AV&IL
portsra le cœur de mademoiselle de Montpensier au Valds«fiFàee; iaiais on n'a rien changé pour la cérémonie à Saint-Denis.
* Voiià la différence du rang établi pour Mademoiselle par Louis XIII de petite-fille de France. Elle est gardée par une seule duchesse , une mvàe princesse et une seule dame de qualité à la fois. Au-dessus de ce rang il y a deux du<^esses, deux princesses et deux dames de qualité à lia fois, c'est-à-dire deux et quatre, parce que les duchesses et les princesses ne gardent pas en même temps, et au-dessous de ce rang, aucune dame que les dames et demoiselles domestiques, comme elles le jugent à propos et sans que le roi s'en mêle.
Samedi 11 , à Versailles, — Le roi revint ici de Marlv en chassant. Monseigneur revint à son ordinaire avec madame la princesse de Conty. On a mené à Marly la même vie qu'on a accoutumé , et le roi a tenu quelquefois le portique après souper , pour amuser les princesses. — On a trouvé encore un nouveau papier dans les cassettes de mademoiselle de Montpensier, postérieur au testament; mais ce n'est qu'une augmentation d'environ 25,000 écus aux legs pieux qu'elle avoit déjà faits. — Le roi a promis à Monseigneur de lui donner des meubles, pour meubler Qioisy, dont il ivà, prendre possession demain *. — On a nooamé Tabbé Anselme pour faire l'oraison funèbre de Mademoiselle, à Saint-Denis. — Lam^rie achette les gendarmes de la reine , de M. de Launion, qui vient d'être fait maréchal de camp; il en donne 13ô,^00 livres. Il n'y a point eu de sous-lieutenants daas le corps de la gendarmerie , qui se soient trouvés en état d'acheter cette charge-là. -^ Mademoiselle |>orta le cœur de ma4emoîselle de Kontpensier au Val-de- Gpàce; elle avoit avec elle madame de Ventadour et madame deTurenne; les entrailles ont été portées aux Célestins, à la chapelle d'Oyléans**.
* Monseigneur fut ravi d'avoir un chez soi , et on accusa Mademoiselle d6 lui en avoir donné un pour faire une niche au roi, qui n'aimoit pas ees séparations et i|ui ne s'y accoutuma jamais,
264 JOURNAL DE DAWGEAU.
** Les eutrailles de Mademoiselle, apparemment mal embauoiées, tirent crever le vase qui les enfermoit, avec un tel bruit, que les dames jusqu'aux Feuillants et tout ce qui gardoit le corps s'enfuirent, et se pensèrent étouffer aux portes avec une peur étrange.
Le premier président Harlay, exécuteur testamentaire, assistant à la levée du scellé avec Térat, chancelier de Monsieur, qui étoit légataire universel , trouva sous sa main une chanson de Barbanson sur madame de Montauban et Térat^ la plus plaisante du monde. Il la prit, et la présentant gravement à Térat : « M. le chancdier, lui dit-il, tenez, voilà un papier qui vous regarde. » Térat le prit avec une révérence, et ne Teût pas plutôt ouvert en présence de beaucoup de gens qui étoient là avec intérêt de tout voir, que ce fut un scandaleux édat de rire. Barbanson, premier maître d'hôtel de Monsieur, de beaucoup d'esprit et de fort bonne compagnie , excelloit en chansons et en désoloit la Montauban, qu'avec beaucoup d'autres il avoit prise en aversion singulière ; tellement que madame de Montauban, poursuivie de chansons, eut recours à Monsieur, avec qui elle vivoit beaucoup, qui défendit bien sérieusement à Barbanson d'en plus faire sur elle , qui s'y engagea. Mais les poètes sont trompeurs : celle-ci lui échappa encore, qui, plus jolie et plus cruelle que pas une, fit grand bruit. La Montauban outrée va à Monsieur, qui querelle Barbanson, et Barbanson à nier le fait. Monsieur, encore plus fâché, lui demande qui l'a donc faite ? — « Ma foi. Monsieur , répondit froidement Barbanson , vous verrez qu'elle s'est faite toute seule. » Et en effet jamais chanson ne fut plus naturelle.
Dimanche i% à Versailles. — Monseigneur partit d'ici le matin avec Monsieur; ils allèrent diner à Choisy, Le roi y alla l'après-dlnée, et s'y promena jusqu'à six heures du soir; le roi n'avoit jamais vu cette maison-là; il en fut fort content. Le roi vint coucher ici; Monsieur alla coucher à Paris et Monseigneur demeura à Choisy. — On a eu nouvelle que le comte d'Estrées étoit revenu à Toulon avec les vingt vaisseaux qu'il conduit; les mauvais temps qu'il a fait ont empêché de réussir dans l'entreprise qu'on avoit faite sur Baies. M. le comte de Saulx-Tavannes, mestre de camp du régiment de cavalerie d'Orléans , a eu permission de s'en défaire; le roi et Monsieur ont agréé le marquis de Silly, qui l'achète jk2^000 francs.
Lundi 13, à Versailles. — Le roi alla tirer l'aprèsdinée. Monseigneur dina à Choisy ; madame la princesse
AViUL 1695. 36â
de Conty vint dîner avec lui ; ils se promenèrent fort toute la journée^ et ensuite il revint ici dans son carrosse avec elle. — Madame de Brégis (1) est morte à Paris; elle avoit été autrefois à la reine-mère, et avoit été en grande réputation pour sa beauté et pour son esprit; elle avoit beaucoup d'argent comptant ; elle a laissé en mourant 250,000 francs à Monsieur pour restituer; elle avoit eu cela d'un don que lui avoit fait la reine*mère autrefoii^, qu'elle a prétendu en mourant qui étoit injuste. — Par les nouvelles qu'on a. du prince d'Orange , il parolt qu'il n'est pas encore passé en Hollande; la santé de M« le duc de Savoie n'est pas bien rétablie. — On a publié l'édit pour les affaires de Saint-Lazare ; le roi remet cet ordrelà dans l'état qu'il étoit avant les changements faits en 72. Mardi H, à Versailles. — Le roi alla à la chasse à son ordinaire. Monseigneur courut le loup, et revint ici avant la fin de la chasse pour voir le roi etla reine d'Angleterre qui vinrent ici à six heures. — M. de Poissy, fils aîné du président de Maisons, épousa hier à Paris mademoiselle de Lamoignon. Le roi avoit signé le contrat de mariage quelques jours auparavant. — Le comte de Bussy-Rabutin est mort dans ses terres, en Bourgogne. Il avoit été autrefois mestre de camp général de la carvalerie, et fut chassé de la cour pour des vers et des chansons qu'il avoit faits ; il s'étoit racconmiodé depuis ; il travailloit à l'histoire du roi, et avoit une pension de ji',000 francs; il étoit un des quarante de l'Académie françoise. — Madame la duchesse de Chartres mena à Saint-Denis le corps de mademoiselle de Montpensier; madame la princesse d^Harcourt et madame la duchesse de la Ferté étoient nommées pour aller avec elle. La cérémonie fut fort magnifique , par les ordres qu'avoit donnés Monsieur
(1) « Si connue par sa beauté , son esprit et sa familiarité avec le roi , la reine sa mère et Monsieur, et par le lavement qu^Ëstoublon lui donna si subi* tement. » ( Note de Smut-Simon ). Voir Faddition , tome 1T, page 134.
