‹ Journal du marquis de Dangeau (volume 2)Chapitre 8 sur 12 · MM · texte numérisé non relu

MM

Arpajon.

ChoiseuUBeanpré.

Prince dlsenghien.

Grancey.

Montmain.

iCar&ccioli.

Tressemannes.

^■CSSc*

Maupeou.

Me de Chaulnes.

Le Guerchois.

J^^HlSlS*

Chevalier de Pezeux.

flrignan.

La Marck.

tquen.

Broglie.

valier d'Hantefort.

Mimeurs.

ivau.

Maréchaux de

camp.

Moilviel raiué.

MM. Leuville.

D'eItou ville.

Maillebois.

Dadk.

Vatteville.

DestAches, de l'artillerie

D'Auzevîlle.

Àlter^tt,Suisse.

Boudeville.

PontiA capitaine aux gar-

Belle-Isle, mestre|de camp

defll

général des dragons.

Hautilrt de Bosen.

Livry.

Su bB.

Beringheu.

JUmLt.

Cloys, des carabiniers.

Hirohes.

Cappy.

Nugent.

Sandricourt.

D'Harling.

Rouvray.

La Combe, ingénieur.

Simiane.

LaFare.

La Loge dlmécourt.

Ceberet.

Courtade.

Beirieux.

Du Tronc.

Nisas.

Melnn.

Mat

my.

M. le garde des sceaux porta à M. le régent les remon^ tranees du parlement de Bretagne; elles sont différentes de celles qu'on avoit envoyées d'abord et qu'on n'avoii pas voulu recevoir, etle roi verra les députés de ce parlement. — Madame la duchesse d'Orléans a pris madame de Simiane pour être auprès d'elle comme une de ses

264 JOURNAL DE DAJNGEAU.

dames ; ainsi, elle en a présentement cinq. — La cour de Lorrainealla àl'Opéra, et puis ils soupèrent auLuxembourg chez madame la duchesse de Berry. — M. de Montaubaii) second fils du prince de Guémené, a le régiment de Picardie dont on avoit laissé la disposition à M. le prince de Rohan, et M. de Montauban, qui étoit guidon des gendarmes, cède son guidon, à son frère aîné, qui épouse mademoiselle de Rohan,

Mercredi 9. — On dansa le nouveau petit ballet chez le roi. Madame la duchesse de Lorraine y étoit. — M. de Lorraine alla courre le cerf dans la forêt de Saint-Germain avec les chiens de M. le Duc, qui lui donna un retour de chasse au Val. — M. le prince de Conty achète le régiment de Beringhen ; le maréchal de Villars celui du Tronc pour son fils, et le maréchal de Bezons, celui de Livry pour son fils. On n'a point encore disposé des régiments d'infanterie ni des régiments de dragons que les colonels seront obligés de vendre par la promotion qu'on vient de faire , parce qu'on ne peut conserver de régiment quand on est maréchal de camp. M. le prince de Conty donnera son régiment au marquis de la Noue, son premier écuyer. On ne fera la promotion des brigadiers qu'au mois de mai, quand les inspecteurs seront revenus de leur tournée.

Jeudi 10. — M. et madame de Lorraine allèrent à Chelles voir Mademoiselle; ils avoient dîné ici de bonne heure pour cela; ils avoient dans leurs carrosses madame de Marey et madame de Craon; madame de Lorraine fit mettre madame de Marey dans le fond, auprès d'elle. — Le prince Frédéric d'Auvergne monte à la place de capitulaire à Strasbourg par la mort d'un prince de Furstemberg, évêquede La van en Carinthie, et s'en va à Strasbourg pour en prendre possession. La place de domicellaire vaque par là. Le prince Frédéric a fait encore une affaire avec l'abbé d'Auvergne son frère ; il lui cède son abbaye de la Valasse qu^on vient de lui donner, et l'abbé

d'Auvergne lui donne le prieuré du Saint-Esprit. Il avoit déjà 5^000 livres de pension sur ce prieuré, qui en vaut 13,000; l'abbaye de la Valasse, qu'il cède à l'abbé d'Auvergne, en vaut 11,000, et il retient i ,000 écus de pension dessus, si bien qu'il aura toujours le même revenu. — L'abbé de Clairvaux est mort ; cette abbaye vaut plus de 40,000 écus de rente.

