‹ Journal du marquis de DangeauChapitre 26 sur 31 · T. TUT · texte numérisé non relu

T. TUT

170 JOURNAIi m DANGRAU.

possession de la principf^uté d'Orange et 4aa terres de Franche-Comté qui vienneAt de la maison de Cbàlons. 11. le prince de Gonty, en vertu de cet arrêta a wvoyé prendre possession de tous œs hîens*Uj qm lui seront disputés par madame de Nemours, par madame de Us^ diguières et par M. de Matignœi , sans oomptar les hM** tiers du roi Guillaume ; mais j'ai toi\iours oql dire qne les droits de la maison de Liongueville sur les t^pes m débat étoient incontestables. I^e premier arr^( sqr ostte affaii-e fut donné en 1553, et H. le prince de Conty fté' tend que les jouissances depuis ce temps-là lui seroient dues par la succe^on du roi Guillaume. — r^ On eut nouvelle que le comte d'Estrées s'étoit embarqué le SS i Toulon et étoit le 23 au soir à la voile par un bon vent; il ne lui faut que six ou sept jours de ce ventila pour a^ river à Barcelone.

Jeudi 30, q Marly. -^^ Le roi fit le matin la revue dfis gardes du corps > des grenadiers & cheval et des mousquetaires; il fait ces revues-la^ depuis quelques années, au haut de Harly dans son parc. Après [la] revue, le roi revint diner ici. — Le roi nous envoya à Peo^is, madame de Dangeau et nioi^ tenir sur les fonts de baptême, es son nom et au nom de madame la duchesse de Bourgogne, un Turc qui a vingt ans passés, qui est tik du haclia de Bosnie et que notice ambassadeur à Constaatinople a envoyé ici avec de grandes recommandations ( I).

(I; « Le 30 mars dernior, M. le comte de Simiani Tut baptisa à Paris. Cestnn JMiiifîTurcduroyamnode Roj^nie, qui descend dw amiîenK cointi*ft àè fUsaUtà autrfifiÛKelirétinift ; iiiaiH la ProvkleDce ayant perupis que ce pays sait tombé hoi» la tyrannie dei^TurcsJesaïuuHres de c^oou veau chrétien suivirent le torrreot , et préférant leur fortune ten'i|K)relle à celle de leur salut , rcn<Mioèrent à la foi, rt attirèrent par leur exemple une infinité de |»efiimines au mahomélisRie. ÏÏMttt luurs descendants ont justiu'à présent été hononôs dei preinièret cltftfgps «t dignités du iN>yaume, et l'oncle de M. de Simiani est actuellement tiacba on vi^ roi de Bosnie. Ce jeune lionnne, qui est àjçé de vingt-un ou vingt-deux ans, •)*■! ouï dire |Kn- liasard que ses anriHres a\ oient été dirétieiu , conçsf le àkt ée u\oir en qnoi cunsistoit mUt^ religiiNi, ilniit on h peinD il oonnoisMiit le w»-

aiARS l7CMâ. 371

— U avriva un courrier de M. d'Ussou , notre euvoyé à Wolfenbuttel. Il maode au roi que les trouiies de Zell et

n eo vint k bout par le inoyeo de quelques gens <lu pays qui connoissoieot lea raiflHkiwiaires. Quoiqu'il ne la connftt que hrès-iinitarfaitement , Il en fut cf 'aboni «tenaé; U la trouva ptu$ eonforme à la raltoo que toutM lesaiitrni. Il comprit €|u*eOe n'avoit rien que de gr^od , de relevé et de saiit. Enfin il «a conçut uat ai haute idée qu*n fut persuadé qu'une religion si sainte ne pouvoit être l'ou- ▼rage «les hommes , mais uniquement tie Tauteor de toute sainteté, II n*en demMun pas là. De restine il passa bieiit<>t au désir de Tembrasser; il résoM pour cda de renoncer à tous se^ tûens et penlre la vie , s*ii W foUoit, poor exéf'uter un dessein que Dieu seul lui avoit inspin^ U comprit bien qu'il falkiit |M)iir cela quitter son |Miys et se ntettn^ dans un état bien rude à une |)ermmntt acpoutuinée comme hii à être le maître parkwt. Rien ne Ait rapahle de rébranler. U étoit diflicile de passer en £uro|ie sans que les Turcs et le badin son oncle le sussent. Il ne TeiH |ieot-étre pu faire si son conlident , Arménien <le nation , par le i^nseN de quelque missionnaire de la com|»agm> de JéMiSt ne lui eCH conseillé de communiquer son desse» à M. de Feriol , am- Imssadeur du roi à la Porte tlu (;rand S<'igpeur. U le fit, et lui deioanda son avia. M. Tambassadeur adnu'ra la puissance de Dieu , qui peut, quand il lui plaît , den pierres même en fliirv» «les enfants d^Abrahaîn, et apr^ lui aTt)îr donné lOMi^a les marques imaginables de bonté , il chargea M. Blondel , son seciétaîre, qu'il en\o)oit en France, d') mener le jeune bacliaet;de le mettra evire les mains de ^l.de Pontcliartrain. Ce ministre, toujours rempli de zèle paur raianeement «le la religion et pour la gloire dn roi , le vit avec phdslr, et k présenta à 6a M^estéy^i en eut un très-grand de le voir dans les scntimMlt oii il éloit. Elle le reçut avec ime bonU' très-grawle , et lui lit rbooneur de lui iftre qu'il déçoit Men remercier Dieu de la grâce qu'il lui faisoit de lui faire OMnaltre la récité et de k tirer du mah(»mélisme peur embrasser la reHgion catholique. Sa Mi^té voulut ensuite qu'il aUM au collège «les jésuites poor y être instruit par eux de tout «.e qui reganle la reli^ôon. Ces pères ont eu le plnit«ir «le v«Mr ce jeune Turc recevoir leurs instructions avec une «lorilité cbarroante et en profiter si bien «{u'en peu de teinpn il tài capable de recevoir le fanptéme. Son Kminence M. le canÛnal de KoailWs, archevêque de Paris, voulut hU-mème prendre la peine de l'interroger, et en fut si cuntent «|u'il crut qu'on pouvoit lui conférer ce sacrement. U en eût lait lui-inèine la cérémanis ai ses grandes affaires lui en eussent Uissé |e temps. Il nomma M. Pirat, •on grand vicaire , pour le faire en sa place. Sa Majesté voulut bien lui tain rbooneur d'être son parrain; msdaïuela duch«se de Uourgugue fut la marraioe. Le roi nomma M. le marquis «le Uaogeau {tour tenir sa place et madame de Dangeau peur tenir celle de madame U duchesse de Bourgofçne. La eéréroonic se fit non pas «lans la catliédrale, à cause des processions el 4ê$ stations «lu jubilé, mais dans ht cliapelle «le M. l'archevêque, où il y eut «piantitt' de gens «*h«>isis. Tout le iiHMKie ) fut touche de la nKMlestie et «le la «lévoti«)n du catecliuiiM'ne et du beau discours qui> prononça M. Pirot La riérém«Niie étant faite seh>n tv «|u'il se pratique en semblables «irrasiiHis ,

S7Î JOURNAL DE DAIfGEAU.

de Hanovre ont enlevé trois compagnies de M. de Wolfenbuttei et ont ensuite investi Brunswick ; la place est très-bonne, et d'Usson est dedans avec six ou sept mille hommes. — On reçut, par Tordmaû^, des lettres de 1. de Yendôme du 22 ; il devoit marcher le soir et passer le Pô sur son pont de San-Giacomo. 11 sera joint par les tronpes qui étoient dans FAlexandrin et par celles qui passeront :V Crémone. 11 n y a pas d'apparence que les troupes des impériaux, qui sont encore à Monticello et à Borgo San- Donino, y veuillent demeurer pour s'y faire forcer, et Ton croit qu'elles se retireront derrière la Parme.

Vendredi 31, à Marly. — Le roi fit encore le matin la revue de ses gardes du corps ; il les vit plus en détail et à pied et à cheval. Ils ne retourneront point en leurs quartiers et marcheront droit en Flandre. Monseigneur et monseigneur le duc de Bourgogne étoient à la re>'ue avec le roi. L'après-dlnée le roi se promena dans ses jardins jusqu'à la nuity et vit achever son mail, qu'il a fort agrandi ; madame la duchesse de Bourgogne fut longtemps à la promenade. — L'ordinaire de Hollande arriva, par lequel on apprit beaucoup de nouvelles d'Angleterre. Leurs ports sont encore fermés pour la France. Leur nouvelle reine a fait le prince Georges, son mari, généralissime de ses troupes, que Marlborough comman-

M. l>irot le mena aui grand autel de la catliédrale et de là à celui delà Vierge, où il y avoit une grande afOuence de peuple qui étoit accouru dan* Tespérance de voir la cérémonie. Il y parut avec la robe Manche par-de8su«' les habits de Turc , avec une modestie qui lit répandre des larmes de dévotkmÀ nne inlinite de gens. Il étoit suivi d*un grand nombre de Jésuites et des plus distingués de leurs pensionnaires, surtout des jeunes Arméniens que le roi a mis et «ntietieiit dans le collège de ces pères. Leurs habits les faisoient remarquer. Sa Mije^ a ordonné que M. le comte de Simiani , à qui elle a donné mille livres de pension et une lientanance dans son régiment , allât passer trois mois à TAcadémie (pour monter à cheval ) , après quoi il retournera au colley Louis le Grand, où il a déjà fait sa première communion , pour se préparer à recevoir le sacrement de la confirmation. Sa Majesté, charmée de la conversion de oe jeuof comte, lui a promis une croix de Saint-Lazare. »» (Mercure de mai, pigp> 2:w à 243.) —Voir ausK^le Mercure de mai 170.1, ftages i;»0 à 154.

dera sous lui. Ils ont fait débarquer les troupes qu'ils avoient sur leur flotte pour les faire passer en Hollande, et ils les garderont en Angleterre, où ils craignent d'en avoir I)esoin . La reine Anne remet dans le conseil luilord Rochester et milord Sunderland ; elle envoie Marlborough en Hollande pour confirmer leur alliance et prendre de nouvelles mesures contre la France. Le roi Guillaume, en mourant, a fait l'électeur de Brandebourg son légataire universel.

