MAI 1701. 40S
faire son devoir dans un évAché oà il y a A travailler autant qu'à Poitiers^ et que n'ayant aucun bien il ne pourroit pas payer les bulles, qui son t de 1 0,000 écus, ni acheter les meubles et l'équipage convenables à un évèque. — M. le maréchal de Boufflers, qui étoit campé à Wachtendonck, entre Venloo et Kaiserswert, avoit marché pour attaquer les ennemis qui étoient à Santen, mais ils se sont retirés en diligence; on dit même qu'ils ont repassé le Rhin à Wesel^ mais cela n'est pas sûr. Le si^e de Kaiserswert va lentement; Cohom, qui conduit les travaux de ce mégey veut prendre la place par les bombes et par le ca- ' non . — Ges jours passés il périt, auprès de la machine (1) , un grand l)ateau chargé richement d'épiceries ; les échevins de la ville de Paris ont remontré au roi le dommage que font à la navigation les ouvrages qui y ont été faits do temps de H. de Louvois> et 8. H. y a envoyé Hansart et Deville pour voir quels ouvrages on peut faire dans la rivière pour remédier à ces inconvénients-là.
Lmuti V* mai, à Marly. — Le roi tint conseil le matm à son ordinaire et se promena toute Taprès-clinée ; madame la duchesse de Bourgogne se promena quelque temps avec hiî. — On eut nouvelle que Jean Bart étoit mort à Dunk^rque, où ilcommandoit une escadre. Le roi envoie à Dunkerque, en sa place, Pointis. qui est aussi chef d'esoadre. Bart écrit au roi en mourant pour le prier de vouloir donner à sa famille une pension de ï,000 livres que le roi lui donnoit. — M. de Blainville mande à H. de BoufQers, qui envoie ici ses lettres au roi, que les assiégeants n'avançoient pas beaucoup leurs travaux, mais qua leur artillerie avoit fort ruiné un bastion ; les sorties fréquentes qu'on fait de la place les incommodent fort. 11 croit que le soir du jour qu'il écrite qui est le ^8 au matin, les ennemis attaqueront le chemin couvert, et il se croit en
(t) La nncMoede Mari).
en passant à Cambray^ y a vu H. Tarchevèque*, qui étoit venu le recevoir à la posie^ où il changeoit de chevaux et DÛ monseigneur le duc de Bourgogne s^arrèta quelque, temps. — On a eu des lettres de Tarmée d'Italie par l'ordinaire qui en partit le 26. On mande que les ennemis ont fait repasser toutes les troupes qu'ils avoient dans le Hodénois; ils ont laissé seulement mille hommes dans Bercello. Ils se fortifient à Caneto et à Dstiano. Ils ont fait miner Castiglione et Castel-Giufré, pour les faire sauter quand nous en approcherons. M. de Vendôme étoit encore à San-Nazaro, et Ton compte que les premiers jours du mois il tentera le passage de TOglio. — Il y a des lettres de Tarmée de H. de Boufflers qui arrivèrent hier et qui portent que H. de Tallard, avant que de canonner les travaux des assiégeants à Kaiserswert^ ira attaquer la redoute et les retranchements que les ennemis ont faits à leur pont de Dusseldorf en deçà du Rhin.
* Toute la cour étoit en attente de cette entrevue. Monseigneur le duc àd Bourgogne aimoit passionnément son précepteur; Fabsence avoit allumé plutôt qu'affoibli le goût par la contrainte. Le roi Tavoit réglée; M. de Beauvilliers étoit trop sage et trop avisé pour n'être pas eu garde là-dessus sur tout ce qui lui auroit été imputé , [ et ] avoit bien endoctriné le jeune prince. Saumery fut un argus qui dès lors commença à se dévoiler même aux plus dupes. Tout se passa donc dans toute la précision possible ; mais les yeux et tout le maintien fut si expressif que Tarcbevéque eut depuis une grosse cour, et qu'il n'y eut plus personne à portée d'y atteindre qui ne fit des démarches de son côté.
/etidt ky àMarly. — Le roi^ hier au soir avant son coucher^ quand Monseigneur et madame la duchesse de Bourgogne furent sortis de son cabinet, y fit entrer Chamlay et Pentretint jusqu'à minuit; le bruit court qu'on renvoie à l'armée d'Allemagne. — Il est arrivé ce soir un courrier de H. de Boufflers^ qui mande qu'un de nos partis de la garnison de Venloo, en ayant trouvé un des troupes de Hollande^ l'avoit chargé et battu ; on leur a pris quarante prisonniers, et tout le reste a été tué. La gar-
