tallard des bons ordres qu'il avoit donnés pour que rien n'y manquât. Il loua fort aussi les intendants des provinces voisines, qui ont fort bien fait exécuter les ordres qu'ils avoieni reçus. Il y a plus de vingt mille pionniers dans

le camp^ et toutes les voitures ont été fournies très-régulièrement; on croit qu'on aura pu ouvrir la tranchée aujourd'hui. — Le maréchal de Tessé partit pour aller corn* mander en Dauphiné. — Le roi donna 500 écus de pension à Leret,qui commande l'équipage de chasse de M. le duc d'Orléans. — Il arriva un courrier de l'abbé d'Estrées ; le cardinal son oncle devoit partir le 12 de Madrid pour revenir en France. L'amirante donne beaucoup d'argent aux soldats et aux officiers qui veulent déserter des troupes d'Espagne ; il y a environ huit ou dix mille hommes de pied et trois mille chevaux qui marchent vers les frontières de Portugal. Le duc d'Albe, qui vient ici ambassadeur^ devoit arriver à Bordeaux le jour que jBe courrier y passa.

Vendredi 19, à Fontainebleau. — Le roi et toute la

2B:Xi.»son royale allèrent l'après-dlnée aux toiles, où Ton

<^. 12^1 quarante-trois sangliers; jamais on n'en avoit tant

^«jB-^àla fois en ces pays-ci. Le soir il y eut comédie (1). —

M^^^ ^'oi envoie au cardinal Ottobon son portrait enrichi de

-fe«*^s-beaux diamants. — M. de Canaples^ nouveau duc de

i-*^2sdiguières, vint saluer le roi, qui le reçut très-gracieu-

i"5*^JCKiont. — Il arriva un courrier de M. de Vendôme, qui

^t.<z>it; & Pavie. Il mande que M. de Savoie fait toutes les

ci^^rrâ^pches d'un homme qui se prépare à la guerre. Il

travailler aux fortifications de Turin ; il a mis deux

ons et un régiment de dragons dans Suze ; il lève

l^jues troupes, assemble des milices. Il y a déjà quel-

^ jours qu'il a fait mettre des corps de garde aux

s des ambassadeurs de France et d'Espagne ; il ne

pas qu'ils aient aucun commerce dans sa cour ni

la ville. Les lettres sont du 12. M. de Vendôme mène

lui vingt-six pièces de batterie de vingt-quatre livres

®* ^<:>^9jt ce qu'il faut de munitions pour les servir, et fait

,j '* ^^s C4)médien» jouèrent Cmpinmti,fici«n par Hauteroche.>»( ilfcrcfirp

'^^^ "^^ ** "Vibre , page ?AS.)

foi pont 0ur la Secchîa à Candie et im sur le Pô 4 Casai, -^ On eut par rordinaire des lettres de M. de T«ll^ du 13; il DUiAde qu'on tpaT^U^Mi^ li^es^ quis'avaoceat f<H4 ; il y a tleux quartiers aa de U de la Qliii^ deçA ; il eepène en pouvoir ouvrir b trauchée le 1 8 . Toutas les munitibons de guerre et de bouche arrivoient dana la camp, --r On a publié uue ordonuaoce à Bruj^elles portant interdiction générale de tout oommerce avec les epiieniis de la France et d'Espagne, souâ punition de mort i régarddes marchandises de contrebande.

Samedi 20^ à FonUrimblew. — Le roi courut le cerf Taprès-dlnée dans sa petite caJdche^ et dit au retour qu'il n'avoit jamais vu une si belle chasse. Il y a quints jours que madame la duchesse de Bourgogne ne va point à cas clias8es4à, et nous voudrions que ks raisons de n'y point aller durassent encore longtemps. Monseigneur et mesr seigneurs ses enfants coururent le loup. — Il arriva un courrier de H. de Tallard^ parti de devant Landau du 11 aa matin. La tranchée de voit étue ouverte ce soir4à; tcHut oe qui est nécessaire pour le siège étoit arrivé dans k camp. M. rélecteur palatin avoit envoyé mille ou doiua cents chevaux sur b Spierbach pour nous incommoder dans nos fourrages et couvrir le pays qui est au delà deçà ruisseau, qui est très-difficile i, passer. M. de Tallard détacha Courtebonne avec huit oents chevaux et quelques grenadiers ; les ennemis ayoient déjà commencé à se retrancher; voyant nos troupes arriver [ils] se retirèrent fort vite, après avoir pendu cent soixante hommes; Courtebonne les suivit; ils entrèrent dans Neustadt, qu'il investit d'abord avec sa petite troupe, se mettant devant la seule forte par où ils poi^voient sortir, et il les prit toua prisonniers de guerine. U mande ip'il a huit œ^te prisonniers, dragons ou hussards, et qiiarpmte officiels. H. de Tallard donne de grandes louanges A Courtebonne.

Dimanche 2 1 , à Fontainebleau. — Le roi alla tirer l'après-dlnée, et revint de bonne heure, parce qu'il faisoit

fort gmnd froid. Moiuseigneur donDa à dUier à measei* gneois ses eafouts» à i^adame la dudbe^se de ^urgogne et àmadanie laDuobAase; od y joua en «ortaat de table et jusqaaa soup^ du roi. M« le due d'Orléans fit chanter sop opéra cbez madaïae la princesse de Conty ; la musique est toiite dfi lux, et le9 paroles sont de la Fare» — Il arriva 110 OQiimer de M. de ViUars ; Bo4a*e armée soua M. de Bar vière est veaue camper auprès d'Dlm » aous n'en savons point las raisons ; ce qu'an s'en im^ogine ici , c'est que M. rélecteur et M. de Villars croyoient qu'on leur en* vofoit des troupes de Tarmée de M. de Tallard , et qu'ils s'en approchoient pour rendre U jonction plus facile, et ce qm. ccmfirme dans cette opinion c'est que M. de Villars avoit envoyé un aida de camp à M. de Tallard pour lui dire les endroits par où il croyoit plus à propos que ces troupes4à passassent ; mais le siège de Landau diffère es dessein-là. M. l'électeur a laissé M. le comte d'Aico avec Biie partie de aes ti!Oupes pour c^mvrir son pays entre àagsbourg et Munich. — On a ouvert à. Paris le testament da (en duc de Lesdiguières ; il est fait deux mois avant sofl mariage et est revêtu de toutes les formes nécessaires, et son écriture reconnue par les eq^rts ; ainsi on ne peut rien disputer à madame sa mère, à qui il donne tout ce que les lois lui permettent de donner, et comme c'est en pi}'s de droit écrit, voilà tous ses héritiers privés de sa 9«ccession, honnis pour les biens substitués. Ainsi, si madame la duchesse de Lesdiguières ne fait point de testament, la maréchale de Villeroy héritera de près de 1(H)»000 écus de rente en terres.

lÂmdi 22, à PoukUnebleau. — Le roi prit médecine et tiat conseil l'aprè&^llnée. Monseigneur et messeigneurs ses enfants coururent le loup. Madame la duchesse de BooigcignB dîna chez madame de Maintenon et y passa la journée jusqu'à la comédie (1); monseigneur le duc de

(1) ■ Le soir 168 comédiens représentèrent la tragédie àe\Rodogune de

328 JOURNAL DE DATfGEAU.

Bourgogne y alla. — On reçut plusieurs lettres de Nancy, qui portent que le prince d'Harcourt est à Textrémité ; il faut lui faire trois opérations et toutes trois fort dangel'enses. La princesse d^Harcourt^ qui étoit ici^ est partie en diligence pour l'aller trouver. — Il arriva un courrier de M. le maréchal de Villeit>y parti de Namur le 20. M. de Boufflers est à Naraur avec M. de Villeroy, etTarmée est demeurée à Diest sous le commandement de M. de Busca^ qui est le plus ancien lieutenant général. Le roi a envoyé pouvoir au maréchal de Villeroy de donner congé aux officiers qui sei*oient les plus pressés de revenir ; il y a déjà quinze jours qu'il a ce pouvoir-là , et personne ne lui a demandé congé ; on ne veut point avoir Tair de s'ennuyer à l'armée ni de trop désirer de revenir à Paris. — Il arriva hier au soir un courrier à l'ambassadeur de Savoie; ce courrier a eu un passe-port de M. Pbélypeaux, notre ambassadeur à Turin. L'ambassadeur de Savoie alla chez M. de Torcy dès que ce courrier fut arrivé ; nous n'en savons pas davantage. — On a fait repartir le courrier de H. de Villars, et M. de Monastei*ol, envoyé de M. de Bavière^ par un mésentendu^ n'a reçu ses lettres qu'après que le courrier a été reparti; ainsi il n'a pu faire réponse aux lettres qu'il avoit reçues.

Mardi 23^ à Fontainebleau. — Le roi courut le cerf, et fut fort mouillé à la chasse ; Monseigneur et messeigneurs ses enfants y étoient. Madame la Duchesse y étoil en calèche avec des dames, et Monseigneur leur donna un retour de chasse , et ensuite il y eut jeu chez lui jusqu'au souper du roi. Le matin au conseil de finance M. Des^ marets prit sa place de directeur ; mais il ne rapporte |ms encore. — Le roi donna le soir à M. de Sainctot , introducteur des ambassadeurs, un brevet de retenue (le toute sa charge, qui lui avoit coûté 82,000 écus; il

M. 4)p Corneille rainé, et la |tetit« cDiiiédic du Cocher supfHtsé[ par Hatite- I o<li«» ]. » ( Mercure île miveinbre , i^aiœ 22!?. )

en avoit déjà 40^000 ^ ainsi c'est une augmentation de iâ^OOO. — On eut par l'ordinaire des lettres de M. le comte de Toulouse du 15; il mande que^ par les avis qu'il a de Livourne^ la flotte ennemie appareilloit ; mais les braits étoient forts différents sur la route qu'elle alloit prendre y car les uns disoient qu'elle alloit sur les c6ies du royaume de Naples et les autres qu'elle alloit repasser le détroit pour retourner en Angleterre et en Hollande. — M. le prince d'Harcourt a été taillé en Lorraine; on lui a tiré deux grosses pierres^ et l'opération a été fort rude. — La Harteloire , chef d'escadre , partit de Brest il y a quelques jours avec cinq gros vaisseaux ; on croit qu'il va passer dans la Méditerranée et joindre M. le comte de Toulouse. Pointis^ chef d'escadre^ a aussi ordre de partir pour Brest^ où il va pour commander une escadre qu'on y arme ; il n'ouvrira ses paquets que quand il sera à la voile.

Mercredi 24 , à Fontair^bleau. — Le roi devoit aller tirer l'après-dinée , mais le vilain temps l'en empêcha; il ne sortit point de tout le jour, et fut toujours chez madame deMaintenon y où il travailla longtemps avec M. de Chamillart. Monseigneur ne sortit point non plus et fut toutle jour chez madame la princesse deConty. — M. de Pôntch^urtrain dit au roi le matin qu'on lui mandoit de Stagne que M. le maréchal d'Estrées étoit à la dernière extrémité ; il a près de quatre-vingts ans et est tombé en apoplexie. — Par les dernières lettres de M. de Vendôme, qa^on eut il y a quelques jours et qui étoient du 12 y on apprend que les Impériaux avoient remis M. de Barbeaères en liberté; il devoit partir de Gratz le 2 de ce mois et être conduit à l'armée du 'comte de Staremberg en Italie, pour passer de là dans la nôtre. — On a nouvelle que l'archiduc avoit non-seulement passé à Dusseldorf^ où il étoit attendu^ mais qu'il étoit arrivé même en Hollande^ où MM. les États lui avoient fait préparer la maison de Uonslardick. On ne croit pas que les vaisseaux qui le

330 JOURHAL DE DAI^OEAU.

dévoient porter en Angleterre et de là eo Portugal soient encore prêts. — De Lisle, capitaine aux ^rdas^ moufiit il y a quelques jours à notre armée de Flandr?. te roi a mandé àH. b maréchal de BouCderscelui 4qui il d^stinoit cette compagnie y mais nous ne lu savons point eopore; il a donné l'enseigne qui vaquera par la prpipotion 4 Matha^ mousquetaire^ homme de condition «t Iprt pnuvfBi et outre cela une pension de 300 écus.

Jmdi 26, à Villeroy. — Le roi partit de Fontaineblmi à midi ; il avoit dans son carrosse lo^dame laducbessa d« Bourgogne, Madame , madame la duchesse d'Orléans, la duchesse du Lude et madame de Mailly. L^' maréohaltf de Cœuvres croyoit devoir aller dans ce carrosse par préférence à madame de Mailly, qui n'est pas titrée ; mais comme dame d'atours elle a eu la préférence *. Moose^ gneur partit dès le matin dans sa berline avec madame la princesse de Conty et alla dîner à Meudon ; messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Barry y allèrent diner aussi ; madame la Duchesse étoit partie dès hier pour Saint-Maur . — Le matin, au lever du roi ^ à Fontainebleau, M. de Chamillart apporta des lettres au roi de il. de Tallard du 18. La tranchée avoit été ouverte la veille, et on avoit poussé le travail si loin qu'on étoit aussi avancé qua les Allemands, quand ils assiégèrent la place, Tétoiantaii bout de. trois semaines; nous n'avons eu que six soldak tués et un capitaine de cavalerie nommé Rocheplate. -— Le roi arriva ici à cinq heures, mais par un si vilain temps qu'il ne put se promener. Madame la duchesse de Bourgogne en arrivant se mit au lit, et se releva pour le souper du roi. — On eut le soir des Lettres du maréchal de Villeroy , qui mande à S. M. qu'un de ses gardes qu'il avoit envoyé à H. de Tallard étoit parti du canap devant Landau le 20, qu'on n' étoit plus qu'à quatre-vingts toises de la contrescarpe et que nous avions déjà cinq batteries achevées et qu'on comptoit dans le camp que nous serioiis maîtres de la place les premiers jours du mois qui vient.

OCTQBftE |7<MS. 3S1

*Depiiîf iwlniaft 4e Seoeeey et lacomtease de Fteix, laâUeetsanur- Tivaxuâère, teutes deux dames d'honneur de la nsine xoère, cette place n'avoitplus été remplie que par des duchesses. Elles-mêmes le furent en 1663 par l'érection de Randan en leurfaveur,etdeMM.deFoix, fils de )a dernière. Longtemps âuj^mratant eUes aroient eu lé tabouret de grâce, kmiiie k tai^; des fiouittoii s^étoUit let ifàe cefan des Rohan p«ntâ. Le brait^ en fui; fait dans das as^eml^lées q<«e M. Gaston favorisa fit dter tous ces rangs sans vrai titre , qui furent rendus quelques années après, et à la fin ces deux dames furent comprises avec M. de Foix dans l'énorme augmentation de ducs (te 1663. Jusqu'à elles , )es Aunes d'honneur ne ifesputofent rien aiiix duefaesses, non-seulement la préférenoe éaas le earrosse de la reion, m^s niéiiie le servi» de 4a sale et de la chemise , toiU le reste den^eurant à la dame d'honneur. La sale est une sorte de soucoupe sur laquelle, à la fin delà toilette, on présente à la reine sa montre y des étuis et des mouchoirs. Mesdames de Senecey et de Fleix, favorites de la reine et qui avoient perdu leur ebaige pour e^ et p)«{é les dernières années de Looi's XIII en exil, firent eblsser à lew rdXHff madMir de drassac, qui avoit été mise en leur place , et possédèrent ia reine toi^oucs tlepsis; on ne sait si ce fot de leur temps que leur charge ne céda plus la sale et la chemise aux duchesses; mais îi faut que ce soit depuis leur exil. On ne sait encore si ce furent efles qui obtinrent la préliérence dans le carrosse; mais H eft sAff que les dmsliesses de Namlies, de Montaosier et toutes les autres de la leeine Marie-Thérèae l'ont eue, s#iis puétexte de lui oommar les dames pour y monter, qu'elle fut longtemps à connoître par leurs noms et leurs rangs. Pour la dame d'atours, jamais aucune n'y avoit songé , pas ménie madame de Béthune, si favorite de ta dernière rame et 4ui Ta été si longtemps. Madame de Maifly, nièee de madime de HaBÉamn, nte ftt {las à deux Ibis sor la jeune marédialê de Cœuvxes. £U« eut peine k établir un droit si nouveau ; nais madame de Maint4?non, qui Taimoit alors, qui haïssoit les raqgset qui avoit ses raisons pour cela, le roi, qui ne les aimoit guère , la laissèrent empiéter, & enfin elle te fît décider en sa faveur plus par un silence et m défont de lui Imposer que par aucune expUoa^on là-dessus. Il tae lui en falioit pas davantage ^ eHe sut en profiler.

Vendredi 26^ à Sceaux. -^ Le roi dîna à onze heures à Villeroy et en partît à, midi pour venir ici. Il reçut à son lever des lettres de M. de Vendôme^ qui étoit encore à Pavie le 16 ; les ponts qu^il fait faire sur la Secchia et sur le Pô n'étoieat pas encore aohevés. 11 meurt beaucoup de chevaux dans notre armée ; la plupart de noire cavalerie

883 JOURNAL DE DAIfGEAU.

est à pied. Le roi arriva à Sceaux à quatre heures et ne se promena point ; madame la duchesse de Bourgogne se mit au lit en arrivant; elle se releva pour jouer avec Monseigneur sur les sept heures. Monseigneur vint ici de Meudon avecmesseigneurs ses enfans. — M. dePontchajv Irain envoya le soir au roi les nouvelles qu'on avoit eues de la flotte ennemie; elle avoit mis à la voile pour partir de devant Livoume ; elle prend la route du détroit. Il y a une grande mortalité sur cette flotte, et ils jettent beaucoup de corps à la mer. On croit qu^ils avoient quelque dessein qui a échoué. On mande que M. de Savoie a envoyé quelques petits bâtiments après cette flotte, pour prier les commandants de demeurer encore quelque temps sur les côtes d'Italie^ et de lui laisser quelques troupes et quelques vaisseaux qui pourroient demeurer àVillefranche. — On a eu des lettres de Bretagne , qui disent que le maréchal d'Estrées se porte mieux et que son mal a été bien moins considérable qu'on ne l'avoit cru.

Samedi 27^ à Sceaux. — Le roi alla le matin a la pèche ^ que l'on fit au bout du canal ; il avoit dans sa calèche avec lui madame la duchesse de Bourgogne, Madame et madame la duchesse du Lude. Il retourna encore l'après-dinée à la pèche ^ qui étoit à la grande pièce, au bout de la cascade ; on prit plus de trois mille pièces de poisson. Madame la duchesse de Bourgogne ne suivit point le roi l'après-dlnée; elle alla voir madame du Maine, qui s' étoit trouvée un peu mal, et joua toute l'aprèsdinée au lansquenet chez elle. Madame la princesse de Conty y qui avoit suivi le roi à la pèche , s'en alla le soir à Versailles assez incommodée. Le soir, chez madame de Maintenon y le roi entendit Yizée et Descoteaux et les fit jouer longtemps. Après la musique Monseigneur et madame la duchesse de Bourgogne jouèrent au lansquenet. — Il arriva le matin un courrier de M. de Tallard; les lettres sont du 24 au matin. Nous n'étions plus qu'à vingtcinq toises de la contrescarpe; on a avancé deux batteries

OCTOBRl!: 1703. 333

sur la parallèle qui joint les deux attaques et qui embrassent tous les ouvrages que nous attaquons. Nous avons perdu à la dernière nuit cinquante soldats et le capitaine des grenadiers de Greder ; il y a eu un brigadier des ingénieurs qui a été tué aussi. — Il arriva un courrier de M. le comte de Toulouse. Les lettres sont du 22^ et confirment tout ce qu'on avoit dit bier de la flotte ennemie et les instances que fait M. de Savoie pour la faire demeurer encore quelque temps sur les côtes d^ltalie.

Dinumche 28 , à Versailles. — Le roi se promena tout le matin à Sceaux et en partit à deux beures et demie pour venir ici; il commanda qu'on vint fort doucement; les espérances sur madame la ducbesse de Bourgogne continuent. Monseigneur alla diner à Meudon, d'où il ne reidendra ici que mardi. — Le roi dit le matin à sa promenade à Sceaux que M. le duc de Savoie vouloit faire la guerre , mais qu'il aimoit beaucoup mieux qu'il la lui fit ouvertement que de la manière qu'il vouloit la lui faire. ^ H. de Vendôme arriva lé 20 à Casai; il envoya le 17 à Verceil une lettre pour celui qui y conunande^ et le prioit de faire passer le trompette qui lui portoit la lettre à Turin , pour rendre une autre lettre à M. de Saint-Tbomas, à qui M. de Vendôme écrit qu'il avoit ordre du roi de faire des propositions à M. de Savoie , et que y s'il vouloit bien lui envoyer un passe-port^ il feroit partir aussitôt qu'il l'auroit reçu celui qu'il cboisiroit pour aller faire ces propositions. M. de Bagnasque^ qui commandoit dans la place , prit la lettre du trompette , le renvoya^ et manda à M. de Vendôme qu^il alloit envoyer un courrier à M. de Saint-Tb^mas qui lui porteroit sa lettre et lui en apporteroit la réponse. Cette réponse arriva effectivement le 20 au matin au camp de Candia, où étoit encore M. de Vendôme; il lui mande que S. A. R. écoutera volontiers les propositions^ mais qu'il le prie de lui faire savoir quelles elles sont avant que de lui envoyer le passe-port pour celui qui seroit chargé de la négociation. — 11 ar-

S84 JOURIIAL m. DAN6EilU.

rtTsi QA œiirrie^ Û^ H. le mapéekaî de TaHard. La niât àulk BtùiS on s^est pendu maître de la lufiette on redoQte de Héloc^ cftte les ennMlîB oAt abandètitiée ; tm s^ est logé, et Voh croU que lé 97 ou le 2A on aitaqiiefa te obemin eoùvert.

iMndi M, à TermiUè». — ^ Le Poi alla laprèd-dtnée se promener à Marly , et fat trè^-content de totiâ le^ ouvrages (jQ^on y a faits en son absence. Madame la duchesse de Bourgogne gafda le lit. — D arriva hier au soir deax courriers de Bavière; l'un est Saint- Victor, capitaine de cavalerie , qui fait la charge d^adjudant général et a un brevet de mestre de camp dans les troupes de M. réleoteur ; il a passé par Tarmée de M. de Tallard devant Landau, et on le renverra incessamment en Bavière. L'autre courrier est M. Bernard, qui fait la charge de maréchal des logis dans Parmée de M. de Villars ; il en est parti te S3 et Ta laissée à Memipningen sur Flsler. S. le prince de Bade^ s'est avancé de ce côté-là, comme s'il avoit voulu se rendre maître de cette place , et a laissé un petit corps de troupes auprès d'AtigsboUFg ; son armée est fortifiée par la garnison sortie de Brisach et quelques troupes saxonnes restées de la défaite ûtt comte de Stirum. — Ce soir, avant souper, il est arrivé un cotorier du maréohal d'Estrées , qui malide au roi que les états de Bre* tagne lui ont accordé un don gratuit de trois millions; il y a quelques évèquesde ce pays-là dont il parolt que la cour n'est pas contente. — Ut nouvelle duchesse de Lesdiguières prit le tabouret au souper du roi. Madame la duchesse de Bourgogne se leva et soupa avec S. M. — Ce que Ton avoit dit de l'arrivée de l'archiduc en •Hollande ne s'est pas trouvé vrai ; il est encore à Dusseldorf ; on dit même qu'il n'en veut partir que quand la flotte qui te doit porter en iVxrtugal sera prête , ne voulant faire aucun Mjour à la Haye; il parolt qu'il n'est pas trop content des Hollandois.

ttardi 30, à Verêaillen. -^ Le rai alla tirer après son

OCTOBRE trOS. 335

dkief . Madame la duchesse de Bourgogne ne sortit point. Honsei^eur l^vint le soir de Meudon et madame la Dn- ^esse de Saitit-llaiir. -^^ H a^ma un courrier du mareehal de ▼illcrof , qtii devoit partir lundi de Pfamur pour Moitftier 4 son armée, qu'il ira séparer; les officiers généfHtut qtti reviennent comptent d'être à Paris au conhfôetieëitient de la semaine qui Tient. — Quelques nouvelles qu'oft a de Hongrie portent que les mécontents sont tellemeiït augmentés qu'ils sont au nombre de cent qoatoe-vingt lâille, parmi lesquels il y a trenle-cinq mille hommes de troupes réglées et armées. Hs ont pris cent pjèees de eanon en plusieurs châteaux et villes dont ils se sont fendus maîtres ; ils se sont saisis dès villes qu'on Appelle les villes des montagnes^ où sont les meilleures ittlnes d'or de Hongrie, et on assure que tant en or qu^en matières & épurer ils ont pris la valeur de %000,00ô d'écns ; ces villes se nomment Bistritz , Kremnitz , Schemnit2, Ffetisohl, Altsohl; il y a d'autres mines du côté de la Transylvanie qu'on appelle les mines de Nagibanîa, mais qui ne sont pas si abondantes. Il y a quelques lettres aussi qui disent que Pempereur a ordonné à tous les liabitants de Vienne de se fournir de vivres pour un an. -^ La eompagnie aux gardes vacante a été donnée à d*Orgemont, le plus ancien lieutenant de ce corps et qui a un bras coupé. — La comtesse de Clermont, que nous avons vue flUe d'honneur de la reine , s'appelaut made- QMttseUe des Autels, esi morte; elle n'a point d'enfanta; elle étoît vevve du frère aine de M. de Seissae. «- Les iloitvelles de Hongrie me paroissent un peu pleines d'exagération; mais je les écris telles qu^elles sont venues.

Mercredi 31, à Versailles. — Le roi alla à vêpres; toute la maison royale étoii aveo lui en bas , hormis madame la duefaesse de Bourgogne, qui étoit dans la niehe eu haut avec madame la duchesse d'Orléans. Après vêpres , le roi fut longtemps enfermé avec'le P. de la Chaise, comme il bit toujours la veille des fêtes où il fait ses dévotions ;

336 JOURNAL DE DANGEAIJ.

madame la duchesse de Bourgogne les (it le matiu aux Récollets en bas. — Il arriva un courrier de M. de Vendôme^ qui étoit le 2i à Alexandrie. Il mande que M. de Staremberg a détaché trois mille chevaux de son armée pour joindre M. de Savoie; ces troupes ont passé par Carpi du Modénois et par le Parmesan. M. de Vendôme va faire marcher quelque cavalerie pour tâcher d'empêcher leur jonction avec M. de Savoie et les combattre. — Le roi a permis à M. le maréchal de Villars de revenir*; il avoit demandé son congé plusieurs fois , et H. l'électeur ne sera pas fâché qu'il revienne ; ils ne s'accommodoient pas ensemble. Le roi y envoie H. de Marsin^ qui est déjà parti de devant Landau et qui trouvera à Schaffouse l'escorte qui y aura amené le maréchal de Villars. — Le roi a donné une pension de 1,000 écus à H. de Legall. Je crois qu'il en avoit déjà une de 500 écus, et qu'ainsi ce n'est que 500 écus d'augmentation. — Gédouin, capitaine de vaisseau , fils de celui qiii étoit gouverneur de M. de Vermandois y est mort. Il avoit le petit gouvernement de Beaugency, qui est de l'apanage de M. le duc d'Orléans^ qui a donné ce gouvernement à H. de Saint-Pierre; il ne vaut que 1,000 livres de rente.

* La diversité des projets , Tautorité que le maréchal de Villars vouloît prendre, mais surtout rénormité des contributions dont le mar^ chai de Villars s^enrichit aux dépens d*amis et d'ennemis , et les mouvements des troupes firançoises qui en dépendoient pour les étendre et les prolonger, à ce que Télecteur reprochoit au maréchal, les brouillèrent. L'électeur de dépit conçut le projet du Tyrol, qu'il exécuta malgré le maréchal, qui ne l'y voulut point aider, et dont l'idée étoit fausse; et le succès, qui n'aboutit à rien, fit perdre bien du temps, et nuisit beaucoup aux affaires quiavoient cependant été poussées plus heureusement ailleurs. Cela acheva de les rendre incompatibles , outre que le maréchal, jaloux de sa femme, à qui le roi ne voulut pas permettre de passer en Bavière, et n'espérant plus de monter à une fortune pins haute par la faveur de l'électeur qu'il avoit plus que perdue , ne cherchoit, depuis que sa main fut faite, que les prétextes de retour avee son butin.

3mà% \ " noxiî!(vArty à Versailles. — Le roi, Uonseigneur

NOVRMBRK 1705. 837

et messeigneurs ses enfants firent tous leurs dévotions j^parément, et à midi ils retournèrent ensemble entendre la grande messe; madame la duchesse de Bourgogne descendit en bas avec eux , et après la messe elle vint se déshabiller. L^après-dlnée S. M. et toute la maison royale entendirent le sermon du P. de la Rue, vêpres^ vêpres des morts et puis le salut; madame la duchesse de Bourgogne, qui étoit en robe de chambre, demeura dans sa niche de la tribune en haut. — Il arriva un courrier de M. de Tallard, parti le 29 au matin; on avoit attaqué la contrescarpe la nuit, et on s'est logé sur trois angles saillants ; nous n'y avons perdu quasi personne , cependant on croit que les assiégés se défendent bien. — Notre ambassadeur à Constantinople mande tout ce que nous savons déjà de la déposition du Grand SSeigneur et des changements arrivés à la Porte. Il écrit qu'on a pris quarante millions au mufti qui a été tué, et il ajoute dans une lettre qu'il écrit à son frère ; « Ne dites point cette particularitéià; car, quoiqu'elle soit vraie, il n'est pas vraisemblable qu'on trouve une somme aussi exorbitante à un ^particulier. » — M. Portail , tuteur des petits enfants <3e M. Rose, a vendu pour eux sa charge de secrétaire du csabinet, que le roi avoit laissée à la famille; M. Duret, ^gprésident du grand conseil, )'a achetée, et donne des ^^sffets qu'on estime environ 4i>0,000 écus.

Vendredi 2, à Marly, — Le roi dina de bonne heure Versailles, et puis vint ici, où il se promena jusqu'à la kuit. Monseigneur et monseigneur le duc de Berry couirent le loup dans la forêt de Saint-Germain et arrivent ici un peu après le roi. Monseigneur le duc de Bour- :ogne dina à Versailles chez madame la duchesse de ^urgogne avec les dames du palais, et durant son Iner un officier du gobelet qui le servoit tomba mort à ^es pieds ; heureusement madame la duchesse de Bourgogne, qui mange gras, dlnoit chez madame de Maintenon ; elle ne vit point ce triste spectacle, qui auroit été dango-

Slë JOUftMàL DE PANfiBAU.

reiu à voir eu l'état où dous la croyons. EUe viai ici en carrosse, mais fort douceiaent et toujours sur la terre, et se coucha en arrivant. —On eut des nouvelles à Versailles d^un petit combat en Languedoc contre les fanatiques. H. de Yergetot , brigadier d^nfitnterie et gendre du feu maréchal de Bellefonds , en attaqua une troupe de s^t ou huit cents auprès de Lussant ; il en a tué six^vingts, blessé plusieurs, qui se sont dispersés dans les bois. Noui n'avons quasi perdu personne à cette action; on leur a pris trente mauvais chevaux qu'ils avoient. — Dans k distribution des bénéfices que le roi fit hier il n^y avoit rien de considérable ; le meilleur étoit le doyenné de Saint-Omer, qui vaut 2,000 livres de rente , qui a été donné à Tabbé de Valbelle , aumônier du roi > chanoine de cette église et grand vioaire de son oncle ^ qui est évèque de Saint-Omer.

Samedi 3 , à Marly. — Le roi , après la messe, alla courre le cerf dans sa petite calèche; Madame étoit dans une autre calèche ; Monseigneur et messeigneurs ses enfants étoient à la chasse. On revint dîner & l'heure o^ dinaire et, après dîner, le roi se promena dans les jardins. — Hier Tambassadeur de Savoie donna une lettre de son maître à H. le duc d'Orléans, voulant engager une négociation avec le roi et tirer les afCEÛres en longueur. M. le duc d'Orléans en rendit compte le soir à S. M., qui l'a chargé ce matin de dire à cet ambassadeur que le roi ne changeroit rien dans les propositions que M. de Vendôme a ordre de lui faire et qu'il faut une réponse décisive. — M. le maréchal de VUleroy demeur rera cet hiver en Flandre; il a loué un hôtel à BruxeUes et y envoie des meubles de Paris. M. le maréchal de Boufflers revient, et sera ici à la fin de la semaine qui vient. — Moulineaux, capitaine aux gardes^ qui a eu la survivance du gouvernement de Brouage, vend sa com^

pagnie à M. de , lieutenant dans ce régiment, et

parent du maréchal de Boufflers, qui en a obtenu l'a-

écrément dn roi pour lui. -* La comtesse de la Marck est <ie ce voyage; elle n'y étoit venue qu'une fois.

Bimanehe k, à MarUf. — Le roi alla raprès<llnée à Saint- Gennain voir le roi et la reine d^Angleterre; Mon- ^seigneur y étoit allé avant le roi , et en repartit quand le roi y arriva. — Le matin, pendant que le roi étoit au <3onseil, le ehevaUer de Montendre arriva. M. de Vendôme J« fit partir le 28 au matin de SerravaUe ; il a passé par le lac Ibjeur, par le lac de Genève et par Lyon. U «apporte la nouvelle de la défaite entière des deux mille ^cshevau^ que le comte de Staremberg avoit détachés de ^«Mi armée pour joindre M. de Savoie ; ils étoient oom- ^znandés par Visconti, le même que M. de Vendôme avoit ^^éjà battu à la Victoria. Le combat se donna le 26 à Saint- ^Sébastien sur la Staffora. M. de Vendôme^ à la tète des gl grenadièfc^ du régiment de Bresse, commença Fattaque ; s ennemis se défendirent fort mal. On leur a tué quatre nls hommes , on en a pris cinq oents, et le reste est eneloppé dans dès montagnes par nos troupes» et ou ne roit pas qu'il s'en puisse sauver un seul» Ils ont abaur onné presque tous leurs chevaux ; il y eu avoit d^ lus de sept cents de pris quand Montendre est parti ; ces eux mUIe chevaux étoient Télite de Tarmée du comte e Starembei^ et étoient composés de quatre-vingt- \K maîtres par régiments, et ils avoient doublé les oI&« iers; il y en avoit dix -huit parmi les prisonniers. Ils isent que Visoonti a été blessé , et s^étoit retiré à un illage à trois lieues de Ssdnt-Sébastien ; que le comte de alms^ colonel, et le commandant du régiment du prince ugène ont été blessés aussi et tàchoient de se retirer à ènes^ qui n'est qu'à six lieues de Saint-Sébastien. Ce qui -loit resté de ce détachement vouloit d'abord poursuivre marche; mais ayant appris que M. de Bouligneux étoit

\gni sur la Bormia (1) avec cinq bataillons, ils vou-

^ (1) 4o^ sur U Bormida.

lurent remarcher en arrière^ et voyantque M. de Venâôiney non content de les avoir bien battus^ les poorsuivoit encore^ ils se jetèrent dans la montagne où nos troupes les enveloppèrent. M. de Vendôme n'avoit avec lui à Saint- Sébastien que quatorze compagnies de grenadiers commandées par M. de Dreux et mille chevaux. M. le grand prieur et Chemerault prirent la hauteur sur les ennemis, et les attaquèrent pendant que H. de Vendôme les chargeoit au pied de la montagne ; cinq cents dragons des ennemis mirent pied à terre^ firent une décharge dont Chemerault fut blessé au bras y et prirent la fuite. Deux compagnies de hussards que nous avions coupèrent beaucoup de tètes et ramenèrent trois cents chevaux; nous n'avons pas eu vingt hommes tués à cette affaire-là.

Lundi 5 y à Marly. — Le roi se promena tout le jour dans ses jardins; il travailla le soir avec M. Pelletier, comme il a accoutumé de faire tous les lundis. Monseigneur vouloit courre le loup , mais il n'y en avoit point de détourné ; il ne partit point d'ici. — On eut par l'ordinaire des lettres de devant Landau du 30 et du 31. Nous avons établi plusieurs batteries de canon et de bombes dans le chemin couvert ^ et on alloit travailler à la descente du fossé où les assiégés ont mis de L'eau ; ils continuent à faire un fort grand feu y mais ils n'ont encore tué ni blessé personne de connoissance. — Du Libois *y gentilhomme ordinaire du roi^ est allé par ordre de S. M. à Paris et demeurera auprès de M. Tambassadettr de Savoie^ qu'il accompagnera partout (1). On ne doute

(1) M. de Savoie négocioit déjà U y avoit ploB d'un an avec les eonenûft de la France, et M. de Catinat, qaî s'en aperçut, ne fat pas cru. C'étoit furieusement risquer pour ce prince, que nous environnions de tous les côtés. Cependant, par une suite d'événements presque incroyable, sa défection a Ait le salut de la maison d'Autriche, et la grandeur de la sienne en a Uen augpnesté. On s'aperçut enfin de la manœuvre de M. de Savoie , et on fut confirmé par tous les bruits de toutes les cours que ce prince avoit trahi la France. M. de Vendôme eut ordre de désarmer ses troupes, et lui fit passer cette Mtre que

quasi pas que M. de Savoie ne sût la défaite de Visconti quand il fit partir son dernier courrier par lequel il or^ donnoit à son ambassadeur de parler à M. le duc d'Or* léans; ses lettres étoient du 28^ et le combat s'étoit donné le 26. — On a nouvelle par plusieurs endroits que le roi de Soède s'est enfin rendu maître de Thorn ; il y a des lettres aussi d'Allemagne qui parlent d'un grand combat entre les mécontents de Hongrie et les troupes de Tempcreur, où les mécontents ont eu tout Favantage. C'étoit le général Kuiba qui commandoit les troupes de l'empereur.

* On mettoit souvent ainsi des gentilshommes ordinaires à la garde des ani]>assadeurs avec les maîtres desquels on étoit sur le point de rupture on en rupture ouverte , et même chez les nonces. Ils logeoient et mangeoioit avec l'ambassadeur, alloient partout avec lui et ne le quittoient point, en sorte que sa chambre même ne leur étoit jamais feimée. Cétoient d*honnétes espions à découvert pour voir et rendre compte de tout , rompre toutes mesures par leur présence et empêcher l'ambassadeur de s'évader et de dépécher des courriers. Ce Libois avoit de ]*esprît et de l'hitrigue, grand joueur d'échecs , et servoit toujours. On le soupçonnoit un peu de rapporter, péut-étre injustement , mais il n'étoit pas admis en beaucoup d'endroits ni en grand csofflmeroe avec personne. .

Mardi 6, à Marly. — Le roi courut le cerf. Monseigneur courut le loup et ne revint que fort tard de la chasse. — 11 arriva le soir un courrier de M. le comte de Toulouse, parti de Toulon le 1" de ce mois; ce prince est toujours à la rade, attendant des nouvelles du parti que prendra la flotte ennemie. On lui a mandé de Gènes que M. de Visconti y étoit arrivé avec cinq cents bonunes qu'il avoit sauvés de sa déroute; qu'il

le ni lui éorivIL Da miilBs a-t-elle coora , et Lamberti la rapporte sans pourtait eo être garant : « Monsieur, puisque la retigion , Thonneor, Tallianoe , les tnitéa et votre signature ne vaut rien entre nous , j'envoie mon cousin le duc àt Vendôme pjur vous expliquer mes sentiments ; il vous donnera vingt^quatre tieoree pour vous déterminer. (Note du duc de lAtffnes,)

343 JOURNAL DE HANGEAU.

avoh demandé aux Génois quelques bfrtbftenfks pour porter ses troupes à Oneglia o« & Villefranche y ce que la république lui avoit refusé , et qu'il prenoit le parti de tâcher à regagner avec sa petite troupe l\unnée du comte de Starembei^; mais il trouver» bien» des ob»* tacles en son chemin. Q arriva un eourriop du catfd»* nal de Janaon^ qui a passé par Gènes, où il trouva eaeare le général Visconti^ qui lui dit : a Vous êtes biea heuremu courrier^ de nous être échappé ; nous vous manquAmas hier. D -^ « Monsieur^ lui répondit le coitrriai?^ vousm'avei manqué , mais M. de Vendôme ne vous a pas manqué, n Ce courrier dit que la flotte ennemie étoit à File de Corse^ à San-Fiorenza, et qu'on Tavoit assuré à Gênes qu^elle mettoit à la voile pour aller passer le détroit. — On a nouvelle que l'archiduc étoit parti, de Dusseldorf le â.7; ainsi il est appsupemment arrivé en Hollande.

Mercredi 7, à Marly, — Le roi tint conseil le matin, se promena toute Faprès-dlnée ; il vit cent soixante carpes de couleur qu'on lui a apportées de Villarceaux , et il travailla le soir avec M. de ChamiUart chez madame de Maintenan y comme il fait tous les mercredis. — Il arriva un courrier d'Espagne qui a laissé le 2 de ce mois le cardinal d'Estrées à Baronne. On a £ait une nouvelle junte * à Madrid depuis que le cardinal Porto-Carrero s'est retiré des affaires; cette junte estcoiaposée de don Manuel d'Àcias^ président de Castille^ da marquis de Mansera et de l'abbé d'Estrées, notre amba^ sadeur. — J'appris que M. le duc d'Orléans avoit proposé au roi , il y a quelques jours , d'aller en Espagne pour y commander l'armée ; il accompagna sa proposition de beaucoup de bonnes raisons et parla très-sagement et avec beaucoup de force. Le roi en fut très-content, mais il n'a pats jngè à propo^de* Vy kôaser ailev-. — Le roî a permis à quelques officiers généraux qui arrivent de Flandre de venir ici et leur y a donné des logements. Ces officiers généraux sont les dtics de la Feuillade , de

ontffH*i et )e marquis d^Antin ; le duc de Guiche y est aussi y mais il ne hii a peint fallu de logement^ 3^cLrce que la duchesse de Guiche est du voyage. — Par ^e9 dernières lettres venues de Languedoc ^ il pareil que les fanatiques sont un peu consternés depuis leur dernière d^fte et voyant que la flotte ennemie n'^a rien

* Cette nouveHe junte fut une espièglerie de madame des Ursins, qui ▼ooliit apaiser la rumeur de retpnision des anciens ministres et dé oeux snrtoat à ((at te roi d'Espagne devoit la couronne par lopart ^ils ^^oient eue autestanon, el paitieulièreaieat la retfaitedes d#ux. car* flinaux. Elle choisit donc Fabbé d'Estrées comme ambassadeur de Prance pour tenir la place du cardinal son oncle, et deux hommes de la l>reniière réputation , don Manuel Arias , revêtu de Ta première et de plus importante pbce d'Espagne, et le reste de ces anciens minisires, le marquis de Mansesa, de la maîsen de Tolède, iiAniniiMilattaebé aa et f}«i avoit passé par Us vice^royautés et les pto grands emplois^ qui avoit quatre-vingts ans. Elle n'étoit pas embarrassée de celuiet aussi peu de Tabbé après avoir expulsé son oncle ; on verra biencomme elle se défit d'Arias et de Tabbé. En attendant it ne se feirien par la junte cp» tes anosettes d^ua bsseoaseil. les afiMres et ses se résotveient entre le rai« la rené et elle,, ^a la rm»^ <3|^uelque£DÎachez elle, et le rsi n'ai portait à la junte qgue ce ^ d^ '^^^>it être pubUc et un moment auparavant qu^il le devînt.

Jeuéi 8 ^ à Mmrhf. — Le roi manda k matin au roi :4 À la reine d'Angleterre^ qui dévoient venir icî^ l^arriv«r de bonne keore aftn do pouvoèr se pnaia»ler ; il faisoit le plas bean temps du monde. Us ar^ 'itvérent à quatre heures, et retoumèrwri souper è ^'^la.mt^fietnnin. La reine est on pea seôeux qu'ette Cétâi à FontaineUeau , et Tosi doute eneore <|iie la »ur qu'elle a au sein seit un caneer. *^ On ne ^Soute plitt de la grossesse de madame la duckesse â# [Vg€gm; voilà deux mois entiers paeséa. -^ Il arriva .« sMMriin courtier de M. de Tattairâ, parti le &. La demi* eet prise; les ennemis s'y étoient velia»dbés^ niais âls n'ont po tenir ce retranchement. Ils font toiqours un Cort graind feu et ehicanent fort leur terraîn ^ mais ils

3^4 JOURJSAL DK DANGEAU.

n^attendent point quand on peut les aborder, car ils craignent les coups de main. On mande que, selon toutes apparences , ils se rendront le lendemain ou tout au plus tard le jour diaprés. Le roi, à son coucher, nous en montra le plan ; le fossé entre la demi-lune et la contre-garde est à demi comblé , et les brèches à ces ouvrages sont déjà grandes. Nous avons perdu depuis le siège plusieurs ingénieurs et un colonel d'un nouveau régiment, nommé Jansac. — Il arriva un courrier de M. de Vendôme parti d'Alexandrie le 1°'. Ce prince devoit marcher le 4 droit à à Ast, qui n'est point en état de se défendre ; les cinq cents chevaux ennemis échappés du combat tâchent àregagner Bologne pour rejoindre M. de Staremberg, mais ils auront bien de la peine dans les montagnes qu'il faut qu'ils traversent; ils sont obligés de tuer leurs chevaux ou de les vendre pour un écu aux paysans. On les suit encore, et H. de Yaudemont enverra encore des troupes pour leur boucher tous les passages.

Vendredi 9, à Marly. — Le roi, après la messe , alla courre le cerf; Monseigneur et messeigneurs ses enfants étoient à la chasse, qui fut assez longue , et on dina plus tard qu'à l'ordinaire. — Le roi d'Espagne a fait une déclaration en interprétation du testament du feu roi Charles II, qui est telle que H. le duc d^Orléans lepouvoit souhaiter et par laquelle il est appelé à la succession de la couronne d'Espagne en cas que les descendants de la reine Thérèse vinssent à manquer, et cela comme petits^ fils de la reine Anne, qui ont droit à cette couronne préférablement à tous les autres princes qui ne sont point de la maison de France. Cette déclaration sera jointe au testament et reçue dans tous les tribunaux où le testament a été autorisé. — Le roi nous dit à son coucher que M. de Savoie avoit fait tirer sur nos galères qui passoient sous un fort qu'il a auprès de Yillefranche, et nous en a paru même fort piqué ; cela n'a fait aucun mal à nos galères. Toutes celles que nous avions sur les c6tes d'Es-

ne, après deux ans de séjour en ce pays*là, sont i-enrées à Marseille ; elles ont essuyé une grande tempête à 'embouchure du Rhône , mais elles en sont fort peu enommagées. — Les dernières nouvelles qu'on a eues 'Ecosse portent que le parlement de ce royaume y assemblé à Edimbourg y refuse de payer les sommes que 'Angleterre leur demande; il y a même eu des lords ui ont proposé de ne pas exclure de la couronne le rince de Galles; o'est ainsi qu'ils appellent le roi Jacaes m qui est à Saint-Germain.

Samedi 10, à Venailles. — Le roi se promena tout le UT dans ses jardins de Marly, et ne revint ici qu'à la uit. Monseigneur alla de Marly dîner à Meudon, d'où il e reviendra que jeudi. Madame la duchesse de Bour- ^gnè partit de Marly à trois heures, et vint ici par les de Marly et de .Versailles pour éviter le pavé. — a publié un édit pour les monnoies, par lequel les louis et les pistoles d'Espagne seront reçus dans <2^>mmerce sur le pied de treize francs comme les noueux louis; les patagons seront reçus aussi dans le merce. — Le roi fait lever par les intendants dans provinces trente mille hommes de milices, qui ent être prêts à marcher à la fin de l'année. — Le uis de Goigny le fils a été fait inspecteur de ca vaen Flandre, en la place de Courtebonne, qui sert pré- ^4^ment en Alsace. — Les mécontents de Hongrie grosnt tous les jours; on écrit d'Allemagne qu'il y en a de cinquante mille armés, et plus de cent mille qui ont reconnu le prince Ragotzki pour leur roi ; nvoient des partis jusqu'aux portes de Vienne. Le ^eau sultan, à ce qu'on prétend , a envoyé assurer le ce Ragotzki de sa protection. L'empereur a envoyé régiments contre les mécontents, dont un presque entier a péri en descendant le Danube.

imanche 11, à Versailles. — Le roi alla tirer l'a- ^^%^lnée. Monseigneur, qui est à Meudon , fit des bat-

tues dans le paro^ et ne revint diner qu'à six heures. Le roi ^ à son diner^ parla foirt gracieusement à HM. ds Bé et de Céeile qni vont senrir ea Espagne, M. de Bé en qualité de lieutenant gén^arali et H. de Cécile hngadier de cavalei'ie, el [ qui] ont servi dans notre ar* mée de Flandre avec beaucoup de réputation. — Le duo d'Albe, nouvel ambassadeur d^Espagne, estarnv^à Paris. — On a reçu des lettres de Landau du 6. On travailloit à pouvoir combler le fossé pour attaqua la eoatre-gafde. Le comte de Roucy a été blessé d'u» ceiip de pîervt à la tête, qu^on ne eroit point dangereux. M. le prince de Bide a laissé quatre mille hommes dans Augskourg, a repassi le Lech et Tisler, et s'approche du lac de Constance pour joindre, à ce qu'on xroit, lestroupea que le eoavte de Stirinn a rassemblées et qui sont présentement sur le Neker. M. de Bavière a mandé au comte d' Aroo, qu'il avoit laksé avec huit ou dix mille hommes en Bavière^ de le revenir joindre auprès de Memmingen, ad il est campé, et après cette jonction^là scm armée sera de tre&ke nûlk hoimnes, et il marchera au prinee die Bade, ^ai, joint à M. de Sliruan, n'en aura pas davantage.