Samedi 1" avril, à Versailles. — Le roi, au sortir de la messe , monta dans sa petite calèche avec madame la duchesse de Bourgogne, et ils allèrent courre le cerf; Monseigneur et messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry étoient à la chasse. L'après-dinée le roi vit jouer au mail, et ne partit de Harly, pour revenir ici, qu'à la nuit. Monseigneur alla à Meudon, où il attendra le roi, qui y doit aller mercredi — M. de Rians de Valbelle achète le régiment Dauphin de cavalerie; il en donne 100,000 livres à M. de Murçay, qui en étoit mestre de camp lieutenant et qui a été fait maréchal de camp à la dernière promotion. M. le marquis de Tors, de la maison de Pons, vend le régiment de Flandre, dont il étoit colonel; c'est Collandre qui l'achète, qui lui en donne 53,000 livres. M. de Tors se marie à une veuve fort riche, <iui ne réponse qu'à condition qu'il quittera le service. — M. de Montbazon a Tagrément du roi pour acheter le régiment de Picardie; il en offre 110,000 livres au prince d'Épinoy , qui en est colonel et qui a été fait maréchal de camp à la dernière promotion. Il veut vendre ce régiment encore plus cher ; ainsi l'affaire n'est pas, faite.

Dimanche 2 , à Versailles. — Le roi , après le sermon , alla tirer et ne revint qu'à la nuit; madame la duchesse de Bourgogne, qui avoit suivi le roi au sermon à son ordinaire, alla ensuite à Saint-Cyr. — M. Gualtiero, nonce en France depuis quelques années, fit son entrée à Paris, qui

374 JOURNAti l)K DANGKAU.

Alt ma^iftqiie (1)* — On a nouvelle du chevalier de Hautefori; son vaisseau n*a point péri comtne on lecraignoit; il a été contraint de telteher à la Martinique^ et Ton a eu de ses nouvelles. On a eu en même temps k confirmation que le comte de ChMeAii4tenaud y éloit avec les trente vaisseaux qu'il commande; les dix flûtes qui leur portoient du raft*aichissemenl y sont arrivées.

— M. du Plessis-Bellière^ qui est officier dans le régiment du roi , achète le régiment d'Angoumois de H. du Luc, qui en étoit colonel et qtli Se retire. — Le chevalier Chamillart *, frère de M. Chamillart le ministre, épouse mademoiselle Guiet, fille de l'intendant de Lyon. On lui donne 400,000 livres présentement; on lui en assure encore 200,000'après la mort du pèi*e et de la mère, et elle en aura lieauooup davantage si elle demeure fille unique.

— Des particuliers ont reçu des lettres désarmée dHtedie qui portcint que M. de Tessé étoit sorti de Hanloue pour enlever un quartier où il y avoit mille cuirassiers de Tempereur ; que cela s'étoit exécuté fort heureusement, et q\ip M. de Tessé et son lils avoient été blessés tous deux, mais de blessures fort légères. Cette nouvelle est fort circonstanciée; mais comme le roi ne Ta point reçue, on a siyet d'en douter.

• Le frère de CJianiillart étoit ca|)itaLiie de vaisseau, et voulut senir à terre lorsque son frère fut seerétaire d'Ktat de la gin?rre. Ou le IH donc maréchal de camp tout d'un coup, l/étoit un fort brave homme, mais plus imbécile encore que son frère Téréque de Senlis. D«i\ traits de ces messieurs-la en feront juger. Chamillart, étant à l'année à sa première campagne , demanda un jour à d^âuti^ officiers fQénérau\ comment ils écrivoient à son frère. T^a question les surprit, mais à la 6n ils y répondirent. « Bon! leur dît leur nouveau camarade, je n'écris point comme cela , moi : je mets le dessus à mgn frère, et la lettre va tout dt= suite. » L'évéqu<^ te loiioft iarmiment àt M. le t^rihee -, <4 di^t i]n'il w oomprenoit pas comment on le trou voit difftrihR ; qu'il étoit i Srniis an

(1) Voir les détails sOr Ttîntive du nonce dans le Mercure d'avril, pag^ 7^2 à 276.

AVRIL 17«a 375

milieu de m ptaimm li*s plus cotnervés pour la dune; qu il ra\oit rendu le uiâitre de tout, et que ce n'étoit qcio reproches de ce qu'il Jic iaisoit pas chasser assez tous ses gens, qu'il Taccahloit (rainitiés, de prévenances, de visites, de politesses, de soins, de présents, de gibier, d1nvilatiotis d'aller le voir h Chantilly, où il ne saToit quelle chère lui faire; qti*on croiroit peut-être que c'étoît à cause de son frère ; mais point du tout, qu'il 9*y oonnoisaoit fort bien c*t que w nétoit que pour lui; enfiu que M. le Prince étoit le meilleur homme du uioude et le plus aisé à vivre. Cependant le frère fut disgracié , et dans Tinstant plus de présents , plus de politesses y algarades à tous porteurs de fusil de M. de Senlis; en un mot , ce bonhomme ^vèque ne trouva plus M. le Prince bonhomme, ni si aisé à vivre , et commença a trouver que son frère ploi que lui avoit eu part à la façon dont M. le yriw» avoit vécu avec lui. JusquW Charaillart on avoit vu les fils ol les frères dc»s ministres se marquisèr par des surnoms de terres , et plusieurs pens ajouter le £fe à leurs noms. I«e frère de celui-ci, qui n'avoit point de terres, n*en fit point à deux fois : non-seulement il prit le de^ que le ministre ne ne doiUM jamais, luais il comtisa sou nom de famille, et se lit ap|Miler le cDmte de Chamillart , ce qui n'avoit encore été imagiué par personiu*. K flMm exemple, Dreux, fils d'un conseiller de la grande chambre et fKendre de Chamillart le ministre , marquisa aussi son nom, et devint le marquis de Dreux, et sa femme uni» marquise, qui, au moyen de la charge de grand maître des cérémonies dont son mari se rrpomlla , et par la faveur de son père, entra dans les carrosses et mangea avec madame la Dauphine. De la cour (m même abus passa tut aux proviucesr Ixv présidents à mortier des parlements^ qui peu à peu si* sont mis sur le pied de ne pas souffrir que les gens de qualité de leur ressort fassent aucime comparaison avec eux eu nul lieu de leur province , marquisèrent et comtisèrent par leur nom de famille leurs frèxes, et à w titre luiique d'être frères d*tra président à mortier, et cela s'est ëtalili si bien que cela est passé en usage , et selon eux en droit.

Lundi 3| à Versailles. — Le roi prit médecine ; niadunie 1a duchesse de Bourgogne et Madame > au sortir de la messe , allèrent séparément le voir. L'aprèîwilnée il tint le conseil qu il tient toujours les matins. Monseigneur, qui est à Mendon , va à Paris tous ces joursH^i faire ses stations (1) ; il a renoncé au jeu pour quelques jours. — On

(!/•« Je nt* MMs dit point avec i^rnihiea d'ardeur el «le pietii riiarun litclnr iri À l^igner W jiibilr. Quand les Frun^ois aiiniieiil iiioinft d'empr«>^««^neD(à rem-

a par la Hollande des nouvelles d'Angletene qui portent que la reine Anne a ôté la charge de grand écuyer à M. d'Averkerke^ Hollandois^ frère de M. d'Odyck,qae nous avons vu ici, il n'y a pas longtemps^ ambassadeur de Hollande ; ces deux frères étoient parCaitement hiea avec le roi Guillaume et viennent d'un bâtard de sa maison. La reine a donné cette charge à celui qui étoit son grand écuyer; elle a donné la charge de dame d^honneurà madame de Marlborough^ qui lui en servoit déjà avant qu'eUe fût reine et qui est sœur de la duchesse de Ty^ connel; qui est à Saint-Germain. Il y a encore beaucoup

|)lir tous les devoirs de leur reUgion, Texemple du roi est si édUiaiit qa*il seroit capable d*aniiner les plus tièdes. Ce prince est venu trois fois à Paris, où il a fait ses stations k pied d'une manièTe si pieuse et si modeste qu'elle devoil le faire paroltre aussi grand aux yeux des anges qull Test à ceux des hommes. II avoit choisi des lieux écartés pour éviter d'entendre les aoclamations et les louanges des peuples , qui n'ont pas laissé de tAcher de deviner oô ce monarque avoit résolu d'aUer, afin de le voir pendant quelques mouieDls et de jouir par là du plus grand plaisir qu'Us puissent avoir. Ce prince, dootoa doit admirer toutes les vues et qui ne fait rien sans réflexion, avoit choisi pour ses stations les lieux qui a voient le plus de besoin des grandes aamôoeâ (|u'il avoit dessein de faire'; ainsi vous jugez bien qu'il a visité plusieurs hd|Ntaux. Le jour qu'il se rendit à l'église des Invalides, S. M. voulut bien aller dans riiôtel visiter toutes les manufactures que Ton y a établies par les ordres de M. de Chamillart, ministre et secrétaire d'État, et par les soins de M. de Monthiers, commissaire de cet hôtel, pour occuper avec fruit les soldah» qoi y sont retirés et dont la plupart ont appiis quelque métier....*

« Monseigneur le Dauphin est aussi venu faire $on jubilé à Paris et toute h maison royale a choisi des jours difrérents,'parce que la foule d'une grosse cour incommode et tient trop de la pompe dans un temps où l'on doit avoir un esprit recueilli et où les grands doivent édifier par leur modestie. Celle de monseigneur le Dauphin fut admirée. Je ne vous en dis rien parce que je ne pourrois assez dire d'un prince si accompli et dont l'éloge est tous les jours dans la bouche des peuples.

« Madame la duchesse de Bourgogne étant aussi venue à Paris, Tenipr»sement a été grand pour la voir; mais tout ce grand concours et toutes l« louanges qu'elle a entendues ne lui ont pas causé un moment de distraction. Elle a soutenu le caractère de grande princesse et de véritable chrétienne «Tdc une sage modestie, et fait paroltre ce qu'elle étoit en faisant |)aroitre qu'die cherchoit à l'oublier. Enfin ses manières ont imru grandes, clirétieDOP:» e! charmantes , et ceux qui ont eu l'honneur de la voir en faisant ses statioiia en ont été édifiés. » ( Mercure d'avril, pages 3ftO à 367. )

d'auti'os changements en ce pays^-là y mais que nous ne savons que très-incertainement. Les troupes hollandoises sont en grand mouyement, et il paroit qu'ils veulen t faire quelques entreprises. — La marquise de Gesvres mourut & Paris après une longue maladie; M. de Boisfranc^ son père, qui a quatre-vingts ans passés^lui avoit fait de grands avantages^ et il est à craindre que le marquis de Gesvres n'ait de grands procès sur toutes ces donations-lÀ.