9IHI JOURJSAL D£ DAKGËAU.
9W ciala« Madame la marédiale de Rochefort et madame la (M9imte8&ie de Fiesque étoient dans le carrosse de madame là duchesse àt Chartres^ et même on y fit monter les âUea d'honneur de Mademoiselle, parce que Tarchevôque d'Auch et le curé montèrent dans le carrosse qui leur avpit été destiné.
Mercredi 15 , à Versailles. -^ Madame la duchesse de Chartres n'est revenue ici qu'à neuf heures du matin de Sailit4)eaLSy où elle étoit allée hier mener le corps de Mademioiselle. — Le roi ne sortit point de tout le jour et fat enfermé Taprès-dlriée avec M. le maréchal de Toi]ïrville 6t M. de Pontcbartrain. — Monseigneur le Dauphin joua le soir, chez madame la princesse de Conty, à culbas. -^ Madame la comtesse de Bury, dame d'honneur de madame la princesse de Conty, se retire de la cour; te roi lui conserve la pension de â,0OÛ écus qu'elle avoit par sa charge, et laisse à madame la princesse de Conty à choisir une autre dame d'honneur. ^^ Le duché d^ Joyeuse, qui, par la mort de mademoiselle de Guise, étoit revenu à M. le prince . de Commercy, étoit eoniisqué par le roi, parce que M. de Commerey sert dans les troupes des ennemis de la France ; le roi donna, oes jours passés, cette confiscation au prince Paul, et lui fait rendre tout ce qui a été touché des revenus de eette terre-là.
Jeudi 16 , à Versailles. — Le roi donna, le matin^ um Iwgue audience dans son cabinet à milord Middleton, qm »'est $auvé d'Angleterre; il a passé en Hollande déguisé, et de là est venu ici sans être reconnu; il étoit seta^étaire d'État sous le feu roi d'Angleterre ; et sous celui-ei il étmt relégué ohas lui dans la contrée depuis que le prince (i'Orange est maître du pays. — M. de Lamoignon a c^ité ; il garde la charge d'avocat général; il vend celle de président à mortier à M. de Crèvecœur, gendre de M. de Harlay qui en a eu l'agrément du roî; il en donne 500,000 francs, — M» le marquis de Sévigné achète la
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lieutenaBOft de Boi du pays Nantaié fiO<,QOO éeus; elle lui vaudra 12^000 francs. M. de Guéaiadauc.avoitièu Tagrét meut de cette charge-là eu faveur du mariage qu'il devoit faire avec madêuioiselle de Montohévreuil ; mais tout cela est rompu.
Vendredi 17^ à Versaille$. — I^e rpi alla se promener à Marly. Mojase%neur alla à l'opéra <J'#ercti/^ avec madame la princesse de Conty, — L'abbé da la Gbambra mourut ces jours passés à Paris ; il avoit plusieurs, petite bikiéfices^ et il étoit un des quarante de l'Académie françoise. — M. de Polastron , maréchal de camp, servira cette année en Bretagne, sous les ordres de M. le duc de Ghaulnes, qui s'en retourne à son go'uvernemeùt. -^' Servon , iiouveau maréchal de camp, servira en Normandie, et d'Aubarède servira dans le pays d'Aunîs, sous M. le maréchal d'Estrées. M. Rosen, mestre de camp général de là cavalerie, la commandera sous M. de Chartres dansTarmée de M. de Luxembourg, et M. le duc du Maine commandes la cavalerie dans l'armée de M, deBoufflers, oàil est premier lieutenant générai. — M. le comte d^Auvergne, colonel général de la cavalerie, ne servira point, et va prendre les eaux à Vichy. . .
Samedi 18, à Versailles. — Le roi donna plusieurs audiences après dîner; il entretint longtemps M. le maréchal de Lorges. — 51. de la Fon*, qui servoit l'année passée d'intendant dans Tarmée d'Allemagne, n'y servira point ; on a mis en sa place la Grange, intendant d'Alsace. — Le maréchal de Tourville a pris congé du roi pom* s'en aller à Brest. — Le roi a fait trois ingénieurs brigadiers d'infanterie, qui sont : du Bosc, Lappara et du Puy, neveu de Vauban. — On a eu nouvelle que le prince d'Orange avoit passé en Hollande; il arriva à la Haye le 13 de ce mois. — On a nouvelle d'Allemagne que Chauvet, qui étoit dans les troupes du duc d'Hanovre, a passé au service de l'électeur de Saxe, dont il commandera les troupes cette année sur le Rhin, Nous l'avons
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vu en France capitaine des chevau*légers dans le régiment de M. de Turenne.
* Lafon, iuteudaut de Franche-Comté et de Tannée d'Allemague, écrivit, la campagne précédente, mie lettre à Barbezieux, par laquelle il censuroit fort la conduite de M. le maréchal de Lorges sur les mouvements de la campagne. Les lettres furent prises par les ennemis, qui les renvoyèrent ouvertes au maréchal par un trompette , et mirent sur celles de Lafon : Ne iutor uUrà crepidam. Le msôréchaly sur cela, la lut et le fit chasser à son retour.
Dimanche 19 , à Versailles. — On a eu des nouvelles de Turin qui portent que M. de Savoie a eu encore des accès de fièvre. — Les officiers de l'armée d'Allemagne prennent congé du roi ; l'armée doit s'assembler le 10 du mois qui vient ; elle sera composée de quarante-six bataillons et de cent cinquante escadrons. — Le duc de Noailles part aussi pour la Catalogne^ et aura une armée beaucoup plus considérable que les années passées. — M. de Louvat, gouverneur de Belle-Isle^ est mort ; ce gouvernement vaut 10 ou 12^000 livres de rente et M. de Ferière, lieutenant-colonel de Vermandois, y commande; on ne vouloit pas que M. de Louvat y allât.
ORDRE DE BATAILLE DE LA PREliOÊRE ARMÉE DE FLANDRE EN 1693.
