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cris de joie et de grandes acclaïuations du peuple aussi bien que de la garnison, qu'il a trouvée en très-bon état. Mantoue a témoigné une joie extraordinaire. Les ennemis sont retirés derrière la Fossa Maestra ayant Mantoue à leur tète , Borgo-Forle derrière eux , où ils ont un pont sur le Pô et leur droite appuyée au bas Hincio, sur lequel ils ont plusieurs ponts, Us ont ruiné à coups de canon une petite redoute qu^on appelle la redoute de Cerese, et qui empêche la garnison de Mantoue de les incommoder dans leur camp, où nous ne croyons pas pourtant qu'ils puissent demeurer si longtemps qu'ils le prétendent, mais où il seroit malaisé de les forcer. M. de Vendôme a fait prendre Castel-Giufré; les soldats qui y étoient en garnison se sont rendus prisonniers de guerre. Uy a des lettres qui portent qu'il a pris aussi Castiglione delle Stiviere. Le marquis de Tessé est parti en même temps que le courrier, et il apportera au roi le détail du blocus de Mantoue durant cet hiver.
Vendredi 2, à Versailles. — Le roi fut longtemps enfermé avec le P. de la Chaise après dîner, comme il a accoutumé de faire la veille des jours qu^il communie; il alla ensuite se promener dans les jardins, où madame la duchesse de Bourgogne Falla joindre. Monseigneur courut le loup. — On eut des lettres de kaiserswert du 29; les assiégeants n'avancent pas beaucoup leurs travaux ; ils ont retiré tout le canon qu'ils avoient à leurs Ijatteries du haut et du bas Rhin et font à leur attaque nouvelle une batterie de douze pièces, qui dévoient tirer le lendemain 30. — M. de Vendôme a envoyé au roi mie lettre (1) qu'il a reçue du roi d'Espagne, dont voici la copie :
« Mon cousin , j'ai appris par votre lettre et par ce que m'a dit le comte de Colmenero les mouvements (jue vous vous donnez pour entrer en campagne. Je ne m'en donne
(1) Lie Aferctirede juin reproduit celte leltfe, datée du 38 roui 1703.
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pas moins de mon côté pour voiis çllèr joindre an plus IM , et si des affaires très-essentielles (|ae j'ai ici ne me n»tenuient, jointes à l'arrivée du légat que j'attends, je serois déjà parti ; car j'ap^réhetide qile tous iie battiez les ennemis avant que je sois arrivé. Je vous [lèrmels pourtant de secourir Mantoue ; mais demeure^-en là et attendezmoi |)our le reste. Rien ne peut mieui vous marquer h bonne opinion que j*ai de vous que de ctàiitdre que vous n'en fassiez trop pendant mon absence. Je compte de me i*endre A Final à la tin du inois. Assdl*estbns les officiers francois de ma part de la joie que j'aimii de me trouver à leur télé , et soyez bien persuadé , mon cousin , de la véritable estime que j'ai pour vous. »»
Samedi 3 , à Versailles: — Le roi fit ses dévotions le matin, et après son dîner il entretint longtemps dans son cabinet le fils du comte de Tessé, que M. de Vendôme a envoyé ici pour i*endre compte de plusieurs détails. Ensuite le roi alla à vêpres, puis il s'enferma avec le P. de la Chaise et fit la distribution des bénéfices. Il sortit sur les sept heures pour aller prendre l'air dans ses jardins, qu'il trouva mieux tenus que jamais. Monseigneur fut louj^emps enfermé avec le P. de la Chaise^ et puis joignit le roi î\ sa promenade. — L'évèché de Saintes a été donné A l'ablH» Senaux, ;:rand vicaire et neven de M. d*Autun: FéviVhé de l^érigueux à Tabbé Clément, grand vicaire de M. de Rouen : Tévéché de Glandèvesà l'abbé de Siibran , cjui a été grand vicaire de Marseille ou de Toulon : Taliliaye du Trêport à Tévèque de Xantes, qui est frère du marc{uis de Beauvau, qui a été capitaine de^ irardes de feu Monsieur. Le reste de ce qui a été donné étoient des petits bénéfices qui ne valent pas la peine d'être nommés. — Monseigneur alla le matin à ses écuries voir beaucoup de Ijeaitx poulains qui lui sont %-enas de son haras de liasse Normandie.
iPimanrhe i, jour de la Pentecôte, à Versailles, — !>* 1*01, Monseigneur et toute la maison royale assistèrent à
toutes les dévotions de la journée. Monsei^netii* oommunia avant le lever du roi en haut dans la chapelle et madame la duchés^ de Bourgo^e aux Récollei<i. Le soir Monseigneur s'en alla h Meudon, où il a mené madame Itt princesse de Conty et plusieurs dames. 11 attendra le roi, qui y doit aller itiercredi. Le roi^ avant que d'aller à la messe ^ tint le chapitre des chevaliers de TOrdre; il nous dit que le roi d'Espagne souhaitoit qil'il donnât l'ordre du Saint-Esprit à cinq de ses sujets qui ont les principale» chaïf^ d'Espagne et qui sotit des plus illustres maisons^ et ensuite le roi nous lut les noms qu'il avoit écrits dans un petit billet; les voici :
Le cardinal Porto-Carrero , mais il ne pourra être reçu que cpiand il y aura Utie place vacante parmi Ie0 huit ecclésiastiques*:
Le duc de lledina-8idonia ^ callallerito mayor; Il eNt dé la maison de Guisman.
