IOUK^AL Dfci DAMGbAU
Vendôme a formé quelque entreprise et qu^il a eDYdjé ce courrier poux* recevoir les derniers ordres làrdessm. On dit qu'il va assembler sous Crémone quarante bataillons et oinquanfe escadrons; nous avons deux ponts sur le Pô : ainsi nous donnons inquiétude aux eilnemis des deux côtéSy et apparemment ils seront obligés de se rassembler. Ils font courir le bruit qu^il leur viendra domse mille hommes de Hongrie; mais^ par les nouvelles qae nousavons^ ces troupes-là ne sont point encore en marche.
Lundi 20 , à VersaiUes. — Le roi alla à la volerie {xior la première fois de Tannée. Monseigneur alla à Meudoo, pu il demeurera jusqu'à vendredi. Messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry suivirent le roi à la volerie; madame la' duchesse de Bourgogne y £dla en carrosse.— Par toutes les nouvelles qui viennent d'Angleterre on a lieu de croire que le roi Guillaume est assez mal; on mande de Hollande et de Flandi*e qu'il est en très-grand danger. Ce roi a fait payer depuis quelque temps le douaire des veuves qui sont à Saint-Germain auprès de la reine d^ Angleterre, et c'est le parlement qui Ta contraint à le faire. La duchessede Tyrconnel,qui a un douaire de 18,000 livres. Ta déjà reçu. — Nous eûmes la nouvelle de la mort de madame la princesse de Baden , tante de madame de Dangeau; elle est morte en Bohème. Elle avoit épousé on premières noces le duc de Neubourg, grand -père de l'impératrice et de la reine d'Jispagne douairière; elle avoit trois ans moins que le cardinal de Furstemherg, son frère.
Mardi 21, à Versailles. — Le i»oi donna le matin audience au nonce extraordinaire qui est arrivé depuis peu de jours; il est de la maison de Fiesque. — L'envoyé de Portugal qui est à Londres en fit partir un courrier sar medi après dîner pour venir ici en diligence apporter les nouvelles de l'extrémité du roi Guillaume; il Ta adressé à renvoyé du Portugal qui est ici, et le prie d'en dépécher un aussitôt à Lisbonne, afin que le i-oi son maître
MAhS mn. aM
en soit pi'oinptement informé. L'envoyé de Savoie à I^>ndrei» écrit en même temi>8 à ramliassjideur de Savoie ((iii est ici , le priant de même de faire porter incessamment cette nouvelle h Son Altesse Royale son maître. Voici la copie de la lettre de Tenvoyé de Portugal qu'on a a}!portée ce matin au roi.
« A Londres, le 18 mai's 1702.
« Le roi est frès-mal depuis avant-hier. Il a eu un dôvoiement qui Ta extrêmement affoibli; on le lui aif/^ta le soir mémo avec des remèdes; mais lui ayant repris hier matin , il fut encore arrêté avec d'autres i»emêdes, et on lui arrêta aussi des vomissements qui lui prirent ensuite. Tous ces fâcheux accidents Tout mis dans une si grande foiblesse que les médecins désespéroient hier au soir de le voir en vie ce matin ; le bruit étoit même déjà répan<lu dans la ville qu'il étoit mort cette nuit à (piati*e heures. Ce bruit s'est trouvé faux ; il est un peu mieux , mais toujours en grand danger de mourir à chaque moment. U a un déj^oût extraordinaire , et l'on est obliiré , pour le Dourrir^ de lui donner tout ce qu'il demande; mais il prend «i peu de chose qu'à peine peut-il vivre avec ce qu'il mange. U a pris ce malin une tasHt* de chfH'olat, qu'il a retenue; on lui a donné des cordiaux, du vin d'Espagne et d'autres liqueurs encore plus fortes, l^es médecins ne lui trouvent plus de iiévre depuis hier ; mais & M. dit qu'elle se sent beaucoup de chaleur en dedans, ce qui fait croire que la nature n'a plus la force de la manifester au dehors. Elle a les jambes , les genoux et les cuisses enflés; elle est dans un abattement extraordinaire, ce qui fait craindre une dissipation entière des esprits. Enfin l'on croit qu'on aura peine i\ le tirer d'un état si dangereux; on le regarde comme un homme mort, y»
On mande en même tem[>s qu'on se hâte de faire \v\r^ tir ce courrier, j>arce qu'on omit ({ue le lendemain les i>orls seront fermés.
