MA.RS
cateet la plus somptueuse de Paris. Rien de pareil aux habits du mari et de la femme, et comme on avoit grand besoin de l'électeur et qu'on en étoit fort content, on avoit pour Monasterol et pour sa femme des égards et des distinctions qui contribuoient encore à rassembler chez eux tout ce qu'il y avoit de meilleur à la cour et à la ville, outre l'agrément et la commodité de toute espèce qui se trouvoit chez eux. Les malheurs d'Hochstett et de Ramillies ne baissèrent presque point leur état et leur dépense , et fort peu la présence des électeurs en ces pays-ci. La faveur de Monasterol se soutint toujours avec son maître, qui le trouva ici sur le plus grand et meilleur pied du monde , et qui en fut flatté et s'en crut mieux servi ; il lui donna même gros à diverses reprises sur des à-compte dont Monasterol ne justifioit , et sur lesquels l'électeur ne le pressoit point. Mais après la paix, et de retour dans son électorat, ses ministres allemands le pressèrent de mettre quelque règle dans ses affaires, que Tabsence et les malheureuses suites de la guerre avoient fort dérangées , et surtout l'irruption de ses États par l'empereur depuis Hochstett jusque à l'exécution de la paix. Monasterol, qui continuoit à faire ici belle et agréable figure, fut donc mandé à Munich pour rendre tous ses comptes, dont on n'avoit examiné aucun depuis qu'il avoit conmiencé à toucher les subsides de l'électeur, c'est-à-dire depuis le commencement du siècle et de la guerre. Il différa tant qu'il put son départ , mais après sept ou huit mois d'excuses et de délais , il fallut partir et se rendre à Munich. Il y trouva des ministres résolus à voir clair en son fait, et l'électeur prévenu par eux et moins ouvert avec lui. Il n'avoit d'espéranc« qu'en la bonté tant éprouvée de ce prince , mais cette bonté, qui pouvoit s'étendre encore à des grâces, ne Je pouvoit garantir de l'examen avec bienséance et sans donner lieu aux plus fâcheux soupçons. Il sentoit qu'il ne le pouvoit soutenir et qu'il seroit bientôt convaincu pour plusieurs millions , dont on avoit à lui demander compte qu'il ne pouvoit rendre , puisqu'il ne pouvoit se dissimuler de les avoir détournés et mangés. Il ne laissa pas de faire bonne contenance en cherchant par où il en sortiroit. Enfin, se trouvant acculé et à la veille de se voir ruiné , disgracié , déshonoré, il se donna, dans sa chambre, un coup de pistolet dans la tête. L'électeur, qui l'avoit toujours aimé , voulut étouffer une fin si funeste et qui montroit si à découvert de quoi il s'agissoit , et fit passer cela pour une mort subite. Il en fut pour les millions qui se trouvèrent mangés, nul bien de reste. La femme, qui étoit demeurée à Paris , n'avoit jamais songé à changer de demeure. Elle profita des meubles et de tout ce qu'elle put , et se consola avec ses galants d'être veuve , mais il ne lui resta qu'eux, et avec le mari finirent la considération et l'abondance. ** Oii a vu en son temps qui étoit ce Chavigny, son incroyable audace à tromper le roi et le public sur son sort, et la punition qui en fut
faite , mais l'impudence se relève de tout quand elle est soutenue par l'esprit. Réduit , hors du royaume, il s'intrigua à Utrecht pendant qu'on y traitoit la paix; il y plut à nos plénipotentiaires, qui s'en servirent à des découvertes , et à Torcy, qu'il instruisit de plusieurs choses. Après cette paix, ce ministre s'en servit sourdement au dehors. Revenu en France ^ à la mort du roi , il s'attacha à l'abbé Dubois ; l'un et l'autre étoient fort semblables ; cette conformité les unit : l'abbé en fît son homme de confiance, tâcha de laver son aventure en l'envoyant publiquement à Gênes de la part du roi ; il l'employa après à bien des manèges à Paris et ensuite dans les pays étrangers. Les successeurs de l'abbé Dubois l'y trouvèrent les uns après les autres, et l'y continuèrent, au scandale de toutes les nations, dont son aventure étoit pleinement connue, et il est maint^ant en Angleterre depuis longtemps chargé des affaires du ro^
Mardi 29. — M. de Lorraine alla dès le matin à Versailles ; il veut voir aussi Trianon et la Ménagerie . Madame de Lorraine dîna ici à midi et puis alla à Versailles; ils en revinrent tous deux le soir. M. le duc d'Orléans alla dans sa loge à l'Opéra ; Madame y alla aussi dans la sienne, et au sortir de l'Opéra, M. le duc d'Orléans alla souper au Luxembourg. — On croyoit l'affaire du parlement accommodée cette après-dlnée, mais il y a quelque chose encore sur quoi ils ne sont point d'accord; mais on croit qu'ils conviendront de tout demain matin. — M. de Maurepas , fils de M. de Pontchartrain , épousa le matin mademoiselle de la Vrillière, sa cousine, qui est fort jeune et que l'on avoit fait sortir du couvent pour le mariage.
Mercredi 30. — M. Poirier, premier médecin du roi, mourut le matin presque subitement. La charge vaut près de 40,000 livres de rente; il y a bien des médecins qui sollicitent. M. le duc d'Orléans a déclaré qu'il ne s'en mèleroit point. Il laisse à M. le duc du Maine et au maréchal de ViUeroy le soin de remplir cette place par celui qu'ils en croiront le plus digne. Le maréchal de ViUeroy étoit allé à ViUeroy; il n'en est revenu que ce soir, ainsi l'affaire ne sera décidée que demain. — Madame la princesse d'Épinoy est beaucoup mieux, et on la croit hors de danger; elle auroit été fort regrettée, car c'est une femme
de grand mérite. — Le comte de la Mothe fut sondé il y a quelques jours par Maréchal, et on lui a trouvé la pierre; il sera taillé demain. — L'affaire du parlement est finie , ils sont tous d'accord présentement.
Jeudi 31. — Madame la duchesse d'Orléans eut encore quelques douleurs, et sa santé ne se rétablit pas aussi vite qu'on l'espéroit. — Le départ de la cour de Lorraine est encore différé. — M. de la Chaise a obtenu pour son fils la survivance de la charge de capitaine de la porte ; il a un brevet de retenue de 100,000 écus dessus. — Le parlement de Bretagne a fait quelque chose sur ce qu'on remet les quatre sols pour livre qu'on avoit ôtés ; il parolt qu'on n'est pas content d'eux. — U y a une seconde lettre de l'archevêque de Reims qui fait du bruit, et on craint même que le parlement ne prenne quelque résolution oontre. — Brillac et Contades qui s'étoient mis à la Conciergerie depuis quelques jours, comptent qu'ils seront pleinement justifiés et mis en liberté samedi; ils espèrent qu'on n'ordonnera point de plus ample informé.
Vendredi 1®' avril. — Madame la duchesse de Berry alla dès le matin à Saint-Cloud se baigner. — L'audience que donna M. le duc d'Orléans au cardinal de Noailles ces jours-ci fut plus longue qu'à l'ordinaire , et M. le duc d'Orléans manda à M. du Maine et au maréchal de Villeroy de venir le plus tôt qu'ils pourroient, parce qu'il alloit partir pour Saint-Cloud ; il avoit envie de terminer avec eux l'affaire du premier médecin, mais il étoit parti quand ils arrivèrent; ainsi ils ne lui ont point encore rendu compte du choix qu'ils avoientfait. M. le duc d'Orléans donne le Jardin du Roi à Chirac et l'exclusion pour la charge de premier médecin à deux d'entre eux qu'on croit deviner *. — M. et madamede Lorraine allèrent àMarly, et puis repassèrent de bonne heure à Saint-Cloud, où M, le duc d'Orléans les promena beaucoup, et il leur donna à souper après la promenade avec madame de Berry dans la petite maison de madame de Marey . — On dit
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qu'on choisira M. Dodart** pour remplir la place de premier médecin du roi. — M. d'Ormesson du Cheré, intendant en Franche-Comté , est mort.
