‹ Journal du marquis de Dangeau (volume 5)Chapitre 6 sur 15 · AOUT 1701. ITI · texte numérisé non relu

AOUT 1701. ITI

congé du roi Taprès-dlnée, et compte d'arriver de lundi en huit jours à l'armée.

Lundi 15 , jour de la Notre-Dame , à Marly, — Le roi, Moniieigneur et monseigneur le duc de Bourgogne firent leurs dévotions le matin. Lte roi toucha quelques malades dans l'allée eiltro la chapelle et le château. L aprèsdlnée, S. M. et toute la maison royale et toutes les dames allèrent entendre vêpres dans l'église de la paroisse de Marly et assistèrent à la procession. — 11 y avoit trois petites abbayes vacantes de 4 ou 6^000 livres de rente chacuuB. Le roi a donné celle qui vaquoit par la mort de Tabbé Petit, et qui est en Franche-Coitité (1), à l'abbé de Gramont, neveu de l'archevêque de Besançon j celle qui vaquoit par la mort de l'abbé d'Urfé (2) , frère du marquis d'Urfé, à l'abbé de Dromesnil, frère de celui qui est dans la gendarmerie ; et celle qui vaquoit par la mort de Tévèque de Bethléem (3) à Tabbé Dandin , aumônier de M. le duc du Maine. — Par le dernier courrier que le roi a dépêché en Italie, S. M. a mandé à M. de Savoie, à M. de Vaudemont et à M. de Catinat qu'elle avoit pris la résolution d'envoyer le maréchal de Villeroyen ce pays-là; ainsi le maréchal de Catinat apprendra cette triste nouvelle mercredi ou jeudi. — C'étoit le jour duredotiblement | de la fièvre] de madame la duchesse de Bourgogne, qui fut fort médiocre.

Mardi 16, à Marly. — M. Fagon assura le roi à son réveil que madame la duchesse de Bourgogne étoit absoliutient sans fièvre; elle n'en eut point toute la journée. Elle est fort gaie et n'est pas si abattue qu'elle devroit ôtre après une si rude maladie et tant de remèdes. Le roi courut le cerf l'après-dlnée. Monseigneur et Monseigneur le duc de Bourgogne étoient à la chasse. -«

(1) L*abbaye de Saint- Vincent.

(2) L*abbàye (1'Czerch<\

(3) L'abbttyii de la Buft«ière.

Madame la princesse des Ursins^ avant que de partir de Rome, a envoyé ici un courrier pour recevoir les ordres du roi. Elle ne passera point à Turin; elle ira droit à Gènes pour se rendre à Villefranche quand la nouvelle reine d'Espagne y arrivera, et la princesse de Masseran conduira cette reine de Turin à Villefranche. — Il arriva un courrier de M. de Vaudemont, qui étoit campé à Marignan ; il va se rapprocher de Tarmée de M. de Catinat, qui n^a point changé de camp depuis qu'elle a passé TOglio. Le prince Eugène s'est avancé à Azola sur la Ghiese^ d'où il fourrage le Hantouan à son aise. Le roi esp^e que le maréchal de Villeroy fera bientôt changer la disposition de ses armées, et l'on compte qu'il y arrivera lundi.

Mercredi 17, à Marly. — Outre le conseil que le roi tint le matin à son ordinaire, il travailla encore l'aprèsdlnée avec M. Chamillart et puis avec M. de Pontchartrain. Monseigneur alla dîner à Meudon et y coucha; madame la princesse de Conty et plusieurs dames étoient de ce petit voyage. Madame la duchesse de Bourgogne n'a plus du tout de fièvre. La fièvre prit le soir à madame de Maintenon; elle a tellement fatigué de corps et d'esprit durant la maladie de madame la duchesse de Bourgogne qu'il étoit bien malaisé qu'elle ne s'en ressentit pas. — 11 arriva un courrier de Madrid; le roi d'Espagne a été voir la reine douairière à Tolède, qui lui a fait beaucoup de présents. Elle lui a donné la belle calèche dont M. de Vaudemont lui avoit fait présent il y a quelques années ; elle lui a donné des vases d'or enrichis de pierreries et une Toison avec de gros et beaux diamants. Elle a souhaité que le roi prit quelques-unes des dames qui l'ont suivie à Tolède pour les mettre auprès de la nouvelle reine quand elle sera arrivée en Espagne, et le roi en a pris trois des cinq qui lui restoient.

Jeudi 18, à Marly. — Le voi se promena toute la journée dans ses jardins. Monseigneur revint de Meudon. Madame la duchesse de Bourgogne continue à se bien

porter; elle n'a pas le moindre sentiment de fièvre. Madame de Haintenon Teut jusqu'à six heures du matin; elle lui avoit pris hier par frisson. — Le roi travailla avec Gavoie et Mansart et disposa des nouveaux logements qu'il a fait faire à Fontainebleau en doublant la galerie de Diane ; il y a six appartements en bas dont on en a pris trois pour H. et madame du Maine^ et les trois autres il les a donnés^ un à H. de Vendôme^ un à M. de Marsan et un à M. de Lauzun. 11 a y quatre appartements de plain-pied à madame la duchesse de Bourgogne qui ont une pièce de plus que ceux d'en bas; monseigneur le duc de Bourgogne prend le premier; le roi^ nous a donné le second^ le troisième à madame la duchesse de Guiche et le quatrième à madame la comtesse d'Ayen , et le roi en nous les donnant nous a dit que ce n'étoit que par prêt. 11 y a douze petits logements au-dessus qui ne sont pas encore distribués.

Vendredi 19, à lUarly. — Le roi courut le cerf l'aprèsdlnée; Madame étoit en calèche avec lui. Monseigneur et monseigneur le duc de Bourgogne étoient à la chasse. Madame la duchesse de Bourgogne est tous les jours de mieux en mieux; elle passa l'après-dinée à jouer avec ses dames et avec messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry quand ils furent revenus de la chasse. Monseigneur le duc de Berry retourna souper à Versailles. — On eut des lettres de M. de Catinat du 13. Ce maréchal mande qu'il remonte TOglio; il étoit campé le 13 à Scandolera ; le prince Eugène de Savoie avoit quitté son camp d'Âzola et s'avançoit vers TOglio; il étoit campé à Gambara; on dit qu'il a détaché le général Palfi avec deux mille chevaux pour aller se saisir dePalazzuolo^àla tète de l'Oglio. On croit que les cinq mille hommes qui dévoient arriver aux ennemis ont joint présentement leur armée. M. de Yaudemont a rejoint M. de Catinat, et nous sommes considérablement plus forts que les ennemis malgré le petit secours qui leur est arrivé.

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Samedi âô , à VerêoUles. •— Le roi partit de Marly sur }es cinq heures pour venir ici. Il en avoit vu partir madame la duchesse de Bourgogne, qui vint toute habillée^ mais sur un lit qu'on lui avoit fait accommoder dans son carrosse. Madame de Maintenon en partit peu de temps après; elle n'a plus de fièvre, le quinquina la lui a ôtée. Monseigneur alla dîner à Meudon, où il passera quelques jours; il n'y a point de dames avec lui. Monseigneur le duc de Bourgogne partit de grand matin^ passa à Versailles pour prendre monseigneur le duc de Berry, et ils allèrent tirer toute la journée. — Le marquis de Villars salua le roi revenant de son emploi à Vienne. Le présent que lui a fait l'empereur et qu'on avoit dit magnifique est très-vilain. L'archiduc, fils du roi des Ro* mains, qui n' avoit pas encore un an, est mort. Le roi nous dit qu'il en auroit pris le deuil si la cour n'étoit déjà en deuil. La reine des Romains est grosse, mais ils n'avoient de fils que celui qu'ils viennent de perdre. Le comte de Hansfeld a la charge de président du conseil de guerre qu'avoit le comte de Staremberg.

