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prince de Conty , y séant exprès, de ne point recevoir la protestation dont il s'agit. Celui qui écrit ces notes n'avoit aucune idée de cette protestation ; il étoit alors en situation de ne la pouvoir ignorer si elle eût été faite, et une démarche de cet éclat ne s'oublie point. Étonné toutefois de trouver dans les Mémoires ce fait si nettement établi, et par un homme d'honneur et, tout passionné qu'il se montre, très-incapable d'aucun mensonge volontaire, qui étoit dans Paris et tout occupé de ce qui se passoit par son goût de nouvelles, son habitude, sa partialité, le vide de sa vieillesse , celui qui écrit ces notes en a parlé à M. Joly deFleury, qui ne faisoit, lors de ces mouvements, que d'entrer dans sa charge de procureur général, qu'il exerce encore, qui étoit donc partie nécessaire à avoir été instruite du fait, qui, avec les autres gens du roi, avoit été député au régent, suivant ces Mémoires de Dangeau^ pour recevoir ses ordres sur la protestation de la part du parlement, et qui n'est pas homme à rien oublier, surtout un fait de cette nature. Il lui a déclaré que ce fait n'a jamais existé , que cette protestation est un être de raison, qu'il n'en a jamais ouï parler, et qu il a la mémoire très-présente et très-nette de ce qui s'est passé au parlement dans ces temps-là.Que dire donc de Dangeau que ce qu'on en a dit il n'y a pas longtemps une autre fois , sinon que, solitaire chez lui, il aura écrit conmie vrai ce que Pompadour lui aura donné comme tel, et comme fait ce qui étoit peut-être résolu pour le lendemain et qu'on n'osa exécuter. Mais que dire de la séance des deux princes du sang en conséquence? Pour le coup il faut que Dangeau ait été trompé à dessein, et qu'on ait voulu constater pour l'avenir une fausseté. La protestation qui n'existoit point, au moins publique, mais qui sans l'éclat de la présenter au parlement pouvoit avoir été faite et reçue par des notaires en secret, ne se pouvoit trouver dans aucun monument public , et l'on vouloit peut-être y suppléer en la manière seule qu'on le pouvoit. Personne n'îgQoroit que Dangeau n'écrivît chaque jour ce qui se passoit à la cour et dans le monde. Le feu roi lui en parloit quelquefois en plaisantant; il ne s'en défendoit pas. 11 enmontroit quelquefois à ses amis pour rechercher des dates ou d'autres choses , et à la manière plus que sage et politique dont ils sont faits, il n'en pouvoit rien craindre. Sa probité d'ailleurs étoit si connue, qu'on pouvoit espérer que ce qu'il écrivoitseroit cru, et, faute de mieux, avoir envie d'y faire trouver ce qui ne le pourroit être sur cette protestation, dans les registres du parlement, et dire après qu'on l'en avoit ôté par ordre du régent. Tout ceci n'est que conjecture; mais la conduite d'alors de Pompadour, fortifiée de ce qui parut dans les suites, ses liaisons intimes avec Dangeau et la confiance de ce dernier pour lui les autorise. Comment d'ailleurs trouver de raison d'une allégation si appuyée, si râtérée, toutefois si exactement fausse, dans des Mémoires qui presque
JOIIRiNAL DE DAISGEAU.
partout ailleurs sont ^Tais, et qui ti'ont que quelques légères méprises. QuoiquU en soit, il demeure certain, et que Dangeau assure la protestatioû et sa suite des deux princes du sang , et que la protestatîoii ne fiit jainais (1).
ïHmanche ^0. — Cooseil de régence, — Le czar partit de Paris et alla coucher à Li vry ; il ne veut être accompagné par personne jusqu'à la frontière ; il va droit à Spa, où il trouvera la czarine. Il avoit promis ici à M. le duc d'Orléans qu'il feroit sortir ses troupes du pays de Mecklembourgj le roi Georges ayant fort prié M, le duc d'Orléans de presser fort le czar sur cela. On apprend aussi par toutes les nouvelles qu'on a de Pologne , que toutes les troupes russiennes qui sont en ce royaurne-là n'en veulent point sortir ; ainsi le czar a des troupes en pays différents qui donnent beaucoup d'inquiétude dans les lieux où elles sont. Son fils est brouillé avec lui qui n'est point dans ses États , et cependant le czar voyage tranquillement, et dit iciqull n a à craindre nulle révolution dans son pays. Il fait fortifier Pétersbourg, et il a même dit ici qu il y fait faire cent trente-six bastions; ce sera la plus grande place du monde.
Lundi 21. — M, le Duc et M, le prince de Conty allèrent au parlement; ils demandèrent que la protestation de MM. les princes légitimés ne soit pas reçue. — M. le prince
(1) On voit ici combien Saint-Simon se préoccupait pour TaTenir de Texistence de Journal de Dani^eau , rédigé par un homme d'honneur, incapable de mensonge, d*une probité connue de tons et que Saint -Sîmon seul a la naii- Teté d'accuser de passion, Saint-Simon écrit d'abonl «jcs additions t>our contrebalancer cette ftooTce si sûre de renseigncmeûtâ, et il ne s'y tnet en scèoe qu'à la troisième personne; mais m premier travail terminé, il réncchrt sans doute que ses noieâ ne seraient pas suffisantes pour détniiie TelTet d'un document si véridiqoe et que d'aiJleiirïJ elles seraient inséparables du Journal» C'est alors qu'il composa ses Mémoires, où , apparaissant en personne, Il voulut écraser sous la magie de son style ïa cïironique simple et fidèle de Dangeau.
11 est imfïossiblc que la protestation du duc du Maine et du comte de Toulouse n'ait pas existé et si nous iiarvenons à la dÔMmvrir nous Ja publierons comme pièce ju^lificalive.
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de Conty lut un petit mémoire lui-même. — Outre le conseil de régence qu'il y eut le maftin à Tordinaire , il y en eut un extraordinaire Taprès-dlnée pour continuer la lecture du mémoire de M. de Noailles. — Le parlement envoyé au roi MM. les gens du roi pour recevoir ses ordres sur ce qu'ils ont à faire à l'égard de la pro)e£itation des princes légitimés. — M. le cardinal de Polignac a demandé la permission à M. de duc d'Orléans de voir son frère ; mais M. le duc d'Orléans ne l'a pas jugé à propos. La prison de ces messieurs ne laisse pas de faire une petite commotion ; mais cela n'aura apparemment aucunes suites fâcheuses.
Mardi 22. — M. le duc d'Orléans alla Taprès-dlnée chez M. Law ; il assista au bilan^ et vit le dividende de la banque, qu'il signa; durant les six derniers mois chaque actionnaire a eu douze pour cent. La banque a jugé à propos que tous les actionnaires qui n'avoient donné qu'un quarts donna;ssent les trois autres quarts; mais ce ne sera qu'en billets d'État ; ils ont tous été de même avid sur cela. M. le Duc y étoit aussi avec M. le duc d'Orléans. — Les six commissaires nommés pour examiner l'affaire des princes ont déjà commencé à y ti^availler entre eux. — Il court un écrit intitulé : Dês trois États; il n'est point imprimé; mais il est assez public, et on dit qu'il est fort séditieux. — L'abbaye de la Garde-Dieu , ordre de Giteaux , diocèse de Cahors, a été donnée à l'abbé delà Luzerne par la démission qu'en a faite l'évèque de Cahors.
Mercredi 23. — Il y eut conseil de régenôe extraordinaire^ où l'on continua à lire le mémoire du duc de Noailles; on commença à le lire samedi, on Va lu lundi et aujourd'hui, et chaque lecture a duré plus de trois heures; on compte d'en achever la lecture Samedi. Cet ouvrage-là est fort loué par ceux qui l'entendent lire , mais on ne Je rendra point public; il commence à examiner les finances depuis l'année 1662. — M. l'évèque de Fréjus fut reçu à l'Académie françoise à la place de M. de
Callières; Valincour, qui étoit directeur, répondit, et on dit que leur harangue à tous deux fut fort belle. Ma mauvaise santé m'empêcha d'y être. — M. le duc d'Orléans donna ces jours passés au prince de Talmond la maison et le parc de Chaville pour y demeurer, comme M. de Torcy Tavoit eue du temps du feu roi; on ne l'avoit point ôtée à M. de Torcy, mais M. de Torcy l'avoit rendue, et le prince de Talmond cherchoitune maison à louer auprès de Paris.
Jeudi 2^. — Madame vint de Saint-Cloud dîner avec M. le duc d'Orléans, et après qu'il eut donné beaucoup d'audiences Taprès-dlnée, il alla la trouver dans sa loge et entendit une partie de la comédie avec elle, et puis elle retourna à Saint-Cloud, et lui alla souper à la Meutte. — Deux mousquetaires quifaisoient du désordre à trois heures du matin ont été tués par le guet. — Le parlement ne se rassemblera que mercredi. MM. les six commissaires, conseillers d'État, qui sont nommés pour l'affaire des princes, travailleront demain avec M. le duc d'Orléans ; ils y ont déjà travaillé une fois et M. de Saintr Contest, qui en est le rapporteur, travaille souvent avec ce prince. — M. et madame d'Alègre ont réglé le mariage de mademoiselle de Culant , leur petite-fille , avec M. le duc d'Albret; mais toute la famille des Louvois et tous les gendres de la maison s'y opposent; M. de Courtenvaux, outre qu'il est oncle de la demoiselle , est son tuteur. Il parolt assez d'aigreur entre la famille sur ce mariage; la fille est de l'avis de son grand-père et de sa grand'mère et parolt souhaiter fort ce mariage.