406 JOURNAL DE DANGKAU.
nisoQ de Kaisersweri se défend toi]ûours à menreille, et quoiqu'il y ait trois bastions rasés de coups <ie canon et que les l^ombes aient renversé toute la ville et que TUe soit prise, on croit que la place se pourra encoie défendre quelques jours; ils n'ont point encore attaqué le chemin couvert. Valeilles, lieutenant deroi^qui avait été i Dinao en la même qualité, a été blessé de deuic coups de mooiquel, et on a pris quelques lettres des assiégeants^ qui p»roissent fort étonnés de la vigoureuse défense du gouverneur. On ne nous a point dit la date des demiéf& lettres de M. de Blain\ille ; mais nous les croyons du f'de ce mois , car le courrier de M. de BoufiDers est parti de Santen le 2. — Monseigneur le duc de Bourgogne arriva . le samedi à Louvain, et devoit être le dimanche à Diest. Vendredi 5 , à Marly. — Le roi courut le cerf Taprèsdlnée; Madame étoit avec lui dans sa petite calèche. Od mangea pour la première fois dans le petit salon entre Tappartement du roi et celui de madame de Mainteoon. Comme il y a toi^ours plus de quarante dames qui ont Thonneur de manger avec le roi à ces voyagiss ici , reodroit où Ton man^reoit, qui est petit, étoit très-incommode. Monseigneur étoit à la chasse avec le roi . et au retour de la chasse ils se promenèrent jusqu'à la nuit. Monseigneur le duc de Berry, qui étoit venu de Versailles pour la chasse, ne s*; en retourna qu'après souper. — Notre ambassadeur à Venise mande que la république a défendu, sous peine de^ galères, à tous ses sujets de charsrer sur leurs Itàtinients aucunes munitions de guerre ou de bouche pour rariiirt de l'empereur. Tne de nos frégates qui sont dan> le golfe a a taquê et pris un bâtiment de Tempereur qui venoit de Segna , qui portoit des vivres à leur armée. — H arriva un courrier de Rome : toutes les lettres portent que,, par les avis qu'ils ont de Naples. les grand:^ et le peuple y témoignent une joie extraordinaire d'y voir leur roi. Ce iHHirrier croit que M. de Vendî^me a déjà commencé à sVbranler pour marcher sur TOgUo: le bruit étoit rv-
MAI t70tt. . 407
pandu^ partout où il a [mssé, qu'il devoit marcher le 2. Samedi 6, à Versailles. — Le roi revint ici de Hai'ly après s'y être promené jusqu'à la nuit. Monseigneur revint ' iciy et n'ira que mardi à Heudon. — Le matin^ en sortant de la messe , le roi dit que M. de Vendôme mandoit que ses troupes seroient assemblées le 5 pour marcher surl'Oglio; il aura soixante-deux bataillons et cent trois escadrons. Toute la cavalerie est remontée , et il y a six cents chevaux plus qu'il ne faut. Les troupes de H. de Savoie doivent arriver le 12 ; elles ne sont point comprises dans cela. Le prince Eugène a mandé à H. de Vendôme que l'empereur consentoit à faire un cartel comme on Ta voit proposé, et qu'il. alloit y travailler; apparemment ce cartel sera pour le passé comme pour l'avenir^ et qu'aijisi la rançon du maréchal de Villeroy sera réglée. — L'évéque de Belley est mort. Cet évôché est peu considérable pour le revenu ; l'évèque qui vient de mourir avoit été moine. — > On mande de Rome que M. de Louville y est arrivé avec la qualité d'envoyé du roi d'Espagne ; le pape Ta très-bien reçu, et même l'a admis à Faudience ré|)ée au côté, honneurs que Sa Sainteté ne fait qu'aux ambassadeurs. Le cardinal de Janson se prépare à en partir pour aller à Naples voir le roi d'Espagne ; il y mène tout son équipage^ alin d'y vivre magnifiquement.
Dimanche 7, à Versailles. — Le roi alla laprès-dinée se promener à Marly. — Il arriva un courrier de H. le maréchal de Boufilers^ qui mande que monseigneur le duc de Bourgogne joignit l'armée à Santen le mercredi 3 du mois. Par les lettres que H. de Blain ville écrit à ce maréchal, le siège de Kaiserswert va foi*t lentement et les assiégeants y perdent beaucoup de monde ; ils n'avoientpas encore attaqué la redoute du cimetière^ qui est à l'attaque du bas Rhiri et fort éloignée de la place ; il ne parolt pas qu'ils soient en état d'attaquer encore de quelques jours le chemin couvert. L'attaque du haut Rhin ne va pas plus vite; le Rhin grossit et a inondé une partie de leurs tran-
408 ' JOURNAL DE DAMGEAU.
chées ; ils ont été obligés de changer une batterie que le canon de H. deTallard^ que nous avons au delà du Rhin, incommodoit fort. Les lettres de M. de Blainville sont du 2 ; on travaille aux batteries de H. de Tallard^ qui seront en état de tirer au premier jour. — M. de Thianges* le père est mort en Bourgogne. Cétoit un homme qui n^a guère jamais paru en ce pays ici ; il étoit père du marquis de Thianges^ maréchal de camp, de la duchesse de Nevers et de la duchesse Sforza.