Dimanche 21, à Versailles, — Le roi alla tirer l'aprè»*' dinée. Madame la duchesse de Bourgogne se fit porter à deux heures chez madame de Maintenon, et elles prirent leur quinquina ensemble. Le roi à sou lever m'ordonna de lui dire, quand elle s'éveilleroit, que, comme leurs appartements étoient plus éloignés présentement et que même il avoit un petit sentiment de goutte, il ne la viendroitpointvoir le matin. — M. le comte d' A vaux vint saluer le roi, revenant de son ambassade de Hollande; il assure que le roi Guillaume ne se porte pas bien, qu'il a les jambes pleines d'ulcères et qu'il ne peut pas mettre les pieds dans les étriers que ses écuyers ne les lui mettent ; il ne sauroit marcher à pied que deux hommes ne le sou* tiennent. Il a dit à M. d'Avaux qu'il étoit aisé à juger, en l'état où il étoit, qu'il ne souhaitoit point la guerre, mais que, si le roi oommençoitàlalui foire, il emploieroit

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le peu de vie qui lui reste à défendre ses sujets et ses alliés. — On a donné au roi un placet injurieux contre M. de Saint-Pierre, contre sa noblesse, et M. de Saint-Pierre a prié le roi. de lui donner des commissaires pour examiner ses titres.

Le soir, au coucher du roi, je pris congé 4e S. M. pour aller faire un tour à mon gouvernement.

lundi 22, à Versailles. — Après le lever du roi, le comte de' Zinzendorf *, envoyé de l'empereur, prit ses audiences de congé. Il ne vit point madame la duchesse de Bourgogne, qui n'est point encore en état de voir les ambassadeurs; la duchesse du Lude se chargea de ses compliments. Monseigneur vint de Meudon courre le loup dans le voisinage de Versailles; il vint hier ici pour le conseil et puis retourna dîner à Meudon. Le roi alla tirer Paprès-dlnée, et au retour de la chasse alla voir madame la duchesse de Bourgogne, qui s'étoit remise au lit après avoir été prendre son cjuincjuina chez madame de Maintenon. Monseigneur le duc de Bourgogne dina dap^ les petits cabinets de madame la duchesse de Bourgogne avec beaucoup de dermes. — On sut le soir que madame la marécj^ale de Luxembourg étoit morte subitement dan^ sa terre de Prépy, où elle étoit depuis quelques jours.

— M. Piquetti, qui faisoit ici les affaires de 5J, le duc de Parme sans caractère, a présentement la qqaUté d'envoyé,

— Le roi, à son lever, régla une petite dispute qu'il y a voit ffiWv le p^^ e^tre les introducteurs des ambassadeurs et 1# premier gentilhomme de la chambre de M. le Prince, cpiand M. le Prince va voir les ambassadeurs. S. M. a jugé en faveur des introducteurs, quoique M. de Lussan prétendoit qu'étant chevalier de l'Ordre il devoit avoir le pj^s flai)^ cette occasion U cqmme il l'a sans difficulté dans toutes les autres.

* Cest le même Zinzendorf qui est grand chancelier de la cour et nûiiiilre de oonférence , et qui partage Fautorité à Vienne avec le prince Eugène; le même encore qui est venu aux congrès de Soissons,

et le grand tenantes la Pragmatique pour M. de Lorraine contre le pitace Eugène et Fimpératrice.

Mardi 23, à Versailles. — Le roi donna le matin audience à M. de Couvonges, envoyé de M. de Lorraine, qui prit congé de S. M. — M. d'Albergotti, qui s'en va servir ' en Italie, fit la révérence au roi. S. M. fait donner aux lieutenants généraux et aux maréchaux de camp qui vont servir en ce pays-là de quoi faire leur voyage. — Les ambassadeurs d'Espagne et de Savoie furent admis chez madame la duchesse de Bourgogne et eurent l'honneur de la voir un moment dans son lit; elle n'a point vu d'autres ministres étrangers. — Madame d'Épernon hi carmélite* est morte; c'étoit une fille de mérite et de réputation. Elle étoit sœur de feu M. de Caudale; et M. d'Épernon, son père, avoit tout mis en usage pour l'empêcher d'entrer dans les Carmélites. — Monseigneur le duc de Bourgogne dîna de bonne heure et alla ensuite tirer dans la plaine de Saint-Denis. Monseigneur le duc de Berry alla à Meudon voir Monseigneur son père. Le roi alla l'après-dlnée tirer dans son parc et au retour de la chasse il envoya son gibier chez madame la duchesse de Bourgogne. Monseigneur alla l'après-dlnée de Meudon à Paris voir l'opéra nouveau d^Alphée. (1) Madame la princesse de Conty étoit venue diner avec lui et l'accompagna à l'opéra; après l'opéra elle s'en retourna à Versailles.

* Cette madame d'Épernon étoit le reste de la fortune immense et de la race moderne des Épemon. Quand les deux dauphines, Tune après l'autre, vinrent en France, elles furent Tune et l'autre quelque temps après aux Grandes Carmélites , et le roi leur recommanda de ne pas oublier à faire asseoir madame d'Épernon , qui avoit recueilli le duchéfemelle de son père, madame de la Yallière, à qui le roi avoit donné cette dignité, et qui toutes deux^ l'une par mépris du monde, l'antre par pénitence , et toutes deux plus qu'en âge de choix, et d'avoir

(1) Le titre de cet opéra est Aréthuse- Les vers sont de Danctiet, et la musique de Campra.

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tout vu, s'étoient faites Carmélites , et étoient de saintes et d'excellentes religieuses. Aucune des deux ne voulut s'asseoir; elles en avoient persévéramment refusé la reine , et dirent qu'en se faisant religieuses elles avoient renoncé à tout, oublié tout, et n'étoientque de simples religieuses comme toutes les autres de la maison.

Mercredi 2k^ à Versailles. — Le roi donna le matin audience à un envoyé nouveau de Gênes qui est homme de grande dépense et qui a, dit-on, beaucoup d'esprit. Uaprès-dlnée le roi alla tirer et envoya son gibier à madame la duchesse de Bourgogne, qui en fit des présents à toutes ses dames. Monseigneur revint de Meudon, où il étoit depuis samedi. — Les nouvelles de Hollande portent que la maladie s'est mise dans leurs troupes et qu'ils y ont présentement plus de vingt-cinq mille malades. — Monseigneur le duc de Bourgogne ne sortit point ; il alla à vêpres et passa ensuite le reste de la journée chez madame la duchesse de Bourgogne. — Un de nos vaisseaux marchands ayant trouvé un yacht d'Angleterre qui lui tira un coup de canon à boulet pour l'obliger à saluer, le vaisseau marchand salua; l'Anglois le fit aborder, le menaça de confisquer ses marchandises pour n'avoir pas salué assez vite et puis lui fit payer une petite amende. L^Ânglois se vantant en Hollande de cette action, les HollandoiSy qui ne veulent rien qui ait l'air d'infraction de paix, ont demandé au roi Guillaume que ce capitaine anglois fût cassé et qu'il restituât ce qu'il avoit exigé indûment.