Vendredi 25. — M. le duc d'Orléans donna une longue audience à M. le cardinal de Noailles comme il a accoutumé de faire tous les vendredis , et l'après-dlnée il fut enfermé avec les six conseillers d'État, commissaires pour l'affaire des princes ; il avoit déjà travaillé une fois avec eux six et plusieurs fois avec le rapporteur seul, qui est M. de Saint-Contest. — La plupart des femmes de MM. les gentilshommes prisonniers ont permission de les voir ;
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mais on Ta refusé sèchement à madame de Bauffremont qu'on accuse d'avoir tenu des discours très-forts. — On mande de Venise que le palatin de Livonie y est mort ; il étoit gouverneur du prince électoral de Saxe, grand catholique, et s'étoit fait fort estimer en France pendant que ce prince y a été; il étoit mon ami particulier et je le regrette fort. Le roi Auguste avoit une grande confiance en lui et Tauroit assurément élevé à tout ce qu'il y a de plus grand en Pologne.
Samedi 26. — Conseil de régence l'après-dlnée , où on acheva de lire le mémoire de M. de Noailles , et à l'égard de ce qui sera proposé par lui pour raccommoder les affaires, on a nommé neuf ou dix commissaires qui examineront ses propositions avant qu'on les rapporte au conseil de régence; ces commissaires sont: le chancelier, le maréchal de Villeroy, les ducs de Saint-Simon, de la Force et de Noailles, le maréchal de Bezons, M. Pelletier, M. de Bordeaux et le marquis d^Effiat. On en avoit voulu mettre le maréchal d'Huxelles qui n'en a point voulu être (1)*. — Le duc de Montbazon mourut le soir, de la petite vérole; on a emmené madame sa femme à Clichy, chez le comte d'Évreux, son frère. — On mande de Rome que le cardinal Spada est mort; il vaque par sa mort ime seconde place dans le sacré collège. Il avoit Tévêché dePalestrine, qu'il ne tiendra qu'au cardinal del Giudice d'avoir, s'il veut passer dans l'ordre des évèques , car les deux cardinaux qui sont dans l'ordre des prêtres avant lui ne veulent point changer : ces deux cardinaux sont Marescotti et ... .
*Le maréchal d'Huxelles , vouloît être de tout et toujours montrer qu'il ne vouloit être de rien; mais Dangeau, qui parle Ici de ce refus qui ne fut qu'en particulier, en omet un très-public et qui fit alors une nouvelle. M. le duc d'Orléans avoit parlé de cette affaire au duc de
(1) Saint-Simon a écrit de sa main, en marge : « faux ».
Saiot-Simon dès ses premiers commencements et lorsqu'elle s'avança lui proposa d'être des commissaires. Saint-Simon s'en excusa sur les mêmes raisons qu'il avoit alléguées lorsqu'il refusa les finances, dont M. le duc d'Orléans demeura fâché plusieurs jours contre lui un peu avant la mort du roi, lorsqu'il iîit question des destinations entre eux. Pressé encore d'être des commissaires lorsqu'il fallut les choisir, il se tint dans les mêmes termes, et ajouta qu'étant avec le duc de Noailles dans ceux que chacun voyoit et que S. A. R. voyoit elle-même, il étoit hors de toute raison, même de toute apparence, de le mettre de cette commission. Le régent lui dit que le duc de Noailles le désiroit et l'en pressoit, et l'autre à en rire, mais à le supplier très-instamment d^ l'en dispenser. Huit ou dix jours s'étoient passés sans qu'il en ouït plus parler, lorsqu'au conseil de régence, M. le duc d'Odéans ayant expliqué la cause et l'objet de cette commission , M. de Saint-Simo^ s'entendit nommer commissaire après le chancelier ; il interrompit, témoigna sa surprise après ce qui s'étoit passé , et supplia de n'en être point. Le régent insista, l'autre encore davantage, et allégua son incapacité, qu'il n'entendoit rien aux finances, qu'il ne seroit d'aucun secours et d'aucun usage dans la commission, où on n'avoit pas besoin d'un homme nul. Alors le régent lui dit qu'il le prioit d'en être , et que s'il nesufûsoit pas de l'en prier, il le lui ordonnoit. L'autre, fort mécontent, plia les épaules, répondit qu'il n'avoit plus qu'à obéir, mais qu'il supplioit S. A. R. et tous ces messieurs qui étoient présents de se souvenir que ce n'étoitque par un ordre absolu qu'il étoit de la commission, et de ne rien oublier des raisons qu'il avoit alléguées pour s'en défendre. Outre qu'il ne se croyoit aucune aptitude aux finances et que la matière lui paroissoit trop jalouse pour s'en vouloir mêler, il ne vouloit être ni la dupe , ni l'approbateur, ni le contradicteur du duc de JNoailles sur une matière qu'il devoit posséder. Le duc de Noailles, qui «entoit le poids de ce qui s'étoit passé entre eux et celui de la conduite de Saint-Simon à son égard, qui ne gardoit avec lui aucunes mesures en rien, pas même d'aucune bienséance en public et lui rompoit en visière en toutes les occasions qui s'en présentoient, sans qu'il l'eât pu émousser par tout ce qu'il avoit employé pour cela , cherchoit une occasion de nécessité d'affaires qui lui procurât, à force de se voir souvent, de quoi y parvenir, et faire cependant accroire au gros du monde qu'ils étoient raccommodés, s'il arrivoit que Saint-Simon approuvât sa besogne. Ces deux hommes ont 0rop figuré, et l'un contre l'autre pendant la régence, pour oublier cette anecdote quelque légère qu'elle soit. Saint-Simon fît des reproches amers au régent, au sortir du CQn< seil, qui l'amadoua comme il put, parce qu'il avoit fait ce qu'il avoit voulu faire. Saint-Simon se trouva chez le chancelier à toutes les séances de la commission. Soit que le duc de Noailles eût raison^ ou
que Saint-Simon fût séduit dans une matière où il n'en savoit que par les lumières du bon sens, il fut presque toujours de son avis et le soutint même fortement quatre ou cinq fois contre le plus grand nombre des commissaires, qu'il ramena à son avis. Gela ne manqua pas d*étre su; le duc deNoailles s'^ vanta avec grande complaisanoe, sans toutefois oser parler à Saint-Simon. Le régent le loua de cette droiture désintéressée quiécartoitla haine personnelle j4e la cho^ publique; le bruit courut du raccommodement, mais il n'en fut autre chose. Les espérances et les souplesses du duc de Noailles furent inutiles ; il n'y gagna rien, et ce ne fût que le mariage de la fllle de la maréchale de Gramont, sa sœur, avec le fils aîné de Saint-Simon, auquel ce dernier eut grand peine à se rendre par la suite nécessaire qu'il en vit du raccommodement avec le duc de Noailles, qui se fit en effet dix ans après ceci, à la graade satisfaction des Noailles, où toutes les avances furent de leur côté et de celui du duc de Noailles , une violence sans pareille du côté de Samt-Simon, qui le vit d'abord chez le cardinal de Noailles, puis le reçut chez lui, et après falla voir; après quoi ils demeurèrent en bienséance et ce fiit tout, quoi que ie ine de Noailles ait pu faire pour fa^:e oublier lepassé.
Dimanche 27, — Conseil de régence le loatin. — Le régiment de Pioardie qu'avoit M. de ïlontbazon, et qu'il avoit eu permission de vendre depuis quinze jours, a été donné à M. le prince de Rohan pour en disposer comme il le jugera à propos pour le bien de lafamille^di on croit qu*il pourra bien le donner à M. de Montauban, frère cadet de M. de Montbazon, qui a un guidon de gendarmerie, qu'on veodroit pour servir à Tacquit d'une partie des dettes de M. de Montbazon. M. de Montauban a aicore deux frères aînés, dont l'un est en Anjou et mène la vie d'un moine, mais il n'est pas profès; l'autre étoit destiné à être chevalier de Malte, mais il n'a point f^it ses vœux, et jusqu'ici il a meaé uoe vie obscure dont on n'a pas été content dans sa famille. Madame de Montbazcm demeure avec un bien très-médiocre ; une partie de ce qu'elle a eu en mariage est mangée, et je crois qu'elle n'a que 8,000 francs de douaire; elle a quelques pierreries qu'elle a achetées de l'argent qu'elle a gagné au jeu.
Lundi 28. — Conseil de régence le matin. On a pris dans chacun des conseils un homme qui jugera dans le conseil de régence avec les six commissaires et les huit de la régence. Le maréchal d'Huxelles a enfin consenti d'être juge ; on a pris M. de Bordeaux du conseil de conscience, Biron du conseil de guerre, et M. le Premier du conseil du dedans du royaume. L'affaire doit être jugée mercredi, et le bruit court que le roi ira jeudi au parlement tenir le litde justice et déclarer le jugement qu'on auroit rendu ; mais ce bruit-là est fort incertain. On prétend que la protestation que les princes légitimés ont faite au parlement a un peu hâté le jugement qu'on veut rendre*. — M. le comte de Toulouse a reçu une lettre de quelques gentilshommes de Bretagne qui lui représentent l'impossibilité où est la province de payer le dixième; il y a fait réponse avec beaucoup de sagesse, et les exhortant beaucoup à faire des efforts pour satisfaire aux taxes qui leur sont imposées, et, mandant, que s'il y a quelques pauvres gentilshommes qui ne le puissent faire, il s'offre à payer pour eux**.
* Les princes du sang ni les légitimés ne pouvoient être juges en leur propre cause; les ducs qui attaquoient les bâtards ne le pouvoient pas être non plus. On conserva donc du conseil de régence tous ceux qui ne Tétoient pas, et on suppléa au nombre par le choix du régent, d'un de chacun des autres^ conseils , lesquels tous furent éclairés par les six conseillers d'État commissaires qui avoient tout examiné auparavant entre eux et'plusieurs fois aussi avec le régent même.
** Ces représentations de plusieurs gentilshommes de Bretagne faites ensemble à M. le comte de Toulouse, leur gouverneur, sur le payement du dixième, étoient en cadence de tout ce qui se passoit, et les prémices du spectacle que cette province ne différa pas à donner.