Lundi 12 , à Versailk»^ — Le roi alla Vaprès-dinée se promener à Trianon ; lliionseigneur vint ici de Meuden pour le cons^, et s'y en retourna dÉner, •— Il arriva nm courrier de M. de Tallard ; les lettres sont du ft. Nous avons attaqué les contre-gardes , mais nous j avons été repeuesés par deux fois, nous y avons même perdu assez d'oiliciers de grenadiers ; cela retardera la peise de la place de quelques jours. Les ennemis se défendent fort bien; ils se servent de leurs eaux, et qw^iqull» n'ee fassent pas tout Tusage qu'ils eo peucroî^vt £aive, cria ne laisse pas de nous incommoder. — Il arrivai Quroeuprier de M. le comte de Toulouse; il est à la gcasade rade de Toulon y prêt à mettre à la voile ; il a pris des vivres peur cpsiatre mois. U a vingt-Mxgros vaisseaux de gverre avec lui , et doit être joint par quiiBse autres. On ne saiè

^3?îl passent le détroit pour aller au-devant de la flotte en-

tmiemie cjni doit porter Farehidac eu IH[»rtuga)^ ou g^

^(mge à eombattre la flotte angloise et hollandoise qui

«st encore au cap Corse. — Le eonseil de guerre de l'em-

'perenr a dégradé des armes le comte d' Arcos , qui étoM

gouverneur de Brisach ; i) s^est réft^ié en France y et est

présentement à Lyon. -^ Les paysans anci^ois ea

de Languedoc prennent les armes eonife les

«t en ont tué dans une occasion dewi; cents sans* avoir de

troupes réglée» à leur tète.

Mardi iSy à Vtr$aiile$. — » Le roi alla tirer Taprèt»* ^Ifiée. Ilonseijgneur^ qui est à Meudon, vouloit coum le 3€>wf y mais on n'ea put détourner. L'espérance de la ^Tjrossesse de madame la duohesse de Bourgogne continue t^o^^jouTSy et elle se ménage fort; elle mange souvent le le soir chez; elle, et v» attendre le roi dans le cabia» sortir du sevper. -» On envoie trois régioMtBts de Galerie et «n régiment de dragons firainçois en Espagne; y enverra aussi quelque infantevie , mais le nombre a est pas encore réglé. — * On croit que le comte de St'Tm iremberg, qni est toujours derrière la Seecbia^ve«t en«- ^X7esdre quelque chose sur les troupe» qui sonA aus de M. de Vaudemoat, pour pouvoir ensu^ eurr quelques secours à M. de Savoie. — Il court ua "«laî-i; que le prince Eugène revient eommandsr Favmée m. ^^«mte de Staremberg. — L'arekiduc^ qoî est eatose en ^U^inde j a fait un nouveau grand d'Espagme y qui eâl ' X^Knee de la Tour de Taxis. — Le ministee de M. de ^^v^o Je auprès des Suisses leur a fait une harangue fort Ô^i^nsufie pour la France; il les prie. âfujBir la Savoie <^orps helvétûfiie, d'en faôre un quatcNnsièine can** ^t de donner des tronpes au duc son. maAtce peur loi^ '^ àb défendre le^ Piémont et la Savoie cottire les îb^ et violentes entreprises de la France; il paile nfeème ^^ , dans, son méaaoiire^ d'une madoière peu respect

Mercredi 14, à Versailleê. — Le roi, après son lever, donna audience au duc d'Albe, nouvel ambassadeur d^Espagne. Après dîner S. M. alla se promener àMarly, et le soir il travailla avec M. de Ghamillart chez madame deMaintenon, ce qu'il fait tous les dimanches, les mercredis et les samedis et quelquefois même encore d'autres jours de la semaine. — Le maréchal d'Huxelles a eu ces jours-ci de grandes conférences avec M. de Ghamillart; eelaafait faii« des raisonnements, mais il n'y a rien de déclaré sur cela. — On mande de Flandre qu'on a entendu sur les côtes de Hollande un grand bruit de canon , et cela leur a fait croire que c'étoit rarchiduc qui s'embarquoit; cependant on en doute encore , d'autant plus qu'on a appris qu'une partie des régiments qui dévoient passer avec lai ne veulent pas obéir aux ordres qu'ils ont reçus là-dessus. — Il y a un traité fait entre le roi de Suède et l'électeur de Brandebourg, dont les troupes s'approchent d'Elbing. Le roi de Suède s'engage, quand ils auront fait ensemble la conquête de la Prusse royale , de la lui céder tout entière, moyennant quoi l'électeur lui cédera la partie de la Poméranie qui lui fut donnée par la paix de Munster. Le roi de Suède lui promet , de plus, de se joindre à lui pour faire valoir ses droits et ses prétentions sur la succession du roi Guillaume.

Jeudi 15, à Versaillei. — Le roi alla tirer Taprès-dlnée. Monseigneur revint de Meudon, où il étoit depuis samedi. Madame la duchesse de Bourgogne continue à nous donner de grandes espérances de sa grossesse. — M. le maréchal de Boufflers reçut des lettres qui assurent que les troupes de Hesse ne songent point du tout à marcher au secours de Landau, et qu'elles ne songent qu'à entrer dans les quartiers d'hiver. — M. de Vendôme doit être présentement à Ast. M. de Savoie depuis deux mms a fait emporter tous les grains qui y étoient, se doutant bien, si nous découvrions ses intentions et que nous entrassions en guerre avec lui, que ce seroit le premier poste dont

nous nous saisirions ; mais TAstesan est un pays si abondant que notre armée trouvera de quoi y subsister grassement. M. le maréchal de Tessé doit entrer le 15 ou le 1 6 au plus tard dans Ghambéry . M. de Salms, qui commandoit dans cette ville^ où il avoit deux bataillons de milice^ s'est retiré avec ses troupes sous Montmélian y les bourgeois et les magistrats lui ayant déclaré que leur ville n'étoit point en état de se défendre et qu'ils avoient résoluy pour en empêcher le pillage^ d'en ouvrir les portes aux François dès qu'ils en approcheroient. Les troupes qu'a présentement M. de Tessé ne sont pas fort nombreuses^ mais elles seront augmentées considérablement avant la lin de Tannée^ car on est résolu d'attaquer vivement M. de Savoie^ d'autant plus qu'on découvre tous les jours des marques sûres de ses mauvaises intentions.

Vendredi 16, à Venailles. — Le roi alla l'après-dinée se promener àMarly ; madame la duchesse de Bourgogne ne soupa point avec lui ; elle mangea gras dans sa cham* bre. Le soir il y eut comédie; monseigneur le duc de Bourgogne n'y fidlapoint. — Il arriva un courrier de M. de Vendôme, qui est entré dans Ast, dont on lui a ouvert les portes ; l'évéque et les magistrats sont venus au-devant de lui. 11 n'y a que dix lieues d'Ast à Turin^ et il n'y a ni Tivière ni montagne entre deux. H. de Savoie a fait un lour à Coni , à Nice et à Villefranche pour donner ordre A ces places-là, et doit revenir avec ses troupes se mettre sous Turin. M. des Marets, colonel de la Fère, s'étoit presque trouvé environné des milices de Mondovi ; il se jeta dans un bourg qui donna le temps à IIM. de Bouligneux et de DiUon de le venir dégager; ils attaquèrent ensuite les ennemis, en tuèrent plusieurs et firent beaucoup de prisonniers; cela décourage beaucoup les autres peuples de Piémont de reprendre les armes^ parce qu'ils regardoient les Mondovisiens comme les plus braves gens d'entre eux. — Le petit marquis de Montcavrel, qui n'avoit que quatorze ans et étoit enfant unique, est mort ;

S69 JOrniNAL OB DANGEAU.

il «Yoit de grandes préteDttons sur les Mans de lioiifea* vrel^ dont la vieille piedame de Mailly ^ sa tante, étoit en poeeessioD depuis longtemps, et oda anxoit fait des piooès capables de ruiner la maison de madame de Maillf ; cette mort la met en {dein repos y et lui donne enooro plvfide droit A attaquer M. le i^noe de Gonty sur k wioœflsion du feu roi Guillaume pour la principauté d'Orange. Swmdi 17, à VtriMlêê. -^ Le roi alla tirer Taprèsdinée. ^^On fit àChaillotunservioe magnifiquepourlefea maréchal de Lorges; Tévèque de Senlis y officia, et l'abbé Anselme prononça l'oraison funèbre. — 11 arriva un courrier du maréchal de Tallard, parti du mercredi matin 14. Les mines qu^oo avoit faites sous les contre-gardes avoient fait un grand effet et fort élargi les brèches. Le régiment de Navarre attaqua celle de la droite, le régi* ment du roicelle de la gauche ; on les emporta toutes deux, et on s^y est logé et établi ; nous n'avons pas eu cent hommes tués ou blessés à cette action. Les grenadiers du régiment du roi y tuèrent un de leurs camarades qui vouloit fuir; ils ont pris dans leur contre^garde quelques officiers et quarante soldats ; on travaille à combler le fossé qui est entre les contre-gardes et les tours bastiittnées. Les troupes de Hesse marchoient très-diligemmeat pour secourir la place ; elles sont composées , en comptant tout ce qui s'est joint à eiu, de trente escadrons et de vingt-trois bataillons ; ainsi elles sont un peu plus fortes que le corps de M. de Pracomtal, qui n'est que de vingt-quatre escadrons et de vingt et un bataillons. Nos troupes doivent arriver devant Landau le 16, et les Hes* siens ne sauroient être au plus tôt que le 17 sur le Spierbach. M. de Tallard a détaché le comte de Rouoy, qui se porte bien de sa blessure , avec deux mille dxevaux ei cinq cents fantassins, pour dtfendre le passage de cette rivière , qui est très-difficile à passer, et on y enverra tout le corps de H. de Praoomtal si les ennemis s'avancent jusqueJA.

!IOV£MMl£ t70S. 35 1

DimÊMhe 18, à Ver9âiUe$. — Le roi alla tirer Taprè»dlaée et IraviûUa le soir chez madame de Haintenon avec M. de Chaaiilkr4^ à 9on ordinaire. — ()& a avis que les troupes de Hesse marchent très-diligemment pour secourir L#andau; on espère que M. de PraGomtal y arrivei» plus tôt qu'eux, (te a pris un espion qui se vouloit jeter dans la place et qui porftoit au gouverneur une lettre par laquelle on Tayasuroit que, pourvu qu'il tint seulement jusqu^au It , il seroit sùi^ement seoouru. — On a avis que la flotte enneoûe qui étoit dans la Méditerranée avoit repassé le détroit ; si cela est , nous verrons bientôt ici M. le comte de Toulouse y car le roi lui a mandé que, dès qu'il auroit des nouvelles sûres de leur sortie de la Méditerranée y il n'avoit qu'à désarmer ses vaisseaux et revenir iei sans attendre de nouveaux ordres. — Le roi a donné au chevalier de Mbntendre 3,000 écus pour son voyage, et lui a renouvelé les assurances de lui donner un bon régiment d'infanterie ; il y en a deux vacants présentement, l'un par la mort de Jansac, tué à Landau, Tautre parce que le colonel a été cassé pour un prétendu combat ; mais ce sont deux nouveaux régiments, et le roi veut lui en donner un qui ait servi .

iMHdi 19, à Versailles. — Le roi alla se promener à Trianon, où U fait accommoder de nouveaux jardins qui seront très-beaux. Il travailla le soir avec M. Pelletier, à son ordinaire. — Il y a eu vingt ingénieurs tués ou blessés au siège de Landau ; on croit que demain on aura la nouvelle de la réduction de cette place. -^ Il y a des nouvelles d'Allemagne qui portent que l'électeur de Brandebourg s'est rendu maître de la ville d'Elbing ; on prétend que le baron de Spar, que nous avons auprès du roi de Suède, a fort aidé au b*aité qui s'est conclu entre le roi et cet électeur^ qui témoigne èU*e fort mécontent des HoUandois et qui ne s'éloigneroit peut-être pas de retirer ses troupes de leur service si nous le voulions reconnoltre roi de Prusse. ~ M. de Tessé est entré dans

Chambéry avec une manière de capitulation dans la* quelle il permet aux gentilshommes , magistrats et officiers de guerre qui ne voudront pas prêter serment de fidélité au roi de sortir de la ville dans dix jours avec leurs familles, leurs domestiques et leurs effets^ sans quHl leur soit fait aucune insulte , et on leur donnera tous les passe-ports nécessaires pour cela.

Mardi SO, à Versaillet. — Le roi^ après son lever^ donna audience au marquis de Gastel dos Rios^ ambassadeur d'Espagne ; c'est son audience de congé , mais il demeurera encore quelque temps ici. — Le marquis de la Baume arriva sur les cinq heures , qui apporta la nouvelle d'une bataille gagnée par le maréchal de Tallard^ son père, contre les troupes de Hesse y de l'électeur palatin et une partie de celles qui étoient dans les lignes de Stolhofen. M. deTallard^ sachant que le prince de Hesse^ qui les commande, avoit fait des marches forcées et avoit passé le Spierbach, d'où nous avions fait revenir le comte de Roucy avec son détachement, M. de Tallard^ dis-je , résolut de marcher aux ennemis^ et pour cela il laissa la conduite du siège à Laubanie , le plus ancien lieutenant général , et choisit dans son armée quarante-quatre escadrons et vingt^ept bataillons , et dès le mercredi au soir campa hors de ses lignes et manda à M. de Pracomtal de le joindre le lendemain de bonne heure avec sa cavalerie , si l'infanterie ne pouvoit arriver. Le jeudis à la pointe du jour, M. de Pracomtal le joignit avec sa cavalerie ; ils trouvèrent les ennemis entre la petite HoUande et Spire, qui n'étoient pas tout à fait en bataille ; la cavalerie de leur droite entra dans celle de notre gauche et fit une assez belle charge , mais leur gauche ne tint point contre notre droite. Leur infanterie, après leur première décharge ^ fit encore une assez bonne contenance; mais nos soldats, la baïonnette au bout du fusil, y entrèrent , et il y eut vingt-trois bataillons ennemis dont presque tous les soldats furent tués dans les rangs; leurs cinq autres bâtai I-

Ions , car ils en avoient vingt-huit^ n'ont presque pas combattu. Nous avons pris leur canon , beaucoup d'étendards , presque tous leurs drapeaux ; il n'y a point de victoire plus complète. Ils avoient cinquante-quatre esca* drons; nous étions plus forts qu'eux en cavalerie ^ mais ils avoient un bataillon plus que nous, et leurs bataillons étoient plus complets que les nôtres. Dès le même soir le gouverneur de Landau y Uen averti apparemment de révéaement du combat, battit la chamade ; Laubanie eu envoya avertir le maréchal de Tallard, qui étoit demeuré sur le champ de bataille et qui lui manda de ne rien presser pour la capitulation. Sitôt que le roi eut reçu ces bonnes nouvelles , il les manda à Monseigneur, qui étoit à P&ris à Fopéra ; Monseigneur lut la lettre dans sa loge; on fit cesser les acteurs un moment, et Monseigneur apprit au public le gain de la bataille et la prise de Landau , ce qui fut suivi de beaucoup de cris de Ytct \t roi et Jfcm* feigïïeur, après quoi on fit recommencer l'opéra, et Monseigneur revint ici au souper du roi. — Nous avons perdu àèsis la bataille M. de Pracomtal *, lieutenant général, qui foi tué dès la première décharge ; Dauriac, brigadier et mestre de camp de cavalerie ; Brulart (1), lieutenant de gendarmerie et fils de la duchesse de Choiseul; M. de lieuse, mestre de camp de cavalerie^ de la maison de Choi-

(1) Celte bataiUe ût deux héritières , mademoiselle de Brulart et mademoi- Mife de fieaumanoir. La première, qui épousa depuis M. de Charo«t el eo secondes noces M. de Luynes, devoit alors épouser le second fils de M. de Che- TKuse, qu'on appdoit le vidame d'Amiens , depuis duc de Chaulnes et maiédal de France. Ce mariage étoU arrêté ; arrive la nouveUe de la bataille de Spin et en mflme temps celle d'un testament militaire qu'avoit finit M. de Bru- Jhi Cl fiiveur de sa sœur. Madame la ducbessse de Choiseul, qui auroit pu Mrer que sa fiUe épousât un aîné plutôt qu'un cadet . ne voulut point rompre les engagements qu'elle avoit pris , et fit dire à M . do Chevreuse que cet événement n'y cliangeroit rien. L'affaire fut rompue cependant parce que V. le vidaroe avoit alors un grand attachement, et qu'il en fit avertir madame b duchesse de Choiseul. Le mariage avec M. le marquis de Charost se fit l'anaée suivante au mois de décembre, et M. le vidame épousa M"' de Betiiniia- Mir an mois de janvier 1704. (Note dn duc de Luynes. )

3i4 JOUBflAL De DAMGEAU.

seul; C^voy brigadier d'iofaoierie et colooid du ré^muki Royal, naveu da feu Calvo, ob^v^lifir de TOrdre; le mavqvis de Beaumaaair, Uautanwt gé^Al de ft^ tagaa et gendre du maréohal de Noaillei» , ^ )>^ftucoup d'autres que bous ne savons |M>iBt encore. PuyguiUoa, farîgadiap de cavalerie, et le (shevalier de Uvry , qui faisoit la chajtge d'aideHuajop, ont été hlessé3» U y a eu près da trente offiderq du régimeut du roi tuéf ou blessés; h combat commença à deux heures et oe finit qu^4 la nuit. Les ennemis avoient laissé leurs gros b^i^ges 4 Spiie; tous leurs petits bagages ont été pris , leurs tentes pU*lées, mais pas un de nps soldats n'a eoogé à piller qu'après que Taction a été finie entièrement. M. de la Baume rendit compte au roi chex madame de Maintenoa , et parla avec beaucoup de sagesse et de modestie, no parlant jamais de M. son père» Le roi lui dit : « Vous m'aves fait un des grands plaisirs que j'aie eus de ma vie , et j'espère vivre encore assez pour vous en faire beaucoup. >t Après la bataille gagnée y M. le maréchal de Tallard alla camper entre Spire et le oamp des ennemis qu'il laiesa derrière lui ; on trouva encore sur le chemin de Spire beaucoup de morts. On envoya de nos partis la nuit, qui revinrent avant que H. de la Baume partit et qui n'avoient trouvé aucune troupe ennemie. On compte encore parmi Iss blessés le fils de madame de Jussac, officier dans la gendarmerie. M. de la Baume dit que le prince de Hesse a combattu vaillamment et qu'on l'a vu souvent mener ses troupes à la charge.

^Praoomtal étoît un ofOcier de mérite, de valeur, de capadlé, gendre de iMontchevreail, fort protégé de madame de MsinleDOB at fort attaché an maréchal de BoufDers, et qui auroit, avee le temps et justice, fait une fortune. Le marquis de Beaumanoir ne porta pas loin un mariage chargé de la malédiction paternelle ; en lui finit ce nom ancien et illustre. Calvo étoit aussi pour cheuûner et fut fort regretté.

Mercredi 21, à Versailles. — Le roi alla se promener à Trianon. Monseigneur et messeigneurs ses enfants cou-

lotirent le Mrf. Le aoir il y eut oomédie; madame la du^ chaase de Bourgiigne m Itva pour y aller. '^«- Le roi a donné le gouvernement de Menin à madame de l^raoom-* tal pour le vendre. Son mari en avoit donné idS^GOO écas pour payer le brevet de retenue que M% de Pertuis avoit« Le roi a donné Im ré|^ment Royal au marquis de Dénon^ ville, fils du eoua-gouverneur de messeigneurs les princes, et au chevalier de Livry le régiment qu'avoit M. de DénonvilL», qui est un régiment composé de compagnies aonvelles. ^- Le ro^a donné S,000 écus de pension à Brar jgelonnoy qui était inspecteur d'infanterie en Alsace^ et lui jp^met de vendre sa compagnie aux gardes; U est dange^ ^^Busement malade à Paris, et on ne croit pas qu'il en pfiisse réchapper ; son inspection est donnée à Maupeou, gaussai capitaine aux giufdes. •--*- Le roi envoie Yallière , of&eier dUnfanterie et maréchal de camp, je crois, ►yaimander à Ghambéry et en Savoie , sous les ordres du jxa^^La^hal de Tessé ; durant la derniàre guerre il oomxix^LDidoit à Suxe et est fort aimé en ce pays-là. -^ Dans la I>si>^£iille que M. de Tallard vient de gagner, on a pris le fils du comte de Frise, gouverneur de Landau; ce mare* ^b,sLL Venvoya aussitôt par un trompette dans la place , ^fif^ cju'il rendit compte à son père du succès de cette ba* ^^^'ilA^ ^ le témoignage de son fils ne pouvant pas lui être

;. M. de Tallard a grande envie de les prendre pri*^ iers de guerre; mats s'ils se veulent opiniÀtrer, on ^^KH)it pas qu'il commette les troupes du roi à un assaut ^>Kï perdroit encore bien du monde.

^<emcdî 32, à VersaUles. — Le roi alla l'après^dinée se icner àMarly, d'où il ne revint qu'à la nuit. Madame ^^^ ^^xchesse de Bourgogne garde le lit presque tous les l^vts^ . — Il arriva un officier de Landau qui venoit de* *^^*i<îer une ch^orge vacante par la mort de son frère ; il ^^ cj^Q II. de TaUard envoie au roi le chevalier de Groissy ^^^^^*^ lui porter le détail , les^t étendards et les drapeaux PMâ t^ la bataille, et la capitulation de Landau. Cet officier

356 JOURNAL DE DANGEAl!.

assui'e que la perte des ennemis étoit encore plas grande que ne Tavoit dit M. de la feaume, et que nous avons beaucoup de prisonniers. Il y a beaucoup d^officiers de notre gendarmerie blessés. Toiras^ qui y étoit sous-lieutenant, est mort de ses blessures ; le petit Flamarens et Saint-Mars, fils du gouverneur de la «Bastille , sont en danger. — Monseigneur le duc de Bourgogne nous a marqué une grande affliction de n'avoir point été au siège de Landau et à la bataille ; et après cela il a fait une réflexion que, s'il eût été dans Tarmée , M. de Tallard auroit peut-être balancé à donner la bataille, et qu'ainsi il croyoit qu'il valoit mieux pour le bien de l'État qu'il n'y eût point été, et que l'intérêt de sa gloire particulière devoit céder à la gloire du roi et à Thonoeur de la nation. — M. de Fimarcon, avec très-peu de monde, a défait une troupe de fanatiques assez considérable; je ne sais point le détail de son action, qui a été fort louée. Vendredi 23 , à Vermilles. — Le roi alla Taprès-dlnée se promener à Trianon. Monseigneur alla diner à Meudon, où il demeurera jusqu'au premier voyage de Marly, qui sera mardi prochain. Madame la duchesse de Bourgogne entendit la messe dans la loge de la tribune , et pois se revint mettre au lit. — 11 arriva encore un officier de Landau le matin qui confirma le départ du chevaUer de Croissy . — Il arriva un courrier de M. de Vendôme, qui a surpris quelques régiments de M. de Savoie. L'infanterie repassa la rivière fort vite ; mais un régiment de dragons qu'il avoit là a fort souffert; on en a tué plusieurs et on leur a pris une centaine de chevaux. — Le chevalier de Croissy arriva sur les sept heures ; il apporte trente-deux drapeaux et sept étendards pris à la bataille. Les ennemis y ont perdu plus de dix mille hommes; il y en a plus de six mille tués et près de quatre mille prisonniers, parmi lesquels il y a deux cents officiers dont il y a trois officiers généraux et six colonels. 11 ne faut pas douter (ju'il n'y ait encore beaucoup de blessés parmi ceux qtii

échappés. Les troupes du roi ont peu souffert^ il ^Y !3i P&^ ^u quatre cents soldats tués ou blessés ; nous plus perdu dWficiers à proportion. C'est notre genc^larmerie qui ^ le plus pâti. Les ennemis^ en repassant sur pont de Philipsbourg, se plaignoient du peu de quarqu'on leur avoit fait ; cependant il paroit qu'ils ont "tort de se plaindre , puisqu'on a près de quatre mille ^Tisonniers. On a donné une capitulation honorable à la S^amison de Landau ; on Ta conduite à Philipsbourg ; ils étoient dix-sept cents hommas sous les armes et étoient iS^ de quatre mille au commencement du siège ; il y en eu. près de deux mille tués ou blessés et presque tous iVÈTS officiers. Nous n'avons pas à l'hôpital cinq cents au siège et nous en avons eu environ autant de Le siège et la bataille ne coûteront pas au roi quinze hommes » et il en coûtera plus de douze mille aux naeniis. Le comte de Roucy et de Blansac, son frère^ se i«Dt fort distingués à la bataille. M. de Tallard n'a point nvoyé de relation au roi, il a mandé seulement en gros [lie les ennemis avoient perdu plus de dix mille hommes la. bataille. Le chevalier de Croissy^ l'officier qui arriva lier^ celui qui est arrivé ce matin et toutes les lettres 'ennes de l'armée disent la même chose , avec des cir- '^z^^onstances. différentes. Le roi^ à son souper^ conta à . le Prince une partie de tout ce que je dis là , et à son coucher il nous en parla encore^ et il nous dit que ennemis attendoient six mille hommes et à qui on Lvoit donné des chariots pour faire plus de diligence^ qui .uroieût joint le prince de Hesse le lendemain matin , et Aa fait voir encore que M. de Tallard a pris son temps à lerveille pour les attaquer.

Samedi ^h' , à Versailles. — Le roi alla Faprès-dinée se

tromener à Marly et n'en revint qu'à la nuit. Madame la

.uchesse de Bourgogne dîna et soupa chez elle, et garda

lit toute la journée. — 11 arriva la nuit un courrier de

, de Tallard, qui apporte la relation qu'a faite ce mare-

958 JOURNAL DE DAMGËAIJ.

ehal de la balaâlle dans laquelle il y a eti défis ]^nees de Besse tu^; on dit slWssï qn^ y a en un prâice dVanpvre et un pnnee de Nafisau tués. Ce que Pou apprend par les prisonniers que nous avons, c^est que la perte des ennemis esl enoore plus grande qtr^on ne l'afvoit dH. — Le roi d^Espagne fit Tannée passée un régiment de dragons des déserteurs irlandois^ des troupes que le dm d'Ormond aToit fait mettre pied à terre auprès de Cadix. S. M. C. a prié le roi de lui envoyer un colonel irlandoi» poitr mettre k la tète de ce régiment. Le roi a choisi ponr eet emploi-là Maboni , colonel réformé dans les frfaii^ dois qui sont en Italie ; c'est lui qui nous apporta la nonvoile de TafEaire de Crémone. — M. le duc de Beanvilliers m€uîe mademoiselle de BeauTilKers^ sa fille ^ à 1. le due de Hortemart*; les mariés sont cousina germains , enfisints des deux sœurs. Le rov donne à mademoiseUe de Beauvilliers 9M,0M francs à prendre sur les charges de chancelier et de trésorier de la maison de monseigneor te due de Berry quand on la fera. — On chantera me^ credi le Te 9mm à Pteis, et je crois qu^on le chantere demain ici. — Les ennemis , en Flandre, aveient feU venir quelques troupes par l^scaut , qui ont mis pted à terre el ont bombardé le port de B^dmar quf esl devant ITHo. *. de Gacé, qui commande dans Anvers, a ramassé quelques trowpes des garnisons voisines, a marché à eux et le» a obligés h quitter leur entreprise et à se retirer précipitammefit

* Le duc db Mortomart BJaiwit nr lea qmmmh w Ib coaditter tm homme à devenir gendre du duc de* HeauviUîe» ;,iQaisil étoil €U d'une mère chérie au premier degré de l'archevêque de Cambray, Fénelom et de madame Guyon, et dans la dévotion la plus avancée de cette dame . Foracle constant de ce petit troupeau- que rrtn ne pot détacher d'elH*. C'est oe qui einport»oe laoriage par-deesy» Dente autre «oiHMiiuck>n, et le déair encoce du duc de Beviiilliene de^ne nadlt^e'peiBlr A'é«nii0er dans son iulrâsèq^» U ne pouvoit tvoaiter pecaonie ful dât Tétie nftoins, puisque sa mère étoiti sœur des duchesses de Chevieuse et de Beauvilliers , et il arriva cependant que personne ne le fut davantage Les charges, tes biens immenses^ la considération, tootv la fortune

nfin du beaa-père tomba à grands flots sur le gendre. La ffffe n'en fut plus haireute, quoique singulièTCiiMDt donée de tout ce qui doit ttirer le bonheur pevsonftel en tout genre, et k duc et la duchesse de TlBeauviUiers ne furent pas longtemps à se repentir de ce mariage. Ils ^en repentirent même toujours de plus en plus par des renouvellements occasions et d*amertumes , 'qu'ils tîiirent sagement renfermés dans sein , maftr qof les accompagna rm et Pautre jusqtt^'àu tomlMm.

IHmenchê ^y à VersaUles. — Le roi fit chanter à sa le T9 Bemn «vec deB tronipetlé» et de» timbales; «prèsniloée S. M. alla tirer. Uonsèigskeja vînt ici poar Te Dmiim, et après le conseil s'en retourna dîner à éudmf . -^ Le roi fit M. de la Baume farigadier^ et en ra- ^■merciant S. H. il prit congé d'elle pour retourner trou- ^^^er M. le maréchal son père, à qm on a envoyé les quar- ^^iers d'hiver pour ses troupes. --* Un courrier de M. de ^EUbaiinllart revint de Schaffousey où le dinréchal de Vilm:f» arriva te SI. M, de liarsioi ea partit eu même temps ee les deux mille dhevaux qnd av(xent escorté H. de tlar». — M. de Bavière a pnsà Kempten^ ou dans uelque château là auprèsv quaire bataillons des troupes {vinoe Louis de Bade. --^ Le rot d'Espo^ne a fait ^câepui^ peu quatre capitaines des gardes du corps, qui ni : le coimétable de CastiUo» que nous avons vu amcMf ici; kf comte de Lenes, qui étoii vice^roi de igné ; 1# duc de PopoU^ Napolitain, chsvalier du ttt-Esprit; et le prince de Tzerelaôs ^ général des trous en Espagne. — M. lecomte de Briord fut taillé ici ar Marécdml ; l'opéraition fuA tort htvfmoBQ. — Le roi ^cr^cutna le régiment da> comte de Meuse à soft £père, trop «une pour y servir^ et S. M. a choisi pour^ aelwter ee ré- ,^»iittent Vignau , exempt de ses gardes.

Lundi ^6, è Marly. — Le roi prit ntédscine commcril

^3t accoutumé de faire tous les mois ^ pt éeaoïtioar dont il

^96 trouve à merveille , car jamaiis il ne s'est si bien porté ;

M. 1 tint Taprès-dlnée conseil. — Le comte de Coigny, lieu-

-V^nant-général , qui neffaisoit que d'arriver de Flandre ,

360 JOURJMAL DE DAIHGKAU.

a pris congé de S. M., qui l'envoie commander le corps que commandoit H. de Praoomtal; la plus grande partie de ces troupes-là hiverneront dans le pays de Trêves. — On dit que les ennemis ont fait sauter et abandonné Kayserslautern et Hombourg, qui est tout ce qu'il leur restoit en deçà du Rhin de ce côté-là. — Daubar^e, gouverneur de rile de Rhé , ne s'accommode pas bien aveo les gens de ce pays-là ; on Ten ôte et on lui donne le •gouvemementde Salins, qu'il avoit eu autrefois. On donne le gouvernement de Rhé à Rigauville y premier sous-lieutenant des mousquetaires noirs; il quitte cette charge. Canillac devient premier sous-lieutenant^ etHautefort^ qui étoit premier enseigne , monte à la seconde sous-lieutenance. — L'évèque d' Agen est mort; c'est celui que nous avons connu sous le nom du P. Mascaron, fameux prédicar tëur. — M. Pelletier travailla le soir avec le roi, comme il a accoutumé de faire tous les lundis ; il avoit mené avec lui, par ordre de S. M., Filley, ingénieur, qui a conduit les travaux au siège de Landau ; le roi l'entretint longtemps sur ce siège , et puis le fit maréchal de camp.

Mardi 27, à Marly, — Le roi, après son lever, donna une longue audience à M. de Monasterol, qui en sortit trèscontent et pour les intérêts de l'électeur son maître et pour les siens particuliers. Il a des nouvelles du 15 et du 16 de S. A. E. ; il s'est rendu maître de Kempten et du château de Grunenbach, qui est au delà de l'iller. Ces postes sont très-importants; mais on n'y a point pris les quatre bataillons de l'empereur, comme on l'avoit dit. Il passe avec H. de Marsin beaucoup d'argent pour payer notre armée et les subsides que nous donnons à cet électeur. Le prince de Bade est au haut du lac de Constance, du côté de Lindau. Son armée n'est pas forte, et n'est point payée. M. Fèlecteur, qui a fait un détachement de deux mille chevaux pour escorter M. de Villars, ne laisse pas de se croire en état d'attaquer avec avantage le prince de Bade, et pour cela il marche à lui, mais par de grands défi-

NOVEMBRE 1703. 36t

lés. — Le comte d'Arco prit congé du roi pour s'en retourner en Italie auprès de M. de Vendôme^ qui Fa voit fort recommandé au roi; il avoit fort aidé H. de Vendôme dans son expédition du Trentin y et il est seigneur en partie du château d'Ârco, dont on a tant parlé. Il est Irère du comte d^Ârco qui fut tué auprès de M. de Bavière et de celui qui étoit gouverneur de Brisach. Le roi lui donne 2,000 écus de pension^ SOOpistoles pour faire son voyage et un brevet de mestre de camp^ et sera incorporé dans le régiment d'Anjou^ qui sert avec M. de Vendôme. * Mercredi 28, à Marly. — Le roi, après son lever, lit entrer M. de la Feuillade * dans son cabinet, et nous su- mes, quand il en sortit, que le roi Fenvoyoit commander dans son gouvernement de Dauphiné et en Savoie y qui est remploi qu^avoit le maréchal de Tessé. Il y aura bientôt dans ce pays^là vingt-six bataillons, dix-huit escadrons et trois régiments de milice qu'on lève en Dauphiné; il y a deux maréchaux de camp sous M. de la Femllade , qui sont Gévaudan et VaUière ; ils sont plus nouveaux maréchaux de camp que lui. M. de Tessé passera à Milan et va commander notre armée sur la Seccbiaque commandoitM. deVaudemont^ dpntla santé ne lui permet plus de servir ; il ne laissera pas encore d'être fort utile au service des deux rois en se tenant à Milan, d'où il fera fournir aux deux armées tous les secours qu'on pourra tirer de son gouvernement. — Le roi, après la messe et avant que d'entrer au conseil , passa chez madame la duchesse de Bourgogne, qui venoit d'être saignée pour sa grossesse et qui demeurera neuf jours au lit. Le roi y alla encore après son diner et le soir après son souper. Monseigneur y joua avec elle toute l'après-dinée, et monseigneur le duc de Bourgogne soupa au chevet de son lit. — Les frégates du roi que M. le comte de Toulouse avoit envoyées pour suivre la flotte ennemie et lui apporter des nouvelles lui ont rapporté que cette flotte passa le 5 devant Car thagène, faisant route pour l'Océan avec un vent

Sê2 JOUKNAL DE DANGEAU.

favorable qui leur aura fait passer le détroit le 7. M. le «omte deToulotrse a envoyé le chevalier de Comminges, qTFT est arrivé à Paris, pofur porter cette notiveDe, que le roi sarott déjà par Cadrât. Un couffier qtn vient de Rome a laissé M. le comte k MontéKmarf, et on cô^mfrte qu'il sera iei demain ou aprè«*demain au pivt^ fard.

* On a vu dans le VlIP tome, page 237, que le roi eûdpécha Chamillart de donner sa fitîe à la feuilfade ; qu'il n'y consentît qu^à regret; ceqall pensoic et ce qull éeoit aloi9 h regard âe ce dtic. f 1 e^ poartaftt vrai cpie sarfoiblean; ^ur ChamiMan Art tdte que, malgré s(W résêhitions et tout son projet d'être en garde oooXn lui sur la FeiûlladcVil ne put résister à son ministre , qui , sous prétexte du i^uvememsnt de soo gendre , le fit passer de colonel réformé au commandement en chef dit Danphiné , et qui par la connfvcnee du maréchal de Tessé, occupé alors de hri faire sa cour, le ballotta avec te PeaîHade powr um» hs usages qu'i en vouloit tirer, à eraduire là FeeilMe oécnBie iaxm k roi , et par un enchaînement naturel à tout ce qu'il vouloit et fue le roi craignoit le plus.

Jeudi 29^ à Mairhf. — Le roi ^ après m. messe^ alla courre le cerf; monseigt^enr le due de Berry étoit à h» chas». Monseigneur étoit allé dès le nmati» eonrre le loap. lia- Aame }a ducheese de Bouifgogne se porte fert bien de sa saignée; elle garde le lit. On joue â&tfSf 9k ehamiMfe tonte l'après-dliiée^ ei lesoir aj^rès son sonpnf encore. Le roi vint plusieurs fois dans^ la journée chestf imiAssm ht duchesse de Bowi^ogne, et ne vonhit pOfAi? que les princesses le suivissent après souper dans so# eabinet cobsbk À Tordinaire ; îl les fit demeure» cheï UMMlaaie h duchesse de Bourgogne pow joner s^ftc elle. — - M. le cMiAe de Toulouse arriva sur les huit heures du senr. Le maréchal de Cœovres^ qui eommsAdoit Vsrmée narrai» so« lui^ partira lundi de Touk>n pour reveAtf ici. Nous laissons pour cet hiver trois petites eseadres dans la Uéiy terramée^ qui seront commandées par Mi. de Rouvroy, d'Argenis et de CbÀteaumorand. ' — On a envoyé deux bataillons des galères à M. de Montrevel^; ils doivent déjà être arrivés en Languedoc ; on lui en enverra encore trois

MKEMBRE ftïOS. ies

des vaisseaux. Ce» cinq bataillons "valent mieux qne les kaiiga'on lui Ma il y a deux mois pour eïnroyer en Daupittiié. — Par les nourellès qu'on a de IfoUande , on sait que Tareliidne n'en étoit pas encore parti le M, Les troupes que ï*on tcut fttîf e embarquer avec loi déserlsftt en grand nombre; cependant nous ne laissons pas , pour mettre PEspagtM? plus en sûreté, d'y envoyer un asses gros corps de troupes, qui seroiïf commanxJées par le duc de Bermck , qui aura pour maréclial de camp sous lui Puysëgur.

Vendredi 30, à Sfarhf, — «- Le roi travailla îe matin a?ee le P. à0 la Chaise ; ilallaÇapf ès-dteée faire le tour dé sonpoFc et de lanouvcHe enceinte, qui est de plus de quati^e «eite arpent9. — Le rot donme * M. le prince de RofcaA fe lieirlenanee de ses gendarmes, sur là démission et M. de Soubise , son père. M. de ftolmn tfa jamais été olBeier dfetns la cètfipagnie; il y avort 100,000 écus de retenue sur cette charge. Le roi les augmente encore à% 10^,09<^ Êrawcs. — Le corps de troupes qu'on envoie e* Espagne sera de douze mille hommes ; les régiments 9»i le composent trouveront des recrues sa> la frontière , et le rei envoie Puységur en poste en Espagne pour faire tenir les étapes prêtes sur leur route , depuis 1» fronlJèFe d'Espagne jusqu'à celle de Portugal; commissionqui sera très-difficile à bien exécuter, car on manque des ehoses tes plus utiles en ce pays-lè, et on passe jpar des lieux presque déserts ; cette armée sera composée de nos meilleures troupes. LouviUe, qmrevient de Ife^Md et qui doit arriver à la in de la semaine à Tersailles, Dsus apprendra beaucoup de détails des affaires de ce payslà, €fÊe nous savons très-mal. Le cardinal f Estrées, qui en revient aussi, sera dans quinze jours au plus fard à Psris ; il vient en MlSère et souffre assez de douteurs ; on craint qu'il n'ait la pierre.

Smmâi !•■ dée$mbr$j àMêrly. — Le roi ^ après la messe , courut? leeer{BuilgT61evilM«t»mps qu'Hfit; SAmseigneur

364 JOURNAL DE OANGEAU.

et monseigneur le duc de Berry étoient à la chasde. — Le maréchal de Villars arriva hier à Paris; il a mandé à M. de ChamiUart qu^il attendroit de ses nouvelles pour savoir si le roi trouveroit bon qu'il lui vint faire la révérence ici. — On a reçu des lettres de Languedoc qui portent que M« de Fimarcon a encore battu les fanatiques; il en a tué environ soixante de ceux qui étoient à cheval; on leur a pris cinquante chevaux, qui étoient des haridelles qu'ils avoient volées à des paysans. — On a des nouvelles de Hollande du â2^ qui parlent de la consternation qu'il y a en ce pays-là depuis qu'ils ont appris la perte de la bataille de Spire, où les meilleures troupes de leurs alliés ont été entièrement défaites ; ils ne veulent plus donner que quatre mille hommes à l'archiduc. Ce prince n'étoit pas encore parti de la Haye ; il a ordre de l'empereur son père d'aller à Londres avant que de passer en Portugal, pour demander à la reine Anne plus de troapes que l'on n'en veut embarquer avec lui présentement. — On mande d'Espagne que le marquis de ViUa d'Arias, qui commande en Andalousie, est entré avec six mille hommes dan^ les Algarves , ce qui inquiète fort les Portugais, qui s'impatientent d'ailleurs de ne voir point arriver l'archiduc.

Dimanche 2, à Marly. — Il y eut conseil le matin connue à l'ordinaire, et l'après-dinée le roi fit une loterie chez madame la duchesse de Bourgogne, pour les dames qui avoient l'honneur de jouer avec elle; les lots étoient d'argenterie et d'étoffes magnifiques. — La dernière défaite des camisards par M. de Fimarcon est plus grande qu'on ne Favoit dit d'abord. — Madame la duchesse de Mantoue est morte après une longue maladie. Le duc son mari , dès qu'il l'a vue malade , a parlé de se remarier; il a prié même gens de ses amis de lui chercher une femme. Il u a point d enfants, et il yauroilde grands procès pour sa succession sur le Hontferrat entre M. de Lorraine et madame la Princesse. — On a des

DÉCEMMiE i70S. I6&

avis par Bêle que M. de Marsin a joint M. de Bavière ; il porte 1 00^000 pistoles d'or à Tarmée qu'on croit auprès de Kempten. Ces mêmes avis portent que H. Féleoteur veut faire le siège d'Augsbourg avec toutes ses troupes et une partie des nôtres^ dont il laissera le reste sur riller pour en défendre le passage en cas que le prince de Bade voulût marcher pour empêcher ce siège; mais ces avis sont bien incertains. — Depuis que le duc de Ber wick est revenu de Flandre , il s'est fait naturaliser François ; on fait marcher en Espagne le bataillon irlandois qu'il a composé cette année des déserteurs de Farmée ennemie.

iMndi 3; â Marly. — Le roi, après son lever^ fit entrer dans son cabinet le maréchal de Yillars^ à qui il avoit permis de venir ici ; il l'entretint fort à la promenade ; la conversation dans le cabinet avoit été courte^ mais fort gracieuse; il demeura ici jusqu'après le coucher du roi^ qui eut même la bonté de lui dire qu'il étoit bien fâché de ne loi pouvoir donner de logement ici^ n'y en ayant point de vides. H a assuré S. M. que son armée étoit en très-bon état^ surtout la cavalerie^ qui est presque complète en hommes et en chevaux ; l'infanterie est plus foible, mais bien habillée et bien armée. 11 a dit que son dessein, après son heureux passage en Allemagne^ avoit toujours été de marcher à Passau , qu'il auroit été aisé de prendre, et puis d'aller à Lintz; mais que ce n'avoit jamais été Tavis de M. l'électeur. — Il arriva un courrier de M. de Vendôme, qui est un peu affligé de ce que le débris des troupes de Yi»conti a passé en Piémont, où il est arrivé cent cavaliers montés et deux cents à pied. M. de Vendôme fut averti deux heures trop tard, et il paroit fort mécontent de M. de Langalerte , qui étoit chargé d'observer ces troupes et qui auroit pu aisément empêcher leur passage, à ce qu'il prétend.

Mardi k, à Marly. — Le roi, après la messe, alla courre le cerf; il en prit deux avant que de dîner. Monseigneur

et ^fxmmgon^iin m» eatmto étoient à la «bisser imk Mops^i^aw Mviat ^piès ]& mort dvi premier oerf. Hadaipe la duebowa da Baurg<Qipu» a eu peraùvîM àm médeciqs de sa lie ver ; elle y^ chfidi ootadame de MaiotenoQ avec une chaise roulante. £Ue se remit au lit de boima heiu*e pour recevoir le roi et la reine d'Angleterre^ qui arrivèrent ici sur les sept l^ures. La reine alla d'abord chez le roi^ où étoit madame de Maintenon , et le coi d' Angleterre ne diimeura guâre avec eux^ et vint jouer chei madame la duchesse de Bourgogne j la reine y vint aussi à neuf haures^ et y demeura jusqu'au souper. LL. MM. BB. soupèrent avec le roi^ puis s'en retournèrent à Saint^îermain. — Les officiers de l'atmée de M. de Tallard reviennent tons , l'armée étant séparée. — Le comte de Roucy est ajrrivé ici, où il demeurera , sa femme étant de ce voyage. ^^ Les eunemis ont abandonné Kayserslautern et Hombourg , comme on Tavoit dit, et M. de Tallard a envoyé le comte de Horn A Kayserslaut^n pour renverser ce qui rostoit de fortifications à la ville et faire entièrement brûler le château, qoi est à l'électeur palatin. Hombourg ^era encore mieux rasé qu'il q^ l'étoit ; les ennemis conservent encore le château de Kirn, qui est très-bon , mais qui ne nous incommode point.

Mercredi i, à Marly. — Le roi tint conseil plus longtemps qu'à l'ordinaire y il étoit deux heures quand il en sortit; il voulut finir toutes les affaires qu'il avoit, afin d'être libre demain pour sa matinée. — On a nommé quelques officiers généraux pour aller servir en Espagne. Outre le duc de Berwick et Puységur, on y envoie Jeoffre ville et le chevalier d'Asfeld y maréchaux de camp^ et Puynormand pour msgor-général ; nous y aurons vingt bataillons et dix-neuf escadrons. Le rai d'Espagne n'en espéroit pas tant , mais on aime mieux lui en envoyer trop que trop peu. — Le roi conta à sa promenade que M. de Saroie , daos le mémoire qu'il a fait présenter à la république de Ywise , avoit mis q^'il avoil secouru le

DËCCMPRE 1705. 367

duc d^ADÎm» 8ÛQ gendre ; il oe la traite plus de roi d'Espagne^ et cela redouble encore les justes sujets de plaintes qji^'on a f^^fare lui, r^ U e^t encot e mort des officiers de geodam^ie d3 peux qui ont iU hhmés i, la bataille de Sfift; Ton est Saint-Ms^, fils uaique du gouverneur de la pastille et gendre de Desgranges; Tautre Cesange , qui avoit été nourri page du roi. — On a imprimé Tédit du roi portant d^l^ation dis guerre contre M. de Savoie » et il aem publié p^r tout la royaume. — Les dernières lettres de QoUaDd^ portent que rarohiduc avoit été em- Unqué, qu'il avoit pelàohé à la côte et qu'il étoit reliourné à la Qaye.

Jeudi 6^ à Marly. -— Le roi, après la messe^ alla courre le oerf ; mon^igneur le duc ie Bourgogne étoit à la chasse. Monseigneur étoit allé dès le matin courre le loup assez loin d'ici , et monseigneur le duo de Berry y étoit ^vec lui. Madame la duchesse de Bom*gogne eut beaucoup de mal au:;^ dents toute la nuit et ne se leva point de tqut laJQur. — Quelques officiers de Savoie qui étoient prisonniers dans Crémone sur leur parole se sont sauvés. M. de Vendôme a envoyé au marquis de Saint-Thomas , premier ministre de M. de Savoie , pour se plaindre de ee procédé et de)aaander qu'on les renvoyât. M. de Saint- Thomas a fait réponse qu'il en avoit parlé, et que S. A. R. avoit répondu qu'il approuvoit le procédé de ses officiers et que le premier devoir d'un sujet étoit de revenirtrouver son maître. M. de Vendôme va foire resserrer fort étroitement ceux que nous avons encore. — Le maréchal de Cœuvres arriva le soir ici; le cardinal d'fistrées ^ son Qucle^ arrive^ à Paris. — La Faye^ lieutenant aus: gardes^ a euragrément pour acheter la compagnie de Bragelonne, qui n'est plus en état de servir. — M. l'électeur de Bavière avoit envoyé un de ses généraux pour secourir Ku&tein ; les Impériaux avoient déjà pris la ville ; mais à rapproche des troupes bavaroises ils Voat abandonnée , et y ont même laissé une partie du canon dont ils bat-

368 JOURNAL DE DANGKAU.

toient le château ; on leur a pris quelques soldais dans leur retraite.

Vendredi 7, à VerMilUs. — Le roi alla le matin se promener dans la forêt de Marly; il se promena l'aprèsdlnée dans ses jardins et ne revint ici qu'à la nuit. Monseigneur alla de Harly dîner à Meudon , et revint ici pour le souper du roi. Madame la duchesse de Bourgogne revint ici en carrosse fort doucement et par les parcs pour éviter le pavé; voilà le troisième mois passé; on ne peut plus douter de sa grossesse. — Le cardinal d'Estrées salua le roi 9 qui sortoit de chez madame de Maintenon pour aller souper; le roi Tembrassa par deux fois, et lui parla le plus gracieusement du monde. — Presque tous les officiers généraux de Tarmée de M. de Tallard sont arrivés et ont salué S. M. ce soir. — Le roi fait Puységur directeur général de toutes les troupes qu^il envoie en Espagne, cavalerie, dragons et infanterie. — Toutes les nouvelles qu^on reçoit d'Allemagne portent que les troupes de Fempereur en Hongrie ont battu les mécontents en deux petites occasions, mais que quelques grands seigneurs de ce pays-là se sont encore joints au prince Ragotzki. — Toutes les lettres qu'on a par la Suisse portent que l'électeur de Bavière assiège Augsbourg; qu'il fit investir la place le 25, et qu'il demeurera lui sur l'Iller avec une armée d'observation plus forte encore que celle du prince de Bade.