Jeudi 25, à Versailles. — Le roi, après son diner, travailla avec M. de Chamillart ; il alla au salut, puis alla se promener à Trianon. Monseigneur alla Taprès-dlnée se promener à Chaville avec madame la princesse de Gonty. Madame la duchesse de Bourgogne n'entend encore la messe que dans sa chambre; elle se lève un moment l'après-dinée pour aller chez madame de Main tenon, et puis revient se coucher. — 11 arriva le matin un courrier de M. de Vaudemont; nos armées étoient jointes le id, et oc-

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cupoient les postes de Pomerino , Soncino et Campagna^ le long 4^ rOgUo en deçà. Les Impériaux étoient à Tprella , et on croit qu'ils veulent juiarcl^pr h Paljaz^uolo, où ils ont déjà un détachement sous le général Palfi. Ce courrier trouva le maréchal de Villeroy à Suze samedi matin; on compte qu'il pourroit arriver le dimanche à l'armée. — Il y aune petite affaire chez madame la duchesse de Bourgogne : madame de Villacerf, femme du premier maître d'hôtel, prétendoitavoirlesentréessans que l'huissier l'annonçât; la duchesse du Lude n'a pas trouvé qu'elle eût raison dans sa prétention, mais elle a eu la bonté d'excuser quelques paroles de chagrin que madame de Villacerf lui a dites là-dessus.

Vendredi 26, à Versailles, — Le roi travailla le matin avec le P. de la Chaise à son ordinaire , et un peu avant midi il vint par la galerie , seul et sans chapeau , voir madame la duchesse de Bourgogne. Monseigneur alla courre le loup dans laforét de Marly . Messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry allèrent tirer près de Roqaencourt. Madame la duchesse de Bourgogne sortit l'aprèsdlnëe en carrosse et alla à Satory attendre le roi, qui de voit chasser de ce côté-là; mais S. M. changea de dessein et n'alla point à la chasse, parce qu'il voulut travailler toute l'après-dlnée. — On mande de Hollande que la santé du roi Guillaume devient tous les jours plus mauvaise; son enflure monte, et les médecins de ce pays-là croient qu'il ne peut pas vivre encore longtemps. — Le roi partira le 20 pour Fontainebleau; il ira coucher à Sceaux, où il demeurera un jour pour arriver le 22 à Fontainebleau. — Le roi Guillaume avoit envoyé milord Galloway àl'électeur de Cologne pour tâcher de le détacher de l'alliance avec la France en lui faisant des propositions très-avantageuses; le milord n'a rien obtenu. Il devoit aller en Bavière pour faire les mômes tentatives auprès de l'électeur ; mais on croit qu'il n'ira pas, parce qu'on juge bien que son voyage seroit aussi inutile auprès de

rélecteur de Bavière qu'auprès de l'électeur de Cologne.

Samedi 27, à Versailles. — Le roi alla à deux heures du côté de Satory tirer. Monseigneur et monseigneur le duc de Bourgogne coururent le cerf à Fausse-Repose. Madame la duchesse de Bourgogne, après son dîner, alla voir le roi dans son cabinet et puis retourna chez elle, où monseigneur le duc l'étoit venu attendre au retour de la chasse. — On mande de Rome que le pape envoie le cardinal Archinto, légat à latere, pour aller à Turin faire BBS compliments à la reine d'Espagne ; il lui a défendu, à cause du cérémonial, de se trouver en aucun endroit avec les deux duchesses royales. On expédiera à Tavenir les })i|[lles pour tous les archevêchés et évècbés de la monarchie d'Espagne qui seront remplis par le roi d'Espagne. Le cardinal Grimani veut faire, en cette occasion, des protestations de la part de l'empereur. — On va publier un édit portant création de quatorze millions d'augmentation de gages à lever par tous les officiers du royaume qui payent paulette pour avoir le privilège d'y être admis. On fait une autre affaire de quatre millions qui seront payés par les gens qui ont acquis des charges pendant la dernière guerre avec le droit d'hérédité, et c'est une confirmation de ce droit d'hérédité qu'on leur accorde.

Dimanche 28, à Versailles. — Le roi alla tirer Taprèsdlnée. Madame la duchesse de Bourgogne étoit dans son cabinet quand il en est parti ; elle avoit été à la messe avec Monseigneur et même ils avoient pensé la perdre, parce que le chapelain qui la devoit dire se trouva mal. Monseigneur étoit très-affligé et alla dire au roi son emb^ras et sa peine-là dessus. S. M. lui dit que ce qu'il falloit faire pour réparer cela c'étoit de grandes aumônes. Heureusement on trouva un chapelain du roi qui n'avoitpoint dit la messe ni mangé, et Monseigneur retourna â la chapelle. Le roi a un induit du pape Innocent XI pour pouvoir entendre la messe pour lui et pour la famille

royale jusqu'à deux* heures et demie *• — Toutes les nouvelles qui arrivent de Hollande portent que le mal du roi Guillaume a tellement augmenté à Dieren qu'on ne Fa pu transporter à Loo; son enflure est parvenue jusqu'aux aines , dont toute la Hollande est dans une grande consternation. — Il arriva un courrier du maréchal de Ville-

roy qui n'a joint l'armée que la nuit du lundi au mardi. Ce maréchal envoie au roi un état fort exact de la situation des armées et assure S. M. qu'il va faire tout de son mieux pour joindre les ennemis et les combattre, s'il est possible.

* On voit, par cet induit du pape Innocent XI, ce que c'est que l'idée des princesses du sang qui depuis la mort du roi n*entendent la messe que vers deux heures sans induit ni permission de personne, et quelquefois plus tard par grandeur.

Lundi 29, à Versailles. — Le roi alla à la messe à neuf heures, puis se remit au lit, et prit médecine , malgré la grande chaleur. Il tint conseilTaprès-dlnée, où étoit monseigneur le duc de Bourgogne ; ce conseil dura jusqu'à sept heures. Monseigneur partit dès cinq heures du niatin pour aller courre le loup à Villeneuve-Saint-Georges. Madame la duchesse de Bourgogne se leva à dix heures et alla chez le roi, puis à la messe ; après la messe, elle retourna chez le roi, où elle demeura jusqu'à midi. — M. le marquis de Lavardin * est mort à Paris d'une goutte remontée. 11 étoit chevalier de l'Ordre, lieutenant général de Bretagne, charge qui vaut plus de 40,000 livres de rente et qu'on espère que le roi donnera au fils, qui est un jeune garçon bien fait et qu'on parle déjà de marier à mademoiselle de Noailles; mais, comme ils sont cousins germains, on dit quele cardinal de NoaiUes et le maréchal en font quelque scrupule. — Les démêlés de M. le maréchal de Catinat (1) et de M. de Tessé font

( 1 ) M. de Catinat s'étoit plaint à la coiirdece que toutes ses résolutiong les plus

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grand bruit à la cour et à Paris. — liC roi a donné à Longuerue, enseigne des gardes du corps, le gouvernement de Fougères en Bretagne. — Monseigneur alla le soir coucher à Meudon .

^ C'est le même qui fut ambassadeur à Rome vers Innocent XI, dans l'éclat des franchises.