* Dangeau coule ici son venin contre le régent le plus imperceptiblement qu'il peut. L'horrible idée de poison étoit toujours Tâme et la ressource des ennemis de M. le duc d'Orléans , et le maréchal de Villeroy faisoit d'indignes et de publiques parades de ses vaines précautions à cet égard. Boudin , premier médecin de feu Monseigneur, puis de madame laDauphine, mère du roi, livré à la cabale alors régnante, dont il attendoit sa fortune , s'étoit lâché en propos les plus énormes. Ce qui restoit de très-actif de la même cabale Tavoit voulu premier médecin du roi, etn'osoit le proposer. M. le duc d'Orléans aussi n'y vouloit pas Chirac, qui étoit le sien , et dont l'attachement au régent auroit excité trop de cris contre son choix, et voilà les deux exclus que Dangeau veut faire entendre. Chirac , dont l'avarice avec de grands biens étoit de beaucoup supérieure à son arrogance, qui étoit pourtant extrême, et à sa capacité, qui de l'aveu de tous ses confrères le rendoit le prince de la médecine, Chirac, dis-je, vint pour la première et seule fois de sa vie trouver le duc de Saint-Simon, et implorer sa protection pour obtenir du régent le Jardin du Roi. Il lui en exposa le désordre et la nécessité de le rétablir, ses connoissances et son goût pour le faire et le bien entretenir, les facilités pour cela que lui donneroit sa place auprès du régent, et appuya surtout qu'ayant du bien de reste, il ne pouvoit être soupçonné de n'y pas dépenser tout ce qu'il en retireroit, et sans comparaison plus qu'aucun autre à qui on le pourroit donner. Ces raisons touchèrent le duc, et il le lui obtint. Onques depuis il n'a ouï parler de Chirac. Cet homme si passionné des plantes , et qui devoit tant mettre du sien pour le bien public à ce jardin si utUe et si curieux, n'y mit jamais une obole , en tira plus que la quintessence et acheva de le ruiner.
** Dodart, premier médecin du père du roi, fut feit premier médecin, beaucoup moins pour sa capacité que pour la sagesse de sa conduite , son éloignement de toute cabale, et la douceur de son esprit et de ses mœurs. Homme de bien d'ailleurs, et fort désintéressé. Il étoit fils de ce Dodart, médecin des princes et princesses de Conty, Martinozzi et fille du roi, célèbre par sa vaste littérature et plus recommandable par sa rare et solide piété, et par sa liaison avec le fameux Port-Royal des Champs auquel il demeura attaché toute sa vie , mais avec tant de sagesse que le roi, qui mouroit d'envie de le chasser n'en put jamais trouver de prétexte. C'est lui, qui n'étant pas encore connu de vue de la comtesse de Gramont, élevée et grande amie de Port- Royal, se trouva près d'elle à la chapelle, après la fin du salut, la tête dans un
pilier. Il avoit quatre méchants cheveux verts sur une tête chauve ^ un mauvais habit gris tout usé , avec de gros linge uni ; une physionomie hâve , maigre, exténuée , gersée comme un homme qui meurt de faim et de froid. Le comtesse, le prenant pour un pauvre honteux, le tire par la manche et lui présente doucement un écu. Dodart s'incline et se retourne. La comtesse le tire encore toujours avec son écu et le presse de le prendre ; Dodart sourit et dit qu'il n'en a pas besoin , et que ce seroitdonc pour le donner à un autre. « Tenez, tenez, bonhomme, ne faites point tant de façons, insista la comtesse^ on ne nous voit point et je vous le donne de bon cœur. — Madame , lui répondit enfin humblement Dodart, je suis Dodart , j'ai l'honneur d'être le médecin de madame la princesse de Conty ; je ne vous suis pas moins obligé de votre bonne volonté. » A ces mots , la comtesse fut confondue ; ils se connurent depuis et furent amis. C'étoit un saint, très-aimable et de beaucoup d'esprit, de douceur et d'agrément dans la conversation > qui savoit mille choses outre les sciences, qui avoit toute la confiance de madame la princesse de Conty, surtout dans les derniers temps, indépendamment de médecine , assez médiocre médecin, disoit-on partout, dans la pratique, quoique très-savant en théorie , qui menoit une vie pauvre , pénitente et le plus qu'il pouvoit solitaire etcachée, et qui avec cela avoit une considération infinie à la cour.
Samedi 2. — Conseil de régence Taprès-dlnée. — Dodart fut déclaré premier médecin du roi. — Brillac et Contades furent pleinement justifiés le matin et mis en pleine liberté; ils allèrent ensemble remercier M. le duc d'Orléans. — M. de Bauffremont * fut mis à la Bastille pour une lettre en réponse qu'il avoit écrite au maréchal de Villars, et dont les maréchaux de France se sont plaints.
— M. le duc d'Orléans mena M. et madame de Lorraine dîner chez M. le duc d'Antin. — M. d'Argenson fut élu à l'Académie à la place de feu M. Tarchevéque de Cambray.
— Il y eut un assez grand désordre auprès de la place des Victoires, pour un cocher qu'on avoit mis au carcan; beaucoup de gens de livrée de ce quartier-là s'ameutèrent, jetèrent des pierres aux archers et dans la maison du maître de ce cocher, dont même ils enfoncèrent la porte , firent un grand dégât dans les appartements et brûlèrent un carrosse, qu'ils tirèrent dans la rue. Les archers tirèrent, et tuèrent deux ou trois de ces malheu-
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i-t îul it*veiiir ici M. fU Brou, intendant .c, vuA ^^'int'rer avec lui sur les uïnireide ce
;uî<».i .ie régence le rnatin. — Le départ
de la cour de Lorraine est enfin fixé à vendredi prochain, il y a soixante et dix chevaux par poste ordonnés pour les voiturer. Ils iront coucher le premier jour à Villers- Cotterets^ et passeront ensuite à Reims, à Chàlons^ à Bar et à Nancy; le lendemain de leur arrivée à Nancy, ils iront dîner à LunéviUe. — M. de Verton * partira à la fin du mois qui vient pour aller à Pétersbourg auprès du czar, qui avoit pris une grande amitié pour lui pendant qu'il étoit en France, et qui a demandé au régent qu'il allâtauprèsde lui en qualité d'envoyé de France, ce qu'on lui a accordé. — M. le duc d'Orléans fait un régiment de dragons de douze compagnies, dont il y en a déjà six de levées et qui sont employées sur la Somme; ce régiment sera sous son nom, et il le donne à commander à la Fare- Tournac, qui a déjà été colonel de dragons, mais son régiment, qui étoit le second Languedoc, avoit été réformé; la Fare-Tournac est brigadier.