Mardi 29. — Les officiers des troupes qui sont à Paris sont avertis de se tenir prêts pour suivre le roi au parlement l'un des jours de cette semaine. — Il y aura, demain après midi, conseil de régence extraordinaire pour juger l'affaire des princes. — 11 est arrivé à Toulon un
chiaoux qui sera chargé des affaires du Grand Seigneur ici, mais on ne sait encore en quelle qualité ; celui qui est arrivé a déjà été en France. — On a donné à M. de Canillac, du conseil des affaires étrangères, la lieutenance de roi de Languedoc, sur ce qu'on mandoit de Languedoc que M. le comte de Peyre étoit mort. Il n'y a point de brevet de retenue sur cette charge; ainsi la grâce est entière, et la charge vaut près de 20^000 livres de rente. — Sandricourt, brigadier de cavalerie, épouse mademoiselle d'Onay, à qui on donne 400,000 francs ; elle est petitefille de M. de Gourgues, un des plus anciens maîtres des requêtes.
Mercredi 30. — Le premier président, et tous les présidents à mortiers, avec les gens du roi, allèrent à onze heures chez S. M. Le premier président dit au roi que le parlement les avoit députés pour venir rendre compte à S. M. de ce qui s'étoit passé le jour que les princes légitimés apportèrent leur protestation, et après avoir assuré le roi de la fidéUté de son parlement, il lui remit entre les mains la requête et la protestation des princes légimés; leroi lesdonnaà M. le chancelier, et après qu'il leur eut dit quelques mots M. le chancelier prit la parole e* dit que le roi leur feroit savoir ses volontés. Tous les députés saluèrent le roi; M. le duc d'Orléans, qui étoit à sa droite, les nommoit tous; quand tous les députés eurent passé devant le roi, les gens du roi qui marchent les derniers s'approchèrent , et M. de Blancmesnil, premier avocat général, parla un moment au roi. L'après-dinée il y eut conseil de irégence extraordiûaire , qu'on continuera demain matin ; à ce conseil il n'y avoit que huit hommes de la régence qui ne sont ni ducs ni princes; les six commissaires dont il y en a un du corps de la régence, M. le maréchal d'Huxelles, M. le Premier, M. de Biron et M. de Bordeaux. — M. de Blancmesnil, avocat général, a une pension de 2,000 écus.
Jeudii" juillet, — Ily eut encore un conseil de régence
extraordinaire pour l'affaire des princes; on "ne rend pas encore public le jugement qui a été rendu, mais Ton sait seulement les deux articles les plus considérables, qui est que l'édit de 1714 et la déclaration de 1715 ont été cassés ; on laisse quelques honneurs aux princes légitimés, mais ces honneurs-là ne sont pas encore entièrement réglés *. — M. le duc de Duras servira de maréchal de camp en Guyenne, et M. de Bannas-Gondrin servira de brigadier, et ils en toucheront les appointements. M. de Caylus, neveu du feu cardinal de Bonzy, servira aussi de maréchal de camp en Languedoc; œ sont proprement des gratifications qu'on veut donner à> ces ti*ois messieurs, car, Dieu merci, on n'a point besoin d'assembler des troupes en ces pays-là, n'y ayant aucun désordre.
* Cet arrêt, qui fut donné en forme d'édit et dont l'enregistrement au parlement ne fit pas la plus petite difficulté, méritoit bien que son dispositif trouvât place dans ces Mémoires. On y vient de voir celui qui défend à la noblesse de s'assembler; on y a trouvé ailleurs des relations et d'autres pièces bien moins importantes, mais ici rien où TaffectioQ de Dangeau trouvât où se consoler, comme dans les compliments insérés pour la noblesse dans l'arrêt qui en défend les assemr blées; il faut donc, sans le rapporter ici, suppléer en deux mots à ce que Dangeau n'a pas voulu écrire. L'arrêt ne fut ni tout d'une voix ni tel qu'il a été exécuté. Saint-Contest , rapporteur, et qui fit un trèsbeau rapport, fut entièrement pour les princes du sang et le plus gros des juges, de même. M. le duc d'Orléans y modéra quelque chose ea faveur des bâtards, et y fit revenir les juges par son poids. Ce nonobstant encore, l'arrêt, mis en édit et tel qu'il fut enregistré, étoit plus fort encore qu'il ne fut exécu^, surtout à l'égard des enfants de M. du Maine, et ce fut sur ce fondement que M. le Duc et M. de Mortemart leur disputèrent les honneurs que M. le duc d'Orléans leur conserva de sa pleine autorité, et il vit bientôt après la reconnoissance qu'il en recueillit. Madame du Maine reçut ce jugement avec d'étranges traos* ports. M. du Maine, accoutumé à se montrer tel qu'il vouloit parottre, ne put cependant prendre sur lui de se laisser voir les premiers jouis ni de venir au conseil de régence. M. le comte de Toulouse, qui n'avoit jamais approuvé leur apothéose ni la sienne, prit le tout en douceur, et le monde non enrôlé par M . du Maine trouva l'arrêt trop doux,
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siv*(out après tout ce qui venoit d'arriver. Les princes du saug esfi^ roieot mieux ; mais contents du triomphe , ils ne se plaignirent point, et si l'édit avoir été exécuté, ils ne se seroient pas plaint^ ; mais la mollesse de M. le duc d'Orléans les choqua fort et ne lui gagna nullement ceux qu'il se flatta de ramener par cette faveur et que personne ne trouva placée.
Vendredi 2 — On lut chez M. le duc d'Orléans l'écrit que M. le cardinal de Bissy a fait contre l'appel fait au concile ; on le lira encore deux fois , et M. le duc d'Orléans, qui veut que M. le cardinal de Rohan soit à cette lecture, lui a fait différer son départ jusqu'à mercredi. — On ne saura le détail de ce qui s'est passé au jugement de l'affaire des princes que lundi au plus tôt, parce qu'il y a beaucoup de choses à écrire. >— M. le chancelier n'a point pris sa place au parlement comme on croyoit ; il ne la prendra pas si tôt. — Madame la duchesse d'Orléans est trés-affli§ée du jugement rendu contre MU. ses frères, mais pour eux ils n'en parlent point, et il i^'en parolt aucune altération dans leurs esprits. — Le fils unique du maréchal de Montesquiou est à l'extrémité de la petite vérole, et c'est dommage, car c'est un garçon bien fait et bien né, qui entroit agréablement dans le monde; il a dix-sept ans.
Samedi 3. — M. le duc d'Orléans eut une assez grosse fluxion sur les yeux, qui l'empêcha d'aller au conseil de régence; mais le soir il se trouva mieux et entendit dans sa loge la comédie italienne. — On a la confirmation que le prince Eugène a passé le Danube ; qu'il y avoit quarante mille Turcs pour le défendre, qui se sont retirés sans rien entreprendre; les lettres sont du 15 et écrites de la droite du Danube après le passage. — ^ M. le duc du Maine n'alla point au conseil de régence, parce qu'il est un peu incommodé. — Par les dernières nouvelles qu'on a de Madrid, on apprend qu'on n'y doute plus qu'Albéroni ne soit fait cardinal ; on compte même qu'il le sera avant la fin du mois. Le nonce qui est présente-
ment en Espagne et qui a été bien reçu de LL. MM< CC. leur fait espérer que le pape leer accordera cette grâcelà, qu'ils ont demandée très-instamment.
Dimanche 4. — Le mal de M. leducd^Orléans n'a point eu de suite ; il a été ce matin au conseil de régence, et Vaprès-dlnée il a lu avec beaucoup d'évèques T écrit de de M. le cardinal de Bissy. — M. le duc du Matne , qui se trouva incommodé hier et qui n'alla point au conseil de régence, se trouve mieux aussi et y a été ce matin. — M< le chancelier nV point encore pris place au parlement; on ne sait quand il la prendra. — Madame la duchesse de laTréraoille est àrextrémité, et Ton dit que la marquise de Gesvres est fort mal aussi» — Les troupes russiennes doivent enfin sortir du pays de Mecklembourg; le tzar leur a envoyé Tordre comme il avoit promis à M. le duc d'Orléans de le faire. On croit qu'il fera sortir de Pologne aussi toutes les troupes qu il y avoit; on mande de Spa, où il est, que quand il aura achevé de prendre les eaux il retournera à Amsterdam et de là en son pays.
Lundi 5. — Les députés du parlement allèrent le matin chez le roi recevoir la réponse qu'on leur avoit dit qu'on leur ferott* — Le fils du maréchal de Montesquiou mourut le matin; c'étoit un fils unique et un fort joli garçon; il avoit dix-sept ans. Son père avoit acheté depuis peu pour lui le régiment d'isenghien^ qui lui avoit coûté 50,000 francSt — On eut nouvelle que Tabbé de la Rochefoucauld* étoit mort à Budedela petite vérole; il avoit des bénéfices considérables, et entre autres Tabbaye du Bec qui vaut plus de 40,000 Hvres de rente. Il étoit raccommodé depuis peu avec safamille, et l'on prétend même qu'ils songeoient à le marier et à lui faire épouser mademoiselle de Culant-Bar])czieux, et qu'ainsi sa mort pourra avancer le mariage du duc d* Albret avec elle ; cependant la famille des Louvois parolt toujours fort piquée contre M. d'Alègre sur ce mariage,
* C'est en deux mots cet abbé de îa RochefoucauM , devcEu Taîoé
par la mort de ses frères^ que son père, sa mère et son grand-père avoient tant persécuté pour s'engager et renoncer à l'aînesse, ou pour quitter ses bénéfices, qui avoit résolument refusé le premier, constamment voulu garder de quoi se passer d'être à leur merci pour vivre. Us le tourmentèrent tant qu'avec la permission du pape, ils l'envoyèrent en Hongrie, où la petite vérole les en défit et leur procura une grande délivrance que la bénédiction de Dieu sur leur famille ne parut pas suivre. Gomme il n'étoit point dans les ordres , on ne comprend pas pourquoi une permission du pape pour conserver ses bénéfices , allant à la guerre, surtout contre les Turcs : le prince Eugène et deux de ses frères ont eu des abbayes jusqu'à leur mort ; le chevalier de Lorraine est devenu lieutenant général avec des abbayes ; Forbin, mort lieutenant général et capitaine des mousquetaires gris^ et d'autres officiers généraux ont eut des abbayes toute leur vie sans qu'on ait ouï parler de permission^ moins encore de bulles ni de bref du pape en leur faveur. C'est pourtant sur cet exemple de l'abbé de la Rochefoucauld qu'on a soumis M. le comte de Clermont à en prendre du pape pour aller à la guerre et porter l'epée avec ses abbayes. On peut juger que Rome ne s'oubliera pas sur l'exemple récent de ce prince du sang.