Samedi 8, à Versailles. — Le roi entendit le sermon et vêpres en bas; toute la maison royale étoit avec lui, hormis madame laduchesse de Bourgogne, qui étoit dans la petite loge en haut. — Il est sûr que M. l'électeur de Bavière assiège Augsbourg; il l'a mandé lui-même à son ministre qui est à Bruxelles , et ses lettres sont du 25. U envoie dix-huit bataillons et seize escadrons pour faire ce siège , et il demeure avec le reste des troupes à la tète de riUer et s'est saisi du seul endroit par où le prince Louis pourroit venir s*il entreprenoit de secourir la place ;

il prétend que son armée d'observatioi^ est encore plus forte que celle du prince Louis. Il n'y a dans Augsbourg, à ce que mande M. l'électeur^ que trois mille honunes de pied et trois cents chevaux. M. de Yillars croit que les ennemis y ont laissé six mille hommes. On fait venir poor ce siège beaucoup de canon et de mortiers de Munich. — Le roi a donné à M. Rouillé^ qui revient de Tarnbassade de Portugal^ des lettres de vétéran comme présidentau grand conseil, où il n'a servi que quatorze ans. Ces lettres de président du grand conseil vétéran donnent <Ir<»t d'entrer au conseil et d'avoir voix déUbérative comme maître des requêtes^ et non pas d'y rapporter. — Vigny, lieutenant d'artillerie, se trouvant par ses infirmités hors d'état de servir, se retire, et le roi lui donne 8,000 francs de pension.

Dimanehe 9, à Verioilles. — Le roi alla tirer l'aprèsdlnée; madame la duchesse de Bourgogne ne sort plus do fout pour se promener. — Louville arriva de Madrid ; il a du roi d'Espagne 1,400 pistoles de pension, qui ^ent 18,000 francs, et outre cela S. M. C. lui a donné le gouvernement de Courtray ; il n'y a point encore d'appointements attachés à ce gouvernement, et il espère y en faire mettre dans la suite; et M. Télecteur de Bavière, qui, comme vice-général de Flandre, doit disposer de ces gouvernements et qui entre dans l'esprit du roi d'Espagne pour faire plaisir à Louville, propose de joindre à ce gouvernement de Courtray le grand bailliage, ce qui serait d'un très-bon revenu et rendroit l'emploi plus con- Âdérable. ^- Les vingt bataillons qu'on envoie en Espagne sont les deux du Maine , les deux d'Orléans , les deux de Sillery, les deux de la Couronne, les deux de Barrois, les deux bataillons flamands que commande le dac d'Havre, destinés à être le régiment des gardes vallonnés, le second bataillon du duc de Berwick, qu'il a composé cette année des déserteurs anglois, et les autres sont des seconds bataillons de régiments qui servent dans

8V0 JOUBUAL DE 0ANCI£AU.

d'antres araiées;id y a deux régiments ide dmgcttscpii y marchent ^ qui soot Bon ville et McNUumii ; les xégimeriB de 08uralerie «ont Seiry, ftaanJaève^ Wïgnaagi^ FieBoei^ Viefoie et BeUeport. Puységur^ neveu du Hiaféch«l de camp^ Cei» la fonctioii de maréehal^néral des logis de rarmée. — ^ J'appris €fae Filley, qiû a été&ît ittaoéehal<d€ camp depuis pea, a eu une pension de AJàWà écDS (l)>e( Verpel , qui a servi aussi an aiég« de Lindau , um de &00 écus (2) ; il est hrigadiw .d'infanterie deqpuis pea^ iâ étoît déjà brigadier d'i^agéniemrs.

Lwndi iO, à Versatiles. < — Le voî alla l'après-âbi^ ^ Trianon^ .et a^ retour il donn a uAe assez loogiie .audience au maréchal de Villars. -*- Om eut 4les lettres de M. V^ lecteur de Bavière du 29 ; il fait le sîége d'A.i:^8bjOiii:g en personne , et a laissé le commandesient de l'armiàe d'obsorvation à M. de Harsin, qui avoîi poorté uo paifuet du roi «n ce pays-là avec ordre de ne le point ouvrir qu'après que M. de Villars seeoit revenu lea f rance ek qu'il se^ roit arrivé , lui , en Bavière. £n ouvrent oe paqj^et , il trouva une lettre du roi et au*dessus de la lettre : A n^ amsin le maréduiU de Mutchin ; dans ce paquet .étoiâotles patentes .de cette dignité. On n'avoit pas voulu prendre la chose puMique avajat qu'il fût arrivé, etoela pour bonnes raisons. — Le soir on joua ici VAnirienM, comédie doot Baron le père se dit l'auteur et qui est une traduction de Térence ; madame la duchesse de Bourgogne s'y fit por* ter en chaise ; monseigneur le duc de Bourgogne n'y aU& point. — I^ roi prendra le deuil de madame .de M antoae sitôt que l'envoyé du duc lui en auca donné part. M. de Mantoueestarrière^petit-fils d'nne sœur de Maiâe de Médicis; ainsi il a l'honneur d'ètoe parent du loi^ du tiKtt* sième au quatrième degré. — 8siBît*P<»l, -cafâtaine de vaisseau qui a fait plusieurs aeticms dn dîetiiMsiÂon cdtte

(1) Gela n'est pas Trai. (iVo^ede Dangeau.)

(2) La pension de Verpel est sur l'ordre de Saiiil4ioiii8. ( AWe

AÉCëMBRë 1795. 871

j % été [KDéseBité au roi p^ M. de Pontohartraoi ^

S. H. lui a donné une pension de 500 éous et lui a

»romis de faire quelque chose de plus considérable pour

3ui dans la suite; il n'y a pas longtemps qu'il est capi-

'Saine de vaisseau.

Mardi 11, à VersQille&. — Le.roi alla^propiener T^rès <jlnée àlaMéna^eirie. Monseigneur alla dîner àMeudon avec idame la princesse de.Conty ; de là il3 aUèreAt à Topera Paris et i;e^nrent ici au souper du roi. — Le chevalier ^e Roucy^ capitaine de yaisseau , é.pouse la fille imique ^e J)uca3se*, chef d'escadre^, ^u'o^ croit riche de plus de JkXkQJXW .écu^ et JDucasse achète pour son gendre la ^argede lieuteuaut général d^g^éres qu'a^voit le bailli le NoaillQS, doat il lui donne 180,000 francs ; ils ont eu ce :0=Q$ttip l'agréiaeut du roi pour cette affaire; c^e$t M. de ^ojç^tchartrain quiaconduit et ménagé cela pour le chevaler de JKoucy, son beau-frère, qui est e^ncore à la mer. — <le CbaaxiUart alla à .neuf heures q^iez madame de laiutenon, et y luena M. de Dreux, son gendre, parti de armée de %. de Vendôme le 3. Cette armée est séparée différen^ts, quartiers auprès d'Ast, et M. de Vendôme t allé visite;* les quartiers qu'a pris {lotre armée de la ^^m'fcchi^, .en attendant que le maréchal de Tessé arrive 2>oux la comiuander. C'est M. le grand prieur qui, eu l^<£iJbfience de H. son frère, commande notre armée ^iémont comme le plus ancien lieutenant général. SL fait revenir dans cette armée Albergotti, qui à Hodène^ où l'on envoie un autre officier général place , et c'est, je crois, Saint-Frémont. — La veuve ^^ Xl^auriac, tué à la bataille de Spire , a eu le chqix de *->^^>0 écus de pension ou de 22,500 livres que le régi- ^^^^■^t de son mari sera vendu ; elle a mieux aimé cette ®^**^xne, qui lui sera payée par Coulanges, que le roi a ^^^^isipour acheter le régiment.

<X>uaaa8e étoit 4'auto^r de Qayomie , où son p^e et son frère Cadet veadoient des jambons. Il se fit flibustier et acquît assez de

372 JOURNAL D£ DANGËAU.

réputation et de bien en ce métier pour devenir capitaine de vaî du roi y et enfin chef d'escadre, où il se distingua fort. 11 eut d rieuses prises avec Pointis, autre chef d'escadre de grande réput qui prit Carthagène. Ce Ducasse continua ses services au roi et i d'Espagne par des actions si brillantes et si utiles qu'il devint 1 nant général et chevalier de la Toison d'Or.

Mercredi 12, à Versailles. — Le roi alla tirer; 1 seigneur ne sortit point. Le soir il y eut comédie. roi apprit le soir que les grands vents qu'il fit dredi et samedi avoient rompu le pont d'Anvers e beaucoup de désordres à Dunkerque ; ils en ont fait i beaucoup sur la côte de Hollande. L'archiduc, qui s' embarqué pour la troisième fois , a été obligé de m* encore pied à terre; la maladie s'est mise parmi troupes qui s'étoient embarquées avec lui, et on t obligé de les débarquer. Il ne sera pas aisé de les faire trer dans les vaisseaux quand on voudra , elles y ont souffert. La désertion commence déjà parmi ces trou et Ton dit à la Haye que l'archiduc ne passera en tugal qu'au printemps , auquel cas nos troupes arj roient longtemps avant lui, ce qui feroit peut-être e ger de résolution au roi de Portugal. Les vaiss qui étoient dans le Texel ont été fort endommagés < tempête. — Le roi a reçu une lettre de M. de Marsi Kempten ; il n'y parle point du siège d'Âugsbour^ on craint que M. l'électeur n'ait trouvé des diffic qui lui aient fait retarder le siège de cette place, dit que le prince Louis a été obligé de détacher c ques troupes po\u* la Hongrie, ce qui a rendu son ai fort foible. Il a demandé une grosse somme d'ar aux États de Souabe, qui la lui ont refusée, s'excusan la misère présente de leur pays ; il les a fait mec d'exécution militaire ; ils ont répondu qu'en ce cas^' auroient recours à gens qui les en garantiroient.

Jeudi 13, à Versailles. — Il n'y eut point de cona matin ; le roi dîna à onze heures ^ et partit à midi Marly, d'où il ne revint qu'à la nuit; Monseigneui

^sourre le loup fort loin ; monseigneur le duc de BeiTy ^toit avec lui. Ils ne revinrent qu'à siz heures , et soufrent au retour chez madame la princesse de Conty. — Hontgaillard^ colonel du régiment de Lorraine , est mort de maladie en Bavière. On croit que M. de Marsin, qui commande en ce pays-là*, a le pouvoir de disposer des <)harges vacantes dans Tannée. — On a eu deux nouvelles aujourd'hui qui ne viennent pas d'assez bons endroits pour compter sûrement qu'elles soient vraies. La première est que les mécontents de Hongrie ont défait les troupes du comte Schlick à huit lieues de Vienne ; Tautre que le prince Louis de Bade a laissé son armée sous les ordres du comte de Stirum, auprès du lac de Constance^ et s'en est revenu à Rastadt. Ce qui fait croire qu'il y a quelque fondement à ces nouvelles, c'est que le prince Ragotzki écrivit il y a quelque temps à M. de Bonnac, notre envoyé auprès du roi de Suède en Pologne , et qu'il lui mandoit . que ses affaires alloient fort bien en Hongrie et qu'il y avoit lieu d'espérer d'heureux succès^ ayant été joint par les plus grands seigneurs du pays. L'autre raison qui peut avoir fondé la seconde nouvelle, c'est que le prince Louis s'ennuyoit fort de se voir à la tète d'une armée en fort mauvais état^ avec laquelle il ne pouvoit rien entreprendre , et qu'il peut craindre que nous ne songions à entrer dans son pays.

Vendredi ik, à Versailles. — Le roi^ après la messe^ s'enferma avec le P. de la Chaise y comme il a accoutumé de faire tous les vendredis; il dina à onze heures, et à midi il alla courroie cerf dans le parc deMarly. Monseigneur et monseigneur le duc de Berry étoient à la chasse. Monseigneur le duc de Bourgogne alla tirer. Le soir il y eut comédie. Madame la duchesse de Bourgogne n'y alla point ; Madame n'y étoit point non plus, elle étoit allée à Paris à l'opéra. — On a des nouvelles d'Anvers et de Malines, qui portent que la tempête qu'il y eut vendredi

374 JOUIÛVAÊ BË DANGEAU.

et' toihédi avoit ftiit périr deux isenfe petite bàUn^nte hbllandote qui étoiëût devant Lille; qu'il y aVoit quinse cents hommes des ûx)upes hbilaiidoiMS sur ces* MUimento ^i' avoient péri , et <}ue même il' y aVc^t eu* plusieurs petites vUl^ du pays presque' submergées. -^ On parle fort de propositiou? ftâtes par les Suisses pour raeoonimoder M*, de Savoie avec le roi; ils s'offrent de mettre leurs troupes dans les places de sûreté que' nous demandons à ce prince, que nous et lui payerons par moitié ée& gamîBons-là', et qu'il ne gardera que le nombre de tiroupes'oftnousle voulonsréduire. On^croithien qu'iln'a&* ceptera pas ces propositions^là d'abord; mais il pourroifl bien y ètfe contraint pas- lé mauvais état de ses affaires , ne pouvant espérer aucun secours de rempereur, des AUglois ou des HoUandois. Je ne sais pas si les proposi^ ttons que font les Suisses seroient agréables iei , mais eela nous donneroit (1) .

Séthîêdi 15, à Versailles. — Le roi alla Taprès-dlnée se promener à Trianon. Le soir il y eut comédie; madame la duchesse de Bourgogne n'y alla point. — 0& eut des lettres de Calais qui portent qu'il y est arrivé trois de nos matelots qui se sost sauvés d'Angleterre ; ik assurent qu'ils ont vu périr aux B^^ies six vaisseaux de guerre et quatre-vingts autres bètiments chargés de \Aé, d'armes et d'habits pour le Portugal, Less^ vaisseaux de guerre étoient de ceux qui dévoient escorter l'archiduc. On compte qu'il y a eu ^Is de deu% mille einv^ ceftits matelots de noyés. — Il est arrivé Ub- courrier de Madrid, parti le 7 aumatita; on n'y avoit appris que le jour de devant ht marche de nos troupes pour TE^agtfe , et l'abbé d'Estrée» maitde que ç'à été mie fort grande j/oie

Madrid; les petits démêlés* de la eour ne dinÛBueiit pas en ce pays4à. — On masde d'Allemagne que le généraf} Herbevilliers a pris Amberg après un fcnrt long

(1) La phrase est inadievée dans le manuscrit original.

IlfeCeMBRE 1.768. »75

^^e; c^est une trè»-maluvaise plaee^ que ]i<»us n'espérions pas ^i pM se défendre si Iba^mps ; Ambeing est ta capitale dm IMMA Piahtiiisk. On nanAe aussi d'Allemagne qae M. le prinoe L^ns n^csb pas veau à Rastadt, coflune on faveit dity mais (pi^après «voio mîs' sen armée sw le baiit du Danube il éUût allé à Ascliaflmbourg, MMon à M. f éleet^n* ée Hayence^ qu'il «voit prêtée i nadaine la princesse de Rade pour y faiire ses^ coaehes.

Kmanekê 1%, à Versailles. — Le foi et touta la maison wjdàê entenâjorent le swmon en bas ; après le sermoR te roi alla se promener à Trianon. Monseigneur alla à lenè», où il demeurera jusqu'à vendredi. Monseigneur le duc de Rouvgogne et madame la duchesse de Bourgogne remoBEtèrent dans la tribune , et entendirent le salut. — Le roi a donné le régiment de Lorraine à M. de HoadLy, colonel véfmrmé dans le régiment dleenghîsny ^pn sert en Ravière ; Montgatllard en étoit le colonel et est mairt en ce pays-là. ^— Toutes les charges' de Is gendaranme ant élé remf^syhwmis les guido&S'y la Messelière , le plus ancien sous^lieutenani du corps , a la lientenaiMe des gendarme» de Rerry ; les trois seus-lieufanaoees qui ¥a<}iient cmt été donaées à MM. de la Haiv faière, de Portail et la chevalier de Jansoa; les deux fremiers étoient les plus- aaeiens enseignes du corps , Bcis le chevalier de Jaasoa- en avoît quelques-uns devant tb; lea trois enseignes eut été données aux trois plus anciens guidons^ qui sont le marquis d'Harcourt^ Fonteaay et le ehevalier de Busea. — On a par Dunkerqne et par Ostende la eonfirmation de la nouvelle des vaisseaux angbis qui ont péri aux Dunes ; il y a des lettres q^i parient de la perte que les liollaadois ont faite par cette tempMe^ et eUes portent qu'il y a eu plus de mille bâtiments qui se sont brisés les uns contre les autres ou qui antpéri. Il y a des digues rompues, et on assure qu'en Zélaade il y a eu trente bourgs ou villages submergés et que la s^r étoit plus haute que les clochers.

Lundi 17; à Versailles. — Le roi dîna de meilleare heure qu'à Tordinaire et alla courre le cerf dans la forêt de Marly. — Le roi augmente de 50^000 francs le brevet de retenue qu'il donne au comte d'Évreux , à la prière deM. le duc de Bouillon^ son père ; le brevet est présentement de 350,000 livres. — M. le maréchal de Tallard a laissé Imécour t pour commander dans Neustadt ; il y rassemble quelques troupes qui étoient dans les quartiers voisins ^ parce que les ennemis ont encore un petit corps en deçà du Rhin du c6té de Mayence; les contributions qoe nous tirons du pays ennemi viennent de tous côtés. — On mande d'Allemagne que le parti des mécontents de Hongrie grossit tous les jours; on assure même qu'ils se sont rendus maîtres d'Agria^ que les Allemands appellent Erlau et qui étoit une place si importante que pendant qu'elle étoit entre les mains des Turcs le Grand Seigneur niettoit dans ses titres : seigneur de Fimprenable forteresse d'Agria. — La dispense du mariage de M. de Mortemart avec mademoiselle de Beauvilliers est arrivée de Rome ; le roi a signé le contrat ^ et la noce s'en fera jeudi à Paris. — L'ambassadeur de l'empereur à Rome avoit fait donner au pape une lettre de son maître dans laquelle il lui donnoit part de ce qu'il avoit déclaré l'ar^ chiduc roi d'Espagne ; le pape n'a point voulu ouvrir la lettre quand il a su de quoi il s'agissoit et l'a renvoyée à l'ambassadeur. On est fort content ici du procédé du pape.

Mardi 18^ â Versailles. — Le roi alla tirer; monseigneur le duc de Bourgogne alla faire une battue. — Un courrier de M. d'Usson^ qui est venu fortlentement^ ayant été obligé de faire plus de quarante lieues à pied , a apporté des lettres de M. de Harsin^ qui mande qu'ils vont marcher, M. l'électeur et lui^ à Augsbourg. Toute l'artillerie et toutes les munitions qu'on tire pour le siège de Munich et de Ratisbonne sont en marche; la tranchée devoit être ouverte la nuit du 6 au T, et M. l'électeur espère

en peu de jours être maître de cette place, qui couvre bien ses États. — Le roi^ à sa chasse^ dit que la reine Anne

voit demandé à son parlement une augmentation d'argent pour subvenir aux pressantes dépenses de TÉtat , que le parlement avoit répondu qu'il lui avoit donné des sommes considérables qui épuisoient TAngleterre. La reine leur a £edt dire qu'une grande partie de cet argent avoit été employée à mettre M. le duc de Savoie dans leurs intérêts, et qu'ainsi ils ne pouvoient pas lui reprocher de n'en avoir pas fait un bon usage. — Toutes les nouvelles qu'on a d'Angleterre et de Hollande parlent des désordres qu'a faits le dernier ouragan y et les bruits de leur perte augmentent tous les jours. — M. le comte d'Egmont^ qui est en Flandre , a mandé ici que le roi d'Espagne le faisoit lieutenant général de la cavalerie qui est en Flandre ; mais on n'en a eu aucune nouvelle de Madrid y et on croyoit que les Espagnols vouloient éteindre cette charge-là. M. de Bedmar n'en parle point non plus dans ses lettres.

Mercredi 19^ à Ver$ailles. — Le roi dina de bonne heure et alla courre le cerf dans la forêt de Marly^ où il fit la plus belle chasse du monde. Il fait mettre encore dans ce parc-là plusieurs cerfs qu'on a pris à Saint-Germain et à Monceaux. Monseigneur est encore à Meudon^ où il s'amuse à faire planter. La grossesse de madame la duchesse de Bourgogne s'avance heureusement. — Le roi a donné les quatre guidons de gendarmerie vacants; il a choisi pour remplir ces places-là : le marquis de Saint- Valery,qui étoit depuis cinq ans enseigne colonel du régiment du roi; le jeune comte deBriord, qui étoit aide de camp du maréchal de Villeroy ; le comte de Cemay, capitaine dans le régiment du roi de dragons j qui fut fort blessé au combat d'^Etkeren^ et le marquis de Clerc , capitaine de cavalerie dans le régiment du Maine. — L'armée qu'avoit le prince Louis de Bade est fort dispersée présentement. On en a envoyé une partie en Hongrie,

878 JOURN>>»L MB DANGEAU.

oû le prince Ragotzki tait des progrès consiAéraUes; oirtFe cehc on tâche de fftire filer quelcpies- soldats et quet cfnes cavaliers par derrière le lac de Goastoneey pof» tâcher à pénétrer dans le Piémont et joindm M* de SaToie, qui presse fort pour avoir du secours. Olir décomvfe tous les jours de nouvelles choses qui amimant le roi contre ce due et qui' marquent que ses engagements avec les ennemis étoient pris il y a longterafis.

Jeudi âO, à Versmlle$. — Le roi prit médecine ;. madame la duchesse de Bourgogne et madame de Maijitenon furent ^esqne tout le matm avec lui. L'aj^ès-dinée il tint conseil^ et avant d'y entrer, comme il s'haUlloit , cHi lui vint dire que le maréehal de Tallard étoit à la porte de sa chambre ; il eommanda qu'on le fbt entrer. Ce maréchal, au lieu de le venir saluer dans la ruelle da lit où il s'habilloit, se tint modestement à la porte da cabinet. Le roi, étant habillé, alla Tembrasser et lui dit : « Je ne vous dis point que je suis content de vous,, car vous n'en sauriez douter ; entrez un moment dans mon cabinet. » S. M. J.^y entretint un quart d'heure et puis y fit entrer ses ministres pour le conseil. — M. de Hortemart épousa à Paris mademoiselle de Beauvilliers; k noce se fit chez le père de la mariée. — M. l'évèque du Puy est mort ; il étoit de la maison de Béthune. Cet évéché vaut 25 à 30,000 livres de rente ; voilà deux évôchés considérables que le roi aura à donner à Noël; car Tévèché d'Agen, qui vaque depuis un mois, est encore d'un plus gros revenu que celui du Puy. — Le roi a trouvé bon que le fils du marquis d'Antin, qui a fait son année de mousquetaire , ait le régiment que son père acheta Tannée passée du duc d'Uzès et qu'il n'avoit acheté que pour le donner à son fils après cette campagne; il y a deux bataillons dans ce régiment, qui porte le nom de Gondrin présentement et qui est assez ancieu.

Vendredi 21, à Versailles. — Le roi travailla le matin avec M. de Chamillart , quoique les vendredis il n'ait ac-

eéirtamé dkrtravaUl^ qu^avec le P. de la Chaise. Monseigneur reviiyl le soir àe Meudom — M. le grand prieur mande 4'Aflt, aà esi son quartier général y que M. de SaToie rasBei]ibl6> presque toutes ses troupes* sous Albey eomme s'il aiveift envie d'attaquer quelques^ns de nos quartiers^ mais* qiu'ii n'y a rien à craindre^ parée qu'il est aisé derassemUernos quartiers. 11. de Savoie avoit donaé des arrhes en Suisse pour quatre miUe chevaux qu'il y fiusoii aeheter ; mais il n'a pu en prendre que cinq eents^ rt^st lui ayant manqué poutr le reste. On sait cependant qu'il a reçu 300,000 écus de l'argent des Holhadois. — La duchesse d'Albe vint ici, et vit le roi après souper dans sou cabinet. La duchesse du Lude la présenta à S. M.; le roi étoit debout. La conversaticm liit assez longue » très-gracieuse de la part du roi, dont elle fut charmée ; eUe parla avec beaucoup d'esprit. On ayoit (ait éekirer plus qu'à l'ordinaire l'appartement de iBadaoae la duchesse de Bourgogne et la galerie par oit elle passa pour entrer dans le cabinet du roi. Elle vint ensuite ebez madame' la duchesse de Bourgogne, qui la reçut debout et qui la baisa devant et après l'audience ; le roi l'avoit baisée aussi* Elle a été reçue comiae duchesse et point comme ambassadrice, et on lui a fait l'honneur de la recevmr extraordinairetnent, parce qu'on étoit conteBt d'elle personnellement j et que même d^ rant la vie du feu roi d'Espagne elle avoit eu des occasions de montrer son inclination pour la France, dont le duc d'B^court, qui y étoit lors ambassadeur, avoit rendu compte au roi. Après avoir vu madame la duchesse de Botffgogne , elle alla chez Madame et chez madame la duchesse d'Orléans.

Samedi 22, à YersailUs. — Le roi alla Ts^rès-dlnée se promener à Marly • Monseigneur et monseigneur le duc de Berry coururent le loup. Le soir il y eut comédie. Madame la duchesse d'Âlbe demanda à voir Monseigneur, qui lui fit dire qpi'il recevroit sa visite chez madame la

princesse de Gonty , où elle vint avant la comédie. H la reçut debout aussi ; elle ne pouvoit pas prendre son tar bouret devant lui^ ne Payant pas encore pris devant le roi. — M. de la Rongère mourut à Paris ; il étoit chevalier de rOrdre et chevalier d'honneur de Madame^ qui loi avoit donné un brevet de retenue de 80,000 francs sur sa charge. — Deux cents vaisseaux anglois chargés de charbon, dont on manque fort à Londres^ venant de Newcasile en Ecosse et escortés par quatre vaisseaux de guerre^ ont tous péri sur le banc de Yarmouth . La nouvelle qu'on avoit eue de six vaisseaux de guerre et de quatre-vingts vaisseaux de charge destinés pour passer en Portugal qui avoient péri aux Dunes est confirmée et même fort augmentée , car on assure qu'il y a péri quinze vaisseaux de guerre. — Le grand inquisiteur de Portugal a déclaré au roi son maître qu'il ne pouvoit pas répondre de la fidélité des Portugais si Tarchiduc entroit dans le pays avec des hérétiques ; on ne croit pas qu'il y entre sitôt présentement) et on ne doute pas qu'il ne demande incessamment à faire un nouveau traité avec les deux rois , ce qu'on ne lui accordera que sous de bonnes conditions.

Dimanche 33^ à Versailles. — Le roi et toute la maison royale entendirent le sermon, après quoi le roi s'enferma avec le P. de la Chaise. Hesseigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry et madame la duchesse de Bourgogne demeurèrent à vêpres. Le roi alla au salut. — On eut nouvelle par plusieurs endroits, dont il y en a qoi n'ont jamais donné de mauvais avis , que M. l'électenr de Bavière s'étoit rendu maître d'Augsbourg après six jours de siège; la tranchée avoit été ouverte devant la place le 6, le canon commença à tirer le 7, et le 12 les assiégés demandèrent à capituler. On ne mande point les articles de la capitulation < Ces nouvelles ajoutent qu'on parle dans l'armée de M. l'électeur d'aller faire le ^ége de Passau , mais nos troupes sont bien fatiguées et la saison est bien avancée. M. le prince de Bade avoit fait

arrêter il y a quelque temps M. Goor^ général des troupes hollandoises qui sont dans son armée y et avoit envoyé en Hollande pour dire les raisons qu'il avoit eues de Tarréter; mais les États Généraux en ont paru très-méconfents; et ont approuvé la conduite de M. Goor ; cependant le prince de Bade n'a pas encore voulu le mettre en liberté ; les HoUandois présentement lui redemandent toutes leurs troupes. — Il y a de grandes brouilleris entre les cercles de Franconie et de Souabe sur les quartiers d'hiver^ et on assure que l'évèque de Wurtzbourg a rappelé toutes les troupes qu'il avoit fournies pour son contingent^ et qui marchent à Heilbronn avec quelques autres troupes du cercle de Franconie qu'il veut faire subsister en Souabe.

Luindi 2iy veille de Noëly à Versailles. — Le roi^ Monseigneur et monseigneur le duc de Bourgogne et aussi monseigneur le duc de Berry firent leurs dévotions et entendirent vêpres l'après-dlnée. Le roi retourna avec toute la maison royale à dix heures à la chapelle^ et ils entendirent matines et les trois messes. Le roi après vêpres s'enferma avec le P. de la Chaise y et donna les bénéfices vacants. M. Hébert^ curé de Versailles^ eut l'évêché d'Agen; M. Tabbé de la Roche-Aymon^ grand vicaire de Hende^ eut l'évêché du Puy. Il y avoit une petite abbaye vacante près Beauvais (l), qui fut donnée à la Croix^ brigadier des gardes du corps y pour un de ses enfants; le maréchal de Villars^ dans la compagnie de qui il est y l'avoit demandée pour lui. — Il arriva jan courrier de tf . de Marsin, qui apporta la nouvelle de la prise d'Augsbourg^ qu'on avoit sue dès hier par différents endroits. M. l'électeur avoit chargé le comte d'Albert de porter cette nouvelle au roi y mais sa malheureuse étoile a fait qu'il s'est démis le pied en chemin et n'a pu venir. M. l'électeur a donné capitulation aux troupes qui étoient

(1) L'abbaye de Saint-SympborleD.

S89 lOURMAL SM BANGeAU.

émis ia ^aœ , iDaîs il Ji^-en a fK>ii]i mndii idonner anx bourgeois qui Tavoiant trompé , car depw la neutralité qu'il avoit aooordôe à leur ville ils avoient reçu garoisoQ des Iroupes du firiiice de dBade. M. l'électeur masée qu'il va mettre toutes aos (trcHipes et les eôeuiies dans de bons quartiers , bien à leur aise ; il aiuroit marché à Pas* sau, tqu*il auooit pris plus aisémeni qu'ÂugsiKMirg^ à ce qu'il croit ^ s'il n'avpit voulu laisser r^oaer Tarmée.

Mof4i ^f jour de NoM^ A Versailles. — Le roi et toute la xuaiaon royajk assis;tèrent à toutes les .dévotions de la journée. Le comte d'Albert arriva le soiir et si tard qu'il ne put voir le coi . — M. de Bitord mourut ici ; il y avoM un mois .qu'il avoit été taillé , mais il ne mourut poipi de sa taille. Il avoit été fait conseiller d'état d'épéeau ^retour de s^ ambassades e^u Savoie et ^en JBoUa^e. — Jf. de Bavière a mandé que l'emjpereur avoit peusé être siîwpris paf un parti des mécontents «de Hcmp^grie dans un obl^tea^ auprès de Vienne, où jl étoit allé à la oha^se y et qu'il avoit fai,t porter de Presbo^urg à Vienne la couronne royale de Hongrie^ (qui y étoit gaixlée depuis la première inva^on des I^uxcs qn Hojagrie ; c'est une couronne d'or qui avoit été ej^voyée vers l'a^ 1000 par le paye ,aiU duc de Pologne^ qui s'étojLt lait chrétien et qui se vouloit faire déclarer roi. ^tienne ^ duc des fiongrois^ la prit à ceux qui la portoient en Pologne et se fit déclarer roi. U e^ reconnu pour saint ^ et cette couronne .est en grande vénération en Hongrie. M. l'électeur de 6avièp[*e a laissé M. le maréchal de Biarsin dans Âugsbou^g avec ,dix-ibttit bataillons. — H. le duc de Saint-Pierre , qui est graiMl d'Espagne^ duc de Sabionnette, et qui a 200^000 écus de rente , épouse madame de Renel , sœur de M. de Torcy j le mariage se fera dès qu'il aura eu l'agrément du i:oi d'Espagne^ et on va envoyer un courrier en E&ipagne pour cela; ils o^t tous deux des enfants de leurs premiei»3 mariages. Sa première femme étoit fille du marquis de los Balbazès, que nous avons vu ici aoQibassadeur d'Es-

fttgue; MO boaihfiëre .et lui étoîeint Génois ^. de la loaison de S^ola.

Jlkrcrê4i 99> à Vêr miles. -* Le rci ^dla ticea* l'apcèsdliiee ; idumat la .ohiifise U païAa des nouvelles <pi% reo&* vcuit de fioUwde (lar plufiieurs ^^idrolts; elles porte&t tantes qae les •désordies ^u'a Xaiits Toura^an eA «e pays- U saut tek qu^il faudroit des soiomes immenses pour les répaser ; ils ont fwâjd une infioâté de vaisseaux ; jj y a 6u plus .de tuenite mUle hommes jiioyés. — M. le duc de SaitttrPieire, pressé «par son amaur d'achever S09 ma* iM^9 a j^é le roi teèsnmstamment de vouloir répondre de Tapement du roi id'£spagne , et S. H. lui a accocdé sa pàAw 9 ek s'est chargé de maiider au roi son petit-^ <pi'fll avoU (Cru pouvoiir et devoir répondre pour lui en œtte oooaaion-là ; le mariage se fera la semaine qui ^ôeaL —1- lie comte d'Âlhert salua le roi au retour de la messe ; H. de ^amillant le lui présenta. Il a eu beaucoup de peine à passer; il a £aUu qu'il se déguisait en hussard etfu'il traversât plusieurs quartiers deTarmée ennemie qui OGCvqpent tout île pays qui est entre le Danube et la tôte du lac de Constance. Il est encore fort incommodé de sa Uessupe qu'il s'est faite au pied en sautant une bai> rière auprès de SchafEouse, jusqu'où il a été poursuivi parles ennemis, qui le reconnurent pour Franyois dans le dernier ,de leurs quartiers où il passa. Il a dit au roi qu'il y avoit plus de six mille hommes de troupes réglées dans Axigsbourg, qu'on envoie à Nordlingue à leurs dépens. U apprît au roi beaucoup de nouvelles de la Hongrie , rasanrant que M. l' électeur lui avoit donné ordre de les dire à S. H. H assure .que les Hongrois ont soixante mille hommes enrégimentés et presque tous composés de soldats et d'^^ciers qui ont servi; qu'ils marchent avec trente piiàces de ^os>ca»non en s'approchant de Vienne^ et qu'ils ont pris la ville et le château d'Agria ; qu'ils, ont hattu le général Schlick , .et qu'ils ont confié le c^te de ses ,tpcoup(9S gui vouloient se retirer à Vienne ;

qu'on a déUbéré dans le conseil de l'empereur si on se retireroit à Gratz en Styrie ou à Prague en Bohème. Il a apporté des lettres de plusieurs particuliers qui mandent qu'il y a un grand soulèvement en Tyrol, dont les peuples ne veulent et ne peuvent plus rien payer à l'empereur; toutes ces nouvelles sont si bonnes qu'on n'ose les croire. Nous n'avons perdu au siège d'Augsbourg qu'environ cent soldats et un colonel réformé^ qui s'appelle Briçonnet et qui étoit incorporé dans Artois. — On mande de Cologne que les troupes d'Hanovre ont repassé le Rhin pour retourner en leur pays^ n'ayant pu avoir des quartiers dans cet électorat ni dans le pays de Clèvés^ M. l'électeur de Brandebourg s'y étant opposé.

Jeudi 27^ à Versailles. — Le roi alla l'après-dlnée àSaint* Cyr. Monseigneur, monseigneur le duc de Berry firent des battues. Le soir il y eut comédie. — Il y a des lettres d'Angleterre, et même des nouvelles imprimées, qui parlent des désordres qu'a faits la tempête en ce pays-là ; il n'y a pas une maison dans Londres qui n'ait souffert, et il y en a eu beaucoup d'abattues. La mer est entrée dans les rues de Bristol et a monté jusqu'au haut des maisons ; toutes les marchandises ont été perdues, et c'est une des villes d'Angleterre du plus grand commerce. Ils ont perdu beaucoup de vaisseaux sur les côtes et plus de dix mille matelots. Quelques particuliers mandent que la perte qu'a faite l'Angleterre est de plus de huit millions de livres sterling , mais cela nous parolt un peu excessif. — Q arriva avant-hier un courrier de M. de Vendôme, parti de dessus la Secchia le 17. M. de Yendôme, qui ne venoit que d'arriver dans ce camp, mande que toute la nuit on a entendu dans le camp des ennemis un grand bruit d'hommes et de chevaux; il ne doute pas qu'ils ne veulent se mettre en marche ; mais les avis sont différents sur la marche qu'ils feront; ils ne veulent peut-être songer qu'à prendre des postes où ils puissent subsister, ne le pouvant plus faire dans l'en-

DÉCEMBRE 4703. 38â

droit ou ils sont. — M. Courtin mourut & Paris après une longue maladie; il étoit le doyen des conseillers d'État. Il avoit été plusieurs fois ambassadeur^ et avoit signé le traité de Heilbronn ^ celui de Bréda et plusieurs autres. Il avoit toujours été fort estimé et fort honoré dans tous les emplois où il avoit passé , et le roi lui avoit toujours témoigné beaucoup d'amitié.

Vendredi 28^ à Versailles. — Le roi alla tirer. Monseigneur est un peu enrhumé et ne sortit point ; il joua le soir chez madame la princesse de Conty. Monseigneur le duc de Bourgogne^ depuis quelques jours^ a établi un petit jeu de brelan chez lui^ et pendant ce temps-là les courtisans pourront lui faire leur cour. Madame la duchesse de Bourgogne soupa chez madame de Maintenon; elle se porte à merveille dans sa grossesse. — On a des nouvelles du maréchal de Tessé du 19; il étoit au bas du mont Simplon , qu'il devoit passer le lendemain ; il comptoit d'arriver le 22 à Milan. M. de laFeuillade, après quelques coups de canon ^ s'est rendu maître d'Annecy, où nos troupes entrèrent le t&^ et depuis il s'est emparé delà Roche ^ de Thono et de quelques postes sur le lac de Genève. Il ne reste plus au duc de Savoie y au deçà d<^ Alpes y que la vallée de Taren taise , où le marquis de Sales^ un de ses généraux^ s'est retiré avec ce qu*il a de troupes. — Le duc de Saint-Pierre a envoyé pour présent de noce à madame de Renel 100^000 écus en or^ presque toute fflonnoie de Gènes. — Les duchesses ne vouloient plus quêter ici, parce que lés princesses étrangères avoientfait quelque difficulté de quêter; le roi a commandé que toutes les princesses , hormis les princesses du sang , quèteroientà l'avenir, et les duchesses et les femmes de qualité, comme madame la duchesse de Bourgogne, qui se mêle' présentement des quêtes , l'ordonneroit. Mademoiselle d'Ârmagnac commencera le premier jour de l'an*. — Le roi travailla le soir chez madame de Maintenon, avec MM. les capitaines des gardes du corps, à régler beaucoup

SM JOUAMAL DE DAHGÈAU.

de petites choses de ce qui fegarde le détail de leurs Compagnies.

* Ce ne seroit pas des notes ou des additions , mais des volumes, qui pourroient contenir les heureuses adresses qui ont enfanté le rang des princes étrangers. C'en fut une ici longuement cachée , puis nettement soutenue poUt se dfâtingueir des ducheâseâ. II y aVdit iongtettl|)â qu'on s'en apercevoit sans s'en mettre en peine ^ ou sans oser â'y opposer parmi elles . à la fin la bombe oreva , et les princesses quêtèrent eoinme les duchesses. Ce ne fut que depuis que les chambres des filles de madame la Dauphine furent cassées que, faute des filles dont c'étoit toujours l'emploi , on fit quêter de jeunes femmes , et il n'y avoit guéres que sept ou huit ans que les princesses éladoieut , et deut ôU trois ans qu'on s'en apercevoit, jusqu'à ce que mademoiselle d'Armagnac ayant refusé tout plat dnq ou six mois auparavant, la duchesse de Saint- Simon refusa aussi. On essaya d'en faire une affaire à son mari, en taisant le pourquoi. Il l'expliqua au roi, qui l'approuva et qui décida surle-champ comme le disent les mémoires.

Samedi 29, à Yermlleg. -^ La roi alla l'après-dlnée se promener à Marly. Monseigneur^ quoique fort enrhumé ^ alla diner à Meudon et s'amusa toute Taprès-dinée à faire planter. Le soir il y eut comédie. — Oja apprend de Hollande que rUe de Texel a été entièrement submergée du* rant quelques jours^ ce qui a causé encore une très-grande perte à ce pays-là. On apprend d'Angleterre , outre tout ce qu'on savoit déjà des dommages qu'y avoit faits Fouragan , que tous les vaisseaux de guerre et de charge qui étoient sous les ordres de Showel et qui étoient prêts d'entrer dans la Tamise ont été emportés par la tempête vers les côtes de Norwège ; qu'on n'en a eu aucunes nott-velles depuis j et on croit que la plupart de ces vaisseauxlà ont péri. -— Le roi a fait monter M. de Fourcy à la place de conseiller d'État ordinaire , et celle de semestre a été donnée à M. Rouillé^ à qui le roi l'avoit promise quand il sortit de la direction des finances. — Il y a dispute pour la place de doyen * entre M. l'archevêque de Reims, qui est le plus ancien desconseillersd'État^etM. de laReynie, qui est le plus ancien des conseillers d'État de robe et

qui prétend qu'un ecclésiastique ne peut point devenir doyen. M. Tarchevôque de Reims a delix exemples pour lui; outre ses raisons^ qui me patoisseîit bonnes > ils ont ' dohné leur mémoire pour cette affaire^ que le roi n'a pas encore réglée ; pe^mi ces deux exemples que cite M. de Reims j il y en a un d'un archevêque de Bourges et l'autrt d'un simple abbé, qtii ont été doyens tous deux.

* On a vu ailleurs le droit des pairs et des ducs d'entrer et d'opiner au conseil des parties, et comment, faute d'usage et d'en croire le chancelier Séguier, il s^est anéanti. 06 a ru aussi la foute des t)airs d'y aWf à autre titre que leur dignité, comnaise par l'archevêque duc de Reims, dont est ici mentioa, le premier et puis à son exemple par l'éî^éque comte de NoyoB ; on se contentera donc de dire ici que M. de la Beynie trouvoit fort amer d'être privé par M. de Reims de l'avantage Ai décatiat; 4u*îl avoit tout sans cette raison, comme là placé vis-à- ^du chancelier, qui détneure vide si elle n'est remplie par le doyen ou par un pair ou duc, même à brevet, comme M. de Vitry, qui rétoit et en même temps conseiller d'État, l'eut toujours, et au dessus du doyen , conune le salut entier du chapeaii du chancelier, qui ne se découvre que pour les pairs, les ducs et le doyen seul; enfin, wqtii est particulier au dojeii, la visite et cérémonie de chaque nouveau chancelier une fois, et certains bureaux considérables et utiles avec le double des gages de conseiller d'État, chose fort au-dessous de la dignité, dulo^r et destichessefi de Tarchevéqué de Reims. Celui-ci ^^dit qu'il étbit vrai qu'il avait le salut du chancelier en prenant n voix, comme le doyen Tavoit , et la séance non-seulement de doyen , inais au-dessus du d^^yeti ; qu'il étoit au-dessus du reste de ce qui est particulier m doyen, mais qu'il ne lui étoit pas permis pour avoir, comme due pair, une séance et des hotmeurs fbrt distingués des sMttres prélats conseillers d'État^ de he revendiquée pas uu droit qui Inr étoît commun avec lui , et de les t)ritel* du dêcanat, parce que loi n'en avoit pas besohi. Il tint ferme â le didputer, et on verra qu'il fet déddé en sa fateiir.

Dimanche 30, à Versailles. -^ Le roi alla tirer. Monseigneur ne sortit point de tout le jour. — Le roi a choisi •. des Marests , le grand fauconnier , pour acheter fe régiment dé cavalerie du comte d'Egmont, que le roi u Espagne a fait lieutenant général de la cavalerie de Flandre, M. d^s Marests servoit dans notre armée

388 JOURNAL DE DANGEAII.

en Bavière , et il a permission d'en revenir avec M. de Vieuxpont, brigadier d'infanterie, qui vient pour épouser mademoiselle des Harests, sa sœur. — On mande de notre armée sur la Secchia que le comte de Starembei^ a fut avancer un corps de dix mille hommes à Pontemolino, et qu'il n'abandonne pourtant ni Révère ni la Mirandole. H. de Tessé doit être arrivé à cette armée-là , et H. dé Vendôme doit être retourné à celle de Piémont. On avoit parlé d'un règlement pour le commandement entre M. de Vendôme et les maréchaux de France; mais le roi n'a pas jugé à propos de le faire ; ainsi M. de Vendôme et M. de Tessé commanderont chacun leur armée sans aucime subordination l'un de l'autre*. — Beaumont, contre-amiral d'Angleterre, dont le vaisseau alloit périr, se jeta dans la chaloupe , et deux jours après on a trouvé son corps que la mer avait poussé à terre. Tout ce qu'on apprend de la perte des Anglois augmente tous les jours; cependant le parlement d'Angleterre a accordé à la reine Anne tout ce qu'elle leur a demandé pour soutenir la guerre.

* Le maréchal allant en Savoie, et on le lui a souvent ouï raconter en mêmes termes du roi qu'on trouvera ici , étoit averti que œ n'étoit qu en passant, et qu'il y auroit une armée en Italie. M. de Vendôme, assuré d'en commander, avoit cessé ses poursuites pour être fait maréchal de France , que le roi avoit bien reçues jusqu'à être prêt à le faire ; puis lui dit que cela ne lui convenoit pas , mais qu'il n'y perdroit rien. Depuis, étant à la tête d'une armée, il tenta d'obtenir une patente pour commander aux maréchaux de France, dont il fut refiisé avec une sorte d'indignation. Cette campagne-ci, il hasarda ime autre deuiaDde: ce fut de représenter qu'il avoit désiré d'être maréchal de France, et avec ce qui s'étoit passé là-dessus que s'il l'avoit été fait , il auroit son ancienneté parmi eux, et que s'il avoit le dégoût d'obéir à ses anciens, il en seroit dédommagé eu commandant à ses cadets ; que , puisque le roi, n'ayant pas jugé qu il convint de lui donner le bâton, lui avoit promis qu'il n'y perdroit rien , et avoit eu la bonté de le mettre à la tête de ses armées , il deraandoit au moins Une patente qui lui donnât le commandement sur les maréchaux de France moins anciens lieiitenauts généraux que lui , et auxquels il auroit commandé s'il avoit été

DËCEMBRE 1705. 389

maréchal de France ; sans quoi il perdroit beaucoup en effet à ne Ta* voir pas été, puisqu'à raison du grade de maréchal de France il pouvoit arriver quMl obéiroit à ses cadets. Toutes plausibles que fussent ces raisons, le maréchal de Villeroy, à qui le roi en parla, en détourna Teffet, car ce fut tout au commencement de la campagne , avant que ce maréchal partît, et le roi se tint ferme au refus. Tessé, à qui le maréchal Tavoit dit , ainsi qu'aux autres maréchaux de France , voulut pourtant savoir comment il se conduiroit avec M. de Vendôme , dont il sentoit tout le crédit et les appuis. Il en paria au roi, et en bon courtisan lui proposa d'éviter de se trouver avec lui , et de ne prendre qaela plus petite armée, qui fut un temps aux ordres du grand prieur, comme le plus ancien lieutenant général. Le roi répondit net qu'il ne £alloitpas accoutumer ces messieurs-là à être si délicats; qu'il avoit trouvé très-mauvais que M. de Vendôme eût osé songer à commander des maréchaux de France, et qu'en deux mots il ne vouloit point de mâiagements là-dessus , ni pour prendre le commandement de la principale armée, ni pour se trouver avec M. de Vendôme et le commander hihmême; que ces messieurs-là en avoient bien assez, et qu'il ne falloitoi ne vouloit les gâter davantage ; qu'ainsi , sans aucun égard pour cette considération-là , il fît tout ce qu'il croiroit devoir faire pour le bien de la chose et des affaires et pour l'utilité de ses affaires en Ita- Ke. Tessé, qui l'a souvent raconté , en fut très-surpris , mais en bon courtisan il ne laissa pas de biaiser pour plaire à M. de Vendôme et encore plus à M. du Maine. M. de Vendôme ne lui disputa rien , et lui évita de l'obombrer.

Pour M. de Vaudemont, qui, comme gouverneur du Milaiiois et ayant patente de général d*armée du roi d'Espagne, il [sic] n'obéissoit ni ne commandoit aux maréchaux de France, ni à M. de Vendôme, général de l'année du roi , et ils vivoient de concert en parité de commandement, presque jamais ou guères peu de jours en passant ensemble, et toujours M. de Vaudemont étoit à Milan ou avec quelque corps séparé.

Lundi 31 , à Versailles. — Le roi alla Faprès-dlnée se promener à Marly, où il vit des carpes rares que lui a données M. le Prince, Monseigneur alla diner à Meudon avec madame la Duchesse^ et n'en revint que pour le souper dupoi. — On a des lettres sûres qui parlent encore plus fortement que toutes celles qu'on avoit eues jusqu'à cette heure des avantages que les mécontents de Hongrie remportent tous les jours sur les troupes de l'empereur. I^ corps qu'ils ont en Transylvanie a battu le comte de

Rabutin^ qui a été obligé de se sauver dans Clausembou^; d'un autre côté, ils ont attaqué Neuhausel; il y a même quelques-unes de ces lettres qui disent qu'il est pris. Uq autr^ corps de leurs trqupes assiège Neustadt , et ils mA aussi bloqué Pesth. L'empereur^ qui ise voit pressé par tast de côtés , envoie le prince Eugène pour commander une petite armée de quatre ou cinq mille hommes rassemblés sous Presbourg. —7 II arriva un cpiuTier du maréchal de VUl^roy, qui a rassemblé quarante bataillous et quelques escadrons pour marcher aujc ennemis qui^ au nombre de douze mille hommes commandes par le comte de Troignie, sont venus à nos lignes du côté de la Mehaigneet comraençoient à raser nos lignes, ce qui sera bientôt raccommodé , et selon toutes apparences les eppe* mis se retireront Ibrt vite voyant le maréchal de Villeroy marcher à eux. — On a publié ce soir ici à Paris qu'il n'yauroit point de diminution demain sur l'argent; la crainte qn'il y en eut une (le dh solg par pistole çt de deux sols par écu^ comme le dernier édit le portoit, a uiis l'argent dans un grand mouvement depuis huit jours.