Mercredi 22, à Versaillen. — Le roi, après avoir entendu le sermon , s'alla promener à Trianon ; madame la duchesse de Bourgogne y alla aussi de son c6lé. — Le roi a encore donné quelques régiments d^infanterie à lever : le comte dé Brancas^ fils du duc de ce nom, qui éioit dans le régiment du roi depuis quelques années , est uo des colonels qu'on a choisis ; je ne sais point encore les autres. — Le mariage du duc de Richelieu avec la ma^ quise de Noailles se fit ces jours passés à Paris; la noce se fit en particulier ; il n'y eut même personne de la famille des Noailles. Celui du jeune Saint>-Pouanges avec mademoiselle de Sourdis se fera demain; il a pris le nom de Chabanois^ qui est une principauté que H. de Saint- Pouanges, son père, a achetée depuis peu des créanciers de la maison de Sourdis^ et dont il a donné 100,000 écus. — M. de Vendôme doit avoir passé le P6 ces jours ici sur les ponts que nous avons à Crémone et à San Giacomo. qui est quelques lieues au-dessus.
Jeudi 23, à VersaiUes. — Le roi alla Taprès-dlnée se promener à Marly, où il fait toujours faire quelque embellissement nouveau. Madame la duchesse de Bourgogne alla passer l'après-dlnée à Meudon avec Monseigneur; elle s'y promena avec lui jusqu'à la nuit. — On eut nouvelle que le bailli d'Auvergne étoit mort à Berg-op-Zoom. Il étoit fils aîné de M. le comte d'Auvergne, mais il s'étoit fait chevalier de Malte et s'étoit réservé une pension de 12,000 livres que lui payoit le prince d'Auvergne son frère, et on lui avoit promis encore 8,000 livres de pnsion après la mort de M. le comte d'Auvergne. II avoil souvent menacé de se faire l'élever de ses vœux, ce qui auroit fort embarrassé les affaires de la maison. — Depuis la réforme des espèces d'or et d'argent, il a àéji passé à la Monnoie de Paris ou aux autres Monnoies du royaume plus de deux cents millions. — On a des avb sûrs que le comte de Château-Renaud est à la Martinique: il a trente vaisseaux de ligne avec lui. — M. le comte de
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Toulouse se dispose à partir à la lin du mois qui vient pour aller à Toulon; il montera le vaisseau qui doit porter le roi d'Espagne à Naples , et Ton compte que ce vaisseau-là aura porté le roi d'Espagne à Naples et sera revenu avant la fin du mois d'avril.
Vendredi 24, à Versailles, — Le roi alla tirer, et puis se revint promener à Trianon. Monseigneur revint le soir de Heudon , où il avoit mené fort peu de monde ce voyage ici. — L'ordinaire d'Angleterre qui arrive les vendredis n^arriva points et, comme il n'y a point eu de gros temps, on croit que les ports d'Angleterre sont fermés et que le roi Guillaume est mort. — Le maréchal de Vilieroy est encore à Inspruck; il croit qu'on veut l'envoyer à Gratz en Styrie. Il a écrit au cardinal d'Estrées, qui est à Venise, une grande lettre où il lui rend compte de TafTaire qui se passa à Crémone le V février; en voici la copie :
« Quoique je sois j)ersuadé que ma lettre courra bien des hasards avant que d'arriver à Votre Éminence, n'ayant de particulier à lui mander que le détail de ce qui m'est arrivé, je l'expose sans scinipule A. la curiosité de ceux qui auront envie de la lire. Si j'avois pu avoir l'honneur de lui écrire plus tôt, j'aurois prévenu les faux avis qu'on a peut-être répandus sur l'action (jui s'est passée à Crémone le 1" de ce mois, dont Votre Kminence doit être pleinement instruite présentement. Je partis le 23 janvier de Crémone, laissant tous nos quartiers dans la meilleure dis[>osition que je le pou vois désirer, notre pont sur le Pô bien établi avec son retranchement à la tète dudit pont en bon état et entièrement fini. 1^ 2i j'arrivai à Milan, et j'y demeurai le 29. Le 30 j'en repartis, et arrivai à Crémone le 31 au soir, où j'appris que M. le prince de Vaudemont, avec douze ou quinze cents hommes de pied et pareil nombre de cavalerie, marchoit sur le Taro, et que de Tautre côté de l'Oglio cpielques trou[>es des ennemis s'assembloient aussi à l -stanio et à Caneto. M. le marquis de t-réquy, \yav qui j'en avois été averti, avoit donné
