ARMEE D'ALLEMAGNE
LIEUTENANTS GE^EBAUX.
Marquis d'Huxelles,
Tallard,
Villars»
Mélac,
Barbezières,
Marquis de Créquy,
Busca,*
Marquis de Vins.
MAHÉGHAUX DE CAMP.
Le duc de Luxembourg,
Le duc de la Roche-Guy on,
Le duc de Villeroy,
Le duc de Charost,
Varennes,
Bezons ,
Vandeuil ,
Locmaria ,
Du Bourg,
Montgon ,
Médavy,
Magnac ,
Thouy,
Druy,
Rigauville ,
Artagnan.
Le roi Guillaume ayant reçu une lettre du roi d'Espagne qui lui donne part de son avènement à la couronne, S. M. B. lui a écrit pour l'en féliciter. — Le pape a établi une congrégation de quatorze cardinaux et -six prélats pour examiner s'il y a quelque fondement raisonnable à l'opposition qu'a faite l'ambassadeur de l'empereur à
l'investiture du royaume de Naples que le roi d'Eipagne demande au pape. — On a nouvelle que madame la duchesse royale de Savoie est accouchée d'un second fils.
Mardi 3, à Versailles. — Le roi alla Taprès-dlnée à Marly, et le vilain temps l'en fit revenir de bonne heure. — Il arriva un courrier de Madrid que le roi d'Espagne envoie à H. de Beauvilliers pour lui porter les patentes de grand d'Espagne de la première classe, Lç ppi d'Elspagne met la grandesse sur le duché de Saint-Aignan ; cette grandesse est pour tous les descendants mâles et femelles sans qu'il soit besoin qu'il soit spécifié dans lapa tente. M. de Beauvilliers ne s'attendoit point à cette grâce, qu'iln'avoit jamaisdemandée et que le roi d'Espagne a accompagnée de lettres pour M. et madame de Beauvilliers très-honnêtes , très-tendres et très-bien écrites. Charles- Quint, étant devenu empereur, fit le même honneur iau marquis de Chièvres, qui avoit été son gouverneur. Ce courrier est parti de Madrid le 26 du mois passé , et M. le duc d'Harcourtétoit considérablement mieux quand il est parti, mais la fièvre ne l'avoit pas encore entière* ment quitté. — Le roi a donné une pension de 1 ,00 0 écus à d'Antragues, colonel du régiment des vaisseaux , qui prenoit congé de lui pour s^en aller à son régiment.
Mercredi k, à Versailles. — Le roi, après son dîner, donna une longue audience à M. de Tallard , et puis alla à la volerie, où messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry etmadame laduchesse de Bourgogne étoient arrivés longtemps avant lui. Après la chasse il donna congé à la fauconnerie jusqu'à l'année qui vient. Le roi allaensuite se promener à Trianon. Monseigneur revint de Meudon, où il étoit depuis samedi, et n'arriva ici que fort tard« — Des Toutnelles, mestrede camp de cavalerie, est mort; il a laissé un très-beau régiment vacant que plusieui» gens ont demandé au roi et que S. M. a donné oe soir au duc de la Feuillade, qui ne lui avoit demandé que cette aprèsdlnée. Le roi a accompagné ce présent de beaucoup de
gracieusetés en lui disant que s'il continuoit à bien faire il Ip trouveroit disposé à lui accorder de plus grandes gp&ees; qu'il avoit été bien aise de lui faire sentir, dans ks temps qu'il n'étoit pas content de lui, combien il ayoit de raisons pour changer sa conduite, et qu'il le voyoit avec plaisir présentement dans un bon chemin.
Jmdi 5 , jour de V Ascension, à Versailles. — Le roi alla à vèprei^ et ^.u salut, et entre deux il tf nt conseil , outre celui qu'il avoit tenu le matin. — Il arriva un courrier de M. d^ A vaux, qui ne revient pas d^HoUande sitôt qu'on l'avoit cru; on expédia ce courrier et on le fit partir dès le soir. On croit que les HoUandois veulent faire des propositions moins déFaisonnables ; d'autres gens croient que c'est pour allonger les affaires et donner le temps au roi Guillaume de passer en Hollande : ce qui ne saui!!oit être sitôt, parce que le parlement d'Angleterre n'est pas encore prêt à finir. -^ Le prince de Wolfenbuttel a été ici quelques jours et prit congé du roi au commencement de cette semaine ; le duc son père a huit mille hommes sur pied ; le roi contribue à leur entretànement, et on est fort content ici de sa conduite. H. de Munster est présentement avec l'électeur deGologne, et on croit qu'ils prennent ensemble les mesures nécessaires pour empèoher que l'empereur ne commence les hostilités du côté du bas Rhin. 11 parolt que la plupart des prjnces d'Allemagne ne veulent point enteer dans les affaires partiel^- Jières de Temperew, et qu'ainsi la guerre m Allemagne n'est pas apparente.
Vendredi 6, à Versailles. -^ Le roi alla tirer l'^prèsdinée et puis revint se prpm^ner à TriauQn. Monseigneur courut le loup ; monseigneur le duc de Bourgogne étoit avec lai; il^ soupèrentau retour chez madame la princesse de Conty et y jouèr^pt après §puper. — Il arriva UU courrier du marquis de Yillars par lequel on apprend que toutes jes troupes de l'empereur spnt en mouvement, inai$ qu'on ne sait encore de qupl c(M elles se tourpe-
96 JOURNAL DE DANGEÀU.
ront. On ne presse point ici les officiers généraux de partir, et en cas qu'il y ait de la guerre on ne compte pas qu'elle puisse commencer au mois de juillet. — Le roi a ajouté aux officiei*s généraux qui furent nommés lundi le marquis de Clérembault, maréchal de camp, qui servira en Allemagne; et aujourd'hui, à la prière de M. de Vendôme, S. M. a encore nommé pour servir Ghémerault, maréchal de camp. — Le roi donna, il y a quelques jours, au jeune marquis de Flamarens le guidon des gendarmes anglois vacant par la mort de Lanson; ces char^ ges s'achètent ordinairement 50,000 francs.
Samedi 7, à Versailles. — Le roi étant le matin au conseil à son ordinaire, la duchesse du Lude demanda à lui parler; le roi la fit entrer. Elle dit à S. M. qu'on avoit vu au réveil de madame la duchesse de Bourgogne qu'elle étoit présentement en état d'avoir des enfants, de quoi le roi fut fort aise. S. M. alla se promener à Marly l'aprèsdinée. Monseigneur alla diner à Meudon, d'où il ne revint que pour le souper du roi. Madame la duchesse de Bourgogne alla se promener à Villepreux chez la marquise de Maulevrier, qui y est depuis quelque temps pour y prendre du lait et se rétablir d'une assez longue maladie. — Il arriva un courrier de Rome qui apporta à M. l'abbé de Soubise les bulles pour la coadjutorerie de Strasbourg que le pape a accordées très-obligeamment, et lui a donné même le gratis de tout ce qui lui en revient en son particulier. Cet abbé sera sacré incessamment. Le pape a montré beaucoup d'envie de plaire au roi dans cette affaire-là, et l'on espère que dans les affaires générales il apportera les facilités nécessaires à raffermissement de la paix de l'Europe.
Dimanche 8 , à Versailles. — Le roi fit l'après-dlnée la revue des gendarmes et des chevau-légers, qu'il trouva plus beaux que jamais Monseigneurse fit saigner par précaution et joua le soir au brelan à son ordinaire. Madame. la duchesse de Bourgogne alla le voir l'après-dlnée et
demeura longtemps avec lui. — Le roi donna, ces jours passés, 500 écus de pension à chacun des deuxBalivière, qui sont tous deux officiers dans les gardes du corps. — Lemariage du jeune Gacé avec mademoiselle de Matignon, sa cousine germaine, se fit depuis le mois passé en Normandie. -^ Le roi dit le soir que toutes les nouvelles qu'on avoit de Hollande et d'Angleterre par des particuliers ne parloient que de paix, et que les actions étoient montées de vingt-cinq. On mande que la flotte angloise et hollandoise est encore à Spithead , composée de cinquante-huit vaisseaux, quarante-huit anglois et dix hoUandois. Les vaisseaux anglois sont fort mal armés; il leur manque encore plus de dix mille matelots sur la levée des trente qu'ils vouloient faire, et ceux qu'on a levés ont été presque tous pris par force.
Lundi 9, à Marly. — Le roi partit de Versailles en sortant de table, et se promena ici jusqu'à la nuit. — Monsieur et Madame sont allés à Saint-Cloud, où ils passeront l'été. — Il y a de gens nouveaux à ce voyage madame de Dreux, fille de M. deChamillart, madame la duchesse de Bourgogne l'a amenée dans son carrosse; M. le comte de Briorde, qui revient de l'ambassade de Hollande, et M. de Sesanne, frère du duc d'Harcourt. — La comtesse d'Arco * vint hier à Versailles ; elle dîna chez M. de Torcy, à qui M. l'électeur de Bavière l'a fort recommandée. Cet électeur et celui de Cologne ont reçu les protestations qu'a faites le grand maître de l'ordre Teutonique contre la prétendue royauté de Prusse et même se sont joints à lui là-dessus. — La capitation pour la cour sera réglée la semaine qui vient; on travaille à régler la capitation dans Paris et dans les provinces, et M. de Chamillart compte que le roi en*tirera trente millions sans compter la capitationdu clergé. On tire 1,100,000 francs du privilège qu'on a accordé pour la glace, et on a ôté de l'extraordinaire des guerres M. Arnaux, qui y avoit été mis par M. deBarbezieux et qui n' avoit pas assez de crédit pour soutenir cet emploi.
* Cette comtesse d'Arco est une fille de Flandre, ancienne maHreMe de l'électeur, dont il a eu le chevalier, puis comte de Bavière , et qu'il maria au frère du général de ses troupes, que chez lui on appeloit le maréchal d'Arco et qui dans cette guerre-ci commanda nos lieutenants généraux , qui ftit une complaisance du roi très-singaUère. Madame d'Arco est morte à Paris, où elle faisoit une grande dépente. Son (Usa été avancé dans le service et à la fin a été fait grand d'Espagne.
Mardi 10, à Marly. — Le roi monta en calèche sur les cinq heures pour courre le cerf. Madame la duchesse de Bourgogne étoit à cheval à la chasse et se divertit fort, surtout à la chasse du cerf. Monseigneur prit médecine; il joua l'après-dlnée dans sa chambre et puis alla se promener dans le jardin. — On a des lettres de Madrid du 28, plus fraîches de deux jours que celles qui étoient venues par le courrier que le roi d'Espagne a envoyé à M. deBeauvilliers; M. de Blécourt mande qu'il croit le duc d'Harcourt hors de danger. — Madame de Hauterive mourut à Paris ; elle étoit sœur du maréchal de Villeroy et de madame d'Armagnac. Son mari étoit mort depuis quelque temps, et ils avoient fait testament par lequel ils donnoient tout leur bien à mademoiselle d'Arman gnacetau chevalier de Villeroy. Le chevalier de Villeroy étant mort, ce Inen-là revient à mademoiselle d'Armagnac seule, et on croit qu'elle en aura {{•0,000 écus. Madame de Hauterive avoit un douaire de la maigon de Tournon, qui revient au prince de Rohan, et un douaire de 8,000 livres de la maison de Chaulnes, qui revient àM. de Chevreuse; elle avoit perdu son rang de duchesse en épousant M. de Hauterive.
Mercredi il, à Marly. — Le roi tint conseil le matin à son ordinaire et puis donna congé à ses ministres jusqu'à Versailles. S. M. se promena toute l'après-dlnée et fit jouer devant lui pour la première fois à son mail nouveau; Monseigneur et monseigneur le duc de Bourgogne y jouèrent, et madame la duchesse de Bourgogne étoit avec le roi à les voir jouer. — Madame la duchesse
d'Arpajon mourut à Paris après une longue maladie^; elle avoit été dame d'honneur de feu madame la Dauphine; elle avoit une pension du roi de 12^000 francs. Elle ne laisse d'enfants que la comtesse de Roucy. — Des Cluseaux , intendant de la marine à Brest, est mort. C'est M. de Pontchartrain qui nomme au roi les intendants pour la marine. — M. le Premier marie sa fille ainée, qui a dix-sept ans, à M. de Vassé , fils de madame de Surville; M. le Premier donne à sa fille 40,000 écus et quelques années de nourriture , et M. l'archevêque de Reims^ oncle de madame de Beringhen , donne encore 10^000 écus à sa petite-nièce.
* Madame d'Arpajon étoit sœur du marquis de Beuvron , père du duc d'Harcourt. Elle ue put se consoler de n'avoir pas été dame d'honneur de madame la duchesse de Bourgogne après l'avoir été de madame la Dauphine. On a vu ce qui la fit.
Jeudi i% à Marly. — Le roi courut l'après-dlnée le daim avec les chiens de M. le comte de Toulouse, et puis revint se promener dans ses jardins et voir jouer à son nouveau mail. Madame la duchesse de Bourgogne n'alla point à lâchasse^ mais elle étoit avec lui à la promenade. Monseigneur et monseigneur le duc de Bourgogne coururent le loup et soupèrent au retour chez Monseigneur avec ceux qui avoient eu Thonneur de les suivre à la chasse. — Outre le gouvernement de Foix que le roi donna il y a quelques jours à M. de Tallard, il lui donne encore un petit gouvernement en Languedoc et les sénéchaussées de Béziers, de Carcassonne et de Limoux. U compte de vendre ce petit gouvernement et ces sénéchaussées âO^OOO écus. M. de Mirepoix avoit tout cela; mais il les avoit achetés séparément, et le roi a voulu que ïallarden eût la dépouille tout entière. — Le second fils de M. de Savoie qui vient de naître s'appellera le ducd'Aoste. S. A. R. se prépare à partir incessamment de Turin pour aller se mettre à la tète desarmées de France et d'Espagne .
100 JOURJNAL DE DANGEAU.
VendrediiSyà Versailles. — Le roi,en sortant delà messe à Marly, monta en calèche pour aller courre le cerf; il retourna dîner à Marly^ d'où il ne revint ici qu'à la nuit. Monseigneur partit de Marly le matin et alla dîner à Meudon; il revint ici le soir pour le souper du roi. — Ou mande de Vienne que l'empereur a voit découvert une grande conspiration en Hongrie, à la tête de laquelle étoit le prince Ragotski. S. M. I. Ta fait arrêter à Tokai et Fa fait mettre en prison à Éperies; le prince Ragotski est fils de madame de Tékéli. — L'abbé de Brosse est mort; il laisse une abbaye dans le diocèse de Beauvais qui vaut 18,000 livres de rente , mais qui est en fort grand désordre ; c'est la seule abbaye du royaume que le roi n'avoit point donnée. L'abbé qui vient de mourir Tavoit eue de Louis XIII. Il n'avoit que six ans quand il l'eut, et il en a joui plus de quatre-vingts ans ; il étoit tombé en enfance, et sa famille en jouissoit pour lui et n'y faisoit aucune réparation.
Samedi 14 , à Versailles. — Le roi, après son lever, donna l'accolade dans son cabinet à M. de Tallard en le faisant chevalier de Saint-Michel. L'après-dinée S. M. entendit vêpres dans la tribune. L'archevêque de Reims y officia ; il étoit jusqu'ici le seul prélat de l'Ordre. Après vêpres le roi alla se promener à Trianon. — Tous les colonels qui ne sont point brigadiers et qui ont des régiments ont eu ordre de se rendre à leurs régiments, et ils prennent tous congé du roi. — M. de Louvigny, intendant de la marine au Havre , a été choisi pour remplir l'intendance de Brest ; il y a 2,000 écus de plus d'appointements à cette intendance-là qu'aux autres intendances de la marine. 11 y a dix de ces intendances sous M. de Pontchartrain, savoir : celle de Dunkerque, où est I^bret ; celle du Havre, qui vaque par la promotion de Louvigny; celle de Brest; celle de Rochefort, où est Bégon; deux dans les lies, dont M. Robert en a une; celle de Marseille, où est M. de Montmaur; celle de Toulon, où
est Yauvré; celle de l'armée navale, où est M. d'Herbault, et celle des classes; et cet intendant-là demeure toujours auprès du secrétaire d'État delà marine.
Dimanche 15, jour de la Pentecôte, à Versailles. — Le roi tint chapitre avant que d' aller à la messe, et M. de Torcy, chancelier de l'Ordre, lui rendit compte des preuves de M. l'archevêque d'Aix, dont M. de Foix et moi étions les commissaires; de M. l'évèque de Metz, dont M. le duc de Béthune et M. de la Salle étoient les commissaires; de M. de Tallard, dont le duc d'Aumont et M. de Montchevreuil étoient les commaissaires. Le roi trouva toutes ces preuves fort bonnes, et ensuite il commanda qu'on fit entrer les trois récipiendaires et leur dit qu'ils étoient admis dans TOrdre; et puis on marcha à la chapelle , M. de Tallard en habit de novice marchant môme devant les officiers, parce que le novice n'est point encore du corps de l'Ordre; mais en revenant do la chapelle, après qu'il eut été reçu, il marcha dans son rang de chevalier après les officiers. Les deux prélats marchoient à la suite du roi, à côté du cardinal de Furstemberg, le seul des cardinaux qui fût à la cérémonie; ces deux prélats furent reçus avant la messe , et le comte de Tallard après la messe. Le roi dina en public avec la famille royale, et Taprès-dlnée il entendit le sermon , vêpres et le salut. Monseigneur, après avoir assisté à toutes les dévotions de la journée , alla à Meudon avec madame la princesse de Conty, où il attendra le roi, qui y doit aller mercredi pour y passer le reste de la semaine. — Le roi donna ces jours passés au bonhomme la Frézelière , lieutenant général des armées du roi et lieutenant de l'artillerie , la survivance du département d'Allemagne pour son fils, qui avoit déjà la survivance de la lieutenance d'artillerie, où il n'y a que 4,000 francs d'appointements; il y a 8,000 francs d'appointements de plus pour le département d'Allemagne, et c'est le plus considérable emploi d'artillerie. Le bonhomme la Fré^eJière servira
102 JOURNAL DK DANGKAU.
à Farinée, commandant rartillerie, quoiqu'il ait près de quatre-vingts ans.
Lundi 16, à Versailles. — Le roi n'a point fait ses dévotions à cette fête ici, quoiqu'il ait accoutumé de les faire toujours la veille de la Pentecôte ; il a remis à les faire à dimanche prochain, qui est le jour qu'il a destiné à faire son jubilé. Le jubilé commence aujourd'hui et dure quinze jours. — L'après-dlnée le roi alla tirer et puis se promener à Trianon. — M. de Varennes, gouverneur de Landrecies, est mort; ce gouvernement vaut 13 ou l&^OOO livres de rente. — On croit que la flotte angloise et hollandoise qui étoit à Spithead a fait voile et qu'elle va au détroit; nous avons envoyé quelque infanterie pour mettre dans Gibraltar ; il n'y a pas assez de troupes en Espagne pour en mettre partout où ils croient en avoir besoin (1) . On a, par les ministres étrangers , de mauvaises nouvelles de la santé du duc d'Harcourt; il y a des lettres qui portent que le 2 de ce mois il avoit reçu l'extrême-onction .
Mardi 17, à Versailles. — Le roi alla tirer et puis se promener à Trianon. Messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry et madame la duchesse de Bourgogne allèrent à vêpres , et après vêpres madame la duchesse de Bourgogne alla à Saint-Cloud, où elle joua, fit collation et ensuite se promena longtemps avec Monsieur. Monseigneur, qui est à Meudon, se promena tout le matin et joua toute Taprès-dinée ou au mail ou au brelan. — Il avoit couru des bruits ces jours passés d'un soulèvement à Messine. On prétendoit qu'il y avoit passé des seigneurs napolitains mécontents, et entre autres un Caraffa qui
(t) Voir sur toutes les affaires d'Espagiie, sur rëpuiscment rie ce pajfs, aon ddroinistratioB , et pour les détails relalifs à la cour de Philippe V, les Mémoires secrets sur l'établissement de la Maison de Bourbon en Espagne, extraits de la Correspondance du marquis de Louvillc ; Paris, 1818, 2 vol. in-8*»( publiés par le comte Scipiondu Roure).
avoit excité quelques gens du pays à prendre le parti de l'empereur ; mais ces bruits n'avoient qu'un très^léger fondement, et on a nouvelle qtie tout y est fort tranquille , et le gouverneur de Messine, que Ton nommoit comme entrant dans cette affaire, est un Espagnol trèsaffectionné au service du roi catholique. — L'ordinaire de Madrid arriva le soir fort tard. Le roi d'Espagne déclara le 4 son mariage avec la princesse de Savoie; on en a témoigné une grande joie dans Madrid. Elle s'appelle Marie-Louise, comme la feue reine d'Espagne, fille de Monsieur, ce qui augmente encore la joie des Espagnols, parce que la mémoire de cette reine est en grande vénération en Espagne. Par ce courrier on a des lettres de Blécourt et de plusieurs François qui sont auprès du roi d'Espagne, qui mandent tous que le 1" de ce mois le duc d'Harcourt étoit tombé dans une grande foiblesse et qu'on lui avoit donné l'extrême-onction ; il étoit beaucoup moins mal quand le courrier est parti, et on commençoità en espérer. — Le roi d'Espagne a écrit, sur son mariage, au roi , à Monseigneur, à messeigneurs ses frères, à madame la duchesse de Bourgogne, à Monsieur et à Madame, et toutes des lettres fort bien écrites; il en donne part à tous les conseils d'Espagne, et il va nommer incessamment un ambassadeur pour en aller faire la demande en Savoie. — Le marquis de Canales , ci-devant ambassadeur d'Espagne en Angleterre , eut ces jours passés audience particulière du roi, où étoit le marquis de' Castel dos Bios, ambassadeur d'Espagne en France.