Mardi 30, à Meudon. — Le roi donna le matin à Versailles des audiences secrètes aux envoyés de Gènes et de Portugal, puis tint conseil à son ordinaire. L'après-dlnée S. M. travailla avec M. de Pontchartrain et puis partit à quatre heures pour venir ici. Madame la duchesse de Bourgogne partit de Versailles un peu après le roi et en arrivant ici se promena avec lui en calèche ; comme elle est encore foible, elle se trouva un peu fatiguée de la grande chaleur. Elle a pris pour ce voyage l'appartement de madame la princesse de Conty, qui touche à celui de madame de Maintenon et qui est de plain-pied à celui du roi. — 11 arriva un courrier d'Italie. Le 21 nos troupes campèrent à Ciomisano, et le 23 à Antegnato ; les ennemis se retranchent à Palazzuolo, où ils font travailler quatre mille pionniers. Le maréchal de Villeroy a détaché Pracomtal avec quinze cents chevaux et trois cents grenadiers pour faire des ponts sur rOgUo. Le comte de Tesséjoignit Tarméele 20 avec les troupes nouvellement arrivées de France. En arrivant il apprit la mort du chevalier de Tessé, son frère, mort de maladie à Mantoue, et que le marquis de Tessé, son fils, colonel d'infanterie, étoit à l'extrémité d une fièvre pourpreuse.

secrètes éteint sues du prince Eugène, ce qui avoit donné lieu à quelques petits avantages que les Impériaux avoienteussurnous. Gomme nous avions intérêt de ménager M. de Savoie, la politique voulut que l'on sacnfiât ce général à un prince qui ne justifia que trop dans la suite les soupçons de M. de Catinat. M. de Tessé étoit trop attaché à madame la duchesse de Bourgogne pour se détacher de M. de Savoie, dont il ne soupçonnoit pas alors la fidélité, et il contribua beaucoup au parti que prit la cour de rappeler M. de Catinat. ( Note du duc de Luynes. )

Mercredi 31 , à Meudon. — Le roi tint le matin conseil à son ordinaire. L'après-dlnée il alla chez madame de Maintenon, où il demeura pendant la grande chaleur, puis alla se promener dans une calèche découverte avec Madame et madame la princesse de Gonty. Madame la duchesse de Bourgogne se promena dans une csLièché ëoùverte avec madame de Maintenon et la duchesse du Lude. — U arriva encore un courrier d'Italie par lequel le maréchal de Villeroy rend encore au roi Un cotnptê plus exact; nous avonsdans notre armée près de quatre mille malades. Un de nos partis, de quatre cehts fchevaux des iroiiJ)es de Savoie, qui avoit passé l'Oglio pout- avoir des nouvelles sûres des ennemis, a été coupé et battîl par un parti des ennemis beaucoup plus fort. — Dans l'audience qu'a eue l'envoyé de Portugal il a assuré le roi que son madtre avoit vingt-deux mille hommes sul'pied, qu'il en offroitdix mille à S. M. four envoyer en Italie, qu'il laprioit de les faire choisir dans ses troupes et d'en disposer à sa volonté et qu'il les eiiti^etiendroit à ses dépetis. — Madame des Marets marie son fils le grand fauconnier avec mademoiselle Robert , fille dil président des comptes, â qui on donne 100,000 écus.

Jeudi V^ septembre y à Meudon. — Le roi ne sortit qu'à cinq heures à cause de la chaleur excessive qu'il faisoit ; il alla tirer dans le parc, mais Monseigneui* ni monseigneur le duc de Bourgogne ne le suivirent point à la chasse. Madame la duchesse de Bourgogne, qui avoit dîné chez madame de Maintenon, se remit au lit de bonne heure et joua avec ses dames le reste de la journée. — Le roi a défendu à l'abbé Bernou, qui se mêle de faire la Gazette présentement, d'y parler de la maladie du roi Guillaume. — L'abbé de Lessin est mort en Dauphiné; il avoit l'abbaye dé Saiht-Calais, qiii vaut 10,000 livres de rente. — On mande d'Italie que les Allemands ont pris M. de Nàrbonne, un de nos brigadiers de cavalerie, et quelques autres officiers qu'on trànsportoit malades de

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Crémone à Mantoue. Il est revenu mille de nos malades à l'armée. Nous y avons soixante-neuf bataillons et quatrevingts escadrons, et nous avons laissé vingt-quatre bataillons dans les places, dont il y en a douze dans Mantoue. On ne doute pas que le maréchal de Villeroy ne passe incessamment rOglio po^ir attaquer les ennemis.

Vendredi 2^ à Meudon. — Le roi devoit aller l'aprèsdlnée àla promenade avec madame la duchesse de Bourgogne; mais un violent tonnerre et une pluie terrible ont fait changer ce dessein. — Le roi avoit fait venir de Flandre Digulville, major de Normandie, que le duc d'Harcourt mena en Espagne à sa première amJDassade ; on vouloit l'envoyer auprès du roi de Suède, d'où. M. de Guiscard revient; il a dit qu'il servoit dans les armées depuis trente-cinq ans, où il espéroit pouvoir encore^ bien servir le roi , mais qu'il avouoit qu'il n'entendoit rien aiix négociations. Il s'est excusé avec esprit et sans déplaire au roi. — Le roi a donné au fils de M. de Ximenès le régiment d'infanterie sur le pied étranger qiie son père a depuis longtemps; ce régiment est d'un très -gros revenu. Le père est homme de mérite et un de nos plus anciens lieutenants généraux. — Le fils du comte de tessé se porte considérablement mieux. — Toutes leslettres de Hollande portent que la santé du roi Guillaume devient tous les jours plus mauvaise; on mande qu'il n'approuve pas les démarches du prince Eugène en Italie, où il croit qu'il se fera battre.

Samedi 3, à Versailles, — Le roi reçut le matin à Meudon une lettre du maréchal de Villeroy, qui mande que le 28 du mois passé il avoit fait marcher les troupes au pont qu'il avoit fait sur l'Oglio à Rudiano; l'infanterie et l'artillerie passèrent sur ces ponts et toute la cavalerie à gué ; qu'à deux heures après minuit tout étoit passé et même le petit bras de cette rivière qui est de l'autre côté; qu'à quatre heures notre armée n'étCfit plus qu'à demiilëiiè de celle des ehiieihis. Le itiàréchàl dé Villërdy, i)our

cacher son passage, avoit fait marcher le matin Pracouital avec beaucoup de cavalerie, toutes les trompettes et tous les tambours, vers les ponts que les Impériaux ont à Palazzuolo, comme si on avoit voulu les attaquer ; cela a produit l'effet qu'il en attendoit , les ennemis se sont portés de ce côté-là, et nous avons passé à Rudiano sans aucune opposition. On attend avec impatience la nouvelle du combat, et le roi est fort content de la marche du maréchal de Villeroy . — Le roi alla tirer dans le parc de Heudon à trois heures et n'arriva ici qu'à sept heures. Monseigneur alla le conduire jusqu'à la porte du parc et retourna ensuite à Meudon, où il demeurera jusqu'à jeudi. Madame la duchesse de Bourgogne revint ici de Meudon à six heures et se coucha en arrivant. — M. de Matignon a gagné son procès contre le faussaire (1) qui lui demandoit 1 ,200,000 francs; les faussetés ont été reconnues, et on l'a fait pendre. — Le roi Jacques est tombé en foiblesse ; on ne croit pas qu'il en puisse revenir ; il n'est plus en état de songer au voyage de Fontainebleau, et cela donnera beaucoup de logements aux courtisans. Ce pauvre roi meurt comme un saint, et la pauvre reine est bien désolée (2). — On a fait sortir de la Bastille Sauvion, à la caution de ses gendres. — Le prétendu roi de Prusse, le prétendu électeur de Hanovre et le duc de Zell ne viendront poinfà Loo, voir le roi Guillaume, qui n'est pas bien en état de les recevoir. On a découvert qu'il avoit fait consulter M. Fagon sur sa maladie sous le nom d'un curé ; et M. Fagon, qui n'en avoit nul soupçon, a répondu naturellement que le malade n'avoit qu'à songer à mourir. Dimanche 4, à Versailles. — Le roi , après la messe, fit entrer M. le Prince dans son cabinet et lui ordonna de

(1) Ce faussaire se nommait Dupont. Voir son histoire dans le Mercure de septembre , pages 259 à 265.