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tous le» ordret! pour la sûreté de ses quartiers. Vàilà la diâposition générale où nous étions le 8l au 9cAt, ayant pris toutes les précautions nécessaires ^our être avMis des mouvements que les ennemis po<ttrroleift fait«^ litnt d u côté du Parmesan que dans le Crémonois s'ik passoteflt rOglio. Toute la nuit du 31 au l**' février Se psiasa s&ns que je reçusse aucun avis. A la pointe du joor j'eniimdtt tirer sur la gauche de ma maison y et dans le même instant un de mes valets eïitra dans ma diambre, nie criant que les Allemands étoient dans là ville. Je fli'hsbillai fort vite et demandai un cheval. Ck)mme j'enten* dois le feu s^ augmenter et s'approcher de ma tnaison, ne doutant plus que ce ne fût une trahison et que la première chose par où les traîtres commenceroient^ ce Sèroit àt ve^ nii* à ma maison^ j^ordonnai avant que de monter à cheval qu'on brûlât tous les chiffres et tous les papiers, ce qui a été exécuté fidèlement. J'ordonnai au capitaine de ma garde d'aller à une porte de la ville qni n'étoit qu'à cent pas de mon logis pour en fortifier le poste , ne pouvant me figurer encore que les ennemis pussent être datis la viUe, mais seulement une assemblée de canaiUes qui chercheroient à se saisir de quelques portes pour introduire les Allemands. Comme je me trouvai le plus diligent de ma maison ^ je sortis seul à cheval, et poussai à toute bride sur la place, comme le premier endroit oà j'étois sûr de trouver des soldats assemblés et où je pourrois d'abord rallier du monde et établir un poste oonsidérable^et que de là je me transporterois sur Tesplanade^où, suivant Tordre général, plusieurs troupes de cavalerie et d'infanterie dévoient s'assembler à la première alarme. Entre ma maison et la place je trouvai les ennemis en traversant une rue qui étoit sur ma gauche, d'où ils me tirèrent quelques coups de mousquet ; cela m'obligea de faire un plus grand tour pour aller sur la place. La ce^ titude que les ennemis étoient dans la ville me donna plus d'impatience d'y arriver, car le mal me parut pretr
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sanl. En arrivant au corps de garde sur la place , je trouvai qu'il comniençoii d être attaqué > mais encore aâses foiblement. Comme je faisois ce que je pouvois pour 1 encourager et Tobliger à tenir ferme ^ les ennemis dé* bouchèrent en gi*and nombre par deux endroits dans la place^ et entourèrent tout le corps de garde. Je me trouvai enveloppé de sorte qu'il ne me l'ut pas possible de me dégager. Je fus d abord jeté à bas de mon cheval et livré à la première fureur des soldats. Un officier vêtu de rouge, du régiment de Bagny^ se jeta à moi et me retira avec bien de la peine de Tétat pressant où je me ti*ouvois. Je crois devoir le prompt secoui^s qu'il me donna à mon habit. Peu de moments après^ nous fûmes attaqués^ mais assez foiblement, n'ayant pas d'officier à la tète des soldats. Après qu'ils se furent retirés^l'officier qui m'avoit pris me mena dans la chambre du corps de garde en haut, où il songea à rétablir un peu le désordre où il m'avoit trouvé. Je n'ai qu à me louer de sa conduite et du soin qu'il prit de moi. Je voulus le tester par des offres considérables, poiu^vu qu'il voulût me remettre en liberté sur l'esplanade ; jamais il ne voulut y entendre, et je dois ce témoignage à la vérité que ce que je lui offrois étoit capable de le dédonmiager de toute la fortune» qu'il pourra faire dans la suite. Nous fûmes attaqués une seconde fois, et je vis des moments où j'espérois être délivré si nos troupes avoient été plus nomlireuses et que nos officiers eussent pu soupçonner que j'étois dans ce corps de garde ; mais mon malheur a prévalu à tout : cette seconde attaque ne me fut pas plus favorable que la première. Je fis ensuite une seconde tentative auprès de cet officier de Bagny, qui n'eut pas plus de succès que la première fois quoique j'augmentasse mes offres. Nos troupes commençant à se rallier partout et entendant un grand feu de toutes parts , cet officier qui me gardoit appela un major ou un lieutenant-colonel qui étoit sur la place pour lui dire qu'il avoit un prisonnier de con-