Mercredi 18, à Meudon. — Outre le conseil que le roi tint le matin à son ordinaire à Versailles, il tint encore conseil Taprès-dlnée avant que de venir ici et donna congé à ses ministres jusqu'à la fin de la semaine; il n'en a amené aucun ici, où il arriva sur les sept heures. Madame la duchesse de Bourgogne y étoit arrivée longtemps avant lui, et monseigneur le duc de Bourgogne y étoit venu diner ; le roi s'y promena jusqu'à la nuit et alla
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voir jouer monseigneur le duc de Bourgogne au mail. — Le matin à Versailles il arriva un courrier de Blécourt, parti de Madrid le 11 ; il mande au roi que le mal du duc d'Harcourt est considérablement diminué, qu'il n'a quasi plus de fièvre, mais qu'il n'est pourtant pas encore hors de danger. — L'ambassadeur d'Espagne arriva à Versailles sur les deux heures pour se réjouir avec le roi de la déclaration du mariage du roi son maître; il présenta à S. M. le duc de Popoli, frère du cardinal Cantelmi, archevêque de Naples , qui vient d'Espagne et s'en retourne à Naples ; la maison Cantelmi prétend venir des Stuart d'Ecosse, qui est la maison du roi d'Angleterre.
Jeudi 19, à Meudon. — Le roi se promena tout le matin dans les jardips avec Monseigneur, et l'après-dlnée S. M. alla aux Invalides, dont il n'avoit point vu l'église, qui est presque achevée présentement et qu'il trouva trèsbelle ; il donna de grandes louanges à M. Hansart; il n'avoit pas voulu dire à personne qu'il iroit aux Invalides, de peur qu'il n'y trouvât trop de monde (1). Monseigneur demeura ici , joua en attendant le retour du roi, qui revint à six heures et se promena avec madame la duchesse de Bourgogne jusqu'à la nuit. — M. le maréchal de Catinat est campé présentement à Rivoli, entre le lac de Garde et TAdige, et n'est séparé de Chiusa que par cette rivière. Le général Nigrelli est campé avec les troupes de l'empereur sur les frontières du Trentin, à un lieu qu'on nomme Alla; il y a peu de troupes encore
(1) (( Le 19 du mois passé, le roi alla voir la nouvelle église de Tliôtel des Invalides. Ce prince fut frappé d'étonneraent au premier coup d'œil , et après un long examen de toutes ses parties il dit hautement que, quelque idée quMl se fiH formée de ce superbe édifice, il ne s'étoit point attendu à toute sa grandeur, et qu'il n'avoit jamais rien vu dans ce genre d'un goût aussi magnifique et aussi exquis. Il exprima ses sentiments à M. Mansart en des termes dont il eut lieu d'être pénétré de satisfaction. Sa Majesté parla beau* coup de c-ette église, à son retour de Meudon et les jours suivants, avec de grands témoignages de contentement , ce prince répétant souvent pour le marquer qu'il avoit été étonné. » (Mercure de mai , pages 288 à 290).
MAI i70i. 105
d'arrivées dans ce camp, et M. le maréchal de Catinat, qui écrit avec sa modestie ordinaire, ne paroit avoir aucune inquiétude des entreprises que les Allemands peuvent faire de ce côté-là. Il croit qu'ils seront obligés d'abandonner le dessein de venir à Vérone et qu'ils seront contraints de prendre une autre route s'ils veulent entrer en Italie.
Vendredi 20, à Meudon. — Le roi monta en carrosse Taprès-dlnée pour aller à Paris ; Monseigneur le suivit dans le sien. Quand le roi fut auprès des Invalides, il fit monter Monseigneur auprès de lui dans sa calèche; ils allèrent ensemble à Notre-Dame, où ils firent leurs stations pour le jubilé. Le roi y vit le modèle de l'autel que le roi y veut faire faire, et le trouva mal placé. C'est l'avis de M. de Mansart aussi et de tous les connoisseurs ; cependant S. M. ne voulut pas commander qu'on le plaçât ailleurs sans consulter les chanoines. M. le cardinal de Noailles prendra leurs avis à tous par écrit, et le roi veut qu'on place cet autel dans Tendroit où le plus de voix des chanoines l'aura déterminé. Après avoir été à Notre-Dame, le roi remonta dans sa calèche avec Monseigneur et ils allèrent au Palais-Royal, où Monsieur étoit venu de Saint-Cloud pour recevoir le roi. S. M. visita tout le Palais-Royal, et trouva le grand appartement et la galerie nouvelle, qu'il n'avoit jamais vue, fort beaux. Sur les six heures il remonta seul dans sa calèche et Monseigneur dans la sienne, et arrivèrent ici d'assez bonne heure pour s'y promener encore longtemps (1). Madame la duchesse
(1) « Sa Majesté ayant dit qu'elle viendroit le 20 à Paris, la joie de la voir y causa de grands mouvements. Comme elle devoit partir de Meudon , on ne douta point qu'elle ne dût traverser le faubourg Saint- Germain, aussi toutes les rues par où on crut qu'elle passeroit se trouvèrent remplies ; mais Sa Majesté vint par le quai qui regarde celui des galeries du Louvre, et passa devant le collège des Quatre-Nations, de sorte que la grande foule ne se trouva que vers le Pont-Neuf, il ctoit tellement rempli de monde que le carrosse de Sa Majesté ne le put traverser saps s'arnréter plusieurs fois, M. le cardinal de
de Bourgogne suivit le roi dans son carrosse jusqu'au Pont-Neuf et puis alla au Palais-Royal, où elle attendit S. M. Elle y demeura encore quelque temps après lui; elle fit collation chez madame de Montauban et puis fit quelques tours dans Paris , et sur les sept heures alla au cours, où il y avoit fort peu de monde; car on ne l'y attendoit point, et ilfaisoit un vilain temps; elle ne revint ici qu'à huit heures et demie. Monseigneur le duc de Bourgogne ne partit point d'ici et s'amusa toute la journée à jouer au brelan. — On a nouvelle que la flotte angloise et hoUandoise est encore à Spithead ; elle n'a point fait voile, comme le bruit en avoit couru; on parle même de désarmer quelques vaisseaux, dont ils croient n'avoir plus
Noailles , en caroail et en rochet , à la tète de sob chapitre , reçut Sa Majesté à la porte de l'église, et M. Tabbé Petitpied, chanoine et sous-chantre, lui présenta la vraie croix, à baiser. Le roi, après avoir fini ses prières devant Tautel qu^on a dressé dans la nef à cause des nouveaux ouvrages qui empêchent qu'on ne fasse le service à celui du chœur, alla faire une station devant l'autel de la Vierge , entra dans le chwur pour voir le modèle du maître autel que M. Mansart y a fait élever par ses ordres, pour exécuter le vœu que le feu roi avoit fait, en demandant qu'il plût à Dieu de lui donner un fils. Sa Majesté témoigna à M. le cardinal de Noailles et aux chanoines le désir qu'elle avoit de voir ce vœu accompli ; elle leur demanda leurs sentiments par écrit sur le choix de la place où ce grand autel seroit élevé , et si on le laisseroit à la place où étoit le modèle , ou si on le mettroît à la croisée, c'est-à-dire à la place du jubé , à la manière des églises d'Italie. On a sa depuis que, les cImnoines ayant donné leur avis , 11 s'en est trouvé plus des deux tiers qui ont opiné pour la croisée : ce qui sera suivi selon le premier sentiment de M. Mansart, qui a fait son modèle à ce dessein.
« Le roi, après avoir fait distribuer des somfmes considérables dans les troncs de Notre-Dame et aux pauvres par M. le cardinal de Goislin, alla au Palais- Royal , au milieu d'une foule incroyable de peuple, qui ne cessa point de marquer sa joie par des cris redoublés de Vive le Roi ! Sa Majesté vit la nouvelle galerie du Palais-Royal et fat très-satisfaite de l'architecture extérieure et des ornements du dedans. Sa Majesté trouva en sortant la même foule de peuple ; les chemins qui conduisent aux Tuileries et ceux qui mènent à la place de Vendôme , autrement de Louis-le-Grand , en étoient remplis , parce qu'on avoit cru que ce prince iroit aux Tuileries, et passeroit devant cette place pour voir sa statue équestre; mais Sa Majesté n'alla à aucun de ces endroits. Elle passa par la nie de Saint-Thomas du Louvre , et prit le chemin de Meu don par le Pont-Royal. » {Mercure de mars, pages 290 à 296. )
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besoin. Le roi Guillaume a donné part aux États Généraux qu'il avoit reconnu le nouveau roi d'Espagne, et le sieur Stanhope , son envoyé extraordinaire à la Haye , a rendu visite au comte de Quiros, ambassadeur d'Espagne, et lui a fait les compliments de félicitations sur l'avénement du roi son maître à la couronne.
Samedi 21, à Versailles. — Le roi, aussitôt après son diner, partit de Meudon pour venir ici ; en arrivant il fit des stations pour son jubilé et puis s'enferma avec le P. de la Chaise. Monseigneur partit de Meudon aussitôt après le roi et passa par Saint-Cloud pour voir Madame, qui a déjà eu quelques accès de fièvre tierce et assez violents même; on craint que son mal n'augmente parce qn^elle ne veut point faire de remèdes; elle ne veut point garder le lit, pas même durant le plus fort de sa fièvre, dont les accès sont assez longs. Madame la duchesse de Bourgogne partit de Meudon avant le roi et alla à Saint-Gloud ; elle ne fit qu'entrer dans la chambre de Madame, qui avoit la fièvre très-fort et qui n'aime pas à voir personne quand elle est dans cet état-là et qu'elle souffre. — Le parlement d'Angleterre a ôté au roi Guillaume les 200,000 écus dont il jouissoit pour le douaire de la reine d'Angleterre qui est à Saint -Germain , et 100,000 écus aussi dont iljouissoit pourla pension qu'ils avoient accordée au duc de Glocester, qui mourut l'année passée. On dit toujours que ce roi veut passer en Hollande vers le 20 du mois qui vient.
Dimanche 22, à Versailles, — Le roi , Monseigneur et monseigneur le duc de Bourgogne firent leur jubilé, et Faprès-dlnée entendirent vêpres et le salut. — Le roi donna à l'abbé de Saint -Aignan, frère du second lit du duc de Beauvilliers et qui est dans sa dix-neuvième année, Tabbaye de [Saint-Germer de Flaix], qu'avoit le vieil abbé de Brosse; outre le revenu de cette abbaye, qui est considérable, il y a de très-belles collations; c'étoit la seule abbaye du royaume que le roi n'eût jamais donnée. —
Madame de Bournouvilie, qui tomba en apoplexie ii y a quelquesjourset qui étoit accouchée sans connoissance d'un enfant mort, et qui depuis s'étoit assez bien portée pour qu'on la crût hors de danger, mourut Taprès-dlnée à Paris. Elle étoit sœur du duc de Chevreuse d'un second lit; elle n'avoit que trente-deux ans; elle ne venoit jamais à la cour. Elle laisse un fils et deux filles, dont ralnée*a été déjà souvent ici et pour qui madame la duchesse de Bourgogne témoigne assez d'amitié.
* Cette fille est devenue duchesse de Duras , et son frère est mort sans enfants de la seconde fille du dernier maréchal de Gramont, qui s'est remariée au duc de Ruffec, fils aîné du duc de Saint-Simon.
Lundi 23, à Versailles, — Le roi prit médecine et tint l'après-dinée le conseil qu'il a accoutumé de tenir le matin. — Le roi a permis à Tabbé de Polignac de revenir à la cour; il avoit toujours été exilé dans son abbaye en Normandie depuis son retour de son ambassade de Pologne. — M. de Puységur est revenu de Flandre et a rendu compte au roi de l'état des troupes de France et d'Espagne en ce pays-là, qui est aussi bon qu'on le peut désirer. Toutes les recrues pour notre infanterie et pour notre cavalerie sont arrivées, et sont plus l>elles qu'on ne l'avoit espéré. Les levées que les Espagnols font s'avancent fort, et; M. de Puységur en est très-content. On travaille en diligence à toutes les places de Gueldre; il n'y a que Ruremonde qui ne soit pas encore en bon état; Gueldre, Stephensweerd et Venlo pourroient fort bien soutenir un siège présentement. Les troupes de Hollande ne sont pas si nombreuses qu'on l'avoit dit ; en comptant les trois mille Écossois qui leur sont arrivés, ils n'ont que cinquante-cinq bataillons et soixante-cinq escadrons, et nous y avons présentement, en comptant les troupes d'Espagne, quatre-vingt-dix bataillons et six-vingts escadrons de bonne cavalerie ; et celle de Hollande est fort mauvaise.
Mai 1701. 109
' Mardi 24, à Versailles. — he roi alla Taprè^-dlnée se promener à Marly , d'où il ne revint qu'à la nuit. Monseigneur et monseigneur le duc de Bourgogne coururent le loup. La fièvre de Madame est toujours intermittente, mais les accès en sont plus longs et plus violents. — Les colonels réformés ont ordre de se rendre aux régiments dans lesquels ils ont eu leur réforme et pour cela de partir le 1" du mois qui vient. — M. de Belesbat est tombé en apoplexie dans Tabbaye d'une de ses sœurs auprès de [Nevers ; la paralysie s'est formée sans que la connoissance lui soit revenue, et il y avoit déjà deux fois vingt-quatre heures qu'il étoit dans cet étatJà quand on en a mandé la nouvelle. Il n'a jamais été marié; son héritier sera M. de Ganillac le colonel d'infanterie, iils de sa sœur unique. On croit qu'il lui laissera 25,000 livres de rente. Le parc de Belesbat auprès de Fontainebleau est un des beaux parcs de France. Ganillac n'est point encore marié. — On mande d'Italie que, quoique les troupes de l'empereur soient en fort petit nombre dans le pays de Trente , elles ne laissent pas déjà d'y souffrir beaucoup.
Mercredi 25> à Versailles. — Outre le conseil que le roi avoit tenu le matin à son ordinaire, il travailla encore Faprès-dinée avec M. de Pontchartrain, et sur le soir S. M. alla se promener à Trianon, où Ton parle d'aller bientôt pour y passer quelques jours. — MM. les comtes d*Albertet d'Uzès furentjugés et absous, et en conséquence de leur absolution étoient descendus de leurs chambres pour sortir delà Conciergerie; le comte d'Uzès en sortit effectivement, mais le comte d'Albert reçut un ordre du roi d'y demeurer encore. S. M. le regarde comme l'auteur de la querelle, et ne veut pas seulement punir les duels, mais même les apparences. MM. d'Entragues et du Terrail se remirent en prison en môme temps qu'on y remettoit M. d'Albert; ils sont accusés aussi de s'être battus. La sévérité du roi augmentera encore leur chagrin
dans la prison. — L'ambassadeur de Venise dit hier une nouvelle ici que le roi n'a point reçue ^ qui est que le Grand Seigneur est venu à Andrinople avec vingt-cinqf mille janissaires et autant de spahis et qu'il a fait arborer les queues de cheval; l'ambassadeur ajoute à cette nouvelle que quelques seigneurs hongrois, accusés d'être de la conspiration du prince de Ragotski, s'étoient retirés à Temeswar.
Jeudi 26, jour de la fêle de Dieu, à Versailles. — Le roi monta en carrosse avant dix heures pour aller à la paroisse ; Monseigneur,messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry, madame la duchesse de Bourgogne et mesdames du Lude et de Mailly étoient en carrosse avec lui. La pluie empêcha la procession ordinaire, et on ne la fit qu'autour de l'église en dedans. Monsieur y vint deSaint- Cloud, et après la messe revint ici avec le roi, et madame de Mailly se mit dans les carrosses de madame la duchesse de Bourgogne. Le roi mangea à son petit couvert avec Monsieur. Â ces jours ici il a coutume de manger en public avec la famille royale. — On eut hier des nouvelles de Madrid par la stafetille de Navarre; les lettres sont du 12 au soir. Le duc d'Harcourt étoit plus mal ce jour-là qu'il ne l'étoit quand le dernier courrier en partit; la tête étoit plus engagée qu'à l'ordinaire, et les médecins en ont mauvaise opinion. — L'intendance du Hai^re, vacante par la promotion de Louvigny à celle de Brest, a été donnée à Champigny-Noroy, qui est intendant en Canada depuis dix-huit ans. — L'abbé d'Argenlieu, grand vicaire de Soissons, est mort; il avoit une assez bonne abbaye et quelques autres petits bénéfices.
Vendredi 27, à Versailles. — Le roi alla l'après-dlnée à Marly, d'où^il ne revint qu'à la nuit. Monseigneur, messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry et madame la duchesse de Bourgogne allèrent au salut. Durant cette octave il y a toujours musique au salut. — Monseigneur le duc de Bourgogne aura six aides de camp ; il
y en a déjà trois de nommés^ qui sont M. de Seignelay^ maître de la garde-robe ; le chevalier de Sully, mestre de camp réformé , et le jeune Dénonville, fils du sous^ gouverneur et qui est colonel réformé. — Madame la duchesse de Bourgogne fit ses stations à pied à la paroisse et aux Récollets. — Le vieux M. de Montpouilhan, qui étoit au service des Hollandois depuis cinquante ans, est mort ; il étoit François et de la maison de la Force. Il laisse une veuve, qui est dans un couvent à Paris, avec qui il étoit fort brouillé. — Le marquis de Parelle commandera les troupes de M. de Savoie sous lui, qui est généralissime des armées de France et d'Espagne en Italie.
— Le maréchal de Villeroy travailla hier au soir, durant plus d'une heure, avec le roi chez madame de Maintenon .
— Les dernières lettres de notre armée d'Italie portent que les Impériaux ont avancé une tête jusqu'à Castel- David, qui est en deçà de l'Adige et qui est encore du Trentin; il n'y a que quatre lieues de là à Rivoli, où nous sommes postés.
Samedi 28, à Versailles, — Le roi, au conseil des finances, jugea une affaire qui duroit depuis Tannée 79, sur l'argent que M. de Morstein avoit avancé en Pologne pour faire tomber cette couronne à M. de Longueville. Madame de Nemours prétendoit que les biens d'un mineur, comme étoit M. son frère quand il fut tué au passage du Rhin en 72, ne dévoient pas être engagés. Elle a été condamnée à payer le principal et les intérêts, qui monteront à plus de 700,000 francs; cette somme presque tout entière reviendra à mesdemoiselles de Morstein, petites-filles de celui qui avoit avancé cet argent. — ^ Outre le conseil que le roi avoit tenu le matin, il tint Taprèsdlnée le conseil d'État qu'il auroit tenu jeudi sans la bonne fête, et alla ensuite au salut. — Le maréchal de Tourville* mourut la nuit à Paris après une longue maladie ; il n'avoit pas soixante ans, et laisse un fils fort jeune et fort pauvre. Le maréchal n'avoit amassé aucun
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bien, et étoit cadet d'une maison qui n'étoit pas riche. Le roi a donné la charge de vice-amiral qu'avoit le maréchal deTourville au comte de Château-Renaud, le plus ancien des lieutenants généraux de la marine et homme de grande réputation et fort heureux dans tous les emplois qu'il a eus. La place de lieutenant général ne devoit pas être remplie, parce qu'il y en a une supernuméraire; mais le roi a voulu faire cette gràce-là au chevalier de Coëtlogon, qui s'est toujours distingué dans les actions où il s'est trouvé.