(2) Voir les détails de la maladie , de la mort et du conyoi du roi d'Angleterre dans le Mercure de septembre, pages 369 à 390.

casser l'équipage de monseigneur le duc de Bourgogne pour l'armée. Monseigneur se fit saigner à Meudon par pure précaution. Après dîner le roi alla tirer du côté de Satory. Monseigneur le duc de Bourgogne demeura* presque tout le matin et toute Faprès-dlnée chez madame la duchesse de Bourgogne. — Le roi a parlé avec approbation des démarches du maréchal de Villeroy au passage de rOglio, et témoigne une grande impatience d'en apprendre la suite. Des déserteurs allemands qui sont venus dans notre armée assurent que les besoins sont grands dans celle des ennemis. Ils y ont une infinité de malades ; il y meurt tous les jours grand nombre d'hommes et de chevaux ; et, pendant les longues marches qu'ils ont faites^ ils en ont laissé beaucoup dans les chemins. — Le roi Jacques tomba l'après-dinée dans une foiblesse encore plus grande que les précédentes; à cinq heures la reine manda à madame de Maintenon qu'il étoit à l'extrémité et sans sentiment. Le soir, M. Fagon revint de Saint-Germain; il l'a laissé beaucoup mieux et assez tranquille; il a reçu tous ses sacrements.

Lundi 5, à Versailles. — Le roi, à deux neures, alla à Saint-Germain voir le roi d'Angleterre, qui avoit souhaité fort de voir le roi avant que de mourir. S. M. en revenant passa à Marly, d'où elle ne revint ici qu'à sept heures. Monseigneur vint ici de Meudon pour le conseil et retourna dîner à Meudon. Messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry allèrent tirer. Le roi trouva le roi d'Angleterre un peu mieux, mais on ne croit pas qu'il puisse aller loin ; il a parlé au prince de Galles, son fils, avec beaucoup de piété et de fermeté , lui disant que, quelque éclatante que paroisse une couronne , il vient un temps où elle est fort indifférente; qu'il n'y a que Dieu à aimer et l'éternité à désirer ; qu'il se souvint toujours d'avoir du respect pour la reine sa mère et beaucoup d'attachement et de reconnoissance pour le roi, dont ils ont reçu tant de grâces. Il souhaite d'être enterré dans l'église de la pa-

roisse de Saint-Germain sans aucune cérémonie et comme les pauvres. Rien n'est si touchant que de voir l'état où e^t la reine ; madame de Maintenon a passé une partie de la journée avec elle. — 11 arriva hier au soir fort tard un gentilhomme dépêché par M. de Savoie et parti du 30 au matin de l'armée. 11 donna à M. de Torcy une lettre pour le roi par laquelle S. A. R. conte à S. M. que le 29 au matin la rivière et le petit bras qui s'en sépare étoient passés ; qu'il ne manque pas un homme dans nos troupes ; que le 30 nous n étions plus qu'à deux milles des ennemis^ qui faisoient quelques mouvements dans leur camp. M. de Savoie ajoute que^ selon les intentions du roi ^ il étoit résolu de les attaquer, retranchés ou non, et que, s'ils se vouloient retirer, il les suivroit jour et nuit. — L'envoyé d'Espagne pour la voix de Bourgogne , qui étoit au nom du roi catholique à Ratisbonne , ayant reçu un ordre de l'empereur de se retirer de cette ville sous peine de mauvais traitements et môme de prison, est allé trouver M. Télecteur de Bavière pour lui demander ce qu'il trouvoit à propos qu'il fit en cette occasion. M. l'électeur lui a répondu qu'il devoit retourner incessamment à Ratisbonne et se loger dans le quartier de son ambassadeur, auquel il a envoyé ses ordres et écrit à MM. de Ratisbonne pour leur signifier que l'empereur n' étoit pas maître de la diète, qu'il n'y pouvoit rien décider sans le consentement unanime de tous les princes de l'Empice^ et que> s'il arrivoit quelque chose de fâcheux à l'envoyé du roi catholique , ils en répondroient et qu'il s'en prendroit à eux.

Mardi 6, à Versailles. — Le roi n'alla à la messe qu'après midi> et madame la duchesse de Bourgogne, haljillée en robe pour la première fois depuis sa maladie , Ty accompagna; ils descendirent en bas, et, après la messe, tinrent sur les fonts un fils de l'ambassadeur de Venise dont l'ambassadrice est accouchée depuis qu'elle est à Paris. Madame la duchesse de Bourgogne, un peu fatiguée de la cérémonie et de l'habillement, se mit ensuite au lit

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et passa Taprès-dlnée à jouer. — L'envoyé de Saxe-Gotha eut audience de S. M., avant la messe, au nom du landgrave de Hesse-Cassel, qui ne s'étoit pas encore expliqué nettement sur le sujet de la neutralité ; il a assuré que ce prince étoit résolu de l'observer exactement. M. le landgrave avoit prié le priQce de Gotha de trouver bon que son ministre se chargeât de cette commission. — Le roi d'Angleterre est tant soit peu mieux et on a mandé ce matin de Saint-Germain qu'il avoit bien passé la nuit; il pria hier le roi de trouver bon qu'il fût enterré dans la paroisse de Saint-Germain sans aucun mausolée avec ces mots pour toute épitaphe : Ci gît Jacques second, roi d^ Angleterre. — Le roi alla tirer dans le parc, et au retour M. Chamillart vint dans son cabinet pour lui apporter la lettre du maréchal de Villeroy du 1" de ce mois; il mande à S. M. que toute Tarraée a passé un des deux canaux qui la séparoient du camp des ennemis; qu'on étoit sur le bord du second, qu'on commençoit à saigner; que de là on voyoit fort à clair Tarmée ennemie, qui se retranchoit; qu'ils n'ont point la contenance de gens qui songent à se retirer ; qu'ils garnissent leur front de toute leur artillerie ; qu'il n'y a pas plus loin de ce dernier canal à leur camp que de Versailles à Trianon ; que notre infanterie avoit voulu passer le premier canal sans^ont et dans l'eau jusqu'au cou; que nos soldats faisoient de grands cris de joie de se voir si près des ennemis et qu'on a toutes les peines du monde à les empêcher de les aller attaquer. Le maréchal de Villeroy mande au roi qu'il lui enverra des courriers tous les jours, et le roi a ordonné qu'à quelque heure qu'il arrive la nuit, qu'on l'éveille. 11 est revenu huit cents hommes des hôpitaux, disant qu'ils seportoient assez bien pour combattre. — Monseigneur prit médecine àMeudon par précaution. Monseigneur le duc de Bourgogne et monseigneur le duc de Berry ont été voir le roi d'Angleterre chacun en leur particulier.