Mardi 4 , à Versailles. — Le roi et toute la maison royale donnèrent leurs audiences publiques à M. le nonce Gualtiero^ qui fit ici son entrée. — Il arriva le soir un <x>urrier de M. de Vendôme, qui mande au roi qu'il ne lui rend point compte de ce qui s'est passé à Mantoue en dernier lieu; que S. M. en saura tous les détails par les lettres de M. de Tessé, qui a été blessé de trois coulis, mais fort légèrement; son fils est blessé fort légèrement aussi. Zurlauben écrit à H. de Chamillart de Mantoue même, et n'apprend point le détail de Faction , se rapportant à ce qu'en écrit M. de Tessé^ et lui dit seulement que M. de Tessé et toutes nos troupes y ont fait des merveilles; que tous les colonels qui sont dans la place ont combattu à la tète de leurs grenadiers; que M. de Clermont^ mai*échalde camp^ y a eu la jambe percée, et que tout l'avantage a été de notre côté. Nous y avons perdu fort peu de monde; on ne nous mande point ce que les ennemis y ont perdu, et on attend la lettre de M. de Tessé pour être mieux instruit du fait. Le roi nous dit à' son coucher, en louant fort M. de Tessé de tout ce qu'il . a fait depuis qu'il est dans Mantoue, qu'on recevoit ici régulièrement les lettres qui viennent par l'ordinaire» mais que celles que M. de Tessé envoyoit, par trop de précautions , par des voies détournées, n'arrivoient que fort tard, et que la blessure de Tessé au poignet l'incom* modoit fort, quoique ce ne fût qu'une contusion.

Mercredi 5, à Meudon, — Le roi a pçrmîs au prince d'iseughien d'exécuter l'arrêt qu'il a obtenu au parle-

378 JOURIMAL DE DANGKAU.

ment de Maiines contre le roi Guillaume; cet arrêt fol donné le même jour que ce roi estmort> et le oondamnoit à payer âOO,000 écus qu'il doit à la maison d'benghiea avec les intérêts, et on lui peribettoit d'aller m mettre en possession des biens qui sont en Franche^Gcmité. Ce aefa présentement une grande discussion entre le prince d1senghien et M. le prince de Conty^ qui prétend que tous ces biens lui appartiennent par les droits de la maison de Longueville. — Le roi tint conseil Taprès-dtnée i V^ sailles avant que de venir ici, et dès qu'il y lut arrivé il alla se promener avec Monseigneur et île rentra qu'i h nuit. — Le roi donna hier une audience particulière à Tambassadeur de Savoie. — ^ Avant que de partir de Ver sailles ^ le baron de Breteuil présenta au roi \m présents que lui fait le nonce Gualtiero, qui sont le corps de sainte Victoire, martyre, dans unechèsse ma^ifique, des vases dé p<M*phyre et trois tableaux. Ce nonce a fait aussi des présents à toute la maison royale. — MM« les Etats Géné^ raux donnèrent part au roi ces jours passés de la mort d^ leur stathouder ; mais on ne prendra point le deuil si la reine Anne n'en envoie donner part au roi ^ ce qtt^on croit qu'elle ne fera pas *.

* Les Métnoin^s dévoient ajouter un tbit dertâih , cuHeUx et Uni(|ue. MM. de la Trénioille , de Bouillon , et par eux MM. de Durss, soitfc d*une fille du fameux prinoe d'Oronge , fondateur de U rétHiblM|u^ da Provinces-Unies, et par conséquent fort proches parents encore du roi Guillaume, dt^nandèrent au roi s*ils prendroient le deuil, et le roi leur défendit d'en prendre aucun.

Jeudi 6 , à Meudon. -^ Le i*oi partit le matin d'ici pour aller faire ses stations à Paris; il alla à Notro-Dame (ll>

(I) « Toutes les actions des gi'ands princes étant remaixpiables, je ae | me dispenser de vous dire que, l« 6 de ce mois, momief^iéiir te dsodeSw gogne, après avoir quitté le roi à fCotre-Daroe, fit Tliooneur à M. dÉ G» gnières d'aller dans sa belle et agréable maison, vis4i-vis les IncurtW»./*» parlerai point <le M. de (taigniè'res , il est assex conhu. Je me contttitertl dr parler de sa inaisori , il'iine partie de €c que l'on y vit et de ce qui »> P*^>

WRIt. if M. 379

A l'Hôtel-Dîeii, aux EnfAni»-Trouvés et k Saitite-Genevi^ve Ardents; il fit de grandes charités [lartout et édifia

«liTaiit ce qu*une personne qui eut le bonheur d*accom|Nigner ce jour-là immi- 'artgaetor le «lue de Bourgogne tnVn a rapporté. Ce imll > a de Hurprenant, i^^BÉl faVMdTê qàe la tnèine p«nHNiil« m*alt paHé d*une iafhiité de dio«es ifoi jméritmt qu'on y (a^e une atUmtioa |Kir(icuUère , eU(* in*a néanmoins avoué qo'fllui en étoit écliap|)é une grande (piantité.

« Pour mettre quelque ordre dâAs c)p que f ai à vou» racx)nter, je vous flifftl ^ue, WMtê/ég^&m le duc île Bminfugne hii a>ant Ikit MVuir qu'il hii h^i ^flMiâneur ri*aUer chee lui le jour que J4i touë ai marqué , il y arriva lui |iou après midi , et, ayant traversé une gramle cour, il des<*endit de i*arn>sse et moota à Tapparteinent. Ce prince s'arrêta dans le salon à considérer un graml ■ombre de portraits originaux des princes et des princesses des derniers siècles, ,^ tont da la main <les meilleurs maîtres. Il |>asia de là dans une grande chMftbre à coucher, qu'il trouva ornée d'un meubla aussi riche qu'il est de Nn goât» dans laquelle sont des |iortrails de la naaison royale. Il y vit le sien, MMi ftel qu'il l'avoit (tonné à M. de (;aigniàre(i lorsqu'il lui lit riionnear d'aUer cfaex lui è Thùlel de Guîm^, il y a dix aas, ou M. le chic de Beauvil- Kars k txNiduiait avec monseigneur le duc d'Aiiioii, aniourd'hul roi tVItM- . pipi Ensuite ce prince entra dans un «xibinel de laWoaux qui attirant l'aiiMtÎQii par leur diversité et par leur beauté et qui sont des originaux du Iftin, de lloibeins» de Yandeok, de Porbua, de l>aul Bril et d'antres peintres dM plus fauwux. Monseigneur le doo de Bouriciignc, après a\oir considéré chMSun de ces tableaux selon son mérite partlôilicr, en oonsidéra longtemps on ^ Ini^panit aussi beau que singuttHr. C'est «ne miniatnre qui peut, sanscoatredift, passer pour la plus belle de rfiarapo. KUe est d'un pied et deaai de laige sur un pied de Iwiut; elle représeate l'entrée du nii à Lille en Flandre. Oa y voit plus de dix mille figuras , dont les nttitadea soat diflMrenles; font j ost d'une itr^ode correction. Les tapisseries y sont représentées avec tant d'exjnctitade et de délicatesse que l'on y distingue les histoires qui les i-oin- ^aseat et même les bordures. Ce priaoe trouva daas le m^me cabinet iduaieiirsdessiHsàlapluiiiefaitadesaosala,ilontM a hoaoi^ M. de Gaignières en divers temps et qui marquent son adrrsae , son godt «t l'éleadiie<le son ffénii*. U > ea a aussi de messeigneurs ses frères, qu'Us lart pareUleineat donaéa à M. de Gaignlères. 1>c ce cabinet, monseigneur le doo dt Bourf^ogna passa «laas un «oCra beaucoup plus grand , rempli de plus de quatre cents portnMs des peraonaes les phis illustres de l'ua et de l'autre sexe, depuis plus de trais «eats «os, presque tous origiaanx du temp» , parmi leaipiels 11 y en a grand nombre peints par le lameax Jaoet et par Corneille. Là monseigneur le duc «le Boar- 0Dgae^ à la vuede tant de grands hommes, it vxNr que rien ne lui <4ott nonvcaa daaa l'biitoire par les circonslaaces que sa mémoire Ni «a Ibunismit à iMia moments, avec des traits de œt esprit Aa et délient quil sait répandre aar tout ce qu'il dit. Après avoir longtemps coasiiléré Imis m portraits , N regnrda divers jetons psrmi un amas proiNgianx fpi'en a M. de GalgaWm^ , H par |e jugement qu'il eit fit il fut aisé de remarquer qu'il tonpolt tout le prix de

380 JOURNAL DE DAMGRAU.

fort le peuple par sa piété. Le roi ^ après ses statioDs, revint diner ici. Madame la duchesse de Bourgogne^ qui avoit résolu d'aller l'aprè&Hllnée faire les mêmes stations^ en fut empêchée par un gros rhume; ainsi elle ne pourra les commencer que la semaine qui vient. — On mande de Varsovie que le roi de Pologne a ratifié le traité qu'il avoit fait avec Tempereur^ par lequel il s'oblige de lui donner huit mille hommes; mais comme S. M. Polonoi» est fort troublée par le roi de Suède , il ne sera pas âtM en état d'exécuter ce traité. On croit même qu'il se pré-

cette curiosité, t'ne grande galerie qui se présente à la soiiie de ce citècl attira les regards du prince, soit par les portraits des chevaliers de l'ordre di Saint-Esprit depuis son institution jusqu'à présent, dont M. de Gaignières a dq» une grande partie et qu'il continue de ramasser tous les jours , toit par ne grande multitude de portefeuilles remplis d'une suite de [topognpliie hklorique, en taille-douce et à la main, des quatre parties du monde, où sont be«icoiip de portraits de rois , de princes et de personnes illustres de toutes k» professions, jusqu'au nombre de seize mille, les cartes, les plans , les vues , les tournois, les carrousels, les cérémonies et généraleroeol toutes les dnses que Ton a pu a&iembler qui regardent la topographie etrhistoire. MonseigMor le duc de Bourgogne trouva aussi' dans cette galerie cent volumes de lettres originales de rois, princes, ministres, ambassadeurs, avec des mémoires do même caractère et des plus considérables. Ce prince voulut fire lui-même quelques-unes de ces lettres ; il se plut surtout à celle que François l*' écmit dans sa prison aux grands du royaume et dans laqudle ce généreux prince témoigne des sentiments dignes de son grand courage et de son amour pour ses peuples. Après s'être longtemps promené parmi ce riche et grand amu de curiosités utiles et agréables , il demanda à voir quelques portefeuilles sur lesquels il s'arrêta , faisant iNiroltre k plusieurs reprises la satisfaction quH ei lecevoit. 11 parcourut aussi divers anciens manuscrits curieux, ornés de bdk» miniatures historiques et importantes , et ce que ce prince en dit fit bien oonnoltre qu'il a un goût sAr et excellent.