* Le maréchal de ïourville s'appeloit Costentin, et du consentement des Anglois et des Hollandois le plus grand homme de mer de son temps en tout genre. Doux, modeste et un des plus braves hommes du monde, mais sans esprit quelconque que pour son métier ; bien fait, et aimant les dames; un fort honnête homme aussi , et adoré dans la marine. Son père, bien gentilhomme, étoit à M. de Saint-Simon, et ce fut lui qu'il envoya au cardinal de Richelieu à la journée des dupes , lui dire que sur sa parole il vînt à Versailles. Le reste de l'histoire est connue et fameuse, et nulle part si vraie que dans Levassor. Lorsque M. le Prince maria son fameux fils à la nièce du cardinal de Richelieu, il demanda a M. de Saint-Simon un gentilhomme de confiance pour mettre auprès de lui ; il lui donna Tourville. Son fils le maréchal et sa sœur madame de Gouville, qui a figuré avec beaucoup d'esprit dans les intrigues de son temps , n'avoient jamais oublié cet attachement premier au duc de Saint-Simon. Le fils du maréchal fut tué fort jeune , et sa fille a épousé M. de Brassac , et a été dame de madame la duchesse de Berry. Leur mère étoit fille d'un homme d'affaires qui s'appeloit Laugeois.
Dimanche 29, à Versailles. — Le roi, après le salut, s'alla promener à Trianon, qui est plus beau que jamais ; tous les embellissements que le roi y a faits ont réussi à merveille iet sont dans leur perfection. Madame la duchesse de Bourgogne y étoit avant le roi et revint avec lui dans sa calèche. Monseigneur alla hier àMeudon, d'où il ne reviendra que mercredi. Monseigneur le duc de Bourgogne alla chez madame la Duchesse jouer au brelan , et avant le salut il avoit joué chez lui avec madame la duchesse de Bourgogne, ce qui lui arrive souvent présentement.
— Le duc de Popoli prit congé de S. M. Il lui avoit demandé Tordre du Saint-Esprit, et avoit obtenu du roi son maître à Madrid la permission de demander cette grâce au roi. S. M. lui a promis, et lui a dit qu'il lui en coùteroit un voyage et qu'il le vouloit recevoir lui-même. Il s'en retourne à Naples bien charmé des bontés du roi, et lui a répondu qu'il augmentoit la grâce en lui ordonnant de revenir pour le recevoir lui-même. Monseigneur alla à la paroisse de Meudon entendre le salut; il n'avoit jamais été à cette paroisse, et le curé lui fit une belle harangue. — Le roi a donné le gouvernement de Landrecies à la Chétardie, qui commandoit à Brisach et qui en conservoit les appointements, qui sont de 9,000 francs; le gouvernement deLandrecies en vaut 11 ou 12.
Lundi 30, à Versailles. — Outre le conseil de dépêches que le roi tint le matin, il en tint encore un l'après-dînée pour juger l'affaire du prince de Birkenfeld contre l'évéque de Bâle. Monsieur vint de Saint-Cloud pour être à ces conseils , et après qu'il fut retourné à Saint-Cloud madame la duchesse de Bourgogne alla l'y voir. Ils y entendirent le salut ensemble; elle y joua ensuite et fit collation et revint ici à neuf heures. — Les brigadiers de l'armée de Flandre ont eu ordre de partir; on ne dit encore rien aux lieutenants généraux ni aux maréchaux de camp. Il n'y a que MM. d'Usson et de Gassion, lieutenants généraux et MM. de Lannion et du Rozel maréchaux de camp, qui partent pour aller joindre M. de Bouf flers, qui a demandé quelques officiers généraux. — Madame la comtesse de Tallard mourut à Paris; elle ne venoit jamais à la cour.
— Le roi a donné 2,000 francs de pension à madame de Varennes, veuve du gouverneur de Landrecies, mort depuis un mois. — On mande d'Angleterre que le parlement est fort opposé aux volontés du roi Guillaume dans les petites choses , mais que dans les grandes affaires il lui accorde presque tout ce qu'il lui demande. — Le roi, après le salut, s'alla promener à pied dans ses jardins.
Mardi 31, à Versailles, — Le roi dîna de bonne heure et alla ensuite se promener à Harly , d'où il ne revint qu'à la nuit. Monseigneur le duc de Bourgogne alla h Meudon voir Monseigneur son père et ne revint ici qu'à la fin du souper du roi. — Le roi a donné des pensio^s aux enfants du maréchal de Tour ville, 4,000 francs au fils et 2,000 francs à la fille. — L'ordinaire d'Espagne arriva le matin, et par les lettres du 18 il n'y avoit quasi aucune espérance sur la santé du duc d'Harcourt; mais il arriva le soir un courrier de M. de Torcy, revenant de Portugal, qui a apporté des lettres de Madrid du 24-, par lesquelles il paroit que la fièvre du duc d'Harcourt est fort diminuée et qu'il n'a plus de redoublements; il y en a même quelques-unes qui portent qu'il a vidé un abcès. On mande que le roi d'Espagne ôte la vice-royauté de Sicile au duc de Véraguas et envoie en sa place le duc d'Escalone, marquis de Villéna; le duc de Véraguas ne s'est pas fait aimer dans son emploi de Sicile. — Madame la duchesse de Bourgogne après le salut s'alla promener à Trianon. — Les ministres étrangers qui sont venus ici aujourd'hui ont eu avis que le duc de Zell étoit mort ; mais le roi n'en a eu aucun avis.
Mercredi V^ juin y à Versailles. — Le roi, sur les quatre heures, alla à Meudon, où il se promena avec Monseigneur jusqu'à la nuit; il conseille à Monseigneur d'y faire plusieurs embellissements nouveaux, dont il lui en a donné les dessins et dont il fera la dépense. 11 dit à Monseigneur, à la promenade, qu'il étoit venu des nouvelles en Hollande par Zell d'un combat donné en Italie entre les troupes de l'empereur et celles du roi. S. M. croit cette nouvelle entièrement fausse; mais c'est une chose fort ordinaire à nos prétendus ennemis de publier des événements favorables à leur parti et qui n'ont aucune vérité. — Le roi fait rendre à M. le cardinal de Bouillon le revenu de tous ses bénéfices ; on ne les avoit saisis que parce qu'il n'avoit pas obéi aux ordres du roi en venant
dans le lieu de son exil ; il y est présentement , on lui rend son bien.
Jeiuii 2, à Versailles, — Le roi partit du château sur les dix heures, ayant dans son carrosse Monseigneur, messeigneurs ses enfants, madame la duchesse de Bourgogne, M. de Chartres et la duchesse du Lude, et alla à la paroisse, puis à la procesvsion , et ensuite entendit la messe à la paroisse. L'après-dinée S. M. tint conseil jusqu'au salut, et après le salut alla se promener à Trianon. Madame la duchesse de Bourgogne y arriva avant lui et y demeura encore après lui pour y faire collation, qu'elle se fit apporter de la Ménagerie. — Le roi d'Espagne, sans en avoir été sollicité par le roi , a fait le comte d'Estrées lieutenant général de la mer et lui en a envoyé les patentes à Cadix, où ce comte doit être arrivé ; il a attaché à cet emploi' 10,000 écus d'appointements*. Le prince de Piombino avoit eu le même emploi, mais depuis sa mort il n'avoit point été rempli. C'est le premier emploi de la mer en Espagne quand la charge de prince de la mer n'est pas remplie, et cette charge ne l'est presque jamais et ne se donne qu'aux princes de la maison royale. L'autorité du comte d'Estrées ne s'étendra pas jusqu'aux mers des Indes; ce sera le comte de Château-Renaud qui commandera dans ces mers-là en qualité de capitaine général du roi d'Espagne , qu'il a déjà depuis quelques mois.
* Le comte d'Estrées ne s'est guère sali les mains de ces appointements ni fatigué à commander des vaisseaux d'Espagne ; il en a eu mieux, comme on verra. Pour la qualité de prince delà mer, je ne sais où elle a été prise , encore moins par qui portée. Depuis Funion des Rspagnes par Ferdinand et Isabelle , on ne voit guère de prince du sang d'Espagne en Age d'homme , un ou deux à peine et qui ont été cardinaux.
Vendredi 3, à Marly. — Le roi, en sortant de son diner à Versailles, vint ici, où il demeurera jusqu'à la fin de la semaine qui vient. Monsieur, Madame et M. de Chartres
sont toujours à Saint-Cloud; Madame a encore la fièvre^ mais les accès sont diminués. Monseigneur et monseigneur le duc de Bourgogne coururent le loup et firent une fort rude chasse; au retour Monseigneur mangea à Versailles avant que de venir ici. Le roi a amené ce voyage toutes les dames qui s'étoient présentées au souper avant-hier, chose qui n'étoit pas encore arrivée. — Le roi a donné une commission de mestre de camp au comte de Nille , lieutenant-colonel du régiment de cavalerie de Furstemberg. — L'arrêt pour remettre M. le cardinal de Bouillon en possession de ses biens a été signé; on lui redonne la jouissance du passé à condition qu'il ne pourra demander compte aux intendants de l'argent qu'ils ont pris des fermiers de ses bénéfices pour les réparations qu'ils ont jugées nécessaires.
Samedi 4, à Marly. — Le roi se promena en calèche avec madame la duchesse de Bom'gogne, madame la princesse de Conty et la duchesse duLude; Monseigneur étoit à cheval , madame de Maintenon dans une petite calèche seule et beaucoup de dames dans d'autres calèches. Monseigneur le duc de Bourgogne demeura à jouer avec madame la Duchesse. — L'ordinaire d'Italie apporta des lettres du maréchal de Catinat du 23; il mande au roi que les Impériaux font quelques mouvements dans le derrière de leurs montagnes, comme s'ils vouloient aller à Torbola et à Riva, laissant le lac de Garde à leur gauche pour descendre dans le pays de Brescia. Les chemins en sont difficiles; il y en a un pour un ou deux hommes à pied, et l'autre où peut passer un chariot très-étroit; ainsi on a peine à croire qu'ils puissent réussir de ce côté-là. — On a des nouvelles assez incertaines de la flotte angloise et hoUandoise; on compte qu'ils avoient soixante-dix vaisseaux à l'Ile de Vight, dont vingt-deux ont mis à la voile. On prétend que c'est- pour aller au détroit; il faudroit (|u'ilsy envoyassent un bien plus grand nombre de vaisseaux s'ils Touloient y fairo quelque chose, le comte
d'Estrées étant à Gibraltar plus fort qu'eux, sans compter les vaisseaux d'Espagne.
Dimanche 5, à Marly. — Le roi tint le matin conseil à son ordinaire, et raprès-dlnée il se promena dans les hauts de Marly, où il essuya un fort grand orage qui fit assez de désordre ici dans les jardins ; il y a eu beaucoup d'arbres rompus et beaucoup de vitres brisées dans le château et dans les pavillons. Après Torage le roi se promena dans les jardins jusqu'à la nuit. — 11 arriva un courrier de M. le maréchal de Catinat, parti du 30 du mois passé; ce maréchal mande au roi que les Allemands ont pris un chemin tout différent de celui qu'ils avoient paru vouloir prendre d'abord ; ils marchent présentement sur la Brenta ; ils ont déjà passé Bassano et ont quatre mille chevaux à la hauteur de Vicence et en deçà du Bacchiglione. On ne doute point que le reste de leur armée ne suive par la même route. M. le maréchal de Catinat n*a pas encore quitté le poste de Rivoli et n'a point de pont pour passer l'Adige, qui est fort rapide et assez large. Selon les apparences, les Allemands viendront entre Vérone et le golfe; mais ils auront bien de la peine à passer FAdige, qui est encore plus large en approchant de la mer; on ne mande point que le prince Eugène de Savoie soit arrivé à leur armée ; mais, comme il est parti de Vienne du 17, il doit y être arrivé.
Lundi 6, d Marly. — Le roi se promena dès le matin avec madame de Maintenon , madame de Noailles et la comtesse de Gramont. Monseigneur et monseigneur le duc de Bourgogne coururent le loup. L'après-dlnée le roi se promena par tout son jardin pour voir à remédier au désordre qu'avoit fait l'orage. Avant que d'aller à la promenade il avoit travaillé avec M. Pelletier, comme il a accoutumé de faire tous les lundis. — La Touanne et Sauvion, trésoriers de l'extraordinaire de la guerre, avertirent M de Chamillart , il y a quelques jours , que leurs affaires étoient en mauvais état; M. de Chamillart appro-
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Le roi le lit entrer dans son cabinet se doutant bien qu'il lui portoit une mauvaise nouvelle. Saint-Pierre dit à S. M. que Monsieur, en soupant à Saint-Cloud, avoit eu une fort grande foiblesse , qu'il avoit la langue fort épaisse, qu'on l'avoit saigné, qu'il avoit paru un peu moins mal depuis la saignée et qu'on lui avoit donné de l'émétique. Le roi voulut partir dans l'instant même pour aller à Saint- Cloud; mais enfin il se rendit aux instantes prières que tout le monde lui fit d'attendre des nouvelles de l'effet de l'émétique. Le roi passa cbez madame de Maiutenon, qu'il fit éveiller, et revint ensuite cbez lui à minuit, donna ordre à son coucber au marquis de Gesvres d'aller à Saint-Cloud , et si durant la nuit on trouvoit Monsieur plus mal de venir le réveiller, parce qu'il vouloit en ce cas-là partir, et pour cela il commanda que ses carrosses fussent prêts. Monseigneur, monseigneur le duc de Bourgogne et madame la ducbesse de Bourgogne se préparent à suivre le roi. Il arriva, un moment après, un page de Monsieur avant que le roi fût au lit, qui dit que Monsieur se portoit mieux, et qu'il venoit demander à M. le prince de Conly de l'eau de Schaffhouse, qui est excellente dans les apoplexies (1).
* Dangcau n'achève pas l'histoire. M. de Chartres vouloit servir à toute tête et Monsieur vouloit qu'il commandât une armée. Tout soumis qu'il fût au roi, il lui prenoit quelquefois des révoltes, et celle-ci fut violente. La bouderie dura deux mois avec quantité de picoteries. Monsieur étoit outré de ce que son fils n'avoit point de gouvernement, quoique promis il y avoit si longtemps pour son mariage. Il voyoit que, loin de donner une armée à son fils , le roi l'empêchoit de servir pour l'en éloigner, comme il arrivoit aussi aux princes du sang , tandis que les bâtards continuoient à servir. Il est vrai que tout cela fit grand mal à Monsieur, qui par sottise de bonté pour Tancrède, son premier chirurgien, qui l'avoit manqué et qui saignoit mal , ne se voulut point faire
(i) Voir les détails sur la mort de Monsieur et sur les cérémonies qui suivirent, dans le Mercure galant ^ mois de mai, tome P", pages 368 à 372, de juin , pages 316 à 372, et de juillet, pages 295 à 333.
saigner par lui ni par un autre, quoiqu'il en crevât de besoin. Il est vrai que le roi l'en pressa ce jour-là ; mais il est vrai aussi que ce même jour-là ils se querellèrent tous deux plus vivement que Monsieur n'avoit osé faire de sa vie, et qu'ils se quittèrent sur cette querelle, et Monsieur fort brusquement. On a cru depuis que l'émotion qu'il en eut hâta sa mort et augmenta la douleur du roi, et les prodigieux traitements qu'il fit à Madame et à M. de Chartres.
Jeudi 9, à Marly. — Le roi se releva une heure et demie après s'être couché. Il fut réveillé par Longueville, que M. de Chartres lui envoya ; ce prince mandoit au roi que Fémétique n'agissoit point et que Monsieur étoit plus mal; le roi partit à l'instant même , arriva à Saint-Cloud avant trois heures , et trouva Monsieur si considérablement mal qu'on ne croit pas seulement qu'il eût reconnu le roi. Monseigneur, tous les princes, toutes les princesses suivirentle roi à Saint-Cloud, d'où S. M. n'est repartie qu'à huit heures du matin et ayant laissé Monsieur sans aucune espérance. Le roi, en arrivant ici, se renferma dans son cabinet. Il avoit entendu la messe à Saint-Cloud. Madame la duchesse de Bourgogne et madame de Maintenon avoient obtenu de lui qu'il ne demeurât pas à Saint- Cloud jusqu'à la fin , et revinrent avec lui dans son carrosse. M. Fagon arriva ici à tme heure; le roi lui avoit ordonné de ne point revenir que Monsieur ne fût expiré ou que par une espèce de miracle il ne fût mieux. Dès que le roi le vit entrer chez madame de Maintenon, où il étoit, il lui dit : « Eh bien, M. Fagon, mon frère est mort? — Oui, sire, répondit M. Fagon ; nul remède n'a pu agir. » Le roi, fondant en larmes et ne pouvant cacher sa douleur, ne laissa pas de se mettre à table à son ordinaire en public et se contraignit, quoiqu'on le pressât fort de demeurer en repos et de manger un morceau chez madame de Maintenon en particulier. Le dîner fût court et triste. Après dîner, il se renferma chez elle avec madame la duchesse de Bourgogne et ses dames, et il lui échappa plusieurs fois de dire : « Je ne saurois m'accoutumer à son-
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^^er que je ne verrai plus mon frère. » Monseigneur, monseigneur le duc de Bourgogne , madame la duchesse de Bourgogne et toutes les princesses s'étoient couchés au retour de Saint-Cloud. On a voit emmené Madame ^ M. le duc de Chartres et madame la duchesse de Chartres à Versailles. Le soir sur les sept heures on obligea le roi de faire un tour dans ses jardins pour se dissiper un peu, et il fallut encore après son souper que S. M. donnât des ordres à M. de Ponchartrain , secrétaire d'État de la maison , et à Desgranges , maître des cérémonies , sur beaucoup de choses qu'il falloit régler pour le cérémonial. Il avoit fallu encore que le roi travaillât Taprès-dlnée avec M. de Chamillart. Il soupa îY neuf heures et se coucha à dix heures et demie , accablé de douleur et de travail. Le roi et la reine d'Angleterre arrivèrent ici sur les cinq heures faire leurs compliments au roi et ne demeurèrent qu'un moment avec lui.
Vendredi 10, à Marly. — M. le duc de Chartres vint ici le matin de Versailles, le roi étant encore dans son lit. S. M. lui parla avec toutes sortes de bontés et d'amitié , dont ce prince parut fort touché et fort reconnoissant. Le roi lui dit qu'il falloit qu'il le regardât présentement comme son père , qu'il auroit soin de sa grandeur et de tous ses intérêts, qu'il oublioit tous les petits sujets de chagrin (|u'il avoit eus contre lui , qu'il espéroit que de son côté il les oublieroit aussi , et qu'il le prioit que. les avances d'amitié qu'il lui faisoit servissent à l'attacher encore davantage à lui et à lui redonner son cœur conmie il lui redonnoit le sien. Ce prince est pénétré de douleur de la mort de Monsieur, son père, et pénétré de reconnoissance de toutes les bontés du roi. — S. M. se promena Faprèsdlnée dans ses jardins avec madame la duchesse de Bourgogne; il commanda le matin au sortir de la messe à monseigneur le duc de Bourgogne de recommencer à jouer comme à l'ordinaire; il le commanda aussi à madame la duchesse de Bourgogne. Monseigneur partit dès
le matin pour courre le loup. — Le roi fera toute la dépense des funérailles de Monsieur; on portera son cœur lundi au Val-de-Grâce ; ce sera M. le Duc qui fera cette fonctioti, accompagné de M. de la Trémoille comme duc et piair.
Samedi 11, à Versailles. — M. de Chamillart vint au lever du roi à Marly et lui apporta des lettres de M. de Gatinat du 5 de ce mois. Ce maréchal mande que les Allemands se sont avancés sur l'Adige au-dessous de Vérone , à un lieu qu'on appelle Albaredo, où ils comptent d'avoir bientôt un corps de dix-huit mille hommes ; le reste de leurs troupes dettieùrera à la hauteur de Vicence pour faciliter leurs convois. Ils ont tiré quelques coups de fusil sur nos gens, dont il y a eu un soldat espagnol tué; ils ont pris vingt de nos soldats à qui M. de Pracomtal avbit fait passer la rivière pour amener un bac de notre côté, et ne les ont point voulu rendre quoiqu'on les eût envoyés repeter (1). Us ont même dit qu'ils ne les rendroient que quand le cartel seroit réglé; ainsi voilàla guerre déclarée en ce pays-là. M. de Catinat s'est avancé jusqu'à Isola Porcarizza, qui est à peu près vis-à-vis de leur camp en deçà de l'Adige, qui n'est pas une rivière guéable ni sur laquelle il soit aisé de faire des ponts. — Le roi revint ici sur les sept heures et alla voir Madame , H. de Chartres et madame de Chartres. Monseigneur alla dès le matin de Marly à Meudon, où il demeurera jusqu'à mercredi.