Vendredi 11. — M. le duc d'Orléans alla au conseil de finances, qui ne finit qu'à deux heures et demie ; on y arrêta les comptes du trésor royal de l'année 1711. — Madame la duchesse de Berry alla à l'Opéra, et fut longtemps dans la loge de madame le duchesse d'Orléans avant que de retourner dans la sienne. Madame étoit à TOpéra aussi avec M. de Chartres et mademoiselle de Valois. M. le duc d'Orléans et M. de Lorraine n'y allèrent point. — M. Fagon* est mort; c'étoit un homme d'un grand mérite et qui depuis la mort du feu roi, dont il étoit premier médecin , s'étoit retiré au Jardin Royal, où il vivoit fort soUtaire, ne voulant pas même voir ses meilleurs amis (1). — On a remis les quatre sols pour livre sur les entrées de Paris, qu'on prétend qui ne faisoient pas un grand soulagement, et qu'on juge nécessaire de rétablir pour faire mieux payer les rentes de la ville qui sont payées par les fermiers généraux, lesquels avoient représenté que leurs fermes diminuoient par la suppression de ces quatre sols pour livre, et qu'ainsi ils ne pouvoient payer la maison de ville assez régulièrement.

(1) « Le 12 toute la cour a foit complimenta M. Fagon, conseiller au conseil des finances, sur la moit de M. Fagon son père, décédé la veille. On parle fort de son testament, qui ne contient que deux lignes. Ilrecommande son âme à Dieu, implore sa miséricorde et fait M. son fils son légataire universel et signe : Fagon. Le billet d'enterrement que M. Fagon son fils a envoyé à ses amis et parents n'est pas moins simple. Messieurs et Dames sont priés cTassister à Venterrement de M, Fagon, docteur en médecine, décédé au Jardin Royal. Il sera enterré à Saint-Médard, sa paroisse. » (Mercure de mars, page 147.)

* On a vu en plusieurs de ces notes quel étoit oe savant médecin et adroit courtisan : il suffira d'ajouter ici que le premier médecin étant Tunique charge qui se perde à la mort du roi, Fagon se retira au Jardio Royal des plantes, qui lui avoit été laissé, et où il avoit un beau logement; il y demeura fort solitaire dans l'amusement des plantes curieuses et rares et des sciences et des belles-lettres, qu'il avoit toujours aimées. Dans cette retraite il se réveilla sur un avenir prochain dont il avoit toujourg paru faire peu de cas en philosophe. 11 devmt croyant et pénitent, et il finit par une maladie dont il avoit contracté le commencement pour avoir opiniâtrement voulu aller à Noël à la messe de minuit, lui qui à la cour n'y alloit que les fêtes et dimanches, par la force d'une nécessité de bienséance. 11 n'avoit que deux fils, l'un conseiller d'État et au conseil royal des finances peu après, et qui a aujourd'hui et depuis longtemps d'autant plus de part en leur administration , qu'il en a sagement par deux fois refusé le contrôle général. L'autre, qui a moins d'esprit et de mé* rite, a celui de ne sortir presque jamais de Vannes, dont il est évéque.

Samedi 12. — Il n'y eut point de conseil de régence. — Madame de Lorraine alla à la foire, et vit chez la Baron un spectacle qui réjouit tout Paris et où on va plus qu'à l'opéra et à la comédie ; au sortir de ce spectacle madame de Lorraine alla se promener dans la foire. — M. le prince de Vaudemont partit pour Commercy. — M. de Magny est sorti de la Bastille, à la prière de madame la duchesse de Berry. — Courten, Suisse , qui avoit été oublié parmi les officiers généraux, et qui devoit être, par son rang, (juasi à la tête de la promotion, y a été remisa la sollicitation de M. du Maine ; c'est un digne officier et fort estimé. — Mademoiselle de Villefranche, la cadette, qui suivit madame sa mère en Dauphiné, l'année passée, épouse M. de Saint-Auban, dont on dit beaucoup de bien , qui est homme de condition et qui est assez riche.