* Verton étoit un joueur fort dans le grand monde , avec de l'esprit et du savoir vivre , qui ayant été chargé de ce qui étoit du service des tables du czar et de sa suite , et des autres fournitures concernant sa charge de maître d'hôtel du roi , avoit su s'y conduire de façon qu'il en avoit acquis toute la bienveillance de ce prince et de toute sa cour, au point d'être parvenu à quelque sorte de confiance qui engagea le czar à le demander. Verton mouroit d'envie d'y aller, et dans la vérité rien n'étoit plus essentiel que de cultiver par quelqu'un d'agréable , de désiré , de connu , ramitié d'un prince touché de celle qu'il avoit ressentie, qu'on avoit voulu mériter de lui , et plein de la reconnoissance de sa réception, et qui d'ailleurs faisoit une aussi grande et importante figure en Europe. 11 témoigna plusieurs fois depuis son départ le désir qu'il avoit de se lier à la France et de voir arriver Verton , mais celui-ci et tout autre est encore à partir. Le duc de Saint-Simon , sur tous et quelques autres , firent tout ce qu'ils purent auprès du régent pour ce départ et pour profiter d'une bonne volonté précieuse , tout fut inutile ; on étoit servilement aux ordres de l'Angleterre, et l'Angleterre avoit des raisons d'intérêt trop fortes pour ne pas traverser de tout son pouvoir tout ce qui pourroit lier la France et la Russie. Les suites ont fait voir plus d'une fois où a conduit une si étrange complaisance , et à quel point l'empereur en a su profiter, et dès qu'elle l'a pu l'Angleterre elle-même.
Mardi 5. — M. de Lorraine souhaite que son traité soit enregistré au parlement avant son départ, et il le doit être jeudi; mais on tient cela fort secret à cause que le parlement n'est pas encore bien d'accord sur les enregistrements. Madame de Lorraine alla se promener au Cours malgré le vilain temps; il n'y avoit quasi personne, mais elle y alla pour faire plaisir à mademoiselle de Valois, qui avoit envie de prendre l'air. — M. de Bauffremont est sorti de la Bastille; MM. les maréchaux de France s'assemblèrent sur cette affaire-là ; on ne sait point encore ce qu'ils ont résolu; ils ne savoient point encore que M. de Bauff remont étoit sorti quand ils s'assemblèrent. — Madame la duchesse de Berry passera la semaine sainte aux Carmélites, où elle mènera deux de ses dames, et en sortant des Carmélites elle ira coucher à la Meutte où elle passera tout Tété,
Mercredi 6. — Madame de Lorraine alla prendre congé du roi. — Pendant le temps que madame de Berry sera à la Meutte, elle donnera un jour de la semaine aux dames et aux courtisans pour lui aller faire leur cour. — MM. les maréchaux de France vouloient que M. de Bauff remont allât faire des excuses à M. le maréchal de Villars de la lettre qu'il lui a écrite; mais M. le régent n'a encore rien ordonné là-dessus. — On a reçu des lettres du prince Ragotski datées delà fin du mois de janvier; il mande qu'il est toujours à Andrinople , où il reçoit des honneurs extraordinaires du Grand Seigneur qui lui fait de belles promesses; mais il ne mande point qu'il soit prêt à en partir pour assembler des troupes en Valachie et en Moldavie, comme le bruit en couroit ici.
Jeudi 7. — Le roi alla sur les quatre heures au Palais- Royal dire adieu à madame la duchesse de Lorraine. — La grand' chambre enregistrera le traité de M. de Lop-. raine; les enquêtes et les requêtes prétendoient devoir être appelées àcet enregistrement. — Madame la duchesse de Lorraine alla le soir dire adieu à madame la duchesse
de Berry, et madame de Berry, alla sur les dix heures au Palais-Royal pour la revoir encore. — On commencera à payer les petites pensions, et surtout celles des militaires; on a donné quelqu' argent aussi aux payeurs des rentes afin qu'ils puissent payer ce qui reste dû des six derniers mois de 1717.
— Vendredi 8. — La cour de Lorraine partit entre huit et neuf heures. — Les chambres des enquêtes et des requêtes s'assemblèrent ; ils se plaignent de ce que la grand'chambre a enregistré le traité de M. de Lorraine sans les y appeler; il parolt beaucoup d'animosité entre eux.
— Le maréchal de Villars alla le matin chez madame la duchesse de Berry, qui lui parla assez fortement sur les lettres qu'il écrit à quelques gens de qualité. — Il n'y aura plus de conseil de régence qu'après la Quasimodo.
— On a donné Tintendance de Franche-Comté à M. de la Neuville, quia été intendantenRoussillon.
Samedi 9 . — Il y eut encore le matin du bruit au parlement ; les enquêtes et les requêtes vouloient qu'on s'assemblât, mais la grand'chambre ne le jugea pas à propos. — On parle de beaucoup de traités différents dans l'Europe; mais celui qui est le plus apparent est celui qui se fait à Londres, entre l'empereur, le roi, le roi d'Angleterre et les États Généraux. On voudroit bien y faire entrer le roi de Sicile; on croit que ce traité-là, si il s'achève, ne sera peut-être pas agréable au roi d'Espagne. M. de Nancré, qu'on a envoyé à Madrid, où il a été très-bien reçu en arrivant, négocie fort avec le cardinal Albéroni pour le faire consentir à ce traité; mais on ne croit pas que ce cardinal y soit disposé ; on dit même qu'il prend des me* sures bien opposées à cela.
Dimanche 10. — Le roi assista à toutes les dévotions de la journée, et puis s'alla promener aux Champs-Elysées. Madame la duchesse de Berry dîna aux Carmélites, où elle demeurera huit jours, et l'après-dlnée, l'ambassadeur d'Espagne y vint lui demander audience pour lui donner
part de l'accouchement de la reine d'Espagne. Cet ambassadeur, dès le matin^ avoit porté une lettre à Madame, du roi son maître, qui lui écrit de sa propre main^ et lui mande que la reine est accouchée d'une infante le 31 du mois passé. Elle s'appellera l'infante Maiie-Anne-Victoire. Elle a encore d'autres noms de baptême. — Madame alla l'après dlnée aux Carmélites, et compte de partir le lendemain de laQuasimodo pour aller passer l'été à Saint-Cloud. — Le roi a donné une pension de 10,000 francs à Maopertuis qui a été longtemps capitaine-lieutenant de la première compagnie des mousquetaires, qui est homme de mérite, et que le feu roi aimoit et estimoit fort; il est fort vieux et fort infirme.
Lundi 11, — Madame la duchesse de Vendôme mourut entre sept et huit heures du matin sans avoir pu recevoir ses sacrements. C'est une grande succession pour M. le Duc, qui avoit fait un traité à vie pour le bien qui lui devoitrevenir de son partage, et madame la Princesse, sa mère, héritera de tous les acquêts, qui vont bien loin, car tout ce qu'elle avoit eu de M, de Vendôme par son mariage est un acquêt. Madame la princesse de Conty la mère et madame du Maine hériteront aussi de quelque chose, mais moins considérable; elle avoit fait un testament, il y a quelque temps, mais il n'est point signé. — Le désordre continue toujours dans le parlement ; il s'y est passé même beaucoup de choses ce matin qui marquent beaucoup d'aigreur entre eux. — M. le maréchal de Villaxs, qui devoit partir ce matin pour aller à Villars, attendit tout le jour chez lui M. de Bauffremont, qu'il croyoit avoir reçu l'ordre de venir lui faire des excuses; mais il n'y vint point. Il dit qu'il n'avoit reçu aucun ordre sur cela.