Mercredi 7> à Versailles, — Le roi alla tirer l'après-

dlnée et vit au bout du mail deux magnifiques carrosses qu'on envoie au roi d'Espagne ; ils sont dorés y fort bien peints et couverts de veloursbrodé d'or. Ces carrosses sont construits à la manière d'Espagne , les portières en saillie et vitrées poui*tanty et il n'y a point de siège décocher. — Monseigneur ne vint point de Meudon pour le conseil ; il a voulu se reposer le lendemain de sa médecine. Monseigneur le duc de Bourgogne alla tirer l'après-dlnée. Madame la duchesse de Bourgogne garda le lit presque tout le jour et s*amusa à jouer dans son lit. — Le roi d'Angleterre avoit été si mal la nuit qu'il avoit ordonné qu'on dit les prières des agonisants ; il étoit un peu mieux le soir. — Il n'arriva point de courrier dltalie ; on croit que le dessein des ennemis étoit de s'établir dans le petit canton du Bressan qu'on appelle Franza-Gurta^ qui est terminé à l'ouest par le lac d'Iseo et par l'Oglio, au sud par les canaux ou biailliers qui se jettent dans TOglio audessus de Palazzuolo y à l'est et au nord par les montagnes du Bressan. Ils prétendoient fortifier les petites villes et gros bourgs de ce canton^ tirer leurs vivres par le lac d'Iseo, et même en avoir par le lac de Garde, et tirer des contributions du Mantouan et du Crémonois.

Jeudi 8, à Marly. — Le roi partit de Versailles après vêpres pour venir ici. Madame la duchesse de Bourgogne, qui étoit à vêpres dans la loge de la tribune, se trouva un peu incommodée de l'excessive chaleur et fut contrainte de sortir de l'église. Le roi en parut fort inquiet. Elle alla se recoucher, et sur les cinq heures, se trouvant mieux, elle monta en carrosse pour venir ici , et dès qu'elle y fut arrivée monta dans un petit chariot et alla trouver le roi au bout des jardins sur l'abreuvoir. Elle avoit fait sçs dévotions aux Récollets le matin à Versailles. Monseigneur vint ici tout droit de Meudon avec madame la princesse de Conty . — Le roi d'Angleterre se porte un peu mieux ; on mande de Saint-Germain que sa perte de sang est presque cessée. — Les nouvelles qu'on reçoit de Hollande de

la santé du roi Guillaume portent que ce prince est de pis en pis ; son enflure augmente; il a le bourrelet, et ses crachats sont fort mauvais. — Don Navaret, qui commandoit les vaisseaux du roi d'Espagne , ayant refusé de servir sous le comte d'Estrées, a été rappelé. — La flotte angloise et hoUandoise ayant mis à la voile le 30, on a envoyé des ordres partout pour s'opposer aux desseins qu'ils pourroient avoir et qu'on ne comprend pas, la saison étant bien avancée.

Vendredi 9, à Marly. Le roi se promena le matin avec les dames ; madame la duchesse de Bourgogne le vint trouver au mail. Le roi lut tout haut une lettre qu'il venoit de recevoir du roi d'Espagne; il envoie au roi de fort beaux chevaux. S. M. alla Faprès-dinée à la chasse; Madame étoit avec lui dans sa calèche. Monseigneur, messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry étoient à la chasse, dont on ne revint qu'à la nuit fermée. — Le soir, après souper, il arriva un courrier du maréchal de Villeroy , qui mande que M. le duc de Savoie et tous les généraux ayant jugé qu'il étoit important de se rendre maîtres du poste de Chiari, qui couvroiten partie l'armée impériale et dans lequel M. le prince Eugène avoit mis des troupes, S. A. R. Tavoit fait attaquer par huit brigades d'infanterie ; que le combat avoit été assez opiniâtre et assez long; que M. de Savoie s'étoit porté partout avec beaucoup de courage, menant lui-même les troupes à la charge; mais qu'enfin ayant reconnu que ce poste n'étoit pas défendu par un simple détachement, mais par toute l'infanterie ennemie, il avoit de concert avec MM. les maréchaux de Vïlleroy et de Catinat jugé à propos de se retirer (1).

(1) M. de Catinat ne fat pas rappelé d*abord ; M. le maréchal de VUleroy tint sealement partager avec lui le commandement de Tarmée, et ce ne fut qu'à la fin de la campagne que le premier se retira. M. le duc de Savoie et M. le maréchal de Villeroy crurent devoir attaquer M. le prince Eugène , qui

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Samedi 10, à Marly. — On apprit beaucoup de particularités de l'affaire qui s'est passée à Chiari. Nous y avons eu plus de quinze cents hommes tués ou blessés. M. le maréchal de Gatinat s'est exposé comme un grenadier. M. de Savoie a eu plusieurs coups dans ses habits et a eu un cheval tué sous lui. La Chassagne, brigadier d'infanterie, y a été tué; le comte d'Esterre, frère du marquis de Robecque, et M. de Dreux, gendre de M. de Chamillart. y ont été blessés; il sont tous deux colonels d'infanterie en pied. Nous y avons eu deux colonels réformés tués, dont l'un est l'ainé de la maison de Chastelus. Nous y avons perdu aussi deux colonels irlandois fort estimés. Toutes nos troupes y ont fait des merveilles et avoient emporté les premiers retranchements des ennemis, qui ont perdu beaucoup de monde de leur côté aussi, à ce qu'on croit. L action se passa le 1" du mois, et le courrier partit le 3 au matin. Le second colonel réformé qui a été tué s'appelle M. de Bonde, gentilhomme d'Auvergne. — La flotte angloise et hollandoise est à la mer ; leur amiral n'ouvrira les paquets où sont ses ordres que quand il sera hors de la Manche, et on n'imagine point encore la route qu'ils prendront. — Madame la comtesse de Beuvron est de ce vogage ici; elle n'y étoit jamais venue.

Dimanche 11, à Marly, — Le roi alla l'après-dlnée à Saint-Germain voir le roi et la reine d'Angleterre, et trouva au haut de la montagne madame la duchesse de Bourgogne qui en revenoit avec madame de Maintenon. Le roi d'Angleterre est hors de toute espérance. Madame la duchesse de Bourgogne commence à ne se plus recoucher lesaprès-dlnées , mais elle se retire tous les soirs chez elle

aToit rOgiio derrière lui et le bourg de Chiari en front. M. de Catinat ne fut point de cet avis-là ; mais il n'en fut pas le maître , et nous fûmes repoussés , comme nous Tavions été à Carpi. Ce qu'il y a de singulier, c'est que M. de Savoie s'y exposa comme un grenadier, et Ton prétend que M. le prince Eo- ; étoH averti par lui de tous nos mouvements. (Note du duc de Luynes. )

avant neuf heures ; elle dîne et soupe tous les jours avec madame de Maintenon. — J^appris que le roi avoit donné le réghnent de cavalerie qu' avoit la Rare à Rassé, qui en étoit lieutenant-colonel. Il est huissier de la chambre du roi ; on Ta préféré à plusieurs mestres de camp qui sont encore à remplacer et dont le plus ancien est le chevalier de Sully. — On mande de Venise que tous les habitants du Cré masque et du Bergamasque ont retiré tous leurs effets , leurs fourrages et leurs grains au delà de l'Adda, c'est-à-dire du côté du Milanois. La république a obtenu trois mille Suisses pour mettre dans Bergame ; il y en a déjà mille d'arrivés. — On mande de la Haye que don Bernardo de Quiros, ambassadeur d'Espagne, a pris son audience de congé et s'en est allé à Bruxelles.