* M. de Thianges étoit Damas. Lui et M. de Montespan avoiat épousé les deux sœurs. Madame de Thianges avoit suivi la fortune de sa sœur , et avoit, indépendamment d*elle, un vrai crédit sur le roi. M. de Thianges avoit suivi sans le vouloir la fortune de son beau-frère, écarté de tout^^tnéprisé de sa femme, séparé d'elle sans cause et sans effective séparation , vivant obscur dans ses terres , sans commerce a la cour, sans nul signe de vie de sa femme, qui, à Texemple de sa sœur, avoit quitté les armes et la livrée de son mari et ne portoit que les siennes. M. de Thianges n'avoit cependant pris aucune part aa\ aventures de la famille^ et ne laissa pas que d'en demeurer séquestré du monde et de tout.
Lundi 8, à Verscdlles, — Le roi prit médecine^ et Taprèj^ dlnée il tint deux conseils^ dont il ne sortit qu'à huit heures. — On eut des nouvelles de H. de Château-Renaud qui est à la Havane ; on espère qu'il ramènera les galions : il n'y a point eu de mauvaise volonté ni du vice-nù ni des Espagnols^ comme on Ta voit cru ; ce n'a été qu un mésentendu qui a retardé le départ des galions. — M. de Chamlay^ qui va dans l'armée d'Allemagne^ ne partira pas encore de quelques jours ; c'est M. le maréchal de Câlinât qui a prié le roi de l'y envoyer; il assemble son armée sous Saverne. Le prince Louis de Bade est toujours auprès de Weissembourg ; il est encore incertain si le roi des Romains viendra commander cette armée ; ce qu'il y a de siir, c'est que son départ de Vienne est retardé. — M. d'Avaux fut taillé à Paris par Maréchal^ qui a fait l'opération fort heureusement; la pierre étoit fort grosse. — Le roi
xMAl 1702. 409
a donné une graiiiication de 1,000 éciis à M. des Alleurs^ son envoyé auprès de M. Félecteur de Cologne.
Mardi 9, à VerscUlles. — Outre le conseil que le roi tint le matin à son ordinaire , il tint encore conseil Tappès-dlnée pour une affaire considérable qu'ont les jésuites ; ensuite le roi alla un peu prendre Pair à Trianon, et il dit à sa promenade qu^il y avoit encoi*e à travailler pour plus de quatre heures à Taffaire qui Tavoit occupé Taprès-dlnée. — Le soir au coucher, le roi dit à M. le nonce ^ à qui il avoit fait donner le bougeoir*, que M. de Vendôme devoit être le 4 de ce mois sur TOglio, que toutes DOS troupes étoient complètes et que nous étions beaucoup plus forts que les ennemis. Il dit aussi à M. le nonce qu'il avoit eu des lettres de monseigneur le duc Bourgogne du 6 au soir. Notre armée est toujours à San ten ; celle des ennemis, que commande le comte d'Athlone, s'est retirée au delà de Clèves. M. de Blainville mande du 5 au soir que les assiégeants av^incent fort peu ; Us avoient fait prendre les armes le 4 à toute leur infanterie et fait monter leur cavalerie à cheval pour attaquer la redoute du cimetière, que nous avions aimndonnée il y avoit trois jours, où nous nVvions laissé qu^une sentinelle. Les batteries de M. de Tallard dévoient commencer à tirer le 7.
* Ce iM)ugeoir etoit tenu par raumônier en quartier de jour a la prière du soir, où toutefois le roi ni lui ne se servoient point de livre et qui étoit fort courte. La prière achevée, le premier valet de eliambre le recevoit de Taumônier, et le roi, s'approchant de sa chemise pour se déshabiller, nommoit un de ceux qui étoient autour, à qui le premier valet de chambre le donnoit Cétoit presque toujours un des plus considérables assistants , et c'étoit une £aveur. On tenoit ce bougeoir pendant le déshabiller, qui etoit bientôt fait, et quand on sortoit le premier valet de chambre le reprenoit et le donnoit ù sa volonté à un de ceux qui avoient les entrées et demeuroient au petit coucher.
Mercredi 10, à Versailles. — Le roi alla Taprès-dlnée se promener à iMarl y, et tmvailla tout le soir chez madame de Haintonon avec M. de Chamillart comme ù Tordinaire.
AiO JOURJNAL DE DAMGËAU.
Madame la duchesse de Bourgogne alla Vaprès-dlnée voir madame la maréchale de la Mothe, qui sort d^une grande maladie, et ensuite elle alla à Meudon , où elle se promena avec Monseigneur jusqu'à la nuit. — Le roi nomma cinq commissaires nouveaux pour TafiOûre des jésuites; S. M. y travailla hier quatre heures. Il y eut trois avis différents; le rapporteur, qui est M. dePontcarré, rapportera l'affaire durant le premier voyage de Marly aux cinq nouvaux commissaires , et au retour de Marly le roi la jugera. — L'évéque de Saintes est mort ; cet évèché n'est pas d'un gros revenu, mais la demeure en est charmante. Celui qui vient de mourir s'appeloit Tabbé du Plessis. — Le bonhomme M. de la Frézelière est mort. Il étoit lieutenant général, avoit la lieutenance générale de Tartillerie et un beau logement à TArsenal ; son fils a la survivance de cette charge. 11 avoit outre cela le gouvernement dé Salins en Franche-Comté ; il étoit homme de mérite et fort estimé dans l'artillerie.