» Quoique monseigneur le duc de Bougogne eût passé plus de trois heures entières à considérer tant de choses singulières et que Ton n'auroit pas cru devoir trouver chez im particulier, il ne put cependant tout voir, M. de Gaignières ayant outre cela un cabinet qui comprend entre autres plus de six ceoL< volumes manuscrits, tous excellents , tanfe anciens que modernes. Cela domu lieu à ce prince de Hii dire que ce ne seroit pas la dernière fois qu'il viendrait chez lui. Il lui marqua [plusieurs fois en sortant qu'il étoit très-satislkit, cl 1^ siira qu'il lui donncroit son portrait, qui, étant nouvdlement peint, seroit plv' ressemblant que celui qu'il lui avoit autrefois donné, et qu'il remarqua aoprès de celui du roi. « ( Mercure d'avril , pages 302 à 31A. )

AVRIL 1709. 38f

père & se retirer à Cracovie et que le roi de Suède a un g^rand parti en Pologne. — Sur les pressantes instances da roi Guillaume, dont on ne sa voit pas encore la mort Advienne, le roi des Romains se préparoit à partir pour venir commander Tarmée sur le Rhin (1). La reine des Romains doit le suivre et demeurer à Francfort ou A

. Augsbourg durant la campagne. — On a nouvelles par M. d'Usson, notre envoyé à Wolfenbultel , que, Tentreprise des ducs de Zell et d'Hanovre sur Brunswck ayant

' manqué et la nouvelle de la mort du roi Guillaume leur étant arrivée , le duc de Zell avoit déjà fait retirer toutes ses troupes de ce pays-là. L'evéque de Munster a envoyé à MM. de Wolfenbuttel, condamnant fort le procédé de MM.de Zell et d'Hanovre.

Vendredi 7, à Mettdon. — Le i^oi alla encore le matin & Paris faire ses stations; il alla à Notre-Dame de Liesse ; aux Incmrables, aux Petites-Maisons et au Bon- Psasteur. Il fit de grandes libéralités partout, et fut trèsédifié de tout ce qu'il vit au Bon-Pasteur, louant fort rétablissement de cette maison. — On mande de Madrid qu'il en est parti plusieurs grands pour accompagner S. M. Catholique à son voyage de Naples. Le cardinal Porto-Carrero et le conseil qui est à Madrid lui avoient écrit pour le prier encore de ne point faire ce voyage; il mit la lettre dans sa poche, et dit qu'il leur feroit ré* pense de dessus son vaisseau. On le croit embarqué présentement^ mais on n'en a point de nouvelles. — Les commissaires de l'électeur de Brandebourg ont fait arracher les armes du roi Guillaume à Grave et dan«le comté

(1) « On avoit d*abord publié que le roi des Romaiiift ëtoit à commander $m kï Rhin, mais ce dessein s*étoit iiutensibleroent éranoui, en surte qu'il avuit étë résolu qu'il nMroit pas. Cependant lorsqu'on a eu une certitude entière que le roi d'Espaipoe devoit aller commander en Italie et monseigneur le duc de Bourgogne en France, on n'a pas cm qu*il (ùi g^orieui au roi dea Romaim de «temeurer à Vienne.* ( Mercure de mars, pages 3t9 et 390. •

382 JOURNAL OR OANGËAU.

(le Meun pour y mettre les sianoet» qui o«t Hé aUsaitAt arrachées par les officders du fqu roi Qiiîllaiimii^ et le gouverneur de Grave déclara qu^U ne aoulfriroit pas de pareillei^ nouveautés sans les ordres des ttats Géoénm, qui trouvent ces démarches de Télecteur de Brandeboarg fort précipitées. — Les vaisseaux anglois qui sont à la Jamaïque portent le pavillon de Vempereur ; le oomte de Cbàteau-Renaud est parti de la Martinique pour an aller observer tous les mouvements. Le vaisseau du chevalier de Hautefort se raccommode à la Martinique et se prépare A revenir en France.

Sa$nedi S, à Yer$aill4S. -^ Le roi partit de Meudon après son lever^ et alla À Paris faire ses stations eux Petiis-Jacobins^ aux Récollets ^ aux Petites-Carmélites et aux Invalides; il retourna diner à Meudon. Le roi a donné durant les trois jours de ses stations 3^M0 loub. — Le soir le roi revint ici de Meudon; Monseigneur en revint aussi. — M. de Torcy alla, par Tordre du roi, voir le prince de la Riccia, prisonnier à Vincennes, et le I)aiH>n de Ghassinet , prisonnier à la Bastille, que Foii avoit transférés de Naples à Toulon et qu'on a amenés de Toulon ici. Le prince de la Riccia a assea de liberté pour un prisonnier ; il a la permission d'aller les soirs cbez la marécbale de Relief onds. Le baron de Cbassiaet ne voit personne à la Bastille, mais on vient de loi donner la permission d'avoir un valet à le servir. — Le secrétaire que M. d'Avaux a laissé à la Haye, qui s'a]^p^ Barré, a la qualité de résident de France. Il a présenté un mémoire aux États Gci^éraux qu'on lui avoit envoyé d'ici, qui est très-l)ien fait et qui marque la modération du roi et l'envie qu'a S. M. de conserver la paix de l'Europe. MM. les États ont envoyé ce mémoire dans leurs provinces pour avoir leurs avis, après quoi ils feront leurs réponses à S. M. Milord Marlborougb est arrivé en ce pays4à ambassadeur de la reine Anne, qui presse MM. les États Généraux de demeurer unis îl rAngrletprre

AVRIL I7M Stt

pour 9'opp<Mr à la grandeur de la France, qu'ils appelleat tonjours eicorbiiante.

JUmoMlMi 9y jour de$ R^mmw:, à VersailU$. --^ Le roi 0k tonte la mniiK)n royale assista à toutes les dévotion» de la jommée; madame la duobfsse de Bourgogne^ qui ei^t «More eurhumée> ne de^oendit point en bas et demeura W haut dams la tribune, -r- On a des lettres de JM. de V#iiâ6me du 3, qui pwtent que les ennemis ont levé laiis leurs quartiers au deli du Pô, et se sont mis der* rîtoe la riyi^ du Taro. 11. de Vendôme a envoyé des t^iHipes dans les quartiers qu'ils ont abandonnés. J'appris que le baron de Mercy, que nous primes à Crémone et qu'on avoit dit mort de ses hlessure^> avoit été écbangé mmtipe H.de Croy, fils du oomte de Solre et colonel d'infanterie; le baron de Mercy avoit déjà été échangé Tupuée passée contre M» le cbevalier de Maulevrier. *-* Il y a des lettrea d'Irlande , que M, de Pontchartrain porta au roi le soir> qui disent que huit mille hommes de9 raperies (1) s'étaient assemblés et avoient proclamé pq^r leur roi le petit roi Jacques , qui est à Saint^Germain^ Les lettres qu'on a d'Angleterre parlent de beau-^ coup de changements en ce pays-là, mais ces nouvelles sont fort incertaines et on ne peut pas y ajouter foi. — On mande de Hollande que MM. les États Généraux ont exclu de leurs assemblées M. d'Odyck et lui ont ôté toute l'autorité qu'il avoit en Seeland, ^ont on prétend que durant la vie du roi Guillaume il auroit tiré plus de lOO^CMO écus par an.

lAÊndi 10, à Versailles, — Le roi fit la revue de ses gendarmes et de ses chevau-légers dans la cour du pbftteau ; il étoit sur le balcon de sa petite galerie et les vil passer un à un. 11 témoigna en être plus content que jamais. Ils ont ordre de partir vendredi pour s'en alltf

(1) Les maries (rappcn-ees) ^ dit Rapin de Tlioyra» dans son Histoire f4iiS0leterre^ sont eo friande ce que les moilagnard» Roiit en f^coose.

en Flandre, à Landrecies et A Avesnes. Après la reme, S. M. alla à la volerie ; Monseigneur ooorat le cerf. lb> dame la dnchesse de Bourgc^ne alla Taprèa-dlnée à Paris faire ses stations A Notre-Dame, AilUMeMMea, aux Enfants-Trouvés et A Sainte-GenevièTe des Ardents. Elle vit aux Enfants-Trouvés dix enfants qu'on y avoît apportés de la nuit, et elle s'en est chargée; elle fit de grandes libéralités dans toutes ces églises. Elle revint id à huit heures. — M. l'électeur palatin a attaqué cinquante hommes de nos troupes par delA le Rhin près de Bonn; le commandant y a été tué, et ils ont pris ou tué tonte sa troupe. On a envoyé des courriers en Hollande poor faire expliquer les HoUandois sur cette hostilité et savoir si c'est par leur ordre ou de leur consentement qne cet électeur a fait une pareille infraction à la paix. — On mande de Hollande que leurs digues ont été rompues en trois ou quatre endroits, et que cela a déjà fait de gi-ands dommages en ce pays-là; on n'en sait point encore le détail. — M. le duc de Saini-Simon*, à cause de sa mauvaise santé , a prié le roi de trouver bon qnll se retirât du service: il nVtoit que mestre de camp réformé.

* M. de Saint-Simon avoit seni avec distinction après la bataille^ Nervinde, où U étoit dans le régiment royal Roussillon , où le roi la avoit donné uoe compagnie. Il eut Tagrément d*uD régiment de canlerie en arrivant à Paris, de Farmée, avant de saluer le roi; il If maintint bon et beau. M. de Barbezieux, qui en eut envie ponrlr comte dUzès et d*autres amis , le réforma et le mit par parties en incorporation dans ces régiments , et ne lui laissa seulement pas utf compagnie. On>e garda nul ordre en cette réforme de la paLv deR)!* wyck. A la fin de janvier de cette année on fit quatre-vingt-dix brigidiers , dont les cinq derniers de cavalerie étoient après lui. II en W piqué, quitta, montra pourquoi, et manda au roi par respect quec'étoit par sa santé. Ije roi, qui ne s'y m^rit pas, en fiit piqué lui^mAnfî re\cès,le témoigna , et cela dura du temps, que M. de Satot-Siinoo laissa paisiblement couler.