Mardi 12. — Madame la duchesse d'Orléans, qui est encore fort foible, va à Montmartre passer quelques jours. — M. le Duc ira tenir les États de Bourgogne, qui commenceront le 16 du mois qui vient; il revint hier
de Chantilly sur la nouvelle de la mort de madame de Vendôme, sa tante. Il y a des dames nommées pour garder (1) le corps de cette princesse; le corps de mademoiselle de Condé^ sa sœur^ qui mourut en 1700^ fut aussi gardé par des dames. — Les chambres des enquêtes et des requêtes allèrent à la grand'chambre^ où le président de Lamoignon présidoit; ils ont fait leurs protestations qu'ils ont laissées sur là table; le greffier du parlement ne les mettra point dans ses registres *. — M. de Bauffremont soutient toujours qu'il n'a point reçu d'ordre d'aller chez M. le maréchal de Villars lui faire des excuses, et dit qu'il aime mieux être remis à la Bastille que d'y aller ; ainsi cette affaire n'est pas finie.
* Cette querelle dans le parlement n'est pas nouvelle. La grande chambre a ses prétentions , les autres chambres s'en offensent et ne prétendent pas être moins que la granile chambre membres et parties intégrantes du parlement , sans l'avis desquelles rien ne doit être censé «iregistré par leur commun corps , qui est le parlement. La grande chambre répond que c'est elle à qui il appartient de les faire, puisque c'est chez elle qu'Us se font ; et les autres répliquent que le local ne leur donne aucim droit privatif à elles, puisque l'adresse est faite à tout le parlement, dont elles sont comme la grande chambre, qui n'a sur les autres chambres que la primauté de rang , et elles ajoutent qu'elles y sont toujours mandées lorsque le roi vient seoir. Le point est , que la cour, plus aisément maltresse d'im petit nombre que d'un grand nombre et de têtes expérimentées que de la jeunesse des autres chambres , favorise toujours les prétentions de la grande chambre à cet égard , et que le premier président, qui connoît mieux la grande chambre que les autres, où il ne peut rien, tandis qu'il distribue les procès aux conseillers de la grande chambre, la manie seule plus aisément que tout le parlement assemblé , et par cette raison la favorise pour soi-même contre les autres chambres. C'est ce qui a toujours fini ces disputes à l'avantage de la grande chambre toutes les fois qu'elles se sont élevées, et ce sont ces querelles civiles dans le parlement qui l'ont toujours affoibli contre la cour.
(1) Saint-Simon a écrit de sa main, en marge : « faux ces deux gardes. Voir l'aildition du 15 avril suivant.
Mercredi 13. — Le roi assista dans sa chapelle à Toffice des Ténèbres chanté par la musique. Après le service, le roi alla à la volerie pour la première fois ; il partit avant trois heures, et ne revint qu'à sept; il parut s*y divertir assez ; en revenant il passa par les Champs-Elysées, mais il nes'y arrêta pas. — Madame la Princesse, qui ne se porte pas bien, est fort affligée de la mort de madame de Vendôme, quoiqu'elle ne la vit pltfs depuis huit mois; elle est fort peinée de ce qu'elle est morte sans confession. — M. l'abbé d'Auvergne partit ces jours passés pour aller faire un tour en Hollande, et avant que de partir, il a donné deux bénéfices considérables à l'abbé de Mesmes et au bailli de Mesmes, tous deux frères de M. le premier président. M. de Bouillon et toute la famille de M. l'abbé d'Auvergne n'ont rien su de cela que depuis son départ.
Jeudi saint Ik, — Le roi assista à toutes les dévotions de la journée; M. le duc d'Orléans le servit à la Cène; M. le grand prieur y assista après les princes du sang et dans le même rang comme l'année passée *. A la grande messe il y eut une dispute entre le cardinal de Polignac et l'évêque de Metz à qui présenteroit l'Évangile au roi; on croit que cela sera jugé en faveur de M. de Metz, comme premier aumônier et évêque ; mais comme M. le duc d'Orléans n'étoit point à la messe pour décider cette affaire, le roi voulut qu'on ne lui présentât point l'Évangile ce jour-là, pour empêcher la dispute dans l'Église. S. M. entendit le sermon de la Cène de l'abbé Rieutort, après quoi l'évêque de Metz, premier aumônier, fit Tabsoute. Le roi lava les pieds à douze pauvres, et les servit ; ensuite, il alla aux Feuillants, où il assista à l'office et à la procession, et le soir, après avoir entendu ténèbres dans la chapelle des Tuileries, il alla voir la princesse de Condé, la duchesse de Bourbon douairière, la princesse de Conty , seconde douairière, et la duchesse du Maine, sur la mort de la duchesse de Vendôme. Le roi prit le même jour le deuil pour la mort de cette princesse. — M. le duc d'Orléans
travailla Taprès-dlnée avec M. le comte de Toulouse , le garde des sceaux^ les maréchaux de Villeroy, d'Estrées et d'Huxelles et H. de Brou, intendant de Bretagne; et après cette conférence^ M. le duc d'Orléans travailla encore fort longtemps avec le garde des sceaux, seul.
* Cette récidive de rinouïe nouveauté de Tannée précédente et contre la parole du régent, fut TefTet de la même politique qui Tavoit favorisée la première fois ; elle piquoit et excitoit tout ce qu'il y avoit de plus grand Fun contre l'autre , et c'étoit le manège favori de M. le duc d'Orléans. Ce fut pourtant, cette année, la dernière fois que cette entreprise eut lieu.
Vendredi saint 15. — Le roi assista à toutes les dévotions de la journée, et à trois heures, il entendit la Passion, qui fut fort courte et parfaitement belle. M. le duc d'Orléans alla entendre ténèbres aux Petites-Carmélites, où est madame la duchesse de Berry; elle en sortira dimanche, et s'en va à la Heutte, où elle compte de demeurer jusqu'à la Toussaint. — Les dames ont continué de garder le corps de madame de Vendôme, et M. de Dreux, grand maître des cérémonies, a fait voir à madame la Princesse qu'à la mort de mademoiselle de Condéen 1700 on en avoit usé de même; ainsi ce n'est point du tout une nouveauté, comme quelques gens mal instruits l'avoient prétendu*. — M. de la Cour des Bois, qui avoit quatre-vingt-seize ans, est mort ; il étoitle doyen des doyens des maîtres des requêtes, et cela lui donnoit droit d'être toujours assis au conseil ; outre cela, il avoit par là les appointements de conseiller d'État.
* Dangeau, toujours courtisan politique, s'exprime comme il lui platt, et Dreux, valet des princes du sang et ennemi de tout rang, de tout ordre et de toute règle , compte à son ordinaire les mensonges à dire et à écrire pour rien. Jamais autres que les filles de France n'avoient été gardées après leur mort. Mademoiselle , fille de Gaston , morte en 1693, la fut la première , comme petite-fille de France. Par ce rang inventé et établi pour elle la première , elle tient sans comparaison plus du fils de France que du prince du sang. M. le Prince, attentif à usurper plus qu'aucun autre prince du sang, ot même plus que
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M. son pèl« , fît en sorte qu'en 1700 quelque dames de médiocre éUge gardassent mademoiselle d§ Condé et, à leur exemple , quelques-unes plus considérables par le nom. Cette nouveauté fit du bruit, et quoique M. le Prince n'eût osé d'abord faire avertir de la part du roi , mais seulement eût envoyé prier en son nom, plusieurs dames refusèrent, tellement que , sans hasarder d'aller plus loin y et contçpt de faire adroitement couler dans les registres des cérémonies et dans un grand secret, que le c^rps de mademoiselle sa fille avoit été gardé, et par qui il n'en dit mot , laissa tomber le bruit , et se hâta de faire enterrer la princesse pour faire cesser l'occasion de la garder. Madame la Princesse , toute glorieuse qu'elle étoit , savoit bien que ç'avoit été une tentative hardie , adroite, et peu heureuse, et n'avoit pas envie de s'y rembarquer ; ses enfants, plus hardis, et qui connoissoient mieux et leurs forces et la sottise du public, et combien le gran4 maître des cérémonies étoit à leur dévotion , le lui détachèrent pour qu'elle n'allât pas gâter leurs affaires. Il arriva pourtant qu'ils prirent bien garde à ne se pas adresser à des dames qui sussent ce qu'on leur proposoit ni qui sussent se sentir, et que , contents d'une récidive qui alloit confirmer l'entreprise , ils se hâtèrent comme l'autre fois d'enterrer ce qui avoit été assez gardé. Pour de duchesses ni de prmcesses étrangères , ni même de simples maréchales de France , ni de dames d'un certain air dans le monde ou qui savoient ce qu'elles étoient par leur qualité quoique sans titre , ils n'osèrent se jouer de le proposer à pas une , et imitèrent en cela la sage prudence de feu M., le Prince. Il est mort depuis d'autres princ^es du sang, sans qu'on ait plus ouï parler de leur garde.