Lundi 12, à Marly. — L'après-dlnée, le roi courut le cerf, et au retour se promena dans les jardins. Madame la duchesse de Bourgogne ne sortit point. — Il arriva un courrier d'Italie par qui on apprit beaucoup de détails de l'affaire de Chiari. Nous y avons eu près de trois cents officiers tués ou blessés. On soupçonne les Vénitiens d'avoir été fort partiaux pour les Impériaux dans cette occasion ici . — M. de Marsin est arrivé en Espagne. Il a visité les ministres et les conseillers d'État sans cérémonie; il n*a point encore pris de caractère. Il suivra le roi d'Espagne en Aragon. Le duc d'Harcourt demeurera à Madrid , sa santé n'étant pas encore assez affermie pour faire ce voyage. Les vaisseaux qu'on avoit envoyés au mois de décembre passé à la Nouvelle-Espagne pour y porter la nouvelle de l'avènement du roi Philipe V à la couronne étoient arrivés à San-Lucar. On mande que la proclamation s'en est faite en ce pays-là avec une joie incroyable des peuples ; que tout étoit fort tranquille dans l'Amérique espagnole ; qu'on y mettoit les côtes et les ports en défense, particulièrement ceux de Carthagène, de Porto-Bello et de la Vera-Cruz, dont on renforce aussi les garnisons.

Mardi 13, à Marly, — Le roi alla à Saint-Germain à

deux heures. Il vit d'abord le roi d'Angleterre, qui ouvrit les yeux un moment quand on lui annonça que le roi étoit là, et il les referma dans l'instant. Le roi lui dit qu'il étoit venu le voir pour l'assurer qu'il pouvoit mourir en repos sur le prince de Galles et qu'il le reconnoltroit roi d'Angleterre, d'Irlande et d'Ecosse. Le roi alla ensuite chez la reine, à qui il déclara la même chose, et lui proposa de faire venir le prince de Galles pour le mettre dans la confidence d'un secret qui lui étoit si important; on le fit venir, et le roi lui parla avec des bontés dont il parut bien pénétré. Quand ce prince sortit de la chambre de la reine sa mère, milord Perth, son gouverneur, lui demanda pourquoi on l'avoit envoyé quérir ; il lui répondit que c'étoit un secret qu'il étoit obligé de garder ; ensuite ce prince se mit à écrire sur sa table ; le gouverneur lui demanda encore ce qu'il écrivoit : « J'écris, lui répondit-il, tout ce que m'a dit le roi de France pour le relire tous les jours et ne l'oublier de ma vie. » Quand le roi déclara au roi d'Angleterre qu'il reconnoltroit le prince de Galles roi, tous les Anglois qui étoient dans la chambre se jetèrent à ses genoux et crièrent Vive le Roi; la reine est si touchée de cette grande action qu'elle ne peut parler que dfe sa reconnoissance ; mais la douleur qu'elle a de voir le roi son mari en l'état où il est l'empêche de goûter cette joie-là bien purement. Au retour de Saint-Germain, le roi apprit à tous les courtisans ce qu'il venoit de faire pour le prince de Galles. M. le nonce demeure à Saint- Germain, et, dès que le roi d'Angleterre sera mort, il reconnoltra le prince de Galles roi. — M. de Pracomtal, ayant été détaché avec douze cents chevaux pour aller au-devant d'un de nos convois , trouva douze cents cuirassiers des ennemis qui s' étoient mis en embuscade pour enlever le convoi; Pracomtal les chargea, les renversa et les mit en fuite ; il y en eut plusieurs tués ou blessés, vingt de pris, et nous n'y avons perdu qu'un seul cavalier. — On mande de Languedoc que les états assemblés à Carcassonne ont

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accordé au roi trois millions pour le 4on gratuit , deux millions de capitation pour cette année et deux millions pour Tannée qui vient.

Mercredi 14, à Marly, — Le roi tint conseil le matin qui dura jusqu'à près de deux heures. Madame la duchesse de Bourgogne alla Taprès-dlnée avec madame de Maintenon à Saint-Germain; elles entrèrent d'abord chez le roi d'Angleterre, qui la remercia fort et la pria de passer dans la chambre de la reine et de ne pas demeurer davantage dans la sienne à cause de la mauvaise odeur qui est toujours dans la chambre des malades. Ce pauvre roi avoit envoyé quérir dès le matin le prince de Galles, à qui il dit : «Approchez-vous, mon fils; je ne vous avois pas vu depuis que le roi de France vous a fait roi; n'oubliez jamais les obligations que vous et nous lui avons, et souvenez-vous qu'on doit toujours préférer Dieu et la religion à tous les intérêts temporels. » Puis il retomba dans son assoupissement, dont aucun^remède ne l'a pu retirer. Dès qu'il a un intervalle , il parle avec une piété et une raison qui édifie tout le monde; il semble même qu'il parle avec plus d'esprit qu'avant sa maladie. — Madame la duchesse de Bourgogne commence à ne se retirer qu'à dix heures, et parolt le soir dans le salon.

Je revins ce soir-là de mon gouvernement et fis la révérence au roi quand il se mit à table.

Jeudi 15, à Marly. — Le roi d'Angleterre est encore plus mal qu'il n'a été , et on ne croyoit pas le matin qu'il pût passer la journée. Le roi y envoya hier Desgranges, maître des cérémonies , potir empêcher tout cérémonial. On portera son corps en dépôt chez les Bénédictins anglois à Paris, et, dès qu'il sera mort, la reine ira à Chaillot. Le roi a différé son départ pour Fontainebleau d'un jour, et si le roi d'Angleterre passoit encore la journée de demain , le roi le différeroit encore de davantage. — Monseigneur prendra à Fontainebleau le grand appartement de la reine-mère, que le roi et la reine d'Angleterre

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occupoient. M. et madame du Maine retournent à Pappartement que Monseigneur avoit pris Tannée passée , et les deux logements qui leur étoient destinés dans le bâtiment nouveau , au-dessous de la galerie de Diane > seront pour madame de Roquelaure et pour madame d'O. — On va publier un édit sur les monnoies ; on remet les louis à treize francs et les écus blancs à trois livres dix sousj il faudra que les particuliers les portent à la Monnoie. On en donnera douze livres dix sous à ceux qui les y porteront et on y mettra la marque nouvelle; on donnera le même profit à proportion aux particuliers sur Fargent blanc, et on espère que ce cbangemeni^là pourra remettre l'argent en mouvement, qui n'y est pas assez.

Vendredi 16, à Marly. — Le roi d'Angleterre mourut à Saini-Germain sur les trois heures; il avoit toujours souhaité de mourir un vendredi. Le soir on emmena la reine à Chaillot. il y avoit déjà quelques jours que son confesseur lui avoit défendu d'entrer dans la chambre du roi son mari. — M. le nonce a reconnu, de la part du pape, le prince de Galles roi d'Angleterre; il prendra le nom de Jacques trois, et sera Jacques septième en Ecosse. — 11 arriva un courrier de M.'le maréchal de ViUeroy parti de notre armée d'Italie du 11 ; les ennemis sont toujours dans leur même camp, où on ne les peut pas attaquer. Un prêtre milanois avoit suborné le gouverneur d'un petit fort et Tavoit obligé de le livrer aux Impériaux ; ce fort étoit près du lac de Côme, entre Côme et le fort de Fuentes. On prétend même que l'évêque de Côme leur auroit livré cette ville s'ils s'en fussent approchés. M. de Colmero , officier général dans les troupes d'Espagne , a marché à ce fort, l'a repris et poursuit même quelques Allemands qui avoient filé par la Valteline du côté du fort de Fuentes, et afait punir comme de raison le prêtre qui avoit trahi les Espagnols.