yetK^t 11) à Versailles. — Le roi donne des commissions pour dix-sept régiments d'infanterie et un régiment de dragons ; les colonels les lèveront à leurs dépens ; le roi ne donnera que l'armement et un quartier d'assemblée. Il y a déjà soixante-douze hommes qui en demandent. — On mande de Pologne que le roi de Suède marche toujours à Varsovie , et qu'il n'en étoit qu à quinze Ueues le 21 du mois passé ; que tous les marchands en faisoient emporter tous leurs meilleurs effets, et que le roi de Pologne se préparoit à en partir le 24 pour se retirer à Cracovie, où il fait porter ses meubles. La noblesse qui est dans la ville ne songe point à en déménager et y parolt fort tranquille. Les Sapieha ont joint le roi de Suède il y a déjà , quelque temps , et on croit même que le prince Sapieha songe à se faire élire roi en la place de celui-ci, que le roi de Suède veut absolument faire déposer. — Madame la princesse de Conty alla dîner à Meudon avec Monseigneur, qui n'a que très-peu de courtisans avec lui. — Le bruit
se répand que M. le grand prieur a prié le roi de trouver bon qu'il lui remit tous ses bénéfices.
Vendredi 12, à Versailles, — Le roi travailla le matin et Taprès-dlnée à juger une grande affaire qu'il y avoit entre les archevêques de Lyon et de Rouen^ larchevèque de Lyon prétendant la primatie sur Rouen , comme il Ta sur Tours^ sur Sens et sur P^ris ; mais il perdit son procès tout d'une voix. S. M. eut la patience d^écouter durant cinq heures le rapport de cette affaire ; ce fut M. de Pontcarré qui la rapporta et k qui le roi et tous ceux qui étoient au conseil donnèrent de grandes louanges. Sur les cinq heures le roi sortit pour aller prendre l'air à Trianon. Monseigneur vouloit courre le loup^ mais il n'en trouva point; il veut le recourre samedi^ et il a mandé au roi qu'il ne reviendroit que dimanche pour le conseil. — Le soir \^ roi reçut des lettres de monseigneur le duc de Bourgogne^ qui mande que, par les nouvelles qu'il a de M. de Blainville du 7 au soir^ les assiégeants avançoient peu leurs travaux ; ils sont encore à plus de soixante-cinq toises de la contrescarpe. Les batteries de M. Tallard commencèrent dès le 6^ mais jusqu'ici elles ne font pas grand effet. — Le roi a donné un régiment de dragons à lever à M. de [ Saint-Sernin]^ qui est riche y et on compte qu'il lui en coûtera plus de 50^000 livres^ cai* il le lève h ses dépens.
Samedi 13, à Versailles. — Le roi nous dit à son diner qu'il avoit reçu des lettres de monseigneur le duc de Bourgogne du 8^ qui lui mande qu'il n'attend plus que son gros canon pour marcher ; on ne dit point encore de quel côté il marchera. Le comte d' Athlone s'est retiré entre Clèves et Nimègue ; la forêt de Clèves est entre lui et nous. Il a renvoyé à Nimègue son artillerie et ses gros bagages, et s'y retircroit apparemment si nous marchions à lui. M. de Blainville écrit du 7 au soir que le siège de Kaiserswert n'avançoit point. Les assiégeants sont encore à soixante toises du chemin couvert; ils ont presque abandonné l'attaque du haut Rhin. Les Ixitteries de M. de Tallard coni-
4ia JOURI^AL DE DANGEAU.
mencent fort à incommoder leurs tranchées , et on lui amène du gros canon y après quoi il les incommodera bien encore davantage. — Les ennemis ont rompu le pont qu'ils avoient àDusseldorf^ et craignent fort que nous ne bombardions cette place. — On a nouveUe de M. de Vendôme du k : les pluies ont fort gâté les ^emins et retardé sa marche de quelques jours. Il mande au roi qu'il espère pourtant pouvoir marcher le lendemain ou le surlendemain au plus tard.
Dimanche 14^ à Vtrsaillts. — Le roi alla Vaprès-dluét; se promener à Trianon. Monseigneur revint le matin de Heudon avant le conseil. Madame la duchesse de Boiuv gogne fit son jubilé. — Des troupes sorties de la garnison de Maestricht étoient entrées dans la petite ville de Huy ; mais, ayant su que quelques troupes de la garnison de Liège étoient entrées dans le château^ ils ont abandonné la ville en diligence^ craignant qu'on ne les y vint attaquer, et ils se sont retirés à Maestricht fort vite. On croit qu'ils avoient eu un plus grand dessein^ car ils avoient là cinq ou six mille hommes, dont il n'y en avoit qu'une petite partie qui fût entrée dans Huy . On parle d'une intelligence qu'ils avoient à Namur , mais on n'est pas encore bien éclairci là-dessus. — M. le grand prieur eut hier après diner une longue audience du roi ; il va servir de lieutenant général dans l'armée de M. de Catinat. On dit qu'il a représenté au roi le mauvais état de ses affaires , quMl a prié S, M. de mettre un économe à ses bénéfices pour en faire faire les réparations et en payer ses dettes , après quoi il les remettra au roi pour en disposer. Il ne se réserve que le grand prieuré, et on croit que S. M. lui donne 20,000 livres de pension.