Samedi saint 16. — Le roi alla se promener au Cours. M. le duo d'Orléans, alla à Montmartre voir madame la duchesse d'Orléans, qui n'en reviendra que mardi. — On a jugé la dispute qu'il y avoit entre M. le cardinal de Polignac et l'évèque de Metz, en faveur de l'évèque *. — Le parlement de Metz a enregistré le traité de M. de Lorraine, et le premier président est arrivé ici pour prier M! le régent de les dédommager un peu de ce qu'ils perdent par les paroisses qu'on cède à M. de Lorraine et qui ne seront plus de leur ressort. — On porta le corps de madame de Vendôme aux Grandes-Carmélites ; ce fut mademoiselle de Clérmont qui l'y conduisit, accompagnée des duchesses d'Olonne et de Louvigny**. — M. le comte de Charolois a été reçu magnifiquement dans toutes les cours d'Italie
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OÙ il a passée et particulièrement à Modène; il en est reparti pour aller à Rome.
* Tout étoit tellement en prétention^ nouvelles et toutes en tiroient si bon parti , qu'il est surprenant que Iç premier aumônier, évéque sacré, oit pu sauver son drdt 4e l'usurpation d*un cardinal clerc tonsuré.
** Ces deux duchesses, qui maintenant ont changé de nom et s'appellent de Gramont et de Bouteville, accompagnant avec mademoiselle de Qermont le corps de madame de Vendôme aux Carmélites , n'étoient conviées que de la part des princes du sang et non pas de celle du rpi, ni nommées par lui. Cette cérémonie est si bieu expliquée dans ces notes à propos de la duchesse douaipère de Saint-Simon et de |a duchesse de Châtillon, belle-mère de cette duchesse d'Olçpne, pvus de Bouteville , qui conduisirent le corps de mademoiselle de Condé en ITOO, qu'il irest pas besom de s'y étendre ici.
Dimanche 17, jour de Pàqms. — Le roi assista à toqtes les dévotioiîs dei la jjourpée, et pui^ alla se promener aux Champs-Élysée^. Ma^lame la duchesse de Berry^ après avoir demepré toute \^ semaine aux Ca4»mélites , en sortit à sept heiires, passa au Luxembourg, et puis s'en alla à la Meutte, où elle demeurera tout Tété. Pendant qu'elle a été dans les Carmélites, elle a fort édifié toutes les relir gieuses ; elle fit ses pàques jjeudi, et le vendredi, elle jeûna au pain et à Teau. M. le duc d'Orléans alla souper à la Meutte. — M. le cardinal de la Tréçrioille a accepté avec grande joie l'arçhevèché de Cambray ; ainsi on va disposer présentement de Tévèché de Efayeux. — On dit que le roi de Suède s'est embarqué à Gotten^bourg et qu'il a dix ou douze mille hommes sur sa flotte.
Lundi 18. — Le rpi se promena le matin dans son petit chariot, et dans la grande allée des Tuileries il trouva des dames à qui il fit beaucoup d'honnêtetés. — On croit que le traité entre l'eqipereur, la France , TAngleterre et la Hollande est fort avancé. — Les lettres que le maréchal de Villars écrivoit, et dont plusieurs personnes se sont plaintes, seront d'un style différent; elles seront écrites au nom du conseil de guerre ; et il y aura seule-
ment : Signé , à toutes , au bas : le maréchal de Villars , Biron pour Tinfanterie, Coigny pour les dragons, et Lévis pour la cavalerie. — Toutes les lettres d'Italie disent que le petit roi Jacques , que les Anglois appellent le Prétendant, en est parti; on ne sait point encore où il va. On assure que le duc d'Ormond est embarqué avec le roi de Suède; cela fait faire bien des raisonnements , mais tout cela est encore bien incertain.
Mardi 19. — Le roi fit la revue des régiments des gardes françoises et suisses dans la grande allée des Tuileries, et il y fut toujours debout malgré la pluie. Le prince de Dombes passa à la tête des Suisses , mais sans pique, comme colonel général des Suisses. — Madame la duchesse d'Orléans revint de Montmartre. — Le comte de Gallatsch , ambassadeur de l'empereur à Rome , a présenté un mémoire au pape qui a été imprimé et qu'on a envoyé à plusieurs personnes ici , dans lequel il accuse le prince de Cellamare, ambassadeur d'Espagne en France, d'avoir. fait un traité avec le prince Ragotzki pendant qu'il étoit ici. Le prince Cellamare a récrit au cardinal Paulucci que tout cet écrit étoit faux et qu'il n'avoit jamais eu nulle correspondance avec le prince Ragotzki. Il parolt, par le mémoire qu'a donné le comte de Gallatsch, que l'empereur ne doute point qu'il n'y ait un traité entre le Grand Seigneur et le roi d'Espagne.
Mercredi 20. — M. le duc d'Orléans alla souper à la Meutte. — Le comte de Konigsegg vint il y a quelques jours chez M. le duc d'Orléans lui rendre compte que l'empereur approuvoit le traité qui se projette à Londres, entre l'empereur, les rois de France et d'Angleterre et les États Généraux; mais il n'y a rien de signé encore. — La Paye, capitaine aux'gardes, est mort. — Mademoiselle, qui persiste à vouloir être religieuse, fera sa profession quand elle aura vingt ans accomplis, qui sera au mois d'août; elle a même obtenu une permission par écrit de M. le duc d'Orlénns pour cela, — Le fameux la Hire, un des plus
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grands astronomes de l'Europe, mourut à l'Observatoire^ âgé de près de quatre-vingts ans et jouissant jusque-là d'une parfaite santé ; il étoit de l'Académie des sciences.
Jeudi 21. — On a donné la compagnie aux gardes de la Faye au plus ancien lieutenant et on fait monter le plus ancien sous-lieutenant et le plus ancien enseigne, et le drapeau a été donné à un neveu de M. de Saillant. — Madame la duchesse d'Orléans, dont la santé se rétablit fort, passe souvent les après-dinées à sa petite maison de Bagnolet, dont elle fait fort accommoder les jardins. — Le bruit a voit couru que le roi Jacques étoit parti d'Urbin, et que même il étoit sorti d'Italie , et Ton faisoit beaucoup de différents raisonnements là-dessus. On prétendoit qu'il étoit soutenu dans ses desseins par de grandes puissances, mais les dernières nouvelles qu'on a eues d'Italie, et qui sont assez fraîches , nous apprennent qu'il étoit encore à Urbin le 7 de ce mois ; et ce qu'on avoit dit de l'embarquement du roi de Suède devient fort incertain,, surtout ce qu'on disoit que le duc d'Ormond étoit embarqué avec lui.