Mardi 11, à VersiailUs. — I^ roi alla rapr^s-dlnA*

AVEIL i7M. stt

; promener à llarly. Monseigneur courut le loup. Miseigneur le duc de Bourgogne fait ses stations ici^ et lonseigneur le duc de Berry les fait aussi. Monseineur le duc de Bourgogne alla jeudi de Meudon à Paris »irH. le prince de Conty, qui a la goutte assez violente t depuis assez longtemps. — Il arriva un courrier de . Torcy qui revient de Barcelone , dont il partit le 4. . M. C. devoit s^embarquer jeudi passé, qui étoit le 6 du lois; elle envoie Tordre de la Toison au duc d'Harcourt ; au comte d'Ayen, et leur mande de le porter avec un iban rouge, suivant l'institution de Tordre. Le duc d'Harlart avoit souhaité que cet ordre, que le roi d'Espagne i avoit promis, fût pour le marquis de Sesanne, son ère; mais S. M. C. veut que ce soit pour le duc d'Harwurt. Louville a eu la clef d*or; le bruit couroit à Barne qu'on donnoit la grandesse au comte d'Estrées, aiscela n'est pas encore déclaré ici., — J'appris que M. de illequier avoit été obligé , par le mauvais état de ses Taires , de prier le roi ces jours passés de trouver bon 1*11 quittât le service ; le roi est entré avec bonté dans 8 raisons et paroit ne lui en pas savoir mauvais gré. Mercredi 12, à Versailles. — Le roi et toute la maison >yale entendirent ténèbres en haut. Après ténèbres le n tint conseil, quoiqu'il l'eût tenu le matin à son ordiftire. Madame la duchesse de Bourgogne, au sortir de ïnèbres, alla voir la maréchale de la Mothe, qui est manàe depuis quelques jours, et puis chez la maréchale de oailles, et au retour elle s'enferma avec son confesseur. - MM. les États Généraux ont fait réponse au mémoire ai leur avoit été présenté par le résident de France, et ette réponse n'est pas telle qu'on la deVoit attendre. Il arolt présentement qu'il ne faut plus songer qu'à faire i guerre. — M. de Tessé a envoyé un courrier de Manque; M. de Clermont, maréchal de camp, y est mort de a blessure. Il avoit une pension de 2,000 livres, que le oi donne k son fils. Il s'est passé plusieurs petites affaires

T. VIIÎ. 25

886 JOURNAL DE DKRGEJOJ.

à Mantoue que nous n'avions pbint snto «t où hs troapcs du roi ont toiyourseu l'avantage êur les ennemis» ^^ Vvatcien curé de Saint-Germain ^t mort; il avoît deii abbayes qui valent 13 ou 18^000 livres de rente. -«^iLde Vendôme^ qui a fait du côté du Pô tout œ qu^il avoit fisolu de faire ^ qui étoit de chasser les ennemis éo Maisantin et du Parmesan , va remettre ses troupes daits de bons quartiers en attendant qoe l'herbe soit venue.

Voici une copie du ibémoîre qui a été présenté asx États Généraux par notre résident :

. « Avant que les nombreuses armées que le roi a sur pied soient obligées d'entrer en action^ 8^ M. veut rappeler encore à Vos Seigneuries le souvenir de ce qu'elle doivent A Taffection des rois ses précédesseurs et oriui des dernières démarches qu'elle a faites pour maintooir la paix rétablie par le traité de Ryswyck. Il n'a pas tenu an roi que cette florissante république ,■ toujours heorrase pendant qu'elle regardoit son étroite union avec la couronne de France comme une des maximes fondamentales de son gouvernement , ne jouit longtemps d'une parfaite tranquillité et des avantages que S. M. avoit bien voula lui accorder pour son commei'ce. Par les derniers traités Vos Seigneuries ont vu jusqu'à quel point elle a porté 6a patience et sa modération ; elle a mieux aimé souffrir jusqu'à l'extrémité les vains reproches de foiblesse et de défiance de ses forces que de désabuser vos peuples en tournant ses forces contre un État qu*elle regarde encore avec affection. Persuadée qu'il est de Tintérèt de Vas Seigneuries d'y répondre^ elle a Jugé qu elles le {Broient aussitôt. qu'elles auroient recouvré ce temps de liberté où elles regardoient le maintien d'une bonne inteUigeoce avec la France comme le solide appui de la républifoe: et certainement les démarches opposées étoient Telfet d'un état violent. C'est ainsi que S. M. a considéré la ruP" ture des conférences demandées par Vos Seigneuries pour la c-oufinnation de la paix; les traités faits avec les en-

AVRIL ITOS. 887

fteinis du roi d'Espagne contre elle et contre le roi son (Btit-fils^ les assistances secrètes qu'elles ont données pour CATthir les États soumis au roi catholique ; les actes tfliOBtilités exei*cés en pleine paix contre les troupes de ik M. ; le refus d'examiner les droits du roi d'Espace et 9nx des Provinces-Unies, après avoir demandé des coufirences pour en convenir et poiu* faire cesser. les plaintes de part et d'autre ; les entreprises faites contre las alliés de S. M.; les secours donnés sans réserve pour les atta- ^er. Présentement que la république est rendue à elle« ttlème^ que son esprit va gouverner, que ses seuls intérêts lenmt consultés , sa conduite réglera les sentiments de ^ M. pour elle ; tous sujets de plaintes seront entière- Nient ensevelis^ et le roi m'ordonne d'en assurer Vos Seiipieuries. Si elles veulent enfin se confier en son ancienne M sincère amitié pour elles , rien ne troublera le comoierce de leurs sujets; elles auront le plaisir de les voir Jouir sans trouble de tous les privilèges , de tous lefi iMfantages qu'ils ont obtenus en différents temps de la Ifmnce et de l'Espagne. S. M. le promettra pour elle, elle mn sera garante pour le roi son petit^fils, assurée que ce l^nce voudra bien confirmer le traité de Munster et ceux dont il a été suivi, conune S. H. promet de sa part de con* Jb'mer ceu:t He Nimègue et de Ryswyck. La sûreté de vos provinces, bien loin d'être menacée par S. M., deviendra le principal sujet de son^itteution, et pour l'affermir plus ffdidement elle fera savoir à Vos Seigneuries ses intenplions, soit que vous nommiez un ministre pour les apprendre de S. M. 9 soit qu'elle en choisisse un pour venir reprendre auprès de Vos Seigneuries la qualité et les ioDctions de son ambassadeur. Qu'elles cessent de craindre le voisinage de tant de troupes qu'elles voient sur leurs frontières; il dépend d'elles non-fleulement de les avoir pour amies, mais de les faire entièrement sortir des Pays-Bas espagnols. La paix rétablie et Vos Seigneuries désarmant , la ganle ih^ provinr4*s du roi catholique no

S88 JOURNAL DK DANGEAU.

sera plus confiée qu'à ses propres troupes; une prompte résolution rendra le calme à vos provinces ; la paix et la liberté y renaîtront ensemble. C'est à Vos Seigneuries, seules présentement consultées sur le gouvernement de la république, à décider ce qu'elles doivent préférer, ou le repos et la liberté, ou là guerre et la ruine de leur commerce sacrifié à des intérêts étrangers. Le temps de la campagne approche ; les armées de S. M. sont en état d'agir. La prudence de Vos Seigneuries leur fera voir, (}ans le peu de temps que la saison laisse encore à délibérer, le parti qu'elles doivent prendre pour le bien de la patrie et pour la gloire immortelle de Vos Seigneuries. » Jeudi 13, à Versailles. — Le roi et toute la maisoù royale assistèrent à toutes les dévotions de la journée. Monseigneur fit ses pàques de bon matin, et puis vint servir le roi à la cène. Madame la duchesse de Bourgogne fit aussi ses pàques de bon matin , et revint ici assez à temps pour voir le roi laver les pieds des pauvres. Après ténèbres S. M. alla faire un tour à Trianon, et en sortant de souper elle {alla avec toute la maison royale dans la tribune de la chapelle adorer le saint sacrement. — Un courrier de M. de Chamillart revint de notre armée d'Italie dimanche dernier. Les lettres de M. de Vendôme portent que les ennemis ont repassé la Par ma et la Lenza, et sont rentrés dans les États du duc de Modène et dans le Mantouan, qui est au delà du P6. M. de Vendôme a envoyé ordre au comte de Revel d'occuper Monticello sur le Pô par un détachement de la garnison de Crémone, pour assurer la navigation de cette rivière, et pour le même dessein il a fait construire deux galiotes qui seront armées de canon. Notre armée est campée à San-Nazaro proche Crémone, et on va envoyer la cavalerie dans leurs quartiers en attendant le véritable commencement de la campagne. — Vandeuil, lieutenant des gardes du corps, étant tombé en apoplexie, le roi a choisi Montesson, lieutenant aussi dans les gardas du corps, pour

servir cette campagne auprès de monseigneur le duc de Bourgogne en la place de Vandeuil^ qui étoit destiné à cet emploi-là.

Vendredi 14 y à Versailles, < — Le roi et toute la maison royale assistèrent à toutes les dévotions de la journée. Les dames d'honneur et les dames d'atours de madame la duchesse de Bourgogne et de Madame allèrent à l'adoration de la croix* avant les ducs; il y avoit quelques années que les dames n'y alloient plus en cérémonie. Après ténèbres y le roi fut enfermé avec le P. de la Chaise ; S. M. se confesse toujours la veille <les jours qu'elle doit communier. — Le comte Bagliani^ envoyé de Hantoue^ mourut ces jours passés à Paris; il y avoit plus de trente ans qu'il étoit en France, où il s'étoit marié à madame de Saint- Quentin , veuve du capitaine des gardes de feu M. d'Épemon. — M. de Harlay, qui étoit notre premier plénipotentiaire à Ryswyck, a, par la permission du roi, fait mettre à la Bastille H. deCely, son fils aine, qui avoit une conduite fort imprudente. — Le 18 du mois passé on prononça à Rome la sentence contre le marquis del Vasto (1) : on le déclare coupable selon le droit, et pour n'avoir pas comparu personnellement suivant la citation. Il est condamné à avoir la tète tranchée et tous ses biens confisqués, et cela pour avoir osé calomnier et accuser faussement M. le cardinal de Janson. 11 est ordonné que la sentence sera exécutée sur lui en quelque lieu de l'État ecclésiastique qu'on le trouve.

* Le seul capitaine des gardes alloit a l'adoration avant personne; nul autre ofQcierde la couronne ni grand officier de la maison du roi qu'en son rang et après les ducs. Les dames n'y alloient plus depuis longtemps. On s'avisa que la duchesse de Ventadour y devoit aller comme duchesse; mais question si elle couperoit les ducs suivant Tandenneté de M. de Ventadour, et cela ne devoit pas faire la moindre difficulté. La question finit conune il se voit ici.

(1) Voir la traduction de cette sentence dans le Mercure d'avril, pa(^ t79 à 1S4.