Mardi 6. — L'édit sur les princes du sang contre les légitimés fut porté et enregistré au parlement.
Mercredi 7. — On rend au maréchal de Montesquieu le régiment qu'il avoit acheté pour son fils, et le maréchal de Villars, quoiqu'il ne fût pas des amis du maréchal de Montesquiou, l'a demandé pour lui à M. le duc d'Orléans, qui lelui a accordé. — M. et madame d'Alègre ont emmené chez eux mademoiselle de Culant-Barbezieux, leur petitefille, toujours résolus à conclure le mariage pour elle avec M. d'Albret. — Madame la duchesse de laTrémoille mourut le [ 6 ] ; elle a nommé pour exécuteur testamentaire l'abbé de Caumartin. — On acheva, ces jours passés, chez M. le duc d'Orléans, la lecture de l'écrit de M. le cardinal de Bissy sur l'appel au concile; cet écrit ne sera ni imprimé ni rendu public; on ne croit pas qu'il fût propre à la paix de l'Église, à quoi M. le duc d'Orléans travaille toujours fort.
Jeudi 8. — On eut nouvelle qu'à la Martinique on s'étoit soulevé contre le capitaine général et contre l'inten-
dant^ qu'on les avoit pris tous deux et mis dans un vaisseau qui les a ramenés en France : le capitaine général s'appelle Varennes, et Tintendant Ricouart. Les habitants . ont écrit à M . le duc d'Orléans pour l'assurer de leur fidélité^ demandant pardon de ce qu*ils faisoient, mais qu'ils ne pouvoient pas s'empêcher de le faire par les vexations qu'on leur faisoit*. — Au souper du roi M. de Mortemari, premier gentilhomme de la chambre en année , trouva mauvais qu'on eût donné la serviette à M. le comte d'Eu et non pas à lui, et dit au gouverneur de ce prince que s'il venoit au coucher du roi, on ne lui présenteroit pas la chemise pour la donner au roi. M. le duc de Mortemart prétend que ces princes en perdant leur procès ont perdu les honneurs .
* Jamais complot plus sagement concerté, plus secrètement conduit» plus doucement ni plus plaisamment exécuté par un si grand nombre d'hommes. Les habitants de la Martinique, poussés à bout des tyrannies et des pillages du gouverneur et de l'intendant réunis ensemble, et hors d'espérance d'en avoir justice ni changement , les paquetèreoif un matin dons un vaisseau , scellèrent leurs papiers et leurs effets , ne touchèrent à rien et ne firent mal à eux ni à personne, et les ûr&A mettre à la voile pour France. L'étonnement de ces deux hommes fîit sans pareil et leur honte telle qu'on la peut croire, et bien plus grande encore qtiând ils furent arrivés. Les plaintes et les excuses des habitants les avoient précédés de quelques jours sur un antre bâtiment , et leur conduite, m attendant les ordres de la cour, fut si soumise et si tranquille, que, sans leur donner raison, on ne put aussi leur donner tort. Ils en furent quittes pour une légère réprimande , et on leur envoya un autre gouverneur et un autre intendant. Ce qu'on fit mal, c'est que les renvoyés en demeurèrent quittes pour leurs emplois.
Vendredi 9. — M. le duc d'Orléans a parié au duc de Mortemart, etM. le comted'Eu, dès ce soir^a donné lachemiseau roi. — Les commissaires pour le mémoire de M. de Noailles s'assemblent au moins trois fois la semaine, et il y a apparence que cela dureraencore quelque temps avant <Jue de pouvoir finir. — La marquise deGesvresmourutà Paris, menant une vie fort retirée, ne voyant personne de
sa famille ni de la famille de son mari ; elle le Toyoit lui quelquefois^ mais fort rarement. Il perd par la mort de sa femme 12,000 écus par an dont il jouissoit; il n'a quasi rien mangé du fonds du bien, et par son contrat de mariage elle lui donnoit 100,000 francs, et il prétend encore quelque chose de plus par un article du contrat qui n'est pas bien clair. — On fait revivre pour le duc de Lorges une charge que nous avons vue à Tabbé de Saint-Croix- Holé, qui est une meute pour le chevreuil ; les appointements en sont très-médiocres. -
Samedi 10. — Conseil de régence Faprès-dlnée. — Madame la duchesse d'Orléans n'a point encore vu personne depuis le jugement des princes, et on ne sait pas quand elle commencera à voir les courtisans. — On dit que M. le Duc demandoit à avoir dans les Tuileries le logement de H. et madame du Maine et qu^on 6tàt à M. du Maine la surintendance de Téducation.du roi , mais que M. le duc d'Orléans n'a pas trouvé cela juste. Je crois que cette nouvelle n'est pas vraie. — L'affaire du duc de Brancas sur les juifs de Metz est enfin réglée ; on a prouvé qu'il y avoit bien moins de familles de juifs dans cette ville-là qu'on n'avoitcru et que même la plupart de ces familles-là étoient fort pauvres. Le duc de Brancas croyoit dans les commencements en pouvoir tirer au moins 4-0,000 francs, cela est réduit à 16,000, et la comtesse de Fontaine, qui avoit donné cet avis au duc de Brancas, a le tiers de ces 16,000 francs.
IHmanche 11. — Conseil de régence le matin. L'aprèsdlnée M. le duc d'Orléans travailla encore avec les cardinaux et puis les évêques à la paix de TÉglise. — M. le Duo, comme grand maître de la maison du roi , avoit donné ordre aux officiers de ne plus donner la serviette à M. le comte d'Eu; M. le maréchal de Villeroy crut qu'il falloit aller recevoir l'ordre de M. le duc d'Orléans sur cette affaire ; il l'alla chercher au Palais-Royal, et, ne l'y trouvant point, il alla à la place de Vendôme , où ce prince soupoit.
M. le duc d'Orléans lui dit qu'il falloit que les officiers du roi rendissent à M. le comte d'Eu les mêmes honneurs qu'ils lui rendoient depuis longtemps. M. le Duc prétendoit aussi que les gardes du corps ne prissent plus les armes pour les princes légitimés, mais il n'y aura point de changements sur cela.
Lundi 12. — Conseil de régence le matin et, au sortirdu conseil, M. le duc d'Orléans alla dîner à la Meutte ; il en revint de bonne heure. Il ne soupe point dehors les lundis, parce que les mardis il se lève de grand matin, ayant beaucoup à travailler ces jours-là. — On eut des lettres de l'armée de l'empereur; Belgrade a été investi le 18 juin ; les assiégés ont déjà fait deux sorties; la seconde a été plus vigoureuse que la première, mais ils ont été repoussés à toutes les deux. — On parle fort d'un embarquement de troupes que font les Espagnols sur les vaisseaux qu'ils avoient promis d'envoyer au secours des Vénitiens; ces vaisseaux sont arrivés à Barcelone, et l'on dit qu'ils embarqueront dix ou douze mille hommes sur cette petite flotte, qui est composée d'onze vaisseaux de guerre, d'un vaisseau pour l'hôpital, de deux brûlots et de beaucoup de bâtiments de transport. Cet armement fait fort raisonner,et la plus commune opinion est que cela est destiné contre quelques-uns des États que l'empereur a en Italie, et que les Espagnols sont unis avec le roi de Sicile pour quelque grande entreprise.
Mardi 13. — Les commissaires nommés pour examiner le mémoire de M . de Noailles continuent à s'assembler. M. le duc d'Orléans travailla tout le jour et fut assez incommodé l'après-dlnée, mais cela se passa le soir, et il se coucha de bonne heure. — Les six gentilshommes qu'on a mis depuis un mois en prison à la Bastille et au château de Vincennes ont écrit à M. le duc de Chartres, qui , ne pouvant porter leur lettre à M. le duc d'Orléans, parce qu'il est un peu malade, la lui envoya par M. de Chiverny, et sur cette lettre, dont je ne sais pas le contenu, H. le duc
d^Orléans promit quMncessamment il feroit sortir ces messieurs de prison, et on croit que ce sera, samedi. — On travaille à un accommodement entre la Suède et l'Angleterre; on souhaite fort ici que cela réussisse. L'on parle déjà de remettre en liberté l'envoyé de Suède qui a été arrêté en Angleterre.