Dimanche 13. — Le roi reçut les remontrances du parlement de Bretagne ; S. M. reçut aussi la harangue des États d'Artois; c'étoitM. de Saint-Omer qui porloit la parole. — Dans le conseil de régence qui fut tenu le matin, on régla quelques affaires de finances, parce qu'on n'avoit point tenu hier le conseil , et c'est les samedis qu'on traite au conseil de régence les affaires de finances. On

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parla aussi des affaires étrangères , comme on a accoutumé ce joup-là. Le maréchal de Villars, qui n'entroit au conseil que les lundis , quand on rapporte les affaires de guerre^ dont il est président , prit sa place au conseil de régence. H. le duc d'Orléans le met de ce conseil et il de* meure président du conseil de guerre; ainsi il est mieux qu'il n'étoit, et les petits dégoûts qu'il avoit eus sont bien réparés. — Madame alla aux Carmélites, et y mena ma*dame de Lorraine. Madame la duchesse de Berry y alla aussi de son côté. M. de Lorraine dîna chez l'ambassadeur de Tempereur. — M. le cardinal de Rohan partit pour Saverne.

Lundi 14. — On joua chez le roi la comédie de Pour^ ceaugnaCy où S. M. prit assez de plaisir. — Il y eut conseil de régence. — Parmi les maréchaux de camp qu'on a faits , il y en a douze, en comptantles régiments du Maine et de Toulouse, qui ontdes régiments d'infanterie à vendre, et il y a déjà plus de quatre-vingts personnes qui demandent l'agrément pour en acheter; cela doit être réglé incessamment *. — Madame et M. le duc d'Orléans ont fait chacun un présent à madame de Lorraine, très-agréable et très-magnifique. La cour de Lorraine a prolongé son séjour ici et n'en partira que de lundi en huit jours. — n y a quelques brigadiers, de ceux qui n'ont point été faits maréchaux de camp, qui demandent à vendre leurs régiments et on ne souffrira point que tous ceux qui achèteront payent plus que ce à quoi les régiments sont taxés. M. le duc d'Orléans a trouvé mauvais que des colonels, depuis quelques temps, aient vendu leurs régiments plus qu'ils ne sont taxés.

* On peut juger de Tégalité et conséquemment de la confusion où tout le monde commençoit à tomber par un si étrange nombre de gens à pcntée en effet, ]>arce qu'Us prétendirent y être,* d'obtenir des régiments. Ce désordre en tout genre ne fit que croître dans la suite et acheva de tout défigurer.

Mardi 15. — Madame la duchesse de Berry, M. le duc

d'Orléans et madame de Lorraine allèrent à Saint-Gloud. Madame la duchesse de Berry y alla dès le matin et s'y baigna; ils firent ce qu'on appelle un retour de chasse^ à cinq heures, dans la petite maison de madame de Marey, et y demeurèrent à table jusqu'à dix heures. M. de Lorraine soupa chez la comtesse d'Harcourt, où il y eut illuminations , grande musique et grand jeu. — J'appris que depuis la mort du prince Camille, M. de Lorraine donnoit au comte d'Harcourt la pension de 25,000 francs (monnoie de Lorraine, qui ne font que i 6,000 francs de France) qu'il donnoit au prince Camille.

Voici la liste de ceux qu'on a choisis pour acheter les régiments qui sont à vendre.

Régiments d'infanterie.

Leuville au duc de Richelieu.

Bouf fiers au prince de Pons.

Touraine au duc de Montmorency.

Maine à Valence, colonel réformé.

Perche au chevalier de Rieux.

Sourches à Saint-Simon, lieutenant aux

gardes.

Provence au chevalier de Rullion.

Toulouse àd'O.

Guyenne au marquis de Rrezé, fils de M. de

Dreux.

Béam à Crussol.

Hainaut au comte de Laumont, capitaine

au régiment du roi.

Luxembourg à de Morgues, capitaine au régiment Dauphin.

Auxerrois au comte d'Oisy.

Mercredi 16. — Outre les douze régiments d'infanterie de ceux qui ont été faits maréchaux de camp, Belle-Isle, qui étoit colonel d' Auxerrois, a demandé à s'en défaire, et on a donné l'agrément au comte d'Oisy, fils du premier mari de madame la comtesse d'Oisy ; c'est ce qui fait qu'ils

sont treize dans la liste. — On parle fort de faire quatre intendants des finances et on nomme pour ces quatre charges MM. de Caumartin, de la Houssaye, Fagon et d'Ormesson; mais ces bruits-là sont fort incertains. — M. le cardinal de Polignac a pris la résolution de se faire prêtre, et dès qu'il aura fini des procès qui l'occupent fort présentement, il se mettra en retraite pour cela. — Le jeune Montgon , enseigne de gendarmerie , et qui est fort dans la dévotion, vend sa charge pour payer une partie des dettes de son père, qui est fort mal dans ses affaires*.