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Lundi 20, à Versailles, — Le roi aura cette année en Flandre^ dans ses deux armées^ cent quarante batédÛotis et près de trois eemhi esondrem. Ifonsiear le Due donne son régiment de cavalerie au marquis de Lanques en faveur du mariajfe qu'il d<wt faire avec mademoiselle de Xaintrailles^ fille d'honneur de madame la princesse de Conty^ sœur de Monsieur le I)uc. -^ Tous les chevaliers de Saint-La2are faits depuis Tannée 72 ont eu ordre du roi d'en quitter toutes les marques. Mansart et Lenostre étoient de oe nombre, et le rdi, pour les dédommager de ce qu'ils quittoient leur croix de Saint-Lazare, les a nommés chevaliers de Saint-Michel, et les a fait recevoir aujourd'hui, par M. le duc de Beauvilliers. C'est toujours un chevalier du Saint-Esprit que le roi charge de recevoir les chevaliers de Saint-Michel. — Monseigneur alla diner à Choisy, et revint ce soir ici. Monsieur alla coucher à Paris.
Mardi 21, à Versailles. — Le roi alla l'après-dinée à la volerie avec Madame et mesdames les princesses de Conty. — Monseigneur alla à Paris avec madame de Chartres et Mademoiselle ; ils allèrent diner chez Monsieur. Après diner ils allèrent voir la maison de Langlé et chez beaucoup de curieux, où Monseigneur acheta beaucoup de petits meubles pour Choisy; ensuite ils allèrent à l'opéra dans la loge de Monsieur. — La flotte des ennemis est prête à se mettre à la mer; ils auront cent douze vaisseaux de guerre et grand nombre de bâtiments plats. Le prince d'Orange, en partant d'Angleterre, a fort assm*é qu'il ne demeureroit qu'un mois en Hollande, et flatté les Anglois d'une descente en France cette année. — Le maréchal de Bellefonds, qui doit, dit-on, commander une armée en Normandie cette année, a parlé au roi ce matin ; le roi ne lui a rien dit de positif, mais seulement qu'il lui laisseroit ses ordres en partant sur ce qu'il auroit à faire.
Mercredi 22, voyage de Marly, — Le roi s'est trouvé
AVRIL 1695. un
un ptu inoommodé eette nuit; cela ne Va pas émpèohé de Wltir ici ; il ê^mt fort promené en arrivant < Il à trtwré dans le ]^tit boiâ à droite une foataine noutelle ^1 te encore plus haut que le grand jet. Monsieur* et Madame ne sont pas de ce voyage*ci; il y a de dames nouvelles^ madame la duchesse d^Humières et madatae de Florensac* — On fit partir un courrier ces jours passée y qui porte ordre à M. le oomte d'Estrées de se remettre à la mer; ce courrier doit arriver aujourd'hui à Toulon. On ne croit pas qu'il repasse encore sitôt dans FOcéan*
J^udi 23^ à Marly. — Le roi se promena le matin dans ses jardins^ etallaTaprès-dinée voir à Saint-Germain le roi et la reine d'Angleterre. Monseigneur courut le cerf le matin dans la forêt de Marly, et revint dîner ici ; le roi d'Angleterre étoit à la chasse. — M. le marquis d'Urfé, lieutenant des chevau-légers Dauphin ^ est obligé par le mauvaisétat de ses affaires de vendre sa compagnie; le roi lui en a donné la permission, et il trouve déjà un marchand qui lui en offre 40,000 écus. — Le roi d'Angleterre a fait milord Middleton son premier ministre et chef de son conseil; il sera devant milord Melford, qui n'a point fait difficulté de lui céder. Les Anglois ont beaucoup de confiance en milord Middleton ; il a toujours passé pour homme de beaucoup d'esprit et de beaucoup de probité. 11 assure que le prince d'Orange a laissé vingt-cinq mille hommes de ses meilleures troupes en Angleterre.
Vendredi 24, ô Marly, — Le roi se promena le matin dans ses jardins, et alla l'après-dinée à la volerie dans la plaine de Vézinet. Les princesses étoient à cheval ; le roi et la reine d'Angleterre vinrent à la chasse. — La duchesse de Choiseul a eu ordre de ne plus paroitre à la cour et de ne plus voir madame la princesse de Conty,. Son mari veut se séparer d'elle et qu'elle aille à la camr pagne; elle demande qu'on la laisse dans un couvent à Paris. — Le chevalier de Gassion , maréchal de camp ,
va servir en Nonnandie ; Servon y sert aussi en la même qualité I et les maréchaux de camp obéiront à IfM. de Matignon et de Beuvron^ lieutenants généraux de la province. — L'abbé de Lignerac avoit trois frères en Auvergne^ qui sont morts presque en même jour^ non sans soupçon d'être morts de maladie contagieuse. On craint que la petite ville d'Aurillac, en ce pays-là, ne soit attaquée de la peste , car presque tous les habitants y meurent.
Safnedii6, à Versailles. — Le roi revint ici de Marly en chassant. Monseigneur partit tard de Marly, et revint ici avec madame la princesse de Conty, à son ordinaire. Avant que de partir de Marly le matin , le roi donna à M. Tabbé de Luxembourg, fils du duc de ce nom^ la grande maîtrise de • Tordre du Saint-Esprit de Montpellier qui avoit été joint à celle de Saint-Lazare. On assure qu*îl y a pour plus de 50,000 écus de rente de commanderies qui sont à la nomination du grand maître; il y a longtemps qu'il n'y avoit eu de grand maître à cet ordre-là. — On mande d'Allemagne que les cercles de Franconie, de Souabe, et les princes voisins du Rhin ont tant sollicité l'empereur de donner le commandement des armées en ce pays-là au prince Louis de Bade, qu^enfin l'empereur s'y est résolu, et que le duc de Croy ira commander en Hongrie, en sa place. L'empereur a fait le prince Eugène de Savoie feld-maréchal.
Dimanche 26, à Versailles. — Le roi alla tirer l'après- ^ dlnée. Monseigneur alla à l'opéra à Paris, avec madame la princesse de Conty. — Madame la princesse de Conty a témoigné fort désirer la marquise d'Urfé pour sa dame d'honneur; le roi a fort approuvé ce choix-là, et a déclaré que ce seroit lui qui payeroit la dame d'honneur, et que M. et madame d'Urfé lui feroient plaisir d'accepter cette place-là , ce qu'ils ont fait aujourd'hui avec plaisir. — Le marquis de Dromesnil, cornette des chevau-
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légers Dauphin ; a eu Tagrément du régiment du roi de cavalerie, que commande le comte de Vienne; il en donne près de 80,000 francs. — Le roi établit des contrôleurs pour tous les actes que passeront les notaires danstout le royaume ; il y avoit déjà de ces contrôleur s-là établis en Normandie. On offre un million par an au roi pour cette affaire-là, et on croit que les notaires voudront être eux-mêmes les contrôleurs.