ANNÉE n04.

Mardi V janvier y a Versailles. — Le roi , un peu ^prè? o:»ize heures , tint le chapitre des chevaliers de l'Ordre , O'ô M. de Torcy rapporta les preuves de M. de Mesmes , ^iont nous avions été commissaires IH. de Foi>: ^t moi ; insuite on marcha à la chapelle en bas, où Tarche- ^que de Reines officia. U y a ^é^k quelque temps qn^ cardinaux ne veulent plus officie;* aux cérémonies *. roi dîna en public avec toute la famille roycje ; en,miite ils allèrent à vêpres (1), et puis S. M. donna une '^>ngue audience au duc de Berwick , dans son cabinet, ui partira le 20 de ce mois. — Puységur a écrit de ittoria que depuis notre frontière jusques-là il pouvoit ^pondre j^ S. M. que nos troupes seroient logées et trou voient en abondance tout oe qui leur seroit nécessaire , t que tout seroit même à bon marché pour les officiers, os troupes marcheront, ^ mesure qu'elles arriveront, droit

(1) « Mademoiselle d*Arinagnac, belle comme le jour, quêta hier à la cour, '^ refus des duchesses , qui en avoient été priées par M. le curé ; on prétend e qu'elles en ont été apostrophées par Sa Majesté, laquelle demanda à le erand la princesse sa fille, qui fût promptement accordée. ChMiin s*ef» de lui donner, M. l'ambassadeur d'I&apagne entre autTes, qui mit trente dV dans sa bourse. Le roi ramerda U quêteuse •• des tenne« très-oblits , et il ne Tavoit demandée à M. le Grand qu'en cas que ci^ ne lui Ht liât de peine. » ( Lettre de la marquise d'Hiixelles, du 2 janvier 1704. ) La bibliothèque de la ville d'Avignou possède un recueil de lettres raanus- Tîtes de la marquise d'Huxelles au marquis de la Garde , gouverneur de urnes, écrites depuis 1704 jusqu'en 1712. Nous devons à l'obligeance de . Achard, archiviste du département de Vaucluse, la communication de quelles notes extraites de cette correspondance faiédite.

892 JOURWAL OK DANGEAU.

sur la frontière de Portugal , sans passer à Madrid. II vient beaucoup de courriers de Portugal à Madrid, et on ne doute pas que ce roi ne songe à se raccommoder avec la France et l'Espagne si l'archiduc ne passe promptement à Lisbonne , ce qui n'est pas apparent. — M. le Prince, qui a souhaité retirer la terre de Creil de la princesse d'Harcourt, qui Tavoit achetée du prince de Carignan^ avoit prié le roi d'entrer dans cette affaire-là et d'ordonner à M. de Chamillart d'examiner cette affaire pour le prix qu'il en devoit donner. Madame la princesse d'Harcourt ** en vouloit au moins 200,000 livres ; M. le Prince vouloit la terre , mais en vouloit donner beaucoup moins. Le roi , pour finir l'affaire qui trainoit depuis longtemps , a réglé que M. le Prince en donneroitli-O^OOO livres, et donne 20,000 écus à la princesse d'Harcourt «, du trésor royal , qui seront mis sur la maison de ville.

* Cette difficulté des cardinaux a été pins d'une fois répétée, sans dire de quand conunencée, puisqu'elle est rapportée conune nouvelle, ni sur quoi fondée : on Tignore aussi bien que les mémoires.

** Cette princesse d'Harcourt, qui avoit été belle et point trop cruelle, étoit devenue hideuse. C*étoit une harpie qui prenoit à toutes mains au jeu quand elle pouvoit, qui vendoit son crédit et qui chantoit pouille à hommes et à femmes , qui ne payoit personne , qui battoit ses gens et ses femmes comme plâtre, qui en étoit quelquefois très-bieo rossée, qu'ils laissoient tous là de concert, et chez elle et dans les rues, sans qu'il lui en restât pas un, et qui chez elle tempétoit avec tant de finie que ses voisins à Marly n'y pouvoient durer ; avec cela dévote incomparable et communiant tant et plus, fléau de ses enfants, et ayant fait déserter son mari. Avec ces aimables qualités elle avoit trouvé tuie telle grâce auprès de madame de Maintenon qu'elle étoit et fiùsoit tout ce qu'il lui plaisoit. On ne comprenoit point un goût où il n'y avoit rien à se prendre, et ce goût a toujours été le même sans cesser que des instants; haute par delà l'hisolence à l'ordhiaire de sa vie, et plus basse que l'herbe devant quiconque elle avoit ou pouvoit avoir afEaire. Il lui est arrivé d'être accablée dans son lit à Marly de pelotes de neige par madame la duchesse de Bourgogne et sa suite, et d'avoir non-seulement le lit, mais la chambre noyée, et d'autres fois d'être ré« veillée en sursaut par tous les tambours de la gai'de suisse tout au-

tour de son lit. Tantôt le chemin du pavillon du roi chez elle se trouvoit bordé de pétards , au milieu desquels ses porteurs avertis Tabandonnoient toute seule ; une autre fois elle eût sauté en Tair par un pétard sous son tabouret si quelqu'un n'eût averti que c'étoit de quoi l'estropier; quelquefois cousue à son siège en jouant, et laissée à s'en dépêtrer toute seule. Elle y étoit si accoutumée qu'étant allée en Lorraine dea\ jours après son arrivée on tira des pétards pour je ne sais quelle fête; elle ne la savoit point, et après une grande peur elle s*écria que c'étoit par trop , et tout en furie qu'on la poursuivoit jusqu'en Lorraine , où, étant princesse du sang, elle en devoit être au moins à l'abri ; on ne sut ce qu'elle vouloit dire , et on y apprit avec scandale par cette aventure tout ce que journellement elle essuyoit à la cour. Quand elle se fâchoit quelquefois d'être excédée , madame la duchesse de Bourgogne étoit un mois sans lui dire un mot, et elle toumoit mutilement ; enfin elle deraandoit pardon et briguoit qu'on renonçât à la tourmenter. Jamais ilsne Tappeloientque princhipionettey c'est ce qui la peinoit le plus sans avoir pu les en corriger. Ce qu'elle a en du roi , fait d'affaires, pris et volé de force ou d'adresse ne se peut nombrer. Deux de ses fils passèrent à l'empereur, où ils sont morts ; celui qu'elle a laissé s'est montré aussi grand maître qu'elle , et s'est étrangement enrichi. Cette mégère écervelée et lipue étoit sœur de la docbesse de Brancas; mais aussi elle étoit bien dévote, et proposoit volontiers à la fin du jeu qu'on se donnât réciproquement ce qui pourroit n'être pas hien légitime. Elle alloit tant qu'elle pouvoit et plus qu'ils ne vouloient à Pontchartrain , et y jouoit jour et nuit. Les sa* médis ne la cootraignoient pas quand les parties étoient bonnes; elle jouoit, querelloit et ramassoit bien avant dans la nuit, s'en alloit communier le matin à la paroisse , se venoit habiller, puis se remettoit au jeu jusqu'au dîner. Cétoit une vraie sainte. Elle alla voir, un jour de fi!te, la maréchale de Villeroy à Fontainebleau dans l'appartement de quartier qui est de plain-pied à la cour en ovale, au pied du degré du roi, au haut duquel logeoit madame de Maintenon. La maréchale lui proposa une petite prime ; elle eut peine à la préférer à vêpres , mais elle se rabattit sur le salut. Le jeu dura , et s'apercevant que l'heure dosaJut se passoit, elle vouloit y aller, etdisoit que tout seroit perdu si madame de Maintenon savoit qu'elle y eût manqué. La maréchale se moqua d'elle et de sa peur et de l'attention de madame de Maintenon à sa conduite; l'autre se laissa entraîner. Comme ellecontinuoit a jouer de tout son cœur, d'autant plus que la maréchale n'y voyoit guères clair, arrive madame de Maintenon en visite. A cette annonce : « Ah , je sois perdue ! s'écria la princesse, qui se vouloit fourrer sous le lit; elle va voir que je n'ai été à rien; que deviendrai-je? » Madame de Maintenon entra sur ces cris, qui trouva la maréchale pâmée de rire ,

394 JOURNAL DE OASGEAU.

et Tautre d*efGroi , à qui toutefois elle ne Ql pag une mine trop raaiuranl^; mais die a voit apparemment un talisman, «ans quoi une amitié si déplacée et si étonnante ne peut jamais être eiq^liquée.

Mercredi 2, à Versailles. — Le roi alla se promeQer Vaprès-dlnée à Trianoii. Blpuseigneur ne sortit point de tout le jour. Lie soir il y eut oomédie. Le roi a donné ^^000 pistoles d'étrennes à Monseigneur^ 2,000 à madame la duchesse de Bourgogne et autant à Madame ; on lui apporta hier 42,000 pistoles du trésor royal pour faife ses libéralités. — - H. de Saint-Geniez, aide de camp du maréchal de Villeroy^ arriva de Flandre. Les ennemis, qui s'étoient assemblés au nombre de douze ou quinze raille hommes et (jui étoient venus à Vasège , où ils commençoient 4 raser ime demi-lieue de aos ligues, se sout retirée fort précipitamment dès qu'ils ont appris que M. le ma* réchal marchoit à eux. Le baron de Trognie y étoit , comme je l'ai déjà écrit , mais il y avoit deux généraux au-dessus de lui , qui sont le baron de Noyelle et M. Toh; Ç/& qu'ils ont rasé de nos lignes sera raccommodé dans vingt-quatre heures. -*- On a reçu à Mstrseille des lettres de Constantinople du 15 de novembre; le nouveau sultan envoie ici un ambassadeur^ et le séraskier doit marcher incessamment avec une armée de cinquante mille hommes; on ajoute même qu'il mèqera avec lui le Tékéli pour lui servir de conseil. Si ces nouvelles sont vraies^ on ne sauroit douter que cela ne regarde la Hongrie. -*- Madame croyoit que M. de la Rongère n'a voit que 80,000 livres de brevet de retenue sur sa chargç , piais la famille lui a apporté le brevet, qui est de 100^000, aiqsi la charge sera encore plus difficile à vendre.

Jeudi 3 y à Marly. — Le roi fit chanter le matin à Versailles le Te Deum pour la prise d'Augsbourg ^ et on le chantera demain à Paris. L'après-dlnée S. M. vint ici, et quoiqu'eUe soit un peu enrhumée , elle se promena , jusqu'à la nuit. Monseigneur vint avec madame la prîn» cesse de Conty ; madame la duchesse de Bourgogne vint

JAI^VKE 17M. 896

en carrotte ; on croit cette voiture-là pl«8 douce que la chaise. — Le roi fut fâché le dernier voyage de n'avoir pas assez <Je logement à donner ici, parce cjuHl y aurqijt voulu ap^eneir plusieurs cpurtisans qui reviennent d» l'arméa et qui lui avoient demandé à venir. Il fait béttir des logements nouveaux , et , en attendant quHls soient en étal , il a prié Cavoie de lui prêter Luciennes , où il y aura six courtisans logés, quj seront ici tput comin^ cenx d^ Marly, et qui sont m<ime sur la liste. — («e roi fit bief recevoir M. le prince de Rohan lieutenant de ses gen«r dannes , et après qu'il fut reçu M. de Duras lui fit prêter le serment; il n'y avoit que les gendarme^ de quartier. — li'ordinaire d'Esp^^gne arriva qui appor^fi de? leUrQs du 17. On mande que le prince de Tzercla^ ^ f^it arrêter le gouverneur de Badajoz , qu'on soupçonne de quelque intelligence avec Tamirante ; on a aussi arrêté à Madrid un des secrétaires del despœho universal, qui avq;t été autrefois secrétaire de Tamir^nte. L'abbé 4'Estrèes s est plaint de la princesse des (Jrsins*, qui a fait Quv^r, à ce qu'il prétend , les lettres qu'il écrivoit ici au roi et que Orry, à qui il les avoit données pour les envoyer par nu 'courrier, les avoit portées à madame des Ursins , afin qu'elle sût comme rambassc^deur parloit 4'elle.

(ie ftit une belle esclandre , et qui à la fin coûta cher à madame des Ursins, et dont elle se tira par des miracles de cour après de sensibles angoisses. Le cardinal d'Estrées, mis en déroute avec tousMe KspagDols qui avoient eu part au testament de Charles II et depuis aux afïaires, Louville expédié et le roi d*Espagne entièrement pris, t4le ne se contraignit pas de donner à sa nouvelle junte , et personnel: iement à Tabbé d'Estrées, toutes les sous-barbes possibles. L'abbé, qvf 9e Touloit ancrer dans son ambassade et se rattraper aux affiaires, en espérance quelles le porteroient à tout, souffroit ces mépris avec une ex. trême impatience, et buttolt à perdre la princesse dans notre cour, sans quoi il se voyoit perdu lui-même. Quelque puissante qu*y fât la princesse par madame deMaintenon, elle ne laissoit pas d^étre inquiète des dépédies de Tabbé d'Estrées, surtout le cardinal d'Estrées venant d^arriver à notre cour, et dans cette inquiétude elle voulut s'éclaircir par elle-même. M. de Louvois et ceux qui Tout suivi ont enseigné à

toutes les cours le pernicieux secret d'ouvrir les lettres et de les refer< mer en un moment sans qu'il y paroisse , et ce détestable abus n'a fiiit que se multiplier depuis. Madame des Ursins s'en servit donc tant qu'elle put , et en'profita de même, jusqu'à ce qu'enfin un mot qu'elle trouva dans une lettre de l'abbé d'Estrées au roi la transporta de colère au point de lui faire conmiettre la plus folle imprudence. Ëlleavoit depuis bien des années le fils d'un procureur du Châtelet de Paris, qui par les degrés étoit devenu son écuyer, son secrétaire secret, son intendant et le confident de toutes choses. Il disposoit de tout chez elle, et d'elle-même^ et ne s'en cachoit pas ; et Louville avec deux autr^ à qui elle vouloit parler, menés par elle de chez la reine dans son ap* parlement et pour être plus à l'écart dans un cabinet fort retiré où cet écuyer, qui s'appeloit d'Aubigny, écrivoit ayant le dos vers la porte, ils l'entendirent se fâcher d*étre interrompu, et, sans lever les yeux de son papier, l'apostropher au son de sa voix avec des épithètes de mau' vais lieu et une colère plus que maritale. La princesse rougissant se mit à rire comme elle put^ et pour le faire apercevoir qu'ils n'étoient pas seuls : « Messieurs, dit-elle fort haut , vous voyez bien au moins que d'Aubigny n'aime pas être interrompu, » et tout de suite d'un ton de maîtresse lui dit de passer de l'autre côté , et qu'il reprendroit après. Il se tourna, et voyant la compagnie il ne fut pas moins embarrassé qu'elle, et s'en allant fort humblement demanda pardon , et dit qu'en effet elle savoit bien que ce qu'il faisoit là ne vouloit pas être interrompu. Ils étoient donc sur ce pied-là ensemble, et personne ne doutoit de rien entre eux. Il y avoit donc dans la dépêche de l'abbé d'Estrées au roi un fort article sur lui , sur son crédit , sur les affaires qu'il faisoit à toutes mains, sur ce qu'il étoit le seul homme qui couchât dans le palais , et sur ce qu'on disoit que la princesse et lui étoient mariés après en avoir fait entendre tous les préalables. Ce dernier mot de ma* riéSy l'orgueil de la princesse ne le put digérer. Elle prit une plume , et de sa propre main mita côté, à la marge, rien que ces trois mots : pour mariés, non, referme la dépêche comme elle étoit, et la renvoie. Qui fut bien-étonné, ce fut le roi et ses ministres , car ces lettres-là d'ambassadeurs se lisoient entières au conseil d'État, quand ils virent cette surprenante apostille. Le premier mouvement du roi et des autres fut de rire de la chose, de ce que, ne démentant que le mariage , elle passoit légèrement tout ce qui le faisoit croire; mais, après avoir ri, on releva fort la hardiesse d'avoir ouvert la dépêche de l'ambassadeur au roi et celle de le prouver elle-même par l'audace, de l'apostille. Le roi en fut choqué au dernier point, et on verra que cette affaire, qui perdit madame des Ursms pour un temps, la pensa perdre pour toujours.

Vendredi fc, à Marly, — Le roi se promena tout le

mB&n, quoiqu'il fût encore assez enrhumé et qu'il fitjfort froid; Monseigneur et messeigneurs ses enfants furent assez longtemps avec lui à la promenade. — Avant que le roi partit hier de Versailles , il signa le contrat de mariage du duc de Saint-Pierre avec madame de Renel et celui du chevalier de Roucy avec mademoiselle Ducasse. M. de Saint-Pierre n'a point porté son contrat à signer aux princes et aux princesses du sang^ qui en sont assez scandahsés*. — On eut par l'ordinaire des lettres de M. de Vendôme^ qui étoit à San-Benedetto le 23 ; il mande que les ennemis^ par une feinte marche à Pontemolino, avoient voulu l'engager à envoyer des troupes sur le Hincio , faisoient coure le bruit dans leur armée qu'ils vouloient aller passer cette rivière au-dessus de Mantoue, mais que cela ne lui avoit fait faire aucun mouvement , et (]u'il avoit de bons avis^ qui lui étoient encore confirmés par des déserteurs , que le comte de Staremberg youloit passer la Secchia sur le pont qu'il a à la Concorde, ce qui se rapporte aux nouvelles qu'on a que l'empereur a envoyé à ce général Tordre de secourir H. de Savoie à quelque prix que ce fût. Parce même ordinaire d'Italie, qui est arrivé ce soir, les amis de M. le grand prieur ont reçu des lettres de lui y dans lesquelles il leur mande que le roi lui a fait l'honneur de le choisir pour aller commander son armée en Languedoc; ainsi il faut que M. le maréchal de Montrevel soit rappelé ; mais nous ne savions rien de cela ici.

* Ces additions ne coniportent pas de longues dissertations. L*AItesseenseroit ime, encore plus la Sérénissime. Il suffit de dire que T Altesse Royale a été à peine connue de Gaston. L*Éminence des cardinaux y donna lieu, dont le cardinal de Richelieu étoit raffolé , et sut un tel gré au prince d'Orange de la lui avoir donnée le premier qu'il lui rendît TAltesse, qu'il u'avoit jamais prétendue, n'étant pas souverain. Ce pas fait valut l'Altesse à de petits souverains effectifs, et l'Altesse Royale à Gaston pour le relever au-dessus d'eux, et qui s'étoit choqué de leur Altesse. Son régiment n*étoit connu que sous le nom de l'Altesse ; on disoit capitaine dans T Altesse, l'Altesse est à tel siège, enfin on ne

SM ^ JOURNAL DE DAl^GEAU.

te ndittfkibit pa^ autreoitiit, et eomme mi y éiolt aewMumé^fl (ftmeura Altesse, même après que Gaston ▼ eut joint la Royale. U princes du sang, voyant cette distinction à Gaston,^ Grent donner l'Altesse sans là prétendre que des cardinaux, parce qu'ils leur donnèrent aussi PÉntinence, comme ils Tavoient eue de ceux des souverains à qui ils Iti donnoient. En Espagne , il n*y a d'Altesse que le fils du roi , et depnis que toutes les Espagnes ont été réunies sur la tête de Charles- Quint il n'y a jamais eu de fils d*ancun fils de roi; tiinsî Ton ne sàt quel traitement ils avoient, encore moins ceux que nous appelons princes du sang en France , dans un pays où la loi salique n'a point lieu. C'est pour cette raison de l'Altesse simple des fils des rois que leë grands d'Espagne, qui ne cèdent point aux souverains, leur refusetit l'Altesse, et parce encore que leur traitement est de tout temps l'Excellence, depuis que ce titre est en usage. Depuis que le roi a égalé en tout ses enfants naturels aux princes du sang , il a voulu dédommager les uns et en avantager les autres, et il commanda aux ducs de leur donnet à tous l'Altesse Sérénissime en leur écrivant. Ils l'évitent tous en n'écrivant point, ou au moins ils s'en abstenoient alors , et comme ces princes voulurent établir la même chose pour les grands d^Espagtie, sous prétexte qu'ils avoient le rang des ducs en France , ils saisireat l'occasion de ce contrat de mariage pour prétendre que le duc de Saint- Pîerre, en le leur portant, leur donnerolt en leur parlant de l'Altesse Sérénissittie , Quoique même aujourd'hui ils ne l'exigent point et qu'il n'y a que leurs domestiques qui leur parlent ainsi. Ce fut donc la raison qui empêcha le duc de Saint -Pierre de leur faire signet son contrat Mais dès qu'il fut marié , sa fenune, fâchée d'être exclue de ëaei les princesses qui tenoient la cour et ses amusements, et Torcy, son frère, ëhdore plus de ce que la difficulté venoit à l'occasion de sa sœur, dotit le mauvais gré et les propos pouvoient lui être désagréables, tournèrent si bien le duc de Saint-Pierre qu'il céda. Il avoit acheté Sabionette des millions du roi d'Espagne ; il étoit avare, et, sans l'être, il étoit naturel de vouloir jouir d'un aussi grand et si cher établissement; c*étoit, avec Tamour, ce qui lui avoit fait épouser la sœur du ministre des affaires étrangères, et cette raison d'intérêt l'emporta sur la raison de la dignité pour le Sérénissime. Il est venu de oe, que les princes non souverains ont peu à peu pris l'Altesse ; MM. de Guise et M. de Mayenne, dans leurs années les plus brillantes*, n'y ont jamais pensé. Les histoires et les mémoires de leur temps le montrait, et jusqu'aux lettres que leurs agents et que leurs secrétaires domestiques leur écrivoient, et qui y sont rapportées en entier, ne les en traitent point et on en a vu de domestiques ou des ))ersonnes fort du commun , à princes et à des princesses des maisons de Savoie , de Lorraine, de Longueville, et hors d'état M de fololité de l«iir rieti

dapiilet, et e«la jusqu'aux temps ded guerres de Paris de la minorité de Louis XIV, et depuis, 0Ù il n'est pas la moindre mention d'Altesse. 11 est vrai que cette nouveauté, de nos jours, ne passe pas leurs domestiqués, mais elle a fait inventer le Sérénissime à ceux qui avoient pris rÂltesse aupârataîft ; mais ceux-là qui ne l'ont fait que pour se distingdèr de cêox-ei n'y ont rien gagné, puls^iie ceux même qui l'ont (ne ont prétoidn le rang de prince étranger, ont aussi ajouté le Sérénissime à leur Altesse comme les princes du sang et les souverains ; ces derniers, parleurs alliances, ont, tant qu'ils ont pu, fait passer l'Altesse ftoyale de leurs femmes à eux, comme M. de Savoie, et depuis vingt iûÈ Paiement les ducs d'tiolstein et dé tiOrraine , et le grand-duc de Tdéane; aussi Monsieur n'en à jamais voulu ^ parce que les filles de Oaston, pour qui le rang de petites-filles de France fut inventé, l'aroient priSf et depuis les fils de France n'ont plus voulu que le vous, et ont abandounë l'Altesse Royale. Cela suffit pour une matière qui n'en mérité pas davantage.

Samedi 5, à Marly. — Le roi se promena le matin et toute Taptës-dlnée dans ses jardins. — Il est arrivé ce matin deux courriers à l'Étang ^ où est M. de Chamillart^ qui a envoyé au roi l'extrait de ses lettres. Un de ces eourriers est de M. de la Feuillade^ qui a marché dans la Tarentaise . où H. de Sales s^étoit retiré avec quelques troupes de H. de Savoie; il s'étoit même retranché dans quelques postes ^ mais ils n'y ont pas attendu nos troupes ; qui ont toujours marché dans la neige; ils ont repassé les montagnes^ et nous sommes présentement maîtres de toute la Savoie en deçà des monts. L'autre courrier est de M. de Vendôme ^ êi porte des nouvelles qui vont donner une grande curiosité par leur importance. Il mande au roi que le comte de Staremberg a passé la Secchia sur le pont qu'il avoit à la Concorde; qu'il Tavoit côtoyé durant deux jours, mais qu'il n'avoit pas jugé à propos de l'attaquerj parce que toutesnos troupes n'étoient pas rassemblées ; qu'elles commençoient à arriver, et qu'il tàcheroit de Tattaquer au passage du Crostolo. M. de Vendôme écrit de Carpî du 28 au soir. M. de Staremberg étoit campé ce soir-là à San-

Martino d'Ëste et à Gampo Gaïano , et veut apparemment faire un effort pour pénétrer en Piémont. Le chevalier de Bezons et Yaudrey, en allant reconnoltre Quistello sur le bas de la Secchia^ ont été blessés par des paysans qui gardoient une redoute dont les ennemis avoient retiré quelques soldais; cette redoute défendoit le pont qu^ils avoient là.

Dimanche 6, à Marly, — Le roi tint conseil le matin comme à l'ordinaire ; tous les ministres sont à ce voyage ici. Le roi et la reine d'Angleterre vinrent sur les six heares et furent assez longtemps enfermés avec le roi. Avant souper le roi fit' jouer chez madame de Haintenon quelques bijoux de son armoire. Cette armoire est dans son cabinet et pleine de bijoux d'or^ d^argenterie et de beaucoup de choses curieuses qu'il fait jouer aux dames de temps en temps sans qu'il leur en coûte rien y et à chaque voyage il la fait remplir. — Il arriva un courrier de M. de Vendôme^ parti du 30 au matin. Les ennemis passèrent le Crostolo le 29 au matin ^ et M. de Vendôme le passa le 29 au soir. Les deux armées sont présentement entre cette rivière et la Lenza. M. de Vendôme a été joint par toutes ses troupes ; il a quarante-cinq bons bataillons ^ mais sa cavalerie est presque toute démontée. Il mande qull se croit aussi fort pour le moins que les ennemis^ qui n'ont pas plus de quinze ou seize mille hommes^ à ce qu'il croit, parce qu'ils ont été obligés d'en laisser dans Ostiglia, à Révère y dans la Uirandole et à la Concorde. Ils marchent avec tout leur canon et tout leur bagage , et ont encore bien du chemin à faire et bien des rivières à passer. H. de Vendôme mande très-positivement qu'il les attaquera. Le maréchal de Tessé *y qui étoit à Milan ^ ayant appris la marche des ennemis, en est parti en poste et sans escorte pour aller joindre M. de Vendôme et servira auprès de lui comme volontaire^ et laissera sa commission pour commander l'armée, dans sa poche, afin qu'il n'y ait nul embarras sur le commandement.

* M. de Tessé , bdû courtisan, prévoyoit de loin que le crédit de M. du Maine et de madame de Maintenon feroit changer le roi malgré toute la fermeté qu'il lui avoit montrée en le congédiant , et n'osant obéir après des ordres si exprès , il évita de se commettre à la nécessîtéde commander, et donna ainsi tout ce qu'il pouvoit donner jusqu'à prise tacite à M. de Vendôme à Caire valoir en son temps.

. Lundi 1 y à Marly. — Le roi se promena tout le matin et, toute Taprès-dlnée ; il n^y eut point de conseil; Monseigneur et messeigneurs ses enfants se promenèrent avec le poi. — n est vrai qu'on a proposé M. le grand prieur pour aller commander en Languedoc en la place de M. de Montrevel; que Ton envoyoit commander en Guyenne en la place de M. de Sourdis, quia eu plusieurs attaques d'apoplexie, mais il y pourroit avoir encore quelque changement sur tout cela. — On a nouvelle de Hollande que l'archiduc s'embarquajeudi, qui étoit le 3^ pour passer en Angleterre; les troupes que l'on fait embarquer avec lui et qui ont déjà fort souffert dans le premier embarquement désertent en grand . nombre , et on croit qu'il n'y mènera pas les deux tiers des troupes qui lui étoient destinées. — Le roi d'Espagne a commandé qu'on travaillât à ses équipages , et a déclaré aux grands et à ses ministres qu'il . partiroit de Madrid pour s'aller mettre à la tête de son armée dès que les troupes de France commenceroient à arriver sur la frontière de Portugal. — On a des nouvelles sûres que les mécontents de Hongrie sont entrés dans l'Ile de Schut et qu ils ont pris, dans les faubourgs de Vienne même y les bateaux dont ils avoient besoin pour faire leur pont sur le Danube. Le prince Eugène fait b&ûr des redoutes le long de ce fleuve depuis Pr€»bourg jusqu'à Vienne. Tobska^ vice-ban de Presbourg ^ a quitté le service de l'empereur et s'est allé joindre aux mécontents.

Mardi 8, à Marly. — Le roi se promena tout le matin et toute l'après-dlnée dans ses jardins. — 11 arriva un courrier de Calais; on y a vu passer vingt-deux vaisseaux de

4êï JOURNAL DE DANGEAU.

guerre. On ne doute pas que ce ne soit l'archiduc^ qu'on savoit embarqué ; mais comme il de voit passer en Angle* terre, on croit que ces vingUdeux vaisseaux-là vont l'attendre à rUe de Wight, et qu'il sera entré dans la Tamise sur quelque autre vaisseau pour aller droit i Londres. — Le maréchal de Villeroy devoit arriver aujourd'hui, et on lui avoit envoyé des relain ; mais le roi^ en sortant du souper, nousa dit qu'il venoit d'en avoir des nouvelles et qu'il partiroit tout au plus t6t demain de Bruxelles; que cela étoit même encore très-incertaiD , parce que les ennemis font des mouvements et du côté de la mer et du côté de la Meuse» -** H. le maréchal de ViUarS) qui étoit allé en Normandie, a trouvé à son retour que la cour étoit ici ; il a fait demander au roi permission de coucher chea Deville à la machine, et de venir passer les journées ici, comme les oourtisans qui sont à Luoiennes y viennent ce voyage; le roi l'a trouvé bon , mais il ne veut pas que cela tire à conséquence pour personne.

Mercredi 9, à Marly. -^ Le roi tint conseil le matin comme à l'ordinairC) et l'après-dlnée alla à 8aint^^ main voir le roi et la reine d'Angleterre. --^ Le roi s fait saisir tous les revenus de H. le duc de Hodènâ, et a fait dire à tous ses sujets qui l'ont suivi à Bologne, où il est , qu'ils eussent à revenir dans leurs maisons pou» prêter serment de fidélité à la France , sinon qu'on se B9Jr siroit de tous leurs revenus et de tous leurs effets. Les magistrats de Modène et de Reggio, qui sont les deux seules villes considérables de cet État, ont prêté serment de fidélité au roi entre les mains de d'Andreiel, inteu* dant de l'armée que nous avions sur la Secchia ; il y a déjà près d'un mois que cela est fait. -^ Madame la duchesse de Nemours* , qui depuis quelques années étoit reléguée à Coulommiers, a eu permission de revenir à Pans depuis quelques jours (1). On parle fort d'un

MM

(1) « Madame la duchesse de Memoun arriva hier en grand cortège dans sa

mariage de la fille de M. de Neufcbàtel, à qui elle avoit donné une partie de son bien y aveo le flld du prinee de R(dian^ et comme ce sont encore deux enfants, on veut mettre un gros dédit pour celui qui rompra le mariage quand ik seront en â,ge ; on croit même qu'en laveur de ee mariage madame de Nemours donneroit le comté de DuBois et tout le bien qu'elle s'étoit réservé. — La diète de Bade s'est séparée sans que les Suisses aient rien ac^ cordé à H. de Savoie de ce qu'il leur demandoit; mais les cantons catholiques, avec qui il a un traité d'alliance, paraissent disposés à l'assister dans les conjonctures présentes, et notre ambassadeur croit qu'il sera difficile de 1m empêcher de lui envoyer quelque secours. Ils ont répondu au ministre de M, de Savoie par un ad refereniuniy qui est leur manière dont ils se servent pour manquer qu'ils rendront compte à leurs cantons des proposi^ tlons qu'on leur a faites.

* On futçnfin honteux de l*exil d'une vieille princesse dont tout le erime étoit d*étre exurémement riche, sans héritiers, et en procès avec Qo prince du sang, le prineê de Gonty, que le roi n'altnoit point, mais i qui par orgueil il trouvait mauvais qu'on résistât, et qu'il vouloit aoiuser et le public qui en étoit idolâtre, par deç choses qui ne lui coûtoientrien, et petites en comparaison de celles où son mérite le portoit ^ où 3 ne vouloit pas le laisser atteindre [sic].

/ettdtlO> à Marly.-^le roi, après la messe, alla courre Ift eerf dans son parc. Monseigneur et monseigneur le duc de Berry allèrent courre le loup dans la forêt de Saint^iermain. Madame la duchesse de Bourgogne fut un peu incommodée et demeura dans son lit, mais ce sont

dkiitt, soirie d'un chariot plein de porteurs; il y avoit dix carrosses , quatre àuMH nmluites et deux cents che?aux des habitants de Couiotnmiers venus JMqs^an bttbcNttg Saint-Antoine; le badaud devant Thâtel de Soissons. On croit qn*il est qoûfttiûB de quelque complaisance pour les Suisses, bien aises de tm retour, et d'un projet de mariage du petit prince de Rohan, pctit-iils de M. et de madame de Soubise , âgé de huit ou neuf ans, avec mademoiselle dé Hnfehâtd, ^ en a sK . » ( Uttre M fa marquise d'aua$U$s, du 7 jantier.

des incommodités dont on ne la plaint points car ce sont des marques d^une bonne grossesse* — Les fanatiques continuent à faire des désordres; on y envoie quelques bataillons suisses. — On mande de différents endroits que les mécontents de Hongrie ont pillé un fauboui^ de Vienne^ ce qui a encore fort augmenté la consternation à la cour de l'empereur. — Les mouvements que les ennemis faisoient en Flandre sont entièrement cessés; ainsi on attend ici au premier jour le maréchal de Villeroy. — On a des nouvelles de M. de Bavière ^ mais elles ont été fort longtemps en chemin; cet électeur n'avoit fait aucun mouvement depuis la prise d'Augsbourg y mais ou croit qu'il marchera incessamment à Passau. — Le marquis d'Aubeterre fait acheter trois mille chevaux dans le Milanois, et M. de Yaudemont mande qu'il y en a déjà douze cents qu'il enverra à notre armée dans huit jours pour aider à remonter notre cavalerie.

Vendredi il, à Marly. — Le roi, après la messe, alla cotirre le daim dans son parc avec les chiens de M. le comte de Toulouse ; Monseigneur ni messeigneurs ses enfants n'étoient point à la chasse, qui fut fort belle quoiqu'il fit très-mauvais courre. — M. de Chamillart, qui étoit à TÉtang, vint au lever du roi, et lui apporta la lettre de M. de Vendôme qui vient d'arriver par un courrier parti du k au soir de Stradella. Il a battu l'arrière-garde de M. de Staremberg, lui a tué quatre cents hommes, fait cinq cents prisonniers , pris trois cents chariots attelés chacun de six bœufs; il y avoit dessus cent mille rations de pain ou de biscuit Les ennemis sont à Voguera , il faut qu'ils passent la Scrivia; il n'y a aucun pont que dans Tortone, où nous avons une bonne garnison. Les neiges fondent dans toutes les montagnes et toutes les rivières grossissent. M. de Vendôme mande qu'il attaquera encore le lendemain les ennemis , et M. de Yaudemont, qui est à Hilan, écrit au roi du 5 qu'il se réjouit par avance avec S. M. de ce que dans peu de jours il n'y aura plus d'en-

JANVIER iVC». 406

Demis en Itsilie. Les ennemis avoientfait une prodigieuse diligence; M. de Savoie est à Quiers, et M. le grand prieur à Ast , où il a rassemblé tous ses cpiârtiers , et est plus fort de beaucoup en infanterie que H. de Savoie.

Samedi i% à Ver$aille$. — Le roi ne revint ici qu'à la nuit. Monseigneur alla de Marly diner à Meudon^ où il demeurera jusqu^à jeudi. Madame la duchesse de Bourgogne revint en carrosse y mais au pas^ comme elle a accoutumé de faire depuis sa grossesse. — On mande de Dantzick que les troupes suédoises entrèrent dansElbing le 11 du mois passée du consentement des magistrats, qui ont mieux aimé se soumettre à ce prince qu'à rélecteur de Brandebourg. La ville de Dantzick est dans ime grande inquiétude , et on y craint que le roi de Suède ne s'en veuille rendre maître. Les Hollandois lui avoient envoyé une lettre par M. de Cronembourg , leur envoyé en ce pays-là y et dans cette lettre ils lui déclaroient que, s'il vouloit entreprendre quelque chose sur Dantzick, ils seroient obligés de secourir cette ville, qui étoit depuis longtemps dans une grande alliance avec eux. Le roi de Suède, averti de ce que contenoit la lettre , Ta rendue à M. de Cronembourg sans l'ouvrir, et lui a dit : a Renvoyez*la à vos maîtres; si je la Usois, je leur ferois une réponse dont peut-être ils ne seroient pas contents. » — La duchesse de Saint-Pierre vint ssduer le roi au retour de Marly chez madame de Maintenon. Le roi dit à M. de Torcy quelques jours auparavant qu'il trouvoit bon qu'elle vint le saluer, mais qu'il ne le permettroit plus jamais à personne, et que c' étoit un embarras pour madame de Maintenon, dont il vouloit la délivrer. Les nouvelles mariées à l'avenir salueront le roi chez lui, comme c'est Tordre. — Le chevalier de Roucy épousa à Paris mademoiselle Ducasse , qui lui apporte plus de 200,000 écQs en niariage ; elle a encore son père et sa mère et est fille unique. Le chevalier de Roucy s'appellera le marquis de Roye.

Bimanehê i9, à Yenaillei. — Le roi alla Taprès-dlnée se promener à Trianon. Monseigneur alla de Meudon i Fopéra à Paris aveo madame la {urincesse de Gonty, qui étoit venue dîner avec lui; il retourna à Meudon, et h princesse revint ioi souper aveo le roi. -^ On mande de Rome que le pape a fait oardinal Ptancesco Pignatelli, archevêque de Naples, qui étoit de môme maison que le feu pape Innocent XII, et lui envoie le bonnet par don Annibal Albano^ son neveu. — 'L'empereur, qui n'a point de troupes pour opposer aux méoontents dont les progrès avancent tous les jours , leur a envoyé le général Palfi y Hongrois , chargé de leur faire beaucoup de pro* positions très-avantageuaes, qu'ils ont toutes refusées. Ils se sont rendus maîtres d'Agria^ de Lewents^ de Leutsch et des quatre villes des montagnes où. sont les mines d'or, et même la ville de Tyma, qui est fort proche de Prèsbourg, s'est soumise au prince HâgotKki ; ils s'avancent de tous côtés sur les terres de l'empereur^ et en Autriche , et en Silésie , et en Moravie. — Le vidame , second fils de M. le duc de Chevreuse , épouse mademoiselle de Lavardin , fille du second lit du feu marquis de Lavardin. — M. de Savoie a envoyé à Coni H. Phélypeaui, notre ambassadeur. — L'empereur a envoyé ordre au comte de Tunghen^ qui oommande son armée sur le Danube , en l'absence du prince de Bade, de régler an cartel aveo les François par lequel M. l'électeur de Bavière sera compris comme allié de la France. RiooUsse , notre envoyé auprès de H. de Bavière , mande au roi que cet électeur fait marcher les troupes à Passau, dont le siège doit être formé du 5 de ce mois , et l'éleoteur y servira en personne ; les ennemis y ont fait quelques fortilieations de terre depuis six mois.

Lundi 14^, à Venailles. •— Le roi alla tirop Taprèsdlnée. — Il arriva un courrier de H. de Vendôme, qui apporta des lettres du 7 de ce mois datées de Tortone sur la Scrivia ; par lesquelles on apprend que les lm|)é-

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mxuf wj%mi pâmé oetto nyiàra à Cintelnovo au-defwotis da Tortûoa^ ontmiirobé à Saini^oUaii ciptra 1» Scrivia et le Ta&are; que M* d^ Veudâma, ayai^t appris qu'ils iaisoient coife du pain à Novi^ du oàté des montagnes da TÉtat da Géoe$, et qu'ils dévoient prendre oette route pour aller à Acquit prit le parti da s'avanoer àSerravalle; qu'on «vmt nouvelle que M- la oomte d'b^taing avoit passé der* rièra, vi»érvis de Ca^stallaazo» avec les deux bataillons de Bourgogne , les oarabiniers et quelques milices ; ce petit Wffê pourroit bien embarrasser la marche des ennemis s'ils prennent la route d'Acqui. Ou ii'a point de Douvelles de H. le grand prieur ^ qui apparemment de son côté est attentif «|x mouvements de M. le duc de Savoie. La diligence que font les ennemis est incroyable ; ils font cinq à si]( Ueues par jour et cependant laissent fort peu da Ir^aurs ; s'ils prennent la route d'Acqui > il y a apparence que M. de Vendôme pourra les joindre, — M. le maréchal de Villeroy arriva hier ^ Goumay» mais il y reçut un courrier de M. le marquis de Bedmar qui lui donnoit avis que les enneniis {aisoient encore quelques Q^ouvements du côté de Ma^tricht^ ce qui l'a obligé de reprendre la route des Pays-Bas pour se rendre sur la Meuse. — Laubanie, gouverneur de Landau, a fait avancer quelques troupes du côté de Weissembourg, sur des nouvelles qui lui é^ent venues que les ennemis assem* htoîent un corps près de Mayence^ et Ton a su depuis que œs troupes ennemies étoieot rentrées dans leurs quartiers.

Mardi 1^, à Versailles. — Le roi alla Taprès-dinée se promeper i Heudon, où il vouloit voir quelque chose de nouveau que Monseigneur y a fait faire. Le matin monseigneur le duc de Berry dopna chez lui Tordre de la Toison à M. le maréch^d de Boufflers ; quelques chevahers de la Toison qui sont ici assistèrent à la cérémonie avec le collier de VOrdre. H. de Pontchartrain travailla e soir avec le roi chez madame de Maintenons comme il

fait tous les mardis^ ^ il y eut une petite promotion de vingi-cinq officiers de la marine. — Il est revenu d^Angie^ terre cinq cents prisonniers françois qui ont été édiangés contre pareil nombre d'Anglois ; ces prisonniers disent que l'archiduc est arrivé en Angleterre^ et cela est confirmé par des lettres de Londres y qui portent qu'on a préparé le château de Windsor pour ce prince, qui ira voir la reine Anne incognito pour éviter tous les embarras du cérémonial. On mande aussi de ce pays-là que tout ce qui est nécessaire pour transporter ce prince en Portugal seroit prêt à la fin de février. — Le duc de Berwick a reçu tous ses ordres pour l'Espagne, et n'attend plus pour partir que l'arrivée d'un courrier de Puységur, qu'on compte qui arrivera ici à la fin de la semaine. — Tous les officiers des troupes que nous avons en Savoie, sous M. de la Feuilladé, ont ordre de partir incessamment pour se rendre à leurs régiments; toutes les troupes qui doivent servir en ce pays-là y sont presque arrivées , et l'on y sera bientôt en état d'y faire quelque entreprise. — On a envoyé le congé à M. de Puysieux^ notre ambassadeur en Suisse^ qui a permission du roi de venir ici faire ses affaires pendant six semaines ; on est très-content de lui de la manière dont il se conduit en ce pays-là.

Mercredi 16, à VersaiUes. — Le roi alla tirer l'aprèsdlnée. Messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry allèrent tirer de leur côté. Monseigneur est encore à Meudon y d'où il ne reviendra que demain. Madame la duchesse de Bourgogne fut un peu inconmiodée. — Il arriva un courrier de M. de Marsin , et le roi nous dit à son coucher que les lettres étoient du 3 ; que M. Télecteur arriveroit devant Passau le 5 ou le 6 au plus tard , qu'il en feroit le siège avec ses seules troupes. Les nôtres ne seront pas inutiles pendant ce temps-là ; M. de Marsin et M. de Blainville passeront le Danube en différents endroits pour tâcher à tomber stir quelqu'un des quartiers des ennemis ; on croit même qu'ils établiront des contri-

butioDS nouvelles, et ces mouvèments-là empêcheront les ennemis de songer à secourir Passau, où l'on croit qu'il y a peu de garnison. Il y a des lettres venues par la Suisse qui portent que les magistrats de cette ville, pour éviter d'être traités comme ceux d'Augsbourg, étoient venus au-devant de Télecteur lui apporter les clefs ; mais cela a besoin de confirmation. — M. le comte de Recheim, Tainé de la maison , chanoine de Cologne et de Strasbourg, est mort depuis quelques jours à Cologne. Il avoit amassé de ses épargnes 7 ou 800,000 francs d'argent, qu'il avoit laissé en différentes banques , mais toutes en pays étrangers; cet argent sera partagé entre ses frères et sœurs, qui sont en grand nombre. Ses terres reviennent au comte d'Apremont, qui esta Vienne et qui est beau-frère du prince Ragotski ; le comte de Recheim avoit l'abbaye de Saint^Ëvron en Normandie, que le cardinal de Furstemberg lui avoit cédée avec l'agrément du rbi.

Jeudi 1 7, à Versailles. — Le roi dina de meilleure heure, qu'àl'ordinaire, et alla Faprès-dlnée se promener à Marly,* d'où il ne revint qu'à la nuit. Monseigneur revint le soir de Meudon ; messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry allèrent glisser sur le canal. Madame la duchesse de Bourgogne, qui avoit été un peu incommodée, dîna dans son lit et se leva pour aller au souper du roi. Madame la duchesse d'Orléans n'a point été voir la marquise de Roye, qui a reçu des visites ici, et a déclaré qu'elle n'iroit plus voir que les duchesses ou ses amies particulières; jusques ici elle avoit toujours été voir les femmes de qualité dans les occasions, quoiqu'elles ne fussent pas titrées; madame la duchesse de Bourgogne ne va point chez les duchesses, quoique la reine y allât les premières années qu'elle vint en France ; on espéroit que madame la duchesse de Bourgogne feroit cet honneur*là à la duchesse de Mortemart , comme fille du gouverneur de monseigneur le duc de Bourgogne; mais elle n'y a point été*. — On mande de Flandre que les mouvements

que faifloient les ennemis étoient cessés et n'avoient abouti à rien , qu'ils faisoient rentrer leurs troupes dans leurs quartiers ; et qu'on ne oroyoit pas que le maréchal de Villeiroy retournât jusqu'à Bruxelles ) ainsi on Tattead iei aujourd'hui ou demain au plus tard, ^rr^ Le marquis de Cemay^ à qui le roi donna ces jours passés le guidon des gendarmes de la reine ^ a l'agrément pour acheter une enseigne qui est à vendre dans œ corps. I^e fils de Csbanae, éouyer du roi , a Tagrément pour acheter le guir don qu'avoit le marquis de Tilladet et qu'il avoit toigouis gardé depuis qu'il avoit acheté la sous-lieutenance qaV voit le marquis de Simiane dans la gfmdar méfie.

* Oq a vu dans ces mémoires et dans ces additioBS l'époque et la eausede ia eeisation des visites delà reine aux oecasioas nen^eeslenient de règle et d'usage constant aux duohesses et aux princesseBi mais aux femmes des simples maréchaux de France exclusivement à toutes autres. On a vii aussi que, longtemps depuis, madame la dauphine de Bavière fut sur le même pied , et que peu à peu Madame s'y mit sur cet exemple. Madame la duchesse d'Orléans, petite-fllle de France, se met iei sur le pied eu ia reine étoit, n'y avoit guèrss que trente ans, et en verra enfin qu'elle est arrivés à celui où elle est depuis cette date, c'est-àdire de ne visiter plus que les princesses du sang, et cela de volonté d'une part et de tolérance de l'autre, sans que le roi ait donné sur rien de tout cela le moindre signe, ni que personne aussi s'en soit formalisé, qu'au coin chacun de son feu. Pour la duchesse de Mortemart , te due de Beanvilliers aima mieux que madanaie la duchesse de Bourgagne ne lui fît point l'honneur de l'aller voir, dès que c'éloit à titre de fille du gouverneur de monseigneur le duc de Bourgogne , et non plus de duchesse.

Vendredi 18, à fersailles- — Le roi alla se promener à Trianon. Monseigneur ne sortit point. Hesseigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry allèrent tirer dans la plaine de Saint-Denis, Le soir il y eut comédie. — M. le maréchal de Villeroy arriva, et salua le roi au sortir de chez madame de Maintenon; S. H. le reçut avec de grandes Hémonstrations de joie et d'amitié. Il y avoit neuf mois qu'il étoit parti d'ici ; il n'étoit retourné que jusqu'à Vale nciennes, et le marquis deBedmar lui avoit mandé que

JAKVIBli lYM. « 411

les mouvements des ennemis n'étoieat rien. ^^ On mande de Vienne qne Fenvoyé de MM. les États^Généraux s^À» toit plaint à rem pereur de oe qu'il ne satisfaisoit point aux traités faits avec les cerdes de Souabe et de Praneonie^ et qu'au contraire il en rotiroit une partie de ses troupes. L'empereuif a répondu qu'il étoit plus obligé de songer à la conservation de ses pays héréditaires^ qui sont atta* qués par tant d'endroits, qu'à celle des États de l'etnpire , qui ne songent guères qu'à leurs intérêts propres ) à quoi ce ministre a répliqué que par oe même pripcipe^à ses maîtres seroient obligés de faire revenir leurs troupes d'Allemagne pour les employer à la défense de leur propre pays. L'empereur a envoyé le général d'Herbe ville avec quelques troupes en Bohème , craignant que oe royauffle4à ne se révolte dès que l'électeur de Bavière en approchera. Us bnt eu avis de Bude que les mécontents s'étoient rendus maîtres de Strigonie, qbe nous appelons ordinairement Gran , et que presque tous les soldats de la garnison avoient pris parti dans leurs troupes.