Mercredi 14. — M. le duc d'Orléans s'est déterminé à écrire une lettre circulaire aux évèques dans les diocèses desquels la Constitution a été reçue et publiée^ par laquelle S. A. R. exhorte les évèques à ne rien précipiter par des] procédures contre ceux du second ordre qui se sont^élevés contre la Constitution , ce qui pourroit rompre les mesures qu'on prend pour terminer l'affaire par la négociation du duc de laFeuillade, qui est sur son départ poujp Rome. D'un autre côté, S. A. R. s'engage à punir ceux du second ordre qui troubleront la paix qu'elle souhaite rétablir dans chaque diocèse, soit en écrivant, soit en parlant, ou enfin en appelant de la Constitution au concile. Le chancelier et le procureur général ont promisque lésr parlements neferoient rien contre les évèques acceptants. Cette lettre qu'écrivit M. le duc d'Orléans fut résolue dimanche à l'assemblée chez S. A. R., oùétoientles cardinaux de Rohan et de Bissy, Tarchevèque de Bourges, le chancelier, le procureur général, le maréchal d'Huxelles, le marquis d'Effiat et M. Amelot ; c'étoit M. le cardinal deRbhan qui tenoit la plume. Les évèques feront imprimer lalettre de M. le duc d'Orléans, qu'ils répandront dans leurs diocèses afin que tout le monde en ait connoissance.
Jeudi 15. — Les commissaires ont encore travaillé chez M. le chancelier aumémoju[*e de M. le duc de Noailles, et ce travail durera encore quelques jours, car il se fait différentes propositions pour le soulagement du royaume qui méritent un grand examen.. — L'affaire de M. de Ménars fut réglée; H. de Haupeôu.aura la charge au même marché qu'il avoit fait, et M. du Gué, gendre du président , âîira, pour dédommagement de ceiqui lui avoit été promis
lao JOURNAL DE IUI9GE:AU.
par s(m oontrat de maiiage^ 80,000 francs pour lui et pour ses enfants. -^ Les six prisonniers de la noblesse qui sont à Vineennes et à la Bastille seront mis en liberté samedis H. le duc d'Orléans ne laisse pas de paroltre assea. irrité contre des gens savants et qu'on accuse d^ avoir travaillé au mémoire qu'avoient présenté ces messieurs avant qu^ls fussent en prison. On croit que M. de Ghàtillon^ chez qui ces messieurs s' étoient assemblés quelquefois^ perdra son logement au Palais-Royal et la pension qu'il a de M. le duc d'Orléans.
Vendredi 16. — M. le Duc etmadame sa mère demandent pour M. le comte de Ciermont Fabbaye du Bec ; on croit qu'ils l'obtiendront^ eton parle de le faire tonsurer. — On a donné Tévôehé de Tarbes à l'abbé du Cambout, aumû-» nier du roi et agent du clergé. -^ H . le cardinal de Rahan partit pour retourner à Saverne ; avant son départ il a reço^ lui et le cardinal de Bissy^ la lettre dont on étoit convenu dimanche, et il n'y a pas eu un mot de changé. — L'affaire de M. d'Albret pour son mariage a été renvoyée au parlement; on croyoit qu'elle scroit jugée aujourd'hui, mais cela a été remis à huit jours parce que l'avocat de M. deCoortenvauxn'étoitpasprèt; il demandoit même un plus long délai. On ne croit pas que cette affaire-là finisse sitât^ et toute la famille des Louvchs parait ort piquée contre M. et madame d'Alègre; ils ont trouvé fort mau^ vais qu'ils aient mené aujourd'hui leur petite-fille à l'avH dience, mais les gens d'affaires avoient conseillé à M. d'Alègre de l'y mener.
Samedi 17. — Conseil de régence l'après-dinée. — H. le Premiw alla à Vineennes quérir les trois gentilshommes prisonniers, et M. de Chiverny alla quérir les ti*ois autres à la Bastille ; on les mena à M. le duc de Char^ tres^ qui les présenta à M. le duc d'Orléans, et à qui ils ne dirent rien. M. le duc d'Orléans leur dit : a Vous me connoissez assea, Messieurs, pour savoir que quand je fais du mal, je me crois bien obligé de le faire. » lisse retirèrenii
M. de Ch&tiUon n'a plus soq logement dans le Palais-Royal, ni la pension quMl avoit de M. le duc d'Orléans; elleétoit de 19,000 livres^ dont on en prenoit 6^000 pour madame de Ch&tillon, sa femme *. — On a mis en prison, depuis quelques jours^ un commissaire et deux ou trois autres hommes qui avoient été fort employés par M» d'Argenson ; c'est par ordre du parlement qu'ils sont en prison. Us sont accusés de beaucoup de crimes , mais M. d'Ârgenson n'y est mêlé en rien.
* La sortie des six prisoimiers eut en effet plutôt un air de triomphe que de pardcm. DéliTrés par un chevalier de l'Ordre en grande charge, et par un homme de la première qualité, tous deux, de plus, dans des places distinguées, et ce dernier chez le régent, conduits à lui par le premier prince du sang , son as, et accueillis par ce que leur dit ce prince, rien en effet de [^s surprenant, après ce qui étoil arrivé, que ce qui se passa pour lors, à quoi ces messieurs mirent le comble par un silence concerté qui ne laissa pas échapper ni un seul mot ni le plus légeat son de voix. Il sembla qu'ils faisoient grâce au prmce de ne lui pomt faire de reproches , et que le prince par cette si étonnante façon de les délivrer, avoit senti son tort et tâdié de mériter d'eux sa grâce. C'est de la sorte que cela fut donné et reçu dans le monde, et il étoit impossible que cela le tôt autrement. Le régent ne laissa pas de le sentir après coup, et de se repentir de sa mollesse, et il éprouva, tôt après, ce qu'elle lui avoit valu et l'effet qu'elle avoit fait pour lui sur la plupart de ces six, sans parler des autres.
Dimonehe 18. — U y eut conseil de régence le matin. — Nouvelles de Belgrade le 25 : Le gros canon n'est pas encore arrivé àl'armée^ la tranchée n'apas pu encore être ouverte. — Nouvelles d Angleterre : Le comte d'Oxford est justijQé et mis en liberté» quoique la chambre basse lui fût fort contraire; elle continue à Tattaquer. — L'Académie des sciences examine un secret qu'on prétend avoir trouvé de rendre l'eau delà mer aussi bonne à boire que l'eau de fontaine^ et sans beaucoup de dépense. — Le cbiaoux turc qui est arrivé à Marseille ne vient, diton, en France que pour faire des propositions au comte de Saa-
ros (1) ; on prétend que ces propositions seront très-fortes et très-tentantes. Le Grand Seigneur veut exciter des mouvements en Transylvanie, où le comte de Saaros est fort désiré et fort regretté. Si c'est là le but de l'envoi du chiaoux^ le succès en est très-incertain ; il est sûr seulement que le comte de Saaros ne prendra départi que celui qu'il croira que sa conscience l'engage à prendre.
Lundi 19. — Conseil de régence le matin. — On a des lettres de Vienne, du 7, qui disent que l'armée des Turcs est en présence de Tarmée du prince Eugène, mais l'ambassadeur de Tempereur n'a point cette nouvelle. — M. le cardinal de Noailles a obtenu qu'on fit un petit changement à la lettre queM. le duc d'Orléans écrit aux évèques acceptants ; ce changement n'est que deux mots ajoutés, mais les évoques acceptants trouvent ces deux mots-là considérables, et en sont fort mortifiés. — On prétend que sur les vaisseaux que le roi d'Espagne envoie au secours des Vénitiens, il yahuitou dix mille hommes embarqués, commandés par le marquis de Lède, et que les Espagnols veulent faire quelque entreprise.
Mardi 20. — M. le duc d'Orléans alla au conseil de finances; le fils de M. de Fourqueuxya été reçu, et le père continue à être procureur général de la chambre des comptes. — M. le comte de Konigsegg me montra ici les lettres qu'il a reçues de Vienne du 7 et celles qu'il a reçues du prince Eugène du 28 du mois passé. 11 faut neuf jours à un courrier ordinaire de Belgrade à Vienne, car il y a près de deux cents lieues de France, et ces lettres, tant de Vienne que du prince Eugène, détruisent les nouvelles qu'on avoit reçues par ailleurs que l'armée des Turcs fût en présence de celle du prince Eugène ; ce prince mande qu'il n'a point de nouvelle de la marche des Turcs.
Mercredi 2i. — M. le duc d'Orléans travailla chez lui Faprès-dlnée avec les <îommissaires, qui examinèrent les
(1) Ragotzi.
propositions de M. lé duc de Noailles sur les finances; le duc de Noailles y alla, quoiqu'il ne se porte pas trop bien. Le matin M. le duc d'Orléans avoit travaillé à faire raccommodement de M. de Saillant et de M. de Cely*. Il les fit embrasser, et on renvoie M. de Cely à Metz» Il parolt que M. de SaiUant n'est pas content. — M. de Bezenval est mort ; il étoit lieutenant général, avoit été sous-lieutenant des gendarmes de la garde ; il avoit une pension de 1,000 écus et avoit quatre-vingts ans.
* Ce fut un étrange emploi pour un régent du royaume que celui que prit là M. le duc d'Orléans, de faire embrasser ces deux hommes, qui demeurèrent toujours ennemis et qui ne cessèrent point de donner entre eux force spectacles , que la simplicité et Timpatience de Saillant, et l'esprit, la malice et la folie de Harlay n'épargnèrent pas. Celui-ci étoit le fils unique du plénipotentiaire de Ryswick ; il avoit beaucoup d'esprit, encore plus de débauche, de saillies et de folies,. qui par leur singularité , la protection de sa famille, un bonheur singulier, et dans ces derniers temps, la protection ouverte du maréchal de Villeroy, dont la grand'mère étoît Harlay, fille dû célèbre Saney, le sauvèrent toujours , c'est trop peu dire, lui rendirent utiles jusqu'à ses incartades et à ses débauches publiques et indécentes, dont il ne s'est pu défaire étant intendant de Paris et conseiller d'État, et qu'il s'est mis sur le pied de se faire passer dans ces places, ce qui ne seroit pas pardonné à un mousquetaire. Il faut admirer les temps et les gens.