* On n'a guère compris cette retraite de Montgon , ou plutôt ce changement d'état d'un fils unique, qui n'avoit rien du côté du monde, de sa famille , ni de sa fortune qui le dût dégoûter ; mais ce qui surprit bien davantage , fut de le voir rentrer par un autre côté plus avant que jamais dans le monde qu'il avoit quitté, après une longue préparation au sacerdoce , dans la plus profonde retraite au séminaire de Saint- Sulpice, dès le lendemain qu'il fut prêtre ; son mystérieux voyage en Espagne, où il n'étoit connu du roi ni de personne, pas même du confesseur qui le produisit sur la foi des jésuites d'ici ; la négociation par laquelle il raccommoda M. le Duc du renvoi de l'infante ; son retour ici pour se brouiller de plus en plus avec le premier ministre successeur de M. le Duc ; son second voyage furtif en Espagne ; son ambition et ses folles espérances d'y entrer dans les affaires et d'en obtenir la nomination au cardinalat ; enfin son éclat contre les ministres et les confesseurs de LL. MM. CC. et contre M. le cardinal de Fleury; son renvoi honteux d'Espagne et son exil en Auvergne, où il a tout loisir de faire des réflexions.

Jeudi 17. — Les gens du roi allèrent chez M. le duc d'Orléans, le parlement devant s'assembler samedi pour délibérer sur une lettre que l'archevêque de Reims avoit écrite à M. le duc d'Orléans, dont ce prince lui avoit demandé la suppression ; elle a été imprimée, et le nom de Tarchevêque au bas. Le parlement parolt fort en colère contre cette lettre, et les chambres doivent s'assembler samedi. — M. le duc d'Orléans donna une longue audience au cardinal de Polignac, à qui on avoit rendu de mauvais offices dont il s'est bien justifié *. — M. le duc

d'Orléans renvoie à Rennes le président de Rochefort et le conseiller de ce parlement qui avoieut eu des letfares de cachet pour venir ici, après leur avoir fait une petite réprimande. On fait revenir aussi les trois gentilshommes bretons qui avoient été exilés, et on leur donne ordre de repasser par ici ; on leur fera une petite réprimande et puis on les renverra en Bretagne.

* Le cardinal de Polignac étoit depuis longues années dans la plus intime confiance de toutes les heures de madame du Maine et sur le même pied avec.M. du Maine. On peut juger de sa justification auprès du régent à tout ce qui se brassoit et qu'on n'apercevoit pourtant encore que fort imparfaitement , mais assez pour que M. le duc d'Orléans sût à quoi s'en tenir avec M. et madame du Maine et par conséquent avec le cardinal de Polignac, dont le frère venoit de sortir de prison, pour la requête que lui, sixième, avoit présentée, et qui n'avoH pas été faite sans M. et madame du Maine et le même cardinal.

Vendredi 18. — M. de Lorraine alla à Chantilly. — Il n'y aura point demain de conseil de régence ; il n'y en eut point samedi passé non plus. — On va faire imprimer un projet sur quelques changements qu'on veut faire dans la paye des troupes et qu'on appelle le projet de M. de Broglie *, qui propose plusieurs changements et surtout pour les étapes; presque tous les maréchaux de France sont contre ce projet. — M. de Ménars, président à mortier, est mort dans sa maison de Ménars. M. de Maupeou va entrer en possession de sa charge. On dit que M. de Bailleul-Chàteaugontier, président à mortier, veut se défaire de sa charge. — Le neveu de M. de Caraman a acheté le régiment de cavalerie de Berry 100,000 francs et M. de Riomsa acheté de Vatteville le régiment dragons- Dauphin 40,000 écus. Les régiments royaux ne sont point taxés.

* Quel étoit ce M. Broglie, et comment parvenu? on en a vu quelque chose ailleurs dans ces notes. Il suffit de dire ici , que non content de s'être fourré, à titre de roué qu'il méritoil mieux qu'aucun, dans les soupers de M. le duc d'Orléans , il voulut s'introduire dans les affaires, et fit un projet parfaitement semblable à celui du donneur