Samedi 19, à VersaillêSé ««- Le roi alla se promener a Ibrly l'après-dlnée. — Il arriva un courrier de M. deVen^ dôme, qui attaqua l'arrière^garde des ennemis le 11 de ce nlois; elle étoit commandée par le comte de Solaris M. de Vendôme avoit été retardé dans sa marebe de quelques heures, parce que le torrent d'eau avoit emporté le pont qu'il avoit sur rOri)a. Il joignit cette arrière*garde un peu avant la nuit, et qucûqu'il eût fort peu de troupes avec lui , paroe que toute l'infanterie n'avoit pas pusuivre^ il fit attaquer huit cents chevaux qui étoient demeurés en deçà de la rivière, qui firent fort peu de résistance et qu'on culbuta dans l'eau. L'infanterie ennemie, qui étoit composée de six bataillons et qui étoit protégée par un château dont ils étoient les maîtres et défendu encore par un gros corps d'infanterie qui avoit déjà passé la ri*^ vière et qui la bordoit , fit beaucoup de résistance ; mais enfin àlbergeAti, à la tête de quinze eents gMnadiers, la

412 JOURNAL DE DAFI&ËAU.

baïonnette au. bout du fusil, les enfonça. On leur a tué ou pris mille hommes ^ sept drapeaux que le courrier a apportés ici et qui sont du régiment de Starembërg. Le comte de Solari a été tué ; le prince de Lichténstein blessé à mort et pris. Nous avons eu quarante officiers blessés, parmi lesquels les plus considérables sont : M. de Goesbriant y gendre de M. des llarets, LeuviUe et Horangiez, colonels d'infanterie y et un colonel réformé de dragons. Les ennemis marchoient ce jour-là à Strevi et veulent gagner Acqui, qui n'en est qu'à une lieue^ pour se jeter dans les montagnes. Bezons et Saint-Frémont étoient à la tête de notre cavalerie. M. le grand prieur est à Âsti, où il a rassemblé ses troupes ; il observe les mouvements de M. de Savoie. Le maréchal de Tessé, qui étoit venu à Pavie, est retourné à Milan. H. de Vendôme dans sa lettre marque qu'il est en inquiétude pour Desclos, mestre de camp de cavalerie, quMl avoit envoyé dans Acqoi. Il a peur qu'il ne puisse pas s'en retirer assez tôt. Dimanche 20 , à Versailles. — Le roi ne sortit point de tout le jour; il envoya à Saint-Gyr quérir madame de Blaintenon^ qui y étoit allée dès le matin, et passa toute Faprès-dinée chez elle. — Il y a aujourd'hui trente-huit ans que la reine mère mourut à Paris. — Madame la duchesse de Bourgogne fit ses dévotions aux RécoUets. — Le maréchal de Noailles a cédé son duché au comte d'Ayen, son fils, qui prendra le nom de duc de Noailles*. — Il arriva un courrier deM. dePuységur,qui mande de Madrid qu'il a trouvé les choses en très-bonnes dispositions; nos troupes auront sur leur route en abondance tout ce qui leur sera nécessaire, et on sera fort aise en Espagne de les y voir arriver. S. M. C. compte toujours de se mettre à la tète de ses troupes, et a parlé sur cela aux ministres et aux grands fort sagement et avec beaucoup de noblesse. Il compte que son armée sera composée de quarante bataillons^ vingt françois et vingt espagnols^ de soixante escadrons, vingt françois et quarante espagnols,

qui est une des belles cavaleries ^fui soit au monde. Les noavelles qu'on a de Portugal en ce pays-là est qu'on s'y plaint fort de Pamirante^ qui n'ose. sortir de sa maison de peur d'être assassiné par le peuple. Cependant les Portugais ont commencé les hostilités sur la mer; la disette est grande en. ce pays-li, et plusieurs bâtiments chargés de blé qu'on leur envoyoit d'Angleterre ont péri en chemin ou ont été pris par nos armateurs; il n'en est pas arrivé le quart en Portugal. Ils ont reçu la nouvelle de la tempête qu'ont essuyée les Anglois et les Hollandois.

* Mddame de MaiDteaon, qaà affectoit des modesties qui sentoient le nian de son anden état^ ne voulut jamais que le maréchal de Noailles donnât le tabouret à sa belle-fille en la mariant, et le lui fit acheter par ee délai.

Lundi 21 , à Versailles. — Le roi alla se promener' Taprès-dinée à Trianon. Monseigneur ne sortit point de tout le jour. Le soir il y eut comédie. — On eut nouvelle par l'ordinaire de Suisse que M. l'électeur de Bavière avoit pris Passau le 9 de ce mois^ et qu'ensuite il avoit marché dans l'Autriche et qu'il étoit à Eus ; que M. de Harsin marchoit en Franconie ; que M. de Blainville y marchoit de son c6té ; qu'ils avoient déjà pris quelques ch&teaux où les ennemis avoient laissé garnison ; que le bruit couroit qu'ils s'étoient rendus maîtres de Nordlingue et qu'ils s'avançoient du côté de Nuremberg ; que la consternation étoit grande dans ce pays-là; que les troupes ennemies^ qui y sont en fort petit nombre^ fuyoient à l'approche des nôtres*, — On dit que Tempereur^ pressé de tous côtés ^ a envoyé à M. de Bavière pour lui faire des propositions très^vantageuses^ et que cet électeur avoit dit^ pour toute r^nse^ qu'il falloit s'adresser au roi et qu'il n'écoutëroit rien que ce qUi lui viendroit de sa part. — Les mécontents ont. passé la Morave^ que les Allemands appellent la Marpk.^Le comte Beresini convoque la noblesse hongroise pour travailler à Vélection d'un roi ; M milieu de tout cela, on mwdé' de Vienne, que la /cour f est fort tran-

414 JOURNAL DE DANGKAU.

quille. M M. oomie d'^Iais * ^ second fils de M. k priooe de GoQty^ ^ui n'avoit que Mpt mois^ mourut è Paris; le rc)i en prendra le deuil jeudi, et a envoyé M. de Souvré, maître de la garde^robe > à Paris pour faire compliment à M. le Prince et à M le prinœ de Gonty.

^ Excepté pour le premier prince du sang, et pour des nisoûs directes, c'étoit toujours un gootilhomme ordinaire qui alloiteux prinoB du sang de la part du roi. Le dégùr de relever les Mtards leur fit esvoyer un ipaître de la garde-robe , et par conséquent aux princes du sang, comme la même raison fit porter le deuil des matilots , tandis qu*on ne Ta pas porté un seul jour des enfants du roi et de la reine avsmt rage de sept ans, ni de eeox de Monsieur. Cette nouveauté iiit commencée pour un maillot de M. du Maine, et toutefois n'a pes toujours été continuée sans interruptiott pour ceux des pnnees du sang, ni pour renvoi du maître de la garde-robe, mais pourtant presque toujoun depuis.

Mardi ^% à Vérsailleê. -^ Le roi ne sortit point de tout le jour, et donna une longue audience au maréchal de Villeroy Taprè^-dinée chez madame de Mainlenon. -*■ Le roi a donné une augmentation de pension de 1^000 livres à Duquesne*-IIonier^ capitaine de vaisseau qui s'est fort dilstingué dans ces deux dernières oampagneai; il avoit 1^000 écus^ il a présentement ik^OOO livres. -^ Le roi a choisi pout* curé de Versailles M. Huchon^ qui a étélon;^ temps curé à Sedan , qui est fort ami de l'évèque d' Agen, qui avoit cette cure avant lui *. — Nous avons vu ici un extrait imprimé des délibérations desÉtats^énérauxsur les affait*es présentes^ dans lequel ils reprochent à leurs alliés d^ Allemagne de n'avoir pas tenu ùe qu'ils avoient promis dans les traités qu'ils avoient faits ensemble, et ils disant en même temps que de lenr part ils ont ^m fait qu'ils n'avoient pl^omis et passé les dépenses à ^uoi ils s^étoient engagés sur mer et sur terre; ils décdarenl qu'ils veulent tetirer toutes les troupes qu'ils ont en Allemagne, disailt qu^ils en ot^t besoin pour la défense de leurs pro^ pfés États. -^ Le bruit se répandit le soir que les ennemis avoient abaUd^né les postes d'Ostiglia> de Révère^ de la

Concorde et même de la Hirandole ^ qui est une asses bonne place ; qu'avec toutes les troupes qu'ils avoient en ces endfoits^là ils avoient déjà passé le Canal Blanc, et qu'ils marchoient à Vienne pour fortifier l'armée que Tempereur tàehe d^y rassembler.

* Le roi et madame de Maintenon s'infatuèrent de la nouvelle congi^tioo de ta Mission , qui sous cette protection s^est multipliée et ifirieliie à Texcès, a fiJt des étabHsSemedls infinis et des édifices somp«i tarai de tous côtés « «i sorte qn'slls est devenue comme un ordre nou« vn«t tu détrimeni de TÉtat^ qui en regorge, et de TÉglise, où elle ne fait que des ignorants, dont le mérite consiste en leur crasse affectée et en leurs simagrées. Leur institut est de n'habiter jamais de ville, et de sefépandre par les campagnes pour faire la mission aux pauvres villa* geob, et appl^dft à lire aux enfants et la religion aux pères et mères. La fromàieté première est demeurée avec l'ignorance i ces messieurB ; la finesK, la politique , Tavarice et la domination leur sont venues avee le crédit , les richesses , les séminaires et les palais dans les villes. Les exeq>tions qui font les règles ont peut-être produit une douzaine de très-bons sujets en tout le royaume. Un de ceux-là étoit le sieur Hébert, qui de curé d^ Versailles passa à Tévéché d'Agen, qu'il a Ion* goement, sagement et saintement gouverné. Ce Huchen^-ca loi succéda { mais si grossier^ si ignorant, si ridicule en toutes ses façons et en toutes ses expressions qu'il y en a cent contes plaisants et même honteux par les sottises qu'il débitoit en chaire, de platitudes continuelles et trè^-souvent d'ordures, dont madame de Maintenon et tout ce qtii assiatoit ehez elle aux conférences qu'il y ftusoit tous les mois pour raaaimblée où se faisoit la quête des pauvres ne se pouvoient tenir de lire ni s'onpéeher souvent de rougir. Ri^ d'ailleurs ne dédommageoit en loi d'une telle ineptie : cela s'appeloit simplicité , et il n'est pas croyable le crédit et l'autorité dont cette barbe sale jouit tant que le roi vécut.

Merértdi 23 , à Verêailles. -^-^ Le roi alla se promener à Trianon TaprèsMllnée. Monseigneur ne sortit point. Madame la duchesse do Bourgogne alla se ^mener en carrosse avec madame de Maintenon^ et virent les glissetu^ sur le canal, qui étoient messeigneurs les ducs de Bout»gt)gno et de Berry. Le soir 41 y eut comédie. — Le vieux Romainville est mort ; il étoit maréchal de camp et avoit le cordon rouge de l'ordre de Saint-Louis ; le roi Ta donné

416 JOURHAL DE DAl<IGEAtT.

au chevalier du Rbzel^ qui s'est fort distingué ces dernières campagnes. — Le roi a donné à Rassé^ un de ses huissiers^ la permission de vendre son régiment de cavalerie, où il ne peut plus servir parce qu'il est trop goutteux ; ce régiment sert en Italie. — Le comte d'Urce et le comte de. Milan ^ son frère ^ dont Tun étoit capitaine-lieutenant et l'autre sous-lieutenant des mousquetaires du roi d'Espagne^ qui sont à Madrid , ont eu ordre de retourner en leur pays, qui est la Flandre, et sont présentement ici ; on leur a ôté leurs charges^ et on croit même qu'on cassera toute cette compagnie-là^ dont on incorporera la plus grande partie dans les gardes à cheval du roi d'Espagne. — Le marquis de Bedmar a commandé trente hommes par compagnie de toute l'infanterie qui est en Flandre^ parce que les ennemis assemblent encore leurs troupes. — Le vidame d'Amiens^ second fils du duc de Chevreuse^ épousa le matin ici à la paroisse mademoiselle de Lavardin; les fiançaiUes s'en firent hier à la chapelle. Le cardinal de Noailles fit ces deux cérémonies; il est oncle de la mariée^ et la noce s'est faite ce soir chez la maréchale de Noailles.

Jeudi 24 , à Versailles. — Le roi ne sortit point de tout le jour; après son dîner, il me donna une petite audience dans son cabinet, où je lui demandai l'agrément pour acheter pour mon fils un des régiments royaux qui sont à vendre , ce qu'il m'accorda avec beaucoup de bonté, quoique mon fils n'ait que seize ans et demi. S. M. entra ensuite chez madame de Maintenon, où il trouva madame de Dangeau, qui avoit dîné avec elle; il lui dit qu'il lui vouloit parler et pria messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry de s'éloigner un peu, et lui dit : a Votre mari vient de me demander l'agrément d'un régiment royal que je lui ai accordé de très-bon cœur^ mais j'ai songé depuis qu'il lui en coùteroit bO,000 écus , que le cardinal de Furstemberg m'avoit souvent prié de donner son r^iment de cavalerie à votre fils et que voire mari

voit eu la discrétion de ne m'en point parler^ sachant ia. peine que j'avoisde mettre un François à latéte d'unré- ^^iment étranger. J'ai été content de son procédé , je veux u'il le soit du mien et vous marquer en même temps la considération que j'ai pour vous et l'envie que j'ai de faire plaisir au cardinal. Allez dire à votre mari que je lui donne le régiment de Furstemberg; il ne lui en coû- ^^^rarien, etcerégimentdonneraunesubsistancehonnéte à ^^^otrefils. » — Le roi a donné au chevalier de Gharost, se- <2oiid filsdu ducdeCharost, l'agrémentpouracheter lerégi- :■nrlent de cavalerie de monseigneur le duc de Bourgogne, ù il est capitaine; Puyguyon, qui en est mestre de camp, retire , étant fort incommodé de ses blessures. Vendredi 25,^ à Versailles . — Le roi alla tirer TaprèscSlnée. Monseigneur ne sortit point et joua chez madame 1 9 princesse de Conty, comme il a accoutumé de faire les jours qu'il n'y a point de comédie. Madame la duchesse <3e Bourgogne a senti remuer son enfant. — Le roi, à son ^ïiner, parla presque toujours à Chaumont, colonel du :K*)ég'iment de Soissonnois, qui revient de l'armée de M. de "Vendôme; il a laissé ce prince à Ast, où il avoit joint . le grand prieur. M. de Staremberg a joint M. de Savoie Albe le 16 ; il avoit fait sommer, en passant auprès d'Acui^ Desclos, mestre de camp de cavalerie, que H. de Yenme y avoit envoyé. Desclos répondit qu'il étoiten état de bien défendre et qu'on lui feroit plaisir de l'attaquer, de Staremberg ne jugea pas à propos de retarder sa ^•r^aarche pour faire ce siège; il s'avança vers Albe; Des- ^^los sortit avec sa cavalerie, attaqua les dernières troupes e son arrière-garde, fit deux cents prisonniers et tua lus de cent hommes. Chaumont a dit qu'il avoit vu et ompté plus de deux mille cinq cents prisonniers qu'avoit its M. de Vendôme ; il compte que les ennemis en ont ien perdu quatre mille depuis qu'ils ont passé laSecchia, t il croit qu'ils enavoient encore onze ou douze mille en ignant M. de Savoie. M. de Vendôme renvoie quatre

mille hommes qu'il avoik tirés dea garnisons du Modenois et du Hantouan. — hb foi de Pologne a marché de Javarow à Cracovie, et est venu ensuite à Dresde, capitale de Saxe; il demande de gronda secours d'ai^nt à ses pays héréditaiFesi^ qui ne sont guères en état de lui en donner.

Samedi i6^ à VenaiHu. — Le roi dîna de bonne heure et alla se promènera Marly^ d'où il ne revint qu'à la nuit. Le soir il y eut comédie ; monseigneur le duc de BooF' gogne n'y a pas été depuis longtemps. — On mande d'Ulm que le maréGfial de Marsin marohoàt à NoiHllingufi. M. le marquis de Montbron, colonel du régiment Dauphin; y est mort de la petite vérole. Le roi^ au retour de Fontainebleau, avoit accordé au comte de Montbron , son père, la survivance du gouvernement de Cambray pour ce fils qui vient de mourir ; il n^avoit point d'autpe garçon ; il ne lui reste qu'une fille, qui a épousé M. de Souatre^ gentilhomme du pays d'Artois. Madame de Choisy, tante de celui qui vient de mourir, lui avoît assuré 300,000 livres de son bien, et il en auroit ^u beac^coup de son père; il avoit une pension du roi de 2,000 éous. — * On a en des nouvelles de l'arivée de l'archiduc en Angleterre; il y débarqua le 6 . On ne croit pas qu'il en soit encore reparti , cependant on a vu passer vers Ouessant une flotte de cent cinquante voiles, parmi lesquelles on assure qu'il y avoit vingt vaisseaux de guerre, ce qui fait croire que ce poor* roit bien être l'archiduc. — H. de Hautefeuille, qui est présentement mestre de camp général de dragons, a vendu le régiment de dragons de la Reine, dont il étoit colonel avant que d'acheter sa charge, à M. d'Orival, parent du maréchal de Bouffiers, qui a servi dans les mousquetaires cette année ; il en donne 40,000 écus et 2,000 livres de pot de vin.

Dimanche 27, à Versaillee. — Le roi renvoie M. le ma* réchal de Tessé commanderen Savoie. M. le grand prieur ira commander les troupes qui sont dans le Biantouan et dans le Modenois. Les ennemis nous ont enlevé deux petits

ue noua avions sur la Seechia^ où nous avions cinc^aBte hommes dans ehaeun^ du régiment dont M. de 2Sebret est colonel. Le gouverneur de Nioe a envoyé un détachement de sa garnison & Saini-Laupant, d'où ils ont enlevé quelques vins. — Le roi a fait M. de la Feuillade lieutenant général. Il ira servir dans F armée de M. de "Wondôme dans quelque temps ^ et demeurera jusquerU ^3an8 son gouvernement de Dauphiné* — \s baron $>par, ^^oi est brigadier dans nos troupes et colonel d'un régir iKiieiit dUnfaaterie allemand , est revenu ; il a servi toute «sette année auprès du roi de Suède , dont il est né sujet ^t qui Ta voulu faire colonel de son régiment des gardes^ .EaiHS il a mieui^ aimé revenir en France . Il assure que 1« roi de 8uède est plus résolu que jamais à faire déposer 1« roi de Pologne. lia passé par la oour de Brandebourg, où il a demeuré douse ou quipse jours ; il dit que cet électeur a quarante mille hommes sur pied de belles 'Groupes, dont il y en a cinq mille au service des HoUandois ^t ]|uit mille au service de r^mpe|*eur.

Lundi 28, 4 YpnaUle^. -rr-Le roi prit médecine , et tint

1 'après-4lné0 je conseil quMl auroit tenu le matin sans sa

urgation. monseigneur pounitle loup, reviutspupercbea

ame la princesse de Conty . L^ soir il y eut comédie. —

iqi a don^é l^ régiment Daup^^ip 4'i|ifanterie au comte

e Maur^ , ffère du dyc de Mortemarf, qui avoit le régi-

^Kiiient de Béa?n , qui est aussi dans Xf^v^ié^ de M. de Ba-

"^.j^ière , pt S. M, a donné le pégimeqt de Réam au chevar

^4^r de Koptepdre, à qui il en ayoit promis ^u quand il

:*?^vint de l'arpaée d'Italie ; le ypi n'a point voulu disposer

régimept Dauphip sans Tagréfueiit de Mppspigpevir, d-

il en parla hip^». — Qn i^ande de Rome que le cardi-

Spinosaest mort; pe n'est pas le cardinal San-Cesareo

« can^erlingue ; voiU douze chapeaux vapants , sans

mpter celui que le pape vient de donner à monsignor

'K^gnatelli, archevêque de Naples. I^e duc Salviati est

^i^ussi mort à Rome; il avoit arboré les armes de France

depuis quelques années. Il n'avoit qu'une fiUe et a subs titué la plus grande partie de ses biens au marquis d< Salviati^ frère aîné de celui qui est ici envoyé de M. l grand-duc. Le pape a écrit un bref au duc de Mantoue pou l'exhorter à se marier, chose à quoi il est très-disposé Mardi 29, à Versailles. — Le roi alla l'après-dlné se promener à Marly, d'où il revint de bonne heure pou donner audience à la marquise de Bedmar, qui arriv d'Espagne et va trouver son mari en Flandre ; elle es Henriquez, de même maison que l'amirante ; son mariag* s'est fait à Madrid par procureur. Elle entra dans 1 cabinet du roi , dont les portes demeurèrent ouvertes le roi la baisa; la duchesse d'Albe , la duchesse du Lud et la maréchale de Cœuvres étoient avec elle. A la fin de Taudience le roi lui dit qu'il étoit si content du marquis de Bedmar qu'il avoit ré3olu de le faire chevalier d^ Tordre du Saint-Esprit. En sortant de chez le roi elle allèrent chez madame la duchesse de Bourgogne et i furent toujours debout; elles allèrent ensuite chez Ma dame et chez madame la duchesse d'Orléans ; elles fai soient quelque difficulté d'aller chez les princesses di sang, ne voulant pas leur donner de l'Altesse Sérénissime mais elles y consentirent à la fin et y allèrent. Elle furent partout conduites par le baron de Breteuil , intro ducteur des ambassadeurs, et présentées par la duchess< du Lude ; elles prirent le tabouret au souper du ro comme femmes de grands d'Espagne. Après le soupei elles entrèrent dans la chambre du roi avec toutes le autres dames, et S. M., avant que de rentrer dans soi cabinet, eut la politesse de se rapprocher de la duchess< d'Albe et de lui dire. « Avant que de me retirer, je suiî bien aise de vous venir encore donner le bonsoir; » e' ensuite le roi vint à madame de Bedmar, à qui il dit : «c h vois bien que c'est un adieu, puisque vous devez partii samedi ; j'aurois souhaité que vous eussiez pu faire un plus Jong séjour ici. J'ai donné ordre que dans toutes me;

places où vous passerez on vous rende les mêmes honneurs qa on TOUS rendra dans la Flandre espagnole. »

Mercredi 30, à Versailles. — Le roi aUa Vaprès-dinée se promener à Trianon. Monseigneur alla se promener à Heudon. — Le roi fait lever en Alsace dix compagnies franches de cent hommes chacune; le maréchal de Tallard a proposé, pour commander ces compagnies, les officiers qu'il y jugeoit les plus propres, et ils ont été agréés. M. de la Feuillade lève en Dauphiné un régiment d'infanterie, dans lequel on mettra beaucoup de vieux officiers. — Il y avoit eu quelques avis différents sur le magistrat qu'on devoit faire premier président à Chambéry ; le roi s'est déterminé en faveur du président Tencin, qui avoit déjà eu cette charge durant la dernière guerre. — Polastron, fils du lieutenant firénéral, achète de M. de Montmorency le régiment de la Couronne; il en donne 50,000 livres. — Madame la duchesse de Lorraine est accouchée d^un prince; elle n' avoit que des filles. M. de Lorraine a choisi M. de Magenville pour en apporter la nouvelle ici. — Il y a des lettres de Saint-Malo du 26 qui portent que le 18 quelques-uns de nos armateurs avoient pris entre Ouessant et les Sorlingues six bâtiments anglois de la flotte ennemie qui les avoient assurés que Tarchiduc étoit sur cette flotte; que le lendemain 19 il s'étoit élevé une tempête si violente qu'ils avoient été obligés de rentrer à Saint-Malo; que les six vaisseaux quMls avoient pris et amarinés n'avoient pu rentrer avec eux; que le 23 la tempête avoit recommencé, et qu'ils ne floutoient pas que la flotte ennemie ne fût entièrement dispersée et ne fût obligée de rentrer dans les ports d'Angleterre ou dlrlande.

Jeudi 31, à Versailles. — Le roi dîna de bonne heure, alla ensuite courre le cerf dans le parc de Marly, et après la chasse alla se déshabiller à Marly , où il se promena jusqu'à la nuit, et puis revint ici. — M. de la Feuillade s'est fait recevoir à son gouvernement de Dauphiné; le

422 JOURNAL DE OAI9GEAU.

gbuvénietir de cette province et même le lieutenant général de la prorince oht lenr place au parlement au-dee- «U8 du premier présideilt *. M. de la FeuiUade a fait deux chbfles en ce payi»-là c{ui lui acquièrent fort l'estime et Tamitië de toute la province ; ia première est que Tusa^ de ce payable est de faire un présent de 3^000 pistoles è celtii qui vient prendre possession de sa charge ; ofi vint les lui apporter^ mais il n'eii prit que 500 pistoles, qu'il distribua en même temps à de pauvres gentilshommes y et dit à eëux qui lui apportoient l'argent : « La province en ces temps ici en à trop de besoin pour que je reçoive le présent ordinaitie. » La seconde chose c'est que le gouverneur de Grenoble^ qui avoit acheté ce gouvernement de feu M. de la FeuiUade^ son père , lui vint offrir 8,000 pistoles pour en faire avoir la survivance i son fils. M. de la FeuiUade lui promit d'en écrire à la cour ; on lui envoya les expéditiohs nécessaires, il les

donilà à ce gentilhomme, quisappeUeM.de , et

ne voulut point prendre les 8,0b0 pistoles. — M. de Vendôme n'a plus son quarUei* giinéral à Ast; il Ta établi à €asal, d'où il a fait rapprocher tous les quartiers qui étoierit en ari'i^^re ; mais il conserve tous les quartiers qui sont en avant. — M. le coadjuteur de Strasbourg fut reçu à l'Académie françoise , où il fit une très-beUe hai^angUe ; il y avoit cinq mois qu'il étoit choisi pour remplir la place vacante, mais U avoit été obligé de demeurer à Strasbourg.

* ChamflktK portoit ainsi par élevés , mais rapides , son gendre à la tét» des arhnées, dont ce gouvcrneinent §at %hi frand ééMott. iTest le seul où le gouverneur soit visité par le parlement ei coips et traité de Monseigneur par le premier président dans la harangue , et le seul aussi où le gouverneur, et en son absence le lieutenant général, ait sa séance au paHement au-dessus du premier président , et ne donne pas ehet lui la main au parlement en corps. Cela est aussi composé par le ôommandement des armes tel que Ta le gouverneur, et en son absence Je lieutenant général, i)ar toute la province, dévolu eu absence de tous

KTRIER iTM. 4t3

tel de» M premier poéflèdenti ^mMkAmùm à Tanoiéii dkss piésideHts qui tient te pademeat.

1*' féf^ùty à Vmrsailhi. —Lé roi alla tirer; à son retour ùe la ckasse ii dtoua uae longu» audience^ àktm madame de Haintenoii ^ ati maréchal de TaUai^l^ qui oooifliajidBra cÉioore ertte aniiée Farmée sur le Biâo. ; oa croit ODième qu'il partira au oommenceoient du «lois proebain. *^ Toutes les rebnMs pour Tacmée que BOUS aveB6 eu Bavière sont sur les frcmtières et prèteis à «lareber ; elles sont aÉ*mées et habillées , mais or ue dit point encore dans quel temps cm a résolu de les laire pass». — On a des nouvelles de H. de Bavière ; il est retourné à Munich leSQ du mois passé, après avoir établi de grandes centributidûs dans la haute Autriche ; elles iront à un itiillioh de florins, qui sont deux millions de notre nwMinoie, ear le fl<Mrin d'AUema^e vaut kê sols. Heu a d<^ toushé aOO>OOe écus. Le maréchal de Marsin est revenu aussi à Augsbourg et a établi de mm côté des eontrihabons bien CM^nt dans la Ff^aneonÂe^ et M. de Blsi&viUe est revenu à Ulm, oà il a ramené cinq cents prisonnîiBrs de guerre qu'il a faits 4ans les châteaux de fiouabe y et a établi àassi des ccHitributions en ce payslà. — Pair lias nouvelles qu'on a des mécontents de Hon« gné^ ea e^prènd que leurs progrès augibenient tous les jours; ib <mt passé la Moravie et coupent la cemmunicafion de la Bohème à Vienne. Le j[>rinee Eugène, qui n'a ]^as «asea de troupes pour les attaquer^ a quitté (^resbourg» oà il ae se croy^t pas asses en sûreté» et est présentement à Vienne.

Satnêdi 8| à VersaiUùS, — Le roi, à dix heures et demie, tint le chapitre des chevaliers de l'Ordre pour nous dire qu'il avoît résolu d'y admettre M. le marquis de Bedmar ; il marcha ensuite à la chapelle, et il y eut procession dans la cour, comme il y eu a toujours à cette fête ici. — M. de Pontchartrain entra dans le cabinet du roi un peu avant son diner, et lui dit qu'il v^ioit de recevoir une

lettre d'un armateur de Dunkerque qui a ramené auprès de Morlaix une flûte angloise dont les officiers l'ont assuré que Tarchiduc étoit sur la flotte , qu'il fut battu d'une furieuse tempête le 23 du mois passé ; tous les vaisseaux de cette flotte ont été dispersés; il croit qu'il y en a de rentrés dans les ports d'Angleterre^ quelques-uns dans les ports d'Irlande et d'autres dans la Manche de Saint*Georges, qui est le canal entre l'Angleterre et l'Irlande. Il mande que le vaisseau qui porte l'archiduc est dans cette mer-là^ qui est très-rude ; il y a beaucoup de rochers sur la côte. Dans la lettre de cet armateur il y a des circonstances différentes des nouvelles qu'on avoit eues par les armateurs de Saint-Halo , car il assure que l'archiduc n'étoit parti que le 20 de Portsmouth. — Le roi, après dîner, entendit le sermon du P. Massillon. qui inséra dans son compUment des choses très-éloquentes et très-chrétiennes sur la tempête qui a séparé la flotte ennemie et qu'on lui étoit venu apprendre un peu avant qu'il montât en chaire. — Il arriva le soir un courrier de M. de Vendôme, parti de Casai de dimanche dernier; nous saurons demain les nouvelles qu'il apporte.

Dimanche S, à Marly. — Le roi partit aussitôt après son dîner de Versailles pour venir ici, où il demeurera jusqu'à samedi (1). Monseigneur alla de Versailles à Saint-Germain voir le roi et la reine d'Angleterre, et arriva ici sur les cinq heures. — La nouvelle du courrier de M. de Vendôme qui arriva hier au soir est que M. de Savoie avoit voulu se saisir de quelques postes qu'il croit importants, mais que nous l'avions prévenu par notre diligence. Il s'étoit avancé avec une partie de ses troupes et s'étoit même mis en bataille & la vue de nos quartiers les plus avancés, et pendant ce temps-là

(1) K Le roi va passer le carnaval à Marly, où Ton ne dansera point, parce que madame la duchesse de Ek)urgogne seroît au désespoir de voir danser et de n'en pas être. » ( LeHre de la marquise d'HuxeUes, du 1^' février. >

il faisoit passer le Pô à Verue aux troupes de H. de Staremberg, qu'il a suivies, et ils sont allés sur la Secchia auprès de Verceil. M. de Tessé est encore à Milan^ où il attend ses ordres. Le général Trautmansdorf , qui commandoit les troupes ennemies sur la Secchia^ est mort d^apoplexie. — Madame, qui n'a point encore de chevalier d'honneur ,. a prié le roi de donner un logement ici à M. de Hortagne, son premier écuyer, et il est ici pour la première fois. — U y a quelques semaines que les fanatiques de Languedoc ne font plus parler d'eux ; on a proposé des moyens de les réduire qu'on espère qui réussiront. — Le roi de Pologne n'a pas tiré grand argent de ses Ëtats de Saxe ; il a fait peu de séjour à Dresde , et est allé trouver la reine sa femme à Leipsick ; pendant ce temps-là le roi de Suède s'établit de plus en plus en Pologne, et la plus grande partie des palatinats sont dans ses intérêts.

Lundi k, à Marly. — Le roi, au sortir de la messe, alla, malgré la gelée, courre le cerf dans son parc et fit même une belle chasse ; Monseigneur étoit à la chasse. Messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry allèrent courre dans la forêt de Saint-Germain avec M. le comte de Toulouse et soupèrent le soir chez lui. Le roi et la reine d'Angleterre vinrent ici sur les sept heures; ils furent quelque temps dans le cabinet du roi, et puis le roi d'Angleterre vint jouer avec Monseigneur au lansquenet dans le salon. La reine d'Angleterre les vit jouer ; elle ne joua point. Elle n'a pas joué depuis la mort du roi son mari. On soupa à neuf heures et demie, et en sortant de table LL. MM. BB. remontèrent en carrosse pour retourner à Saint-Germain. — M. de Lorraine n'avoit envoyé. ici Magenville que pour Madame, et il envoie le marquis de Craon-Beauvau au roi, et S. H. a nommé ce matin le chevalier de Croissy pour aller lui faire ses compliments sur la naissance du prince son fils. Le marquis de Beauvau qui vient ici est celui que

416 JOURMAL 0K DAAGEAU.

noUâ y Viitles TAtitiéé passée^ qui ^ neveu de M. du ChaiHlel. — Le rbi èniroie ail roi d^Efipagbë lestàx aidas de camp i}u'il aveit mis auprès de lui lorequ^il passa è& Italie; tous les six eurent à&^ présents d« S. M. C, et k roi donna des pensions aux deux qiii éloient eolendâ et des eommissions de coionek aux qiiatre autres qui û^ l'étoient pas. Ces tix aides de eamp sont des Aides, Lusbour^, lli>nchfiunp, [Lessart> des 0ns ^ le ehevslier Paul](l).

Mardi 6^ à Mûrly . — Le rbi^ après son dîner > alla courte le daim dans son parc avec les ehiens de H. le cOinte de Toulouse. Monseigneur avoit voulu courre le loup ft SaiiiV- Germain ; il ne s'en trouva poinl^ et alla à la ehaSse atee le rcd . — On a des nouvelles de Languedoc qui portëiit qaè Planque^ brigadier d'infanterie^ a battu une bunde de fanatiques^ dont il a tué la plus graëde partie. D'uà autre côté , Julien^ maréchal de camp, a surpris dkUs un vlilége le camarade de GaVali^r^ qid est (e commandant de ces fanatiques ; il a pris aUSSi une propbèlesBe qui tie làissoit pas d'imposer par ses bottes prophéties. — Le roi fait revenir de Flandre M. de Thouy, qui coiumandoitSttr le Demer, et l'envoie en Espagne, Où il sera leplUë aneieli iuaréchal de camp. — On à par Saint4liilo k eënfirmation de la dispersion de la flotte ennetnie par là tem^^Ôte qu'il fit le 23. On assure que noë armateurs ont fait beaucoup de prises de cette flotte , qui étoit de trois ceiits voiles. — M. de l'Hèpital, tnarquis de 8aiote*M9Bme> vieëprésident de l'Académie royale des sciences, tuourtit ees jours passés à Paris ; c'étoit le plus savant et le plus fameux homme de notre siècle dans toutes leë parties des nsa^^ maliques ^ surtout dans la géométrie. -^ LA reine AttM avoit fait demander les pierreries de la succession d«i roi Guillaume qui sont en HoUaûde ; la princesse de NateM

(1) Voir le Journal de Dangeau, tome Vlll, page 351, et d-dessus page 140.

]^VKI1IL âVM. 437

dé FH&e a reftesë de les rendre , prétendaùt ({u'eUes n^apparttennent point à la couronne d'Angleterre 5 mais à mn hln ^ dont elle est tutrice et qui est héritier du roi Guillaume.

Mercredi ê^ à Jfarly: — Le roi prit des œadres le matin et ttnt ensilite cbûseil oommë à rtwdidaire) il n'y en a?oit point eu les deux jours passés. -^ il arriva un eMirrier de M. de Ye&dôme» qui mande que M. de Savoie a mis ses troupes et celles de Tempereur dans des quartiers entte le P6 , la Secchia et la Doria-Baltea ; les nôtres «ont daiw de fort bons quartiers aussi de Tautre b6té du P6> et il y a spparence que de part et d'autre on sera pour quelque temps ^1 t^posen oe pay84i. Nous avons peu de cavaliers à eheval; mais on compte, parles bonnes mesures qu'ôlr a [M*ises ^ que toute la cavalerie sera retuontée au mois d'avril. — Les mécontents de Hongrie ont piUé l'Ile que Tempereur avoit donnée au prince Eugène > da&s la*quelle ils ont pris une partie de l'équipage de oe prinée. On mdnde qu'ils ont abandonné Tlle de Sehut afirès l'avoir ravagée, et qu'ils ont fait somnier Komore» qui est uiie place dans la fourche des deux bras du Danube ^ au-dessetis de l'Ile de Schut. — La tête des troupes que dous envoyons en P<M*tttgal est déjà arrivée sur les frontières d'Espagne ; on en a eu des nouvelles de Tolosétta» où elles ont été reçues avec beaucoup de joie. Le duc de Bérwick doîtfl^river à Madridàla&n delà semaine. — M. de llénars» fils da président à mortier et oolonel d'un nouveau régiment d'infanterie 9 a l'agrémenA du roi pour acheter le régiment du roi de dragons , que Mi de Nogent veut vendre 1^5,000 éeus; Tannée passée > quand il fut fait maréchal de camp , il en refusa ^0^090 écus du marquis d'Alègre le fils.

Jeudi ly à èlarly. — Leroi , après la messe » eiMirUt le cerf dans son parc ; Monseigneur et messeigneurs ses en*^ fants étoient à la ebasse. Madame est toujours des chasses durm quand on est à Marly. — Madame de Bois-Dau-

phin mourut à Paris; elle avoitprèsde quatre-vingts ans; il y en avoit plus de quarante qu^elle n'avoit paru à la cour. Elle avoit été mariée deux fois. En premières noces elle avoit épousé M. de Courtenvaux , dont elle n'avoit en qu'une fille, qui est madame de Louvois ; en secondes noces elle avoit épousé M. de Bois-Dauphin , frère aîné d^ M. de Laval, père de madame la maréchale de Rochefort. II ne lui reste point d'enfants de ce second mariage, et madame de Louvois hérite seule de tout son bien, qui est de plus de 20,000 écus de rente. — Le commandant des troupes de M. l'électeur de Bavière dans la haute Autriche a attaqué et pris la ville et le château de Lentz ; l'empereur avoit dans le château un fort beau palais. — MM. les États- Généraux avoient envoyé plusieurs bataillons pour se saisir de Gueldres, mais celui qui y commande pour M. l'électeur de Brandebourg a refusé d'en sortir et de leur en ouvrir les portes. L'électeur son maître s'est expliqué sur cela, et a dit que son intention étoit de garder cette pla^e jusqu'à la fin de la guerre, et qu'à la paix il la rendroit au roi d'Espagne, sans dire lequel des deui il entend par là.

Vendredi 8, à Marly. — Le roi, après diner, alla courre le daim dans son parc avec les chiens de M. le comte de Toulouse; Monseigneur, messeigheurs ses enfants étoient à la chasse. — M. le maréchal de Villeroy reçut des lettres de Maestricht et de Liège par lesquelles on lui mande que l'archiduc avoit tellement souffert sur la mer par la tempête qu'après être débarqué en Angleterre il avoit eu une violente fièvre, dont il étoit très-malade , et ceux qui écrivent ces lettres ajoutent même que la plus commune opinion en Hollande est qu'il est mort. Une si importante nouvelle a besoin de confirmation. — Le soir M. de Pontchartrain vint dire au roi qu'un armateur de Saint-Malo, qui avoit pris une frégate aux ennemis^ avoit été poussé par la tempête à Boulogne avec sa prise , qu'il avoit faite auprès de Sorlingue. Il confirme la dispersion

FKVRIER 1704. 429

de la flotte ennemie ^ mais on ne sait point encore oà Farchiduc a été porté par la tempête. — On a nouvelle que milord Marlborough est arrivé à la Haye. Il fait de fortes instances auprès des États-Généraux pour les porter à augmenter le nombre de leurs troupes et à rappeler celles qu'ils ont en Allemagne ; il leur a dit que la reine Anne n'espéroit pas de tirer de son parlement Targent nécessaire pour soutenir la guerre s'ils ne faisoient des efforts extraordinaires cette campagne.

Samedi 9, à Versailles. — Le roi revint de Marly à la nuit. Monseigneur en partit à quatre heures avec madame la princesse de Conty; madame la duchesse de Bourgogne en partit en même temps que lui, mais elle revint si lentement que le roi la passa. Elle se mit au lit en arrivant , n'alla poinfà la comédie, où il n'y eut que Monseigneur et Madame; mais elle se leva pour aller dans le cabinet du roi après son souper. — Il y a de gramds désordres en Zélande, où les peuples ne veulent plus payer les taxes qui leur sont imposées. Les bourgmestres d'Amsterdam ont fait mettre en prison un banquier qui avoit fait tenir quelque argent à M. de Bavière; les'autres banquiers de la ville sont venus demander sa liberté, menaçant, si on la leur refusoit, de fermer leurs banques. — On a arrêté en Angleterre plusieurs gens soupçonnés d'être entrés dans une conspiration en Ecosse contre le gouvernement présent ; on soupçonne le duc d'Hamilton d'être à la tête de ce parti-là. — Le roi a donné 2,000 livres de rente au chevalier de Montgon, capitaine aux gardes , et 20,000 écus d'augmentation de brevet de retenue à M. de Vauvré sur sa charge de maître d'hôtel ordinaire du roi; il avoit eu Tannée passée (0,000 écus de brevet de retenue sur cette charge. Il est intendant de marine à Toulon.

Dimanche 10, à Versailles. — Le roi et toute la maison royale entendirent le sermon , et après le sermon le roi alla se promener à Trianon. Monseigneur joua le

soir ebfii madame la pinooasse da Conty , cpinQi0 il fait tous les jours qu'il n'y a point de coaiédie. -^ |1 ^ff iva un oourrier de M. de Saini-Frémont^ qui vint h Itodène le 39 et le 80 ; il en repartit avec deux mille l^pmmea a attaq^fi la Bast^a et Bonport» qui sont deux postes entre la Secchia et le Panaro qui convient Modèle; les epnefnis s'éteisiit rendus maîtres de ces postes pendant que 11* de Vea? dôme suivoit M. de Stareml>erg et qu'il avoit été obligé de renforcer son armée p^^r une partie des troupes q^i étoient de ces c6tés-ià ; les ennemis avoiept été sii^ on sept jours i cette expédition^ qui n'en a coûté qu'up 4 Saint^rémnnt. Nous n'y avons perdu qu'un capitaine d'infanterie et ciqq pi) six soldats; pops y avops pris quelques petites pièces de oanpp ^ pp di'&pei^u ; le lieute- P(IPtrcolopel qui commapdQÎt è^ Bftstii^ y ^ été tué. Les eppemis y opt perdu cipq cept^ hommes op tués ou prisonniers. Cette ^tion, outre l'utilité dont eUp est, fi été brUlante pfl^iep copduite. — Madame 4^ NepuPUr^ YÎ* Jp roi dans s^ phqipbre au sprtû* de sop ^pp^r* S* 'M* \^ p^rlp ayec bpf^peppp de bonté et lui dit qu'l) ^voi( été f4cl^é de lui ^aîre 4§1^ peine et qu'à l'^yeuir il lui feroit les plaisirs qu'il poprroit.

lundi H, à Y^rsmlle$. -r^ J^e roîï^lU tirer V^prèis-dlpée. llopseigpepr pUa dîner ^ Meudon, qf^ il demeurera jusqu'à samedi, rr- M. de TJiquy ^ Tagrépiept du roi pour vendre sop régiment ; le ^prqpis d'PerleyiUe ep a traité avec lui pour le fil^ du présidept d' Albarpt^ qui sert dans le régiment du roi, qui Ipi ep dounp 3Q«09Q livres. M- de Thouy prend en payemept h lieptepfi^ce de roi d^ Teuraine pour 4&,QQ0 livres^ qui est le prix prdîi^fl^ 4a cas ehiirges. Ce régiment est sur le pied étrppger ; il |e leva en Savoie» et ymi iO^QOO Uvr^ de reptp. -ml^ major du régiment d'Estrades qrriva Ip ^ir, et apporte un plus grand détail d^ ce qui s'est passé ^ l'affaire de SainIrFrémont; le drapeau qu'on a pris ^ la Bastia est du régiment de Trautmansdorf , et ce gép^ral n'est point

mort^ ooinme on l'avoit dit. Penidaiit que M« de Saint- FréBaont attaquoit les enoeniiisi, le eoifuma^ndant de San- Banedettoy qui est M. de S^^nil^ colonel de Bigorpe, fit un pont sur la Seeohia aurde^sous dfi QuistaUo , et ^\ GODstruire une sedonte jt la tMe de ce pont du c6té des ennemis, et a mis du canon dans cette redoute.; ^ inigpr a assuré que les troupes de Tempereur qui sont restées en ce pays-là ne font pas plus de cinq mille hommes, et par le moyen de ce pont que nous avons fait nous las poorpons fort inoommodar. Ils ont dans la Jfifandoladdux mille cinq cents hommes, dqnt un détacher inent garde la Concorde, quinze cents hommes d^ns Ostigha, nulle dans Reveve, dont ils ont un détacbemeut à Qttistello.

Mordi iiyà Yenailki^ -r- lie rpi aUft tirer l'aprèsdlnée ; il donna le m^^tin audience au marquis de Reauivan, envoyé de M* de Lorraine, -r- Nous apprenons par Ifs lettres de l'armée de M. de Vendôme que le roi f^ lait MM* de Bouligneux , d'Âubeterre et de Vissy lieute* nsnts génépau3(> et MM. les chevaliers de Lui^embonrg et de Maulevrier et le marquis de Sesanqe maréchau:^ 4^ oamp , mais cela ne s^étoit point ^u ici. On dit aussi qu'il y a eu une promotion pour les officiers qui sont en Bavière. — Les quinze mille hommes de recrue deetinés 4 passer dans Tarmée de M « de Marsin soui arrivés en Alsace , et en attendant qu'on les puisse faire passer en ee pays-là on les enrégimeute ; ou y joindra deux mille hommes de cette armée qui ne purent passer la dernière campagne; on mettra des colouels réformés à la tète des hataiUous et beaucoup d'officiers dont les régiments servent en Bavière et qui n'ont pas pn joindre. — M. 4e Ugondez, capitaine de vaisseau , a pris dans la Méditerranée un vaisseau hambourgeois richement chargé; celui qui le. commandoit a offert 600,000 francs, dont il donneroit de bonnes cautions dans Gènes, si on vouloit le rançonner ; Ligondez n'a

pas accepté la proposition et Ta amené dans nos ports. — Le baron de Bressey est mort à Paris * ; il étoit lieutenant général ^ gouverneur de Bar-sur-Aube, et le roi avoit ajouté 10^000 francs d'appointements à ce gouvernement^ et S. H. lui donnoit outre cela une pension de 2,000 écus.

" On a vu lors du siège de Namur par le roi, en 1692, quel étoit ce baron de Bressey.

Mercredi 13, à Versailles. — Le roi, après avoir entendu le sermon, alla se promener à Trianon. — L'ordinaire d'Espagne qui arriva apporta la nouvelle qu'il étoit arrivé à Cadix quelques vaisseaux de la flotte de Buenos-Ayres , très-richement chargée de barres d'argent; on compte qu'il en reviendra cinq millions aux marchands fr an cois. On apprend aussi par cet ordinaire qu'il y a dans la cour quelques grands mécontents du gouvernement présent ; on avoit fait même courir le bruit que le duc d'Ossune s'étoit retiré et étoit allé en Portugal , mais cela ne s'est pas trouvé vrai. — M. de Pontchartrain eut des lettres de Calais qui disent beaucoup de détails de la dispersion de la flotte ennemie, dont beaucoup de vaisseaux ont été portés jusqu'au nord d'Ecosse ; il est bien malaisé qu'il n'en ait pas péri quelques-uns dans la Manche Saint-Georges. On croit que le vaisseau de l'archiduc a été porté en Angleterre , mais on ne sait rien d'assuré sur sa personjie , et les différents bruits qu'on fait courir de sa mort , de sa petite vérole , d'une fièvre violente sont tous fort incertains; ce qu'il y a de sûr, c'est que de longtemps la flotte ne sera en état de passer en Portugal.

Jeudi 14, à Versailles. — Le roi ue tint point de conseil contre son ordinaire ; il dîna de fort bonne heure et alla ensuite à Harly. Au retour il donna une longue audience chez madame de Maintenon àMH. les maréchaux de Villeroy et de Tallard. Le matin , au lever de S. M., le

maréchal de Villeroy lui porta un lardon de HoUande du 5 de ce mois , dans lequel il y a beaucoup de détails de la dernière tempête. L'archiduc relâcha le 30 à Torbay et envoya le S 1 un courrier à la reine Anne^ qui alla au parlement le 1" de ce mois pour prier les deux chambres de faire de nouveaux efforts pour remédier aux malheurs que leur avoit causés la dernière tempête. Ce lardon dit que le duc de Schomberg avoit débarqué à un autre port d'Angleterre, où^ il étoit malade y que soixante-quinze vaisseaux avoient été poussés par la tempête sur les côtes d'Irlande et d'Ecosse , et comme on ne sauroit avoir reçu à Londres des nouvelles de l'arrivée de ces vaisseaux , il y a apparence qu'il en a péri plusieurs en chemin. Ce même lardon poi-te que onze bÀtiments revenant de Portugal , chargés de vin, avoient péri à la vue de la flotte , ce qui fait croire encore que plusieurs bâtiments de charge de cette armée ont eu la même destinée. Enfin ce qu'on apprendpar ce lardon^ c'est que la tempête a encore fait plus de désordres que nous ne pensions^ puisqu'ils l'avouent eux-mêmes et que nous savons certainement que l'archiduc est en Angleterre.

Vendredi 15, à Versailles. — Le roi^ après le sermon, alla se promener à Trianon. — M. de Chamillart revint le soir de Paris et alla chez madame de Haintenon travailler avec le roi jusqu'à neuf heures et demie. Il étoit arrivé ici un courrier de M. de Vendôme à midi, qui alla trouver M. de Chamillart à Paris ; il n'apporte rien de considérable de ce pays* là ^ mais il n'est point vrai que les Vénitiens assemblent des troupes^ comme on en avoit voulu faire courre le bruit. -*- La promotion des officiers généraux pour les armées d'Italie est faite , mais ce ne sont point du tout ceux que Ton avoit mandés de ce payslà ; les maréchaux de camp qu'on a faits sdnt : Kercado Tainé^ d'Esclainvilliers, Wartigny, Hauroy et M. de Polignac^ qui est présentement en Languedoc et que l'on envoie servir en ce pays-là. — On mande d^Espat^r.e que

414 JOUANÀi bE DANGEAU.

nbs troupes étoîent arritéeà à Vltlotid le fe de cfe nlbi!!, bien vêtues et bieii armées ; dix^-âe^t bë.t&tlldtl^ «t qtlilife escadt*ohs tilârchebt par la rdùte ôrditiftltë y tik^ià ktaillôils bt quatre eScadttttià pàsseHt phv U NâVéi*è. — Les nouvelles de Viehne pdrtétlt que Tèmpereur il'a plbs aucune espé^tl(;e de ttaiter AVec IcS thécontèrtts, dont Ifes prétentions àU^theiiteiit tdUs les jdiirs pat léS gMids ptop^ qu'ils font ; ijufelqiies milites de Mbtatié Se sont jointes à eux.