Dimanche 12, à Versailles, — Le roi ouvrit, l'après-dlnée, chez Madame , le testament de Monsieur en présence de Madame, de M. de Chartres, de M. le chancelier, de M. de Pontchartrain , secrétaire d'État de la maison, et de M. ïérat, chancelier de Monsieur. Dans ce testament, qui est de 1699, et on ne croit pas qu'il y en ait de plus nou-
(1) Demander, repetere.
veau, Monsieur fait M. de Chartres $on légataire universel, et nomme pour exécuteur testamentaire celui qui sera premier président de Paris le jour de son décès, et lui donne un diamant de 1,000 pistoles. 11 prie M. de Chartres de prendre tous ses domestiques ou du moins de récompenser ceux qui ne seront pas assez heureux pour lui être agréables. Il veut que si M. de Chartres a un second fils, qu'il s'appelle le duc de Montpensier, et lui substitue tous les biens qu'il a eus de Mademoiselle; et en cas que M. de Chartres n'ait aucun fils, il substitue la principauté de Join ville à madame de Lorraine. Il donne à madame la duchesse de Bourgogne le beau diamant qu'il avoit eu de M. le cardinal (1) ; il en donne un aussi à madame de Savoie et un à madame de Lorraine. Il donne 30 ou 40,000 francs pour des legs pieux. M. le duc de Chartres s'appellera présentement le duc d'Orléans. Quand les étrangers écriront à Madame , le protocole sera de mettre : A Madame, duchesse d'Orléans; et quand on écrira à madame sa belle-fille, on mettra : A Madame, madame la duchesse d'Orléans. — Le roi fait revenir M. de Marsin de son armée d'Italie, où il étoit maréchal de camp, et il l'envoie ambassadeur en Espagne. M. le duc d'Harcourt a fort souhaité qu'il y allât. On parle d'y envoyer encore quelques gens moins considérables pour tâcher à rétablir les finances. — Le roi avoit eu quelque petit mécontentement (2) de Madame ; elle eut hier une conversation avec le roi, dans laquelle ils se parlèrent à coeur ouvert; le roi en sortit content de Madame, et Ma-
(1) Le Mercure qui rapporte les principales dispositions du testament de Monsieur, dit : « Il donne à madame la duchesse de Bourgogne, sa petitefille, le diamant qui vient du cardinal de Richelieu, et la prie de le garder pour l'amour de lui. » (Mercure de imn, page 330. )
(2) Voir dans la Correspondance de la duchesse d'Orléans et dans les Lettres de madame de Maintenons publiées par M. Th. Lavallée^ les causes de ce mécontentement du roi et le langage inouï qtie dicte à Madame sa haine contre madame de Maintenon. >
dame demeura pénétrée des bontés du roi et plus attachée à lui que jamais. Elle avoit eu une grande conférence avec madame de Haintenon avant que de parler au roi*.
* Outre la brouillerie du roi et de Monsieur, dont Madame avoit sa part commune^ il y en avoit une autre plus sérieuse d'elle au roi, qui avoit vu de ses lettres en Allemagne, où elle parloit fort mal de lui. Il en fut d*autant plus piqué que madame de Maintenon y étoit mêlée et qu'on y voyoit en plein combien cette princesse étoit allemande et peu françoise. Madame de Ventadour, sa dame d'honneur, de concert avec son bon ami le maréchal deVilleroy, saisit ces moments d'affliction et de tendresse, et par madame de Maintenon, qu'elle piqua d'honneur, fit le raccommodement.
Lundi 13, à Versailles. — Les courtisans parurent en grand manteau au lever du roi. Monseigneur y vint de Meudon^ et ne quitta son grand manteau que pour le conseil, où il demeura, et au sortir du conseil il alla à Saint- Cloud donner de l'eau bénite à Monsieur et puis retourna diner àMeudon. L'abbé de Grancey, premier aumônier de Monsieur^ donna le goupillon à Monseigneur. Les princes du sang et M. de Vendôme donnèrent de l'eau bénite ; les ducs en donnèrent ensuite, mais sans être appelés , le roi ayant réglé que le cérémonial finiroit à M. de Vendôme inclusivement et pour les dames à madame la duchesse de Verneuil *. L'après-dlnée toutes les dames vinrent en mantes chez madame la duchesse de Bourgogne ; il y parut beaucoup de chagrin entre les princesses étrangères et les duchesses. Dès que les princesses du sang eurent été assises un moment , madame la duchesse de Bourgogne leva le cercle et alla chez le roi, chez Madame , chez madame la duchesse d'Orléans et chez M. le duc d'Orléans, suivie de toutes les princesses et les dames qui avoient été au cercle. Ensuite elle monta en carrosse, ayant madame la grande-duchesse dans le fond auprès d'elle , madame la Princesse , madame la princesse de Conty et mademoiselle d'Enghien au devant ,
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madame la Duchesse à une portière^ où elle ayoit voiilii être^ et madame la duchesse du Lude à Tautre. On avoit des carrosses (hi roi et de msidame la duchesse de Bourgogne pour cinquante princesses, duchesses ou dames de qualité , dont les places étoient toutes marquées y et dans chacun des carrosses il y avoit des princesses^ des duchesses et des femmes de qualité mêlées. En arrivant à Saint- Cloud, l'appareil lugul:)re et la triste cérémonie qu^alloit faire madame li\ duchesse de Bourgogne la saisirent tellement qu'en montant les degrés sa douleur la suffoquoit, et quiandelle fut arrivée dans Tappartement de H. le duc d'Orléans, qu'on lui avoit préparé pour se reposer avant que de donner de l'eau bénite à Monsieur, elle s'y trouva fort mal, et y fut assez longtemps sans pouvoir passer dans l'appartement où étoit le corps de Monsieur. Enfin elle y passa toujours fondant en larmes, et après avoir donné de l'eau bénite, elle y demeura quelque temps à faire ses prières. Les princesses qui étoient venues dans son carrosse donnèrent Teau bénite après elle ; ni les duchesses ni les princesses étrangères n'en donnèrent point, M. Desgranges , maître des cérémonies , ayant déclaré , quand elles entrèrent à Saint-Cloud, que le roi ne vouloit point qu'elles en donnassent pour éviter les contestations. Madame la duchesse de Bourgogne revint ici ensuite dans son appartement, fort abattue et fort fatiguée . — Le roi envoie encore en Italie dix bataillons , huit régiments de cavalerie et un de dragons et trois maréchaux de camp, qui sont Asfeld, Greder et Zurlauben. — Le marjéchal de Villeroy travailla assez longtemps le soir chez madame de Maintenon , et il y doit travailler encore avant que de partir, et monseigneur le duc de Bourgogne y sera présent.
* Voilà la première fois que les ducs sont traités de la sorte. Ils avoient déjà eu le déchet, à la mort de madame la dauphine de Bavière, d'être précédés à Teau bénite par MiVL de Vendôme ; mais ils y vinrent avex; Monsieur et les princes du sang, chez lesquels touss^assem-
bièrent , et le goupillon leur fut présenté avec le carreau comme aux princes du sang et des mêmes mains. Ici le roi, qui ne songeoit qu'à la grandeur des bâtards, se servit de la compétence de la maison de Lor> raine, qui n'en avoit jamais prétendu en ces cérémonies, et sous pré> texte de ne rien décider finit le cérémonial à M. de Vendôme , et en exclut les ducs ; il en fut de même pour les duchesses- Dangeau passe légèrement sur l'arrangement des carrosses où les duchesses eurent l'avantage , quoique avec quelque mélange des princesses. Ce Ait eoicore la première fois que toutes les princesses du sang allèrent ememble dans le carrosse de la première princesse. Elles avoient toujours été partagées entre les carrosses ; en sorte qu'autant que leur nombre le permettoit il y en avoit une dans chacun , même les petites filles de France.
Mardi 14, à Versailles, — Le roi donna le matin audience aux ambassadeurs d'Angleterre, de Venise et de Savoie et à l'envoyé de l'empereur, qui venoient faire leurs compliments sur la mort de Monsieur; ils furent présentés par l'introducteur des ambassadeurs. Le nonce et Fambassadeur d'Espagne firent aussi leurs compliments, mais sans cérémonie, parce qu'ils n'ont point encore fait leur entrée. Les envoyés des rois de Pologne , de Suède , de Danemark et de Portugal ne firent point de compliments, parce que le rang de ces rois n'est pas réglé ici ; ils les feront à mesure qu'ils auront reçu ordre de leurs maîtres de les faire. Monseigneur vint de Meudon pour recevoir les compliments des ambassadeurs et y retourna dîner. — Outre le conseil que le roi tint le matin à son ordinaire, il travailla l'après-dlnée avecM. le chancelier et M. de Pontchartrain à régler les affaires de M. le duc d'Orléans. Ensuite il reçut la visite du roi et de la reine d'Angleterre, puis alla faire un tour à Trianon pour prendre l'air, et au retour il alla chez Madame, où il fut longtemps enfermé avec elle et avec M. le duc d'Orléans, et au sortir de chez elle il alla voir madame la duchesse d'Orléans, qui étoit au lit et à qui il fit beaucoup d'amitié, étant trèscontent d'elle. — M. le duc d'Orléans aura presque tons les honneurs que feu Monsieur avoit* ; il aura des gardes
et des Suisses ; il aura sa salle des gardes ici dans le château, comme feu Monsieur ; il aura un chancelier et des secrétaires des commandements. M. le Prince aura le traitement de premier prince du sang ; ses officiers seront passés à la cour des aides comme commensaux avec tous les mêmes privilèges que feu M. le Prince a conservés jusqu'à la mort. Toute la maison de Monsieur sera cassée dès que son service sera fait; M. le duc d'Orléans en prendra tous ceux qui lui seront agréables ; on croit même qu'il en prendra beaucoup , mais on ne sait point encore ceux qu'il choisira. 11 a fort pressé et fait presser M. le chevalier de Lorraine d'accepter la pension de 10,000 écus ou environ que lui donnoit Monsieur, lui disant avec beaucoup de politesse : « Vous auriez bien voulu. Monsieur, recevoir une pension de Monsieur; j'hérite de tout son bien, ainsi ce sera toujours lui qui vous la donnera. » M. le chevalier de Lorraine accepte le logement du Palais- Royal et a remercié de la pension , disant à M. le duc d'Orléans qu'il demeureroit dans sa maison pour lui faire sa cour plus souvent, mais qu'il n'accepteroit point la pension, afin qu'il trouvât son attachement pour lui plus désintéressé, et qu'il n'oubheroit jamais toutes les grâces qu'il avoit reçues de Monsieur ni la manière noble et honnête dont M. le duc d'Orléans lui en offroit la continuation. — M. le Duc mena le cœur de Monsieur au Valde-Grâce; il étoit accompagné de M. de la Trémoille. — Il arriva un courrier de Madrid parti du 7; il a laissé le duc d'Harcourt un peu mieux , mais ayant toujours la fièvre continue , et c'étoit le soixante-deuxième jour de sa maladie sans que la fièvre l'ait quitté, ce qui fait fort craindre aux médecins d'ici qu'il n'y ait quelques parties nobles gâtées. Depuis cette maladie les affaires d'Espagne languissent fort.
* Tant de distÎDCtioDS furent données à M. le duc d'Orléans par les considérations qu'on a vues à la page 121 ; celle de madame la duchesse d'Orléans y entra pour beaucoup , et celle encore
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de retenir M. d^Orléans sur la prétention de commander une armée. Les princes du sang , toujours blessés du rang de petits-fils de France , le furent beaucoup de ces majestueuses nouveautés , et le roi , pour les consoler moins que pour les retenir, donna à M. le Prince les avantages de premier prince du sang devenus vacants , et au-dessous do M. le duc d'Orléans au point où il fut élevé alors.
Mercredi 15, à Versailles. — Outre le conseil que le roi tint le matin à son ordinaire, il travailla longtemps avec M. de Cbamillart Taprès-dlnée et puis alla à la chasse. Monseigneur le duc de Bourgogne^ monseigneur le duc de Berry et madame la duchesse de Bourgogne allèrent à Saint-Germain tous séparément voir le roi et la reine d'Angleterre et le prince de Galles. Madame la duchesse de Bourgogne avoit toutes les princesses du sang dans son oarrosse et étoit en mante; elle alla fort lentement, parce qu'on a quelque légère apparence de grossesse. Monseigneur^ qui devoit revenir de Meudon aujourd'hui, n'en reviendra que demain. — Le roi donna ordre le matin A quelques officiers généraux de partir pour Tarmée d'Allemagne ; ces officiers sont Tallard, le marquis de Créquy et Barbezières, lieutenants généraux ; le duc de ViUeroy, Bezons, Varennes et Locmaria, maréchaux de camp. — Le roi donne au maréchal d'Estrées la lieutenance générale du comté Nantoîs et le gouvernement particulier de Nantes ; ce sont les deux emplois qu'avoit M. de Molac, mort Tannée passée ; ils valent plus de 60,000 livres de rente. Le maréchal payera 200,000 livres qu'il y avoit de brevet de retenue pour la veuve et pour les créanciers, et le roi lui donne un brevet de retenue de pareille somme. — M. de Chamilly, ancien lieutenant général, qui n'étoit point nommé pour servir cette année, a été choisi pour commander dans les provinces où le maréchal d'Estrées a commandé Tannée passée ; ce maréchal a ordre de s'en aller tout droit à Nantes pour y tenir les états de Bretagne, qui s'y assemblent cette année ^ et y demeurera ensuite pour commander dans toute la pro-
vince, en l'absence de M. le comte de Toulouse. — L'assemblée du clergé a commencé aujourd'hui à Paris. M. le cardinal de Noailles y préside ; cette assemblée n'est que pour la capitation. M. Tévêqùe de Langres a été choisi pour faire l'oraison funèbre de Monsieur le jour de son service.
Jeudi 16, à Versailles. — Le roi alla l'après-dlnéë se promener à Marly. Monseigneur revint de Meudon et doit aller lundi à Livry, d'où il ne reviendra que le mercredi pom' Marly, où le roi va ce jour-là. — Le roi donne à M. le duc d'Orléans les mêmes pensions qu'avoit Monsieur, qui sont de 45,000 livres par mois, de 20,000 frarics d'ancien supplément et 100,000 francs de supplément nouveau; cela fait en tout 660,000 livres. M. le duc d'Orléans avoit 50,000 écus de pension ; 200,000 francs de pension lui étoient encore assurés par son contrat de mariage ; ainsi il gagne à ce que le roi lui donne aujourd'hui 310,000 francs. Madame la duchesse d'Orléans a 50,000 écus de pension ; on lui donne encore 100,000 francs pour l'intérêt de deux millions qu'elle a eus en mariage. L'apanage de M. le duc d'Orléans vaut plus de 500,000 livres de rente. Le canal d'Orléans rapporte plus de iO^OOO écus, toutes dépenses faites. La succession de Mademoiselle ^ jointe à tout cela, et quelque chose qui lui revient encore de la succession de la feue reine d'Espagne, sa sœur, composeront un revenu de 17 ou 1,800,000 livres, le douaire de Madame payé , qui est de 40,000 francs , et toutes ses reprises payées aussi.
Vendredi 17, à Versailles. — Le roi alla tirer et puis se promener à Trianon. — Le roi redonne à M. le duc d'Orléans la nomination à tous les bénéfices de son apanage, comme Monsieur les avoit; il lui donne le régiment de cavalerie et le régiment d'infanterie d'Orléans, et lui conserve les régiments de cavalerie et d'infanterie de Chartres , si bien qu'il aura présentement quatre régiments ; le roi lui donne aussi les deux compagnies de
gendarmerie de Monsieur. — On mande de Hollande que la ville d'Amsterdam persiste à ne. vouloir point la guerre, à moins que nous ne voulions attaquer la Hollande ; Us ont inondé tout le pays à Tentour de Berg-op-Zoom, et il iparolt qu'ils songent plus à se défendre qu'à nous attaquer. Le duc de Wurtemberg, qui commandoit leur infaaterie, est mort; il étoit gouverneur de l'Écluse et de toute la Flandre kollandoise. L'on parle de donner ce goùvernement-là à RuVighy. — On mande de Turin que M. de Savoie compte partir de Turin à la fin du mois pour aJlçr se mettre à la tête des armées de France et d'Espagne 60 Italie!
Saowdi 18, à Versailles. — Le roi alla Faprès-dlnée se protnèner à/Triahon. Madame la duchesse de Bourgogne se promena toujours avec lui ; elle en revint dans la petite- çalèdie du roi. On a quelque espérance de gros- ,sesse ; le roi fait aller les carrosses doucement et Tempécha de courre dans les jardins. — M. de Tallard a vendu le gouvernement de t'oix à M. deSégur *, capitaine lieutenant d'une des compagnies de gendarmerie; il achète ce gouvernement 55,000 écus, et a pei^mission de vendre sa charge, dont il retirera du moins 130,000 livres. taUard avoit déjà eu 25,000 francs pour les deux années pendant lesquelles ce gouvernement avoit été vacant, et il a encore à vendre les trois sénéchaussées de Languedoc qu'avoit M. de Mirepoix , et dont il tirera 10 ou 12,000 écus, si bien que le présent que lui a fait le roi à son retour d'Angleterre lui vaudra plus de 200,000 francs. — L'assemblée du clergé commencera mercredi; c'est M. le cardinal de Noailles qui y préside ; elle se tient à Paris ; elle accordera au roi un don gratuit de quatre millions pour la capitatioii.
* Ce Ségur est un gentil homme qui avoit été fait à peindre et qui jouoit admirablement du luth étant jeune , et mousquetaire de la seconde compagnie ; qui, pendant les voyages de Fontainebleau à son quartier, ù Memours , fit connoissance avec Tabbesse de la ioye^ qui
est tout contre. Elle devint telle que Tabbesse en demeura grosse et bien empêchée de son paquet. Cet embarras la poussa si près du terme qu'ayant enfin pris quelque prétexte de sortir elle prit le chemin de Paris, et ne coucha qu'à Fontainebleau pour la première journée. La cour y étoit , et elle se mit au premier cabaret où die put trouver une chambre. La nuit eHe s'y trouva mal et pressée de si près qu'elle y accoucha d'un gros garçon avec le bruit et le scandale qu'on peut imaginer. Cette histoire fut contée au duc de Saint- Aignan à son réveil, qui ne manqua pas d'en feire une gorge chaude au roi en entrant à son lever, qui étoit jeune encore et qui s'en divertit beaucoup avec tous les courtisans curieux de savoir qui étoit cette bonne abbesse. M. de Saint- Aignan ne Fétoit pas moins , et fut bientôt satisfait : c'étoit sa fille. On lui fit donner sa démission, et le rare fut qu'on lui donna une pension sur l'abbaye, qui n'est pas riche , dont elle alla vivre dans une autre à Paris, où elle en jouit encore à près de quatre-vingts ans (1). Segur a depuis perdu une jambe à la guerre, et on voit encore à son âge ce qu'il a été. Son fils a épousé une bâtarde de M. le duc d'Orléans , pendant la régence, dont il étoit maître de la garde*robe.
Dimanche 19, à Versailles. — M. le cardinal deNoailles harangua le roi le matin avec beaucoup d'éloquence, de dignité et de piété ; sa harangue reçut beaucoup d'applaudissements. L'après-dlnée M. l'archevêque d'Aix harangua aussi S. M., mais cette harangue-là n'étoit que pour faire au roi les compliments de l'assemblée sur la mort de Monsieur. — M. de Marsin arriva ici, et le roi l'entretint assez longtemps avant que d'aller à lâchasse; il partit de notre armée d'Italie le 9 de ce mois. Il rendit compte A S. M. de tous les postes que les Allemands et nous occupons sur l'Adige ; ils ont fait descendre quelques troupes jusqu'au-dessous de Legnago; nous y en avons fait des'^ cendre aussi> toujours l'Adige entre eux et nous. Nous oc^ cupons encore le poste de Rivoli ; M. de Catinat est audessous de Vérone à Cadi-David, vis-à-vis de Saint-Michel,
(i) Anne de BeauviUierâ, coadjutrice, puis abbesse de l'abbaye de la Joye près de Nemours , se retira dV^bord aux Bernardines d'Argenteuil , puis aux Bénédictines de Notre-Dame des Prés à Paris, où elle mourut le J5 février 1734, âgée de quatre-vingt-deux ans Saint-Simon écrit tUmc cette addition Ters
OÙ est le corps principal des Allemands , et nous avons des postes jusqu'à Carpi, qui est à deux lieues au-dessous de Legnago. Nous tenons plus de vingt-cinq lieues de pays comme les ennemis les tiennent, ayant tous nos postes vis-à-vis des leurs. Le roi fait marcher encore en ce payslà vingt bataillons. On avoit résolu, il y a quinze jours, de n'y envoyer que dix bataillons et huit régiments de cavalerie ; mais sur ce qu'a représenté M. de Marsin qu'on n'avoit quasi besoin que d'infanterie en ce pays-là, on n'y enverra que deux régiments de cavalerie et deux de dragons.