sidération. Je le vis courre à toute bride du côté de la grande église^ et un quart d'heure après le comte Guido Staremberg, que mon capitaine me nomma^ me vint prendre, et me conduisit dans une maison contre la porte qui avoit été livrée aux ennemis par la trahison d'un curé dont je ne sais que très-imparfaitement le détail. V. E. Faura su bien promptçment par M. le prince de Vaudemont et par les lettres d^une infinité de particuliers de Crémone. Il é toit dix heures et demie lorsque le comte Guido Staremberg vint me prendre; en traversant la ville, j'entendis que nos troupes attaquoient les ennemis de tous côtés, et je ressentis d'autant plus vivement mon malheur que j'étois assuré que npus rechasserions les ennemis hors de la ville avec toutes sortes d'avantages. M. le prince Eugène et M. le prince de Commercy vinrent me voir dans la maison où ils m'avoient fait conduire; je reçus d'eux toutes sortes d'honnêtetés. Ils ne restèrent qu'un moment avec moi, ayant des affaires pressantes ailleurs; en sortant de mon logis ils donnèrent ordre qu'on me menât hors de la ville dans une cassine qui n'en étoit qu'aune demi-portée de mousquet, où je restai fort longtemps. Je vis arriver M. deCrenan blessé et quelquesnins de nos officiers, qui la plupart avoient été pris par l'infidélité des habitants qui les avoient livrés aiLx ennemis. Sur les deux heures après minuit on me mena à Ustiano. Voilà tout ce que je puis mander à V. E.. par ma connoissance particulière, de ce qui s'est passé dans Crémone, tant par rapport à l'action générale que sur ce qui me regarde particulièrement; car depuis que j'ai été pris je n'ai reçu de nouvelle de personne. Je ne sais comme la trahison a commencé ni comme quoi les ennemis ont été chassés de la ville. Je sais en général que nos troupes y ont fait des merveilles et que deux régiments irlandois s'y sont fort distingués. V. E. doit avoir présentement une connoissance parfaite de tout ce qui s'est passé. Je ne m'étendrai point en réflexions doulou-
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reuses sur l'état où je me trouve; j^avois fait tout ce que la prévoyance peut faire penser^ et j'y avois joint toute ^activité nécessaire pour être promptement averti. J'ai été trompé et dedans et dehors. J'arrivai le 31 janvier à Crémone, et le f février, à la pointe du jour, la trahiton éclate sans que pas un seul homme en soit averti auparavant d'un moment. Je répète à Votre Éminence que je ne sais rien que très-confusément; ainsi bien des raisons m'empêchent de lui en dire davantage. Ce qui soulage l'état où je suis , c est d'être bien assuré que les ennemis n ont pas lieu de se réjouir de l'entreprise qu'ils ont faite ; mais pour moi beaucoup de sujet de m'en affliger par l'état où je me trouve. M. le prince Eugène m'a envoyé à Inspruck. Je n'ai lieu que de me louer du traitement que je reçois jusqu'à cett« heure; je ne sais ce qui arrivera dans la suite. J'attends des nouvelles de . Vienne avec bien de Timpatience; j'espère que la protection du roi me tirera promptement de la malheureuse condition où je suis. Je demandai avec empressement au prince Eugène de m'envoyer à Venise, en lui donnant ma parole de me rendre où il voudroit dès qu'il me le demanderoit; il n'a jamais voulu me l'accorder. Ç'auroit été une prison bien douce que de la passer auprès de V. E. ; mais la malignité de mon étoile ne peut pas consentir à une telle consolation. La continuation de l'honneur de ses bonnes grâces y suppléera, rien ne m'étant plus cher que de pouvoir m'en flatter. Je suis toujours, avec mon respect ordinaire, le plus humble et le plus res* pectueux de ses serviteurs.