Samedi 17, à Versailles. — Le roi travailla le matin à Marly avec M. de Chamillart et l'on renvoya le soir le

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Qourpier de H. le maréchal de Villeroy qui étoit arrivé le jour d'auparavant. Le roi travailla longtemps Taprèadlnée à Marly avec Mansart et revint ici à six heures. Monieigneur alla dîner à Heudon, où il demeurera jusqu^à mercredi, qu'il en partira pour aller coucher à Fontainebleau. Monseigneur le duc de Bourgogne revint ici en sortant de table et alla jouer le soir chez madame la duchesse. — Le roi donna le régiment de Bugey à M. le comte du Gua, brigadier d'infanterie et le plus ancien des colonels à remplacer ; ce régiment étoit vacant parla mort de H. de Matau qui est mort de maladie en Italie. — Le roi donna ces jours passés une pension de 3,000 francs à madame Tourole , femme de chambre de madame la duchesse de Bourgogne , pour quatre enfants qu'elle a , 500 francs à chacun. Son mari mourut il y a déjà quelque temps; il étoit garde-meuble du roi. — Le soir sur les sept heures, à Saint^^iermainy on transporta le corps du roi Jacques aux Bénédictins anglois à Paris, où 11 demeurera en dépôt.

Dimanche 18, à Versuillss. — Le roi alla tirer l'aprèsdlnée. Monseigneur, qui est à Meudon, tira toute l'aprèsdtnée avec M. le prince de Conty dans le parc. Madame la duchesse de Bourgogne joua toute l'après^née chez elle et n'en sortit que pour le salut. — Avant-hier à Marly il arriva un courrier de Turin par qui on apprit que M. le prince de Carignan, chargé de la procuration du roi d'Espagne, avoit épousé la princesse de Savoie, qui partit mardi dernier de Turin pour aller trouver le roi son mari à Barcelone, où il est allé l'attendre . Cette reine sera huit jours en chemin de Turin à Nice, où elle doit s'embarquer sur la galère du comte de Lemos, qui est fort dorée et fort magnifique . — On a eu avis que la flotte angloise et hollandoise, qui avoit mis à la voile sur la fin du mois passé , avoit été obligée par les vents contraires à relâcher. Il court un bruit qu'elle ira au détroit et qu'elle y prendra le pavillon de l'empereur ; on dit môme

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qu'elle y sera jointe par quelques vaisseaux danois et que le comte de Guldenleu la commandera par une commission particulière de l'empereur. — M. l'ambassadeur de Savoie apporta à madame la duchesse de Bourgogne un portrait en grand de la reine d'Espagne, sa sœur, qu'il assure être fort ressemblant et qui est très-agréable; l'habit et la coiffure, qu'on dit être à la manière présente d'Espagne, ont fort plu à^tous ceux qui l'ont vu.

Lundi 19 y à Versailles. — Le roi travailla l'après-dlnée avec M. Pelletier. — On publia à Paris et à Versailles le nouvel édit pour les monnoies. — Madame la princesse de Conty, après le souper du roi, alla coucher à Meudon; elle ira avec Monseigneur à Fontainebleau. — iWonseigneur le duc de Bourgogne joua le soir au brelan avec madame la duchesse de Bourgogne et ses dames. — Le roi augmente de la moitié ce qu'il donnoità monseigneur le duc de Bourgogne pour ses menus plaisirs; il n'avoit que 1,000 écus par mois, il en aura 2,000 à commencer au 1" d'octobre. — M. de Guiscard, notre ambassadeur auprès du roi de Suède, a permission de revenir; le roi y envoie, pour faire les affaires en sa place, M. le marquis de Bonnac, neveu de Bonrepaux , qui n'aura que la qualité d'envoyé avec 6,000 écus d'appointements. M. de Bonnac étoit envoyé auprès du duc de Wolfenbûttel. On donne cet emploi au marquis d'Usson , frère de Bonrepaux, qui étoit déjà en ce pays-là commandant les troupes de ce prince, qui avoit demandé, il y a quelques mois, un général au roi ; si bien que M. d'Usson présentement aura l'emploi de commander les troupes de ce prince et sera en même temps envoyé du roi pour négocier les affaires de ce pays-là.

Mardi 20, à Versailles, -r- Le roi en sortant de dîner alla à Saint-Germain voir le nouveau roi d'Angleterre Jacques III ; il ne demeura pas longtemps avec lui et fut ensuite chez la reine sa mère. Madame la duchesse de Bourgogne arriva peu après le roi à Saint-Germain; elle

avoit dans son carrosse madame la Princesse, madame la Duchesse et mademoiselle d'Enghien. Madame y vint lin peu après elle , ayant dans son carrosse M. le duc d'Orléans et madame la duchesse d'Orléans. Monseigneur y vint aussi de Meudon avec madame la princesse de Conty. Messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry avoient fait leurs visites avant le roi. S. M. se tint toujours auprès de la reine d'Angleterre pendant toutes ces visites, qui finirent toutes par aller chez la princesse d'Angleterre. La reine demeurera toujours à Saint-Germain avec le roi son fils et la princesse sa fille. Madame la duchesse de Bourgogne et toutes les princesses étoient en robes de chambre, le roi d'Angleterre en grand manteau violet; tout le cérémonial de ces visites-là pareil à celui du roi Jacques II, son père, dont le cœur fut porté à Chaillot après que son corps eut été porté aux Bénédictins anglois à Paris, la nuit du samedi au dimanche. — Tous les ambassadeurs vinrent ici le matin au lever du roi à leur ordinaire, hormis l'ambassadeur d'Angleterre, qui fait le fâché sur ce que le roi a reconnu le roi Jacques m (1). Il n'y a pourtant rien en cela de contraire au traité de Ryswyck; il y a même des exemples pareils de deux rois d'un même pays reconnus en même temps. Le roi Casimh% que nous avons vu mourir à Paris , avant que d'être

( 1) « Il y a longtemps que je ne tous ai écrit, mon clier frère,et il s'est passé encore bieD deschoses depuis ; je suis persuadé que tous aurez été de même sentiment que moi sur la reconnoissance du prince de Galles, et je ne crois pas qu'un honnfite homme pût penser autrement; aussi cette action a-t-elle été bien louée ici et des François et des Anglois. Le prince d'Orange ou le roi Guillaume, comme il TOUS plaira le nommer, a ordonné à son ambassadeur de retourner en Angletare sans prendre congé du roi; mais on se moque de sa colère , et il ne peut pas faire plus de mal qu'il tâche à nous en faire. J'avoue que je fus fort soulagé quand j'appris que le roi avoit déclaré qu'il reconnoissoit le prince de Galles, et quoique je n'en doutasse pas, j'en témoignai ma joie à tout le monde. Je suis persuadé que vous n'en aurez pas été fâché non plus. » (Lettre du duc de Bourgogne à Philippe V, écrite à Fontainebleau le 4 octobre 1701, et rapportée dans les Mémoires de Louville, t. P', p. 198.)

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poi de Pologne fût Reconnu roi de Suède, quoiqu'il y eût un autre roi de Suède, sur le trône avec qui même nous étions en alliance (1).

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