Vendredi 22. — M. le cardinal de Noailles, au sortir de son audience avec M. le duc d'Orléans , alla chez M. le Grand lui dire que l'on donnoit l'évèché de Bayeux à M. l'abbé de Lorraine son fils*. —Le roi alla l'après-dinée à la volerie, où il y avoit plus de deux mille carrosses, tant on est désireux de voir le roi, dont la santé se confirme tous les jours et qui devient encore plus aimable (1). — On a fait imprimer un écrit qui a pour titre : Mémoire instructif au sujet du nouveau règlement ordonné par S. H. de l'avis de S. A. R. le 6 avril 1718. Pour exécuter
(1) « Le roi prit le plaisir du vol à 1^ porte Gaillon, où il trouva une infinité de carrosses, qui firent un si grand désordre dans les blés, que l'on se trouve obligé de dédommager les particuliers à qui appartiennent les terres. C'est ce qui a fait prendre la résolution de congédier la grande fauconnerie et de ne réserver que M. Vorget, capitaine du vol du cabinet. » (Mercure d'avril, page 214.)
ce projet-là, on fait partir tous les colonels, et les inspecteurs qui le vont faire exécuter recevront les derniers ordres à la fin de ce mois. — On voulut arrêter M. Douglas**, mais il se sauva de sa maison, et milord Stairs demande quelques jours de délai pour lui. — L^dbbé Abeille est mort ; il étoit un des- quarante de l'Académie françoise ***.
* C'est ce même abbé de Lorraine, fils de M. le Grand, à qui Tavarice de sa mère coûta le cardinalat dont il avoit la nomination de Portugal, et qui plus est, Thonneur, par le faire mettre à Saint-Lazare déjà prêtre, par dépit de ce qu'il ne voulut plus lui laisser toucher le revenu de ses bénéfices. Il mena depuis une vie honteuse et obscure, et ne reparut que les dernières années du feu roi, et encore rarement. 11 changea de conduite, et en prit une régulière et appliquée, quoique bien tard. Son nom et Talliance des Noailles lui valut ce riche évêché, dans lequel il remplit tous les devoirs d'un bon évêque autant qu'il le put. Génie borné et toujours plein de sa naissance, mais bon homme d'ailleurs et voulaht et cherchant le bien sincèrement. Son at^chement à la doctrine et à la personne du cardinal de Noailles lui attirèrent de grandes et d'indignes persécutions, qui n'abattirent jamais son courage le moins du monde; mais sa santé, peu accoutumée au travail et aux contradictions, en fut bientôt épuisée, et il ne vécut pas, depuis, fort longtemps.
** Ce Douglas, fort mdigne de son nom, étoit homme de beaucoup d'esprit, d'intrigue et d'entreprise ; il s'étoit fort bien mis avec le régent, et en tiroit considérablement. Ce fut lui dont l'Angleterre se servit pour se défaire du roi Jacques lorsqu'il alloit s'embarquer pour passer dans la Grande-Bretagne, et ce malheureux auroit réussi sans la sagacité de la maîtresse de la poste de Nonancourt, entre Dreux et Verneuil au Perche , à qui ses perquisitions devinrent suspectes à force de les réitérer avec exactitude et de lui promettre gros pour l'avertir du passage d'une chaise de poste qu'il décrivit et qui arriva en effet le lende main comme il dormoit. Cette habile et courageuse femme mit des chevaux de poste dans une maison dont elle étoit sûre, y fit conddire la chaise sans passer chez elle, avertit le roi Jacques, le travestit en abbé, le c^cha, puis dépaysa Douglas en l'éveillant et lui faisant accroire que la chaise avoit passé ; ensuite faisant changer de route au roi d'Angleterre, toujours en abbé, qui évita ainsi d'être assassiné. JDougias courut en vain, et revint à Paris, où peu de gens continuèrent à le voir et où à la fin le régent ne put soutenir les clameurs publiques contre lui. Cest ce qui l'obligea à le faire arrêter, et Stairs^ dont l'impudence
ne se pouvoit assez faire admirei', à crier si haut, qu'il eut le temps de renvoyer hors du royaume. Je ne sais ce qu'il est devenu
Abeille étoit un garçon d'esprit, de beaucoup de lettres, tbrt honnête homme, très-désintéreésë, et qui àtbît àèi moeurs et de la religion. M. de Luxembourg, à qui il s'étdit attaché et qu'il suivoit toujours à la guerre, lui avoit fait avoir quelques bénéfices et Tavoit rais dans le grand monde, qui ne le gâta en rien, non pas même en modestie. Quoique ce fût l'homme du monde le plus franc et qui disoit le plus librement et le plus naïvement ce qu'il pensoit, il étoit très-sûr et de fort bonne compagnie, et aimé et estimé de tout ce qui le connoissoit, surtout de M. le prince de Conty. Après la mort du maréchal, il resta chez M. de Luxembourg son fils, pour qui il conserva le même attachement. Il étoit outré de douleur de la vie que menoit madame de Luxembourg, et la cacha tant qu'il put au mari ; mais quand il l'eut perdue et qu'il en fut outré de douleur. Abeille, qui ne put souffrir un si grand et si inutile ridicule, lui apprit tout, et le consola. C'étoit Ub homme d'un bon sens et droit, et que MM. de Luxembourg père et fils auroient mieux fait de croire plus souvent qu'ils ne firent. 11 fut regretté de tout ce qui le connoissoit et de beaucoup de gens considérables ; c'étoit en effet, outre ce qu'on a dit, un des meilleurs hommes du monde.
Samedi 23. — L'abbé Abeille mourut ici après une longue maladie; il étoit un des quarante de T Académie. — M. de Hocbefort, président à mortier, à Rennes , et le conseiller de ce parlement, qui avoient eu des lettres de cachet pour venir ici et qu'on avoit renvoyés depuis en Bretagne, n'ont pas voulu voir à Rennes le maréchal de Montesquieu^ quoique M. le duc d'Orléans leur eût dit de le voir; on vient de leur envoyer des lettres de cachet pour faire aller le président à Auch et Lambilly, conseiller, à Tulle. — Tous les princes qui étoient à la campagne en sont revenus aujourd'hui, et les conseils recommenceront demain. — M. Law se fait instruire pour se faire catholique, à ce que dit le public mal informé; mais Law, à qui gens considérables ont parlé de ce bruit, leur a répondu qu'ils étoient plus prêts d'aller à Genève que lui d'aller à Notre-Dame. On parle de différentes acquisitions qu'il veut faire ; mais il n'y a rien de certain , que la maison de la
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Marche qu'il a achetée 110^000 francs de M. Desmaretz.
Dimanche 24. — Les conseils de régence recommencèrent le matin. — Madame la duchesse de Berry vint de la Meutte passer Taprès-dlnée aux Carmélites^ où Madame arriva avant elle. — On mande de Catalogne qu'il est parti de Barcelone plusieurs vaisseaux de transport chargés de troupes, d'artillerie et de munitions de guerre, et que cet armement va en Sardaigne. Il y a pourtant quelques avis de ce pays-là qui font croire que ces troupes ont ordre de débarquer au golfe de la Spécie, et on est persuadé que le dessein du roi d'Espagne est de faire attaquer Orbitello, et ensuite toutes les petites places que Tempereur a sur les côtes de Toscane. Comme la cour de Madrid ne consent pas au traité qu'on propose en Angleterre, on juge que le roi d'Espagne veut se hâter de faire une entreprise en Italie.