Lundi 15, à Versailles, — Le roi alla l'après-dlnée se promener à Marly. Monseigneur se promena le soir dans les jardins avec madame la princesse de Conly. Madame la duchesse de Bourgogne prit médecine pour se préparer à prendre du lait ; le roi la vint voir au retour de
Marly, et le soir^ après souper^ elle alla dans le cabinet du roi comme à son ordinaire. — H. le comte de Toulouse partira dans quinze jours pour aller à Toulon^ où il compte de trouver ses vaisseaux prêts et de pouvoir s^embarquer en arrivant ; le comte d'Estrées sera de retour avant ce temps-là. — Le roi donne 2^000 écus de pension A M. de laHaye^ qui revient deTambassade de Venise; il y a quarante ans qu^il est dans les ambassades et a quatrevingts ans passés. — On a des nouvelles de H. de Vendôme du 8; il est en marche et s'approche de TOglio. On croit que les Impériaux songent à défendre le passage de la Chiese. — Le testament du roi Guillaume a été ouvert; il a fait le prince de Frise son héritier universel. M. l'électeur de Brandebourg en est très-méconteiit ; il s'étoit déjà mis en possession du comté de Unghen^ du comté de Heurs et de la maison de Loo. On mande que cet électeur retire les, troupes qu'il avoit au siège de Kaiserswert et dans l'armée du comte d'Athlone ; ses troupes sont de huit mille hommes. Le comte d'Athlone en renvoie d'autres de Hollande au siège de Kaiserswert pour remplacer celles de Brandebourg.
Mardi 16, à Versailles. — Le roi travailla l'après-dlnée avec H. de Pontchartrain, et puis alla se promener à Trianon. Monseigneur courut le loup. — Le roi eut des lettres de monseigneur le duc de Bourgogne du 12; il étoit encore campé à Santen. M. de Blainville lui mande du 1 1 que les assiégeants sont encore à plus de cinquante toises de la contrescarpe à l'attaque du lias Rhin; ils ont entièrement abandonné celle du haut Rhin. Leurs batteries de canons et de bombes ne tirent presque plus. On dit que le prince de Nassau, qui commande au siège, a mandé aux États Généraux qu'il croyoit qu'il étoit du bien de leur service de se retirer et d'abandonner cette entreprise, et qu'ils lui ont donné ordre de continuer le siège et qu'il seroit trop honteux de le lever. M. de Tallard les incommode fort par ses batteries, et il
lui arrive du gros canon, toute la garnison est fort résolue à se défendre mieux que jamais^ et croit repousser les ennemis s^ils veulent attaquer le chemin oonvert; ils souhaitent même fort qu^ils viennent l'attaquer. M. de Marillac y colonel de Languedoc^ y étoit entré avec les sept cents hommes qu'on y jeta il y a quelque temps, et on y a envoyé depuis les deux bataillons de son régiment. M. de Cohorn, que Ton avoit dit être au siège, est du côté de la mer, et a pris un petit ch&teau qui s*appelle Middelbourg auprès de Dam ; H. de la Motte, qui commande nos troupes de ce côté-là, marche à lui > et If. de Cohorn se retranche.
mercredi 17, à Marly. — Le roi, après son dîner, partit de Versailles pour venir ici, où il demeurera dix jours; il s'y promena jusqu'à la nuit avec madame la duchesse de Bourgogne. Monseigneur joua au mail, et puis se promena jusqu'à la nuit avec madame la princesse de Conty. — Le comte Carie Broglia, gouverneur d'Avesnes , est mort ; il avoit quatre-vingts ans passés. Le comte de Broglia, son neveu, qui commande en Languedoc, eut la survivance du gouvernement étant encore enfant, et un an après le comte Carie Broglia, s'étant marié, obtint en l'année 1660, M. le cardinal de Mazarin étant encore en vie, un brevet de retenue de 50,000 écus, en cas qu'il vint à avoir des enfants ; et H. le marquis de Mouy, qui avoit épousé sa fille unique, dont il a des enfants, demande au roi ou les 50,000 écus de retenue ou le gouvernement, dont on netrouveroit peut-être pas cet argentlà présentement et dont il s'offre de tenir compte à ses enfants. — M. de Cohorn, depuis après avoir pris le château de Middelbourg, a assiégé le fort Saint-Donat, qui est considérable par les écluses qui y sont ; il y avoit déjà trénte-sii heures qu'il le canonnoit quand le courrier est parti. M. de Cohorn s'est fort retranché à ce siège, et il sern malaisé de l'y attaquer.