Jeudi 22. — Madame vint ici de Saint-Cloud dîner avec M. le duc d'Orléans, et entendit la comédie françoise de sa loge. Madame la duchesse d'Orléans n'a point voulu qu'on lui fit encore sa cour cette semaine *. — On croit que les troupes embarquées sur les vaisseaux espagnols pourroient bien être destinées à attaquer la Sardaigne ou pour quelque autre plus grande entreprise. Les Espagnols disent qu'on ne les embarque que pour aller relever la garnison de Majorque. Il y a d'autres avis encore qui disent que c'est pour faire lever aux Maures le siège de Ceuta. — M. de Harlay est à la dernière extrémité ; il a reçu tous ses sacrements et a depuis perdu toute connoissance.
" Madame la duchesse d'Orléans, avec infiniment d'esprit et plus que parfaitement instruite de ee qu'elle est née, par Madame et quelquefois awisi par Monsieur, ne s'est jamais pu défendre de se croire une fille de France, et qui avoit fait beaucoup d'honneur à M. le duc d'Orléans de descendre à Vépouser. Il n*a tenu continuellement qu'à elle, et dans tous les temps, d'étre.avee hii la phis heureuse femme de l'Eure^, et en tout ce qui a dépmdn de lui en tous les temps aussi, il ne sTest jamais lassé d'aller au-devant de tout pour la ren^e telle. Maisc'étoiC lui numquer de respect que d'avoir des maîtresses, quoiqu'elles ne parussent jamais devant elle , pas même depuis la mort du roi , et qu'elles n'influassent en rien sur ce qui regardoit ni elle, ni sa maison, ni ses enfants ; et depuis la mort du roi eUe n'a cessé de désoler M. le duc d'Oriéans sur ses frères, ni de pleurer et de gémir sur eux. H est vrai aussi, que depuis qu'ils ont été rétabHs, elle ne s'en est plus sou* <iée, ni guère eux d'elle, et que depuis la mort de M. le duc d'Orléans, ce sont peut-être les deux hommes de France qu'elle a le moins vus, et cela sans cause ni brouillerie entre elle et M. du Maine. Pour M. le comte de Toulouse, on peut juger, à ce qui vient d'être exposé, quelle a été l'indignation qu^elle a conçue de son mariage , quelque injuste qu'elle ait été.
Vendredi 23. — Les commissaires qui examinent les propositions de M. deNoailies, et qu'on appelle en badinant le comité , ont travaillé chez M. le duc d'Orléans depuis quatre heures jusqu'à neuf. — M. de Harlay est mort; on a ouvert son testament par lequel on sait qu'il laisse auxjésuites sa grande bibliothèque*. — Le jugement que le parlement doit rendre pour le mariage que M. d'Aïbret veut faire avec mademoiselle de Culant-Barbezieux fut remis à quinzaine ; la demoiselle n'a point été à l*audience. Elle y alla il y a huit jours, et quelques gens trouvèrent qu'elle avoit tort d'y avoir été. — M. de Harlay laisse beaucoup de manuscrits très-curieux et la plupart faits par feu M. le premier président son père ; il en laisse la jouissance à M. Chauvelin , l'avocat général, durant sa vie, et après sa mort ils seront remis dans la grande bibliothèque.
^Harlay, conseiller d'État, et fils unique du feu premier président, étoit digne d'être le fléau de son père, et son père d'être le sien, comme ils se le firent sentir toute leur vie, sans toutefois s'être jamais séparés
JUILLET i7i7. 195
4*hBbitation. On a vu qud étoit le père ; le fils avec moins d'esprit et une ambition démesuiée nourrie par ia plus folle vamité, avoitim esprit gnmdé, pédant, précieux, qui vouloit primer partout et qui couroit également après les sentences, qui toutefois ne couloient pas de source, et les bons mots qu'il rappeloît tristement de son père. Cétoit un <3empe9é étrange d'un magistrat dans Fécorce de Tancien temps et tu fetit fttattre de oelui-«i, avec tous les dégoûts de l^un et tous les ridijcnles de l'autre. Son ton de voii, jusqu'à sa démarebe et à son attitude^ tout étoit d'un mauvais comédien forcé : joueur par air, chasseur par faste, magnifique pour faire le grand seigneur, il se ruina autant quille put, avec un extérieur austère; presque autant et aussi ouverte- «nent débauché qu'un académiste. On ferett un livre, et fort divertismemi^ dm decnestique entre le père et k fils. Jamais ils se se parloieiit de rien, mais les billets marcfaoient à tous nM)ments d'une chambre à l'autre avec un caustique amer et souvent aussi factieux [sic]. Le père se levoit pour son fils toujours, même quand ils étoient seuls, ôtoit gravement son cliapeau, mdonnoît qu'on apportât un siège à M. de Harlay, «t ne se raaseyolt que lorsque le si^ étoit en place : c'étoient dâs compliments, et dans le leste un poids et une mesure de paroles; au fond, ils se détestoient réciproquement, et tous deux avoient raison. Lever rongeur du fils ainsi que du père, c'étoit de n'étrede rien, et cette rage le rendoit ennemi de presque tout ce qui avoit part au gouvernement, et frondeur de tout ce qui se faisoit : sa foiblesse et sa vanité ^ient là-dessus si pitoyables, que «achant très-bien qu'il n'y avoit ni affaire ni occasion qui lui pût attirer ni message de M. le duc d'Orléans, ni visite de personne des conseils, il défendoit souvent à ses gens, devant ceux qui les venoient voir, de lui laisser entrer personne quelque considérables qu'Ms fussent, même de la part de M. le duc d'Ortéans, parce qu'il vouloit être en repos , et qu'encore quelquefois «toit-il permis d'être avec ses amis et de reprendre haleine , et ces prétendus amis en rioient en eux-mêmes, et au partir de là, en alloient rire avec les leurs. Sa femme, qui étoit une démuselle de Bretagne, héritière très-riche et d'une grande vertu, fut avec iui une des plus 'malheureuses créatures du monde. Ils n'eurent qu'une fille unique, <fai lépousaun dernier fils du noaréchal de Luxembourg, qui est maintenant le maréchal de Montmorency. Le premier président avoit été rime damnée de M. de Luxembourg. M. d'Harlay mourut comme 9 afvoit vécu, et se ptutà faire un testament ridicule et à se moquer des jésuites en leur faisant un très-riche présent de livres dont il ôta tous ceux de dévotion, et de celui à qui il les donna, qui n'étoit pas friand de te^e lectun^ et bien connu pour tel.
Samedi 24.. ^-^ CooseU de régence. — Mort de H. Don-
gois 3 greffier en chef du parlement , à quatre-vingt-trois 'ans ; il avoit toujours été fort estimé. Un de ses petits-fds F Bvoit la survivance de sa charge ; ils s'appelle M. Gilbei*t Fet est frère de M. Gilbert de Voisins qui est maître des rejquétes et du conseil de finances. — L anibassadear de \ Tempereur a reçu la nouvelle tjue la tranchée devant (•fielgrade devoit être ouverte le 4 , et par le même cour- [Tierj arrivé de Vienne^ le maréchal de Villeroy a appris que le marquis d'Alincourl, son petit- fils^ qui y éloit demeuré malade , en étoit reparti au chaise de poste , et il J -rlecomptoit arrive à Tarmée présentement» — On discourt rbeaucoup sur la flotte du roi d'Espagne , mais personne 1 ne sait encore à quoi elle est destinée. On avoit cru d'à- S bord que le roi de Sicile entroit avec le roi d'Espagne îdans quelque entreprise sur les États de Fempereur en Litalie j mais il ne parolt pas que le roi de Sicile fasse faire raucun mouvement à ses troupes^ et son ambassadeur soutient qu'il n'a aucune connoissance du dessein du roi Vd' Espagne,
Dimanche 25> — Le roi alla à Bercy voir un cabinet de curiosités (1). — 11 y eut conseil de régence le matin. Les
(l) « Le 25 fie jurllet, le roi, accompagné de monseigneur le duc en Maine,
fie M. le maré^îijal de villeroy, de M, révoque de Fréjus^ di^ M. le prince
Charles el de sa cour ordinaire , partit du palais des Tuileries sur les qualre
' Jieiire^ et demie ilu soir peur aller se proinener à Bercy, qui €st à une petite
i Heue de Paris, lï alla descendre dans la uiaii^yn de M. Pajot d'Ons-en-Bray,
(laquelle, quoique uiédii>creinent grande^ est cependant très-bien enlenrîue. Elle
eiil surtout décorée d*nn (abinet où le maître de la maison a rassemblé, avec
Ijcaucoup de dépense el de cnriosité, tons les modèles de machines t^ui sont
comme autant de cbefs-d œuvre de la mécanique. Ces raretés sont placées en
différentes armoires dont la disposition intérieure se clidn{î,e d'un moment à
. l^autiepar des ressorts secrets qu'a inventés le fameux père Sébastien, tarme
' de la [>lace Maubert, qui ii Iravaillé clepuis plus de vingt ans à (ierfectioimer ce
cabinet de^slinë, après la movtilu possesseur, à TAcadémie des science-^. S. M. se
promena d'abord dans le jardin, oii on lit jouer les eaux, qui sont très-belles.
Elle vit ensuite la ménaj^erie, composée d'animaux rares ; après (juoi elle
riïonta aux appartements. Pendant ce temps-là on fît rafraîclur ses gardes ,
ses pa^eA et les Suisses de sa garde. M. Pajot montra à S. M. un excellent
miroir ardent ealiiné 25,000 livres^ qui dissout loule» soiles de métaux. Le roi
commissaires du conseil de guerre espèrent que par leur économie^ les dépenses de laguerre^ qui alloientà plus de quarante millions nuiront qu'à trente-six, dont il y aura trois millions pour les fortifications et trois millions pour les étapes. Le grand nombre d'officiers réformés augmentent fort les dépenses; il n'y a pas deux cent cinquante régiments en pied , et il y a encore sept cent dix colonels. — Outre la grande bibliothèque que M. de Harlay a donnée aux jésuites, il- en avoit une de livres de dévotion et de livres agréables qu'il a donnée par son testament au comte de Sillery.