Lundi 20 , à Versailles. — L'après-dlnée le roi entendit les harangues du parlement, de la chambre des comptes, de la cour des aides, de la cour des monnoies et delà ville, et alla ensuite se promener à Trianon. Monseigneur et monseigneur le duc de Bourgogne partirent d'ici de grand matin pour aller courre le loup à Livry, d'où ils ne reviendront que mercredi, et iront tout droit à Marly. — Le roi donna le matin audience au comte de Couvonges, que M. de Lorraine a envoyé ici pour faire compliment au roi sur la mort de Monsieur. — M. le Prince, qui a la goutte depuis quelques jours, fit un effort pour aller au lever du roi remercier S. M. de la grâce qu'il lui avoit faite ces jours passés, et le roi lui en fit une nouvelle en même temps; car il n'avoit que V0,000 écus de pension, et il l'augmentera de 10,000 écus, afin qu'il en ait 50,000, qui est la pension du premier prince du sang. — Madame la duchesse de Bourgogne alla déjeuner dans le labyrinthe avec madame de Maintenon et plusieurs de ses dames ; ensuite elle alla à Trianon, où elle passa la journée, et le roi sur les huit heures lui donna une collation agréable où personne n'entroit et où les dames se servoient elles-mêmes.
Mardi 21, à Versailles. — Outre le conseil que le roi tint le matin à son ordinaire , il travailla l'aprèsdlnée avec M. le chancelier. Le soir il alla se promener dans
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plusieurs lK)squets de ses jardins et prit plaisir de faire voir à Vauban ses plus belles fontaines. — Il arriva un courrier de M. le maréchal de Catinat parti de son armée le 13; les choses y sont à peu près dans le même état du côté des ennemis et du nôtre que quand M. de Harsin en partit. Les^vingt bataillon» que nous envoyons en ce pays-là sont en marche. — Le roi donne à M. de Marsin la qualité d'ambassadeur extraordinaire, comme le ducd'Harcourtra; ilaura comme lui aussi ili*, 000 francs par mois pour sa dépense. A l'égard de son équipage , le roi veut qu'il en ait autant aussi que le duc d'Harcourt , et lui a dit de le commander, et S. M. payera tout. Le roi le mène ce voyage ici à Marly ; il y recevra ses derniers ordres et compte de partir dans douze jours. — La flotte angloise et hoUandoise est toujours à la rade de Spithead ; les vaisseaux qu'ils ont envoyés en Irlande pour y prendre l'infanterie angloise qui y est n'ont point encore reparu, et n'arriveront en Hollande apparemment qu'à la fin de juillet.
Mercredi 22 , à Marly. — Le roi choisit le matin M. le comte de Briorde pour remplir une des deux places de conseiller d'État vacante; j'étois le seul depuis assez longtemps. — Outre le conseil que le roi tint le matin, il tint encore conseil Taprès-dlnée avant que de venir ici. — M. le maréchal de Villeroy eut une longue audience de S. M. avant le conseil de l'après-dinée et il prit congé de S. M., qui lui dit môme : « Comme vous êtes encore incommodé de votre goutte, ne vous pressez point de partir de Paris; car selon les apparences nous n'aurons pas grand' guerre cette année du côté d'Allemagne. » Le comte de Tallard, qui doit servir sous lui, aura un petit corps séparé sur la Sarre , et S. M. a fait acheter de M. de Lorraine toutes les prairies de ce payslà pour cette année. — Madame la princesse et mademoiselle d'Enghien sont de ce voyage, et le roi leur a donné ici , dans le château , l'appartement de Monsieur et de
Madame^ où madame la duchesse d'Orléans n^a pas voulu se mettre; mademoiselle d'Enghien n'étoit jamais venue ici, et madame la, Pripcesse n'avoH pas souhaité d'y venir depuis la mort de mademoiselle de Condé.
Jeudi 23 , à Marly. — Le roi se promena tout le matin avec les dames, et leur fit voir le pavillon nouveau qu'il a fait faire auprès du nouveau mail et qui a été achevé en huit jours. Sur le soir, le roi, Monseigneur, madame de Maintenon et la duchesse de Guiche se promenèrent dans les jardins, et le roi leur fit voir la nouvelle cascade qu'il a faite du côté de TAgrippine. Avant que de se promener, le roi avoit couru le cerf dans son parc et fiE^it une fort belle chasse, où Monseigneur et monseigneur le duc de Bourgogne étoient. — M. Chamillart envoya le matin au roi des lettres qu'il avoit eues de M. le maréchal de Catinat ; les Allemands ont passé le bras de l'Adige qui leur donne l'entrée dans la Polésine de Rovigo ; cela les éloigne encore davantage du Milanois ; nous sommes sur le bord de l'autre bras de l'Adige qu'on appelle TAdigetto ou le Canal Blanc. — On mande d'Allemagne que l'empereur, pour contenter le prince Louis de Bade, qui prétendoit qu'il lui étoit dû beaucoup d'arrérages des appointements et pensions qu^il devoit toucher durant la dernière guerre, lui avoit cédé l'Ortenau en souveraineté et lui avoit donné des terres considérables en Hongrie. — On mande d'Angleterre que la chambre basse persiste à être fort opposée à h la chambre haute.
Vendredi 2k, à Marly, — Le roi se promena fort peu parce qu'il plut tout le jour; il fit une loterie pour les dames chez madame de Maintenon, où il y eut beaucoup de jolis lots. Madame la duchesse de Bourgogne ne sort quasi point; on est fort aise qu'elle ne s'agite guère présentement. — Le roi crée deux charges de directeurs des finances qui donneront chacune 800,000 francs, et dont les appointements iront à 80,000 francs. Les inten-
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dants des finances travailleront sous eux. Ils rendront compte de^toutà M. de Chamillart, et ils rapporteront au conseil des finances, devant le roi, les affaires que M. de Chamillart y rapportoit. On a choisi pour remplir ces deux places M. d'Armenon ville *, qui ne donnera que 400,000 francs et sa charge d'intendant des finances, qu'on supprime et qu'il avoit achetée <i'00,000 francs aussi; l'autre place de directeur est donnée à M. Rouillé, procureur général de la chambre des comptes, qui payera les 800,000 francs en entier. M. Pelletier cède sa charge à M. Desforts, son fils, qui en avoit la survivance depuis quelques mois, et le roi donne 10,000 francs de pension à M. Pelletier, qui continuera à travailler avec S. M, aux fortifications. On supprime la charge d'intendant des finances qu'avoit M. de Breteuil, à qui Ion donne 50,000 écus; la charge ne lui avoit rien coûté; ainsi il ne demeurera que quatre intendants des finances, et le roi aura 1,050,000 livres d'argent comptant.
* D'Armenonville estcelui qui depuis, dans la.régence d'Orléans, a été garde des sceaux. Il étoit frère de la femme de Pelletier, ministre d'État et contrôleur général des finances , qui le fit intendant des finances de révéque d'Aire, puis d'Orléans, après le cardinal de Coislin, et du P. Fleuriau, jésuite. Chamillart , surchargé de travail , demanda ce secours , qui en fut un aussi momentané pour les finances par celle que ces nouveaux directeurs payèrent.
Samedi 25, à Marly. — Le roi se promena tout le matin dans ses jardins et courut le cerf l'après-dlnée ; Monseigneur et monseigneur le duc de Bourgogne étoient à la chasse avec lui. — Il est arrivé un courrier de notre ambassadeur à Turin; il mande que les troupes de M. de Savoie dévoient joindre notre armée le 18 et que S. A. R. devoit y arriver avant la fin du mois. — Le roi avoit fait offrir à M. Pelletier par M. de Chamillart une des places de directeui's des finances , moyennant quoi on supprimeroit sa charge d'intendant des finances, dont son fils a la survivance; il a préféré l'intérêt de son fils
au sien propre, et on a été si content de sa conduite qu'on lui a donné les 10,000 francs de pension sans qu'il les demandât. — Le roi a choisi M. de Pomereu pour gouverner les affaires de Madame et régler les prétentions qu'elle a pour ses reprises, et régler avec M. le duc d'Orléans tout ce qu'il y peut avoir de litigieux entre Madame et lui. — Le pauvre M. Gourtin tomba en foiblesse à Paris; sa langue s'épaissit, mais il ne perdit point connoissance. L'abbé Aignan espère le tirer d'affaire malgré son grand âge.
Dimanche 2Q, à Marly. -^ Le roi alla à la messe de meilleure heure qu'à Tordinaire et puis revint se coucher pour prendre médecine. Monseigneur fit comme le roi et prit médecine aussi. L'après-dlnée le roi tint le conseil qu'il tient les matins. — Le traité pour la France et l'Espagne est conclu avec le Portugal. S. M. Portugaise a promis par écrit de le signer dès que les Espagnols lui auront accordé une petite chose qu'il demande, et les ordres . sont partis pour lui donner tout le contentement qu'il souhaite là-dessus. — M. le cardinal de Furstemberg sacra à l'abbaye de Saint-Germain M. l'abbé de Soubise, qu'on appellera présentement le coadjuteur de Strasbourg; la cérémonie se fit avec beaucoup d'ordre et de magnificence. — Le roi de Danemark a vendu six mille hommes de ses troupes à l'empereur, et l'on croit qu'il s'est engagé par un traité d'en donner douze mille aux Hollandois, qu'ils achètent bien cher. — M. de Souternon, qui menoit un de nos convois à Gueldres, a rencontré un convoi hollandois ; les commandants des deux convois se sont fait beaucoup de civilités l'un à l'autre, comme si nous étions les meilleurs amis du monde.
Lundi 27, à Marly. — Le roi se promena jusqu'à la nuit dans ses jardins. Avant que de sortir pour la promenade il avoit longtemps travaillé avec M. Pelletier, qui demeure toujours chargé des fortifications. Son fils a pris place aujourd'hui au conseil à Versailles comme inten-
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dant des finances. — M. de Chamillart vint trouver le roi à son retour de la promenade ; il lui apporta des lettres de M. de Catinat du 21 . Ce maréchal mande que les Impériaux sont toujours dans leur môme poste le long de FAdige; ils ont fait un pont au-dessous de l'endroit où cette rivière se sépare, mais ils n'y ont point encore f ait passer de troupes que celles qull faut pom» garder ce pont. Us attendent un détachement que Tempereur fait des troupes qu'il avoitsur le Rhin, qui ne peut arriver sur l'Adige que le 10 du mois qui vient , et nous comptons que des vingt bataillons que nous envoyons ej^ ce pays-là il y en aura douze d'arrivés au commencement du mois ; ces douze bataillons, joints aux quarante et un que nous y avons déjà, aux cinq bataillons espagnols et aux sept des troupes de M. de Savoie , feront soixantecinq bataillons outre les treize qui y arriveront encore avant la fin du mois de juillet.
Mardi 28, à Marly, — Le roi le matin tint conseil de finances à son ordinaire ; les nouveaux directeurs ne prendront leur séanceque mardi prochain à Versailles. L'aprèsdlnée S. M. courut le daim et au retour de la chasse il travailla avec M. de Pontchartrain. — Nos douze galères que commande le bailli de Noailles sont parties des côtes de Provence et vont joindre l'armée navale que commande le comte d'Estrées à Cadix. — On a envoyé ordre d'ici au marquis de Castel-Rodrigo, qui doit passer à Lyon, de s'y arrêter et de ne point continuer son voyage en Savoie jusqu'à ce qu'il ait reçu de nouveaux ordres. On n'est pas content ici de la lenteur avec laquelle marchent les troupes de M. de Savoie ; on les croit pourtant arrivées présentement à l'armée, maison petit nombre. — M. le duc d'Orléans travaille souvent à régler sa mçiison et ne prend aucune résolution sans en rendre compte au roi et avoir son approbation. — Mademoiselle, qui n'a que six ans, se trouva si mal à Saint-Cloud qu'on l'a crue morte pendant plus d'une heure.
Mercredi^dy àMarly. — Outre le conseil que le roi avoit tenu le matin à son ordinaire, il en tint encore un fort long après diner ; et sur les sept heures le roi et la reine d'Angleterre vinrent ici. Us furent quelque temps enfermés avec le roi, puis se promenèrent dans les jardins, et ensuite s'en retournèrent à Saint-Germain sans souper, le roi d'Angleterre n'étant pas encore en assez bonne santé pour se déranger. — On eut par la stafetille de Navarre des nouvelles de Madrid du 16 ; le duc d'Harcourt n'est pas encore en état de travailler aux affaires ; les médecins lui ont fait quitter le quinquina, qui l'échauffoit trop, et la fièvre lui est revenue depuis , mais intermittente. — Le roi Guillaume a harangué son parlement et l'a remercié des secours qu'il vouloit bien lui donner dans la conjoncture présente pour empêcher l'agrandissement de la France , dont la puissance devenoit exorbitante par son union avec l'Espagne , et en finissant sa harangue il leur a dit que la saison qui s'avance l'obligeroit à passer incessamment en Hollande pour veiller à leurs intérêts communs; ainsi on croit qu'il s'embarquera les premiers jours du mois. Ses équipages de chasse sont déjà arrivés à Loo.
Jeudi 30, à Marly, — Le roi dîna avant midi avec madame la duct^esse d'Orléans , madame la Duchesse et madame de Sforce, qui le suivirent ensuite à Saint-Germain, où le roi alla courre le cerf. Mesdames de Main tenon , dUeudicourt et de Dangeau y dînèrent aussi ; mais elles n'allèrent point à la chasse avec lui. On servit les tables pour madame la duchesse de Bourgogne et pour toutes les dames à l'heure ordinaire et comme si le roi y eût été. Au retour de la chasse, qui fut fort belle , le roi se promena dans les jardins jusqu'à la nuit. — M. de Torcy entra dans le cabinet du roi après son souper et lui apporta la nouvelle que le roi de Portugal avoit signé et ratifié le traité de ligue offensive et défensive avec la France et l'Espagne. Ce que S. M. Portugaise avoit à régler avec
les Espagnols étoit une prétention qu'il avoit qu'ils lui dévoient deux millions, et les Espagnols croyoient ne lui rien devoir et ne vouloient point entrer dans cette discussion ; c'est ce qui avoit retardé la conclusion de ce traité, qui sans cela auroit été fait il y a déjà trois mois, comme le bruit en courut en ce temps-là. M. Rouillé, notre ambassadeur et frère de M. Rouillé, nouveau directeur des finances, ayant le plein pouvoir d'Espagne comme de France, a réglé ces prétentions à 200,000 écus, que les Espagnols payeront en trois termes, dont le roi est garant aussi bien que de tous les traités de paix faits entre l'Espagne et le Portugal , ce qui assure pour longtemps le repos entre ces deux couronnes-là. Ce courrier partit de Lisbonne le 17 ; il arriva à Madrid le 23 ; le roi d'Espagne lui fit un présent en argent; ce courrier en repartit le même jour et laissa le duc d'Harcourt sans fièvre, ayant quitté le quinquina et mangeant de bon appétit. Le roi entretint longtemps M. de Harsin chez madame de Maintenon, et lui ordonna de revenir lundi à Versailles, parce qu'il le veut entretenir encore avant qu'il parte pour son ambassade de Madrid.
Vendredi V^ juillet, à Marly. — Le roi travailla l'après-dlnée jusqu'à cinq heures et puis monta en calèche avec madame la Princesse, madame de Maintenon et madame de Beauvilliers et prit plaisir à faire voir ses jardins hauts et bas à madame la Princesse. Sur les huit heures, il mit pied à terre ; Monseigneur et madame la duchesse de Bourgogne le joignirent, et il ne rentra qu'à la nuit. — Le courrier qui arriva hier au soir de Portugal a appointé à madame d'Épinoy la confirmation du roi d'Espagne sur le jugement que le roi avoit rendu en sa faveur au sujet de Thilé-Chàteau, dont M. le duc d'Havre étoit en possession ; cette affaire est de très-grande importance I)our madame d'Épinoy, parce que M. le duc d'Havre lui disputoit presque tous ses biens par la même raison qu'il fondoit ses prétentions sur Thilé-Chàteau. Il arriva un
courrier de M. de Catinat, parti du dimanche matin 26. Ce maréchal mande que les Allemands ont fait passer une partie de leurs troupes sur le pont qu'ils ont fait au-dessous de l'endroit où TAdige se sépare; ils avoient cent gros bateaux pour faire ce pont. Ce courrier a trouvé les équipages de M. de Savoie cinq ou six lieues par delà Turin.
Samedi 2, à Versailles. — Le roi revint ici à la nuit après s'être promené tout le jour à Marly. Monseigneur partit de Marly après la messe du roi et alla dîner à Meudon, où il demeurera jusqu'à mercredi. — Par lecourrier qui arriva hier de l'armée d'Italie, M. le maréchal de Catinat mande qu'il a fait un pont sur TAdige, auprès de Vérone , qui inquiète fort les Allemands, parce qu'il pourra par là couper leurs convois qui leur viennent de fort loin ; il y a sept bataillons de M. de Savoie qui sont déjà arrivés dans notre armée. — Le roi fait M. le comte de Marsin lieutenant général; il étoit très-ancien maréchal de camp. 11 y avoit eu même quelques-uns de ses cadets qui avoient passé devant lui. — Le roi a augmenté la pension du comte de Bielk, Suédois, qui est colonel réformé dans nos troupes. 11 avoit 1,000 écus; le roi double sa pension; il en aura 2,000 présentement. Il espère outre cela tirer quelque chose de l'argent que le roi veut faire payer à la ville de Dantzick pour dédommager ceux qui avoient soutenu les intérêts de M. le prince de Conty en Pologne et à qui les magistrats de cette ville avoient causé des pertes considérables.
l>imanche 3, à Versailles. — Le roi alla le soir se promener à Trianon, où il ira coucher mercredi pour y passer le reste de la semaine. — Le roi a donné à M. d' Armenonville le logement qu'avoit ici M. Chamillart dans le château avant que d'être contrôleur général des finances, et il adonné à M. Rouillé un beau logement dans le grand commun, qu'avoit feu M. le Nôtre. Le roi a donné à M. de Callières, secrétaire du cabinet, le logement dans le chà-
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teau qu^avoit ici le petit Bontemps^ à qui le roi en a redonné un plus commode. — On mande d'Angleterre que le roi Guillaume doit s'embarquer le 9 de ce mois, de notre style, qui sera samedi ; il doit, avant que de partir, proroger le parlement sans que l'affaire des quatre seigneurs accusés soit réglée. — On mande de Vienne que le comte Ernest de Staremberg est mort ; c'étoit lui qui avoit défendu Vienne en 1693. Il étoit président du conseil de guerre, et le prince Louis de Bade a toujours souhaité cet emploi, qu'on parle de donner au comte de Mansfeld, ce qui poùrroit bien rebrouiller tout de nouveau le .prince Louis à la cour de l'empereur.
Lundi 4, à Versailles. — Le roi travailla l'après-dlnée avec M. Pelletier et puis alla tirer; l'orage le fit revenir de bonne heure. — M. le comte de Briorde prit sa place au conseil comme conseiller d'État d'épée, et M. Rouillé l'y prit comme directeur des finances. — Madame la duchesse de Bracciano, qu'on appelle présentement la princesse des Ursins, a été nommée par le roi d'Espagne pour aller quérir à Turin la princesse de Savoie, qu'il doit épouser; elle l'amènera jusqu'à Madrid. Le voyage se fera par mer, et le roi d'Espagne viendra recevoir, dit-on, sa nouvelle épouse jusqu'en Aragon. — Par les dernières lettres qu'on a de Vienne , on apprend que les troupes nouvelles que l'empereur veut envoyer en Italie ne pourront arriver en ce pays-là que vers le 20 août ; ainsi nous y serons toujours les plus forts , car nous y aurons avant ce temps-là soixante-dix-huit bataillons , et les vingt escadrons nouveaux que nous y envoyons y seront aussi avant la fin du mois.
Mardi 5, à Versailles. — Outre le conseil que le roi tint le matin, il travailla l'après-dinée avec M. de Pontchartrain, et sur les six heures il alla tirer. Monseigneur le duc de Bourgogne alla voir Monseigneur à Meudon et passa la journée avec lui; il ne revint que pour le souper du roi. — Les brigadiers de l'armée d'Allemagne ont or-
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dre de partir incessamment. — Les deux directeurs des finances prirent place le matin au conseil royal. — Il est venu des lettres à des particuliers par le dernier courrier de M. deCatinat, qui portent que le prince Eugène de Savoie a reçu de pleins pouvoirs de Fertipereur pour agir el traiter avec la France et l'Espagne ; cependant il ne parolt pas que rien tourne à la paix de ce côté-là. Les Allemands songent à faire un pont sur le Pô pour passer du côté de Ferrare, et M. de Catinat a fait passer des troupes pour occuper le poste de la Stellata, qui est à l'endi*oit où le Pô se sépare. M. le nonce, qui a vu le roi ce matin , assure fort que le pape ne laissera point entrer les troupes de l'empereur dans Ferrare ni dans aucune ville de l'État ecclésiastique.