' Jeudi 18, â Marly. — Le roi travailla beauoeup le
MAI t7M. 4I.S
matin etraprès-dtûéeaVecH. deChamillart. Monseigneur, en sortant de diner^ alla avec madame la princesse de Conty àSaini-Germain voirie roi et la reine d^ Angle terre. Madame la duchesse de Bourgogne commença à prendre le lait d'&nesse^ qui ne Fempècha pas de se promener un peu le soir avec le roi. — 11 arriva un courrier de M. de Vendôme qui partit de San-Giovanni inOocele 12 après midi. M. de Vendôme devoit passer cette nuit-là rOglio auprès de Ponte-Vico. Il y a des gués où la cavalerie pourra passer; il y a un pont à Ponte-Vico, et on en fera encore plusieurs autres pour faire passer Tinfanterie. Le marquis de Créquy . marche à la tête de tout avec tous les grenadiers de Tarmée et quelques dragons. M. de Vendôme retira^ le 10, la garnison qui étoit dans Sabionetta^ où nous avions cinq bataillons^ qui en sont sortis en très-bon état; il y en a mis seulement deux autres. — On eut nouvelle de Kaiserswert du 12, que le roi nous dit à la promenade. Les assiégeants ne tirent plus et ne travaillent guère. I^s troupes de Hollande, de Brandebourg, du Palatin et de Zeli se cèdent les unes aux autres Thonneur d'attaquer la contrescarpe; personne n*ose l'entreprendre, et les généraux différents veulent ménager les troupes de leurs princes. On a jeté beaucoup de rafraîchissements dans la place, et on y a porté quatre mille fusils pour remplacer ceux qui sont crevés; la garnison parolt plus assurée et plus tranquille que le premier jour du siège.
Vendredi 19, à Marly. — Le roi se promena jusqu'à onze heures le matin dans ses jai*dins, alla diner ensuite à une petite table, et puis alla courre le cerf dans la torét, et au retour il se promena jusqu'à la nuit. Monseigneur étoit à la chasse ; monseigneur le duc de Berry y vint de Versailles, et demeura à souper avec le roi. Au retour de la chaise, il joua avec madame la duchesse de Bcfurgo^e; il y avoit quelques jours qu'on lui avoit interdit ce plaisir-là, parce qu'il aime un peu trop le gros
jeu. Madame eut trois heures de firisson; le roi alla la voir au retour de la promenade. Le roi en demanda encore des nouvelles à M. Fagon en se couchant, et la fièvre duroit toujours. — On mande de Paris que M. de Saint-Pouanges est tombé en apoplexie. — Nous avons abandonné le fort de Saint-Donat, que les ennemis avoient presque rasé k coups de canon ; Julien s'est retiré avec ses grenadiers et les cent honunes que nous avions en g<irnison dans le fort. — Le roi a donné ordre au cbevalier de Forbin de retirer ses frégates du golfe de Venise, la république ayant promis d'empêcher lesb&timeiits de Trieste et de Segna d'y entrer et ayant défendu à tous leurs sujets de porter aucune munition de guerre et de bouche à l'armée de l'empereur.
Samedi 20, à Marly. — Le roi fit Taprès-dlnée une petite loterie chez madame de Maintenon pour madame la duchesse de Bourgogne et pour ses dames; madame de Maintenon gagna le plus joli lot, mais elle redonne toujours à jouer tout ce qu'elle gagne, et il demeura à la comtesse d'Estrées ; la comtesse de Roucy en eut aussi un très-joli. — Il arriva le matin un courrier de Naples. Le comte d'Estrées sera grand de la première classe; S. M. Catholique donne la grandesse aussi au marquis de Bedmar, et elle envoie Tordre de la Toison au prince de Tzerclaes et au comte d'Arco, général des troupes de Bavière. 11 lève un régiment des gardes napolitains où les plus grands seigneurs de ce royaume-là veulent entrer; le colonel en sera don Gaetano Coppola, prince de Montefalcone; le lieutenant-colonel est de la maison de Médicis , d'une branche qui en est séparée avant qu'ils fussent souverains de Florence. Le roi d'EIspagne doit toujours s'embarquer à Final avant la fin du mois; il vonloit aller de là droit à Varmée, mais le roi lui mande qu'il lui conseille dje passer à Milan. M. de Savoie viendra à Alexandrie l'attendre, et de là il le suivra à l'armée. — M. le UTfmd prieur rend ses bénéfices, comme ofc Tavoif
dit^ mais il faut une permission de la cour de Rome pour en retenir les fruits jusqu'à ce que les dettes soient payées; il n'a point de pension et n'en a point demandé.
Dimanche 21^ à Marly. — Le roi tint conseil le matin comme à son ordinaire et se promena toute Taprèsdlnée. Monseigneur alla à la messe de bonne heure et puis se revint mettre au lit et se fit saigner par pure précaution; cela ne Fempècha pas de se promener le soir avec le roi. — On eut des nouvelles de monseigneur le duc de Bourgogne du 16 et du 17. Il est toujours au camp de Santen^ où il attend son artillerie , ses caissons et ses gros bagages ; c'est le chevalier de Courcelles qui commande l'escorte qui les doit amener. M. de Blainville mande du 15 au soir que le siège de Kaiserswert n'avance points que les assiégeants ne tirent quasi plus; il ajoute même que présentement ce siège est plutôt un ennui qu'une affaire. — Outre les dix-sept régiments nouveaux qu'on fait sans qu'il en coûte rien au roi, on lève encore plus de cent compagnies franches pour mettre dans les garnisons. Des dix ou douze premiers régiments que le roi donna cet hiver à lever, il y en a déjà cinq ou six en état de servir, et celui que le chevalier de Pezeux a levé en Franche-Comté est si beau qu'on mande de Strasbourg, où il est en garnison, qu'il serviroit fort bien en campagne.