Lundi 27, à Versailles. — Le roi dîna de bonne heure, et alla ensuite à Choisy; il avoit dans son carrosse madame la princesse de Conty|et mesdames de Maintenon* et de Chevreuse. Monseigneur étoit pai-ti de bon matin et avoit dîné à Choisy. Le roi a pris ce qu'il y avoit de meubles plus raisonnables à Choisy, qu'il donne à Monseigneur ; il n'en a pris que pour 25,000 francs, et a donné à Monseigneur des tapisseries magnifiques pour achever de meubler la maison. Le roi se promena longtemps dans les jardins et paroit trouver ce lieu-là fort à son gré ; Monseigneur y demeura à coucher. — L'évêque de Cahors est mort dans son diocèse en visitant les malades, qui y sont en grand nombre; il étoit d'une famille de robe de Paris dont il y a eu un premier président au parlement. Il s'appeloit l'abbé le Jay avant que d'être évêque; cet évêché vaut 12,000 écus de reste, mais M. de Marsan a dessus 10,000 francs de pension.
Mardi 28, à Versailles. — Le roi alla à la chasse. Monseigneur courut le loup dans les buissons de la forêt de Sénart, et revint diner à Choisy, d'où nous ne repartîmes qu'à six heures du soir, pour venir coucher ici. M. de Chartres, M. le Duc, M. le prince de Conty et M. de Vendôme étoient à Choisy avec Monseigneur. — On a eu nouvelle que le prince d'Orange étoit allé à Juliers , où les électeurs de Bavière et de Brandebourg et le prince Louis de Bade se trouveront; c'est là qu'ils prendront leur résolution pour ce qu'ils ont à faire cette campagne en Flandre et en Allemagne. — M. de la Vauguyon a eu
permissioii depuis un mois de reparoltre à la cour. — Le comte de Graïnoi^t est revenu de Bourbon^ et se porte beaucoup mieux.
Mercredi 29, à Versailles. — Le roi signa, le matih, le cotitrat de mariage de Chazeron, lieutenant des gardés du corps et gouverneur de Brest avec mademoiselle, fiarentih, à qui on donne la valeur de 200,000 francs. — » On a eu nouvelle de Madrid que le roi d'Espagne a été conisidérablement malade ; on dit quMl étoit un peu mieux quand le courrier est parti. — Le roi attache 1,000 écus d'appointements à la capitainerie de Choisy, qu'on regarde présentement comme maison royale. Monseigneur adonné cette capitainerie à Joyeui[ (1), son premier valet de chambre. — Le départ du roi est fixé au 16 poul* la Flandre; il n'a point encore dit à M. le Prince, ni à M. le maréchal d'Humières s'il les fera servir sous lui , comme l'année passée.
Jeudi 30, à Versailles. — Julien qui, comtnandoit les barbets dans les vallées de Piémont et qui étoit dans Coni quand nousl'attaquâmes > s'est fait catholique depuis quelque temps, et est venu ici offrir ses services au roi, qui lui pardonne tout le passé et lui donne 1 ^000 écus de pension, lui promet le premier régiment d'infantetie vacant, et de le faire brigadier à la première promotion. — Le roi entendit vêpres, et puis alla tirer dans son Jiarc. — Les secrétaires du roi donnent à S. M. 1,800^000 francs, payables dans le mois de mai prochain, pout 100,000 francs d'augmentation de gages que le roi leur donne.
Vendredi V mai, à Versailles. — Les gardes françoises et suisses ont ordre de partir le il , le 12^ le 18, et le 14; les gendarmes et les chevau-légers marcheront le Ik.. Le roi couchera à Chantilly le 16 ; il y séjournera le 17, ira le 18 à Compiègne, où l'oh apprendra le reste de sa
(1) On prwiûiKmt Joyeuse, car Dangean écrit tDtjours Joyeuse.
marche. —On envoie onze bataillons entre la Nonnandie et la Bretagne, qui camperont ensemble vei^ Laval on Pontorson , sans compter leà autres troupes qui sont répandues dans ces provinces-là. — M. l'abbé de Campe^ qui avoit été nommé évéque de Pamiers, rendra sa nomination au roi ; la cour de Rome s'y étoit toujomrs fort oppose. On est bien aise de lui donner cette satisiàction-là, et d'ailleurs on n'étoit pas content ici du sieur de Campe. Cette affaire n'est pas encore entièrement terminée; voilà pourquoi elle n'est pas publique.
Samedi 2, à Versailles. — Le roi alla l*après-dlnée à la chasse, à son ordinaire. Monseigneur alla diner à Choisy, y mena madame la princesse de Conty , et revint coucher ici. — Mademoiselle de XaintraiUes fut mariée le matin avec M. le marquis de Lanque; ils ne s'étoient jamais vus que dans ce moment-là, et le moment d'après ils se quittèrent. M. de Lanque est très-malade; il avoit fait un grand effort pour venir jusqu'à la Paroisse. — Chazeron épousa aussi à Paris mademoiselle Barentin. — Le roi a fait armer à Marseille trente-cinq galères que nous aurons à la mer cette année. Le roi a permis au chevalier de Monbas, ancien colonel de cavalerie, de vendre son régiment à M. de Monbas son neveu, qui y est capitaine.
Dimanche 3, à Versailles. — Le roi déclara le matin à Monseigneur qu'il enverroit une armée considérable pour s'opposer aux descentes dont le prince d'Orange nous menace; que cet emploi étoit si grand qu'il avoit résolu d'en donner le commandement , ou à lui ou à Monsieur, qu'il lui donnoitle choix d'accepter cet emploi, ou de venir en Flandre avec lui, mais qu'il ne lui laissoit qu'un quart d'heure pour se déterminer. M. le Dauphin, après y avoir un peu pensé, dit au roi qu'il étoit prêt de mar^ cher partout où il lui ordonneroit, mais que, puisqu'il lui laissoit le choix , il aimoit mieux aller en Flandre. En même temps, le roi dit à Monsieur qu'il lui donneroit le
commandement de toutes les troupes sur les c6tes depuis Dunkerque jusqu'à Rayonne; que si M. le prince d'O-r range vouloit tenter quelque descente, il ne doutoit pas qu^il ne le battit, comme il Tavoit battu à Cassel, M. le maréchal d'Humières servira sous Monsieur, et ne le quittera point. M. deChaulnes, en Bretagne, M. le maréchal d'Estrées , qui est dans le pays d'Aunis, seront aux ordres de Monsieur, qui partira sept ou huit jours après le dé^ part du roi; il compte de se tenir à Laval ou vers Pontçrson, qui sont les lieux les plus propres pour être à portée des endroits où les ennemis pourroient tenter quelque chose. Le soir, le roi dit à M. le Prince qu'il comptoit qu'il voudroit bien commander son armée en Flandre sous M. le Dauphin. — M. le Dauphin alla à l'opéra à Paris avec madame la princesse de Conty. — M. le duc de Saint-Simon* mourut à Paris de vieillesse, sans être malade. Il avoit quatre-vingt-sept ans, et il y en avoit soixante qu'il étoit chevalier de l'ordre. Il avoit été favori du feu roi, et avoit eu plusieurs grandes charges, qu'il avoit toutes vendues; il ne lui restoit que le gouvernement de Blaye, qui vaque par'samort. Une lui reste point d'enfants de son premier mariage ; il n'a du second qu'un fils, qui sert dans les mousquetaires.