Mercredi 6, à Trianon, — Le roi partit de bonne heure de Versailles pour venir ici, où il fera un plus long séjour qu'on ne l'avoit dit d'abord; il n'en pcartira que lundi pour aller droit à Meudon , d'où il reviendra encore ici avant que d'aller à Marly. Il fait accommoder à Versailles Tappartement où il couche, et il sera du moins six semaines sans y retourner. Monseigneur revint ici de Meudon, d'où il repartira samedi pour retourner à Meudon, où il attendra le roi. Madame la duchesse de Bourgogne fait coucher ici une des dames du palais, et c'est la comtesse d'Estrées qu'elle a choisie pour cela. — Les dames de la cour ne viendront point dîner ici comme les autres voyages; on en retiendra plusieurs pour y souper, et il y aura deux grandes tables comme à Marly. — Le roi a donné à la princesse de Montaubaii le logement à Versailles qu'avoit M. Rose, secrétaire du cabinet; ce logement est dans la cour des secrétaires d'État au-dessus de M. de Meaux. — On mande de Londres que le départ du roi Guillaume est encore différé de quelques jours. La conclusion de notre traité avec le Portugal les a fort surpris et affligés en Angleterre .
Jeudi 7, à Trianon. — Le roi se promena ici tout le jour
dans les jardins, qui sont plus beaux que jamais. Parmi les dames qui ont soupe aujourd'hui avec le roi, il y avoit madame la marquise de Brancas, qui étoit venue sur le compte de madame la duchesse de Bourgogne. — M. le chevalier de la Fare , frère de laFare, capitaine des gardes de feu Monsieur, est mort à Marseille ; il étoit un des plus anciens capitaines de galères. — Le roi se trouve ici mieux et plus commodément logé qu'en aucune de ses maisons. — M. de Salins, lieutenant des vaisseaux et fils de feu Salins qui étoit lieutenant des gardes du corps, a acheté la charge de secrétaire du cabinet ; il en donne 200,000 francs au président de Chàteauregnard, qui avoit ordre de s'en défaille il y a longtemps. — M. le comte de Guiscard, notre ambassadeur en Suède et qui est présentement à Lais auprès de S. M. Suédoise, a obtenu son congé ; on ne parle point encore de renvoyer un autre ambassadeur en sa place. — Depuis le commencement de ce mois les louis d'or ne valent plus que douze livres et les écus blancs trois livres cinq sous.
Vendredi 8, à Trianon. — Le roi sortit sur les cinq heures pour aller tirer. Monseigneur et monseigneur le duc de Bourgogne jouèrent au mail. Madame la duchesse de Bourgogne alla sur les sept heures les voir jouer, et après le coucher du roi elle s'embarqua sur le canal avec lieaucoup de dames ; elle ne se coucha qu'après avoir vu lever le soleil. On continue toujours à espérer qu'elle est grosse. — Il arriva un courrier de M. de Catinat, parti du 3 de ce mois ; ce maréchal mande que les Impériaux ont fait passer le Pô à sept ou huit cents chevaux sur une manière de pont volant, car ils n'ont point de ponts sur cette rivière. M. de Catinat fait un pont véritable à Ostiglia et a envoyé toute la garnison que nous avions dans Mantoue se saisir du poste de la Stellata, qui est l'endroit où le Pô se sépare en deux , et sur la dernière de ces deux branches est la ville de Ferrare. On a remis pour garnison dans Mantoue les cinq bataillons des milices
de Languedoc qui venoient d'arriver. Le poste de la Stellata occupé et le pont fait à Ostiglia pour pouvoir passer toute notre armée pourront bien empêcher les Allemands de songer à faire passer le Pô à toutes leurs troupes. Nous avons encore huit bataillons, outre les cinq de Languedoc, qui doivent être arrivés présentement.
Samedi 9, à Trianon. — Le roi alla Taprès-dînée se promener à Marly et n'en revint qu'à huit heures. Monseigneur partit d'ici à cinq heures du matin , alla courre le loup dans la forêt de Sénart et alla coucher à Meudon , où il attendra le roi. Madame la princesse de Conty y alla, coucher, et cela fit que madame la duchesse de Bourgogne retint ici un plus grand nombre de dames à souper. Monseigneur le duc de Berry vient ici toutes les aprèsdinées; il y soupe avec le roi, mais il n'y couche point. M. le duc d'Orléans y vient aussi tous les jours, soupe avec le roi et retourne coucher à Versailles. Il a retenu pour son confesseur le P. du Trévoux, qui étoit confesseur de Monsieur, et a pris pour son premier médecin le jeune Dodart, à quiil donne 2,000 écus de pension. Il laisse 4,000 firaincs de pension à du Chénay, qui étoit premier médecin de Monsieur, et le jeune Dodart garde 4,000 francs qu'il avoit comme médecin de Saint-Cyr et de la ville de Versailles. — M. le chevalier de Lorraine a donné au roi sa meute, et le roi garde tous les chasseurs qui servoient dans cet équipage.
Dimanche 10, à Trianon. — Le roi donna le matin audience aux députés de l'assemblée du clergé qui finit; ce fut l'archevêque d'Alby qui porta la parole. — Pendant que le roi étoit à table à dîner, M. de Duras lui apporta une lettre de TEstrade, qui sert auprès du roi d'Angleterre ; il mande que S. M. B. avoit eu une grande défaillance. Le roi y envoya Lou vain, un de ses écuyers, qui trouva le roi d'Angleterre mieux; on espère; que ce ne sera rien. — Le président le Bailleul*, le père, mourut à Paris subitement; il se coucha en bonne santé; on le trouva mort
tm JOUaiSAL DE dabgeâu.
le leDdeoMÛn dam ^â*u Ui. — M* k manittkde liAMnsi, fils de feu M. GoUiefi , a l'iigréiiieiit da roi pour la lîeiiieaaAce des ebevaii4égefs d'Anjou^ que le roi a taxée à i3iy<MM) francs î e'esl Ségnr qui la vend pour acbeier de Tallard le gomreraeinent de Foîx. U. de Linières étoît sous^ Ueuienant dans la ge0dannerie4 et Teadia sa charge du moins S0>000 écus. — M. de Vassë épousa la fille de M. le Premier; la docé* se fit à Paris chez le père de la mariée.
* Ce préadnii té Bailleul kcîii éïà 3û siirintebdâlit d» fiûaiiÉ^ et ftêre de b mère db maréchal d'Hb\c41es et de Sahit«Gerrbàâi'Benipté^ (kwL ftfiiiii»de iM^dooup d'esprit, bdJ«s ti pksttiH en leur mips, el qllM jtiaqii'à leur vieilcse, avoîeol consené beaueoop d'aoïB. Le présîdeiit étoil un fort honoéte homme et fort tiomme de bi^n ^ qui di oit doiiiitf sa cfaarjge à son fils , et iiToit retire â SaÎDt- Victor dans ta piété ^ et ai oit aussi conservé beatieolip d^amîs. Son ûh êldit uu trèspauvre hodnne , et son pettt-fiU tin misérable qio à tendu sa efaar|^.
Lundi îi, à Meudon, — Le roi partit de Trianon après sou dlaer. 11 passa à Versailles; il alla voir jftadame. 11 travailla quelque temps chez lui avec UM. Pelletier et Vauban, et donna beaucoup a^ordres pour rappartement où il couche et qu'il Tait changer. 11 arriva ici avant la nuit. Monseigneur le duc de Bourgogne et madaiiie la duchesse de Botu*gogne avoient aussi passé à Versailles et y avoient vu Madame. — Il arriva le matin à Trianon un courrier parti de Madrid le 2 de ce mois, La santé du duc d'Har^ court se rélabliL Le roi d'Espagne envoie le collier de la Toison à monseigneur le duc de Berry et à S. le duc d'Orléans , comme aux deux seuls princes de France qui puissent avoir droit à sa succession. S. M. G, enverra aussi dans quelques jours cet ordi^e à quelques seigneurs franeois qu'on ue veut |>oint encore nommer. — Le vieil bonhomme Etirlillat mourut à Paris ; il avoit quatre-vingtdouze ans. U a\ oit été trésorier de la reine mère et depuis gurde du trésor royal par commission, avec beaucoup de réiuilaiioii il'iiitégrîté el de désintéressement.
Mardi 12, à Mfiulim, — Le roi travailbi le matin avec
M. de Pontchartraiu, et Taprès-dlnée il tiftt conseil dé fiilailces , et puis alla se promener dans les jardins avec madame la duchesse de Bourgogne, madame deMaintenon et les dames du palais. Monseigneur étoit à cheval à Tentour de la calèche du roi, et monseigneur le duc de Bourgogne jouoit au mail. — Le soir le roi donna à Blécourt, qui est en Espagne auprès du duc d'Harcourt, le gouvernement de Navarreins, qui vaut 7,800 livres de rente. Blécourt demandoit pour toute récompense de ses services une pension deâ,000 écus ; ainsi il a mieux qu'il ne demandoit. Le gouvernement de Navarreins vaquoit par la mort d'AHagnan, qui avoit plus de cent ans. — On eut des nouvelles d'Angleterre; le parlement est prorogé jusqu'à la fiii d'août. Le roi Guillaume de voit partir le 11, qui étoit hier, et l'on mande qu'il passe en Hollande en intention de nous déclarer la guerre en y arrivant. On écrit en môme temps qu'il a les jambes ouvertes et que son mal augmente tous les jours.
Mercredi 13, à Meudon, — Le roi tint conseil le matin et travailla Taprès-dlnée avec M. de Chamillart. Monseigneur joua l'après-dlnée au brelan avec madame la Duchesse. Monseigneur le duc de Bourgogne alla courre le daim dansleboisde Boulogne avec les chiens de M. le comte de Toulouse. Sur les sept heures, le roi alla se promener avec madame la duchesse de Bourgogne, madame de Maintenon et les dames du palais. Monseigneur le duc de Bourgogne alla souper chez M. le comte de Toulouse. — Il arriva un courrier de M. de Catinat parti le 8 au soir d'Ostiglia^ où ce maréchal est campé. Il mande au roi que les ennemis font filer leurs troupes vers le bas de l'Adige, et que celles qui ont déjà passé cette rivière s'avancent vers le bas du Pô, où ils font un pont, à peu près à la hauteur de Ferrare ; il y a entre eux et nous des ruisseaux et des marais impraticables. — Le roi a donné tous les logements vacants à Versailles. Le cardinal de Coislin a celui du cardinal de Bouillon, et M., de Metz celui qu'avoit
M. le cardinal de Coislin y son oncle. Madame d'Elbeuf a celui qu'avoit madame d'Épinoy ; madame la maréchale de Clérembault celui qu'avoit M. de Souvré; madame la comtesse de Beuvron celui qu'avoit M. du Chesne. Ces deux logements sont fort près de rappartement de Madame, qui les avoit demandés pour ces deux dames4à. Madame, d'Épinoy a la moitié de Tappartement bas qu'avoit M, Chamillart avant que d'être secrétaire d'État ; l'autre moitié est donnée au duc de la Roche-Guy on. M. Pelletier a la moitié de l'appartement de madame Chamillart, au-dessus de madame d'Épinoy; et la duchesse de Villeroy a l'autre moitié, au-dessus de M. de la Roche-Guyon. M. de Souvré et les deux Bontemps ont les logements au-dessus de M. Pelletier et de la duchesse de Villeroy, — L'abbé Petit, conseiller de la grande chambre, est tombé, à Paris par sa fenêtre et s'est tué tout roide; il a laissé 100,000 écus d'argent comptant en espèces. — L'argent est présentement à Paris sur la place si commun qu'on le donne à six pour cent. On fait payer tous les officiers de la maison du roi et toutes les pensions.
Jeudi 14, à Meudon, — Le roi se promena tout le matin dans les jardins bas, etl'aprèîs-dlnée sur les quatre heures il partit seul dans sa calèche et alla à Paris aux Invalides. Monseigneur étoit parti avant le roi et Ty attendoit. Madame la duchesse de Bourgogne, dans un carrosse du roi, marchoit avant la calèche où étoit S. M. Ils mirent pied à terre dans la place qui est devant le dôme ; ils demeurèrent longtemps dans Téglise en admirant l'architecture, qui est la plus belle que nous ayons en France. Ensuite on alla dans la maison, où l'on vit manger les Invalides. Le roi en repartit à sept heures pour venir ici (1) . Monsei-
(1) » Le jeudi 14 de ce mois^ le roi, qui pour lors étoit à Meudon, Tint Toir pour la seconde fois Téglise des Invalides. Monseigneur, monseigneur le duc de Bourgogne , madame la duchesse de Bourgogne et plusieurs dames de sa suite l'y accompagnèrent. Sa Majesté y arriva avant cinq heures par
^eur et monseigneur le duc de Bourgogne le suivirent. Madame la duchesse de Bourgogne alla des Invalides aux Petites Carmélites, qui en sont fort près, et puis alla au cours, où elle ne fit qu'un tour; elle revint ici à dix heures. — Il arriva un courrier d'Espagne qui n'a demeuré que sept jours à venir de Madrid ici. Le duc d'Harcourt continue à se porter mieux ; il commence à dicter et à signer. Ce courrier apporte les Toisons pour monseigneur le duc de Berry et M. le duc d'Orléans. M. de Marsin part pour cette ambassade et emporte deux lettres de créance. Tune comme ambassadeur extraordinaire et l'autre comme courtisan honoré de la confiance du roi ; il
le grand portail de la nouvelle église. Elle descendit de carrosse à plus de cent pas de ce portail , afin d'en voir la façade de loin comme de près. EUe passa entre deux files d'Invalides sous les armes avec leurs officiers, et tambour battant, et fit remarquer la grandeur et la richesse de l'architecture à toute la compagnie. Ensuite Ton entra dans l'église dont au premier coup d'œil tout le monde parut étonné, et demeura d'accord qu'il n'y avoit rien en France d'aussi superbe en ce genre, de bâti avec tant de propreté et d'enrichi d'aussi belle sculpture. La coupe surprit infiniment , et Ton en admira la hauteur, les proportions et les bas-reliefs. L'on s'arrêta dans les chapelles, qui ne sont pas moins décorées de sculptures ni bâties avec moins de propreté. Le roi fit remarquer la beauté des marbres dont le tout est pavé. Le grand autel, qui sert aussi à l'ancienne église qui se voit derrière, n'est encore qu'un modèle sur lequel on n'est pas tout à fait déterminé. Le roi dit tout haut que les colonnes en dévoient être de marbre noir, et qu'elles seroient entortillés de festons de bronze doré, et que les chapiteaux et les bases seroient aussi de même matière. 11 ajouta qu'il étoit aisé de juger de quelle magnificence seroit cette église lorsqu'on l'auroit entièrement achevée, et que la coupe et les chapelles seroient peintes. Après qu'on eut bien examiné cet édifice, Ton tourna par derrière l'autel, et Sa Majesté marcha le long de la vieille église et entra dans la maison. Elle monta dans les corridors au premier et an second étage. Les dames se reposèrent quelque temps dans la salle des comptes et suivirent ensuite le roi au réfectoire, qui y vit souper un grand nombre d'Invalides. Il examina leur pain et les viandes qui leur étoient servies. Au sortir du réfectoire, il alla voir l'apothicairerie, et se promena dans les salles de l'infirmerie, dans lesquelles il n*y avoit point de malades. On lui fit voir dans un lit un Invalide de cent quatre ans en bonne santé. Le roi remonta en carrosse dans la seconde cour, et partit au bruit des tambours et des trompettes passant entre deux doubles files de soldats sous les armes dans l'avantcour. » (3fercttre de juillet, pages 160 à 16^.)
ne prendra point la qualité d^ ambassadeur tant que M. le duc d'Harcourt sera eu état d'agir. U croit qu'il servira mieux S. M. n'ayant point de caractère ; c'est lui-même qu'il l'a proposé, et on a approuvé sa proposition. — Pendant que le roi étoit aux Invalides, on apporta des lettres à M. de Chamillart, que le roi lut avec Monseigneur dans la chambre des archives; nous n'avons point su oe que c'étoit que ces lettres-là. — U y a des lettres d'Espagne qui portent que madame de Bracciano, après avoir mené la reine en ce pays-là, y demeurera avec la charge de camerera-major, qui est comme dame d'honneur ici.
Vendredi 15, à Meudon, — Le roi travailla le matin avec M. le cardinal de Noailles et puis avec le P. de la Chaise. L'après-dlnée il courut le cerf dans le parc de Chaville avec les chiens que lui a donnés M. le chevalier de Lorraine, et au retour de la chasse il régla avec M. de la Rochefoucauld tout ce qu'il falloit pour cette augmentation à l'équipage. Monseigneur et monseigneur le duc de Bourgogne étoient à la chasse. Le roi propose de joindre les deux parcs de Meudon et de Chaville, ou de ne les laisser séparés que par un fossé et d'en abattre la muraille qui sépare les parcs. — Le roi a donné ordre à M. le maréchal de Villeroy de niarcher vers la Moselle avec la plus grande partie de Tarméq qui est sous ses ordres. M. de Tallard y est campé il y a déjà un mois; on croit que M. le maréchal de Villeroy descendra vers le bas Rhin, où nous aurons plus de troupes ennemies à nous opposer que vers le haut Rhin. — On mande de Vienne qu'on donnera la charge de président du conseil de guerre au comte de Mansfeld, qui^ nous avons vu en France et qui epsuite fut ambassadeur en Espagne.
Samedi 16 , à Versailles, — Le roi repartit de Meudon le soir pour revepir ici, où il es|t logé dg-Qs son grand, appartement. On ne passe plus par la galerie. Madame la duchesse de Bourgogne demeura jusqu'à neuf heures à Meudon avec Monseigneur et revint ici, laissant Monsei-
JUILLET 1701. thi
gneur, qui doit aller demain à Saint-Maur pour y être jusqu'à mercredi. Madame la Duchesse y est allée pour Py recevoir. — Sur les neuf heures, }!. Chamillart alla apprendi'e au roi qu'il étoit arrivé un officier de dragons du régiment d^ Albert qui vient de U part de Bourgneuf , son lieutenant- colonel, qui demande ce régiment au roi, le chevalier d'Albert ayant été tué dans une action qui s'est passée le 9 de ce mois entre FAdige et le Pô, à Garpi. On ne sait encore aucun détail de cette affaire, car il n'Qst point arrivé d'autre courrier. G'étoit Saint-Frémont, maréchal de camp, qui campoit à Garpi avec cinq régiments de cavalerie ou de dragons, et de la manière que parie l'officier qui en est arrive, les Allemands ont attaqué ce poste avec cinquante escadrons , de Finfanterie et du canpn; on l'a défendu longtemps, majs enfin nos troupes, après avoir fait des merveilles, ont été obligées de céder. Dimanche 17, à Versailles. — Outre le conseil que le roi avoittenule matin, i} travailla encore toute Faprès-dlnée et ne sortit qi|e sur le soir pour prendre Fair. — il arriva un courrier de M. le maréchal de Catii^at, parti jie l'armée trente heures après Faction qui se passa le 9. M. du Cambput,bMgadierdedragQns,etM. le chevalierd^ Albert, Golonelde dragons, fils de M. de Ghevrpuse, y ont |àté tués ; le régiment d'Albert y a fort souffert ; outre le colonel ils y ont perdu six capitaines ei^ pied et huit réformés et beaucoup de subalterne^. H. de Tessé arriva au commencement de l'affaire, fit charger les dragons Fépée à la m^in ; ils allèrent par sept fois à la charge et repoussèrent toujours les ennemis; mais enfin Finfanterie et le canon que les Allemands firent passer un fossé, et qui nous prenoient par les flancs, obligèrent nos troupes à se retirer, mais eu bon ordre et san$ que les ennemis nous inquiétassent daps la retraite. Le prince Eugène de Savoie a été blessé dans cette occasion-là , et ils ne savent ce qu^est devfenu Palfi, un de leurs meilleurs officiers. Vos troupes ont fij-it voir toute la valeuc imaginable. Le eomte de Tessé et
Saint-Frémont, maréohaux de camp^ y ont parfaitement bien fait à leur ordinaire, et les ennemis auroient tort de se glorifier de ce petit succès-là. — Le roi a donné le régiment qu'avoit le chevalier d'Albert à M. le vidame d'Amiens, son frère, qui en avoit un d'infanterie, et le régiment de du Cambout à M. de Givaudan , colonel de dragons réformé et fort estimé dans le corps. — Il arriva un courrier d'Espagne au roi qui apporta une lettre de S. M. G., par laquelle elle lui mande qu'elle a fait le marquis de Castel dos Rios grand d'Espagne. En même temps le roi donna ordre à M. de Torcy de lui mandei* de venir ici. Xe soir, quand il entra chez le roi, S. M. lui dit : « M. l'ambassadeur, enfin l'affaire est faite ; le roi mon petit-fils me mande qu'il vous a fait grand. » Le détail de la grandesse n'est point encore expliqué , mais apparemment c'est une grandesse qu'on veut qui passe à ses enfants. L'ambassadeur a dit au roi en le remerciant : « Sire, je suis grand d'Espagne, mais je suis grand d'Espagne de France, car c'est aux bontés et à la protection de Votre Majesté que je dois cet honneur. »
Lundi 18, à Versailles. — Le roi alla l'aprè&Kiinée se promener à Marly. Monseigneur, qui est à Saint-Maur, y courut le loup; monseigneur le duc de Bourgogne est avec lui. — On apprit le soir que le roi Guillaume étoit arrivé en Hollande ; il débarqua jeudi au matin à Orange- Polder et alla le soir coucher à la Haye. — M. du Cambout, qui a été tué à l'affaire de Carpi, avoit un petit gouvernement dans son pays, qui vaut 1,000 écus de rente ; le roi l'a donné à son fils et Ta fait capitaine de dragons ; ce fils est fort jeune et ne fait que d'entrer dans les mousquetaires. — Le connétable Colonne s'est mis en devoir de présenter au pape la haquenée , comme il a accoutumé de la présenter pour le roi d'Espagne. Le pape n'a point voulu la recevoir ; il a pris acte du refus du pape. — M. de Villars, notre envoyé à Vienne, a permission de revenir ici , et l'on croit que M. d'Avaux aura
bientôt la même permission ou le même ordre. Le comte de Zinzendorf croit aussi tous les jours recevoir le même ordre.