Lundi 22, à Marly. — Le roi tint conseil le matin , travailla l'après-dlnée avec M. Pelletier, et le soir se promena avec Monseigneur, madame la duchesse de Bourgogne et les dames. — Il arriva deux courriers de monseigneur le duc de Bourgogne; il est encore à Santen. Les lettres de H. de Blainville sont de la nuit du 18 au 19; il a fait raser toutes les tranchées du haut Rhin que les ennemis ont abandonnées et où il ne veut pas qu'ils reviennent; il demande à M. de Tallard des vivres pour un mois. 11 est pourtant arrivé aux assiégeants un renfort considérable de troupes allemandes; ils entreprendront
41S JOURNAL Dp: DANGEAU.
peut-être d'^ttaqaer la cpntrescarpe. -^ D eit arrivé un bâtiment h Brest venant de la Vera-Gnu. 1> Tioenroi s'est fort bien justifié du re^ardemegt des galigns; |1. fk Chàteau-Henaud les amènera , à ce qa'on aspàrej 0t Vwï compte qu^ils pourront être en EspagQe i U fin du min d'août. — Le roi a résolu de faire accoinmiodlHr ici k salon qui est entre Tappartement de madame ladoish^w de Bourgogne et celui de Madame, copmae il a £|)t accommoder celui qui est entre; sqn appar^ç|iM3|iit d celui de madame de Haintenon. Ce sera là qf^'on mettra la musique, et Ton a commencé d^s aujourd'hui; cela est beaucoup mieux pour les musiciens et plus commode pour les courtisans; durant le souper du roi, la musiqae monta dans les balcons du grand salon par ordre de madame la duchesse de Bourgogne , qui fit chanter les plus lieaux airs de Topera de. . .
Mardi 23, à Marly. — Le rpi après le conseil de finance demeura encore jusqu'à deux heures à travailler avec M. de Cliamillart, et Taprès-dinée il travailla jusqu'à six avec M. de Pontchartraiu. Monseigneur ooumt le loup. — Le matin, avant le lever du roi, il arriva nu courrier de M. de Vendôme, qui mande au roi qu^il avoit attendu deux jours ses vivres pendant lesquels il avoil fait différents mouvements atin de mettre les ennemis dans rincertitude de son dessein, et qu'après avoir fait pnnidre du biscuit et du pain à ses troupes pour six jours il avoit passé TOglio le 16 au soir et que le 17 au matin il s'étoit niiî^ à la tète du détachei^ent du ma^ quis de Gréquy, qui étoit composé de tous les grenadiers de larmée, de la gendarmerie et des dragons, et avoit marché en diligence sur la Mêla, qu'il avoit passée à Pra-AllK>ino « qui est le camp d'où il écrit le 18 au matio. J^ prince Eugène s'étoit avancé avec toute son armée entre Ustiano eLPra-AllK)ino, pour se saisir du poste de Fra-AJI)oino, qui est si bon que M. de Vendôme niaode qu'il a'aui^it osé y attiquer les ennemis. Le prince
MAI ilM. 419
Eugène, voyaui ce |MistH pccup^^, }\e. soupsi plus qu'iV se retirer versÇaiioto; ilavoit avec lui quatre- vingts pièces <|e c4iaon. M. de Vendôme a des avis, quil ci*oit Inen aiifHirés, que les ennemis se retirent eu diligence et qu'ils étoient le 18 non-seulement au delà de la Chiese, majs au delà du Tartai*o , et ses espions lui rapportent qu'ils les ont laissés à Marcarja et à Cainpitello marchant vers Borgo-Fôrte , où ils ont un pont sur le Pô. Le courrier qui est arrivé ce malin a vu, avant que de partir, notre armée en marche • c'étoil jeudi matin, et M. de Vand^me mande au roi ({ue, quoique se^ trou[H^s soient for| f4%uéeH, il espère , cr jour-là mùme , [xisser la Chiese. Les ennemis ont l(*vr le blocus de Mantoue, mais ofi ufi siUf pi^int pjicore quel parti ils prendront. S'ils rfjpiwisont le P6, ils rejioficent à toute esp^lrance d«^ si^ cpurs d'Alleiuif^ne et n'en peuvent plus prétendra- des yéuitiei)S, qui, i)ai*erainte, i)elaissoient pas de les favopiser c[ueIquefois. S'ils repiu>s^|it le Mincip à Governolo, comme bien des gei^ai le croient jci , pour aller i*egagner TAdige, ils abiffidounent le )l(Kléuois à la Miraudole. i^'ils veulent défendre la Chietk*^ ils exposent Tarmèe de lViupereur, qifi es^ beaucoup plus foible que la nôtre et qui aura encore à sou dos la garnison de Miintoue et ne pouvant avofr aucune retraite. On attend avec impatience 1^ courrier de H. de Vendôme.