* M. de Saint-Simon avoit été premier écuyer et premier gentilhomme de la chambre du roi , grand louvetier à deux reprises, gouverneur et capitaine de Saint-Germain et de Versailles. Il avoit plusieurs fois commandé la cavalerie dans les armées du maréchal de la Meîlleraye , de M. le Prince, etc., et commandé l'arrière-ban général du royaume de 5,000 gentilshommes , et il ne lui resta rien de toutes ces choses que la qualité de lieutenant général des armées du roi et le gouvernement dont il est mention ici ; non pas même les grandes entrées qu'on ne gardoit point alors en quittant la charge qui les donnoit. Mais ce qu'il eut toute sa vie de si singulier qu'il étoit Tunique, ce fut de commander de Paris dans son gouvernement de Blaye en tout comme s'il eût été sur les lieux , et non-seulement dè^résenter au roi les sujets dont il vouloit remplir les places vacantes de son ét^t-major, mais encore de les ôter et d'en prendre d'antres, comme et quand il lui plai-
soit et sans dire pouirquoî , sans en avoir jamais été refusé ; et il Ta fait nombre de fois, et tout cela jusque dans sa dernière vieUlesse. On a cru souvent que c'étoit un reste de sa faveur sous Louis XIII , que Louis XIV n'avoit pas voulu lui ôter;maison s'y est trompé, et ce n'est que de Louis XIV qu'il a eu cet usage dont est ci-après l'origine. A la mort de Louis XIU , il remplit tout ce qui vaquoit en tout genre, le dicta à Chavigny, secrétaire d'État , le signa , et ne put le relire lui-même. Il y nomma M. de Saint-Simon à la charge de grand écuyer, vacante depuis la mort de Cinq-Mars, le publia , le dit à M. de Saint-Simon, qui en reçut les compliments et qui en fit toutes les fonctions aux obsèques du roi. Se^ provisions ne venant point et pressé par ses amis sur un si long délai d'expédition, il sut enfin que Chavigny avoit laissé son nom en blanc et l'avoit rempli ensuite, par ordre de la reine, du Bom du comte d'Harcourt que M. de Saint-Simon envoya appeler. Quoique brave et grand capitaine, il ne jugea pas à propos d'accepter la partie. La reine leur envoya des gardes, et ne put apaiser M. de Saint-Simon, qui se défît de toutes ses charges et se maria à mademoiselle de Budos, dont le père étoit propre oncle maternel du duc de Montmorency, décapité à Toulouse , et de madame la Princesse , mère du grand prince de Condé , de laquelle cette mademoiselle de Budos étoit cousine germaine. Il y avoit de plus beaucoup d'amitié et de liaison entre M. le Prince, et M. de Saint-Simon qui l'avoit voulu faire succéder au cardinal de Richelieu lors d'une grande maladie dont on crut que ce premier ministre mourroit, et dont M. le Prince lui fut d'autant plus obligé qu'il ne le sut que longtemps depuis , et par le roi même. Les troubles venus , M. de Saint-Simon se retira à Blaye et le parti de M. le Prince d'alors, qui étoit le héros et le fils de celui dont on vient de parler, ne douta point que tant de raisons d'amitié ancienne , de parenté si proche et de mécontentement si juste et si vif, ne leur mit entre les mains une place qui partageroit le royaume à la rivière de Loire , entre la cour et M. le Prince, et lui seroit encore d'un si grandi usage par la Gironde qu'elle commande jusqu'à Bordeaux; mais le parti se trompa, et tout ce qu'il mit en œuvre de flatteries et de caresses fut inutile , ainsi que les plus grandes offres réitérées d'Espagne. Le due de Saint-Simon, ne recevant rien de la cour, et ne voulant pas piller la province, fondit du canon, paya la garnison, se fortifia de cinq cents gentilshommes qu'il entretint, et se soutînt delà sorte, trois ans durant, à ses dépens, comme bloqué de loin, mais de toutes parts. La cour, arrivée m Guyenne, aussi contente d'unservice, aussi grand que peu attendu, et dans le désir de se conserver une place si aisémœt , puisqu'elle ne payoit rien, et en même temps d'une si grande importance , dépécha à Blaye le marquis de Saint-Mégrin , chevalier du Saint-Esprit, avec des lettres du roi, de la reine sa mère et du cardinal Mazarin, avec offre du
278 JOURNAL DE PANGEAU.
rang de prince étranger, tel que M. 4e Bouillon venoit ie l'obtenir, . d'un bâton de maréchal de France , et de telle autre grâce qu'il voudroit demander; mais il ne put être touché de rien. Saint-Mégrin lui représenta que, le péril passé, on ne se soucieroit plus de lui. a Je m'y attends bien, dit-il ; mais il ne sera pas dit que je donne cette prise sur moi , que de laisser soupçonner d'avoir vendu ma fidélité. » Il fut inébranlable , refusa tout , et manda au roi et à la reine qu'il ne manqueroit jamais au fils et à la veuve du roi son maître et son bienfaiteur. U tint parole, et se satisfit du plaisir de bien faire, et de faire sentir aux vivants que ce n'étoit que pour soi-même et pour celui qui u'étoit plus. Saint-Mégrm la lui tint aussi : car, les troubles finis, on ne lui 4onna rien, et lui ne demanda quoique ce fût; mais Louis XIV, quoique bien jeune, ne l'a jamais oublié, et, sans lui avoir jamais fait de grâces, il lui marqua une constante considération, et le distingua uniquement dans son gouvernement, comme il a été dit. Il l'avoit mém^ assuré que son fils l'auroit après lui, étant butté alor^ à refuser les survivances; et peu après sa mort, son fils ayant trouvé quelque difficulté à faire recevoir ses ordres de Paris à Blaye comme cew de «on père, Ghâteauneuf , secrétaire d'État de la provijice, écrivit ceux du roi si nettement, que le fils en a toujours usé depuis sans aucune difficulté comme avoit feit son père , excepté les changements de l'état-major. La curiosité de ces faits les a fait mettre ici , auxquels on peut ajouter la défection de ce même comte d'Harcourt, qui , revêtu du rapt d'un office de la couronne fait au duc de Saint-Simon, et commandant l'armée du roi en Guyenne, en partit furtivement, débauchant les officiers, s'alla jeter dans Brisach , tenta le soulèvement de l'Alsace dans le même temps que l'autre signaloit sa fidélité, et, profitant en entier des conjonctures, ne s'accommoda qu'à condition d'avoir le gouvernement d'Anjou sur le pied des grands, qui, avec la charge, sont encore l'un et l'autre dans sa postérité masculine , sans en être sortis depuis.