d'avis de Molière , de mettre toutes les côtes en ports de mer. Sous prétexte de remédier à toutes les fripomieries des étapiers et des logements des troupes passant pays , il proposa sérieusement d'obliger toutes les communautés, qui en étoient partout le passage ordinaire, de faire des magasins de tout et de construire des casernes. Il séduisit Puységur arec son babil, et poussa si bien sa pointe auprès du régent, que malgré l'avis de tout le conseil de guerre, de tous les maréchaux de France , de tous les directeurs et inspecteurs , de tout le vieux militaire, de tous les intendants, il parvint à le faire ordonner et exécuter. On n'y fut pas bien avancé qu'on en reconnut le dommage, la folie et l'impossibilité. Il en coûta au roi, et fort cher aux communautés , qui les premières furent obligées d'obéir, et on en demeura là , et à chercher ce qu'il falloit faire d'abord , c'est-à-dire à diminuer les friponneries et les monopoles en ce genre ; mais comme en France tout échappe à la punition^ il ne faut pas s'étonner si en connoissant bien tous les abus , on n'est pas encore parvenu à en diminuer aucun et qu'on les voie se multiplier tous les jours.

Samedi 19. — Il n'y eut point de conseil de régence. — M. de Lorraine, qui est à Chantilly d'hier, n'en reviendra que demain. — Madame la duchesse d'Orléans se trouva fort incommodée d'une grande colique ; elle fut saignée le soir. Madame la duchesse de Berry demeura auprès d'elle , et renvoya madame de Mouchy au Luxembourg pour dire qu'il n'y auroit point de jeu. — Le parlement s'assembla, et condamna la lettre de M. l'archevêque de Reims à être brûlée par la main du bourreau, ce qui doit être exécuté lundi. — M. le duc d'Orléans et madame de Lorraine allèrent faire médianoche au Luxembourg, chez madame la duchesse de Berry. — Le maréchal d'Huxelles entrera à tous les conseils de régence ; il n'y entroit auparavant que le dimanche, jour auquel on parle des affaires étrangères.

Dimanche 20. — Le roi entendit le sermon du P. Massillon, nommé à l'évêchéde Glermont. — 11 y eut conseil de régence le matin, et M. le duc de Chartres en sortit, se trouvant un peu incommodé. Madame la duchesse d'Orléans, sa mère, fut saignée du pied à quatre heures après midi; ses douleurs de coliques sont un peu dimi-

nuées , mais la fièvre est toujours aussi forte. — M. d'Heudicourt avoit voulu se mariera une fille qu'il aime depuis longtemps; sa famille s'y eèt opposée et a obtenu une lettre de cachet pour faire renfermer cette fille , soupçonnée d'une très-mauvaise conduite. M. d'Heudicourt, pour faire lever les oppositions de sa famille et faire remettre en liberté sa maltresse, cède sa charge de grand louvetier à son fils , qu'il lui avoit promis quand ce fils épousa mademoiselle de Surville et qu'il n'avoit point exécuté, et il fait une donation à son fils de tout son bien , ne se réservant que 10,000 écus pour pouvoir en disposer à sa mort; mais iljouira, sa vie durant, des revenus. Moyennant cet accommodement, sa famille a obtenu qu'on renilt la fille en liberté.

Lundi 21. — M. le duc d'Orléans, au sortir du conseil de régence, alla dîner au Luxembourg avec madame sa fille. Madame la duchesse de Berry avoit passé la nuit jusqu'à cinq heures chez madame la duchesse d'Orléans, qu'on devoit saigner encore; mais la nuit fut si douce qu'on ne l'a point saignée ; elle n'a quasi point eu de douleurs de toute la journée, et la fièvre est fort diminuée , si bien qu'on la croit hors d'affaire. — Le maréchal d'Huxelles prit sa place au conseil de régence. — On fait partir les inspecteurs au commencement du mois qui vient , et dès le mois de mai , ils feront exécuter les nouveaux règlements faits sur les troupes, quoique les maréchaux de France ne les approuvent pas. Les lettres qu'on a envoyées aux inspecteurs pour les faire partir ne sont signées que de M. le duc d'Orléans. — On a sursis à l'exécution de l'arrêt du parlement contre la lettre de M. l'archevêque de Reims.