Mercredi 2i , à Uarly, — Le roi tint conseil tout le matin et travailLi t'après-dlnée avec M. de (^hamilLuI , et puis se prumemi jusqu'à la nuit avec Mpnseigneur et madame la duchesse de Bourgogne. — On eut des lettres çUî monseigneur le duc de pourgogne du 20. Il attend pour quitter le c^uip de Santen que son convoi soit arrivé et il envoie-le marquis de Goigny avec cinq mille hommes de pied et trois mille ch^vijiux pour es(*orter (*e convoi. Blainvillc uiaude du 19 qu'il y a un grand mouv.ement dans le canq) des assiégeants et qu'il croit qu'ils veulent levei* le siégt» ou atta<[uer la place uiw un îiuti't*
endroit, parce qu'ils ont déjà 6té le canon de plnsietin de leurs batteries et que le canon de M. de Tallard les incommode fort à Tattaqae du bas Rhin. — La princase de Danemark a déclaré la guerre à la France et à l'Espagne en même temps que les HoUandois Font déclarée; il y a déjà quelques jours que le roi a donné ordre qu'on courût sus aux vaisseaux anglois, et nous avons déjà bit l>eaucoup de petites prises. Les six galères que nous avions à Dunkerque commandées par le chevalier de Pailletrie sont entrées à Ostende.
Jeudi 25 y à Marly. — Le roi, au sortir de la messe, fat longtemps enfermé avec le P. delà Chaise et se promena toute Faprès-dlnée. Monseigneur entendit la messe de bonne heure et puis revint se mettre au lit pour prendre médecine par pure précaution ; il joua toute l'après-dinée et se promena le soir comme à son ordinaire. Iladame la duchesse de Bourgogne alla l'aprè^-dinée avec madame de Maintenon entendre vêpres à la paroisse^ et puis revint joindre le roi à la promenade. — Wagner , colonel des gardes suisses, mourut à Paris; cette charge vaut plus de 4.0,000 livres de rente. — On eut des lettres de monseigneur le duc de Bourgogne du 22. H. de Blainville loi mande du 21 que les mouvements qu'il y avoit dans ^a^ mée des assiégeants le 19 et le 20 étoient pour changer toutes leurs batteries et l'attaque du bas Rhin. 11 leur est venu du nouveau canon et beaucoup de munitions de Wesel, M. l'électeur de Brandebourg s'étant racommodé avec eux. Ils font un nouveau siège à Kaiserswert ; ils Fattaquent par le grand front, qui est le côté le plus fort de la place. M. de Tallard» par ses batteries, leur a fait abandonner rile; ainsi nous aurons encore plus de facilité à faire entrer dans la place tout ce qui sera nécessaire.
Vendredi 26, à Marly. •— Le roi, après la messe, fut longtemps dans son cabinet avec le P. de la Chaise; IV près-dlnée il courut le cerf dans la forêt de Marly, et an retour il se promena jusqu'à la nuit dans ses jardins. Mon-
seigneur étoit avec lui à la chasse et à la promenade. — On mande de Rome que le pape a donné la croix de la légation au cardinal Charles Barberin^ qui s'en va à Naples > trouver le roi d'Espagne y ce qui retardera de quelques ^ jours le départ de S. M. Catholique pour Final. Le cardinal i Charles Barberin a la qualité de légat a hlere ; Fambas* ' sadeur de Fempereur et le cardinal Grimani se sont opposés vivement à cette légation. Le cardinal Grimani menacoit de faire des protestations au premier consistoire ; le pape lui a fait dire que, si c'étoit comme ministre qu'il voulût parler, c'étoit à lui et non au consistoire qu'il falloit s'adresser, et que si c'étoit comme cardinal il lui ordonnoit de se taire. L'ambassadeur de l'empereur est sorti de Rome et s'est retiré à San-Quirico. — Le roi de Suède a consenti de donner audience aux ambassadeurs de la république de Pologne à Grodno, et continue dans la résolution de marcher ensuite à Varsovie, voulant toujours faire déposer son traître de cousin; il ne se sert point d'autres termes en parlant du roi de Pologne.
Samedi 27, à Versailles. — Le roi fut enfermé assez longtemps le matin à Marly avec le P. de la Chaise et Faprès-dinée avec Mansart ; il sortit à quatre heures. Madame la duchesse de Bourgogne et madame de Maintenon le vinrent joindre aux appartements verts et s'amusèrent longtemps à voir les belles carpes que M. le Premier et M. de Chamillart ont données au roi. S. M. partit à sept heures et ramena ici dans son carrosse madame la duchesse de Bourgogne et madame de Maintenon. Monseigneur le Dauphin alla coucher à Meudon, où il ne mena que M. de Sainte-Maure et moi ; il en reviendra demain au soir ici. — On eut des nouvelles de Kaiserswert du 23. M. de Blainville avoit fait faire deux grandes sorties la nuit sur les nouveaux travaux des assiégeants ; on leur a tué beaucoup de monde et rasé la tète de leur tranchée. On alla un peu trop avant à la dernière sortie, qui fut à cinq heures du matin ; on les poussa jusqu'à leurs batte-