Lundi 4, à Versailles. — Le roi prit médecine; Monseigneur la prit aussi ; Tun et l'autre par précaution pour se préparer au voyage. — Le roi donna au fils de M. de Saint-Simonle gouvernement de Blaye, qu'avoit son père; ce gouvernement vaut 24,000 livres de rente, et il a autour de la place 40,000 livres de rente en marais desséchés, d'un don que le feu roi avoit fait à son père, — Le roi nomma Bignon , capitaine aux gardes , pour major général de l'armée de Monsieur. — Le roi donna des com missions de colonel à sept vieux officiers de cavalerie qui
n'Qîïl; point df régiment, qui sont MM. 4'AuinQnt, de Stréef , de V^ir, de la Ferté, de }§. Yierne, d§ Paudéan, et de Bouttç ville . -^ Outre le gouvernement de Blay e qu'avoit M. de Saint^jimon, il étoit encore gouverneui* de Senlis, 4^ Pont-Sainte-Maxence et du château de Fécamp; le roi les a tous donnés 4 son fils. — Le roi tint conseil Taprès-dlnée, et le soir il travailla avec M. Pelletier, l'intendant, comme il a accoutumé de faire , une fois par s^ maine. Il y a présentement cent quatre-vingts places dans le royaume, à quoi on travaille actuellement.
Mardi 5 , voyagé de Marly. — Le roi travailla jusqu'à six heures avec ses ministresà Versailles , et puis vint ici, où il se promena jusqu'à la nuit. Monsieur et Madapie ne §ont pas du voyage; toutes les princesses y sont. — M. de Di^omepnil, le fils , avoit traité du régiment de cavalerie du roi avec M. le comte de Vienne, et en avoit eu l'agrément du roi ; le père a voulu qu'il achetât la compagnie des chevau-légers Dauphin, où il étoit cornette. M. d'Urfé en a conclu le marché à 40,000 écus, et le roi a décidé qu'il vouloit que le m^ché du père avec M. d'Urfé fût exécuté, et qu'on ne parlât plus de celui du fils avec le comte de Vienne. — L'abbé Langlois, qui avoit été aumônier de madame la Dauphine, est mort; il avoit l'abbaye de Memap en Limousin^ qui vî^ut 4^000 livres de rente. Le prince Louis de Bade, qui devoit aller à Juliers trouver Je prince d'Orange, est allé conférer avec lui à Loo. — Le roi est venu ici le mardi, voulant demeurer ici trois jours, comme à son ordinaire, et voulant retourner à Versailles le vendredi.
Mercredi 6, à Marly, — Le roi se promena le matin dans ses jardins; Taprès-dlnée il alla tirer, et puis revînt se promener jusqu'à la nuit. — Le roi a donné à M. du Fresnoy, ancien commis de M. de Louvois , la charge de trésorier de l'ordre de Saint-Louis, qui aura 4,000 francs d'appointements. Il a donné aussi celle de greffier du même ordre à M. Lefebvre, intendant des bâtiments; il
y attache 1,000 écus d'appointements. — M. de la Luzerne a vendu une des lieutenances de roi de Normandie, qui a pour département le bailliage de Caen , au marquis de Gratot d'Argouges. — L'abbé Tallemant le vieux mourut à Paris; il étoit premier aumônier de Madame, charge qui lui avoit coûté {j-SyOOO francs. Il avoit Tabbaye de Val-Chrétien (1), que Monsieur a donnée à l'àbbé de Maginville. Outre cela, il avoit le prieuré de Saint-Irénée de Lyon, qui vaut ii^,000 francs de rente et qui est à h nomination du roi. Il étoit sous-doyen de l'Académie françoise.
Jeudi 7, à Marly. — Le roi devoit aller courre le cerf le matin; il aima mieux se promener dans ses jardins. Monseigneur courut le cerf et revint dîner ici. — On fit à Saint-Denis un service royal pour Mademoiselle. Le parlement et toutes les compagnies y étoient. M. d'Auch y officia; il avoit pour assistants des moines de Saint- Denis, qui ont ce droit-là, et, pour faire les absolutions , il avoit quatre évêques qui avoient assisté au service. Madame de Chartres, Mademoiselle et madame de Guise étoient les princesses du grand deuil; elles étoient menées par M. de Chartres, M. le Duc et M. le prince de Conty. L'abbé Anselme fit l'oraison funèbre. — Le roi déclara le matin qu'il iroit droit à Valeneiennes. Voici sa route :
Samedi 16, à Chantilly ;\ dimanche y séjour; lundi 18, à Compiègne; mardi 19, àRoye; mercredi 20, à Péronne; jeudi, séjour ; vendredi 22, à Cambray ; samedi 23, à Valenciennes. — Monsieur vint diner avec le roi à Marly.
Vendredi 8 , à Versailles. — Le roi revint ici l'aprèsdlnée en chassant. Monseigneur demeura à jouer jusqu'à la nuit. — M. le marquis de Lanque mourut à Paris; il fut marié samedi passé avec mademoiselle de Xaintrailles, et avoit eu en faveur de ce mariage le régiment de cava-
(1) Elle est dans Tapanage de Monsieur. {Note de Dangeau,)
MAI 169S. 38t
lerie de M. le Duc. — Madame d'Heudicourt et madame de Florensac seront du voyage du roi en Flandre, madame d'Heudicourt dans le carrosse du roi , et madame de Florensac dans le carrosse de madame la Duchesse. — Le roi nous dit à Harly qu'il prendroit l'ordre de Saint- Louis avant que de partir pour Farmée , et qu'il le donneroit à Monseigneur et à beaucoup de ceux qui ont été chevaliers de Saint-Lazare, mais qu'il n'achèveroit de remplir les places qu'au retour de son voyage. — Le roi ditau prince d'Elbeuf, à Marly, qu'il croyoit qu'il voudroit bien encore lui servir cette année d!aide de camp; le prince d'Elbeuf lui avoit demandé à l'être dès le voyage de Chantilly.