Le comte de Benavente; il est sommelier de cort^s; il est de la maison de Pimentel.
Le marquis de Villafraneâ, mayordomu maybr; il est de la maison de TolMe.
Le duc d'Uceda^ ambassadeur à Rome, de la maison des ducs de Lerme de Sandovd **.
Le terme de sommelier de corps est purement fmncois; ils lont pris de la maison de Bourgogne et ne l'ont jamais changé en Espagne.
* lie cardinal Porto-Canrero étoit Boccancgra.
*• Lp duc d*irco(la nVtoit ni TA»rme ni Sandoval, noals Aciinna y Pacheco. Cavalerlzto mayor Ht le grand éhiyéf, le aomitiHier du fcôfp», le graiid chambellan; et le inajordome-nif^rj le grand maître de la hus* son, qui précède les deux autres et même toi^ours tous les grands ^ ainsi ils sont mai rangés ici entre eux^.d'autant que les grands u*ont aucun rang d'ancienneté entre eui. Os trois charges sont sans aucune proportion infiniment au-dessus des trois pareilles de notre couf, excepta celle de président du conseil de Camille , satls proportioti ni compétence avec pas ime autre d'Espagne.
Lundi 5y tt f)ÊrlMillèÉ. ^ Li) foi se fit ligner le matin
par pure précaution ; ensuite il tint le conseil comme à Fordinaire et il n'alla à la messe qu'après le conseil. LV près-dlnée il travailla avec M. Pelletier, et le soir il s'alla promener à Trianon avec madame la duchesse de Bourgogne, madame de llaintenon et les dames du palais. — Le roi a fait lieutenant général M. de Zurlauben, qui a servi très-dignement durant le blocus de Mantoue et qui a battu souvent les ennemis. — On mande de Kaisovwert du dernier du mois passé que les asâégeants ont vingt pièces de canon en batterie et en auront cinquante dans deux jours ; ils en ont remis quatre pièces dans Tlle, qui nous incommodent pour la communication du camp de H. de Tallard à la place. H: de Blainville a été légèrement blessé d'une tuile qui lui a tombé sur Tépaule, d'un coup de canon qui avoit donné dans les toits. On vouloit mettre cinq nouveaux bataiUons dans la place, mais tous les officiers des bataiUons qui y soot depuis le siège demandent en grâce de n'être point relevés.
Mardi 6, à VerMtlleê. — Le roi alla l'après-dinée se promènera Marly. L'ambassadeur d'Espagne le remercia de la grande grâce qu'il lui procure du roi son maître, qui le fait vice-roi du Pérou ; il n'en a pas encore les patentes. Cette vice-royauté vaut des sommes immenses, et Melchior Porto-Carrero, qu'on en retire, en rapporte, à ce qu^on prétend, plus de deux millions d'écus. On change aussi la vice-royauté du Mexique ; on Voie à Hontecuffla pour la donner au duc d'Albuquerque. — Le roi a donné à M. de Locmaria , lieutenant général , le conunandement de Metz et du pays Messin, qu'avoit le marquis de Varennes, qui fut pris ces jours passés. — Le roi de Suède approche de Varsovie; c'est là qu'il veut donner audience aux ambassadeurs de la république de Pologne. Le roi de Pologne s* est retiré à Cracovie fort peu accompagné; les troupes saxonnes qu'il devoit donner à l'empereor ont ordre de marcher en Silésie pour s'apjH'ocher de lui.
Le cardinal primat est allé à Lowicz; on le croit fort mécontent du gouvernement présent. Le roi de Suède dit toujours qu'il ne marche à Varsovie que pour faire déposer le roi de Pologne et qu'il ne veut point faire la guerre à la république.
Mercredi T, à Meudon. — Le roi partit à six heures de Versailles pour venir ici; madame la duchesse de Bourgogne y vint en sortant de diner. Elle trouva Monseigneur qui étoit encore A table; il revenoit de courre le loup. Le roi , en arrivant ici y s'alla promener dans les jardins jusqu'à la nuit; il nous dit à la promenade que les dernières lettres de Kaiserswert portoienl que les ennemis avoient cinquante pièces de canon en batterie, qu'en deux jours ils avoient fait un travail d'environ dix toises sur le glacis. Le duc de Mortemart est entré dans la place avec les deux bataillons de son régiment ; on croit que les assiégeants attaqueront la contrescarpe ces jours ici. — On a des lettres de notre armée d'Italie du 29 , mais il n'y en a point de H. de Vendôme ; il fait assiéger Castiglione délie Stiviere parH.deMontgon^ et on croyoit qu'il seroit pris ce jour-là ou le lendemain. Un parti ennemi de trois cents chevaux, qui alloit porter Tordre au commandant de cette place d'en retirer sa garnison, a trouvé qu'elle étoit investie, et en revenant il a rencontré un de nos partis de deux cents chevaux qui, quoique plus foible, les a attaqués et battus; le commandant allemand a été pris, et ils se sont assez mal défendus.
Jeudi 8 , à Meudon, — Le roi se promena tout le matin et l'après-dinée dans les jardins avec Monseigneur, et Ton' fit une pèche dans le grand étang où l'on prit de fort belles carpes, qu'on envoya à Marly. — On eut des nouvelles de Kaiserswert du 3. La place continue à se bien défendre, les assiégeants avancent fort peu ; cependant M. de Blainville mande qu'il croit que dans trois jours ils attaqueront la contrescarpe. — Il arriva un