390 JOURNAL DK 0ANGEA13.

Samedi 15 , à Vermlle»- — Le roi alla communier à la paroisse, et revint toucher beaucoup de mala^. LV près-dlnée S. M. fut enfermée avec le P. de la Ghaise et travailla à la distribution 4efi bénéfices. On proposa à Tabbé de Vaubecourt de lui donner TévÀûbé d'Agdo, }K>urvu qu'il rendit Tfibbaye d'Âiaay, qui est àsm lyoQ, qui demande résidence et qui ainsi n'est pus compatible avec un évèché ; il a mieux aimé garder son abbaye. Oa ne saura que demain les bénéfices qui auront été donnés. — On fit partir ces jours passés Pucasse, cbef d'escadre; il va à Rocbefort^ où il trouvera une escadre de six va» seaux sur lesquels^ quand il sera UrUx côtes d'Espagne, il fera embarquer trois mille soldats espagDols et beaucoiip d'officiers i)our les porter à Garthagène, à Porto-BeUo,à la Vera-Gruz et à la Havane; et si M. de CbAteau-Renaud ne ramenoit pas les galions^ il les pourroit ramener. D doit prendre les troupes d'Espagne à la Coruna(l).- M. le maréchal de Catinat partim la semaine qui vient pour aller droit à Strasbourg ; on compte que Famée qu'il commandera sera de quarante mille hommes. N. k maréchal de Boufflers presse fort ici pour qu'on fasse partir les officiers généraux et les colonels qui doivent servir en Flandre, où tout se prépare à la guerre.

Dimanche 16, d Versailles. — Le roi et toute la maison royale assistèrent à toutes les dévotions de la journée. Avant la messe et après la messe même le roi travailla encore avec le P. de h\ Chaise. Vaprès-dlnée , entre vêpres et le salut, le roi fut enfermé une heure avec le maréchal de Catinat, et le roi lui dit qu'il vouloit encore lui parler avant qu'il prit congé. — Le soir H, de Chalaisarriva de Barcelone ; la reine d'Espagne Ta envoyé pourdirf que le roi son mari s'embarqua le samedi 8 à deux heure? après midi, et le vent étoit si bon que trois heures apr^ on ne voyoit plus les vaisseaux.

(DLaCorogne.

^oioi la liste des bénéfices que le roi a donnés ^

ivéchés. — Senlis, à Févêque de Dol; Dol, à l'abbé rgenson; Agde, â Pabbé de Fenquiêres; Bériers, à la ppe, comte de Lyon ; Poitiers, à la Chétardie, curé de ttt-Sulpice à Paris; Saint-Malo, à l'abbé des Marets; le, à l'abbé de Sainte-Aulaire.

ihba^fes. — Bs^nlme, à M. de Senlis^ Saint-Jean des «, au comte de Lœwenstein ; Sorèze, à l'abbé de la îmoille; Saint-Josse, au comte de Hamquemen; Saintlu», au comte de Manderscheid; Livry, à l'abbé de Ty j Vézelay, à l'abbé de Tencin ; Manlieu, à Tabbé du tj Grestain , à l'abbé de Lé vis ; la Noue, à l'abbé Anoe; Sandras, à l'abbé Poquelin ; Leroy, à l'al^bé Madot ; olis, à Fabbé de Crozat.

LiumU 17, à VersaillBs. — Le roi all^ tirer l'aprè^-diné^. dame la duehesse de Bourgogne alla à Paris faire sq9 lions; elle descendit aux Bénédictine anglois, puis alla ainWacques du Haut^Pas, à Sainte^ieneviève et Saintenne du Mont, et toujours à pied. Ëlle^ revint ici à huit u^; elle ne soupa point avçc le roij tant elle étoit (a^ uée. -^ M. de la Chétardie > curé de 8aini-Sulpice , a UséTévèché de Poitiers, ne se croyant poin^ en état> * aa santé , de remplir dignement les {onotions d'évé^ ). La roi a donné cetévècbéàM. l'abbé d^ laPo^ppe, qui âtété nommé à l'évèché de Béziers, etl'évêché ^e iers a été donné à l'abbé du Kousset, grand vicaif^ CarcasçQpe et peu coqiiu en ce pays ici. — Fanchon Mou ayant quitté l'Opéra poui* se mettre dans un cou-* it, où elle parolt très-bien convertie, et ayant reuvoyé [. le grand prieur tout ce qu'il lui avoit douné, le Gaillard y qui a travaillé à sa conversioujt a obteuu du pour elle une gratification de 500 écus^ que ]^ roi a »mis de convertir en pension si elle) persiste dans le ti qu'elle vient de prendre. — Le roi a donné au laiUard, qui a prêché ici le carême , la pension de

Voici la liste des bénéfiGes que le roi a donnés i

Évéchés. — Senlis, à Févêque de Dol; Dol, à Tabbé l'Argenson; Agde, k Pabbé de Fenquières; Béziers, à la Poeppe, comte de Lyon ; Poitiers, à la Chélardie, curé de laînt-Sntpice à Paris; Saint-Malo, à l'abbé des Marets; iHllle, à Pabbé de Sainte-Aulaire.

Abhoffeê. — Bfi^ulme, à M. de Senlisj Saint-Jean des Prés, au comte de Lœwenstein ; Sorèze, à Pabbé de la Trémoille; Saint-Josse,au comte de Hamquemen; Saint- Satur^ au comte de Manderscbeid; Livry, k Pabbé de Livpyj Vézelay, à Pabbé de Tencin;Manlieu, à Pabbé du Bat; Grestain, à Pabbé de Lé vis; la Noue, à Pabbé Ankune; Sandras, à Pabbé Poquelin ; Leroy, à Pal)bé Madot ; l^nlis, & Pabbé de Crozat.

lAmdi 17, à Versailles. — Lq roi alla tirer Paprè»-dlnée. Madame la duehesse de Bourgogne alla à Paris faire ses stations; elle descendit aux Bénédictine anglois, puis idla i Saini-Jacques du iIaut*Pas, à Sainte-Geneviève et Saint* Etienne du Mont^ et toujours à pied. £lle revint ici à huit heures; elle ne soupa point av^c le roij tant elle étoit (a^ liguée. — M. de la Chétardie , curé de Saint-Sulpicc , a refusé Pévècbé de Poitiers^ ne se croyant point en état, par sa santé , de remplir dignement les {onctions d'évè^ ç|U6. Le roi adonné cetévècbéàM. Pa}3bédelaPoeppc,qui avoit été nommé à Pévôché de Béziers, et Pévéché de Béziers a été donné à Pabbé du Kousset, grand vicai^x) le Carcas^one et peu connu en ce pays ici . — Fanchon Moreau ayant quitté POpéra poui* se mettre dans un cou* vent, où elle parolt très-bien convertie, et ayant renvoyé 3l M. le grand prieur tout ce qu'il lui avoit donné, le P, Gaillard, qui a travaillé à sa conversion, a obtenu du roi pour elle une gratification de 500 écns, que 1^ roi a promis de convertir en pension si elle persiste dans le parti qu'elle vient de prendre. — Le roi a donné au P. r,aillai*d, qui a prêché ici le carême , la pension de

prédicateur du roi^ qui est de (00 écos; il en svoit déjà la moitié.

Mardi 18, à Versailles. — Le roi a nommé IL d'Artagnan^ le lieutenant général^ pour être auprès de monseigneur le duc de Bourgogne durant la campagne, en la place de M. Rosen que le rcM avoit destiné à cet emploi et qui s'en est excusé, disant à S. M. qu'il se croyoit plus capable de la servir à la tète de sa cavalerie qu'en demeurant auprès de la personne de monseigneur le doc de Bourgogne, et qu'il obéiroit pourtant avec plaisir si le roi le vouloit absolument. — Le soir il arriva un courrier de M. de Blainville^ qui mande au roi que les ennemis s'approchoientfort de Kaiserswert et que la place étoit presque tout à fait investie de l'autre côté du Rhin, et qa'il enverroit encore un autre courrier quand il verroit leur entreprise tout à fait formée. — On eut des lettres de M. de Vendôme du 14 ; il est encore A San-Nasaro; il avoit été à Lodi s'aboucher avec M. de Yaudemont. 11 a fait descendre le pont qu'il avoit à San-Giacomo^ et il Ta placé entre San-Nazaro et Gastel-Novo^ qui est l'endroit où TAdda se jette dans le Pô. — Les digues qui ont été rompues en Hollande sont celles de Nord-Hollande, auprès de Munikendam, et la grande digue qui va d'Arav terdam en Frise et qui a été rompue en trois endroits auprès de Muyden. On dit que l'inondation s'étend jusqu'à une lieue et demie d'Utrecht, et que le dommage a été très-considérable.

Mercredi 19 , à Versailles. — Le roi , au sortir du conseil, envoya M. de Beauvilliers chez monseigneur le duc de Bourgogne, pour lui dire que S. M. jugeoit à propos qu'il partit mardi pour aller se mettre à la tète de ses armées en Flandre, ce que ce prince reçut avec une joie démesurée. 11 ira en poste coucher ce jour-là à Péronne, le mercredi à Mons , et sera le jeudi à Bruxelles de bonne heure. Son écurie partira dès vendredi, mais ses bagages ne pourront le suivre que les premiers jours de mai. —

Le couit45 de Tallard eut une longue audience du roi dimanche au soir ; S. H. Penvoie commander les troupes qui sont sur le bas Rhin , mais sous les ordres de M. le oiaréchal de Boufflers. M. de Hontrevel, qui commandoit en ce pays-là, s'est un peu brouillé avec M. l'électeur de Cologne, et il reviendra servir de lieutenant général dans la grande armée. — Lie roi a nommé six aides de camp de monseigneur le duc de Bourgogne^ qui sont Mimeur, Dénonville le fils, la Hotte, fils de celui qui étoit lieutenant général, le marquis deSanzay; ces quatre-iÀ sont mestres de camp ou colonels réformés. Les deux autres sont le marquis de Curton-Chabannes et le marquis de Prie, parent de madame la maréchale de la Mothe. — Monseigneur alla hier à Heudon, où il demeurera jusqu'à samedi. — Madame la duchesse de Bourgogne alla à Paris faire ses dernières stations. Elle descendit aux Carmes- Déchaussés de la rue de Vaugirard, puis elle alla au Bon- Pasteur. Elle s'y amusa assez longtemps à visiter la maison, ensuite eUe alla aux Incurables, visita les salles des femmes malades, et, se trouvant lasse d'avoir toujours été à pied, elle remonta en carrosse et alla aux Petites-Maisons, et, après y avoir fait ses stations, elle voulut voir les fous et les folles qu'on avoit renfermés dans leurs loges. En revenant de Paris ici, un de ses carrosses brisa dans Sèvres un carrosse de louage qui revenoit d'ici; il y eut un homme de tué. Elle s'y arrêta près d'une heure, envoya chercher le curé et le chirurgien pour secourir ce malheureux; mais tous ses soins furent inutiles, €:ar il mourut sans parler; elle donna de l'argent pour le faire enterrer, et elle n'arriva ici que i)our le souper du roi. — Le marquis de Castel dos Bios, ambassadeur d'Espagne, est rappelé; il y a apimrenceque S. H. C, qui est très-contente de ses services, lui donnera quelque emploi considérable; on a nommé, pour venir en sa place, ramirantedeCastille,qui est un des plus grands seigneurs d'Espagne, des plus accrédités et qui a beaucoup d'esprit.