w A Inspruck, le 18 février. »
Samedi 25, à Versailles. — M. de la Vrillière vint le matin chez le roi avant son lever, et lui apporta une lettre du commandant de Calais, qui mande qu'un patron de liarque anglois est venu donner avis que le roi d'Angleterre mourut dimanche dernier, lly a tantd'apparenoe
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que cet avis est vMtable qu'on ne doute presque plus de cette mort. Le roi a envoyé ordre A M. d'Argemon à Paris d'empêcher qu'on en fasse des réjouinsanees pa-' bliques ; il a donné le même oidre ici. SitAt que le roi eut reçu cette nouvelle^ il l'envoya dire A Monfleigneor, qui étoit encore au lit^ et chargea M. de la Trillière d'alkt à Saint^Cyr l'apprendre à madame de Maintenons qu^fy étoit déjà. A midi le roi alla A la cbapelle en haut avee toute la maison royale, où ils entendirent la messe et vêpres; raprècMlinée ils allèrent tous au sermon. Ensuite le roi tint conseil jusqu'à cinq heures, et puis s'alla promener à Trianon, où madame la duchesse de Bourgogne le vint joindre. S. M. avoit travaillé le matin , avant la messe , avec M. de Pontchartrain. Durant toute la journée le roi n'ouvrit pas la bouche aux courtisans sur la nouvelle qu'il avoit eue de Calais, et n'a donné aucun signe de joioi quoiqu'il ait grand sujet d'en avoir ; mais il est toujours maître de lui en toutes choses.
Dimanche %6, à Versaille». -— Le matin , après la mes§e du roi , il arriva un courrier de M. de Manneville , gouverneur de Dieppe, qui mande qu'on y a eu des avis sûrs d'Angleterre que le roi Guillaume étoit mort le 19. Cette confirmation de ta nouvelle d'hier ne parut pas encore suffisante; mais Taprès-dinée le roi en eut des avis par tant d'endroits qu'au retour de sa chasse il dit en entrant chez madame de Maintenon qu'il ne falloit plus en fiure un secret. Les Anglois ont reconnu la princesse de Danemark reine ; elle a déjà pris sa place et harangué dans le conseil. On mande que milord Portland, le lendemain de la mort du roi son maître , étoit repassé en Hollande. Le marquis de Bedmar, gouverneur par intérim des Pays- Bas espagnols, a envoyé un courrier de Bruxelles pour porter ici la nouvelle de la mort du roi Guillaume, qu'il a apprise par la Hollande ; il doutoit que nous la sussions ici. On ne sauroit remarquer dans les discours du roi ni sur son visaire qu'il ait reçu une bonne nouvelle. — U>
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roi à son souper dit qu'il avoit reçu des lettres de M. de Vmid6me du f 8, qui lui mande que la garnison de Hanlone » encore battu les ennemis et enlevé un de leurs quartiers» mais qu'il n'en apprend point le détail à S. H., {MTca que y. de Tessé, qui commande dans la place^ lui W rendri^ meilleur compte dans ses lettres que H. de Vendôme ne pourroit faire dans les siennes.
Lundi 27; à Marly. — Le matin > au lever du roi à Y^rsailles, M. l'ambassadeur d'Espagne lui apporta la relation de l'avantage que la garnison de Mantoue a rempprté le Ib de ce mois sur les Impériaux. M. de Tessé n^eu a encore rien mandé. Voici la relation que Tarn* fraasaijeur d'Espagne a apportée au roi (1) : Sur la nou* velle que nous avions que la garnison de Marmirole devpit être relevée ^ Zurlaul>en sortit avec six cents chevaux et dix compagnies de grenadiers, conunandés par le marquis de Morangis, pour les attaquer ; mais ce change* ipent se fit la nuit. Cependant Zurlauben les suivit; nos l^puss^ds, ayant pénétré le derrière de leur marche, firent quarante prisonniers avec partie des équipages des oEfi- CfarSj quelques chariots sur lesquels il se trouva de Tar* gent, qui étoit le prêt de cette garnison, ave^c vingt bœufis et beaucoup de butin. Cela donna envie de faire autre chose, et comme il y a quelque temps que nous avions ff^l sonder les fossés du poste de Uasso , diuis lesquels il y ayoit cinq grands pieds d'eau, Zurlauben le fit investir et sommer l'officier qui y commandoit avec cinquanta girenadiers et plusieurs paysans , lequel répondit à coups 4e fusil. Le marquis de Morangis s'avança au premier retranchement, et le marquis de l^uville, qui y étoit vo-