Samedi 16, à Vermillès. — Le tbi, à Mh levers ébltllliiKild& au maréchal de BoufÛers de donnel* ortrë qiife te Wgîment des gardes fût prêt â marcher ëti Flflildt^ les premiers jours du mois qui vient. Les gnrdeS dtf cbrpô oiit ordre aussi de marcher le 10 et le 12. H; de Maribordtlgh anime les HoUandois à faire des ettbrts extradrdillAii^ pour augmenter leurs troupes et pour ihettrë en campagne de bonne heure; — Le roi^ au retour delutnisMë, donna audience aux états d'Artois; l'abbé de Vitlbelle porta la parole > et parla fort bien. MonseigUeur revint le soir de Heudon^ où ilavoit passé la semaine; — 11 arriva des courriers de Portugal et d'Espagne. Le roi lii les ministres n'eh parlèrent point , mais le^ courtisans ju^ot que ce silehce est une marque qu'il y a quelque négociation et croient que le roi de Portu^ reviendra à ses vérifakbhs intérêts. — Par toutes les nouvelles qu'on é, d'Allemagne et de Hollande , les ennemis conviennent eax*mémes dn déplorable état des affaires de l'emperettr; lel progrès des mécontents augmentent tous les jours> et ils ont intercepté à Vienne une lettre du prince Ragotzki à M. TéleéteurdeBavière, dans laquelle il veut prendre des mesures avec cet électeur pour joindre leurs troupes et faire ensemble le siège de Vienne à la fin du itiois.

Dimanche 17, d Versailles, — Le i*oi ne sortit poiht de

out le jour ; il alla au sermon et puis jugea l'affaire de M. Tarchevèque de Reims contre la Reynie pour la place

de doyen du conseil. Il n'y avoit pour juges que le roi,

Konsëignëur, monséi^hetir le duc de Bburgogné, M. le chancelier et M. de B^uvillièrs; ils fiii*èiil totis de même avis. L'archevêque de Reims gagna soft probes, qui regardé les conseillers d'État d'épéé comnie ceuJc d'ègllse. — Outré les maréchaux de caitip qlle j'ai déjà écrits, j'eil ai appris eiicore de nouveaux pour l'arméie d'Italie, qui soilt : MM. de Goas, dé Saint-^ater, dé Richerand, de Coûtlandon et quelques autres (Jtl'on netn'â^oint encore nommés; on a fait aussi des bri^diérs poMr les armées ({ui sont en 'ce ^ays-là, et voici cetix qui le sont sùl'ement : le comte d'Uïès, M. de Croy, fils du comte de Solre, le cotûie d'Eâtefrrfe, frère du prince dfe Robécque, l)esclos, Boûnéval, lé tthèvalier de Pezéùx, Cayliiis, Bourgneuf. — Le roi à fait lieutenant général d'Avaray , l^ui est à Nàples depuis le comniencemettl de bette guerre. — M. de Goesbriantsé porte cbnsidérablëtnéht mlfetix de ses blessures; il est maréchal de camp de Tannée passée , mais 11 n^avoit point encoW Vendu le régimëiit de Bert*y, doilt il est bolonel ; madame sa femme, tjui est à t*aris, etl à fait le marché avec un officiel tàujt gardés, qiiilul en donné 56,000 livtfes (1 ) ; ce régimfeht fest un des vingt qui ftirent faits en 8i dorant te siëge de Luxembourg.

Lundi 18, d VtHailhs. — Le roi alla tirer l'après-dlnée, jet pdls travailla avec M. Pelletier, comme il fait tous les lundis. Lfesoii'ilyfeut comédie. — Il arfiva hier un courrier de notre ambs^adeur en Portugal etUh d'Espaghe; le roi ni les mitti^i>eS n'ont rifen dit de cfe que ces couî^i^iers àpporteht; on crblt que cfe ne peut Être rifen qUé de h'on , fet ique Tapplroché de hos tobupéS et toUs tes malheurs arrivés à la flotte qui portolt TarehidUc pourraient bien [fait^ rtentrtp te roi de Portugal dans Ses vé!*itàbles ihtéréts. — OH a des lettres de Râtisbbnne du 7 de ce mois , qui portteUt que M- rélecteur de Bavièi*e va se remettre en campagnfe.

(1) Celui qui a acheté 9si uq Breton qui s'appelle la Gervaisaie. ( Note de tkmgeau. )

qu'il a un grand équipage d'artillerie , que ses troupes se rapprochent de Passau^ où il doit passer le Danube pour aller, à ce qu'on croit^ faire le siège de Nuremberg en Franconie ou celui d'Egra en Bohème, et que les peuples de royaume-là^ mécontents de la domination de Tempereur^pourroientbîensejoindreàlui. — La tète des troupes que nous envoyons en Espagne devoit arriver le 15 à Valladolid et être à la fin du mois sur la frontière^ où ils trouveront en abondance tout ce qu'il faut pour subsister commodément. — On a des nouveUes par la Suisse qu'il est venu à Tarmée de M. de Marsin cinq ou six miUe déserteurs françois^ et que ce maréchal n'aura pas besoin pour son armée de toutes les recrues qu'on se préparait à y fedre passer; ces mêmes lettres ajoutent que H. l'électeur de Bavière fait lever huit mille hommes de troupes nouvelles, et qu'il lui vient beaucoup de déserteurs des années de l'empereur.

Mardi 19, à Versailles. — Le roi alla l'après-dinée se promener à Marly, d'où il ne revint qu'à la nuit- Monseigneur courut le loup, qui le mena loin , et au retour il soupa chez madame la princesse de Conty . — M. de Monasterol a reçu des lettres d'Anvers , d'un grand négociant nommé Fonseca; il lui mande que, par beaucoup d'avis qu'il a de Hollande, il a appris que l'archiduc étoit mort à Plymouth d'une fièvre violente qui l'a emporté le troisième jour, et il ajoute que ces avis viennent de gens sûrs, qui ne l'ont jamais trompé. M. l'électeur de Cologne écrit qu'on lui mande de Hollande que cette mort est sûre; les maréchaux de Villeroy et de Boufflers ont les mêmes avis ^ et plusieurs particuUers de Paris ont les mêmes nouvelles par la HoUande ; cependant on en doute fort ici. — M. de Thouy, qui s'en va en Espagne et qui étoit maréchal de camp^ a été fait lieutenant général, et M. de Puynormand, colonel d'infanterie réformé, qui est déjà en ce pays-là, a été fait brigadier. — Le roi envoie aussi en Espagne du Mesnil, aide-major

d'une des quatre compagnies des gardes du corps , pour aider à former les gardes du roi d^Espagne sur ceux du roi.

Mercredi 20> à Versailles. — Le roi entendit le sermon et puis alla à Trianon, où il se promena jusqu'à la nuit. — Ce sera madame de Ghamillart qui fera la layette de Tenfantde madame la duchesse de Bourgogne, mais ce n'est point en qualité de femme du contrôleur général; le roi s'est expliqué là-dessus, que la femme du contrôleur général n'y avoit aucun droit, et que quand madame Col- , bert s^en étoit mêlée ç'avoit été parce qu'elle s'entendoit très-bien à pareilles choses , que la reine avoit de l'amitié pour elle , et qu'elle lui donnoit volontiers des commissions. — Honcault, colonel du régiment de Vauge, achète de Vaudrey, qui fut fait maréchal de camp l'année passée, le régiment de la Sarre. Le père de Moncault, qui est ici, en a fait le marché à 63,000 livres, et n'a pas encore vendu celui de Vauge, qui lui en a coûté 45,000. — Savines, gouverneur d'Ambrun, a eu nouvelle que les barbets de M. de Savoie avoient voulu s'emparer du château de Chaumont près d'Exilles; ils y ont été repoussés et y ont perdu soixante hommes ; ils ont depuis fait des courses dans les vallées de Pragelas et de Queras ; ils y ont perdu encore cinquante hommes, et nous n'y avons eu qu'un officier et deux soldats tués; ces deux vallées payent contribution à M. de Savoie, et nous l'avons établie aussi dans la vallée de Barcelonnette, qui est à ce prince. Jeudi 21, à Versailles. — Le roi fut longtems enfermé le matin avec le cardinal de Noailles et aUa tirer Taprèsdlnée. Monseigneur ne sortit point. Le soir il y eut comédie, où madame la duchesse de Bourgogne n'alla pas ; elle avoit dîné dans son cabinet avec madame de Haintenon, madame d'Heudicourt et madame de Dangeau, et y demeura enfermée jusqu'à six heures. — Les Hollandois avouent que, par la dernière tempête, les Anglois avoient perdu trois gros vaisseaux et quelques bâtiments de

439 J0URNA14 P^ DANGEAU.

charge, {j'^rchidup est sui* son vaisseau entre Portsmouth et ril^ de Wlgt^t» et, s^lon Ips dernières nouvelles de ce pays-là , il n'est ni mort ni malade. — U y a des lettres de yipBHp à^ 2 qv|i portent que Ip roi de Pplogae y itoit arrivé incogpjtq le 28 du mq|s pf^t qu'on y »voit tena plusieurs conseils de guef*re ç^veprélect^ur palatin^ qui y est arrivé ^.ussi depuis ppu, et q^p pet électeiir ^montre yiyeipçnt qwp, si qp n'epv(4e p^ up gjîos cpi^ps de troupf|S spr Ip Rhin, J'epipire e§t en gran4 danger. Os y ont eu i|,vis quç le p4nc^ Ragotf^i étoit ^\lé ^ Belgrade ^'aboqcher avec le pacha ^ et qu'il ps\ arrivé à Temeswai^ un gr^nd convoi d^ mupi^ionç çi^ guer^P et de bouche. Tout cela donne dp gpjwdes ingpi|itude$ ^ l'empereur, qui auront été bien ç^ugmeptée;^ PflPQre quap4 il wr^ appris la dispersion 4e la flqtte dp l'arphiduc.

Vendrffli 22^ à Yarsaillçs. — ^p ^pj pptendit le sermon et puis alla se prqp^pner à Jq^ppu. l^pnseigqeur alla dinef à Meudpp, d'piï il ne rpvipt qp^ ppur le souper du roi. — M. }p gf ftpd prieur a la patep^ et jps ^pppwtements de gpuéral ; M. le duc de Bprv^ipk app^ ^pssi le même traitenient ep fspf^gpe. — M. de Ch^piillart travailla le soir chez piadfime de J^^jpteppp ^vpc le rpi, quoiqu'il n'ait pas accputupié d'y travçtil^pc 1§§ vendredis ; il y deipeura depuis §ix heures jusqp'à pepf hppres et deuiie, et ou croit que fa prppïptÎQn ppur toutes le^ ^pmées es|t pntièrement réglée. — Jjopville e^j; rpyepp 4e fl^ndfP; qp ij éjoit allé prendre possessiop dp gppverpefnent 4eCpur|f4y, qui lui yaud ra 1 6^000 Uyye^ 4^ reptpp, san§ y cqn)pi^epd]|?e Ipgnpid bailliage que M. l'électeur de Bt^vière yeut pnppre lui faire donper; il ^ pptre cela |,4.0q pistpfe^ dp gpRsifiP dw ^^ d'Espagne. —?^v le? nquvpllB? 4p Hq%p4!^ ;, qn çipflwnd que Jeurs ayiç 4'Aiïg^eterrp portept qpp F^phidup étoit dans rile <\ç VVightj on Jray^p 44fg)*pïQent à femettre sa flotte sp état , m^i§ pp pp cpojt pa§ qu'ellp le puisse être avant la lip du mois. On ne peut pas remettre à la mer le vai5>seau que juontoit le duc de Schomberg. Us sont

forgea ppifle di; pj4fi<^ de P4iHnsta4t» qijiavQit pris les (levants fit (}9pt if n'fljtt ftucuflp nflHV^Ue. U levff piw<ÏWe beaucpup 4fi ^)4^iq[lfi^lj? de tp^sport et ne savpnt Rq^n^ enpqre au juste Ij per1« (ju'ils spt fajte.

Samedi 23, à Versa^llef. —Le roi^ a^pèg squ (^p^r^ ^llj^ s^ promener à Marlv, où il dejneupa jusqu'à J^ n^it. Monseigneur pourut le loup^ et la phasse le men^ fpft loin. — Il arriva ijn poivrier 4'Espa^i^^ parti ^e M^fi.4 le 155 il assure que la tète de ppi^ tfpiipeg dpit être pféseptement sur la f^pntiè^^ ^e Pprtvjgal. Puységur^ ftpi^èg avoir visité cette frontière, est rpvepu 4 I^ft4fi4^ 9\\ \^ duc de Berwick étoit arrivé. Lq roi d'Espagne 4pj* paJ^Ji? dans le mois de mar^ pour allpr se n^et);rp à la ^t§ de l'armée, et plusieurs grands se préparent à l'y suivre.;::: On ne sait point encore le détail de la pro|iiotipi| qi^i fu|> réglée jiier; il n'y a encore que (jue|ques Jjrjgadiprs nompiés. yôici ceux à qui on Ta appris aujpurd*^ui. l] y en a quatre dans le pégiment des cardes, qui ^nt : l^enr nevilfette,Mpnpezat. Maupeou et Dernières; il y en a cinq dans les gardes du corps ': ^rissac, Tourppfort^ Sayinfes, des Fpurneaux et Marpays; dans tes gaydes sujs^es : Zuft lauben : dans les colonels d'infanterie : Guerchois , Miromqsuil, Morangi^Sj yiUefort, I|elle-lsie, lyiouchy^ Cadrieu, te comte de la Harck, Viljepiiprtj dp lieutenants-colopejs on en a fait trois : Tavaçpy, du ré^ipent de MiromesniL Selvp, du régiment de Picardie, et celui du régiqient du rpi ; dai^sles régiments suisses : Courten et Greder, et dans l'artillerie : des Touches.

Dim^fiiehe 24, à Versailles, — Le roi, apr^^ le sermon, alla se promener à la Ménagerie, où il s'amusa fort, et dit en sortant qu'il y r^viepdroit souypnt. — Le roi aj^onné à Langeron 20,000 écus de brevet de retenuj^ sur une c|iarge qu'il a de lieutepant de rpi de bavSse Çretagne. — On a pris plusieurs ipestre^ de camp de cavalerie qui ont éte faits brigadiei^s : le prince Charles, fils de M. le Grand, le comtp de Duras, leip^irquis de Ch^tillop, qui

va en Espagne ^ Belleport^ Vienne ^ Rozen; on en a fait quatre dans la gendarmerie^ qui sont : le chevalier de Roye^ d'Oliers^ Gassion et le major de ce corps; on en a fait deux de ceux qu'on envoie au roi d'Espagne pour lui servir d'aides de camp, qui sont : Lessart et des Aides; dans les chevau- légers de la garde : le vidame d'Amiens; dans les dragons : d'Escorailles^ Lautrec et Caylus. Toute la promotion est censée faite du 10 février. Monseigneur le duc de Bourgogne a parlé au roi pour trois de ses aides de camp , qui ont été faits brigadiers aussi , Dénon ville^ Sansay et la Motte. Le comte de Nils^ lieutenantcolonel de Furstemberg et qui a commission de mestre de camp^ a été fait brigadier aussi. Il y en a encore beaucoup d'autres^ qu'on ne sait point, et la promotion sera de quatre-vingts.

Lundi 25 y à Versailles, — Le roi alla tirer l'aprësdinée. Monseigneur courut le loup. Le soir il y eut comédie. — Le roi envoie en Espagne Lusancy, aide major de son régiment des gardes , pour former le régiment des gardes wallones du roi d'Espagne sur le modèle du régiment des gardes françoises. — Le comte de Montlaur, fils de M. le prince d'Harcourt qui a servi deux ans de capitaine de cavalerie , veut se faire d'église , et son frère ainé^ qu'on vouloit faire d'église et qui même a deux abbayes^ veut quitter cette profession-là, quoique M. sou père et madame sa mère lui aient déclaré qu'ils le déshériteroient s'il ne se faisoit prêtre; il est fort sourd, et c'est ce qui fait que sa famille ne le croit pas propre au monde. — Par le dernier courrier qui arriva d'Espagne ces jours passés, on reçut des lettres de Puységur, qui mande qu'il n'a point trouvé sur les frontières les magasins que Orry avoit assuré qui y étoient, et que Badajoz n'étoit point en si bon état qu'il l'avoit dit. On t&cbe de remédier à ces inconvénients le plus diligemment qu'on peut, et on a pris pour cela l'argent qui étoit destiné pour le voyage du roi d'Espagne, et ce fonds-là ne pas-

sera point par les mains du sieur Orry . On travaille à un autre fonds^ afin que S. M. puisse toujours partir au mois de mars; le roi envoie en ce pays-là Lemarié pour être intendant de ses troupes.

Mardi 26, à Versailles. — Le roi alla Faprès-dlnée se promener à Marly^ d'où il ne revint qu'à la nuit. — Voici la liste des brigadiers faits depuis le 10 de ce mois :

Infanterie, v

Menou, colonel en 95

Mennevillette/

Bernières,

Zorlauben, capitaine aux gardes suissw.

Pfiffer, colonel soisse.

Bezenval.

Le Guerchois , colonel de la marine.

Martin, des galiotes (1).

Miroraesnil, colonel en 94

Morangiés , colonel en 95

I)*Hérouville , colonel en 95

Villefort , colonel en 95

Talende, colonel en 95

Chevalier de Damas ^ colonel en. ... 95

Belle-Isley colonel en 95

MoQchy, colonel en 95

Trecesson, colonel en 95

La Motte, colonel en 95

Sanzay , colonel en 95

Baeil , colonel en 95

PermanglCy colonel en 95

Paynormand, colonel en 95

(i) < A la levée des trois compagmes de galiotes destinées à servir sur le lUiiB, il eo obtint une par commission du 7 février 1689. » ( Clironologie his • torljriie-mitttetfe par Pinard , tome Vin , page 131 .

44t JOURJVAL DE DUtOfAU.

Goorvilliiy C9^eaiw^\ eu 96

l^ cppnf^ 4^ Çrpy, çolQpe| pq. . . . . ^6 Le comte de Damas.

yil|emo|rt^ colonel ep ^6

Le comte 4e la Marck . cqloqel pn. . . 97

Polastron , colonel en 98

Boarck, Irlandois, colonel en 99

Comte d'Esterre , colonel en ... . 1700 Courten , lieutenuit-oolonel suisse.

Tavagny , lieutenant-colonel de Mîromesnil. Barail y lieutenant-colonel du régimept du ro). Selve, lieutenant-colonel de Bicardie.

Cadrieu , HeAt^Q«i|t*aQtoM|, Robert, ingénieur.

Le chevalier Destouches . lieutenant d*arti11erie.

Cavalerie.

Brissac,

Gheyladet,

Savines,

Marnays/ ) des gairde^ du cprgs.

Tournefort,

Des Fourneaux.

Bruzac,

Le vidame d'Amiens , sous-)|ei}tei^^)|( ^ cbevau

légers.

Mimeur.

D'Ëscorailles, colonel de dra^pns.

Coadt , mestre de camp en 9^

Mortagny , en 93

Vienne, en 9^

Pelleport,en 94

La Bretonnière, lieutenant-colonel.

Rozen, en 94

Cbamlin , en 94

Desclots, en 94

GassJon, I ,

DlUiers, ) ^^ '* gendarmerie.

X^jjmwtym • : ^Q

Pafentjp, «n. ....... ^ç

Châtillqn.en 96

Bar, exk 96

Ghâteanmorant, en 96

Le comte de Duras, en 97

Ghevalier de Roye, de gendarmerie.

Gomte d*1Jzè8, en 99

Gornte de Nils , lieutenant-eolonel de Funtonubeirg.

Prince Charies de Lorraine, en. . . . 1909

Q^ Ai4^, colfluel 4e 4ragop9 m, . . . m

Bftujrgpjj^f, Ueijtçnî^ïfjraplpnel 4p dra^pn^. G^fftirt, lieuteif^tHcplQnp) ^e 4r^^j[^^.

Gaylpj, colonel ^e dfa^ons en. ; ^ • • 94 Lautcec^ colonel de dragops.

Bonneya), mestye de camp des cravates.

Chevalier de Pezeux, colonel de dragons^ qui fut colonel d*infanterie en . à5

Dormoy, major de gendarmerie.

L'ordre n'est pas exactement observé dans cette liste.

Mf^€rf4i 5)7, à Vef^ilk^. — Le pi, appès |fi Meripqfi, alla çeprpipfiwr^TiriwftP- M^j^e l«j 4iipji^?e à^ ÇoijpgQgpe, qui e$^ ^s»fif eni^upaée , entef^dit }|3 ^rmon d^p^ U pelit^ logp ^ 1^ trij^ttne. H)[oQ^}gReiir ^Ift ^I^F ^ liepdQo Ave^ piad^pae la puch^^Q pt b^ai^coqp ^ dampç. — Ûu put nouy^Ue 4e LisbppQfl qup \& ppiacp 4^ Vis^m- § Wt y étpi}; Wf i«^é ; il ^yoit ff it fisp^reç |m pcj 4p Pqvtug»l qup |'arcl^i4uc le suivront dp fopt pcèç , pfja js |p3 geï)s de son vai^$eau Qfd été plyi^ i^diët^^I^kf q^e ].u}^ et out ^VQVié qiip, quwi4 ps s'étoiepi Sjépvés 4p rvchi4Bij, ij n'étoit pas encore parti des côtes d'Angleterre ; cependant on fait tous les préparatifs nécessaires pour receypif l'archiduc p^^gfljfiqueipept pn poftiig4l pt pp l'y attend avec impatience. — M. l'évéque dp Saint-ûoiar vend sa charge de maître de l'oratoire à l'abbé de Valbgjle, spn pPHsip , §mqftônier du VQ^ y qui l»i §P dqnne

444 JOURNAL DE DAISGEAU.

96^000 livres , savoir : 10^000 écus en argent comptant^ et sa charge d'aumônier pour 66,000 livres. Les charges d'aumônier que le roi a données ne se vendent point; mais quand on les a achetées le roi permet qu^on les vende, et Tabbé de Valbelle avoit acheté la sienne. La charge de maître de Toratoire n'a pas grande fonction présentement; elle en avoit beaucoup sous le feu roi, parce qu'il avoit un oratoire , et le roi n'en a point ; il va toujours à la chapelle.

Jeudi 28, à Versailles. — Le roi alla tirer Taprès-dlnée. M. le cardinal de Noailles lui présenta le matin, au sortir de la messe , M. Labbé, évèque de Tilopolis m partOms et vicaire général du pape dans la Ck)chinchine^ où il s'en va samedi (1). Madame la duchesse de Bourgogne se trouva plus mal de son rhume, elle garda le lit presque tout le jour. Le soir il y eut comédie ^ où il n'y eut de la famille royale que Monseigneur et Madame ; monseigneur le duc de Bourgogne n'y va plus , et monseigneur le duc de Berry tint compagnie à madame la duchesse de Bourgogne. — Le roi a donné le gouvernement de Bar-sur- Aube à Montalant, qui a été longtemps lieutenant-colonel du régiment Royal, et S. H. y attache 4,000 livres d^appointements; le baron de Bressey, qui Favoit, en avoit 10,000, mais cela n'avoit été fait que pour lui, et ce gouvernement-là ne valoit auparavant que 100 écus. J'ai appris depuis sa mort que le roi avoit donné à sa veuve 1,000 écus de pension. — Le baron de Montigny*, frère de l'abbé Languet, aumônier de madame la duchesse de Bourgogne, et lieutenant-colonel des cuirassiers de M. l'électeur de Bavière , s'est sauvé des prisons de Constance,

(1) « Le 24 de ce mois, le siear Bfarin Labbé fiit sacré évéque de Tilopolis, coadjnteur du Ticariat apostoUqae de la Cochinchine» par le cardinal dt Noaillety arcbevéqoe de Paris, ayant pour assistants Tévéque de Bayeox et I'évèquedeCoDdom.La cérémonie se fit en la grande chapelle de rarcbevèché, en présence du cardinal d'Estrées, des deux nonces de Sa Sainteté et de plasieurs autres personnes de qualité. » (Gazette du l*'^ mars 1704, page 10t. >

OÙ il étoit fort étroitement gardé et fort mal traité ; il a en rhonneur de saluer le roi^ qui Ta fort interrogé sur sa prison.

* Le baron de Montigny, baron de sobriquet , étoit fils d'un homme du parlement de Dijon des plus nouveaux; mais qui eut plusieurs enfants, qui ne laissèrent pas leurs talents enfouis. Celui-ci fit valoir celai d'espion, dans lequel il fut maître, et peut-être des deux côtés ^ et qui lui fit friser la corde plus d'une fois et servir plus d'un maître. 11 m a vécu parce qu'il manquoit de pain ; et c'a été tout. L'aîné ou M. de Gergy étoit une happelourde,mais un honnête homme, et qui ne s'oublia point ; qui fut envoyé en diverses petites cours , et qui se fit moquer longtemps de lui à Ratisbonne, en récompense de quoi on lui donna l'inutile ambassade de Venise quand on y envoya un ambassadeur, d'où les apoplexies le firent revenir. Les trois autres frères prirent un meilleur parti , et y poussèrent mieux leurs diverses fortunes. L'abbé Languet, dont il est parlé ici , intrigua par Saint-Sulpice pour une place d'aumônier de madame la duchesse de Bourgogne. Il se fourroit dans les antichambres, qu'il ne passoit guères nulle part, mais dont il ne se lassoit point ; puis se fit grand vicaire d'Autun , et résolut] de £aire sa fortune par la Constitution. Il en devint évéque de Soissons , et ce nom, sous lequel il a tant et si étrangement fait parler de lui , suffit pour le Élire connottre. Son ambition et son audace étoient dès lors si démesorées qu'il espéra le cardinalat, et y compta si bien à force de manèges et de sacrifices sanglants, d'adoption d'écrits et de toutes sortes d'intrigues que lorsque l'archevêque de Reims, Mailly, fut cardinal , étant à table chez M. le Blanc, secrétaire d'État, qui en dit la nouvelle, il s'élança en la faisant répéter, et tout de suite s'écria : « M. de Reims cardinal ! ah^ il m'a pris mon chapeau! » Ce trait échappé, 0 en fut moins honteux que toute la compagnie , et ne songea plus qu'à en gagner un autre et cependant changer d'évéché. La friponnerie qui lui valut Sens a été publique , et tant d'autres dont 1^ diverses impressions sont remplies. C'est lui encore qui étant évéque de Soissons donna comme de lui ces fameux avertissements qui ont causé tant de troubles, lesquels avotent été portés à M. de Reims, Mailly, pour les £iire passer sous son nom, qui le refusa et qui , dans la surprise de les voir paroître incontinent après sous le nom de M. de Soissons, ne put s'en^^écher d'en conter l'aventure. Ce denuer prélat, immortalisé par la vie de sa Marie Alacoque , avoit espéré que ce petit troupeau guyoniste, à qui les progrès de la Constitution ont rendu tant de vigueur et de crédit, lui abrégeroit le chemin de la pourpre. Un autre frère ne fait pas un moindre personnage dans Tordre deCiteaux, où il est abbé de Morimond, et, ce qui vaut bien mieux pour l'intrigue à la

fbrttine é(>Hiifailitë ^ [ih>ëiiAtir ttë Mn Otâ^e getlétal à tiëttii &b^ plttSieHvs années, li ^saé en ce genre rarcberCque de loin, à oe ^li'oii dit, et si on dit vrai, ce doit être im grand maître. Le cinquième est tout d'une autre espèce ; c'est le curé de Saint-Sulpice , que son bâtiment immense immortalisera ; exigent curé ôi tout genre , veillant les pauvres qui le demandent avec autant de soin que les plus grandi seigneurs, tm grand don, et une grande fluidité de paroles, et un art pour établir et soutenir les bonnes et grande^ oeuvres inimitable ,'im génie doux, fin^ singulièremimt adonné aiix arts, aux manufitctnrte, au commerce, qu'il tourne tout en soin des pauvres de tous états.

Vendredi 29, à Versailles. — Le roi ne sortit point de tout lé jour; après le sermon ^ il vint chez madame la dtltihèdse de Bourgogne^ qui avoit été sai^ée le matin. Le toi et la reine d'Angleterre la vinrent voir sur les cinq heures ; le roi y revint encore avant ^liper. Elle se porte considérablement mieux de son rhume, et on ne lui fera garder le lit que trois jours.' — La reine d'Angleterre dematida au roi des nouvelles de Tarchiduc; S. M. lui dit qûë sdretnëiil il li'étoit pus à la voilé le 23, mais qu'on croyoit qu'il y mettroit le 24. Ce jourlà on vit passer devant Calais trente vaisseaux hoUandoLS, qui apparemment le vont joindre à File de Wight. Par tous les avis qu'on à , il n'y a plus cjue sept mille horiimeS embarqués avec Partehiduë , ^armi lesquels il y a très-peu de troupes de fioUande, — On inande que le roi de Pologne n'est point allé à Vienne, comme on Tavoit dit; il est en Silésie, d'où il veut tâcher de rentrer eti Pologne. — Les mécontents de Hongrie ont pris la ville de Tokay et CaSsovié , capitale de la haute Hôiigrie, qui ont été obligées de se rendre , n'ayant plus de vivres. Un de leurs corps a fiait lever le siège de Schahts au général Grate; ce poste est sur la Morave et est très-important. — ^ L'enlpereur a fait quatre fèld-maréchaux^ qui sont le prince Charles de Vaudemont * et les comtes de Staremberg , de Heister et Rabutin.

* Rien n*étoit plus singulier que la confiance qu'on avoit prise en M. de Vaudemont» dont le fite unique servoit rempereur, dont ie père

«IliRâ 17M. 447

afoit taujrart été bi bien traité , qui n'àvoit de fortilne que œ qti'tl en tenoit de la maison d* Autriche et qui avoit été l'ami de cœur du prince d'Orange, sans que cette liaison eût cessé. Rien aussi n'étott plus raire que la lavedr et là considération des sœiirs àe M. de Commercy, Itftettetif du séFttcë Au rdi et dëvëiiu la ISécbndb ^ei^tme dé Tatméë lihtiéHdlé, où il filtlUé & LtttfeAtâ. Ri^ii dis t>lds bomt>rét ^Uê Tfaptlui ttdproque de ses sorars et de Vaudemobt ^ frère de leuir mère^ iatirnement lié avec le maréclud de Vilieroy et Chamillart, qui en furent lés dupes» et le roi par eux.

Samedi !•' mars , à Vergailles. ^— Le roi dîna de bonne heure , alla courre le cerf dans le parc de Marly et ensuite à Marly^ où il se phoinena jusqu^à la nuit. — Il arma un courrier de Madrid^ dépéché par madame la princesse des Ursins. On croit qu'on Ta envoyé pour tâcher à justifier Ôrry, contre lequel il y a de grandes accusations et qui a pris plus d^ autorité en Espagne que les Espagnols et les François ne voudroient ; il est fott soutenu par LL. MM. CC. — ■ Il arriva un courrier de M. le grand prieur dont le roi et les ministres n'ont rien dit^ mais il a apporté quelques lettres à des particuliers qui portent que l'on fait des préparatifs dans cetle armée, qu'on fait venir de l'artillerie de Mantoue et qu'on attend vingt compagnies de grenadiers que M. de Vendôme envoie à M. son frère, bn mande même qu'on veut attaquer Révère , mais cela n'est pas bien sûr. — M. d'Alègre a envoyé ici de Bruxelles Villeiiouvelle, on de ses aides de camp^ qui assure que le ^ petit dommage ^ue lé^ ieliiiethiâ avoieht fait & nds lighés cet hiver sera biéhtôljfépàré. On y travaille aciuéllemetil, excepté du côté de Waseges^ où nous ne travaillerons que quand l'armée sera assemblée. On dit en ce pays-là que M. de ifarlborough a repassé en Angleterre et qu'il a pris des tliëâturles avec JM. le& États^îénéraux pour avoir en Flandre ime armée encore |>lûs iiombreuse que ëelle de 1 année passée. — Le soir il y eut comédie^ où il n'y avt)it que Monseigneur et Madame. Monseigneur^le duc

44a JOURNAL DE DANGEAU.

de Berry éioit demeuré avec madame la duchesse de Bourgogne^ qui garde le lit.

Dimanche 2 y à Versailles. — Le roi , après le sermon, alla tirer; à son retour il vint chez madame la duchesse de Bourgogne et y repassa encore avant que d'aller souper. — On eut nouvelle que l'archiduc avoit mis à la voile du 24 ; il n'a avec lui que trente vaisseaux et sept mille hommes. — Le marquis de Termes * est mort ; il avoit 12^000 livres de pension du roi et n'avoit jamais eu décharge (1). — H. le comte de Toulouse partira au commencement du mois prochain pour aller commander la flotte dans l'Océan; il ira s'embarquer à Brest. Il aura le maréchal de Cœuvres dans son vaisseau^ comme Tannée passée. On ne dit point encore le nombre des vais^ seaux qu'on arme à Brest ; on en arme aussi & Rochefort qui seront commandés par le marquis de Yillette. M. le maréchal de ChAteau-Renaud va & Toulon commander les vaisseaux qui seront dans la Méditerranée; on ne dit point non plus le nombre de vaisseaux qu'il aura. Le marquis de Roye commandera une escadre de huit galères qui croiseront sur les côtes d'Italie. Les recrues que nous envoyons en ce pays-là commencent à s'embarquer; elles iront débarquer à Saint-Pierre d'Arène, pour aller joindre ensuite les régiments qu'elles doivent recruter ; presque toute notre cavalerie de ce pays-là doit être remontée présentement.

* Ternies étoit cousin germain de M. de Montespan, fils des deux frères et oncle à la mode de Bretagne de M. d*Antin. Son père avoit été premier gentUhonmie de la chambre de Monsieur, Gaston ; sa mère étoit du Faur-Pibrac ; sa femme étoit fille de Châtelain , secrétaire du

(1) « M. de Termes n'est point mort à Versailles, mais à Paris, de U dyssenterie et dans une telle nécessité que , si madame de Montespan ne l'avoit lait enterrer, ç'auroît été la charité de la paroisse. Il a vu sa femme, dont il étoH séparé il y a longtemps , laquelle est au Port-Royal ici. On dit qu'il a pris congé du roi par une lettre , en mourant, et qu'il a songé aux afliures de sa conscit^nce. » ( Lettre de la marquise d^HtfJcetleSf du 5 mars. )

cousen, avec qui il étoit mal, et dont il n^eut qu^une fille, religieuse; sa sœur avoit épousé le marquis de Cardaillac; et le cheyalier de Termes, son seul frère, n'avoit jamais vécu qu'obscurément. Termes étoit pauvre, bien lait, et je ne sais par quel accident il avoit un palais d'argeot qui lui rendoit la parole fort étrange, et ne nuisoit point à sa Toix, qu'il avoit belle, et.chantoit parfiutement II avoit été assez bien avec les dames en sa jeunesse, et il avoit beaucoup d*esprit, qui étoit même orné. Il ne passoit pas même pour manquer de valeur, mais il avoit peu servi ; avec tout cela, ne bougeant de la cour, il n'y étoit recQ dans aucune maison, ni à odté de personne. Il passoit pour rapporter tout au roi , dont il tiroit sa très-petite subsistance et dont fl avoit eu la bassesse d'avoir voulu être premier valet de cbambre. 11 touoit une ebambre au village de Marly, et sans avoir jamais de logement il y étoit dans le salon et dans les jardins tant qu'il vouloit. Le roi lui parloit quelquefois, mais il vivoit dans un mépris et dans une solitude au milieu du plus grand monde , qui ne paroissoit pas supportable, et toujours poli et cbercbant h accrocher quelqu'un qui s'enfuyoit toujours. Il reçut une fois une pluie de bastonnades, à une heure après minuit, de quatre ou dnq Suisses, tout du long de la galerie des Princes à Versailles , dont il fut moulu et plusieurs jours au lit. Il s*en plaignit au roi; mais les auteurs ne se trouvèrent pas; personne ne douta que cette rude bastonnade ne lui eût été distribuée par ordre de M. le Duc et de M. le prince de Gonty, dont il avoit fait des rapports au roi qui leur revinrent, et que le roi ne voulut pas approfondir le fait, qui fit un grand éclat, mais dont on ne fit que rire (1).

Lundi 3, à Versailles. — Le roi prit médecine; madame la duchesse de Bourgogne lui tint compagnie tout le matin et durant son diner, et là on prit résolution d^aller dimanche à Marly pour y passer la semaine de la Passion. Monseigneur pendant ce temps-là demeurera à Meudon, madame la princesse de Gonty y demeurera avec lui, madame la duchesse d'Orléans ira à Saint-Cloud ou à sa ménagerie de Sève^ et madame la Duchesse à Saint-Maur. On ne mènera de dames que les dames du p.'ilais et les dames de Madame, si elle souhaite d'y aller ;

(1) Voir r:ii1(1iUon du 17 «It^embre IG84, tome V\ page 81.

460 JOURNAL DE ÔANGEAU.

les courtisans ne detnanderont point (1). — I^ comte de Nogent a vendu le régiment de dragons du Roi 43,000 écus et un pot de vin ; c^est le frère de M. de Seignelay, qui est en Bavière, pour qui on Fachète , M. de Hénars n'ayant pas pu conclure son marché, qui en àvoit en ragi'ément. — On eut nouvelle que la flotte de Tarchiduc avoit passé à la hauteur de Saint-Malo le 25 du mois passé; il n'y a dans cette flotte que dix-huit vaisseaux de guerre au plus. Us avoient le vent favorable, et Ton compte qu'ils arriveront bientôt en Portugal. — M. de Moncault a vendu le régiment de Vatige 42,000 livres; il acheta ces jours passés celui de la Sarre, et ne pouvoit point les conserver tous deux ; ces deux régiments^ là servent en Italie.

Mardi 4 , à Versailkê. — Le roi dîna de bonne heure et alla dans l'avenue de Paris faire la revue des régiments des gardes françoises et suisses qui sont habillés de neuf et qui sont plus beaux que jamais ; ces régiments partiront samedi et lundi pour marcher en Flandre. — Le maréchal de Boufflers, colonel des gardes françoises, ne servira point cette année, et vend son équipage. Reynold, lieutenant général et colonel des gardes suisses , ne servira point cette année ; il y a plusieurs autres lieutenants généraux qui servirent la dernière campagne et qui ne serviront point celle-ci . — Il arriva un couirier de M . de Puysieux, qui mande au roi que la diète de Lucertie est finie; il ne s'y est rien passé dont on ne soit content. C'est le roi qui fait assembler cette diète , et quand il les fait assembler c'est lui qui en fait la dépense. — Quelques particuliers ont reçu des lettres de Suisse qui portent que les ennemis, avec six mille hommes, étoient

(l)n Le roi ira à Marly dimanche après le sermon du P. Massilloa, et en reviendra le samedi suivant; il n'y a que madame de Bourgogne de ce voyage, Sa Majesté n'y voulant personne, pas même les princesses , pour éviter Tabus da gras. » (Lettre de la marquise d^HuxeUes, du 5 mars. )

venus attaquer une petite ville dans laquelle cotnmandoit M. de Ldsiendy ^ ot il avoit son régiment de dragons et deux bataillous ; qu^il avoit repoussé les ennemis^ qui y avoient perdu assez de inonde; mais le roi n^a point eu cette nouvelle.

Mercredi 5^ di Verêailleê. -^ Le roi, après le sermon^ alla tirer. Madame ne sera point du voyage de Marly y elle demeurera à Versailles ; diadame la duchesse de Bourgogne a demandé que madame de Yillacerf en fât^ et elle en sera. -^ Depuis que Julien a battu les fanatiques en Tivarais^ il n^en parolt plus en ce pays-là. Ils n'ont pai^ été assistés par les peuples de ce pays-là, comme ils s'en étdient flattés; ils y aroient brûlé cinq ou six églises «Tant qu'ils y eussent été battus. -^ Le chevalier de Coétlogon servira dans la Méditerranée sous le maréchal de Château-Renaud; c^est M. le comte de Toulouse qui a fidt le projet de l'armement de mer de cette année et qui a souhaité servir en Ponant. Saint -Pol armera quelques vaisseaux à Dunkerque qu'il commandera. — Par les nouvelles qu'on a d'Allemagne et de l'aveu des Hollandois même, on apprend que les mécontents de Hongrie continuent à faire de grands progrès , que le nombre de leurs troupes augmente tous les jours. L'empereur leur avoit fait faire des propositions d'accommodement où il Se îetàchoit de beaucoup dé ses prétendus droits; mais ces propositions n'ont point été acceptées.

Jeudi 6, A Versailles. — Le roi ditia de bonne heure etallaàMarly, d'où il ne lisvint qu'à la nuit. Monseigneur, qui est à Meudon depuis lundi , alla à Paris à Fopéra, et retourna coucher à Meudon. — Le marquis Palavicin*, Piémontois, qui a fait, la dernière bampagne, la charge de major général dans l'armée de M. de Vendôme, fut arrêté en même temps que les autres officiers des troupes de M. de Savoie; il donna sa parole. Le duc son maître lui ayant ordonné de revenir en Piémont, il lui manda qu'ayant donné sa parole il ne pouvoit pas songer à se

452 JOURNAL DE DAKGEAU.

sauver; M. de Saroie^ lui récrivit que s'il ne venoit pas le retrouver incessamment^ il s^attireroit son indignation et sur lui et sur toute sa famille. Palavicin^ ne voulant point manquer à sa parole ni servir plus longiiemps un maître qui le traitoit si mal et dont il avoit été une espèce de favori; a pris le parti d^abandonner ses établissements et un bien considérable qu'il avoit en Piémont; il s'attache à la France. Le roi lui donne 2,000 écus de pension et le fait maréchal de camp; il servira cette campagne ea Flandre. — Le roi a donné des commissions de colonel à Saint-Paul, à Clisson et à Séraucourt^ tous trois lieute* nants aux gardes ; il n'y avoit point d'exemple qu'on eût donné des commissions de colonels à des lieutenants aux gardes ; mais ce sont trois officiers de mérite que le roi est bien aise d'avancer.

* Ce Palavicin étoît un homme très-bien fait, de trente-cinq ou trente-six ans, point marié, de beaucoup d'esprit et de talents à la guerre , dont on n'a jamais bien démêlé Thistoire. Il avoit été fort bien avec M. de Savoie ; son père étoit grand écuyer, et sa mère dame d'honneur. On n'a jamais su l'occasion de sa désertion et encore moins si elle n*étoitpas feinte. 11 empauma le maréchal de Viiieroy, dont il futrhorame de confiance à Tarmée et même à la cour, jusqu'à ce qu'il fut tué. Peu d'autres se seroient fiés en lui.

Vendredi 7, à Versailles. — Le roi, après le sermon^ alla se promener à Marly. Madame la duchesse de Bourgogne, qui se porte mieux de son rhume, étoit au sermon. — Le roi a donné 2,000 livres de pension à Saint-Simon, ancien capitaine aux gardes , qui n^a point été fait brigadier. — Le maréchal de Viiieroy, qui est entièrement guéri de sa goutte , prendra mercredi congé du roi pour aller commander l'armée de Flandre; Monvielle, brigadier, fera la charge de maréchal des logis de Tannée , pnységur, qui la faisoit l'année passée, étant présentement en Espagne. — Un de nos armateurs a pris une frégate t[ue le roi de Portugal envoyoit en Angleterre pour presser les scîcoursd'hommes. (l'argent et de vivres, tels qu'on les

MABS 1704. 453

lui avoit promis , et l'archiduc, qui doit être arrivé présentement en ce pay»-là, ne mène pas la moitié de ce que le roi de Portugal demandoit, et qu'on lui avoit promis. — Le roi a donné au marquis de Glérembault, lieutenant général y une pension de 4,000 livres sur la cassette. — H. le maréchal de Tessé, qui avoit été malade durant un mois àMilan, est revenu à Grenoble, et M. de la Feuillade en est parti pour aller s'embarquer avec les troupes et les recrues qu'il mène en Italie.

Samedi 8, à Venailles. — Le roi alla tirer Taprèsdinée. Monseigneur revint le soir de Meudon, où il avoit passé la semaine, et il y retournera encore demain. — Les palatinats confédérés à l'assemblée de Varsovie ont conclu qu'il falloit déposer le roi de Pologne, qui avoit manqué à tous les pacta conventùy qui avoit fait des traités d'alliance avec tous les ennemis de la république. Le cardinal primat a déclaré que tous les Polonois étoient absous du serment de fidélité qu'ik kii avoient fait, que ses fauteurs et adhérents seroient regardés comme les ennemis de la patrie, qu'il falloit courre sus aux troupes saxonneset remercier le roi de Suède, qui les avoit aidés à les délivrer de la tyrannie de l'électeur de Saxe. Pendant que ces délibérations se prenoient à Varsovie, le roi de Pologne, revenu depuis quelques joui'S à Cracovie, ne songeoit qu'à s'y divertir; il a encore quelques palatinats dans son parti, mais en fort petit nombre. Le roi de Suède a écrit à l'assemblée de Varsovie pour l'exhorter à élire le prince Jacques Sobieski , moyennant quoi il leur promet soù amitié, de faire alliance avec eux et de faire sortir toutes ses troupes du royaume dès que le prince Jacques seroit affermi sur le trône. Le cardinal primat a fait publier l'interrègne.

Dimanche 9, à Jlfarly. — Le roi, après avoir entendu le sermon à Versailles, en partit pour venir ici. Monseigneur partit pour Meudon avec madame la princesse de Conty. Hesseigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry

454 JOURMAI^ DE D^NGEAU.

suiyicept le roi 4 Marly. Ibdame la duchesse ()a Boq^ gogne, qui vient toujours fo^ii lentement, y arriva un peu après eux. Madame et madame la duchesse d'Orléans sont demeurées ^ Versailles. Madame la duche^ est à Saint- Blaur avec M- le Duc^ et madiin^^ 4u Vaipo e^t daq^ son lit à Versailles pr^te d^aixîoucher. Les oourtisi^us ont eu urdre d^ ue point demander; il u'y a ici que Te service et les quatre capitaines des g^de3 du porps, paroe que le roi fait la revue de ses cpmpaguies demain et s^rèsdemain- U nV ^ ^^^ ^^^ ^^^ dame^ du palais et mesdames d^Heudicourt^ de la Vrillière et de Villacerf ; on ne sert qu'une table, un côté m^gre et Vautre gras. — Les jnécqntents de Hpngrie pnt toujours de grands succès; ils ont plus de cent mille hommes sous les armes, qu'ils ont séparés en plusieui*s corps* Us ont pris la forteresse de Montgats. On a la confirmation qu'ils sont maîtres d'Agria. Ils ont réduit par un long blocu^ la ville d'Hopmanstadt»en Transylvanie , et put pris des postes considérables dans la Moravie et dws la ^tyrie.

Lw%di 10, à Jfar/f/. — Le roi, après la messe, ajla, au haut de Mar^ly dans son parc , faire U revue de ses quatre compagnies de^ g^Pdep du corps et des grenadiers à cheval ; il les verrai eneore demain^ pt ils marcheront en Flandre à la fin de cette semaine- Le roi revint diner ici ^ son heure ordinaire, et se promena jusqu'à la nuit dans ses jardips. A sept heures il travailla avpQ |f. Pelletier, comme il a accoutumé de faire tou3 len lundis. Monseigneur, qui e^t À M^udon, $e fit saigner par pure précauticai. -~r U arrivai un courrier d^ M- de Yendânie qui apporte de ses lettres du 99 ^t de celles de M. le grand prieur du 37. If. de Vendj^e e^t toujoun^ à Ca^al, nos troupes dans de hpns qu^rtieFs; toute notre oavalerie sera remontée avant la fin du mois* V- de Siavqie, avec les troupes de l'empereur, n'a point ving^t-cinq mille hommes, et H. de Vendôme aura, quand M. de la Fcuillade Taura joint, soixante-dix^bataillons complets et cent

escadrom, M. le gn^Qd prieur doit avoir passé \ta^ Secchia le 6 ; il a dix-hyit bataillQD£i, quarpiate-^^pt compagnies de grenadiers et deuj^ n^ille pb/^v^ux. l\ marchera droit à }a Concorde, où les enneqqis ^'Qnt que deux cents hommes ; il ira ensuite attaquer Hevere ; on cf^git même que les ennemis ne Ty attendront pas^ parce quUls sont fort foit)]fss et qu'ils font tilep tous leurs bagages ver3 le bas du Pû.

Mar4i H y à Marly, — Le roi^ après 1^ messe^ ^la epicore lai^e la revue de ^es gardes du corps y vey'm\ d^nor à son heure ordinaire , se promena toute l'après-dlnée , travailla le soir chez |l. de Pontchartrain, comme ij fait tous les mardis, et ensuite donna une petite audience au maréchal de Villeroy. — On a des lettres de M. de Ma^'sin du ^k du mois passé; il étoit à Aug-sbourg, et M. 1 électeur de Bavière à Munich. Ils n^^At point songé à faire |pus les mouvements dont nous parloient les lettres qu^oii a reçues de Suisse. Nos troupps vivent en ce pays-là fort grassement, et il y est venu beaucoup de Françqls qui ^voient autrefois déserté. M. Tél^ecteur consent à la neutralité de Ratiabonne ^ pourvu qu'il ga^^de Ifi port^ dn Danube. Les ennemis ont fait faire te procès au f^omte d'Arco et au général Marçilly pour avpir mal défendu Brisach. Le comte d'Arco a eu U tète trauché^^ et le bouiv reau aca^ Tépée de Marsilly et lui ^^ ^ donné plusieurs cpups sur \^ tète. Us ont d^adé le lieutenant de roi pt 1^ major qui étoienf; soqs eux ; cette extrême sévérité a fort déplu ^ux ofQciers d§ l^nrs troupes, — |j'ordinairp d'Espagne ^ apporté des lettre^ d^ Ifadrid du ^9. Le mi d'EspagucT devoit partir de Madrid incessafURiept pour marcher ^ Farmé^^ et Ton a appris que l'infante de Portugal, que rarchiduc devoit épousçjr^ est morte à Lisbpnne.