3SM JOURNAL DR DANGKAtl.

Jeudi 30^ à Versaille$. — Le roi donna le matin audience de congé A M. Jonrdan , envoyé de Pologne. — Le roi a nommé H. Noblet , premier commis de H. de Torcy, ])oiir faire la charge de secrélaîpe des commandements de monseigneur le duc de Bourgogne; il avoitdéjA eu cet emploi durant le voyage des princes. — Lappara, maréchal de camp et Fun des principaux ingénieurs, a reçu ordre de partir dans le moment pour arriver & Tarmée de Flandre aussitôt que monseigneur le due de Botu^ gogne. On dit même qu'on a envoyé ordre à Vauban, qui est présentement au Neuf-Brîsach, de se rendre à Tarmée de Flandre le plus tôt qu'il pourra , et l'on ne doute pas que monseigneur le duc de Bourgogne ne commence la campagne par quelque siège considérable. — La Devèse, colonel d'infanterie du régiment de Vauge, nouveau, Ta vendu hh,000 livres au fils de Moncaut, quicommaiH doit dans la citadelle de Besançon. — Le bruit qui «voit couni en Espagne que S. M. C. donnoit la grandesse au comte d'Estrées est très-bien fondé; cela sera apparemment déclaré h larmée du roi d'Espagne à Naples. Le roi approuve fort la grâce que le roi son petit-fils veot faire à ce comte.

Vendredi ^i, à Versailles. — Le roi alla tirer Tappèsdlnée. Monseigneur le duc de Boui-gogne alla à Meudon voir Monseigneur; il trouva madame la duchesse de Bourgogne auprès du chenil , qui y alloit aussi , et il monta en carrosse avec elle. Il revint de tort bonne heure ici, et madame la duchesse de Bourgogne y demeura ja»qu'à huit heures , et en ramena monseigneur le duc de Berry, qui y étoit allé voir Monseigneur son père. — I^ roi, hier après son coucher, reçut un paquet de M. Chamillart, qui est à Paris et qui lui envoyoit la lettre de M. de Blainville qui mande que Kaiserswert est assiégé, que le» ennemis avoient déjà canonné le fort qui est dans Tlle, Nous avons cinq bataillons dans la place, et M. de Blainville espère défend i*e l'ile aussi longtemps que la place

même. -*i M. le maréchal de Bouftlers assemble Tarmée auprès de Dieet sur le Demer ; tous les officiera généraux' de Tarmée de Flandre et les colonels prennent congé du roi. — L'amirante a accepté l'ambassade de France, et témoigne beaucoup de joie d^avoir été honoré de cet emploi; voilà ce qu^on mande de Madrid. U se prépare à faire une dépense magnifique en ce pays ici, où il sera très-bien reçu.

Samedi 'à^, à Versailles. — Le roi alla tirer l^après-dlnée. Monseigneur revint de Meudon. Monseigneur le duo de Bourgogne fit ses dernières stations ici; il les a faites toutes soixante avec une dévotion qui a édifié tout le monde. — On eut des lettres de M. de Blainville du 19. Les ennemis n^avoient pas encore ouvert la tranchée; ils ont même retiré la batterie de laquelle ils canonnoient le fort que nous avons dans Tlle. On avoit dit que M. Té* lecteui*de Brandebourg viendroit commander les troupes à ce siège ) mais on n'en parle plus; c'est le prince de Nasaau-'Saarbruck qui commande Tarmée, et le général Dopft^ commandant de Maestricht, qui fait le siège sous lui. — Notre ambassadeur à Venise mande que le chevalier de Forbin avoit arrêté dans le golfe de Venise des barques chargées de IJé et d'autres provisions pour Par* mée de l'empereur ; qu'il avoit fait jeter le blé dans la mer et renvoyé les barques aux Vénitiens après avoir fait avouer aux patrons de ces barques que c'étoient des vi* vres qu'on portoit à Tarmée du prince Eugène , et que le même chevalier de Forbin avoit brûlé auprès de Trieste des magasins que les Impériaux y i^voient. On attend la cx>nfirmation de cette nouvelle, parce qu'on n'a point encore de lettres du chevalier de Forbin ; le comte d'Estrées, en partant de Naples^ y avoit laissé le chevalier de ForlÛQ avec deux frégates et deux brûlots.

Dimanche 23^ à Versailles. — Le roi ne sortit que tard et alla tirer. — Il y a des lettres de particuliers qui sont dans notre armée d'IUiIie, qyi partent que les Impériaux

38S iOUUIAL DE DANGEAU.

ont abandonné ions les postes qu'ils aToient sur FOgi», et laisoient passer leurs troapes sur leur pont de Borgo- Forte poor se retirer dans le Modénois » se sentant trop foibles ponr attendre que M. de Yendôme les Tint attiquer dans leurs quartiers ; mais M. de Yendôme ni JL de Tessé ne mandent rien de bêla; ainsi Ton ne croit p» k nouvelle vraie , quoiqu'elle soit écrite par des offidcD principaux de notre armée. — On a des lettres de 1. de Blainville du 20 et du 21 au matin, qui mande qoe h tranchée n'est pas encore ouverte et qull parolt que ks ennemis changent le dessein qu'ils avoient d'attaquer b place par le bas Rhin en prenant File, et qu ils veukit présentement l'attaquer du oMé du haut Rhin. — M. k duc du Maine prit congé du roi, le soir, pour aller joindre notre armée de Flandre. M. le maréchal de Rouffleisa marché avec quelques troupes à Stevensweert, oà Too croit qu il passera la Meuse, pour entrer dans le pays de Juliers. — Le \ieux M. Charpentier, doyen de rAcadémie francoise, mourut à Paris; le duc de Coislin est ^ésenk^ ment le doyen.

Lwèdi ±ï , à VersaiUes. — Le roi, après son dîner, travailla avec M. Pelletier jusqu'à quatre heures: et puis s'aUa promener à Trianon. Il entretint assez lonsiemp^ M. de Saumery dans son cabinet sur la manière dont il souhaitoit que monseigneur le duc de Bourg<^me se cobduiât à Tarmée. Ce prince donna audience chez lai à tous lesconrtisans qui vinrent prendre congé de loi, et Si rhonneur à toutes les dames de les saluer ; il part avec une joie qui augmente encore sa politesse naturelle. — M. de Guerchois. capitaine aux gardes, achète le régiment de la Marine 80.000 livres de M. de Taleran, que sa mauvaise santé obhge à quitter le service. M. d'Yolet, mestif de camp du régiment de Berry et dont le lieutenant-colonel a été fait brigadier, a demandé permission de sedè faire de son régiment : le roi le lui a permis. — On a eu avi cpie le prince Louis de Bade assemUe des troupes :1e mai

qnisd'HuxelleSy en attendant Tannée du ma.réchal de Catinaty a déjà formé un petit camp qui se grossira tous les jours, et Ton ne doute pas que les officiers dej'armée d'Allemagne qui sont encore ici n'aient incessamment ordre de partir. — Le roi tint le matin chapitre des chevaliers de l'Ordre ; H. de Torcy y rapporta les preuves du duc de Pepoli et du comte de Revel, qui furent admises, et ensuite le roi ordonna qu'on leur expédiât la permission de porter l'Ordre, qu'on ne porte point, quoique l'on soit nommé, jusqu'à ce que les preuves soient admises dans le chapitre.

Mardi 25, à Versailles. — Monseigneur le duc de Bourgogne partit d'ici à cinq heures du matin en chaise de poste; il court à trente-cinq chevaux. Le roi et Monseigneur s'attendrirent fort hier en lui disant adieu , et sa séparation avec madame la duchesse de Bourgogne a été douloureuse et tendre. Le roi travailla l'après-dlnée avec M. de Pontchartrain , et puis s'alla promener à Trianon malgré la pluie. Le soir, en sortant de chez madame de Haintenon, le roi eut des nouvelles de Kaiserswert du 22. Les ennemis avoient, dès le 18, fait des batteries de bombes et du côté du haut Rhin et du côté du bas Rhin ; nos hair teries de la place ont démonté leurs mortiers, qui ne tiroient plus dès le 21. Les ennemis travaillèrent le 19 à passer une manière de fossé et joignirent ce travail à leurs batteries. Le jour suivant, ils tirèrent une ligne de cet endroitrlà jusqu'au Rhin; M. de Blainville, voyant que cette ligne-là étoit mal défendue , commanda le marquis de Brancas avec cinq cents grenadiers et cinq cents fusilier^i, soutenus du peu de dragons qui sont dans la place et qui étoient à pied. M. de Brancas, qui commande le régiment d'Orléans, chassa les ennemis de leur poste , rasa quatre-vingts toises de leur travail et alla jusqu'à leurs batteries. Les ennemis revinrent trois fois à la charge avec de nouvelles troupes , on les repoussa toujours; ils furent obligés de faire prendre les armes à toute leur armée pour repousser la sortie. M. de Brancas, voyant

toutes om troupes eu nioiiVMiMUiti fit battre k retnûte et se retira dans la ville au petit pat. Le rw dît à iob souper et à son coucher qu'il avoit fiait des merveilks» et que M. de Blainville, dans sa lettre , ne pouTcut se lasMr de le louer et sur sa valeur et sur sa bonne conduits. Lss ennemis ont eu cent honunes tués sur la place, et on cfot qu'ilsenont plusdedeux cents blessés. Nous n'avonsperds qu'un capitaine et six ou sept soldats; noua avons trente ou quarante hommes blessés, parmi lesquels il y a six officiers. Le roi ^ à son souper, parla à M. le doc d'Orléeoi de son régiment avec élog^. — Les officiers de rarinée d'Allemagne ont eu ordre de partir incessamment, et ceux qui avoient été mis sur la liste de Mari y en ont été ôtés. On eut la confirmation que le prince Louis de Bade assemble des troupes entre Laudau et Weissembourg. — Mon* seigneur courut le loup, et revint au retour de la chasse souper ches madame la princesse de Gonty.