Lundi 26. — Conseil de régence le matin. — M. le duc d'Orléans travailla toute l'après-dinée , et à sept heures il alla à Saint-Cloud voir Madame/ et puis alla souper à la Meutte, d'où il revint à onze heures. — Le pape remplit le 12 de ce mois les deux chapeaux vacants ; il y en a un pour Albéroni et l'autre est retenu inpello. — M. de Landivisiau , maître des requêtes et du conseil de commerce, aura une place dans le conseil du dedans du royaume. — M. deBroglio, gendre du feu chancelier Voisin, a obtenu de faire revivre en sa faveur là charge de feu Villarceaux, qui avoit été supprimée, et qui est la meute pour le lièvre.
Mardi 27. — M. le duo d'Orléans donna audience aux ambassadeurs et travailla toute la journée, et sur le soir il alla à rOpéra,dans la loge de madame de Berry , qui y étoit venue delà Meutte. — L'ambassadeur de Tempereur eut des nouvelles de Vienne et de l'armée ; la tranchée n'a point été ouverte le k comme on l'avoit cru , parce que les troupes étoienttrop fatiguées des travaux qu'ils avoient faits à la circonvallation et à la contrevallation; ils n'ont
eut le plaisir de voir fondre un louis d'or et plusieurs morceaux d'ader. H ▼oulut Yoir le laboratoire, suivi de toute sa cour ; S. M. fit attention è ce qu'il y avoit de plus curieux. Le roi descendit de là dans le jardin, et se promena sur la terrasse ; pendant qu'il faisoit collation on tira un feu d'artifice qui avoit été préparé sur l'eau. A huit heures le roi retourna au Louvre, fort content de sa promenade. » {Le Nouveau mercure^ vol. d'août, p. tio à 112.)
1S8 JOURNAL DE DAUGEAU.
point nouvelle que Farinée des Tur^s s'approdie d'eux. Les assiégés avoie&t fait sortir de la ville einquftiite calques pour attaquer le pont sur le Danube , mais deux vaisseaux de l'empereur, sur lesquels il y a beaucoup de canon y en ont coulé à fond quelques-unes et ont fait rentrer les autres dans la ville. On n'en sait pas eeeore le détail, car le courrier est parti de larmée ce jour-là.
Mercredi 38. — C'est M. d'Armenon ville qui monte à la place de conseUler d'État<Hdinaire, et M. le Guerchoks*, intendant de Frandie-Comté, qui aura la place desemestre. — H. le comte de la Marche , fils unique de M. le prince de Conty, a une assez grosse fièvre depiûs quelques jo«rs, et on craint que son mal n'augmente. *— Le roi lacques est parti de Rome^ où il a reçu toutes sortes d'honneurs et de bons traitements , et s^en va faire son séjour à Urbin. — Le roi de Sicile , qui étoit venu faire un tour on Savoie, a repassé les monts; le bruit oourt que ses troupes sont en mouven^nt et qu'il veut faire quelque entreprise.
*Le Guerebois avoit parole <le la première place de conseiller â*État dès la mort de Daguesseau, son beau-père. Ce fut le duc de Saint-Simon qui Tobtint, après avoir disputé avec M. le duc d'Orléans, la liste 4es maftres des requêtes à la main, pHis d'une grosse demi-beure, et qui «raeba que «ette parole «eroit de plus donnée au prcMsareur ^ iiénd, hem fipère 4e Guerchoôs, depuis chaoceUer. Saint-Simon avoit g9gné autrefois un procès considérable au parlement de Rouen contre le duc de Brissac, son beau-frère, et ses créanciers, où le Guerebois, procureur général , père de celui-ci, et sa femille favoient fort servi, et TamStié avoit toujours subsisté depuis. On rapporte te fait, tout 'léger qu'tf est, parce qu'il sert à montmr que k régent, avec toute sa facilité, donnoit souvent moms qu'il ne se laissoit auacher. Le icaie est qu'alors Saint-Simon, mécontent du procureur général sur les affaires des ducs et du parlement, le saluoit à peine et ne lui parla WûèBÊe jamak à cette oecasion.
Jewdi 29. — On «ut nouvelle d'un eombaft naval entx^ les flottes turque et vénitienne; on prétend que ce conîbat a duré trois jours et que les Vénitiens n'ont pas euTavaii-
JUILLET i7i7. 189
tage. On dit qu'ils y ont perdu deux Taisseaux et que leur vice-amiral a été tué. — • MM. les commissaires, qui examinent le mémoire de M. de Noailles , travaillèrent chez M. le chancelier comme ils ont fait depuis quelque temps. — M. le duc d'Orléans a donné à Jouy, mestre de camp de son régiment de cavalerie , l'expectative d'un cordon rou^e de l'ordre de Saint-Louis. — On parle fort d'un grand soulèvement en Transylvanie et que Beresini est à Ja tète des soulevés.
Vmdredi SO. — Le comité «^assembla encore pour travailler au mémoire de M. de NoaîUes; on commence à croire que cela finira la semaine qui vient. — La nuit, au Cours, il y eut une affaire entre madame la princesse de Rohan et M. de Pons, qui est attaché à madame la Duchesse. M. le duc d'Orléans quirevenoit de la Meutte, où il avoit soupe, arriva dans ce moment-là; la princesse de Rohan fit arrêter son carrosse, et se plaignit à lui. M. de Pons a fait quelques excuses à madame la princesse de Rohan, et l'affaire. Je crois, en demeurera là (1) . — U y a nouvelle que la flotte du roi d'Espagne a relâché à Majorque; on comprend moins que jamais quel est le dessein de cette flotte, ni ce que peut faire le roi d'Espagne en Italie, si le roi de Sicile ne joint point ses forces aux siennes.
Samedi 31« -^H. le duc d'Orléans dit le matin à M. de Tallard qu'il lui redonnoit dans le conseil de régence la place que le feu roi lui avoit donnée , et il y entra dès Taprès-dinée*. — Ont eut des nouvelles dusi^e de Belgiade du 10. La tranchée n'étoit pas «icore ouverte , et l'armée des Turcs , qu'on dit de plus deux cent mille hom-
(i) « Les promenades du Cours pendant la nuit sont pins ft^uente* que jamais^ à cause des cbaleurs excessives dont on «st inconniodé pendant la journée : on y reste jusqu'au jour. Ces assemblées nocturnes donnent lieu à beaucoup de petites Instoriettes qui se débitent le lendemain et que chacun charge à sa fantaisie de quelque circonstance maligne. » ( Mercure d*août , page 113.)
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mes, n'étoit plus qu'à cinq ou six journées du camp. — On avoit cru durant deux jours que M. le comte de la Marche étoit un peu mieux , mais son mal a fort augmenté ce soir, et on ne croit pas qu'il passe la nuit.
* Le maréchal deXallard, nommé par le testament du roi pour être du coDseil de régence, mouroit à petit feu de n'être de rien, et périssoit entre la politique et la rage. Il vouloit, disoit-il dans les commencements, porter écrit sur son dos le testament du feu roi, et il se retira à la Planchette, près Paris, d'où ses inquiétudes et l'ennui le ramenèrent au bout d'un an. Il étoit intimement lié avec les Rohan, mais avec servitude, et ne l'étoit pas moins de tout temps, et encore plus de la même façon, avec le maréchal de Villeroy. Les affaires importantes avoient déjà pris le chemin unique du cabinet du régent, qui se laissa aller au maréchal de Villeroy, et qui, sortant de ces mouvements bâtards et de noble^sse, crut se rallier un groupe de gens considérables, en levant l'excommunication civile sous laquelle Tallard gémissoit, qui n'allant presque jamais au Palais-Royal, fut ainsi admis comme tout à coup au conseil de régence. Sa joie fut si grande qu'elle en parut indécente, mais ce ne fot pas tout. Deux jours après il entra au conseil pour la première fois; vers le milieu, Saint-Simon, qui étoit de l'autre côté de la table, le vit rougir, pâlir, frétiller sur son siège et fort embarrassé de soi ; il dit à M. le duc d'Orléans qu'il croyoit que Tallard se trouvoit mal, et celui-ci ne se flt pas prier de sortir, et rentra quelque temps après. Il lui dit au sortir du conseil qu'il lui avoit sauvé la vie, qu'il avoit indiscrètement pris de la rhubarbe le matm, qu'il venoit de mettre la chaise percée du maréchal de Villeroy comble, et qu'il ne savoit ce qu'il seroit devenu, parce que jamais il n'auroit osé demander permission de sortir. Saint-Simon en rit de bon cœur et ne prit pas le change de la rhubarbe. Tallard étoit trop aise pour avoir oublié le conseil , et trop avisé pour avoir pris ce jour-là de quoi se purger. Il s'étoit présenté une difficulté entre les maréchaux d'Estrées et de Tallard, lorsque ce dernier entra au conseil de régence, où le premier entroit lorsqu'il s'agissoit d'affaires de marine, et avec les présidents des conseils lorsqu'ils s'y trouvoient pour des affaires extraordinaires où on les appeloit tous. Le duc de Saint-Simon avertit Tallard de ne pas céder au maréchal d'Estrées, et comme Tallard fut nommé la surveille d'un conseil de régence , il ne reçut cet avis qu'un moment devant d'y entrer, n en fit l'honnêteté au maréchal d'Estrées, et tous deux en parlèrent à M. le duc d'Orléans lorsqu'il arriva, tellement que lorsqu'on se mit en place, ils se tinrent debout derrière, l'un auprès de l'autre, et par l'ordre du régent voulurent exposer le fait pour être