MfTcre^i 12, à Marly. — Le roi tint conseil le ipatin à son ordinaire. Monseigneur y vint de M^udou^ où il retourna après avoir dîné avep le roi. En sorta)[)t de table

456 JOURNAL DE DAPîGEAU.

le maréchal de Villeroy prit congé de S. H. ^ qui alla courre le cerf dans son parc. Le soir^ chez madame de Maintenon^ H, de Chamillart travailla avec le roi jusqu*à neaf heures et demie^ comme il y travaille tous les mercredis. — Il arriva un courrier de Fabbé d'Estrées parti de Madrid du 4; il mande que lé roi d^Espagne partoit pour aller se mettre à la tète de son armée^ qui s'assemblera à Alcantara^ parce qu'on ne trouveroit point de subsistance du côté de Badajoz^ où il n'y a aucuns magasins. S. M. C. demeurera quelques jours & Aimeras^ où elle tiendra im grand conseil de guerre sur les entreprises qu'on pourra faire cette campagne sur les Portugais^ qui sont fort foibles. L'abbé d'Estrées suit le roi à l'armée. La reine est demeurée à Madrid. Il n'y avoit point d'argent pour faire partir le roi d'Espagne ; il a fallu que l'abbé d'Estrées lit trouver 200^000 écus sur son crédit, sans quoi il n'a\u*oit pu sortir de Madrid. Peu de grands suivent le roi^ mais les peuples témoignent beaucoup d'affection. L'amirante a fait imprimer un manifeste dans lequel il justifie mal sa conduite, mais qui est plein d'aigreur contre la France et contre le cardinal Porto-Carrero et don Emmanuel d'Arias.

Jeudi 13, à Marly. — Le roi alla tirer l'après-dlnée- Monseigneur, qui est à Meudon, y fit venir beaucoup de joueurs de Pari^. — On ne doute plus que nous n'ayons le dessein de faire les sièges de Nice et de Villefranche , et que c'est pour cela que M. de la Feuillade va se mettre en marche avec dix-huit bataillons et les douze mille hommes de recrue qui doivent ensuite* passer à l'armée de H. de Vendôme. Le marquis de Roye avec 'ses galères bloquera ces places par mer, et il seroit malaisé que M. de Savoie les secourût ; les neiges qui sont dans les montagnes en rendent les chemins impraticables. — Le roi a donné à Preichac, gouverneur de Schelestadt, la charge de sénéchal d'Àrmagnac, vacante par la mort de M. de Haumont , ancien mestre de camp de cavalerie.

— Le marquis de la Baume, fils du maréchal de Tallard^ épousa les derniers jours du mois passée au château du Boutheon-en-Forest^ la fille unique du comte de Verdun, qui est une héritière extrêmement riche, mais à qui on ne donne présentement que 8 ou 10,000 livres de rente. Les mariés sont cousins germains, et ce mariage, qui étoit résolu depuis fort longtemps, finira de grands procès qu'il y auroit eu entre les deux maisons. Le maréchal de Tallard, qui est allé en ce pays-là, sera à Versailles samedi au retour du roi.

Vendredi 14, à Marly. — Le roi alla Taprès-dinée à Saint-Germain voir le roi et la reine d'Angleterre , et le soir, à son retour, il fit chez madame de Haintenon une loterie de beaucoup de bijoux pour les dames. — On croit l'archiduc arrivé en Portugal; mais s'il n'y étoit pas encore , comme cela est très-incertain , sa flotte pourroit bien être écartée une troisième fois par les furieux vents qu'il fait. — Hesseigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry , qui souhaitoient passionnément de faire cette campagne, demeureront ici cet été, dont ils sont trèsafBigés; cela n'est pas encore public. — Le roi a fait lever en Savoie un régiment de deux bataillons, dout on a fait colonel Monmège, qui étoit lieutenant dans le régiment du roi et qui est parent de M. de la Feuillade. — Le roi crée dans chaque parlement du royaume une nouvelle chambre qui jugera souverainement toutes les matières qui alloient à la table de marbre, et de là par appel au parlement. Les tables de marbre subsisteront toujours avec pouvoir de juger des affaires de l'amirauté et des eaux et forêts , mais on appellera en dernier ressort à ces nouvelles chambres. — Il s'est formé une compagnie composée de François et d'Espagnols qui s'engagent à habiller et armer quarante mille hommes des troupes d'Espagne. Les manufactures de Languedoc fourniront les étoffes, et les armes seront prises en Forest, sans que Titon s'en mêle, qui les fournit aux troupes de France.

4^ JOURJSAL P£ QAliGEAU.

Samedi 16, à Versailles, — Le roi ^ en sortant àe la inegse à Marly^ alla courre le oerf dans son pu*c et se promena toute la journée n^algré le vilain temps, lladaoïe la duchesse de Bourgogne, qui est fof?t enrhumé^ ^ eut un peu de fièvre hier; elle se porte beaucoup |ni^ux aujouj> d'hui. Monseigneur revint ici de Meudon- Durant 1^ voyage de Marly, madame la duchesse de j^urgogoe, après avoir dîné avec le roi^ entroit chez madame de Uaintenon avec toutes ses dames ; on y lisoit jusqu'à cinq heures la vie de sainte Thérèse et le sire de Joinvillis;, ^ puis elle jouoit jusqu'au souper. — U y a den^ m^iéchaux de camp nouveaux déclarés , Monroux^ qui servira sous M. de Tallard^ et Boham, qui servir^ sou^ le maré^ chai de ViUeroy ; ils sont tous deux très*anciens l)rigadieirs d'infanterie. Monroux est Savoyard^ et son père avoit été gouverneur de M. de Savoie. Boham a été longteo^ps colonel du régiment du Maine et commandoit la cam* pagnt dernière les François qui étoient dans Gue)dres sous un gouverneur espagnol. — M« 1^ Duc^ qui n'avoit point eu de premier gentilhomme de ^a phamhre depuis la mort de M. de MoreuiU ^ choisi pour remplir cette place le comte d'Ëspinac^ qui a été sous- lieutenant fies gendarmes Dauphin et qui ne s'est engagé qu'après que le roi l'a assuré que cela lui feroit plaisir ; il aura 2,000 écus d'appointements et beaucoup de liberté, car M. k Duc ne veut point contraindre les gens qui sont à lui.

Dimanche 1 6, jour des Rameaux, à Versailles. — Le roi et toute la maison royale assistèrent à toutes les dévQtions de- la journée et ne sortit point — Le roi $i choisi Moriac, capitaine de carabiniers, pour acheter le régi* ment de Courlandon. D'EsclainviUiers cède son régi* ment à son fils qui y étoit capitaine, et p^^i de MaurQf sera pour son lieutenant-colonel ; il n'y avoit que ces trois régiments de cavalerie de gentislhommes à ven^^^ par la promotion de ceux qui ont été faits maréchaux de camp dans rarmrc (ritalie. Le roi a fait Saint- Lau-

MAKS «704. 4&9

rent lieutenant général; U étoit très-ancien maréchal de camp; et Prince j trè^ancien brigadier, a été fait n^aréchal de camp. Puyguyon, qui vient de vendra 1® régiment de Boip^gogne, a été fai|; aussi marécl^al de camp. — Il y aura on^ lieutepants généraux qui serviront cette année d^u^ Tarmée de H, le maréchal de VUleroy, savoir : Quiscardj Gassiou, Ârtagnan, gouverneur d'Arras; les ducs de Roquelaure, ^e Luijpembpurg, de Villeroy et de Charost; MM. de UanOourt, d'Alôgre, de Caraman et d'Antin. On laissera M. d^ Ximanès pour commander dans Namur^ M. de Gacé dans Anvers^ M. de Caylus dans Louvain et le comte de la Motte à Bruges. Nous aurons une armée sur la Moselle, qui sera considérable, commandée par M, de Coigny, qui aura pour lieutenant& généraux §ous lui MM. de Locmaria, de Surville et le marquis de Gramont ; il aura un intendant et un train d'artillerie qui sera commandé par le petit des Touches.

Lundi t7t à Versailles. — te roi alla tirer l'après-dluée. Monseigneur alla à la petite écurie voir ses chevaux. Madame la duchesse de Bourgogne est mieux de son rhume. — Le rqi a fait trois lieuti^uants généraux et trois maréchaux de camp dans Tarmée qu'il a en Bavière. Les trois lieutenants généraux sont ; MarjvauJt, Cheyladet et Chamarande ; les trois maréchaux de camp sont i 1^ marquis de Levis^ Bouzoles et Fontb^ausard. — U arriva il y a deux jours un courrier du siqur Orry*, qui écrit à sa famille pt à ses amis pour se justifier; sa femme vint hier apporter une lettre à M. de ChamiUaft. U prétend qu'il a tenu tout ce qu'il avoit promis , qu0 les magasins de vivres se tx*ouveront comme il en avoit assuré et qu'il n'y a que les fourrages qui pourrqut manquer. U mande que toutes les troupes sont payées^ et^ si on l'en croit, tout va à merveille en ce pays-là ; mais on a plus de foi en ce qu'ont mandé M. dePuységur etM. Tabbé d'Estrées qu'en ce qu'il écrit; il seroit è souhaiter qu'il eût raison. -*> Le roi a donné à M. le comte de Verue

13^000 livres par an sur les confiscations de Savoie jusqu'à ce que la paix soit faite. — On apprend de Rome la mort du cardinal Noris^ qui laisse un treizième chapeau vacant; c'étoit un augustin qui s'étoit élevé par son savoir. — Les nouvelles qu'on a des mécontents de Hongrie sont que depuis qu'ils ont pris Czakenthum et Canise ils font des courses jusqu'aux portes de Gratz, et qu'ils ont obligé le général Heister^ qui étoit venu pour défendre le passage de la Leitha^ à se retirer^ et qu'il est venu se mettre sous Vienne avec les cinq mille hommes qu'il commande.

^ Orry et madame des Ursins s'étoient intimement liés, lui , saitant son autorité, pour faire sa fortune, elle pour être maîtresse des finances et des affaires, et tous deux pour ne souf&ir qui que œ fût en tiers et partager le gâteau. Il ayoit de Tesprit et de Thabilété , encore plus de friponnerie et d'impudence. Avec lui tout étoit toujours prêt, sans que quoi que ce soit le fût^ et il n'avoit pas honte de promettre aux généraux ce qui deux heures après se vérifioit sans nulle existence. Le déchet du crédit de madame des Ursins en notre cour fit le sien ; les plaintes ou plutôt les cris furent écoutés, et c^est ce qui le mit dans une si grande peine.

Mardi 18 ^ à VerMÙlUs. — Le roi alla se promener à Marly; Monseigneur y alla aussi; ils n'en revinrent qu*à la nuit. — Le roi avoit donné le matin une audience particulière à un envoyé de Gènes , que la république avoit fait partir pour demander la liberté de quelques Savoyards que le duc de Turcis avoit pris sur les États de la république. Cet envoyé apprit à Lyon que le roi avoit déjà fait mettre ces prisonniers en liberté, et il eut ordre de ses maîtres de continuer son voyage ici et de changer ses plaintes en remerclments. — M. le grand prieur, qui de voit passer la Secchia le 6, en a été empêché par le débordement des rivières; mais les eaux commençoient à s'écouler, et il compte de pouvoir exécuter son dessein le 9. Toutes ses mesures sont prises pour cela avec Saint-Frémont, qui conmiande à Modène et qui marchera jusqu'à la Bastia et joindra M. le grand prieur

AlARS 1704. 46 1

à la Concorde. Nous y aurons dix pièces de canon de batterie avec quoi l'on compte de renverser aisément les nouveaux retranchements que les ennemis ont faits à Révère^ et on croit toujours ici qu'ils ne s'opiniàtreront point à défendre ce poste^ qui leur est pourtant d'une grande cons^uence. — Outre les trois maréchaux de camp que nous apprîmes hier qui avoient été faits en Bavière, nous avons su aujourd'hui que le roi avoit fait ta même gr&ce à Bligny, qui étoit le plus ancien brigaciier^ et H. le Camus, son père, premier président de la cour des aides, en est venu remercier le roi. — M. le maréchal de Villeroy, en partant, a obtenu un brevet de colonel de dragons pour Saint-Geniez, un de ses aides de camp.

Mercredi 19, à Yereailles. — Le roi, à son lever, apprit que le duc d'Aumont étoit tombé en apoplexie la nuit à Paris; il étoit hier ici, au lever du roi, fort gaillard. Madame la maréchale de la Hothe demanda à S. M. le gouvernement de Boulogne pour le duc d'Humières, fils du second lit du duc d'Âumont et son petit-fils à elle ; elle avoit toujours cru que l'intention du duc d'Aumont étoit que ce gouvernement lui tombât après sa mort; mais le roi la désabusa et lui dit que depuis huit jours le duc d'Aumont lui en avoit parlé pour M. de VUlequier, son fils du premier lit. En entrant à ténèbres le roi apprit que le duc d'Aumont étoit mort à onze heures , sans que la connoissance lui fût revenue , et , en entrant dans son cabinet, il y trouva H. de Yillequier, à qui il donna le gouvernement; il y avoit déjà longtemps qu'il avoit la survivance de la charge de premier gentilhomme de la chambre. — 11 arriva un courrier de M. de Vendôme qui passa à Grenoble le 1 4'. M. de la Feuillade en partoit ce jour-là ; on ne doute point qu'il n'aille faire les sièges de Villefranche et de Nice ; il commencera par prendre le château de Montalvan, qui est entre e^s deux villes. M. de Vendôme pouri^ faire embarquer quelques troupes à Final

4eî JOimNAL DE DA^!IGEAU.

pont Tallfer joindre en cas qu'il en ait besoin. M. le maréchal de Tessé est à Gl^endble assez considérablemekit malade. — M. le maréchal de Tallal*dy qui revint samedi de Forest^ où il étoit allé poUr le mariage de son fils , A pris congé du roi ce soir pour aller commander Tarmée de sur le Rhin ; le roi lui a donné plusieurs audiences les jours qu'il a été ici.

Jeudi-Saint SÉO, à Vermillei. — Le roi fit la cérémonie de laver, les pieds aux pauvres et assista avec toute la maison t'oyale à toutes les dévotions de la journée. On chanta à ténèbres un Miêerérê que M. le duc d'Orléans a fait faire à Venise par le maître de la musique de Saint- Marc, qui fut très-bien exétuté et qui fut trouvé fort beau. Le roi, après son souper, retourna encore à la chapelle adorer le saint-satremetit. Monseigneur fit ses pftques de bon matin et revint servir le roi à la Cène, et accompagna le roi à toutes les dévotions de la joul*née. Madame là duchesse de Bourgogne fut habillée tout le jour, et quoiqu'elle eût été à toutes lès dévotions de la journée, elle ne se trouva point incommodée. '-^ La Vaupaliêre, lieutenant-colonel du régiment Royal de cavalerie, qui sert en Bavière, a l'agrément pour acheter le régiment de M. de Lévis, qui vient d'être fait ttiaréchal de camp ; c'est Bernières, major du régiment des gardes, qui a demandé au roi cet agrément pour la Vaupaliêre, qui est son frère. — On a donné au chevalier de Tessé un des deux régiments de milice qu'on lève en Savoie , qui sont de vingt compagnies, et tous composés d'officiers et de soldats savoyards. — M. le Grand avoit demandé d'aller demain à l'adoration de la croix après les princes du sang. 8. M. en Sortant de ténèbres dit à M. de Noailles d'avertir les ducs qu'il ne vouloit pas lui accorder cette grâce, lûais aussi qu'il ne vouloit plus que les ducs s'y trouvassent; ils étoient pourtant en possession d'avoir cet honneur-là après les princes du sang depuis plusieurs années*. Après ténèbres , le roi alla se promener'à Trianon, et y

dit à sa promenade que toutes les lettres qu'il recevoit d'Allemagne portoient que les mécontents étoient à deux ou trois lieues de Vienne en différents corps, que de dessus les remparts on voyoit les feux de leur camp à la droite et à la gauche du Danube ; qu'il n'entroit plus de wTes dans bette ville et que personne n'osoit en sortir, les inéconteiits étant maîtres de tous les postes des environs et n'y ayant point de troupes pour les combattre. — Plusieurs lettres d'Allemagne > qui vinrent hier à des marchands à Paris , p<»^nt qu'un parti de troupes saxonnes a pris auprèis de Breslau, en Silésie, le prince Jacques et le prince Alexandre, qui s'en alloient en Pologne et qui ye&oietit du duché d'Olo, qui est au prince Jacques ; cette nouvelle a été confirmée aujourd'hui jmr les lettres qu'ont reçties les mihistres, et il est étonnant que Tempereur ait permis qu'on arrêtât sur ses terres le prince Jacques, qui est son beau-frère. — On eut nouvelle qu'un dfes fils de M. l'électeur de Bavière étoit mort à Munich ; il n'avoit que huit ans et n'étoit pas l'alné.

* Ce n'étoit pas depuis plusieurs années, mais de tout temps que les ducs alloient à Tadoration de la croix immédiatement après les princes du sang et qu'ils les sulvoient en toutes les cérémonies. Le roi, élevé et habitué par ses ministres à tout abaisser, ôta peu à peu toutes les oérémonies qu'il put , et estropia le peu qui restèrent. 11 se servit des disputes de rang qu'il trouvoit, et sur lesquelles il défavorisa toujours les ducs, dont la dignité lui étoit odieuse par son antiquité et ses prérogatives^ qui ne venoient pas de lui , par tes brèches qu'il y faisoit pour ses bâtards , et à leur occasion pour les princes du sang, qu'il dédommageoit de ceux-là aux dépens des ducs, pour ses ministres, pour eeux qui étoient ou qui faisoient les princes étrangers , que madame de Maintenon favorisoit , ou d'autres crédits auprès de lui , et par Tamikm qu^on avoit pour eeux à qui on sent qu*on fait injure et injustice. 11 annoit M. le Grand sans savoir pourquoi, dont la fadeur pour loi, en contraste avec sa brutalité et sa stupidité pour le reste du monde, hii plaisoit. l\ lui savoit gré d'avoir cédé de bonne grâce à Fentreimse nouvelle sur la quête. 11 n'avoit ni M. de la Rochefoucauld, retiré les jours saints aux loges de Saint-Germain, ni aucun duc pour lora, dont la moue et l'air triste lui pût déplaire. 11 savoit leur

464 JOURNAL DE DAIVGEAU.

peu d'union , de courage et de fermeté , et il leur donna par un valet à gages tel qu'étoit M. de Noailies ce beau change du refus de la demande inepte et sans exemple de M. le Grand, pour leur ôter une possession de tout temps et la seule cérémonie subsistante à leur avantage.

Vmdredi'Saint ^i, à Versailles. — Le roi et toute la maison royale assistèrent à toutes les dévotions de la journée , et au sortir de ténèbres S. M. s'enferma avec le P. de la Chaise , comme il fait toujours la veille des jours qu'il doit communier. — Le roi a donné à madame de* Mailly Tappartement qu'avoit le duc d'Âumont et à la duchesse de Brancas l'appartement qu'avoit madame de Mailly. — Madame de Lyonne*, veuve de M. de Lyonne, secrétaire d'État^ mourut à Paris; il yavoit longtemps qu'elle ne paroissoit plus à la cour et qu'elle menoit une vie fort retirée à Paris. — Le roi prendra le deuil du fils de M. de Bavière et le portera quinze jours; Monseigneur et monseigneur le duc de Bourgogne le porteront plus longtemps. — Il arriva un courrier de H. le grand prieur, qui s'est rendu maître de la Concorde. La garnison, qui étoit composée de trois cents hommes de mauvaise milice hongroise qu'on appelle des Tolpaches, abandonna la place avant qu'elle fût attaquée; le comte d'Estrades avec deux cents dragons les joignit à deux milles de la Hirandole, en tua quatre-vingts et prit le reste. On n'a pas pu aller à Révère; les ennemis coupèrent les digues du Pô, qui a inondé tout ce pays-là, et ils ont sauvé Révère comme ils sauvèrent Ostiglia l'année passée.

* Madame de Lyonne étoit Payen, d'une bourgeoisie de Pans, veuve en 1671 du plus habile ministre qui ait été en place du dernier règne. Il étoit secrétaire d'État avec le département des afifoires étrangères et ministre d'État , et si connu qu'il est inutile de s'y étendre. Sa mère , qui étoit Servien , lui valut sa fortune par Falliance du surintendant Servien. Son père, veuf de bonne heure, quitta sa charge de conseiller au parlement de Grenoble et se lit prêtre. Ln sainteté de sa vie, qui I éleva à Tévêché de Gap, l'empêcha de profiter de la fortune de son ûls , et lui fit refuser l'arcbevc^elié

d'Ambnin, qui fut donné à M. d'Aubusson, mort évéque de Metz, qui avait été nommé à Gap dans la pensée que l'autre accepteroit Ambnm. M. de Lyonne crut se £ure une longue santé par la diète de Comaro, dont le livre faisoit du bruit. U Tentreprit , et en mourut au grand malheur de TÊtat. Sa famille tomba en confusion et en misère ; son fils, survivancter de sa charge, fut congédié et fait maître de la garde-robe, dont il ne fut guère en état de faire de fonction , et laissa un fils mort jeune sans postérité de la servante d'un cabaret de Phalsbourg, qu'il avoit épousée et dont il ne put faire casser le mariage; deux autres fils d'église, qui en épuisèrent les extrémités, Tun accablé des plus riches bénéfices et rois en tutelle par Tindigne usage qu'il en faisoit sous Houiot, fils d'un procureur de Paris, qui vendoit toutes les collations de Saint-Martin des Champs et qui d'ailleurs étoit un si dépravé misérable que toute la faveur de Pontchartrain et du P. le Tellier Téunis, auxquels il s'étoit vendu , ne put arracher un évéché du roi , que la Constitution et tout ce qu'il y commit de crimes lui fit depuis trouver à Boulogne. Cet abbé de Lyonne, son pupille, tenta un autre remède encore plus étrange que son père, qui pourtant le mena plus loin. Il buvoit tous les jours de sa vie dix-huit à vingt-deux pintes d'eau de rivière , aussi ne vaquoit*il à autre chose apr^ avoir été fort débauché en sa jeunesse. Son frère fut missionnaire aux Indes, et fort connu sous le nom d'évéque de Rosalie dans les fameux démêlés des missions étrangères et des jésuites ; il mourut à Paris. La maréchale de Cœuvres, dont le cardinal d'Estrées avoit fait le mariage avec son neveu , depuis duc d'Estrées , pour faciliter sa promotion , vécut peu , et ses epfants n'ont point laissé de postérité. Tel est la triste et rapide fin de celle des ministres pour la plupart. Madame de Lyonne étoit une espèce de folle avec beaucoup d'esprit et de hauteur, qui se seroit fait craindre avec un peu plus de mesure et de bien. Elle mangea promptement tout, et passa sa vie dans la dernière indigence et dans l'apparent mépris de tout, et mourut à la fin dans la piété depuis plusieurs années (1).

(1) « 3 mars, — Hier madame de Lyomie, étant allée de soa pied cliex M. de Rhodes à son ordinaire, car troussée jusqu'à la ceinture elle ne marche point autrement à Paris, fut surprise d'une douleur de tête violente, et tomba en perte de connoissance. On la renvoya dans te preiruer carrosse à BellecfaasM, où elle loge ; on ne sait point ce qui en est arrivé, ô mars — Madame de Lyonne est tombée dans le mal qu'elle a , qui donne encore sujet (J*apprél)ender pour sa vie, quoique la cqnnoissance lui soit revenue par un exchi de colère contre les jésuites d'alionl et le pape ensuite , disant la ra^e dViiv tous les jours. Elle s'est i)orlée même à écrire contre la Société. 7 mars, — Mailnme do Lyonne fn reviendra si elle se modère sur Confucius , les jé- T îx. 80

Samedi 23t, à Versailles. — Le roi alla à dix heures' faire ses piques à la paroisse et toucha plus de douze cents pauvres au retour. L^après^Unée, A cinq heures , il entendit compiles dans la tribune avec toute la maison royale. Madame la duchesse de Bourgogne fit ses pàques 4 la paroisse. Monseigneur courut le loup, et après complies il soupa chez madame la princesse de Conty. — Il arriva un courrier de M. de Vendôme ; M. de Ghamillart^ qui étoit à TÉlang, en vint apporter la nouvelle au roi chez madame de Maintenon et puis retourna à FÉtang. Ces nouvelles sont que M. de Vendôme avoitfait attaquer par M. d'Estaing le chAteau de Robbio, qu'il avoit emporté Tépée A la main ; la garnison étoit composée de cent cinquante hommes, qui ont été faits prisonniers de guerre. Un capitaine du régiment de Piémont, qui mérite bien qu^on sache son nom et qu'on ne nous a point nommé encore, marcha A peu près en même temps A Rosasco; la garnison en sortit dès qu'elle vit paroltre nos troupes, qui n'étoient pourtant que cent ou six-vingts hommes ; mais M. de Vaubonne, un des généraux ennemis, s'étoit approché de la place avec deux ou trois cents dragons, Notre petite infanterie marcha A eux la baïonnette au bout du fusil, les enfonça, les fit fuir et puis se rendit maître du chAteau. M. de Vaubonne, A qui il arriva quelque infanterie, le voulut reprendre; mais nos gens se défendirent si bien qu'après leur avoir tué assez de

suites et les préventions où elle est que le pape est trop partial. 13 mars. — Madame de Lyonno n'est pas en bon état, étant tombée en enfance et n'ayant de raison que par intervalle. M. le curé de Saint-Sulpice lui a refusé les sacrements sur ce qu'elle n*a pas voulu se dédire du pai)e et des jésuites; , car il voiilolt qu'elle fit une satisfaclion comme publique, soit au P. Bourdalouc ou au P. Gaillard. Elle a maintenu jusqu'au bout qu'elle avoit la conscience en repos; le P. Séraphin la confessoit, et elle a non -seulement de bouche, mais par écrit, eu de l'emportement. 14 mars.— M. le curé de Saint- Sulpice s'excuse et dit avoir représenté à madame de Lyonne ce qu'il croyoit qu'elle devoit faire, mais non refusé les sacrements. » (Lettres de la marquise d'ifuxelles.)

monde et même un officier considérable parmi eux ils obligèrent M. de Vaubonne à se retirer et -demeurèrent maîtres de la place. Ces deux châteaux de hobbio et de Rosasco sont au delà de la Sesia ^t sont du Novarois. Les ennemis^ qui n'avoient que ces deux postes-là, sont tout à fait rechassés du pays qui est au roi d'Espagne, où ils prétendoient par ces deux postes pouvoir établir de grandes contributions. — On apprit que Tarchiduc étoit arrivé en Portugal le 7 de ce mois avec trente vaisseaux de guerre et trois cents bâtiments de charge ; ils disent quils ont douze mille hommes sur ces bâtiments^ mais nous croyons qu'ils n'en ont que sept.

Dimanche 23, jour de Pâques , à Versailles, — Le roi et toute la maison royale assistèrent à toutes les dévotions de la journée ; il dîna à son petit couvert, quoiqu'il ait accoutumé ces jours-ci de dîner en public. — Voici la liste des bénéfices que le roi donna hier; il n'y avoit point d'évéchés vacants : l'abbaye de Saint-Evroul au comte de Reckeim; l'abbaye de la Grâce de Dieu à Vévèque d^Angouléme ; l'abbaye de Corneville à l'abbé de Chàteaumorant ; Tabbaye d^Orbay à l'abbé de Montsoury ; Tabbaye de LangleàTabbé de Sainte-Hermine; Tabbaye de Bellefontaine à l'abbé de Druy; l'abbaye de Saint- Lambert à l'abbé de la Bastie; le prieuré de Saint- Symphorien à Fabbé de Senevoy; l'abbaye de Bonlieu à madame de la Grange d'Espoisses; l'abbaye de Notre-Dame de la Règle à madame d'Aubusson et l'abbaye de Fontenelle à madame d'Escourouez. — Il est arrivé ce matin un courrier d'Espagne qui confirme l'arrivée de l'archiduc à Lisbonne j notre ambassadeur en partit le lendemain. Un vaisseau anglois de soixante et dix pièces de canon périt en entrant dans la rivière sans qu'on en pût rien sauver; il périt aussi quelques vaisseaux marchands, mais on en sauva les équipages. Tous les magasins que nous devions avoir sur la frontière doivent être en l'état qu'on le désire pour la subsistance de notre armée. —

468 JOURl^AL DE DANGEAU.

On a eu de mauvaises nouvelles des Cévennes ; il y a eu une action malheureuse où nous avons perdu vingt officiers et cent cinquante hommes des troupes de la mai'ine.

Lundi 24. , à Versailles. — Le roi alla tirer l'aprèsdlnée. Monseigneur alla se promener à Meudon et revint pour le souper du roi. — Le capitaine de Piémont qui a fait la jolie action à Rosasco se nomme Champignelle ; le roi Fa fait chevalier de Saint-Louis et lui donne une pension. Le lieutenant qui étoit avec lui a été fait chevalier de l'ordre de Saint-Louis aussi^ et on lui a donné une pension un peu moindre; ils n^avoient pas soixante soldats avec eux k cette affaire-là. — On a des nouvelles par différents endroits y entre autres par des correspondants que nous avons à Dantzick ^ qui mandent du 26 février que le prince Ragotzki a battu et défait entièrement le général Truchses, qui ayoit avec lui trois régiments de cuirassiers de Tempereur; il leur a pris trente-deux étendards , seize pièces de canon , tout leur bagage et le général même. L'affaire s'est passée auprès de Hongats. — M. le duc de Mantoue est parti de Casai pour venir en France ; on croit qu'il pourra faire quelque séjour à Charle ville , qui est à lui , avant que de venir à la cour. — Le courrier qui arriva hier de Madrid a dit que la reine d'Espagne avoit eu une violente fièvre , qu'on l'avoit saignée dupied^ mais qu'elle étoit fort soulagée quand le courrier est parti; qui étoit le samedi 15 de ce mois.

Mardi 25 ^ à Versailles. — Le roi vit à trois heures^ dans la cour^ les deux compagnies de ses mousquetaires qui partent jeudi pour aller en Flandre; il en reste toujours un détachement à Paris. Le roi les vit passer en revue de dessus le balcon qui est au bout de sa petite galerie; Monseigneur, messeigneurs ses enfants et madame la duchesse de Bourgogne étoient avec lui. Le roi alla ensuite k la volorie pour la première fois de l'année, et Monseigneur alla à Chaville avec madame la princesse de Coniy. Le matin , avant que d entrer au

conseil, le roi appela madame la maréchale de la Motbe^ qui vient presque tous les jours lui faire sa cour, et lui dit : « Nous nous sommes si bien trouvés de vous dans la charge de gouvernante des enfants de France que vous ne pouviez pas douter que nous ne vous la continuassions avec plaisir ; mais comme vous pouvez être incommodée quelques fois , j'ai cru que vous ne seriez pas fâchée que je vous donnasse, pour vous soulager dans les fatigues que donne cet emploi , madame la duchesse de Ventadour*, votre fille. » Le roi a choisi pour sous-gouvernante madame de la Lande, qui a été nourrie à Saint-Cyr et pour qui madame de Maintenon a toujours eu beaucoup d'amitié. Madame d'Hoquincant sera première femme de chambre.

' Il y avoit longtemps que madame de Ventadour et le maréchal de Vilieroy, son plus que bon ami d'ancien jeu , travailloient à cette surmance. Depuis quelques années elle s'étoit£ait dévote, et les converties Tonportoient de bien loin auprès Qe madame de Maintenon sur les vierges ou sur les femmes qui n'avoient eu qu'un ou deux maris. Elle avoit quitté Madame pour ranger toute pierre de son chemin, et à la fin elle réussit Sa joie en fut jusqu'à la dernière indécence , et la doulear de sa mère ne la fut guère moins. Elle n'avoit jamais voulu rien entendre là-dessus, de sorte que cela se fit à son insu, et qu'elle en fut outrée comme une vieille qu'on met en tutelle et à qui on ne laisse que le nom. Aussi, avec le peu d'esprit qu'elle avolt apporté au inonde et l'amour de l'esclavage , commençoit-elle à radoter. Ce forint tous apanages dont sa fille devint pleinement héritière.

Mercredi 26, à Versailles. — Le roi alla Faprès-dlnée se promener à Marly, où il fait toujours faire quelque chose de nouveau ; il y aura plusieurs logements d^augmentation qui seront prêts pour le premier voyage. — Le roi donna à Tabbé de Dromesnil la charge d'aumônier de cpiartier qu'avoit Tabbé de Yaubecourt, nommé à Févéché de Montauban, dont les bulles sont arrivées de Rome, n y a eu quelque difficulté à obtenir ces bulles, parce qu'il aTabbaye d'Ainay dans Lyon, qui demande résidence ; on lui a donné une dispense pour posséder

470 JOURiNAL DE DAI^GEAU.

ces deux bénéfices, qui sans cela auroient été incompatibles. L'abbé de Dromesnil est parent proche de M. de Boufflers, et d'ailleurs c'est un bon sujet. — Le roi pria Madame de vouloir bien loger dans l'appartement de feu Monsieur, qui a toujours été Vide depuis sa mort, et l'on mettra dans Tappartement que quitte Madame l'enfant dont madame la duchesse de Bourgogne accouchera. Le roi prend le logement de M. le cardinal de Furstemberg, qui touche à celui de Madame^ pour y mettre madame la maréchale de la Mothe , et on ouvrira une porte de communication entre ces deux appartements. On donne le logement qu'avoit la maréchale de la Mothe dans l'autre aile à M. le cardinal de Furstemberg, qui l'a déjà eu autrefois. Le roi donna le matin une longue audience & madame la maréchale de la Motha et à madame de Ventadour sur toutes les dispoi^itions qu'il veut faire des petites charges de la maison de l'enfant de madame la duchesse de Bourgogne.

Je\idi 27, à YeT$aHle&. — Le roi alla se promener l'après-dlnée à Marly. Monsejgneur alla courre le loup dans la forêt de Marly ; messeigneurs les ducs de Boui^ogne et de Berry étoient avec lui. — Le roi manda au maréchal de Villars, qui étoit à Paris, de venir ici, et le roi lui dit à son coucher : a Je vous entretiendrai demain matin et vous donnerai vos ordres. » On croit que le roi le veut envoyer en Languedoc commander en la place du maréchal de Montrevel (1). — Le roi d donné le gouvernement de la citadelle d'Arras à Valcroissant, qui étoii gouverneur du fort de l'Escarpe près de Douai ; le gouvernement de la citadelle d'Arras vaquoit par la mort de Provenchèl^, qui avoit quatre-vingts ans passés. — lA. dé Reignac, qui

(1) < C'étolt pour aller cotninaDder dans les Cévennes contre les Camisards, ainsi nommés parce que dans la promière entreprise qolls avoient iaifee contre les receveurs de la capitation deux ans auparavant ils s'étoieal dé^iisés en mettant une chemise sur leur tête. » {iSote du duc de Luynes.),

commandoit Tannée passée dans Limbourg, où il fut pris prisonnier de guerre, a la permission de revenir ici pour trois mois en donnant sa parole de retourner en Hollande au bout de ce temps; le roi, qui lui a donné le commandement de Brisach il y a six mois , Ta fait maréchal de camp, et il espère être échangé avant que les trois mois soient finis. — Il y avoit eu quelques petits mouvements en Auvergne de gens qui ne vouloient pas payer la capitation ; M. de Polignac fit rentrer ces séditieux dans leur devoir, mais on craint encore qu'ils ne se remuent.

Vendredi 28 , à Versailles, — Le roi alla tirer Taprèsdiuée. Il donna le matin audience au maréchal de Villars, qui va commander en Languedoc, comme on l'avoit cru dès hier; M. le maréchal de Montrevel ira commander en Guyenne. On ne dit point encore ce que deviendra le marquis de Sourdis, qui y commandoit. — Quand Tarchiduc arriva à Lisbonne, le roi de Portugal envoya audevant de lui le marquis de Marialva, qui le traita de Mëyesté. Outre les sept mille hommes que l'archiduc a amenés avec lui , il assure que quinze vaisseaux hollandois qui le suivent sont accompagnés de plus de cent bâtiments de charge qui portent plus dç cinq mille soldats. — Le maréchal de Villeroy, qui est à Bruxelles , mande qu'il n'y a aucune apparence que les ennemis songent à mettre en campagne sitôt qu'on l'avoit dit, et il paroit même qu'ils craignent que nous ne les attaquions les premiers. Les officiers qui doivent servir dans Tarmée de ce maréchal ont ordre de s'y rendre le 15 du mois qui vient. — Le roi remet en liberté le comte de Walstein, qui étoit ambassadeur de l'empereur en Portugal et qui fut pris l'année passée par nos vaisseaux. M. de Saint- Olon le conduit de Bourges, où il est présentement, jusqu'à Strasbourg.

Samedi 29 , à Versailles. — Le roi alla l'après-dlnée à Marly et n'en revint qu'à huit heures. Monseigneur alla diner à Meudon, où il demeurera jusqu'au premier

472 JOURWAL DE DAJNGEAU.

voyage de Marly, qui sera jeudi. — Il arriva un courrier de M. le duc de Berwick^ qui est présentement à Alcantara; ses lettres sont du 19 au matin. On compte que nos troupes entreront en action à la fin du mois. Ce courrier a passé par Madrid , et la reine écrit du 20 au soir à madame la duchesse de Bourgogne que sa santé est entièrement rétablie. Plusieiu^ grands ont suivi le roi d'Espagne; il y en a même deux qui seront ses aides de camp. Le marquis de Mansera, qui étoit de la junte, n'ayant pu suivre le roi à cause de son extrême vieillesse, on a mis dans la junte en sa place le duc de Medina- Sidonia, qui est cavallierizo major. La reine ne demeure pas régente, mais elle a le pouvoir d'expédier les affaires pressées qu'on n'auroit pas le loisir d'envoyer au roi. On a trouvé le procédé du duc de l'Infantado fort extraordinaire; il partit de Madrid pour aller à une de ses terres quelques jours avant le roi et sans prendre congé de lui, et affecta d'y rentrer le soir même du jour que le roi en étoit parti. Le connétable vouloit suivre le roi à Tarmée, où il prétendoit avoir la même autorité que les connétables avoient en France; mais sa prétention n'a pas été trouvée raisonnable, et il n'a pas suivi.

Dimanche 30 , à Versailles. — Le roi alla à la vole rie, mais il faisoit un si vilain temps qu'il n'y eut point de plaisir. — M. le maréchal de Villeroy a assemblé soixante bataillons et soixante-quinze escadrons, qui sont campés à Waiseges et à Mierdorf ; mais apparemment ce n'est que pour raccommoder nos lignes que les ennemis avoient abattues de ce côté-là, et ils font des lignes aussi dans leur pays pour couvrir leurs places. — M. le duc de Brissac , qui est tombé plusieurs fois en apoplexie , a été obligé de vendre son régiment , et le roi en a donné

l'agrément à son lieutenantrcolonel, qui s'appelle —

Le roi de Danemark a signé un traité avec les Ânglois et les Hollandois; il entre dans la ligue avec nos ennemis, mais c'est à des conditions qui pourront dans la suite

produire un bon effet pour nous ; il demande quHls fassent entrer trente vaisseaux dans la mer Baltique et qu^on donne des troupes et de l'argent pour soutenir le roi de Pologne , ce qui apparemment choquera fort le roi de Suède, qui trouveroit plus d'avantage en se joignant à nous qu'il ne recevroit de mal des Anglois et des Hollandois. — Le bruit se répand que le roi d'Espagne^ n'étant pas content de l'abbé d'Estrées^ souhaite fort que le roi le rappelle et qu'on lui envoie un autre ambassadeur^ et on ne doute pas qu'on ne choisisse pour cet emploi le duc de Gramont, dont le nom, la maison et la personne sont fort agréables aux Espagnols. Ce fut M. le maréchal de Gramont, son père, qui alla k Madrid faire la demande de la reine Marie-Thérèse.

Lundi 31, à Versailles. — Le roi alla à vêpres et au salut. Monseigneur vint de Meudon pendant que le roi dinoit , et demeura% à vêpres ; on avoit remis la Notre- Dame parce qu'elle étoit venue dans la semaine de Pâques. Entre vêpres et le salut, le roi alla voir madame du Maine, qui venoit d'accoucher d'un prince que Ton appellera le duc d'Aumale. L'alné s'appelle le prince de Dombes et le second s'appelle le comte d'Eu , qui est une ancienne pairie du royaume qui fat renouvelée pour Mademoiselle et qui Fa été encore depuis pour M. le duc du Maine. — M. le duc de Savoie a eu quelques accès de fièvre dont il est guéri. Le baron Palavicin, qu'on avoit dit qui prenoit de l'emploi dans nos troupes et qu'on devoit faire servir de maréchal de camp dans l'armée de Flandre , avant que d'avoir reçu réponse de la cour sur les propositions qu'il avoit faites à M. de Vendôme , s'est raccommodé avec M. de Savoie et est présentement auprès de lui. — L'ambassadeur de Venise, qui est ici , se plaintpubliquement, de la part de la république, de M. de Charmond , notre ambassadeur, et montre l'original de passe-ports qu'il a donnés à des marchands qui faisoient sortir des sels des États de la république pour les porter

dans les États de l'empereur qui sont au bout du golfe de Venise sans payer les droits dus à la république. On ne sait point encore ce que M. de Charmond répondra pour se justifier de ces accusations-là, et Tambassadeur de Venise presse fort pour que le roi rappelle M. de Charmond.

Mardi V^ avrils à Versailles, — Le roi alla Taprès-dlnée se promener à Marly. Le soir S, M. dit au duc de Gramont qu'il Tentretiendroit demain après dîner, et cela fait encore croire davantage ce que Ton avoit dit avanthier, qu'on Tcnvovoit ambassadeur en Espagne. — Il arriva le matin un courrier de M. de Vendôme qui n'apporte aucunes nouvelles, à ce qu'on dit; il n'est venu que pour recevoir les ordres de la cour sur quelques projets pour la campagne. — Il arriva un courrier de M. deChàteauneuf, qui étoit notre ambassadeur à Lisbonne et qui étoit à Badajoz quand il a envoyé le 'courrier. 11 mande que les troupes de Portugal qu'il a vues sont très-mauvaises et en très-mauvais état. Il mande aussi qu'un vaisseau espagnol , richement chargé et venant de Buenos- Ayres, au lieu d^entrer dans le port de Cadix, avoit été poussé par la tempête sur la côte des Algarves auprès de Faro. On en fut averti à Cadix et l'on fit partir en diligence plusieurs barques armées, qui arrivèrent auprès du vaisseau échoué dans le temps que les Portugais de la côte se disposoient à l'aller piller. Les barques armées commencèrent par ôter du vaisseau For et l'argent et ce qu'il y avoit de plus précieux ; le vaisseau, n'étant plus chargé, se remit à flot, et on le ramena à Cadix sans qiie les Portugais pussent l'empêcher.

Mercredi 2, à Versailles. — Le roi prit médecine comnie il la prend tous les mois par précaution. Madame la duchesse de Bourgogne le vit avant que d'aller à la messe, et en sortant de la messe elle le vit encore; elle lui tint compagnie pendant son diner. A trois heures le roi se leva, entra dans son cabinet et appela le duc de Gra-

je

je

mont, qui en sortant d'avec le roi dit que S. M. Tenvoyoit ambassadeur en Espagne, que l'abbé d'Estrées y devoit demeurer pendant la campagne; cela n'empêchera pas le duc de Gramont de partir incessamment, parce qu'il veut suivre le roi d'Espagne â l'armée , et il ne prendra la qualité d'ambassadeur que quand l'abbé d'Estrées sera parti. Le roi a fort approuvé ce parti-là. — M. de Harlay, qui a été plénipotentiaire à la paix de Ryswyck, mourut la nuit à Paris; il étoit conseiller d'État ordinaire. Le roi fait monter en la place d'ordinaire M. Chauvelin, qui étoit le plus ancien des conseillers d'État de semestre, et donne à M. Fonçant*, intendant à Caen, la place de conseiller d*État de semestre. — Il arriva le soir un courrier de M. le maréchal de Villeroy, qui est campé à Waseges ; il fait raccommoder les lignes, et celles que les ennemis avoient abattues et celles que les pluies avoient éboulées. Il mande au roi qu'il enverra un courrier en cas que les ennemis fissent quelque mouvement pour le venir inquiéter, mais qu'il n'y a pas d'apparence qu'ils y songent.

* M. Foueaut s'est £aùt un nom dans la réptobli^ue des lettres pat le goût fin et cher de sa curiosité en médailles et en antiquités de toutes sortes, qu'il rechercha dès sa jeunesse. C'étdt un fort honuête bomme et qof ne (ht pas heureux en son flis.

Jeudi 3, à Marly. — Le roi partit de Versailles aussitôt après son diner pour venir ici. Monseigneur y arriva sur les six heures revenant de Meudon et avoit pris, en passant à Versailles, madame la princesse de Conty. Madame la duchesse de Bourgogne partit un peu après le roi ; elle ne vient qu'au pas depuis sa grossesse , qui s'avance toujours fort heureusement. Il y a plus de cinquante dames à ce voyage ici; la maréchale de Villars en est pour la première fois. Il y a beaucoup de logements d'augmentation. — Le roi assure à M. l'abbé d'Estrées* la première place vacante parmi les huit prélats associés à l'ordre du Saint-Esprit, comme il Tavoit promis au car-

dinal Porto-Carrero, qui a eu celle du cardinal de Bonzi. Il y a peu d'exemples d'abbés qui aient eu l'Ordre ; à la création on le donna à l'abbé des Chastelliers, qui étoit de la maison du Lude. Le roi dit le matin au duc d'Albe qu'il étoit très-content de cet abbé , mais qu'il avoit souhaité revenir de l'ambassade où il ne se croyoit pas en état de pouvoir servir utilement. Le duc d'Albe remercia le roi de ce qu'il avoit choisi le duc de Gramont pour cet emploi^ et assura S. M. que ce choix-là feroit grand plaisir * aux Espagnols. — Le maréchal de Cœuvres prit congé du roi le matin à Versailles, et va à Brest attendre M. le comte de Toulouse, qui partira A la fin de ce voyage.

* Tout concourut à faire à Tabbé d'Estrées cette grâce sans exemple : la petite envie de faire dépit à madame des Ursins et de mortifier le roi et la reine d'Espagne, qui, pour lui faire plaisir, avoîent insisté au rappel de cet ambassadeur; le crédit brillant alors des Noailles, joint à la considération du cardinal d'Estrées , et un dédommagement tacite au maréchal de Cœuvres de soumettre son bâton à M. le comte de Toulouse, qui, tout amiral qu'il étoit, ne lui auroit pas commandé s'il n'avoit été bâtard du roi. Le cardinal Porto-Carrero étoit l'unique exemple d'une place dans l'Ordre assurée d'avance avec la permission de le porter, et l'abbé d'Estrées eut comme le cardinal de Janson à attendre pour le porter que la place fût vacante. Mais ce qui étoit sans exemple étoit de le donner à un abbé, car l'abbé des Chastelliers, qui étoit Daillon et onde paternel du grand-père du duc du Lude, grand maître de l'artillerie, avoit été nommé à l'évêché de Luçon, puis à celui de Maillezais, dont le siège a été depuis transféré à la Rochelle , desquels il ne voulut point , et fut tôt après sa promotion nommé à Tévèché de Bayeux, qu'il accepta, et mourut en 1600; et depuis lui nul abbé, même nommé évèque, n'avoit eu l'Ordre. Ce qui acheva encore d'y déterminer le roi pour l'abbé d'Estrées fut qu'il s'étott déclaré qu*il ne le feroit point évéque, et que dans la nécessité où il se voulut croire de quelque récompense d'éclat pour lui il ne pou voit lui donner que celle-là.

Vendredi 4 y à Marly. — Le roi , après son dîner, courut le cerf dans son parc; Monseigneur et messeig'neurs ses enfants étoient à la chasse. — Il arriva hier au soir un courrier de M. de Vendôme, qui mande que toute notre cavalerie est présentement remontée, qu^il lui est déjà

arrivé quatre mille hommes des recrues qu'on lui a envoyés par mer^ qui sont bien habillés et bien armés. H. de Saint-Prémont^ qui commande à Modène^ a pris un chÀteau dans les montagnes du Modénois vers le pays de Gènes qui auroit pu soutenir un siège et aider à la communication des troupes ennemies qui sont sur la Secchia avec les troupes qu'on leur auroit voulu envoyer par mer. M. le grand prieur songe toujours à attaquer Révère , et il y doit marcher le 7 de ce mois; mais le roi lui a mandé de ne point faire cette entreprise à moins qu'il ne voie une sûreté évidente 'd'y réussir. — On mande de Rome que le cardinal Costaguti est mort ; il y a présentement quatorze chapeaux vacants dans le sacré collège. — Le chevalier de Hontrevel , mestre de camp de cavalerie ^ a vendu son régiment au comte de Montrevel^ son neveu, fils de celui qui fut tué à Nerwinde. — On mande de Hollande que le général Cohom , qu'ils estimoient le meilleur de leurs officiers, étoit mort à la Haye après une longue maladie.