Lundi 25. — Les spectacles recommencèrent, et on rejoue Topera d'Jmadis (1) ; Madame y alla. Madame la duchesse de Berry vint de la Meutte à l'Opéra , et voyant madame de Clermont dans la loge de M. le comte de Toulouse, qui est vis-à-vis de la sienne, elle lui envoya M. de Brassac, qui est exempt de ses gardes, pour lui dire qu'elle souhaitoit qu'elle ne se trouvât jamais dans les lieux où elle seroit. Madame de Clermont sortit de la loge et de l'Opéra. Madame d'Étampes la jeune , qui étoit avec elle, en sortit aussi*. — On a imprimé un livre de M. Tabbé de Saint-Pierre, qu'il appelle Polysynodie, Ce livre fait du bruit; on y a trouvé beaucoup de choses offensantes pour la mémoire du feu roi**. — Il y a quatre ou cinq comédiens ou comédiennes françois qui ont quitté tout à la fois, et ce spectacle-là tombe un peu.
* IVladame la duchesse de Berry, en cette action comme en beaucoup d'autres, fit voir Texcès de son orgueil et de son peu de jugement. Entraînée par les roués de M. son père, avec qui elle vivoit , elle se mêla
(1) Paroles de Quinault, musique de Lulli.
de ce qui étoit hors de sa portée et indécent dans sa bouche, lorsque, prenant un parti qui n'étoit pas celui du droit, de l'usage, ni de la raison , elle parla mal à propos au maréchal de Villars sûr son style, dont les gens de qualité se plaignoient parce qu'ils ne vouloient plus souffrir rien au-dessus d'eux, et mettre tout dans une égalité qui, en défigurant l'État et le rendant dissemblable à tous les autres, ôtoit les gradations, supprimoit les récompenses , anéantissoit l'ambition , attaquoit l'autorité et la majesté du trône, et réduisoit tout à l'égalité, et, par une suite nécessaire à la confùdon, jetoit tout dans l'oisiveté, dans la paresse et dans le néant, et ne laissoit d'avantage et de distinction qu'aux richesses, par conséquent à la bassesse, à l'avarice et à la cupidité d'en acquérir par tous moyens. A cette faute d'entratnement, madame la duchesse de Berry en joignit fort tôt après une contradictoire, par Taffront public, en plein Opéra , qu'elle fit à une femme d'une qualité distinguée : c'est où il fâiloit considérer et respecter la noblesse et ne la pas offenser aussi mal à propos. Mesdames de Clermont et de Beauvau étoient à elle et lui faisoient honneur d'y être; indignées de la préférence qu'elle donna sur elles à une fille du plus vil étage, mariée à la vérité à un homme de condition^ mais qui n'étoit pas de la qualité des autres, qui par lui-même étoit encore plus différent d'eux , et desquels tout le mérite n'étoit que ce qui les auroit dû faire chasser de toute honnête maison; ces dames, indignées, dis-je, de ^oir madame de Mouchy seconde dame d*atours , et dans une charge faite exprès pour elle, sans raison que sa faveur, se retirèrent avec toutes les mesures de la bienséance, et tellement avec l'approbation de Madame et de M. et de madame d*Orléans, qu'elles et leurs maris n'en furent que mieux traités ; c'est ce qui piqua d'autant plus madame la duchesse de Berry, et de voir encore que le monde applaudissoit à cette conduite, qu'elle ne se posséda plus, jusqu'à se porter à une action qui passoit son pouvoir et sa grandeur, qui avec droit ne pouvoit être faite que par un roi ou une reme , aucun sujet quelque élevé, quelque proche de la couronne qu'il soit, n'en pouvant usurper l'autorité et bannir personne d'aucun lieu hors de sa propre maison, parce qu'il est libre de ne recevoir chez soi que qui on veut ; mais cette princesse abusa de la jeunesse du roi et de la foiblesse d'un père régent, au scandale public, qui cria bien haut, mais dont elle se mit peu en peine.
** L'abbé de Saint-Pierre étoit un vieux fat, premier aumônier de Madame , pour se recrépir et se produire, frère de Saint-Pierre , premier écuyer de madame la duchesse d'Orléans. Il avoit des bénéfices et des lettres, et s'estimoit un homme merveilleux en tout, se croyant en liberté de donner l'essor à sa politique par le changement du gouvernement. 11 fit un livre où il déclama contre le pouvoir despotique et souvent tyrannique que les secrétaires d'État et les contrôleurs gé-
nérauxdes finances avoient exercé sous le feu roi , qu'il appela vizirs, et vizirats leurs départements , dans lequel il y avoit plus de raison et de vérité que de prudence. Il souleva donc contre lui les restes de cet ancien gouvernement et ceux encore qui aspiroient à y revenir après la régence. D'anciens courtisans qui se piquèrent de n^connoissance quand elle n'étoit qu'aux dépens d'autrui et qu'elle ne leur coûtoit rien, crièrent aussi bien haut, et parmi eux le maréchal de Yilleroy se distingua, et qui fit tant de bruit et de manège, que M. le duc d'Orléans, qui d'ailleurs n'aimoit pas les Saint-Pierre, n'osa leur résister, et que l'abbé fut honteusement chassé de l'Académie françoise , mais d'assez peu de maisons parce qu'il n'en fréquentoit guère de considérables. Son livre, au reste, étoit plein de chimères sur le gouveiliement comme plusieurs autres de politique qu'il publia depuis , à la ruine de ses libraires.
Mardi 26. — M. le duc d'Orléans fit venir le matin M. le maréchal de Villars et avoit envoyé quérir M. de Bauffremont. M. le duc d'Orléans prit la parole, et dit que M. de Bauffremont n'avoit jamais eu intention de manquer au respect qu'il devoit à M. le maréchal. Je ne sais ce qu'il ajouta àcela, mais il parla si bien qu'ils furent contents tous deux. — Madame entendit l'opéra de sa loge. — fl ne se passa rien de considérable au parlement ; on croit que toutes leurs disputes iiniront demain ; cependant les enquêtes et les requêtes ont pris entre eux la résolution que pas un d'eux n'aille chez M. le premier président, à moins que ce ne soit pour quelque affaire particulière.
Mercredi 27. — Tout s'est passé en douceur au parlement, quoique les chambres ayant été assemblées parce que c'est aujourd'hui une mercuriale. — Madame entendit la comédie françoise de sa loge, et puis alla couchef à Saint-Cloud, où elle passera tout l'été. — Le feu prit au petit pont par un bateau de foin embrasé qui s'accrocha à une arche du pont ; toutes les maisons qui sont sur ce pont ont été brûlées, et le feu n'est pas encore éteint. On y fait marcher un détachement des régiments des gardes françoises et suisses, et Ton craignoit que le feu ne passât jusqu'à THôtel-Dieu, dont il étoit fort proche. M. le cardinal de Noailles et le duc , son neveu , passèrent une
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partie de la nuit à l'Hôtel-Dieu pour en faire transporter les malades qui étoient dans une salle plus exposée au danger du feu (1).
Jeudi 28. — Le feu dure encore , mais il n'y a plus à craindre qu'il s'étende plus loin; les soldats des régiments des gardes y ont très-bien servi et il y en a eu quelques-uns de blessés. Le roi a témoigné beaucoup d'inquiétude sur ce feu ; on lui en a su très-bon gré, et tout le monde l'en a fort loué. — M. le duc d'Orléans alla Taprèsdlnée à Saint-Cloud, et puis alla souper à la Meutte. — A la mercuriale qu'il y eut hier au parlement, et où parlèrent M* Favocat général et puis M. le premier président, les choses se passèrent plus doucement qu'on ne l'avoit espéré ; il parolt pourtant encore quelqu'aigreur entre leschambres des enquêtes et la grand'chambre, et surtout contre le premier président. ^- Il y a une grande commotion contre le Uvre de l'abbé de Saint-Pierre ; il a été résolu que l'Académie s'assembleroit jeudi et Ton avertira les académiciens de s'y trouver pour voir quelle résolution on prendra sur cette affaire.