Mercredi 26, à Marlff. — Le roi dina de bonne heurp à Versailles , et vint courre le cerf ici dans le parc ; as retour de la chasse, il lîe pi*omena ici dans les jardins jusqu'à la nuit. Monseigneur étoit lï la chasse avec le roi. -* Le soir il arriva un courrier de monseigneur le due ck Bourgogne, qui étoit hieràPéronne à six heures du soir et qui en arrivant écrivit à madame la duchesse de Bou^ gogne. — On a des lettres de M. de Vendôme du i8> quisoat arrivées par Tordinaire. 11 est toujourscampéàSan^Vazaro; les ennemis n'ont point quitté les jH>stes qu*ils avoient sur rOglio, comme le bruit en avoit com^u. Le prince Eugène a renvoyé M. de Montgon à Ci*émone ; il a exigé seulement de lui qu'il seroit encore huit jours sans servir. Il a jugé qu il n étoit point prisonnier et Ta fort bien traité. — L'évèque de Glande ves est mort; il étoit de la maison d«'. Villeneuve, qui est une bonne maison de Provence; cet évèché ne vaut que 7 ou 8,000 livres de rente. — Le n>i donna hier matin audience à l'ambassadeurde Venise^ qui se plaiguoit fort resjiecttteusement , maisas^fiei

AVRIL i7M. 9»

vivement, de ce que le ehevalier de Forbin éioit entré dans le golfe et y avoit fait des prises. Le roi répondit avecsasagesseordinairequ'il ne prétendoitpoint troubler la république dans ses droits^ mais qu'il étoit dans Tordra d'empèoher que ses ennemis ne reçussent des secours d'hommes ou de vivres , soit pai* terre, soit par mer, et que la république lui auroit fait plaisir de lui épargner cette peine-là en empêchant que nul secours ne vint aa\ bnpériaux par le golfe.

JewU 27) à Marly. -^ Le roi, malgré la pluie , se promena à différentes reprises dans ses jardins. Monseigneur jouaTaprès-dlnée^ et il y eut une petite loterie ches madame de Maintenon pour madame la duchesse de Bourgogne et pour les dames du palaia ; la comtesse de Roucy gagna le plus joli lot. — M. deTorcy vint le matin chez le roi, et lui apporta une lettre du duc d'Escalone, viceroi de NapleSy qui lui mande que le roi son maître est arrivé à Baies en bonne santé le 16 du mois, qui étoit le jour de Pâques. Le vice-roi partoit dans le moment pour aller se mettre à ses pieds , c'est la phrase espagnole; la lettre est en espagnol. Le roi d'Espagne n'a été que huit jours dans sa navigation. M. de Pontcbartrain attend le courrier que le comte d'Estrées doit envoyer. *- Le soir au coucher du roi H. de Pontdiartrain lui dit qu'il y avoit eu un grand embrasement à Uuéliec , que la maison des missionnaires avoit été entièrement brûlée et qu'on croyoit que la perte étoit de 200,000 éc*.us. — On mande d'Espagne que la reine se rendra incessamment à Madrid, après avoir tenu les états d'Aragon à Saragosse. Le marquis de Léganës, qui se croit suspect parce qu'il a toi\jours paru fort attaché à la maison d'Autriche , se prépare à venir en France aiin de rassunT sur sa conduite et faire voir ses bonnes intentions.

Vendredi 28 , à Marly. — 1^ roi alla l'après-dinée courre le daim avec les cliiens de M. le comte de Toulouse, et au retour il se promena jusqu'jlla nuit dans ses jiurdins.

Monseigneur alla dès le matin coom le loup du» la forêt de Saint-Germain . Madame la duchesse de Bourgogne, qui est encore enrhmnëe , mange gras et dîne et soope chez madame de Maintenon. Le roi dit le matin à son lever que M. de Pomereu étoit fort mal ; il parla de lui avec beaucoupdéloges et comme d*un homme qa'ilr^reltoit extrêmement. — Tnrroenies, garde du trésor royal, mourut à Paris. M. de Nointel, son fik. Hait sa charge ; mais on ne sait s'il la voudra garder, parée qo'il tant en h gardant qu'il tienne compte à sa famille et aux créaneien de l,âOO,000 livres, qui est le prix auquel ces chargPS-U sont taxées. — M. le maréchal de BoufBers est campé entre Venloo et Kaiserswert ; il va trois jours qu'on n*a aucunes nouvelles du siège ni de M. le maréchal de Boirfflers, et ce que je dis la du lieu où il campe, sont Ifs lettres de mardi qui nous Tout appris. — Les troupes qoe M. de Savoie envoie à notre armée dltalie sont en marche; elles doivent être présentement dans le Milanez. II ne donne cette année que cinq mille sept cents hommes ; 0 prétend qu'avec les subsides qu'il reçoit de la France il ne peut p^ en entretenir un plus grand nombre: il y éloit pourtant obligé par son traité.

Samedi ±9. à Marly. — Le roi ne sortit point le matin: il fut longtemps enfermé avec M. de ChamiUart et ensuite avec le P. de la Chaise. L'après-dlnée S. M. counit le cerf dans son parc : Monseigneur étoit à la chasse, et nHMh seigneur le duc de Berry y \-int de Versailles. — On enl des lettres de M. de Vendi%me du 23. Il est encore campé à San-Naxaro: les ennemis fortitient les postes qu'ils ont sur rOglio, qu'ils n ont point songé à abandonner, coinme on Tavoit dit. Le prince Eugène est fort malade ; il étoil à l'extrémité le 20 mai. mais le 5!3 il étoit mieux. — 1^ maréchal de BoufBers mande au roi que le chevalier do Rosel , maréchal de camp . avec quinze cents cheraux. avoit renci^ntré un parti des ennemis beaucoup pte foible et ipi'on les a^oit enveloppés, et qu'iU avoieot '^'^^

AVRIL t7M. 401

presque tous tués ou pris. H. du Rosel loue fort M. le prince de Talmondy qui étoit brigadier sous lui àoette action-là. Le maréchal de Boufflers envoie au roi les lettres de M. de Blainvilledu 2k. Les ennemisont attaqué et pris la redoute qui étoit dans File. Les soldats qui étoient dedans n'ont point voulu la défendre ; les officiers qui étoient dedans, se voyant abandonnés par les soldats , voulurent se retirer dans la ville ; ils se mirent pour cela dans un petit bateau qui périt sans qu^on pût les secourir. Le siège n'avance pointdu côté du haut Rhin ; le maréchal de Boufflers a fait entrer dans la place cinq ou six cents hommes avec deux fusilschacun^ parce qu'il y en a beaucoup de crevésdans la place. — Après le souper du roi, le chevalier de Saumery * arriva de Naples; le roi d'Espagne l'envoie pour rendre compte au roi de son voyage. Sa navigation a été aussi heureuse qu'on le pou voit désirer^ et il a été reçu dans Naples avec de grandes acclamations. Le chevalier de Saumery partitde Naples le 18 au matin. H. de Harsin prit son audience publique d'ambassadeur sur le vaisseau, le jour devant quele roi arriva, afin de pouvoir assister aux chapelles et aux autres cérémonies, et par là il épargne la peine et la dépense d'une entrée qu'il n'a faite ni à Madrid ni à Barcelone^ et qu'il n'auroit pas pu faire à Naples de longtemps. Quand le roi d'Espagne fut embarqué à Barcelone^ tons nos vaisseaux firent la salve royale et dans le moment prirent le pavillon d'Espagne. Quand il débarqua à Baies pour monter sur les galères de Naples qui Font porté à Naples, nos vaisseaux firent encore la salve royale et puis reprirent le pavillon de France. En arrivant à Naples, S. H. C. descendit à son palais, qui n'est pas encore achevé de meubler, parce qu'on ne croyoit pas qu'il pût arriver sitôt. Il parut ensuite sur le balcon pour se montrer au peuple , et ensuite il alla à l'église, et l'on chanta le Te Deum, Il compte de remonter bientôt sur les galères de Naples pour aller à Final et de là aller se mettre à la tète de l'armée d'Italie. Il recommande au roi beaucoup d'of- T. vîii. 2n

402 JOUMAL DE DANGEAU.

ficiers de la marine, et lui dit que oe n'est point une recommandation de roi à roi , mais d^on petit-fils à son grand- |)ère. H marque sur chacun de ces officiers les raisons parculières qu^ila de les reconmiander, et toat cela avec betocoup d'esprit et de sagesse. Après s^étre loaé au dernier point du comte d'Estrées sur toutes sortes de chapitres, il prie S. M. de trouver bon que ce comte puisse accepter la grandesse **, qu'il lui veut donner. Le roi non-seulement Ta approuvé , mais S. M. fit partir un coorrier fl y eut jeudi huit jours et qui doit être arrivé à Naples présentement , par lequel il lui mandoit qu'il lui fatsoit grand plaisir d'honorer ce comte de cette dignité.

* LpchefaUerdeSaumerypaHaàRomeiaBt yeoodier^Titlepfl^ CleiDeut XJ un moment, alla à Saint-Pienre, et de la porte : « ffett-ce que cela, » dit-il ; et s en alla. T^e bon pape n a jamais po digérer cette action, et en a parié cent fois : elle est unique aussi en son espèce.

** La comtesse d'Estrées eut bien autant départ à cette grAee qoesos mari. Elle étoît jeune, hardie, étourdie et amnsoit le roi et mèmpinidame de Maintenon. Son âge feisoit trouver tout bon alors dans onc Noailles. Elle étoit encore plus en&nt que jeune, et se bai^MNt d*aiv dans son cortège et sa livrée. Les dames non titrées n'entrent en duôc a porteurs dans la coiur resenée que par des porteurs de la liirécdu roi qui payent un tribut . et cette bi^urure qui déparoit sa belle et nombreuse lirrée l'affliceoit. Elle en parloît sans cesse et tMH qu'enfin le roi lui permit des porteurs de sa liTrée. Bientdt apiêf die n eut plus besoin de cette grâce, son carrosse même , qui pov cela n entroit point . en eut le droit par la grandesse, et elle fut assise. O fut liomille qui le proposa au roi d'Espagne , qui n'y songeoit ps.

Dimanche 30. à Marly, — Le roi tint conseil le niaKii à son ordinaire, et Taprès-dinée il alla à Saint-GennaÎB voir le roi et la reine d'Anerleterre. — M. de riH^tal mourut à Paris. Il étoit srouvemeur de Tool ; c'est un petit |K)uvernement de province ipii vaut 10 à 12«000 livf» de rente. — M. de la Poeppe, comte de Lyon, à qui le roi avoit donné Tévèché de Poitiers, s'est excusé de l'accepter, disant qu'il eroyoit que la Providence lavoit attaché à IVsrlise de Lyon .qu'il éfoit trop vieux pour pouvoir Imcd

Page 1