Samedi 5, à Marly. — Le roi alla après diner courre le daim dans son parc avec les chiens de M. le comte de Toulouse. Monseigneur courut le loup dans la forêt de Marly et en revint avant la chasse du roi. — Lacroix, fameux partisan, partit de Yianden, dans le pays de Luxembourg, il y a quelques jours, avec deux compagnies franches qu'il commande, et alla s'embusquer à irente lieues de là entre Nuis et Cologne, et attaqua un bourg où il y avoit quelques troupes des ennemis qui n'éloient point sur leurs gardes; il en a tué quelquesuns, leur a pris soixante chevaux et tout leur bagage, et en revenant de là il a pris encore en chemin des charrettes chargées d'armes pour les troupes de M. de Brandebourg. 11 en a emporté tout ce qu'il a pu et a brisé le reste. Il est revenu à Vianden sans avoir perdu p€is un homme de sa troupe. Le roi lui fait présentement quitter ce piiys-là et l'envoie en Languedoc avec ses deux com-

pagnies de cavalerie et ses deux compag^ni^^ dUnfanteri^. — Le roi de Suèdp fait redemander à l'empereur les deux princes Sobieski , que le roi de Pologne a fait enlever en Silésie sur les terres de Fempereur, et l'assemblée de Varsovie est plus animée que jamais contre S. M. Polonoise depuis l'enlèvement de ces princes, et tous les palatinats qui sont joints avec le cardinal primat se joindront avec le roi de Suède pour se faire faire justice de cet enlèvement.

Dimanche 6, à Marly. — Le roi tint conseil le matin et se promena toute Taprès-dlnée ; Monseigneur suivit le roi à la promenade. — M. le Bret, premier président et intendant de Provence , a prié le roi de lui donner pour adjoint en cette intendance , ou du moins pour travailler sous lui, H. le Bret, son fils, qui étoit intendant à Pau, ce que S. M. lui a accordé. On n'a pas encore décidé si le fils aura le titre d'intendant ou s'il n'cQ fera que las fonctions; on epvoie à Pau en sa place H. Hélian, son beau* frère. — M. l'abbé de la Trémoille étant à Naples de la part du roi y il s'en retourne à Rome, où il est auditeur de rote. On envoie en sa. place M. des Alleurs, à qui pn donne 24,000 livres par an et 12,000 livres pour son équipage; le bruit se répand même qu'on pourroit bien l'envoyer plus loin et pour des affaires plus importantes que celles de Naples, mais cela n'est point encore déclaré. — M. le maréchal de Tessé a été considérablement malade à Grenoble, et les lettres qu'on avoit reçues du 30 faisoient croire que sa maladie étoit très-dangereuse ; mais par les nouvelles qu'on a eues aujourd'hui on le croit hors de danger. Il a môme écrit de sa main au ministre et à sa famille, et il y a des bruits que M. de Savoie lui a envoyé un homme de confiance pour faire des propositions d'accommodement; ces bruits-là ne nous paroissent pas ici bien fondés.

Lundi 7, à Marly. — Le roi eut un peu de dévoiement la nuit, ce qui l'empêcha d'aller courre le cerf, comme il

Tavoit ré^u; mais il se porta bien toute Taprès-dlnée et se promena dans ses jardins jusqu'à la nuit. — M. le cardinal de Furstemberg est assez malade à Paris depuis deux jourSj et comme il a près de soixante et quinze ans^ on craint que spn mal n'ait des suites fâcheuses. — Il arriva un courrier de M. de Vendôme. M. le grand prieur doit attaquer aujourd'hui Révère, et l'on compte que le çiége n'en sera ni long ni difficile. — M. le maréchal de YiUeroy a achevé de rétablir les lignes sans qu'aucunes troupes des ennemis se soient présentées pour troubler las travailleurs. Il est retourné à Bruxelles , a renvoyé toutes no6 troupes dans leurs quartiers , et a mandé que les offîpiers gépéraux qui sont encore ici y pouvoient demeurer jusqu'au 10 du mois de mai. — Les dernières nouvelles qu^on a de Pologne sont que le général Renschild a fij^ttaqué et battu les troupes que le roi de Pologne ivoit assemblées en partant de Cracovie. Peu s'en est fallu mAme que le roi de Pologne n'ait été pris; il marche audeyant d'uq secours que lui envoie le czar.

Mardi 8, à Marly. — Le roi se lève un peu plus tard ^'à l'ordinaire par complaisance pour son premier médecin; il pe se sent plus du tout de la petite incommodité qu'il eut hier, et il a couru le cerf après son diner. — M. l'évëque deHeaux, qui a soixante et dix-sept aps, est à l'extrémité à Paris. — Les propositions que l'empereur fi|isoit aux mécontents de Hongrie par l'envoyé de IIol- ^nde n'ont rien produit, ce qui i^ augmi^nté la consternation qui étoit déjà à Vienne. — Par les lettres qu'on a d'Espagne 4u 26 on apprend que S. M. Catholique étoit encore à Placensia, et le duc de Berwick avec l'armée & iUcantara. — Le roi donne à M* le duc de Gramont 20,000 écus pour son équipage , 5,000 livres par mois pour ses appointements et 12,000 livres par an en la place des franchises que les ambassadeurs n'ont plus à Madrid. — Le roi a donné au baron Spaar, qui a passé tout Tété dernier auprès du roi de Suède, 1,000 pisfoles

480 JOURJMAL DE DAJSGiîAI].

de gratification pour la dépense quUl a faite en revenant de Pologne ici.

Mercredi 9, à Marly. — Le roi fit Faprès-dlnée la revue de ses gendannes et chevau-légers, qu'il trouva plus beaux que jamais; ils partiront samedi de Paris pour aller en Flandre. — M. le cardinal de Furstemberg, quon croyoit hors de danger depuis deux jours, perdit toute connoissance l'après-dinée. — Le maréchal de Villars prit congé du roi l'après-dinée ; il emmène avec lui madame sa femme, et elle est partie de Marly avec lui. — La ville de Madrid lève à ses dépens un régiment des gardes pour la reine d'Espagne, à qui tous les Espagnols témoignent un grand attachement. — Le comte de Vernon, ambassadeur de Savoie^ a ordre de partir demain de Paris; H. du Liboy, gentilhomme ordinaire du roi, qui est auprès de lui depuis quelque temps , le conduira jusqu'à la rivière du Var, qui sépare la Provence du comté de Nice; M. Phélypeaux, notre ambassadeur k Turin, se trouvera là, et on en fera l'échange. Je crois qu'on a choisi cet endroitnlà comme un lieu qui est incontestablement frontière, au lieu que si on l'eût mené au Pontde-Beauvoisin, qui parolt la frontière la plus ordinaire, il y auroit eu de l'embarras , parce que nous sommes présentement maîtres de la Savoie, que nous né reconnaissons plus, par conséquent, comme un État appartenant au duc , et que le duc n'auroit pas voulu recevoir au mont Cenis , qu'il ne regarde pas lui conmie la frontière de ses États.

Jeudi 10, à Marly. — Le roi apprit à son lever que M. le cardinal de Furstemberg * étoit mort à six heures du matin à Paris (1); en même temps S. M. envoya

(1) « M. le cardinal de Furstemberg mourut hier an matin assez soudaine ment, puisqu'il n'y a point eu de sacrements, a ce que Ton dit; il est ^raiqa'oa ne le croyoil pas si mal la veille. On attribue sa mort à uo excès de colère d'avoir su le désordro. de ses aifaires, où il a voulu |)énétrer, n'ayant pas uo sol pour brûler seulement de la rire dans sa clmnibre. Knfm il meurt arrablé

AVRIL t7M. 481

Blouin f son premier valet de chambre ^ à M. le cardÎDal d'EstréeSy qui étoit ici dans sa chambre^ pour Jui dire qu'il connoissoit sa modération et que peut-être il auroit balancé à lui demander Tabbaye de Saint-Germain^ et qu'il la lui donnoit avec plaisir; cette abbaye est affermée 70,000 livres. Le petit marché et le préau de la foire ne sont pointcompris dans le bail, qui en valent encore 8,000 . M. le cardinal de Furstemberg n'avoit plus d'autres bénéfices en France; il en avoit eu plusieurs qu'il avoit donnés à ses neveux. Il étoit évëque de Strasbourg, dont M. Fabbé de Soubise est coadjuteur. Il avoit l'abbaye de Stavélo et de Malmedi, dont le prince François , frère de M. le duc de Lorraine , est coadjuteur. Il étoit grand doyen de Cologne. Le roi lui donnoit une pension de 2,000 écus par mois. Il avait des confiscations en Alsace qui valoient environ 20,000 livres. Il étoit prélat associé à rOrdre; Tabbé d'Ëstrées, qui avoit l'expectative de la première place, n'aura pas longtemps attendu. Il avoit soixante-quinze ans. — Il arriva un courrier de M. de Vendôme, qui mande que dix-huit cents hommes des ennemis ont fait une course dans la Savoie et ont attaqué le village de Chaumont, dans lequel nous avions un bataillon nouveau, dontMarsilly est colonel. Il s'est défendu à merveille, s'est retiré avec ordre en abandonnant le vUlage, et dès que les ennemis s'en sont éloignés il a repris son poste ; on a trouvé cinquante hommes des leurs tués et quinze officiers. — Le roi courut le cerf l'aprèsh

de créanciers, sans avoir de quoi se faire enterrer. Sa maladie a été un to-

misseroent On dit que ce paurre cardinal de Furstemberg paroissant un

peu revenu de son assoupissement, ce qui ne dura qu'un instant, M. de Strasbourg se récria disant : « Ah ! le bienheureux montent ! » Uo bénédietio, assistant le mourant, répondit : « Dites pour tous, Monseigneur. » On ne sait eooore aux dépens de qui la pompe funèbre se fait, mais elle est magnifique. Madame Dangeau a mené chez elle , à la Place, la comtesse de Furstemberg, assez mal voulue du public, mais qui ne laisse pas d'avoir une bonne pension de douze mille francs* » ([£Ures de la marquise d^Huxelles^ des 11 et 14 avril 1704. )

4êf JOURNAL T)R DAWGEAU.

dlfiée avec les chiens de M. le duc du Maine ; Monseigneur et messeigneuiM ses enfants étoient à la chasse.

* l<e cardinal de Fursteniberg a fait tant de bruit dans le monde et

a sa plaoe si assurée dans les histoires qu'il suffît de parler de ses

dernières années, qui» bien que sous la pourpre et dans un superbe

siège, sont pourtant assez obscures. Il avoit une nièce, née comtesse

de Wallenrod , comme ils parlent en Allemagne , veuve en pre*

Boières noms de François* Antoine, comte de la Marok, qui, malgré

l'inégalité du mariage de sa mère, que son père, ayant des fils , épousa

en secondes noces , ne laissa pas de succéder à ses frères, qui n'eurent

point de postérité ; mais avec un grand obscurcissement. C'étoit la

branche de [Lumaln], seul reste de la maison d'AItene ou d*Altem*

berg, dont les aînés ont eu les duchés de Berg, de Clèves et de Ju-

Utfs et le comté de la Marck. Une autre branche a été si considérable

en Franoe sous le nom de ducs de Nevers, fondus avec cette dignit

dans les Gonzague , devenus après leurs aînés ducs de Mantoue k-

et une autre branche encore a eu Bouillon , Sedan , Jamets , Rau^

court et autres fermes que le vicomte de Turenne sut mettre dans sss.

maison, et fut fait maréchal de France par Henri IV pour épousera

œtte héritière , dont il conserva tous les biens par la même protectioo

sans en avoir eu d'enfisuits. Cette comtesse de la Marck eut des enfants:

de ce mari, qu'elle|perdit de bonne heure , dont Tun est aujourd'hui 1»I m.

comte de la Marek, chevalier du'Saint-£sprit, lieutenant général et quL#|p>

a été ambassadeur en Suède et employé en diverses cours. Dès ce pre-^^-vt

mier mariage , on parloit fort d'elle et du cardinal , lors le P. Ëgon £k<

et la vérité est que ce comte de la Marck, chevalier du Saint-Esprit, lu^^l^

ressembloit scandaleusement. Il la remaria à un comte de Furstem mtmm^

berg, fils de son frère, et ont depuis toujours vécu ensemble sou&b-*^

même toit. Le neveu la laissa encore veuve et plus libre. Cétoit im»

belle femme et d'esprit, mais grande, grosse et forte comme un Suisse^ ^

haute merveilleusement, d'une prodigalité sans mesure en tout, ew

qui jouoit sans cesse le plus furieux jeu du monde. Elle dominoît U

cardinal avec un tel empire qu'elle Tefflsiçoit dans sa propre maison ,

et quoiqu'il jouit de plus de 500,000 livres de rente , elle le mina si

parfaitement qu'il passa les dernières années de sa vie huit et dix mois

et souvent plus , à l'emprunt du château de la Bourdaisière , près de

Tours, qui étoit à l'auteur de ces Mémoires, avec huit et dix valets » et

chacun leur poulet. Ce fut elle qui flt^ avec madame de Soubise le

marché de la coadjutorerie de Strasbourg , et qui conserva ainsi une

grande considération à la cour, où elle venoit assez peu, et ne parois-

soit guère debout au souper que le roi ne cherchât à lui dire quelque

chose. Il échappoit quelquefois au cardinal des gémissements secrets

AVtllL 1704. 483

de sa captivité et de sa raine , mais il mourut dans ses fers. On voyoit bien encore qu'il avoit été fort beau ; hiais qu'il eût été un politique et un personnage si considérable , on ne pouvoit s'en apercevoir. L'âge , Taccent et la pesanteur naturelle cachoient apparemment ses talents, que les connoisseurs prétendoient y retrouver encore en le recherchant.'Après avoir dit le mal^ il faut dire le bien. La comtesse de Forstemberg , tombée si de haut par sa perte , vécut encore quelque temps dans le tourbillon comme elle put. Dieu la toucha et lui donna la grâce d'y répondre si bien , qu'elle vendit tout pour payer ses dettes et donner aux pauvres. Elle se retira à la Bourdaisière« qu'elle avait achetée à vie. Elle n'y. voulut voir qui que ce fût , et cette femme û délicieuse, si superbe, si altière, si délicate et si recherchée en tout y a vécu nombre d'années sous la bure , pansant les pauvres les plus dégoûtants tous les jours , et passant sa vie dans la solitude de corps et d'esprit la plus entière, dans la piété, l'humilité la plus profonde, les pratiques de la plus austère pénitence et de toutes les bonnes œuvres à elle possibles , et y est enfin morte la sainte du pays , consommée de prières, d'aumônes et d'infirmités, toujours humble, toujours gaie, toujours égaleiAent austère.

Vendredi 11, à Marly. — Le roi se leva un peu plus fard qu'à Tordinaire; il se promena le matin dans ses jardins et coiu*ut le cerf Taprès-dinée dans son parc. — Madame la comtesse de Furstemberg avoit obtenu en 1701 un brevet de pension de lâ^OOO livres pour en jouir du jour de la mort du cardinal de Furstemberg , qui avoit demandé au roi cette gr&ce-là pour elle ; S. H. lui confirme cette grâce. — Le roi donne au baron de Rjosvorm une pension de 2^000 livres. M. le cardinal d^Estrées^ à la prière de madame de Maintenon, la lui vouloit donner dès hier au soir sur Tabbaye de Saint- Germain ; mais le roi a voulu qu'il n'en coûtât rien au cardinal d'Estrées et la lui donne. M. de Rosvorm avoit une pension de la même somme du cardinal de Furstembergy qui lui devoit même le fonds de cette rente-là. — Le pape faisoit pressentir le roi sur le rétablissement du duc de Modène dans ses États; mais le nonce n'avoit pas encore eu d'ordre positif d'en parler à S. M.^ qui a fait dire au pape par le cardinal de Janson que le zèle

de Sa Sainteté pour rétablir les souverains étoit fort louable et qu'il ne doutoit pas^ étant en cet esprit-là^ qu'il ne travaillât à remettre dans ses États un prince ecclésiastique^ électeur de Tempire, qui n'avoit point démérité du Saint-Siège et dont le pays et toutes les places étoient usurf^ées par des hérétiques. Il est à croire que, si le pape pouvoit obtenir de l'empereur le rétablissement de M. de Cologne , ses instances en faveur de M. de Modène pourroient avoir plus d'effet.

Samedi 12, à Versailles. — Le roi revint ici de Marly sur les sept heures. Monseigneur alla de Marly dîner à Meudon et revint ici le soir. Madame la duchesse de Bourgogne partit de Marly après son dîner pour revenir ici ; sa santé continue à être très-bonne, sa grossesse va à souhait. — Le roi, le matin à son lever, à Marly, apprit par l'abbé Bossuet la mort de M. Tévèque de Meaux, son oncle. S. M. donna à cet abbé l'abbaye de Saint-Lucien de Beauvais, qui vaut 25,000 livres de rente, et l'abbé Bossuet rend l'abbaye de Savigny, qui vaut 10,000 livres de rente et qui a de très-belles collations. M. l'évèque de Meaux avoit soîxante-dix-sept ans. — Le roi donne à M. l'évèque de Senlis, frère de M . de Chamillart, la charge de premier aumônier de madame la duchesse de Bourgogne, et à M. Tarchevèque de Sens la place de conseiller d'État d'église. M. de Meaux avoit outre cela un prieuré en Normandie, qui vaut 10,000 livres de rente, et une pension de 12,000 francs comme ayant été précepteur de monseigneur le Dauphin ; il étoit de l'Académie françoise , et c'étoit un homiiie fort illustre par ses ouvrages. — On eut des nouvelles de M. de Bavière et du maréchal deMarsin par un capitaine du régiment de Forsat, nommé Dubois, qui partit d'Augsbourg la nuit du 5 au 6; il étoit venue pied, déguisé en paysan, depuis Augsbourg jusqu'à Schaffouse. Il n'a apporté qu'une lettre écrite en si petit caractère qu'on a eu peine à la déchiffrer, et il avoit mis cette lettre dans une partie de son corps qui n'est pas

honnête à nommer, afin qae s^il eût été pris ou tué en chemin la lettre ne pût être trouvée.

Dimanche 13, à Versailles. — Le roi alla tirer Taprèsdinée et travailla longtemps le soir chez madame de Maintenon avec H. de ChamiUart, comme il a accoutumé de faire tous les dimanches. — Il arriva un courrier de H. le maréchal de Tallard. Tous les officiers généraux de son armée prennent congé du roi , et il y a grande apparence qu'il entrera bientôt en action. — L'officier qui arriva hier de notre armée de Bavière assure qu'il a vu les huit mille hommes des troupes de Saxe qui étoient dans Tannée de l'empereur en marche pour retourner en Pologne, le roi leur maître en ayant un pressant besoin et leur ayant ordonné de le venir joindre le plus diligemment qu'ils pourroient. — Il arriva un courrier de M. le grand prieur qui a tout disposé pour le siège de Révère; il devoit passer la Secchia le 8. Le feu s'est mis par hasard à la Concorde, qui a été toute brûlée; les princes de la Hirandole y avoient une belle maison. — Le marquis de Curton , aine de la maison de Chabannes et qui étoit aide de camp de monseigneur le duc de Bourgogne, achète le régiment d'Anjou de cavalerie 24,000 écus, du comte d'Aunoy, qui a été obligé de le vendre pour payer la maréchale de Créquy, de qui il avoit acheté ce régiment après la mort du marquis de Blanchefort ; et comme le comte d'Aunoy ne veut point quitter le service, le roi lui a donné l'agrément pour acheter un régiment de gentilhomme qui ne coûte que 22,500 livres. Lundi ik, à Versailles. — Le roi ne sortit point de tout le jour; la pluie violente l'empêcha d'aller à la chasse. — Le roi donna 2,000 écus de pension d'augmentation au comte de la Harck; il en avoit déjà 2,000, et on fera payer la comtesse de Furstemberg, sa mère, des 4,000 écus de pension que le roi lui a assurés après la mort du cardinal de Furstemberg, — Le roi veut que les régiments de Furstemberg portent les noms de leurs colonels ;

486 JOURNAL PË DANGEAU.

celui d'infanterie s'appellera la llatck, et celui de cavalerie prendra le nom de Courcillon, que porte mon fils (1). Du refite, il n'y aura aucun changement dans ces régiments; ils demeureront sur le pied étranger comme ils étoient. — La Tour^ qui commandoit à Calais en l'absence du duc deBéthune etqui avoit 12^000 livres d'appointements^ est mort; il avoit été lieutenant-colonel du régiment de Vi — m^ vonne et étoit brigadier. — Le bruit court à Vienne que^ le général Heister a défait un corps des troupes des contents commandés parle comte GaroU, que l'actionner oj s'est passée près du lac Neusiedel^ qui est en Hongrie le Danube et la Leitha. — Ce que l'on avoit dit du roi Danemark, qu'il étoit entré dans l'alliance des Anglois et des HoUandois, est entièrement faux; ce prince con — j nolt bien même qu'il ne pourroit rien faire de plus ^ judiciableàses intérêts. — Le roi, sur les cinq heures, alla J^^-*" voir madame du Maine, qui n'est pas encore relevée de ses couches.

Mardi 15, à Versailles. — Le roi,aprèsla messe, fit entrer le maréchal de Chàteau-Renau4 dans son cabinet et lui dit : « Je crois que vous ne serez pas fâché de savoir que je vous donne la lieutenance générale de Bretagne, qu'avoit M. de Beaumanoir. » Il y a 100^000 livres de brevet de retenue à payer pour sa veuve. Le maréchal avoit demandé cette charge au roi l'hiver passé , priant le roi que cela ne l'empêchât point de continuer à servir sur mer, comme l'endroit le plus propre à lui marquer sa reconnoissance et à mériter ses bontés. — H. le comte de Toulouse partit pour Brest ; on n'enverra personne cotte année en Bretagne pour commander, quand même il

(1)« Le roi ayant dît à M. ]« marqnis de Daftgeau, après la mort de M. le cardinal de Furstemberg, qu'il ne vouloit jfinn que le n^ment de M. le marquis de Courcillon, son fils, portât le nom de Fursterobeiig , il pouvoit lui donner le nom ou de régiment de Dangeau, ou de régiment de Courcillon, M. le marquis de Dangeau a choisi te nom de Courcillon. » ( Mercure d*a?rîi , page 3U.)

sera à la mer; il est amiral et a sous lui trots marédiaux de France pour vioe-anûraux. Il est gouTefneur de Bre* tagne et a pour lieutenants gén^nux dans la province deux maréchaux de France, le maréchal d'Estrées dans le comté Nantoifi et le maréchal de Chàteau-Henaud dans les huit autres évéchés ; et ce qui augmente Tagrément deeek, c'est que la dignité de maréchal de France est naturellement au-dessus de celle d^amiral. -^11 arriva un oourrier de M. le grand prieur^ qui passa la Secchia le 8; il de voit camper le 9 à la Pieve et être le 10 au matin devant Révère; il mande au roi qu'il lui enver rades courriers tous les trois jours. — Le roi alla l'après-dlnée à la volerie ; mais il lit un grand vent qui Ten fit revenir de fort bonne heure.

Mercredi 16, à Vertailles. -— Le roi alla rapràs*dlnée se promener àMarly, d'où il ne revint qu'à la nuit. Monseigneur y alla aussi, et en revint un peu avant le roi pour être à la comédie , où il n'y eut avec lui que monseigneur le duc de Berry et Madame. Madame la duchesse de Bourgogne se trouva un peu incommodée^ elle n'y alla point; elle demeura chez madame de Maintenon; elle avoit gardé le lit presque toute, la journée* — H. le maréchal de Boufflers demanda le matin au rpi une augmen-* tationde brevet de retenue de 300,000 francs sur sa chaîne de colonel du régiment des gardes, que le roi lui accorda sur-le-champ, accompagnant cette grâce de beaucoup de marques d'estime et d'amitié; ïk avoit déjà 100,000 écud de brevet de retenue. — Le marquis de Prie, aide de camp de monseigneur le duc de Bourgogne , obtint une commission de colonel de dragons réformé k la suite du régiment de la Reine. — Le fils de M. le duc d'Elbeuf épouse mademoiselle d'Ârmagnac ; le mariage est réglé , mais ils n'en reçoivent point encore les compliments dans la famille. Le roi donne au prince d'Eïbeuf la survivance du gouvernement de Picaidie et en gouvcf rtcment particulier de Montreuil. M. d'Elbeuf donne à son

488 JOURIMAL D£ DAMGEAU.

fils 40^000 &ancs par an à prendre sur ses gouvememen H. le Grand fait valoir le bien de sa fille ihOO.OOO fran^^ c^^ la nourrira et la logera^ elle et son mari , et l'on dit • ^^ plus que le roi donnera 10,000 livres de pension à ce s^^ princesse. Le prince d'Elbeuf n'a que dix-neuf ans «s^s sert dans Tannée d'Italie, où il a un régiment de cavalerirrsrâi

Jeudi 17, à Versailles. — Le roi alla tirer Taprès-dln^» et le soir, chez madame de Maintenon , il vit une beK carte d^ Allemagne et les plans de toutes les places Portugal, qu'il examina avec beaucoup de soin et d'^^-H tention. Je les lui avois portés (1), et il m'ordonna de IM^ confronter avec ceux de M. Pelletier, qui feroit copi** ft ^^l ceux qui lui manqueroient. — * H. le grand prieur a mand M' /^ par son dernier courrier du8, qu'il avoit détaché Tavagn^ > brigadier, avec seize compagnies de grenadiers poun^ " attaquer les chiavichelles de Serravalle, qui pourroiecv/ empêcher notre navigation sur le Pô jusqu'à Révère , ce qui nous seroit d'une furieuse incommodité pour le siège de cette place. — M. le duc de Saint-Simon est dangereusement malade ; on lui avoit fait à Paris une saignée ; on croit qu'il y a eu quelque tendon blessé, ce qui a obligé Maréchal de lui faire aujourd'hui une très-grande opération (2). — M. de Savigny, cadet du comte d'Estoges, achète le régiment de Saint-André, et Artagnan, neveu du gouverneur d'Arras, achète celui d'Oyson ville. Ces deux régiments ne sont levés que de Tannée passée , et le roi les a taxés à 12,000 livres. — Les ennemis assemblent un corps dé troupes sous Coblentz. Les HoUandois y ont envoyé douze bataillons; ils avoient retiré leurs troupes de la ville de Huy pendant que le maréchal de

(1) Dangean ayait faK la campagoe de Portugal en 1662.

(2) « Nous ayons M. le duc de Saînt-SimoD fort en péril , lui étant surremi, ensuite d*une saignée, une tnmeur au bras, queFon a ouvert crainte de la gangrène. Sa petite constitution fait appréhender que ce mal ne soit une oormption du dedans. » ( Lettre de la marquise d*ffuxelles, du 17 aTril. )

Villeroy faisoit rétablir les lignes de Wasèges. Il ne pal'olt pas qn^ls songent à nous attaquer cette année en Flandre^ quelque envie qu^en ait le duc de Marlborough^ qui doit être revenu d'Angleterre présentement.

Vendredi 18^ à Ferrailles. — Le roi alla tirer Taprè»dinée. Avant que de partir pour la chasse , il entra chez madame la duchesse de Bourgogne^ à qui les médecins feront garder le lit jusqu'à ce qu'elle accouche. Le roi la revint voir encore au retour de la chasse, et il y passa pour la troisième fois avant souper. Monseigneur partit à huit heures du matin, alla courre le loup et puis à Meudon , où il demeurera jusqu'à mercredi, que le roi doit aller à Marly. Madame la duchesse de Bourgogne ne fera plus de ces voyages-là qu'après ses couches. — Par les dernières lettres qu'on a de Hambourg, on apprend que le roi de Pologne n'a quasi plus aucun palatinat dans son parti ; Tenlèvement des princes Jacques et Constantin a achevé d'aigrir les esprits de la nation contre lui. Le cardinal primat , à l'assemblée de Varsovie y a fort déclamé contre lui. La diète pour l'élection d'un nouveau roi est convoquée au k de mai, et quelques sénateurs ont soutenu qu'il ne falloit point faire d'élection nouvelle; que celle de M. le prince de Conty étoit bonne et selon toutes les lois du royaume; cependant ils n'en ont point donné avis ici, ni à ce prince ni au roi , et Ton ne sait ce que le roi de Suède, qui aura un grand crédit dans cette diète-là, penseroit là-dessus. — M. de Vendôme, se promenant avec quatre ou cinq cents chevaux, fit attaquer un parti de deux cents chevaux ennemis, et nous y avons pris le colonel Paul Diach, qui commandoit les hussards de Tempereur.

Samedi 19, à Versailles. — Le roi alla se promener Taprè^-dlnée à Marly. Avant que d'y aller, il passa chez madame la duchesse de Bourgogne ; il la vit encore au retour et puis avant son souper. — Le chevalier de Luxembourg arriva ici sur les six heures. M. de Chamillart, qui

a eu deuxaccès de fièvre, ne put pas le mener au roi, qur étoit à Harly . Le chevalier de Luxembourg trouva, auprès^^^*^^ de Roquencourt^ S. M. qui revenoit ; il lui apportoit las C , A» nouvelle de la prise de Révère, que les ennemis avoient^ M3:^etxl presque abandonné. Ils n'y avoient laissé que deux oiilto ou trois cents hommes, qui ont fait une mauvaise déchai^^^r^rvorge dont ils n'ont blessé que trois grenadiers ; ils avoient lev^^^^JLevé leur pont et avoient retiré Tartillerie de la place, et îsÂtÊJB^ fait passer leurs troupes et leurs munitions à Ostiglia. La.^ . La place étoit très-bonne, quoiqu'elle ne fût que de terre; il£ f ^>e; î] faut qu'ils aient bien peu de monde, puisqu'ils n'ont* pas-is^i; • p^ voulu songer à la défendre, car la prise en est impor**v<:>^3pQ|,^ tante et leur ôte toute communication avec la Mirandole ^Xo>iojQ — Le soir, après souper, le roi étant dans son cabine'^ ^^Hi^^! avec la famille royale, M. de Torcy lui apporta desi^-t> çf^^^ Lettres d'Espagne, et le roi dit aux princesses que madame «nr:>-^ des Ursins*, sur ses ordres, étoit partie de Madrid pouK^K-» ^(^^ s'en retourner à Rome. Le roi nous le dit aussi à son petit' £-^/ coucher, et nous en saurons demain plus de particula — ^^ rites ; il nous a paru que cette nouvelle faisoit au roi.

* On n'avoit fait que rire en apparence de la note de madame des Ursins à la lettre au roi de Tabbé d'Estrées : mais madame de Maiotenon en vit le roi trop profondément irrité, en sus de tant d'autres choses qui lui déplaisoient dans sa conduite , qu'elle ne put seule arrêter sa colère. On attendit même le départ du roi d'Espagne de Madrid pour ne pas exposer son obéissance à sa complaisance pour la reine sa femme, et le coup parut frappé sans retour. La suite fera voir l'adresse , la souplesse et toute l'étendue des ressources des femmes.

Dimanche 20, à Versailles, — Le roi alla tirer l'aptrè^dinée. Monseigneur revint ici de Heudon pour le conseil^ alla ensuite voir madame la duchesse de Bourgogne , et puis retourna diner à Heudon. — Le roi entretint longtemps Monseigneur avant le conseil sur madame des " *^^ Ursins; Monseigneur, à qui le roi ne cache rien, sa voit les lettres que S. M. a voit écrites pour la faire sortir d'Es- ^

pagne ; il y avoit plus de dix-huit mois qu^on eu avoit envie ^ et le roi avoit eu des raisons pour ne le pas faire. On fait revenir aussi de ce pays -là le chevalier d'Epëne, qa'elle avoit fait enseigne des gardes du roi d'Espagne et qui Tavoit suivi. S. M. Catholique^ qui est toujours à Placencia^ étoit enfermée trois heures par jt>ur avec lui^ et il étoit regardé comme Thomme le plus attaché à la princesse des Ursins. Elle est allée de Madrid à Alcala^ qui n^en est qu'à dix lieues ; elle y doit demeurer huit jours pour y assembler son équipage. I^e roi d'Espagne lui a envoyé 1,500 pistoles pour son voyage et lui donna 89OOO écus de pension ; si elle n'eût pas obéi promptement^ on auroit été fort mécontent ici de la cour d'Es* pagne. La reine lui a donné son portrait enrichi de dia<mants magnifiques , et doit envoyer un courrier au roi^ qni est un valet de chambre de madame des Ursins^ et on croit qu'on l'envoie pour tâcher à la justifier, mais cela ne fera pas changer d'avis ici. — Cinq assea gros vaisseaux ennemis ont été échoués et pris à Vigo; ils étoient chargés de munitions de guerre et de bouche. On dit qu'ils alloient à Nice et à Villefranche. — On a appris par je même courrier d'Espagne que deux gros vaisseaux espagnols, qui avoient été bâtis nouvellement à San- Sébastien et qui étoient destinés pour aller aux Indes^ ont été pris par les Anglois. — Il sirriva un courrier du maréchal de Tessé^ parti de Grenoble le 18 au matin ; la santé de ce maréchal n'est point bonne ; sa jaunisse continue; il amaigrit fort; il est très-f cible et a souvent la fièvre. Il mande au roi que six mille hommes des troupes de M. de Savoie, après avoir rafraîchi la garnison de Montmélian, sont venus devant Chambéry, qu'ils avoient espéré pouvoir surprendre et où ils croyoient que nous aviops laissé très-peu de monde. Le commandant dans cette ville^ qu'on ne nous a point nommé , fit grand feu sur eux, leur a tué assez de monde^ et ils se retirèrent dès le lendemain^ ayant été avertis que M. de la Feuillade

marchoit avec quelques bataillons vers Âiguebelle pou leur couper le chemin de leur retraite.

Lundi 2i, à Versailles. — Le roi dina de bonne heu et alla courre le cerf dans le parc de Harly, et, après 1 chasse , il alla à Harly^ où il se promena jusqu'à la nui Monseigneur, qui est à Heudon^ courut le loup, y revi dîner à cinq heures ; madame la princesse de Conty alla dîner avec lui. — M. le duc de Mantoue arrive iir cessamment; le roi lui fait préparer le Luxembourg Paris, où il logera. — Le roi, à son lever, dit à H. de Seul qu'il lui donnoit les mêmes entrées qu'avoit M. l'évêq de Meaux, comme précepteur de monseigneur le Da phin , mais que c'étoit à sa personne et non pas à charge qu'il donnoit ces entrées-là. — Sandraski, lie tenant-colonel réformé dans le régiment de mon fils, obtenu une commission de mestre de camp. — M. comte d'Évreux n'a point encore entièrement termiw^ son affaire avec M. le comte d'Auvergne pour la charg"^ de colonel général de la cavalerie, mais le roi lui donne une commission pour commander la cavalerie en Flandre cette campagne. — Madame la duchesse de Bourgogne eut de la musique chez elle Taprès-dinée; elle se porte bien. On espère qu'elle n'accouchera qu'à terme , mais on ne lui permet plus de sortir de son lit. Le roi la va voir trois fois par jour, et madame de Maintenon demeure avec elle presque toutes les après-dlnées.

Mardi 22, à Versailles. — Le roi ne sortit qu'à quatre heures et alla tirer. Messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry allèrent dîner avec Monseigneur à Meudon. Madame la duchesse de Bourgogne passa la journée fort doucement; elle s'accoutume à demeurer dans son lit. — M. de Cronstrom eut sa première audience du roi comme envoyé du roi de Suède ; il l'avoit déjà eue comme résident; il est le premier à qui son maître ait donné la qualité d'envoyé dans cette cour ici. — Préfosse , major général de notre armée de Languedoc^

apporta ici le matin la nouvelle de la défaite entière de dix-huit cents hommes des fanatiques; on en a tué huit cents sur la place. H. le maréchal de Montre vel étoit à la tète de la première troupe qui les attaqua^ et jugeant bien que ces malheureux fuiroient après avoir fait leur première décharge ^ il fit occuper par un bataillon de Hainaut et quelques compagnies de grenadiers le seul endroit par où ils pouvoient se retirer. Ce que le maréchal de Hontrevel avoit imaginé arriva^ et après les avoir rompus ils voulurent gagner Tendroit par où on avoit prévu qu'ils se retireroient. Grandval , colonel de dragons réformé , qui commandoit Hainaut et les troupes détachées, les repoussa sur M. de Montrevel, et ils furent ballottés durant trois heures; la nuit empêcha qu'il n'y en eût encore davantage de tués. On leur a pris mille fusils^ soit des tués^ soit des fuyards^ et on croit qu'il ne leur reste quasi plus d'armes : car des dix-huit cents il n'y en avoit que onze cents d'armés. Le maréchal de Hontrevel devoit partir le lendemain pour s'en aller en Guyenne, et le courrier a trouvé le maréchal de Villars à Valence.

Mercredi 23 , à Versailles. — Le roi ne sortit que sur les six heures et alla se promener à Trianon, après avoir été longtemps chez madame la duchesse de Bourgogne. -— Le maréchal de Ch&teau-Renaud prêta serment le matin pour la charge de lieutenant général de Bretagne, et ira commander cette année dans cette province. On a changé toute la destination qu'on avoit faite là-dessus. Le roi lui a donné 100,000 livres de brevet de retenue sur cette charge sans qu'il les lui eût demandées; il avoit payé cette somme à madame de Beaumanoir, ainsi la charge ne lui coûtera rien. — Le baron Palavicin y que le roi a fait maréchal de camp et qui va servir en Flandre, arriva ici de l'armée de M. de Vendôme, où il a toujours été depuis qu'il s'est attaché à la France; il n'étoit point retourné à Turin, comme on l'avoit dit. On

est fort content ici de sa conduite. M. de Giamillart 1 mena l'après-dlnée dans le cabinet du roi^ avec qui il fu assez longtemps. H. de Savoie lui fait faire son procès — n arriva deux courriers, l'un de M. de Vendôme e Tautre de H. de la Feuillade. Il est déjà arrivé à 1'

de M. de Vendôme neuf mille hommes de recrues , e toute sa cavalerie est remontée ; on est même fort conten des chevaux qu'on a amenés. H. de la Feuillade mand que les ennemis ont un corps de cinq ou six mille homm sous Montmélian. On fait revenir en Dauphiné quelque troupes qu'on avoit fait marcher en Provence.

Jeudi 2k, à Marly. — Le roi dîna à midi, et pa ensuite chez madame la duchesse de Bourgogne, à qui i dit adieu pour deux jours; il m'ordonna de lui porter des nouvelles de cette princesse dès qu'elle seroit éveillée les matins. Le roi a mené à Marly le prince d'Harcourt et le chevalier de Luxembourg, qui n'y avoient jamais été. Monseigneur revint de Meudon , passa à Versailles pour voir madame la duchesse de Bourgogne. Le roi, en partant de Versailles, vint courre le cerf ici dans le parc. Après la chasse , il vit jouer au mail et se promena dans ses jardins jusqu'à la nuit. Le roi et la reine d'Angleterre allèrent à Versailles voir madame la duchesse de Bourgogne, y entendirent le salut, et puis allèrent chez madame du Maine, qui n'est pas encore relevée de ses couches. — M. de Mantoue est allé faire un tour à Charle ville, et arrivera à Paris à la Pentecôte. Le roi fera tenir sept tables pour lui et ses domestiques; il logera dans le Luxembourg, et sa suite à l'hôtel des ambassadeurs. — Les princes de la Mirandole s'attachent à la France ; le roi leur donne 50,000 livres de pension , en attendant qu'on puisse les rétablir dans leurs États. La princesse de la Mirandole, leur grande-tante, est encore dans la Mirandole , où il n'y a plus que huit ou neuf cents hommes des troupes de l'empereur et la plupart des helduques. — Le roi a donné à Prince , ancien colonel de Navarre , le

commandement dans Calais ^ qui vaut 12^000 livres de rente. — Dupont^ ancien major de Navarre, qui quitta Tannée passée pour s'être brouillé avec M. de Haulevrier, son colonel, va commander Pinfanterie dans Luxem* bourg.

Vendredi 25, à Marly. — Le roi , après la messe , se promena dans ses jardins; je lui portai à son dîner des nouvelles de madame la duchesse de Bourgogne, qui passe presque toutes les nuits sans dormir ; mais elle ne souffre point, et on espère toujours qu'elle ira jusqu'à la fin de sa grossesse. Messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry allèrent passer l'après-dlnée avec elle. Monseigneur s'est amusé à jouer au reversis ces deux derniers jours. — Il arriva un courrier de M. de Chàteauneuf, qui étoit notre ambassadeur en Portugal et qui est demeuré à Madrid pour quelques jours. Il mande que la reine d'Espagne avoit eu quelque envie d'aller voir la princesse des Ursins pendant le temps qu'elle a demeuré à Alcala, mais elle n'y a point été pourtant, et cette dame en est repartie pour venir à Agreda, et quand elle y sera elle prendra son parti pour passer par 'la Catalogne ou pour aller par Pampelune. Âgreda est dans la vieille Castille, sur les frontières de la Navarre et d'Aragon. Elle mande au roi qu'une autre personne en sa place songe* roit à se justifier, mais qu'elle ne songeoit qu'à obéir. — * Le roi donna, il. y a deux jours, à M. l'évèque de Strasbourg les confiscations en Alsace qu'il avoit données à M. le cardinal de Furstemberg pour le dédommager de ce qu'il perdoit de son évèché par la guerre au delà du Rhin. H. de Strasbourg, qui jouit présentement de Tévècbé, est dans le même cas, et le roi lui fait la même grâce.

Samedi 26, à Versailles, — Le roi, aptes avoir entendu la messe à Marly, alla courre le cerf dans son parc; Monseigneur, monseigneur le duc de Berry et Madame étoient â la chasse avec lui; ils en revinrent tous à midi. Mon<^ seigneur le duc de Bourgogne vint ici dîner avec madame

la duchesse de Bourgogne. Le roi se promena toute Taprèsr-dlnée dans ses jardins de Marly , et après être arrivé ici il alla chez madame la duchesse de Bourgogne et y rentra encore avant son souper. Monseigneur y vint aussi en arrivant avec madame la princesse de Conty. — Le roi y avant que d'aller à Marly^ donna à M. le cardinal d'Estrées 12^000 livres par an^ pour le dédommager de la perte des revenus de Tabbaye de Staffarde, qu'il a en Piémont. — H. des Alleurs prit congé du roi jeudi pour s'en aller à Naples; peut-être qu'il ira encore plus loin, et on croit qu'on le fera lieutenant général pour servir dans une qualité plus honorable dans les lieux où on l'envoie. — Il arriva un courrier de M. de la Feuillade, qui mande que les troupes de H. de Savoie qui étoient sous Montmélian^ au nombre de quatre ou cinq mille hommes ; s'étoient retirées avec précipitation , sachant que nos troupes marchoient à eux; on ne doute pas même qu'ils ne repassent les monts. — La santé du maréchal de Tessé^ qui est encore à Grenoble^ ne se rétablit point encore.

Dimanche 27^ .à Versaillts. — Le roi^ après son diner^ parla au duc d'Elbeuf dans son cabinet, et ensuite il donna une longue audience au duc de Gramont*, qui part dans deux jours pour l'ambassade d'Espagne. Il court des bruits ici et à Paris qu'il a épousé une fille à qui il est attaché depuis longtemps, et qu'il a pris ce parti-là par dévotion ; sa famille en est fort alarmée. — Madame la princesse de Conty a prié le roi que M. Desmarets, le directeur général des finances , se mêl&t de gouverner ses affaires, comme s'en mêloit M. de Harlay, conseiller d'État, qui vient de mourir. — Il y a eu encore une petite affaire dans les Ce venues , dans laquelle les fanatiques ont été battus et ont eu deux cents hommes tués. — H. le maréchal de Villeroy a donné ordre à tous les officiers de Flandre de se rendre à leurs régiments, sur les avis qu'il a eus que les ennemis assem1)loient sous Maestricht un

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corps de troupes assez considérable; cepeiidaut les officiers généraux de son armée^ qui sont ici , n'ont point encore d'ordre pour partir. — Monasterol^ envoyé de M, rélecteur de Bavière, prend congé du roi, et va servir dans les troupes de Télecteur son maître , où il est lieutenant général; il reviendra ici après la campagne. Il va trouver M. le maréchal de Tallard, avec qui il demeurera jusqu'à ce que la jonction soit faite ou que les recrues pour l'armée de Bavière soient passées.

* Ce mariage énorme du duc de Gramont étoit feit il y avoit du temps. Cétoit une créature qiii s*appeloit la Cour (1) et qui avoit été femme de chambre de la femme de Daquiu , premier médecin du roi , ({ui l'avoit chassée, et qui servit après, en la même qualité, madame de Livry, femme du premier maître d'hôtel du roi ; des Ormes , contrôleur général de la maison du roi , qui est une charge sous le premier mattre d*hôtel , et qui jouoit souvent chez Livry, trouva cette ifemme de chambre à son gré. Elle en fut chassée, et des Ormes après Tentretenoit sans façon. Le duc de Gramont, qui le connoissoit fort du jeu et de chez TJvry, soupoit souvent avec des Ormes et sa créature, et d'autres gens encore avec eux. Devenue vieille et borgnesse, des Ormess'en lassa, et le duc de Gramont la prit et Tépousa. Elle avoit beaucoup d'esprit et de montant à gouverner et toute la crasse et l'avarice de ses pareilles. Un si monstrueux mariage et d'un homme rien moins que dévot est encore moins surprenant que Tusage qu'il hasarda d'en faire. Il se mit dans la tête de la parité avec celui de madame de Maintenon, et que de le déclarer, rien ne feroit sa cour davantage par ce témoignage si net de son approbation de celui du roi et par cet exemple qui pouvoit servir à madame de Maintenon à faire déclarer le sien ; mais outre que la parité n'y pouvoit être , c'est qu^ plus elle auroit été et plus elle eût été odieuse , et plus elle eût piqué le roi et madame de Maintenon, et plus les cris de la famille et les bruits du monde les auroient éloignés d'une imitation ; outre que les temps de cette déclaration étoient dès longtemps passés. Le duc de Gramont n'en recueillit aussi que la plus complète ignominie , la défaveur et le dommage. Il eut beau choisir le moment de son envoi en Espagne et remuer Sain^Sulpice et les dévots, ce fut pour néant, et le roi défendit que sa femme mît le pied dans Versailles et ne prit ni housse ni manteau ducal.

(1) Le P. Anselme la nomme Anne Baillet de la Cour, fille de Nicolas Baillet fie la Cour et de Marie Godeflroy .

498 JOURNAL DE DANGKAU.

Lundi i8, à Ver$aiUes. — Le roi dîna de bonne heure^ et alla Taprès-dinée se promener à Marly. — M. le maréchal de Vitlars est arrivé à Nîmes; il trouvera les affaires de ce pays-là en bon ëtat^ la Lande , lieutenant général^ que M. de Montrevel avoit envoyé dans les hautes Cèvennes , ayant battu nn asses groe corps de fa* natiques^ dont il en a tué plus de huit cents. On leur â pris tous les chevaux et les mulets qui portoient leurs munitions et leur petit bagage; on est entré dans une caverne où ils avoient leur hôpital^ leur blé, leurs farines et leurs châtaignes; ils y faisotent même de la poudre , et en fournissoient trente livres par jour à leurs camarades; la Lande a détruit tout cela. On dit qu'un de leurs commandants a été tué , et on ne croit pas qu^ils puissent se rassembler. — Quelques ministres étrangers qui sont ici ont eu des nouvelles d'Espagne qui portent que cinq cents Irlandois des ti*oupes qui ont débarqué avec l'archiduc en Portugal n'ont pas été plus tôt sur la frontière qu'ils ont déserté et se sont venus rendre au duc de Berwick. Ces lettres disent qu'il y a un grand changement dans le conseil d'Espagne , et que le cardinal Porto-Carrero est rentré dans les affaires. On a ôté l'archevêque de Séville et le marquis de Canales.

Mardi 29 , à Versailles. — Le roi ne sortit que fort tard et alla se promener à Trianon. Il va tous les jours trois ou quatre fois chez nïbdame la duchesse de Bourm'^ogne , qui garde toujours son lit et se porte de mieux en mieux ; elle commence î\ bien dormir les nuits, et on ne doute plus qu'elle n'accouche à ferme. — On mande d'Allemagne que le comte Forsgatsch a quitté le parti de l'empereur et s'est joint aux mécontents de Hongrie ^ re qui donne beaucoup d'inquiétude à Vienne^ parce que c'est un homme d'une grande réputation et d'un grand crédit. Un corps de trois mille mécontents, ayant passé la Drave , a sui*pris Wirowitza en Esclavonie , en a tué le gouverneur et a pris toute la garnison ; et l'on mande

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de la haute Autriche que cinq mille Bavarois avoient attaqué et forcé les lignes que les peuples de ce pays-là avoient faites pour se mettre à couvert des contributions. — M. de Vendôme doit entrer en action lundi prochain^ qui sera le 5 de mai. On croit qu'il fera le siège de Verue ou celui de Verceil ; toutes ses recrues sont arrivées, toute sa cavalerie est remontée. — Ce que Ton avoit mandé de deux vaisseaux bâtis dans le Guipuscoa y qui avoient été pris par les Anglois, s'est trouvé faux; ces deux vaisseaux sont arrivés heureusement à Cadix.

Mercredi 30, à Versailles. — Le roi alla tirer l'aprèsdinée. Madame la duchesse de Bourgogne n'a pas été incommodée les dernières nuits, et cela ne lui fait plus A

de peine de garder le lit; le roi et monseigneur y viennent très^souvent, et monseigneur le duc de Bourgogne n'en part quasi pas. — On mande d'Alsace que le maréchal de Tallard fait de grands préparatifs en ce payslà pour l'ouverture de la campagne , et que le prince de Bade envoie aux HoUandois et aux princes de Tempire courriers cur courriers pour demander de l'argent et une augmentation de troupes. — M. le comte de Toulouse arriva le 20 au Port-Louis, où il visita les quatre vaisseaux de guerre qu'on y arme; il arriva le 22 à Brest et ne pourra pas encore mettre à la mer de quelques jours. — Le duc de Gramont prit congé du roi ; il se hâte de partir pour trouver le roi d'Espagne à l'armée avant qu'on la sépare , ce qu'on a toujours accoutumé de faire en ce pays-là durant les grandes chaleurs. — Le rabais des mon noies, qui est sur, à commencer de demain, et qu'on dit encore qui sera suivi d'un autre dans quinze jours , a fait ouvrir les bourses de Paris, et on a porté beaucoup d'argent dans les coffres du roi.

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