Vendredi 29 . — Le feu dure encore un peu, et il y a eu plus de fa»ente maisons brûlées ou abattues. Le duc de Guiche y étoit à la tête des gardes françoises, qui ont très-bien travaillé. Le duc de Chaulnes y mena les chevau-légers qui sont de quartier et qui gardèrent fort bien les effets que les marchands, dont les maisons brûloient, tiroient de chez eux, et qu'ils ont transportés ensuite. Les çhevaulégers étoient à cheval; les cordeliers et les capucins y ont travaillé avec beaucoup de zèle; il y en a même quelques-uns qui y ont péri* Le maréchal de Villars y passa la nuit à cheval, et y avoit fait venir quelques petites pièces de canon en cas qu'il fallût s'en servir pour abattre quelques maisons. Le cardinal de Noailles et le duc de Noailles, son neveu, donnèrent de bons ordres et sur-
(1) Voir les Mercures d'ayril et de mai, et le Journal de Barbier, 1. 1*'»
tout pour sauver THôtel-Dieu où il y a eu fort peu de dommages. Le prévôt des marchands et tous les officiers de la ville y ont été très-utiles, mais on n'est pas content de celui qui a soin des pompes^ qui n'ont pas été d'un si grand secours qu'elles dévoient. Le curé de Saint-Sulpice s'y est fort distingué par répandre de Targent aux ouvriers et par les bons ordres qu'il y a donnés; il a même exposé sa personne et y a passé deux nuits. Le duc de Tresmes, gouverneur de Paris , qui étoit à la campagne , y vint dès qu'il fut averti du feu, et y passa la nuit.
SamediSO. — Les trois officiers de TAcadémie, qui sont : Tabbé deDangeau, directeur, M. l'évêque de Fréjus, chancelier, et Dacier, secrétaire perpétuel, parlèrent hier à M. le duc d'Orléans de la part de l'Académie au sujet du livre de l'abbé de Saint-Pierre. Le maréchal d'Estrées et le premier président, qui étoient au Palais- Royal et qui sont de l'Académie, se joignirent à eux ; M. le duc d'Orléans leur dit qu'il avoit fait mettre le libraire en prison et supprimé les exemplaires qui en restoient; mais il y en a déjà beaucoup de répandus dans le public. On attend toujours à voir quelle résolution l'Académie prendra jeudi sur cette affaire. — Madame de Poitiers gagna un grand procès au conseil contre madame de la Baume et MM. de Montrevel, ses deux fils , qui prétendoient exclure mademoiselle de Poitiers de la plus grande partie de la succession de M. son père; l'affaire fut jugée tout d'une voix et renvoyée au Chàtelet, qui est ce que madame de Poitiers souhaitoit, et qui est presque une assurance pour le gain du fond. — Les nouvelles de l'embarquement du roi de Suède varient, fort et on ne le croit plus du tout embarqué.
Dimanche V"" mai. — Conseil de régence le matin. — On renvoie à Rennes M. de Brou, intendant de Bretagne ; on dit qu'il emporte bien des lettres de cachet avec lui, qu'il y a des lettres de jussion expédiées pour le parlement, et même qu'on va faire marcher de nouvelles trou-
pes en Bretagne. — Des vaisseaux espagnols, commandés par Martinet, françois et gendre d'Helvétius , ont pris dans la mer du Sud des vaisseaux françois et anglois qui y alloient en fraude et contre la défense ; et Martinet a mandé à Madrid que la prise montoitbien à la valeur de quatorze millions. — Le cardinal de la Trémoille n'a pas encore permission de prendre des bulles pour son archevêché de Cambray que le pape veut bien lui accorder, ainsi il n'a point donné sa démission de Tévèché de Bayeux.
Lundi 2. — Conseil de régence le matin. — Madame la duchesse d'Orléans , dont la santé est tout à fait rétablie, va presque tous les jours se promener à sa petite maison de Bagnolet, où ellefait toujours travailler. — Madame la duchesse de Mortemart la jeune , étant condamnée par les médecins, a commencé à prendre des remèdes d'un homme qui a guéri Saint-Simon ( qui étoit lieutenant aux gardes et qui vient d'acheter un régiment), et ces remèdes la soulagent un peu; mais elle est si mal qu'on n'ose en rien espérer. — M. de Maillebois a la petite vérole. — La marquise delà Vallière a été assez considérablement malade; mais on la croit hors d'affaire présentement.
Mardi 3. — M. le duc d'Orléans a donné à M. le marquis de Brancas la lieutenance générale de Provence, dont les appointements sont de 27,000 francs, payés par la province. Il faut qu'il donne 200,000 francs de brevet de retenue que M. de Grignan avoit sur cette charge , et on lui donne à lui un brevet de retenue de pareille somme. — La reine d'Angleterre est assez considérablement malade ; le premier médecin du roi et Boudin y allèrent, et y retourneront encore demain. — 11 est arrivé un courrier d'Espagne ; le public ne sait pas encore bien précisément les nouvelles qu'il apporte ; mais on croit que l'Espagne n'est pas contente du traité qu on propose.
Mercredi 4. — Les médecins sont encore retournés à Saint-Germain et la maladie de la reine d'Angleterre leur pa|*olt considérable. — Madame la marquise de Gaustries mourut*; elle se portoit bien le soir auparavant , et ce matin , en entrant dans sa cbambre , on Ta trouvée sans connoissance et elle ne lui est point revenue , malgré tous les remèdes qu'on lui a faits jusqu'à huit heures du soir qu'elle est morte. Elle étoit dame d'atours de madame la duchesse d'Orléans; elle étoit fille du feu maréchal de Vivonne et sœur des duchesses d'Elbeuf et de Lesdiguières et de mesdames les abbesses de Fontevrault et de Beaumont-lès-Tours. M. de Castiîes, son mari^ est chevalier d'honneur de madame la duchesse d'Orléans.
* On a parlé ailleurs dans ces notes du mariage de M. et de madame de Castries, et en son lieu aussi de celui de leur fils, qui ne dura guère, et de la mort duquel et de leur belle-fille ils ne se sont jamais consolés. Madame de Castries étoit une petite poupée manquée, mais pétillante d'esprit et souvent de malice; toujours dans |a meilleure compagnie de la cour, et très-savante sans qu'il y parût jamais, avec tous les airs, ' toutes les grâces et toute la force d'esprit si vanté des Mortemart. Son mari en fut inconsolable et avec grande raison, et ne céda qu'aux persécutions de son frère pour se remarier, qui s'en allant à Alby ne voulut pas le laisser dans une solitude domestique qu'il n'avoit jamais éprouvée. )1 épousa donc la fille du marquis de Lévis , devenu peu après duc et pair, et d'une fille de la duchesse de Chevreuse. Eux et tous leurs enfants, morts peu après M. et madame de Castries, n'ont laissé d'héritiers que les trois fils qui sont venus de ce second mariage.
Jeudi b, — M. le duc d'Orléans alla se promener à Saint-Cloud, et puis alla souper à la Meutte. — L'abbé de Saint-Pierre fut déposé à TAcadémie d'un consentement général pour avoir fait un livre qu'il appelle la Polysynodie, injurieux à la mémoire du feu roi. — Le mal de la reine d'Angleterre augmente fort, et on craint bien qu'elle n'en revienne pas. — U y a cinq commissaires nommés du conseil de régence pour examiner ce qu'on doit faire sur les bulles que le pape ne veut pas accorder