Samedi 9, à Versailles. — Le roi nomma les huit grand&-croix de l'ordre de Saint-Louis. Il en a pris quatre des cinq qui étoient grands-croix de Saint-Lazare; il n'a laissé que Bulonde. Les quatre nouveaux sont : MM. de ilosen, mestre de camp général de la cavalerie; la Feuillée, ancien lieutenant général; Vauban, lieutenant général; Polastron, maréchal de camp. Les quatre anciens qui l'étoient de Saint-Lazare sont : MM. de Montchevreuil, gouverneur d'Arras; Château-Renaud, lieutenant général de la marine; Rivarolles, maréchal de camp qui n'est plus employé; la Rablière, qui commande à Lille. Le roi a fait aussi les vingt-quatre commandeurs de cet ordre, dont il y en a huit qui ont 4,000 francs de pension. De ces huit-là, nous n'en savons encore que quatre, qui sont : MM. de Saint-Sylvestre, nouveaulieutenantgénéral; Davéjan, qui commande le régiment des gardes; Massot, ancien brigadier de cavalerie; Chamlay, qui sera le premier de tous. Ces trois premiers avoient des commanderies de Saint-Lazare, et Chamlay n'en avoit point.
Dimanche 10 , jour de la Pentecôte y à Versailles. — Le roi alla àla chapelle à son ordinaire, avec tous les chevaliers de l'ordre; il n'y avoit point de prélat de l'ordre pour officier. L'après-dinée, le roi fit dans son cabinet
399 JOURNAf^ m pangëau.
cmq chevaliars da To^rdre de Saint-Louis, qui furent ; moiiseigneur le Dauphin^ Monsieur^ H. de Chartr^^ M. le prince de Conty et le maréchal de Bellefonds, Il avoit demandé, ce matin, auxprince^du sangs'ilsvouloiQ^tètre chevaliers de cet ordre-là. M. le prince de Conty parla plu3 positivement là-dessus que les autrei?, et dit au roi que cela lui feroit plaisir ; sur cela, S. M- dit qu'il feroit donc tous les princes du sang, et pour cela qu'il les dispensaroit des dix ans de service, à quoi sont obligés les chevaliers de cet ordre-là par les statuts, — Le VQÏ entendit le sern^on de Tabbé de Tonnerre et pui^ vêpres ; an sortir de vêpres. Monseigneur all^ coucher à Ghoi^y pour y demeurer deux ou trois jours. ' — Le roi q. retardé son départ pour la Flandre de deux jours; il devoit partir le 16, et il ne partira que lundi 18.
Lundi 11, à Versailles* — Le roi fit chevaliers de Saint- Louis M.. le Prince, M, le Duc, % le duc du Maine et M. 1^ comte de Toulouse, les maréchaux de Duras et de Villeroy, MM. Rosen, Chamlay, Fourilje, Lacaze , et quelques autres encore. La manière dont il les reçoit est à peu près semblable à celle dont il fait les chevaliers de Saint- Michel; aulieu de dire a par SaintrGeorges et Saint-Michel, je vous fais chevalier, » il dit : «par Saint-Louis, je vous fais chevalier. » C'est M. deBarbezieuxqui lit le serment pour tous les officiers de terre, et M. de Pontchartrain pour les officiers de la marine. Par exemple, M. de Pontchartrain a lu le serment pour M. le duc du Maine et pour M. le comte de Toulouse, l'un comme amiral, l'autre comme général des galères. — Monsieur, Madame et Mademoiselle vinrent avec beaucoup de dames dîner à Choisy avec Monseigneur; il fit si vilain temps qu'on ne put se promener; on passa l'après-dlnée à jouer. — On a appris d'Allemagne que le prince Philippe-Guillaume, palatin ^ frère de l'impératrice, étoit mort en Bohême dans une maison de la princesse de Saxe-Lawembourg, sa femme. La princesse Léopoldine y palatine, sa sœur, est morte aussi.
Af AI l(|99 ^
Mardi 12, à Versailles. — Le roi et la reine d'Angleterre vinrent sur les six heures ici, ^ furent quelque temps enfermés avec le roi dans son cabinet. — Madame la duchesse de Chartres, Madame la Duchesse, les princesses de Conty, Madame du Maine, et beaucoup de dames allèrent dîner à Choisy avec Monseigneur. La princesse de Conty versa en revenant, et elles arrivèrent ici douze dans le carrosse de madame de Chartres.
Voici la liste de tous les chevaliers de Saint-Louis, que le roi a gommés. U en fera, d'autres au retour de son voyage; il a dit à M. de la Rochefoucauld qu'il le feroit chevalier.
HUIT COMMANDBUBS A 4,000 franCS.
Cbamlay (1), Yatteville. Davéjan.
Saint-Sflvestre.
Lagrange.
LaubstDie,
Maasot.
Pannetier, de la marine.
(1) Jules Iiouis Bolé, marquis de Chamlay, était maréchal des logis des ar-. m^sdu m, et grand-croix de Saint-Louis. H exerça sousTurenne «es fonctions de marécliid ^néral des logis avec une tftUe distinction que le mariai « ne put et ne youlut jamais, dit Saint-Simon, s'en passer jusqu'à sa mort, » Turepne le fit connaître au roi et à son ministre. Dès lors , Louvois, ayant re? connu son grand mérite « ne \m cpcha rien et y trouvi^ un grand soulagemim^ pour la disposition et les marches de» troupes.... Cette capacité , jointe h sa probité et à la facilité de son travail , de ses expédients, de ses ressources i le mirent de tout avec le loi... C'étoit son homme de confiance de tont temps pour toutes les affaires de la guerre, et celui de M. d^ LouTois; il 1a méiitoit par sa capacité et son secret (Saint-Simon) ». liouis XIV initia M. de Chamlay à tous les secrets militaires, et le consultait sur toutes les affaires. Le roi lui deiq^ndait sans cesse des mémoires sur les opérations à faire et des rapports sur les opérations accomplies. Sans cesse aussi M. de Cbamlay était envoyé auprès des généraux commandants en chef pour leur développer les instructions du cabinet de Versailles ; à leur tour, les généraux se servaient dé lui pour faire connaître au ministre leurs vues p^trticulières et l'état des affaires. A force de tact et de mérite reconnu , M. de Chamlay sut , malgré lacfifipculté, se faire bien venir de tous ceux avec lesquels ses missions le mirent en relation.