Mardi 19, à Versailles. — Le roi sortit à sept heures et alla tirer. Monseigneur le duc de Bourgogne revint de Saint-Haur, d'où Monseigneur ne partira que demain pour aller droit à Mârly . — M. d'Avaux mande qu'il a vu le roi Guillaume à la Haye, qu'il en a été très-bien reçu, que ce prince ne lui a parlé que de paix, lui répétant plusieurs fois qu'il étoit vieux et fort incommodé et qu'il ne devoit songer qu'au repos; malgré ces discours-là, on croit qu'il ne songe qu'à la guerre, et M. d'Avaux revient incessamment. — Les officiers généraux de notre armée d'Allemagne, dont il y en avoit plusieurs qui étoient encore restés ici, out ordre de se tenir prêts à partir; quelquesuns ont voulu prendre congé du roi, qui leur a dit qu'ils pouvoient encore demeurer dix ou douze jours. — Churchill, qui a été fait milord comte de Marlborough, a suivi le roi Guillaume, qui le fait son plénipotentiaire pour la paix. — Les troupes danoises que les HoUandois ont achetées sont en marche; il y a déjà cinq mille Anglois d'arrivés, et nous comptons [que] toutes leurs troupes jointes ensemble feront près de cent mille hommes ; mais elles ne pourront pas être jointes sitôt.
Mercredi 20, à Marly. — Outre le conseil du matin à l'ordinaire, le roi travailla encore longtemps l'aprèsdlnée à Versailles avant que de venir ici, et alla voir Madame avant que de travailler. Madame sera du voyage ; mais elle ne viendra que dimanche, parce qu'elle ne veut point paroltre que le service de Monsieur ne soit fait, et il ne se fera que samedi — Monseigneur revint ici tout droit de Saint-Maur avec madame la Duchesse. — Le matin à Versailles le roi nomma pour chef d'escadre des lies de PAmérique Ducasse, ancien officier qui commande depuis longtemps aux habitations que nous avons dans l'Ile de Saint-Domingue. — ^ Mademoiselle de Croissy se marie à
M. le marquis de Renel, delà maison de Clermont d'Amboise et dont le père fut tué à Cambray étant lieutenant général et mestre de camp général de la cavalerie. Le garçon en se mariant aura âî, 000 livres de rente en fonds de terre, et est capitaine de chevau-légers ; la demoiselle a une pension du roi de 4,000 francs; madame de Groissy, sa mère, la nourrira durant quelques années, et on lui donne 40,000 écus d'argent comptant.
Jeudi 21, à Marly. — Le roi se promena le matin dans ses jardins avec mesdames de MaintenoQ, d'Heudicourt et de Dangeau. L'après-dlnée S. M. courut le cerf dans son parc. Monseigneur et M. le duc de Bourgogne étoient à la chasse, et monseigneur le duc de Ben?y y vint de Versailles. — M. le marquis de Rochefort mourut à Paris après une longue et cruelle maladie ; il n^avoit jamais été iparié. Madan^e de Blanzac, sa sœur, est son unique héritière, et la succession est considérable ; il avoit une pension de 2,000 écus comme courtisan attaché à Monseigneur, qui est ce qu'on appelle ordinairement menin. — M. le premier président a acheté de M. de Villequier la terre de Grosbois près de Paris ; il lui en donne 50,000 écus ; cette terre avoit été autrefois à MM. de Harlay ; ainsi M. le premier président a le plaisir de la faire rentrer dans sa maison. — Le roi a donné une gratification de 2,000 francs à des AUeurs, son envoyé auprès de l'électeur de Cologne. Le roi en donne presque tous les ans à la plupart de ses envoyés, pour peu qu'ils aient occasion de faire la moindre dépense extraordinaire.
Vendredi 2^ , à Marly. — Le roi se promena le matin dans ses jardins avec mesdames de Maiqtenon , da Gramont et de Dangeau. L'après-dlnée il sortit avec madame la duchesse de Bourgogne et toutes ses dames. Il défenr dit que les courtisans le suivissent, et dans un de ses petits bosquets il fit une loterie de fort jolis bijoux. Madame de Maintenon gagna le gros lot ; elle le redonna à tirer, et la duchesse ^e Sully le gagna. Le vol rentra apvès la lo-
térie et ressortit sur les sept heures ; il alla dans le bos* quet où est le jeu des passes et y joua avec Mi le duc d'Orléans et quelques courtisans. — L'empereur veut mettre au ban de l'empire M. le duc de Mantoue et ses deux principaux ministres pour avoir pris le parti de la France et de TEspagne contre lui ; il traite cette action de félonie, et donne la confiscation de ses États au prince Eugène de Savoie, qui commande l'armée impériale en Italie. Tous les princes d'Italie et les princes d'Allemagne même auront raison de trouver cette procédure-là fort injuste et fort violente.
Samedi 23, à Marly. — Le roi se promena tout le matin et toute l'après-dlnée dans ses jardins; il nous dit à sa promenade qu'il n'imaginoit plus de pouvoir faire aucun embellissement à Marly, le lieu étant fort petit et aussi oi^né qu'il est. Monseigneur courut le loup et fit une fort belle chasse ; il couroit dans la forêt de Saint-Germain, qui est plqs belle que jamais par toutes les routes qu'on y a faites. — Monseigneur le duc de Bourgogne partit d'ici de grand matin et arriva à Saint-Denis avant neuf heures ; monseigneur le duc de Berry y étoit déjà arrivé de Versailles, et M. le duc d'Orléans, où il avoit couché [sic]. Le service de Monsieur commença bientôt après. M. deSeignelay portoit la queue du manteau de monseigneur le duc de Bourgogne, et M. de Chiverny portoit le milieu du manteau. M. de Saumery portoit la queue du manteau de monseigneur le duc de Berry, ^t M. de Razilly le milieu. M. de Cayeux portoit Je bout de la queue de M. le duc d'Orléans, et M. d'Apremont en portoit le milieu. M. de Dénon ville marchoit auprès de monseigneur le duc de Berry comme son gouverneur, en l'absence de M. le duc de Beauvilliers, qui est à Forges. L'archevêque de Bordeaux officia, assisté des évèques de [ Soissons et de Marseille ] .
Dimanche 24, à Marly. — Le roi tint conseil le matin à son ordinaire, et Taprès-dinée il alla j|k SaintrGermaiq
voir le roi et la reine d'Angleterre. La santé du roi d'Angleterre est un peu meilleure, mais ce n'est pas une santé sur laquelle on puisse compter. — M. le duc d'Orléans a demandé au roi pour M. de Cayeux une place dans l'Ordre à la première promotion, et le roi a trouvé bon qu'il le choisit pour avoir cet honneur-là. — Le nonce du pape qui esta Vienne s'est plaint à l'empereur du désordre que les troupes impériales ont fait dans les terres de l'Église, et ajoutant même que s'il ne les faisoit cesser promptement Sa Sainteté y chercheroit les remèdes les plus convenables, mais qu'il espéroit que S. M. I. lui donneroit sur cela toute la satisfaction qu'il pouvoit désirer. — M. de Savoie écrit au roi du 20 de ce mois, qui étoit mercredi , qu'il partiroit sans faute de Turin le samedi, ou tout au plus tard le dimanche, pour aller se mettre à la tète de notre armée d* Italie, et sa lettre est écrite en termes si forts et positifs qu'on ne doute pas qu'il n'y soit arrivé présentement. Le reste des troupes qu'il avoit promis de donner sont en marche. — Madame vint ici de Versailles l' aprèsdinée ; elle soupa avec le roi, et sera ici le reste du voyage. Lundi25j à Marly, — Outre le conseil que le roi tint le matin à son ordinaire , il travailla l'après-dlnée avec M. Pelletier auxfortifications, et puis avec M. dePonchartrain aux affaires de la marine. — Il arriva le soir un courrier de M. de Catinat, parti du 19. Ce maréchal est campé sur le Mincio, sa gauche à Goïto; sa droite s'éloigne un peu de la rivière et couvre Mantoue. Nous occupons encore par des postes éloignés Ostiglia sur le Pô. Les ennemis sont dans le Véronois ; ils ont leur droite à Villafranca, et leur gauche le long des marais du Menago, évitant le combat autant qu'ils peuvent. Ils avoient jeté un pont sur le Pô qu'ils ont rompu. Ils font courre le bruit dans leur armée qu'ils veulent passer le Hincio; en ce cas-là il nous seroit aisé de les combattre, et nous sommes beaucoup plus forts qu'eux; mais s'ils demeurent dans le poste oùilssont présentement, on ne pourrit pas lesy atta«
quer, et il y a des lettres qui portent qu'ilss'y retranchent. n faut convenir que depuis qu'ils sont entrés en Italie ils ont fait de belles marches (1) .
Mardi 26, àMarly. — Le roi tint conseil de finances le matin à son ordinaire, et Taprès-dlnée il alla courre le cerf dans la forêt. Monseigneur et monseigneur le duc de Bourgogne étoient à la chasse ; monseigneur le duc de Berry y vint de Versailles. Après la chasse il y eut grande collation dans la forêt. Madame la duchesse de Bourgogne partit d'ici sur les six heures avec madame de Maintenon et beaucoup de dames , et arriva à la fin de la chasse. Madame la Duchesse avoit été de la chasse, ayant dans sa calèche mademoiselle de Bouillon et madame la duchesse d'Humières. Madame la princesse de Conty vint pour la collation et amena beaucoup de dames avec elle. Madame alla le matin au sortir du conseil chez le roi en mante avec madame la duchesse d'Orléans, et l'aprèsdlnée, avec ce même habillement, elles allèrent à Saint- Germain voir le roi et la reine d'Angleterre. — Le soir il arriva un courrier du maréchal de Villeroy, et on donna ordre à tous les officiers généraux qui doivent servir dans son armée, dont il y en a encore plusieurs ici ou à Paris, de partir incessamment pour se rendre à Limbourg les premiers jours de la semaine prochaine.
Mercredi 27, à JUarly. — Le roi ne sortit que fort tard pour la promenade. 11 n'y a plus pas [sic] un homme qui travaille dans tout Marly ; tous les travaux y sont achevés. Le roi se promena assez longtemps avec madame la duchesse de Bourgogne et avec Madame. Il veut que Madame soit de tout; il dit qu'elle est ici dans sa famille, et qu'ainsi il faut qu'elle vive comme les autres et qu'elle n'y soit pas retirée. — L'ordinaire d'Espagne arriva; on apprend que le duc d'Harcourt continue à se bien porter
(1) Il est remarquable devoir Dangeau rendre justice à l'habileté des o|)érations du prince Eugène au début de cette campagne des Impériaux.
m JOURNAL DE DAI^GëAU.
ek qu'il commence d'agir. — Le soir il arriva un oourrier de M. Phélypeaux, notre ambassadeur à Turin ; il mande que M. de Savoie en partit dimanche et qu'il devoit arriver ce jour-là même à l'armée. — Le courrier d'Espagne a apporté Irois colliers, un pour monseigneur le duc de Berry, un pour M. le duc d'Orléans et un pour le prince électoral de Bavière, que nous avons envoyé à M. Télecteur, son père, qui recevra son fils; le père est déjà chevalier de la Toison. Le roi fera de dimanche en huit jours .à Versailles la cérémonie.
Jevdi2S, à Marly. — Le roi ne sortit point le matin; il fut enfermé longtemps avec M. de Chamlay. L'aprèsdinée il courut le daim avec les chiens de M. le comte de Toulouse. Le soir il fit un orage qui a rompu quelques arbres dans les jardins. — La vieille duchesse de Ventadour est morte dans ses terres de Normandie ; il en revient un assez gros bien à madame la princesse de Rohan, sa petite-fille, et quelque chose aussi à madame la duchesse de Duras. — La charge de chef d'escadre qu'on a donnée à Ducasse est une charge toute nouvelle ; elle a le titre de chef d'escadre des lies de l'Amérique. Toutes les charges de chefs d'escadre ont aussi des titres différents, mais cela ne leur donne pas plus de crédit dans les mers dont ils portent- le titre. Ducasse commandera dans les lies de l'Amérique du jour de son brevet; mais dans les autres mers il n'y aura rang qu'après qull sera revenu en France, et les chefs d'escadre que le roi fera jusque-là seront ayant lui. Il y a présentement trois places vacantes.
Vendredi 29, à Marly. — Le roi courut le cerf l'aprèsdlnée , ayant madame la duchesse de Bourgogne dans sa calèche. Les espérances qu'on avoit eues de la grossesse de cette princesse ont cessé. Madame de Maintenon éto it à la chasse dans une calèche avec mesdames de Gramont, d'Heudicourt et de Dangeau. — Avant que M. de Savoie partit pour l'armée, il avoit signé le coftlrat de miariag e
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de la princesse sa fille avec le roi d'Espagne. Le marquis de Gastel-Rodrigo, ambassadeur d'Esf^agne , qui a signé ce contrat, a apporté à M. le prince de Carignah le f)ou- . voir du roi son maître pour épouser cette princesse, et la cérémonie s'en doit faire à Turin à la fin du mois d'août. — Le roi d'Espagne partira vers le 15 pour venir en Aragon jurer les privilèges des Aragonois, et puis ira attendre à Barcelone la reine son épouse. Le ducd'Harcourt espère être en état d'accompagner S. M. C. dans ce voyage. Samedi 30, à Versailles. — Le roi ne partit de Marly que sur les sept heures pour revenir ici. Madame la duchesse de Bourgogne y demeura encore une heure après lui. Monseigneur en partit dès le matin pour aller diner àîfeudon, où il demeurera jusqu'à jeudi. — L'armée de M; le maréchal de Villeroy marche sur trois colonnes , mais par étapes , chose que l'on n'avoit peut-être jamais vue, ce qui est d'un ordre admirable. — Pour avoir plus .promptement et plus commodément des nouvelles de l'armée d'Italie, le roi a réglé que deux fois la semaine il en partiroit des courriers qui viendroientà Lyon, où ilsdonneroient leurs paquets au courrier ordinaire qui vient à Paris, et S. M. donne pour cela 2,000 francs par semaine aux fermiers des postes. — M. le duc de Savoie, avant que de partir de Turin, a reconnu les deux enfants qu'il a de nmdame de Verrue *. Le fils se nommera le marquis de Suze et aura 50,000 livres de rente d'apanage à vie ; la fille senommera mademoiselle de Suze (1) et aura 300,000 û'ancs une fois payés. Je crois que tout cela c'est à compter monnoie de Piémont, qui est fort au-dessous de celle de France.
* Mi de Savoie imite le roi , et l'imitera bientôt davantage en donnait cette bâtarde au prince de Carignan. Elle a trouvé l'helrbe tro^ eourte en Piémont. Son mari s'y est brouillé ; clic Ta suivi ici , où elle
li) EUe a éçifaaé M. ie;t>Hacc de CarigliâB , et eftt avec lui en France depuis fliviraa vingt ans.— 1738. (Aoto du duc de Luynes.)^
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intrigue, gouverne et fourrage à merveille. Son frère est mort sans avoir été marié. Pour d'apanages à des bâtards , ces deux termes n'ont jamais été vus ensemble.
Dimanche 31/ à Versailles. — Le roi alla tirer Taprêsdinée et vit chasser une chienne nouvelle que lui a donnée Tabbé Courtin. — Le roi d'Espagne mande au roi que son intention seroit d'aller se mettre àla tète desarméesd'Italie; qu'il prie très-instamment S. M. de ne s'y point opposer et de lui permettre de tâcher de se rendre digne de l'honneur qu'il a d'être son petit-fils en imitant^ autant qu'il pourra, les grands exemples qu'il lui adonnés. Il ajoute qu'il croit que c'est un devoir indispensable à un roi d'aller défendre ses États quand ils sont attaqués. Il compte de consommer son mariage à Barcelone et de s'y embarquer ensuite pour passer en Italie, si les troupes de l'empereur y sont encore. Le roi approuve et loue fort les intentions du roi d'Espagne ; mais on ne sait pas s'il consentira qu'il passe en Italie cette année, d'autant plus qu'il n'y pourroit arriver au plus tôt qu'à la fin de septembre. — On mande d'Allemagne que le prince deFurstemberg est allé trouver le roi de Pologne, et que le gouvernement des États de Saxe a été donné à un prince de Saxe- Zeitz, cousin du roi de Pologne ou son oncle à la mode de Bretagne.
Lundi 1" août y à Versailles, — I^e roi prit médecine et alla à la messe àla chapelle avant que de la prendre; il tint conseil toute l'après-dlnée. — Madame la duchesse de Bourgogne alla se baigner dans la rivière au-dessous du port de Marly ; on fit tendre des tentes dans une lie qui est là, et après le bain elle se coucha et joua jusqu^à la nuit dans ces tentes. — On a eu des nouvelles de M. de Catinat du 25 au soir; les ennemis se i$ont étendus jusqu'à Bussolengo, en remontant l'Adige, leur gauche toujours à Villafranca ; ils s'étendent pour chercher des fourrages, qui leur manquent fort où ils sont. M. le duc de Savoie étoit arrivé à notre armée. Nous avons fait avan-
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cer un petit corps à Borghetto sur le Mincio en approchant du lac de Garde, et il y a en cet endroit un pont sur la rivière; d'un autre côté nous avons détaché dix ou onze bataillons que commande laChassagne, brigadier, pour garder le pont que nous avons fait refaire sur le Pô en deçà d'Ostiglia, en cas que les ennemis, ne pouvant subsister longtemps où ils sont, voulussent passer le Pô pour entrer dans le Modénois ou le Parmesan.
Mardi 2^ à Versailles. — Le roi alla l'après-dlnée se promener à Trianon. Monseigneur le duc de Bourgogne alla à Meudon dîner avec Monseigneur, et y passa la journée. Madame la duchesse de Bourgogne alla se baigner comme le jour d'auparavant. — Le roi a fait payer pour cette année la pension de madame d'Arpajon, quoique morte longtemps avant l'échéance , grâce qu'il fait trèsrarement; elle est de 12,000 francs, et cela aidera à payer quelques créanciers qui lui restent. — M. le duc de Mantoue a fait son secrétaire d'État M. Bagliani *, qui est son envoyé ici depuis longtemps; il lui a donné outre cela un marquisat auprès de Charleville qui vaut 6,000 livres de rente. — M. le duc d'Orléans a fait M. d'Apremont son chambellan ordinaire ; il y a 2,000 écus d'appointements à cette charge, et il a donné au chevalier de Lons, neveu du comte de Gramont, une place de chambellan. Ces messieurs-là avoient toujours été fort attachés à feu Monsieur, et sont gens de grande condition, mais fort pauvres.