jugé. Estrées parla le premier;Tallard étourdi du bateau, s'embarrassa ; iSaint-Simon qui sentit qu'il s'en tireroit mal , prit son temps d'une légère pause que le trouble faîsoit faire à Tallard, et proposa au régent que s'il avoit agréable de prier les deux maréchaux de passer dans l'antichambre, il remettroit aisément au conseil le point de la difficulté qui étoit entre eux, et que les opinions seroient plus libres en leur absence. Tallard^ ravi d'être déchargé de plaider sa cause, témoigna qu'il sortiroit volontiers ; le maréchal d'Estrées n'en fit point de difficulté, et M. le duc d'Orléans leur dit qu'en effet cela seroit mieux de la sorte, et qu'on les rappelleroit incontinent. Ils sortirent donc, et M. de Saint- Simon exposa au conseil ce dont il s'agissoit. Tous deux étoient maréchaux de France et de ce côté-là, Estrées étoit l'ancien de Tallard , mais Tallard étoit duc vérifié au parlement, et le maréchal d'Estrées, grand d'Espagne plus ancien que l'autre n'étoit duc. Point de difficulté qu'à ce titre il ne précédât Tallard aux cérémonies de l'Ordre qu'ils avoient tous deux, et en toutes les cérémonies de la cojur, mais il avoit été réglé, dès la première fois que le conseil de régence s'étoit assemblé, comme on l'a vu en son lieu, que le maréchal de Villars y précéderoit le maréchal d'Harcourt, celui-ci beaucoup plus ancien duc vérifié que l'autre, mais Villars plus ancien pairqu'Harcourt, parce qua le conseil se devoit régler pour les séances comme elles le sont au parlement, aux états généraux et aux cérémonies de l'État, où la pairie l'emporte sur tout le reste. Par cette règle des rangs , il résultoit, qu'entre deux hommes qui n'étoient pas pairs, mais dont l'office de la couronne étoit effacé pour le rang par une autre dignité, c'étoit cette digm'té çipérieure à leur office qui devoit régler leur rang. Ces deux dignités étoient l'une de l'État , l'autre étrangère. Cette étrangère rouloit en égalité par ancienneté avec la première de l'État 4ans les cérémonies de la cour, mais ne pouvoit comme telle être admise dans une séance qui se régloit pour le rang par la pairie , puisqu'il s'y agîssoit [sic]àe matières d'État où elle ne pouvoit avoir aucune part, au lieu que la dignité de duc vérifié étant une dignité réelle et effective du royaume , avoit . comme telle , caractère pour être admise aux affaires du royaume et n'y pouvoit être admise que dans le rang qui lui appartenoit ; d'où il résultoit que la préséance demeurant au maréchal d'Estrées sur le maréchal de Tallard à la cour, ce dernier l'avoit de droit sur l'autre dans les cérémonies de l'État et singulièrement dans les séances du conseil destiné à suppléer en tout à la minorité du roi pour le gouvernement de l'État. Cet exposé que Saint-Simon étendit davantage frappa tout le conseil , qui tout d'une voix opina pour Tallard. M. le duc d'Orléans prononça ; la Vriiiière écrivit la décision sur les registres du conseil de régence, et aussitôt après les deux maréchaux furent mandés, et la Vriiiière les alla appe-
1er. Uft s'approchèrent derrière eeux du eooseil qui s'étant rassis, et les maréchaux demeurés dehout derrière eux, Tun auprès de Fautre, M. le duc d'Orléans leur prononçais décisioB qui venoit d'être faite, avec un petit compliment au bout au maréchal d'Estrées, qui prit fort galam* ment la chose etTallard fort modestement. Le régent leur dit ensuite de (Hrendre ieuis places, et ils la prirent en même temps où leur rang IcB plaçoit, soivant ce qui venmt d'être jugé.
Dimanche V'août. — Il y eut conseil de régence le matin. — M. le comte de la Marche mourut la nuit passée; on ne sait point encore si la cour prendra le deuil ; H. le duc d'Orléans saura ce que M. le prince de Cpoty et madame sa mère souhaitent sur cela. — M. de la Force porto hier au conseil de régence le vingtième et dernier rôle des taxes des gens d'affaires qui n'a voient pas encore été réglées depuis la cassation de la chambre de justice, etilne va pas si loin qu'on avoitcru, quoique beaucoup de gens soient compris dans ce dernier rôle. — Madame la duchesse d'Orléans va à Saint-Cloud^ où elle demeurera jusqu'à vendredi ; M. le duc de Chartres et mademoiselle de Valois y vont aussi.
Lundi 2. — Conseil de régence. — On prendra le deuil de M. le comte de la Marche*; le roi le portera huit ou dix jours et M. le duc d'Orléans le portera trois semaines. — Il y a des lettres de Belgrade du 12 juillet; la tranchée n'étoît pas encore ouverte. On avoit résolu d'attaquer une redoute, et le comte de Mercy devoit commander cette attaque ; mais il tomba en apoplexie le 10^ et est demeuré sourd et aveugle. L'armée des Turcs est en marche et est en deçà de Nissa. — Fontanieu, qui a Fintendance des meubles de la couronne, a obtenu pour son fils la survivance de sa charge. — Le bruit continue et augmente d'un grand soulèvement^en Transylvanie; le comte deSaaros est toujours aux Camaldules, où il parroit fort tranquille ; cependant^beaucoup de gens croyent qu'il partira.
Mardi 3. — Il y a chez M. Biouin, à Versailles, un mé-
itOUT 1717. I4S
deein qui préteii^d avoir cent ans passés et qui n'en paroit pas cinquante ; il prétend avoir un remède universel ^ et dit que c'est la pierre philosophale ; il se dit rose-croix et qu'il attend un de ses camarades qui a quatre cents ans passés. Ces fables^là. trouvent peu de créance^ mais il y a des gens qui ne laissent pas de les écouter ; cela finira apparemment par reconnoitre que c'est un fripon. — Le ministre du roi de Suède qui avoit été arrêté en Angleterre a été remis en liberté , et on lui donne im vaisseau pour \$ remener en Suède ; on en use de même en Hollande pour un autre ministre de ce roi qu'on y avoit tait arrêter aussi. Cela fait juger que les rois d'Angleterre eide Suède sont raccommodés^ et cela fait bien espérer pour la paix du Nord.
Mercredi 4. — Il y a des lettres du camp de devant Belgrade qui parlent d'un sérieux orage^ et que les ponts que les Impériaux ont faits sur le Danube et sur la Save eut été rompus, et que plusieurs bateaux ont été emportés ; la trancbée n'étoit pas encore ouverte^ et cet accidentlà en retardera peut-être l'ouverture. — M. le duo d'Al- Iret a obtenu le gouvernement d'Auvergne, sur la déxnission qu'en a faite M. le duc de Bouillon^ son père^ qui avoit 100,000 écus de brevet de retenue sur le gouvernement. M. le duc d'Albret s'accommode aveo H. son ;père sur le payement de ces 100^000 écus^ et l'on croit que H. de BouiUon assurera à mademoiselle sa fille une grande partie de cette somme; elle la mérite bien par sa vertu et par l'attachement qu'elle a tom'ours eu pour H. son père. On donne à M. d'Albret 100,000 écus de brevet de retenue sur ce gouvernement.
Jeudi 5. — Tous les gens qui composent le comité dînèrent chez M. le chancelier et y travaillèrent huit heures ; mais comme la besogné est difficile^ on croit que cela durera encore tout ce mois-ci. — La nouvelle est venue que la flotte espagnole est partie de Barcelone^ et Ton raisonne fort diversement sur le dessein qu'elle
a. — M. de Cely, qu'on n'appelle plus présentement que M. de Harlay, a perdu son fils unique, qui avoit seize ans, il y avoit quatre branches de cette maison-là, qui sera éteinte si M. de Cely n'apoint d'autres enfants, — Le marquis de Tessé, second fils du maréchal, et qui étoit abbé autrefois, a eu depuis quelques jours la charge de capitaine de l'étendard, qui vaut environ 4,000 francs d'appointements et qui lui donne rang de capitaine de galères. Vendredi 6. — M. le maréchal de Tessé a quitté sa place dans le conseil de marine, disant à M. le duc d'Orléans qu'il n'y étoit point propre ; il conservera la pension des conseillers de ce conseil*. — Madame la duchesse d'Orléans, qui est à Saint-Cloud, en devoit revenir aujourd'hui, mais Madame Ta priée d'y demeurer encore quelques jours, et elle ne reviendra que lundi. Pendant le séjour qu'elle y a fait. Madame a souhaité qu'elle allât voir madame de Berry à la Meutte, et elle y a accompagnée Madame **. — M. d'Ancenis vend le régiment de cavalerie de Bretagne au marquis de Janson, qui lui donne 100,000 francs argent comptant.
* Le maréchal de Tessé étoit de longue main plus que hors de portée de M. le duc d'Orléans. Il avoit tiré bon parti de sa charge de général des galères qui avoit été le prétexte de le mettre du conseil de marine, où son métier étoit de n'entendre rien. Il se croyoit retiré aux Camaldules, où il voyoit force compagnies d'hommes et de femmes à qui il donnoit souvent à manger et à coucher, et venoit toutes les semaines coucher une nuit ou deux, et quelquefois plus, à Paris, où il se croyoit aussi retiré qu'aux Camaldules dans un appartement aux Incurables , où il ne se tenoit guère que pour coucher et y donner à manger. Il crut donc donner un vernis de plus à sa retraite et à ses anciennes liaisons, de quitter ce conseil de marine, sans préjudice de sa bourse.
** Les brouilleries étoient fréquentes entre une mère et une fille aussi glorieuses l'une que l'autre; une fille indignée d'avoir une mère bâtarde, et qui , sur des sujets sensibles, s'étoit quelquefois hasardée de faire la mère; une fille enfin, qui pouvoit beaucoup trop sur un père, maître de l'État.
Samedi 7. — M. le duc d'Orléans alla le matin au conseil du dedans du royaume; on devoit agiter l'affaire de