Mardi 22. — Madame la duchesse d'Orléans passa la journée assez doucement; elle est hors de tout danger; mais elle a encore un peu de fièvre. Madame la duchesse de Berry y vint le matin et l'après-dlnée, et on ne peut pas témoigner plus d'amitié et d'attachement qu'elle en

témoigne à madame sa mère dans cette maladie-ci. M. et madame de Lorraine allèrent dîner à Choisy chez madame la princesse de Conty, fille du roi ; ils en revinrent à six heures, et entrèrent dans la chambre de madame la duchesse d'Orléans. — M. de Chemerolles, second fils de M. de Saumery, va en Bavière relever M. son frère aîné, en la même qualité d'envoyé du roi. M. de Chemerolles avoit le régiment Royal-Roussillon, qu'il vend au chevalier de Louvois , second fils de M. de Courtenvaux, qui lui en donne 115,000 francs. — Madame la duchesse d'Orléans se portoit si bien que madame de Lorraine et mademoiselle de Valois allèrent à sept heures à rOpéra. — La lettre de M. l'archevêque de Reims fut brûlée ; mais ce ne fut pas par la main du bourreau.

Mercredi 23. — Madame la duchesse d'Orléans n'a quasi plus de fièvre ; il lui reste encore quelques douleurs, mais cela va toujours de mieux en mieux. La petite incommodité qu'eut M. de Chartres dimanche au conseil n'a eu aucune suite. Madame la duchesse de Berry vint à midi voir madame sa mère , et puis emmena M. le duc d'Orléans dîner à la Meutte. — M. et madame de Lorraine dînèrent de bonne heure et allèrent à Ghelles voir Mademoiselle. Leur départ pour retourner en Lorraine est retardé; ils dévoient partir lundi, mais ils ne partiront que de lundi en huit jours. — Le parlement est un peu brouillé; la grand' chambre a registre les lettres patentes pour le rétablissement des quatre sols pour livre; mais les enquêtes et les requêtes prétendent que la grand' chambre ne devoit pas faire cela sans les y appeler. Ils se plaignent de M. le premier président, et il y en a même eu quelques-uns des plus animés qu'on prétend qui ont parlé un peu librement contre lui. La grand'. chambre prétend être en droit d'enregistrer les lettres patentes sans faire assembler les chambres. La dispute entre eux n'est pas finie. — M. l'évêque de Garcassonne a demandé un coadjuteur, qui est l'abbé deRochebonne,

aumônier du roi , son neveu, ce qui lui a été accordé. — Madame de la Meilieraye , qu'on croyoit en danger, est accouchée plus heureusement qu'on n'espéroit ; la mère et l'enfant, qui est une fille, se portent fort bien.

Jeudi 24. — Le parlement s'assembla et il y eut encore plus de bruit qu'hier; on espère pourtant que samedi tout cela sera terminé. — Le roi prendra un tiers sur les actions qui sont dans la banque de Law en rembouiv sant les actionnaires. M. le duc d'Orléans a déjà cédé ses actions, et M. Fagonsera le directeur de cette banque pour les intérêts du roi. — Madame la duchesse d'Orléans n'a plus ni fièvre ni douleurs. M. le duc d'Orléans alla à rOpéra; Madame y alla aussi. Madame là duchesse de Lorraine alla au Cours pour la première fois, et fit mille honnêtetés à toutes les dauHîS de sa connoissance qui passoient devant son carrosse. On est fort content de toutes ses politesses et elle est fort contente aussi de tous les honneurs qu'elle reçoit. — Le maréchal de Villeroy a donné son régiment de cavalerie à M. d'Alincourt, le cadet de ses petits-fils, qui est en Italie. M. le duc d'Orléans avoit offert au maréchal de Villeroy de faire ce plaisir-là au marquis d'Alincourt avant qu'il partit pour la campagne de Hongrie; mais le maréchal avoit voulu que son petitfils flt la campagne auparavant.

Vendredi 26. — ; Le roi.entendit le sermon, et puis alla au Cours et aux Tuileries, où il n'y eut jamais tan t de monde et tant de gens empressés à le voir. Madame de Lorraine étoitau Cours, qui fit arrêter son carrosse devant le roi, qui lui fit beaucoup d'honnêtetés. — Le parlement s'assemblera encore demain et il parolt que l'aigreur augmente entre eux. — Le saint-office à Rome a déclaré que Fappel des évèques étoit schismatique et tendant à l'hérésie ; cela fait beaucoup de bruit, et on en craint les suites. — Madame la princesse d'Épinoy est assez mal. — Brillac et Contades se sont misa la Conciergerie, et seront mis lundi sur la sellette et confrontés avec les témoins; ils comp-