* Ce M. Bagliani étoit un homme d'esprit , d'honneur, fort instruit et de tant de mérite que, malgré l'exiguïté de son emploi de résident, puis d'envoyé de Mantoue depuis longues années , il étoit fort considéré des ministres, traité avec distinction , et avoit des amis considérables et beaucoup d'amis. Il étoit aussi fort homme de bien , solidement, quoique fort mêlé dans le monde.
Mercredi 3, à Versailles. — Le roi alla tirer l'aprèsdlnée. Monseigneur courut le loup à Meudon, d'où il reviendra demain. Monseigneur le duc de Bourgogne et
If4 JOURNAL DE DANGEAU.
m^daiPQ la duchesse de 3oui*gogne ne sortirent point de tpRt le joip*. — M. le maréchal de Boufflers a demandé au rpi qu^il lui envoyât les officiers généraux destinés à SOI* vil* 4^n^ son armée , et cette après-dlnée M. de Chamillaf t levi^ a mandé de partir incessamment. Il n'y aura que 14. 1^ 4uc du Maiae et H* le comte de Toulouse qui ne fna!X^h§rpat poiut; le roi les retient ici jusqu'à ce que la guerre soit déolaréfi, — Le roi Guillaume est venu visiter Br^dc^ §t quelques autres places et puis est allé à Loo chasfiçr; sa santé est toujours assea mauvaise. -^ M. d'Av^iUx a pris Çiongé de MM. les États Généraux^ qui lui fai^oieut d^^ instances pour retarder son départ; mais ou s'est ennuyé eu ce pays ici d'avoir un ambassadeur auprès d'eux avec qui ils ne prenoient point les mesures qu'il falloit prendre pour conserver la paix (1). Jeudi ^^y à Versaillfs. — Le roi alla l' après-dlnée se promener à Marly, où il demeura jusqu'à la nuit. Monseigneur reyint ici de Meudon. Madame la duchesse de Bourgogne «^lla se hpign^r au port de Marly, quoique la pluie fi^\ HP peu trpubjé l'eau. — Par les dernières nou« velles qu'où ^ eues de Madrid, on apprend que tout s'y prépare po^r le voyage du roi en Aragon , qui doit du^ rer trois mois, pt que pendant son absence le pardinal Pprto-G^rrero ftvira le pouvoir d'expédier les affaires avec dpi^ AntpuiQ 4^ pbilla, çecr^taire du despacho unive^ sah S. ^. C. alla çesjqurs passés en chassant jusqu'à sa maison de laSarsuela, où on a transporté le duc d'Har^ court pour y prendre l'air ; la duchesse d'Harcourt y est arrivée. — Orimandç de Rome quelepq.pe a écrit e^icoye à l'empereur une lettre très-forte pour se plaindre de ce qn^ sejî troupes étaient entrées sur les terres de l'Église.
(l]k La rupture (}es relations diplomafiques f^sçç |^ |{oUan(|e est aptérMmre ^ ainsi que nous l'apprend Dangeau, à la reconnaissance de Jacques H^. Cette r^coonaigsaiu^, quelque maladroite qu'elle ait pu être , n*a donc pas amené la niptofe ayec Gnimuo^ U(, etmme on le ttçwve partout répété.
Le prince Eugène de Savoie en a fait de grandes excuses au pape^ qui lui a fait dire que, si dans dix jours il n'en sortoit, Sa Sainteté prendroit les mesures qui lui conviendroient; mais comme les Allemands s'en sont retirés il y a déjà quelques jours, il n'est plus question de cela. — Le cardinal Petrucci * est mort laissant un septième chapeau vacant.
* pe Petrucci, évêque 4^ Jesj, pensa perdre la pourpre pour les affaires des Molinos , et n'eût pas évité rinquisition sans elle , qui iiç laissa pas de le tancer fortement [sic].
Vendredi 5, à Versailles. — Le roi vouloit aller tirer l'après-dlnée, mais la pluie l'obligea de demeurer ici. Madame la duchesse de Bourgogne passa Faprès-dlnée chez madame la duchesse du Lude, qui est un peu incommodée. -^ Il arriva un courrier de M. d' A vaux, par lequel on apprend que cet ambassadeur devoit partir de la Haye ; malgré tous les préparatifs qui se font pour la guerre en ce pays-là, on croit encore ici qu'il n'y aura point de guerre , au moins cette année. MM. les États Généraux ont fait réponse au mémoire que le roi avoit envoyé à M. d'Avaux; leur réponse est en termes fort . respectueux pour le roi , mais elle ne va point au fait. U paroit qu'ils craignent fort d'être attaqués. — M. Cho^ millart a mis M. de Yilatte-Chamillart^ son cousin, dans le^ bureaux en la place qu'avoit M. de Saint-Pouapges sous M. de Barbexieux. Alexandre, qui étoit son premier commis et qui avoit fait la charge en chef depuis la mort de M. de Barbezieux, se retire; le roi lui donne 1,000 écus de pension, et son fils feraspus M. de Vilatte ce que son père fs|.isQit sous M. de Saint-Pouauges.
Samedi 6, à Versailles. — Le roi alla tirer l'après-dinée. Monseigneur alla voir monter à cheval monseigneur le duc de Berry, et l'aprèsnlinée il fit un tour à Heudon, où il vit un appartement qu'il a fait accommoder pour Madame. Madame la duchesse de Bourgogne alla faire
it.
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collation à la Ménagerie. — Le soir on eut nouvelle que H. le prince Eugène faisoit passer le Mincio à ses troupes entre Peschiera et Borghetto, à un lieu qui s^appelle Saint-Liens; ces nouvelles sont du 28^ à minuit. M. de BacheviUiers, qui étoit avancé à Borghetto avec un assez grand corps^ donna avis en même temps à M. de Gatinat de la marche des ennemis et se mit en bataille. Le mai'échal^ apprenant que les ennemis passoient le Mincio^ fit battre la générale, renvoya ses gros bagages à Mantoue et alloit se mettre en marche pour joindre le corps de M. Bacbevilliers et aller ensuite attaquer les ennemis. M. le duc de Savoie etM. de Vaudemont étoient d'avis qu'on les attaquât de l'autre côté du Mincio pendant que les ennemis étoientàdemi passés; mais M. de Gatinat a jugé à propos de les attaquer en deçà du Mincio^ et on croit présentement ici que le combat est donnée et on compte d'en avoir la liouvelle mardi ou mercredi.
Dimanche 7, à Versailles. — Le roi, qui a accoutumé d'aller à la messe après son lever et dans la tribune , tint conseil jusqu'à midi et demi et puis descendit en bas dans la chapelle, où il donna l'ordre de la Toison à monseigneur le duc de Berry et ensuite à M. le duc d'Orléans ; ces princes, en prêtant leur serment, étoient à genoux devant le prie-Dieu du roi et sans carreaux , ayant une main sur l'évangile et l'autre sur le crucifix ; et après le serment ils vinrent au côté droit du roi, qui étoit dans un fauteuil et qui leur mit au cou le collier de cet ordre. La cérémonie pour M. le duc d'Orléans ne se fit qu'après que celle de monseigneur le duc Berry fut achevée. 11 y a plusieurs articles du serment ordinaire dont ils sont dispensés par le roi d'Espagne ; ils n'auroient pas pu accepter Tordre sans cela. M. des Granges, maître des cérémonies, étoit en fonction, et M. de Torcy^ chancelier de l'ordre du Saint-Esprit, lisoit ce que le chancelier de la Toison d'or lit en pareille occasion ; le roi l'en avoit chargé. — M. le marquis de Renel épousa à
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Paris mademoiselle de Croissy; la noce se fit chez madame de Croissy, mère de la mariée. — Madame la duchesse de Bourgogne se trouva un peu incommodée le matin, mais cela ne Fempêcha pas d'aller à Saint-Cyr. Le frisson lui prit sur les trois heures ; elle revînt ici fort vite, se mit au lit; le frisson n'étoit pas encore fini à cinq heures. Le roi, qui avoit été tirer l'après-dlnée, la vint voir au retour de la chasse et puis retourna encore chez elle avant souper. Sa fièvre fut assez violente, et cela rend le voyage que le roi devoit faire demain à Marly fort incertain (1). — M. de Saint-Hérem, capitaine et concierge de Fontainebleau , est mort en ses terres d'Auvergne, âgé de quatre-vingts ans. M. de Montmorin, son fils, a les survivances de ses charges. M. de Saint-Hérem avoit une pension de 2,000 écus, et en mourant il a fait prier M. de la Rochefoucauld, qui a toujoiurs été de ses amis, de demander au roi cette penision pour sa femme et ses deux filles, qui demeurent fort pauvres. M. de la Rochefoucauld s'est acquitté de la commission dont il étoit chargé , mais le roi ne s'est point expliqué là-dessus.
Lundi 8, à Marly. — Pendant que le roi étoit le matin au conseil à Versailles, il arriva un courrier de M. de Vaudemont, parti de Crémone le 2 de ce mois. Ce prince est marché de ce côté-là avec M. de Tessé et alloit camper ce jour-là à Pizzighittone sur la rivière d'Adda; ils doivent trouver les derniers bataillons françois que nous envoyons en Italie et qui descendent le long du Pô. M. le duc de Savoie et M. de Catinat suivent les ennemis qui depuis avoir passé le Mincio ont campé à Desenzano sur le bord du lac de Garde ; ils ne s'y sont point arrêtés et marchent vers Brescia. On croit qu'ils veulent passer rOglio; en ce cas ils trouveront M. de Vaudemont en tète.
(1) Voir les détails de la maladie de la duchesse de Bourgogne dans le Mercure d'aoïU, pages 301 à 313.
parce que de Pizzighittone il marchera sur cette rivière pour lui en disputer le passage , et M. de Savoie et M. de Catinat, qui les suivent, les attaqueroient par derrière pendant que M. de Vaudemont et M. de Tessé les attaqueroienten tète. La moindre de nos deux armées qui sont séparées est plus forte que celle du prince Eugène, — Madame la duchesse de Bourgogne, qui continue d'avoir la fièvre, eut un petit redoublement le matin; elle entendit la messe dans sa chambre, et le soir, se trouvant un peu mieux, elle ne voulut pas qu'il y eût rien de changé au voyage que le roi avoit intention de faire ici. Çlle monta en carrosse à Versailles sur les six heures et vint ici avec monseigneur le duc de Bourgogne , madame de Maintenon et quelques-unes de ses dames. 11 ne parut pas que le voyage l'eût incommodée, mais la fièvre lui dure toujours. — On tira à la maison de viUe de Paris la grande loterie qui étoit de 1,900,000 francs; un banquier de Paris a eu le gros lot, qui est de 6,000 livres de rente. — Madame la maréchale de Clérembault est de oe voyage; elle n'étoit jamais venue ici ; madame la duchesse d'Albert y est aussi, qui n'y étoit pas venue depuis bien longtemps. Madame est ici; elle est de tous les voyages.
Mardi 9, à Marly, — Le roi tint le matin conseil de finances à son ordinaire, et l'après-dlnée il alla courre le cerf dans son parc. Monseigneur et monseigneur le duc de Bourgogne étoient à la chasse avec lui. Madame la duchesse de Bourgogne eut la fièvre assez forte tout le jour, et sur les six heures elle fut saignée, parce qu'on craignoit que sa tète s'engageât et qu'elle étoit fort as^ soupie. Le soir il y eut musique ; il n'y en avoit pas eu depuis la mort de Monsieur. — M. le duc de Savoie a écrit à son ambassadeur, qui a envoyé l'extrait de ses lettres sur les nouvelles, qui ne nous apprennent rien d'important. M. de Catinat n'a rien écrit du tout depuis le 28 au soir qu'il se préparoit à marcher de Goïto aux enne-
mis, après avoir renvoyé se^ gros bagages à MahtoU^. — Le roi de Portugal a prié le roi de lui ôrivoyèt" Ijublquës officiers; oh lui envoie tin vieux brlgadiët» d'iilftinterie, un mestre de camp de cavalerie , un colonel de dl*agùns, trois lieutenants-colonels, trois majors, qtielqUfes officiers d'artillerie, des itigénieul*B et douze grenadiers pour dresser les grenadiers qu'il veut établit* dàn^ ^es troupes.
Mercredi 10, à USarly. — Le matin toadttWe k dticbeëse de Bourgogne se trouva consldérËLblemeiit plu^ mal. M. Fagon crut qu'il n'y avoit point de temps â perdre pour lui donner de Témétique ; on lui en dôrtna sur les neuf heures. Sa tôte étoit fort embarrassée ; elle éloit dans un fort grand assoupissement ; elle demeura trois heures en cet état-là sans que Témétique agit. A midi on lui donna une médecine où il y avoit ehôore de l'imétique, et depuis qu'elle eut pris ce remède elle se porta toujours de mieui en mieux, sa tête se dégagea, l'éltsoupissement finit et même la gaieté lui revint. Sur lei oinq heures on lui donna un breuvage où il y avoit eûcore de l'émétique. Sa fièvre diminue fort^ elle en a pourtant encore un peu. —Il arriva le soir utl courrier à M. deTorcyqueM. de Phélypeaux, notre àmbassadetlt» auprès de M. de Savoie, envoie, qui a sUivi 8. A. R. à l'armée; ce courrier est un aide de camp de Saint-Fré mont. Les lettres sont du 4. Notre armée principale est v^nue camper auprès de Caneto sur FOglio ; les ehnemiS étoiont encore à Desenzano sur le lac de Garde.
Jeudi 11, à Marly. — Madame la duchesse de Bourgogne passa assez bien la journée jusqu'à cinq heures , la fièvre durant toujours pourtant. Le roi et là reine d'Angleterre vinrent ici , descendirent au salon à leur ordinaire. Le roi les mena chez madame la duchesse de Bdili-gogne; dès qu'ils en furent sortis, le redoublement cle la fièvre parut et fut assez violent. Le roi, au sortir de chez madame la duchesse de Bourgogne, se promena
longtemps avec LL. MM. BB., qui s'en retournèrent à Saint-Germain après la promenade. — La nuit passée il arriva un courrier de M. de Catinat parti le 4 du camp d'Aqua-Negra, près de FOglio ; il mande que les ennemis sont encore à Desenzano. M. de la Rare, mestre de camp de cavalerie et frère de Mélac, lieutenant général, a été tué commandant un de nos partis en ce pays-là. — M. le maréchal de Villeroy envoya un courrier ici pour rendre compte de la conférence qu'il a eue avec M. le maréchal de Boufilers; ses troupes sont cantonnées dans les villes et bourgs des Ardennes.
Vendredi 12, à Marly. — Le roi courut le cerf Taprèsdlnée ; Monseigneur et monseigneur le duc de Bourgogne étoientàla chasse avec lui. Madame la duchesse de Bourgogne passa la journée fort doucement; elle n'est pourtant pas tout à fait sans fièvre. Elle fut purgée le matin; tous les remèdes qu'on lui fait ont tout le succès qu'on en peut attendre. On croit qu'on la pourra transporter dimanche à Versailles. Le roi, qui devoit partir d'ici demain, n'en partira que dimanche après l'avoir vue monter en carrosse. — Il arriva deux courriers d'Italie, un de M. de Catinat et un de M. de Vaudemont; les ennemis sont toujours à Desenzano. Le roi manda à M. de Catinat il y a deux jours qu'il lui ordonnoit d'aller attaquer les ennemis. S. M. s'ennuie de les savoir en Italie , quoiqu'ils ne nous y fassent pas grand mal, et croit qu'il est honteux aux François de ne pas attaquer (1). — M. de Villars partit de Vienne les derniers
(1) Les passages des Mémoires de Dangeau œlatifs aa maréchal de Catinat et à ses opérations pendant Tannée 1701 complètent et expliquent parfaitement la correspondance de Chamillarty publiée dans les Mémoires militaires relatifs à la guerre de la succession d* Espagne , par le général Pelet ( Collection des documents inédits sur l'histoire de France). — Les Mémoires de Dangeau et la publication de M. le général Pelet prouvent que Catinat (ut disgracié non pas à cause de sa philosophie , mais bien pour la mollesse de ses opérations et le peu de capacité que le vainqueur de la Marsaille montra dans cette campagne.
jours du mois passée et Tempepeur envoya ordre au comte de Zinzendorf , son envoyé , de prendre son audience de congé du roi.
Samedi 13, à Marly. — Madame la duchesse de Bourgogne fut assez mal toute la journée; l'assoupissement revenoit, et l'on fut obligé, le soir à onze heures , de la saigner du pied. Le roi et Monseigneur étoient dans sa chambre durant la saignée et y venoient à tous moments durant la journée. Monseigneur le duc de Bourgogne ne partoit point de son cabinet^ et est dans une grande désolation. — Sur les sept heures M. le maréchal de Villeroy arriva ici; les courtisans furent fort surpris de le voir, n n'y avoit que le roi, Monseigneur et les ministres qui sussent qu'il devoit venir. Il entra d'abord chez madame de Maintenon, où il fut longtemps avec le roi. Une heure après qu'il fut arrivé, le duc de Villeroy, son fils, arriva aussi. Quand il sortit de chez madame de Maintenon, nous apprîmes tous que le roi l'envoyoit commander l'armée dltalie*. Il étoit à Saint-Veit dans le pays de Luxembourg quand il reçut ces ordres que le roi lui commanda de tenir fort secrets. M. de Tallard commandera toutes les troupes qu'avoit M. le maréchal de Villeroy , mais il sera aux ordres du maréchal de Boufflers. — Madame la duchesse de Bourgogne, après sa saignée du pied, demanda à se confesser ; et, comme son confesseur n'étoit point ici, ou lui envoya quérir le curé de Marly, à qui elle se confessa et dont elle fut très-contente.
* M. de VaudemoDt devoit son être à l'empereur et surtout au prince d'Orange, et personne ne s'étoit licencié avec tant d'audace contre le roi personnellement. II avoit eu par ces deux canaux les premiers emplois de Charles (1), et nonmiément le gouvernement général du Milanois. Il se trouvoit appuyé en France par une grande cabale qui gouvemoitChamillart, et se trouvoit frère de madame de Lislebonne, dont les deux filles étoient de très-principaux personnages à la
(i) Charles II, roi d'Espagne,
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cour. Son filg unique étoit dans l^armée du prince Eugène , dont M. éé Commercy, fils de sa sœur, se trou voit la seconde personne. Aveu toUI cela on se fioit a lui de tout, et rien dans Tarmée ne se délibéroit ssm sa participation , et on ne pouvoit comprendre ^u'on |ie pût former àutnill projet que les ëllneinis à Titistant n'agissent coniiiié s'ils avoient assisté h la délibération, tii etivô^er qui «Jùe ce fBt dehOte qui ne trouvât, à point nommé, plus fort que soi et qui iie fttt battu. Gatindt, sans brigue et sans soutien que sa opacité et sa vertu, 9n port^ tout le blâme comme prenant toiyours mal ses mesures , et le maréchal de Villeroy fut choisi pour aller réparer ses torts.Il y fut reçu à Marïy. dès qu'on le slit, comme l^ange tutélaire. Il n'y eilt que le maréchal aè buràs qui, en possession de ne se (•oiitratndre sur quoi qtie ee ^oit , le ttouvatit le soir même de son arrivée au souper derrière la chaise du roi^ lui fipappa sur répaule et lui dit : » Monsieur le maréchal , tout le monde vous fait des compliments de ce que vous allez jEaire en Italie : je vous garde, moi, le mien à votre retour . » Ce propos ouï dd roi et de toute la compagnie en fit Sourire la plupart et embarrassa fort lé maréchal deVillerôy. OnVèl*raqUè M. de Duras n*eUt pas là peine de lui fafi>e le ooroplimoit promis.
Dimanche ih^àMarly. — Le roi, après soti levei»,fata^iieÉ longtemps enfermé avec M. le maréchal de Villëtwy ch&È M* de Chamillart; ensuite il alla â la messe à son ôfdl'naire et puis au conseil, et fit retarder son diner pour y être plus longtemps. L'après-dlnëe le roi s'enfeftna avec M. Chamillart, qui est aësez incommodé poum'avoii* pas pu être au conseil. Le soir le P. de la Chaise entra ehez le roi, qui se confessa. Madame la dtichi3$lse de Bourgogne passa totlte la journée fort dollcemeilt; elle fttt fort purgée, et à sept heures elle commença à prendre dtl quinquina. — Le roi a nommé encore quatre lieutenants généraux et quatre maréchaux de camp pour Tarmée d'Italie. Les lieutenants généraux sont MM. de iVevel^ qui est présentement en Savoie, le marquis de Créquy^ Barbebières et Villars, qui doit arrlvef demain à Paris, revenant de son emploi à Vienne. Les maréchatix Ae camp Sont M. le duc de Villeroy, Bezons, Albergotti et Montgon. dn va leur envoyer leur ordre pour partir ; car ils n'en sa- . vent encore rien. — M. le maréchal de Villeroy prit