(I) iM Mercure (Iomm cette rafaitioo dam de» termes presque ideaUqaen •leiw le Toiuine de inarH, imivv 310 à aie. KlliM'Kt aiIrcMni* au |irii|(« de VeodeiDont, et celui qui IWrit, ajoute le Mercure^ <• est ^Vmw; si haute djiiliiit*- IIm ^*H eut pennU àr cniirr qu'il n'> a presque iiersonne aii-de<*uis de lui
loniaire, ayant fait le tour de ce poste, le fit attaquer eD même temps de Tautre c6té et Zurlauben d'iin autre. On se jeta à Teau de toutes parts/ et malgré le feu des ennemis la première enveloppe de la cour fut bravement emportée. La garnison se jeta dans le colombier attaché à la cassine^ où Ton les fit encore inutilement sommer de se rendre. Morangis^ malgré un coup de fusil qui lui perçoit le pied, marcha à la porte du colombier pour la faire enfoncer, et conime elle étoit assez bonne ^ on fat obligé d'y mettre le feu, et ce fut un spectacle horrible de voir les ennemis, qui s'étoient eux-mêmes ôté la possibilité de sortir, criant miséricorde et se jetant parles fenêtres. Plusieurs paysans, dont huit se distinguèrent pour se défendre, quoique sujets de M. de Mantoue, et qui seront pendus dans deux heures, étoient avec les troupes, et quantité de femmes allemandes, qui pareillement se jetoient par les fenêtres; on les aida de cordes et d'échelles, et enfin le poste fut enlevé, -brûlé et pillé. Un officier qui se trouva trop gros ne put, sortir par un trou où il s'étpit engagé et d'où l'on ne le tira qu'avec beaucoup de peine. Le tout fut ramené à Mantoue, de sorte qu'outre le pillage, qui fut très-considérable , l'on raJQiena quatre-vingt-sept prisonniers , quasi tous grenadiers, avec un officier, les autres ayant été vraisemblablement tués ou brûlés. L'on ramena aussi quarante bœufs. Les quartiers voisins des ennemis voulurent s'a* sembler; le comte de Clermont marcha à eux d'un côté et Zurlauben de l'autre, et les mirent en fuite. M. de la Bretonnière, colonel dans le régiment du Bordage, et M. de Vienne les poussèrent de leur c6té. L'affaire fut complète; nous n'avons perdu que le lieutenant des grenadiers de Limousin, quatre grenadiers tués et cinq blessés. M. le comte de Tessé , après avoir bien grondé le marquis de Bouligneux, MM. de Leuville, de Monsoreau, de Mirabeau, le chevalier de Sourches et le chevaliei'de Tessé, qui étoient à cette action volontaires, les embrassa
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et les assura de ne les plus laisser aller ainsi faire les carabins ; car tous ces géns-là et beaucoup d'autres officiers qui s'y trouvèrent volontaires se jetèrent à Teau comme des barbets^ et Zurlauben ne fut pas plus sage qu'eux. L'onnesauroitexprimer la joiede H. deMantoue^ qui vint au-devant des troupes chargrées de butin. Le poste étoit garni de toutes choses^ principalement de chaudrons^ de batteries de cuisine et de riz.
Mardi 28, à Marly. — Le rot tint le matin conseil comme à son ordinaire^ et Taprès-dlnée il alla courre le oerf; madame la duchesse de Bourgogne étoit avec lui dans sa petite calèche. Monseigneur avoit couru le loup le matin à Saint-Germain , et étoit revenu ici longtemps avant la chasse du roi; il eut la complaisance pour ma^^ dame la princesse de Conty de monter en calèche avec elle et de demeurer à la chasse du roi jusqu'à la mort du cerf, et il ne monta point à chevaL — Le roi a fait omTir depuis quelques jours une caisse des emprunts où Ton a huit pour cent d'intérêts; on y a déjà porté plus de deux millions. — Le général des Prémontrés est mort à Paris. Ce bénéfice est très-considérable ; il vaut plus de SOyOOO écus de rente et est chef d'ordre : celui qui vient de mourir étoit Colbert. — Le roi envoie en Normandie, pour servir sous M. de Matignon ^ le régiment de dragons de Sainte-Hermine. Moncaut, gouverneur de la citadelle de Besançon , ira aussi servir de brigadier en ce pa^s-Ià; il est officier de mérite et bon ingénieur, mais il ne servoit plus dans les armées.
Mercredi 29, à Marly. — > Ijq roi tint conseil d'État le matin à son ordinaire, et l'après-dlnée il alla à Saint-Germain voir la reine d'Angleterre et fut assez longtemps enfermé avec elle. Madame la duchesse de Bourgogne y étoit allée avant le roi, et en revint quand S. M. y arriva. — M. le prince de Conty a obtenu un arrêt du grand conseil qui confirme d'anciens arrêts obtenus par la maison de Unieueville vonive les Nassau, qui ét4>ient en