tent qu'ils seront pleinement justifiés dans huit jours. Samedi 26. — Le roi vit la sixième représentation du ballet de La Jeunesse. — Il n'y eut point de conseil de régence, et voilà trois samedis de suite qu'il n'y en a point eu. — M. de Lorraine alla à Saint-Germain voir la reine d'Angleterre. — M. le duc d'Orléans travailla quatre heures Taprès-dlnée avec M. d'Argenson. Madame la duchesse de Lorraine alla à la comédie Françoise; elle n^avôit vu les comédies, depuis qu'elle est à Paris, qu'au Palais-Royal. — Il n'y a rien eu encore de terminé au parlement sur la dispute que les chambres ont entre eux. — Le czar a fait déclarer son fils criminel des plus hautes trahisons et même de l'avoir voulu empoisonner; les knetz et tous les conseillers d'État l'ont condamné à la mort. Le czar lui a fait grâce de la vie; mais il l'a fait renoncer à la succession à la couronne en faveur du fils que le czar eut il y a deux ans , de sa nouvelle femme *.

* Le czarowitz à qui son père donna la vie fut empoisonné en même temps par son ordre. Son histoire est si connue qu'il seroit inutile de s'y étendre. Fils malheureux, plus malheureux père.

Dimanche 27. — Le roi entendit le sermon du P. Massillon, nommé à Tévêché de Clermont, qui se surpasse lui-même dans tous les sermons qu'il a faits au roi ce carême. — Il y eut conseil de régence le matin. M. d' Antin et le maréchal d'Estrées seront de tous ces conseils-là et y ont pris leurs places aujourd'hui. — M. et mg^dame de Lorraine allèrent au Cours, mais séparément. Maà^me de Lorraine alla ensuite dansla loge de Madame à l'Opéra, et le soir, M. de Lorraine avec M. le duc d'Orléans allèrent souper au Luxembourg. — Madame d'Argenson alla chez madame de Berry, où eUe eut le tabouret à la toilette * de même que chez Madame. Ces honneurs lui sont accordés comme femme du garde des sceaux. Elle avoit été quelques jours auparavant chez le roi; elle voulut bai-

ser la main de S. M. ; mais le roi la releva et la baisa.

* On a vu en son lieu dans ces notes, comme la chancelière eut le tabouret et jusqu'où il s'étend à propos d'une audience du matin aa sortir delà toilette de madame la duchesse de Bourgogne, où, de concert avec la duchesse du Lude , la chancelière hasarda de demeurer. Les gardes des sceaux ayant peu à peu et dès il y a longtemps obtenu tout l'extérieur et le rang du chancelier , il ne s'étoit point trouvé de femmes de garde des sceaux depuis le temps du chancelier Séguier, qui obtint le premier le tabouret obscur pour sa femme. La facilité du régent , l'engouement qui suivit toujours la nouveauté dei choix , la parité en tout du garde des sceaux avec le chancelier, rendit ce tabouret aisé à établir, dont les femmes de ses successeurs profiteront toutes , puisque madame Chauvelin en a joui même en présence de la chancelière.

Lundi 28. — Conseil de régence. — Le départ de la cour de Lorraine est encore différé de quelques jours. — Le parlement a rendu un arrêt contre le décret du saintoffice qui condamne l'appel des évoques au futur concile. — La dispute qu'il y a entre la grand' chambre et les chambres des enquêtes et des requêtes n'est pas encore réglée ; mais on croit que cela le sera bientôt, car il se fait des propositions pour l'accommodement. — On eut nouvelle que Monasterol * étoit mort à Munich où il étoit allé depuis quelques mois. — Il est arrivé un courrier d'Angleterre qui s'appelle Chavigny ** et qui est envoyé par l'abbé Dubois, et le bruit court qu'il y avoit un traité prêt à signer avec l'Angleterre.

* Monasterol étoit un gentilhomme piémontois , attaché de tout temps à l'électeur de Bavière, dont il fut longues années le ministre de confiance en notre cour. C'étoit un homme de plaisir plus que d'affaires, et dont les plaisirs de l'électeur, où il étoit entré fort avant, avoient fait la fortune. Il épousa ici une beauté de médiocre esprit et de plus médiocre vertu , veuve du vieux la Chétardie , mère de celui qui est maintenant à Berlin de la part du roi. Monasterol touchoit fort gros de l'électeur, avoit aussi des pensions du roi , et tous les subsides des deux électeurs de Cologne et de Bavière passoient ici par ses mains. Il en donnoit les quittances ; c'étoit le plus gros joueur, le plus magnifique équipage, ja meilleure maison, et la table la plus déli*

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