Les mémoires de M. de Chamlay traitent de toutes les questions relatives à
5B1Z£ COMMANDBUBS A 3|000 fraOGS.
Gastéja.
Préchac.
Darbon.
La Fouchardière.
Castéja.
Lacaze.
Do Luc, des galères,
Bellegarde.
GuillerviUe.
Fourille.
DesaUeurs.
D'AloQ.
Laumont.
Des Bordes. J
Cogolin, des vaisseaux.
Tart militaire et d'affaires dipiomatiques; leur nombre en est considérable ; le Dépdt de la Guerre possède quinze Yolumes de mémoires rédigés de 1672 à 1714.
« Après la mort de LouTois, le roi envoya chercher Chamlay, et lui voulut donner la charge de secrétaire d^État de Lonvois, à laquelle est attaché le département de la guerre. Chamlay remercia et refusa arec persévérance. U dit au roi qu'il avoit trop d'obligation à Louvois, à son amitié, à sa confiance, pour se revêtir de ses dépouilles au préjudiee de son (ils, qui en avoit la survivance. U parla de toute sa force en fiiveur de BarbezieuXy s'offrit de travailler sous lui à tout ce à quoi on voudroit l'employer, à lui cmnmuniquer tout ce que Texpérience lui auroit appris, et condut par déclarer que si Barbezieux avoit le malheur de n'être pas conservé dans sa charge, il aimoit mieux le voir en quelques mains que ce fût qu'entre les siennes, et qu'il n'aocepteroit
jamais celle de Louvois et de son fils Sa modestie ne se démentit jamais,
jusque-là qu'il fut surpris et honteux del'applaudissement que reçut la belle action qu'il venoit de faire, que le roi ne cacha pas et que Barbezieux, à qui elle valut sa charge, prit plaisir de publier. )> (Saint'Simon,)
« Un maréchal des logis , dit Guignard dans son École de Mars , doit surtout être bon géographe et avoir des cartes fidè^ de la frontière où il est employé, avec les ^ans qui ont été dressés des différents i^ampeménts qui ont été faits partout où la guerre a été portée sous le précédent règne , parce que trèsHîommunément on se trouve dans les mêmes positions. Il y a de ces plans qui ont été dresiséspar M. de Chamlay; ils sont aussi parfaits que leur auteur l'éfoitdans ce genre. » M. de Chamlay, dit encore Saint-Simon, « avoit un grand sens et un talent unique à connoltre le pays, et n^oublier jamais la position des moindres lieux ni le cours et la nature dur plus petit nnsseau. » La science de M. Chamlay était donc la topographie appliquée à l'art militaire; science créée par le grand duc de Guise, au siège de Metz, qui a toujours été cultivée en France avec tant de profit pour notre f^re militaire , à toutes les grandes époques, et qui a eu dans Berthier, le major général de Napoléon I*', un de ses plus illustres représentants.
Le marquis de Chamlay mourut d'apopl<^\ie en 171..
GHEYALiEBs A 2,ooa fraocs.
La Porte, de la marine.
Dufbrt*
D'Amblimont, de la marine.
Lussan.
Du Magnûu, de la marine.
Walker.
Berconrt.
Villemandor.
De Vienne.
Rigauville.
Clievîlly.
Romainyille.
Arbouviile.
Rose.
La Forest.
Daugioour,
Macbet.
Dupuy-Vauban.
Gadrieux.
Crépy.
La Haye.
Du Bourg.
Belleeroix.
Refuge.
CHEYALIEBS A
1^500 francs.
Saint-Aivère.
De France.
Le Motlieux.
Cbeviré.
Marcilly.
Cbevalier.
Rozamel.
Bressy,
Neuville.
La trousse.
Lafaye.
Richeran.
Menneviliette.
Du Ferrier.
Cornélius.
Régnier.
Mont-Roux.
Montbas.
Boulogne.
Saleme.
Marcilly.
Pointis , de la marine.
Outre cela, il y a beaucoup de chevaliers à 1 ,000 francs, et à 800 francs. A la croix qu'on leur donne il y a un Saint-Louis, et pour parole : LVD. M. INST. 1693; et au revers delà croix, une épée nue, avec une couronne au milieu de la lame, avec les mots : BELL. VIRTUTIS. PROEM. (1).
(1) « Ces croix sont très-belles et Wen travaillées, et, quoique diatgées de
9â6 JOURNAL Ife ÔANGEAU.
Mercredi 13, à Versailles. — Le roi ne sortit point de tout le jour; il donna beaucoup d'audiences. — Le roi a donné à madame de Rotchaussen 1,000 écus de pension, à la recommandation de Madame ; elle s^est faite catholique, et avoit perdu son bien en Alsace^ dont Ghamlay jouit présentement ; GhÂmlay Ta fort servie aussi. — Monsieur à choisi Vitré, en Bretagne , pour y demeurer, au lieu de Pontorson. — L'abbé de Baradas est mort; il avoit l'abbaye de Sini en Champagne, qui vaut près de 15,000 livres de rente. Son frère est évêque de Vabres. Il étoit fils de Baradas, favori du feu roi. — Le roi a nommé de Pointis , capitaine de vaisseau , pour être auprès de Monsieur ; il connolt fort bien les côtes. Le petit Renaut y demeurera aussi; il est fort capable d'expliquer à Monsieur les mouvements des vaisseaux ennemis, et il connolt foi*t les côtes de Bretagne où il a fait travailler en plusieurs endroits surtout vers Saint4lâlè. — Monseigneur revint de Choisy, où il avoit demeuré trois jours. — M. le Duc a donné son régiment de cavalerie au chevaUer de Lanque, frère de celui qui vient de mourir ; le roi l'a agréé.
Jeudi 14, à Versailles. — Le roi et Monseigneur se promenèrent dans les jardins; Monseigneur avoit été à Saint-Germain, l'àprès-dlnée, dire adieu au roi et à la reine d'Angleterre. — Monsieur a donné 1,000 écus de pension à mademoiselle du Cambout , qui étoit fille d'honneur de feu Mademoiselle , et pour qui elle avoit toujours témoigné beaucoup d'inclination. *^ L'abbé Bignon et la Bruyère furent c^hoisis à l'Académie fi^anjQoisiB pour remplit les places dé M. de Bussy et de Vahhé de la Chambre; le roi approuva les choix. — Le roi prend un homme par compagnie dans son régiment des
JieauGoup d'ouTrage et faites avec précipitation , tout s'y distingue; mais iiof^ part rien que de parfait de chez M. De Launay , orfèvre du roi. » ( Mercure de 'ttai,pagé2»0.) ;