‹ Journal du marquis de DangeauChapitre 8 sur 31 · K)IIK^VI. 1)K lUNiiKAll · texte numérisé non relu

K)IIK^VI. 1)K lUNiiKAll

(Ion lîiiaim^s, du socrétiiirc d'État de la marii] aussi du ooniinei*cc , de deux conseillers d dtuix mattre^s des requêtes. Les conseillers MM. DuguesMmu et Amelot. I^s maîtres di stuit MM. d'Arnoton et d'Angervilliers, On fei uiart'Iuiud do chacune des principales ville mi»rt*«» du royaume qu'on c^^nsultera sur Icb i on apindlem en cortiiines occasions deux d ^(^nt^mux |HUir prt^ndrt* leurs avis.

Ikmaurkê 18, à Versailles. — Le roi sortit mv , mais il fut forlj>eu dehors, parce quMl v travailler de lH>nne heure avec M. de Chasi nvidame de Maintenon. Mons^'igneur et mon^ diH* de lUnin;x>4;ne allèrent t^oueher à Saint- M. le Due, qui leur donna uuefOte très-gala ma^nitique. Il > eut tWs entrée* de Ivillely de tvnuVlit^ fnuux^iM^ et italien ne>. lui fei >ur la ri\ièr\\ Il y a en>iron tn^nte ivorti:<uis M^ijiueur, et *v S4>nt <<^ ««ftieiers qui d<mnenl À :î»nqvr I . — Ix^ lils de (eu M. Talon, prvsôc fier, a aohete le n i:::nent d*Orleauoi> de M. qui a .^oheîe de^^uis jvii do M. ô.t Th;iry l do M, du M.u-;o. M. L;'.. v. î. .: . AV'.îaiEK de Je n 0 s.;: V ^ v^ •.:.>■. < v. . *. .^ . : . v U rv ^ : :v.t n : d ï e *■ rv^ •> q ,: . v * <>; o v. » . : \ v. « ô . i " «> : rx:: :> .

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àSénarty mais on n'en put détourner; il prit le parti de ooarrele lendemain et de demeurer pour cela un jour dé pins à Saint-Maur ; ainsi il n'en reviendra que mercredi pterle conseil. Il le manda à madame le princesse de GoDty pour le dire au roi ; et monseigneur le duc de lougogne écrivit à madame la ducliesse de Bourgogne nue lettre très^galante où il la prioit de demander au fd pour lui la permission de ne revenir que mercredi. ladÂme la duchesse de Bourgogne montra sa lettre au KÀ, y fit réponse dans l'instant. S. M. approuva ce que iH0oit monseigneur le duc de Bourgogne et loua fort sa bttre, qui est très-bien écrite.

. Mardi 20, à Versmlleê. — Le roi eut la nuit un peu de odiqoe et ne sortit point de tout le jour. — Monseigneur^ fii est à Saini-Maur, courut le loup dans la forêt de Sé- Atrt; monseigneur le duc de Bourgogne étoit à la chasse. •-^ L'abbé de Barrière, camérier d'honneur du pape, est tmvé de Rome ; il a apporté la barrette au cardinal de Noailles, et le roi la lui donnera jeudi après la messe. — U duchesse d'Uzès est à l'extrémité; elle est accouchée i!m enfant qui n'a vécu que le temps qu'il lui falloii poorètre baptisé; ils n'ont que des filles. La duchesse d'Usés est fille de M. de Monaco, notre ambassadeur A Kome. — Le roi d'Angleterre a donné à M. de Ruvigny le gouvernement de TÉcluse et la charge de colonel de ses gardes hollandoises, qu'avoit le duc de Wurtemberg, VÛest présentement général des troupes du roi de Danemark. Ruvigny a été fait en Angleterre comte de Galloway ; on dit qu'on lui donnera aussi la charge de gàiéral d'artillerie qu'avoit le même duc de Wurtem-

Mercredi 21 , à Versailles. — Le petit mal du roi n'a

point eu de suite; il alla Taprès-dinée se promener dans

lafopétdeMarly. Monseigneur revint de Saint-Maiu» pour

le conseil. Monseigneur le duc de Bourgogne, en partant

fie Saint-Maur, alla luer des lapins dans le bois de Vin-

844 JOURNAL DR 1>ANGEAU.

cennes et vint dîner ici avec madame la duchesse de Bourgogne. — On avoit parlé de faire un petit voyage i Trianon cette semaine ; mais cela est changé. — On a ooovellequele roi d^ Angleterre est arrivé à la Haye; Tallafdi notre ambassadeur, le suit en Hollande. — Le roi tint a» conseille matin plus longtemps qu^àFordinaire et doBiit ensuite congé à ses ministres jusqu'à samedi. Le roi a quelquefois cette bonté pour eux de mettre deux ooludk en un pour leur donnerle loisir d'aller à leurs maisc»» de campagne.

Jeudi 5t% à Versailles. — Le roi entendit la messe en bas et donna la barrette à M. le cardinal de Noaillesairec les cérémonies accoutumées. EnsuiteS. M. allaàlagriiide* écurie voir monter à cheval monseigneur le duc d'Aïqoa, qui est fort adroit à tous ses exercices; Monseigneur y étràft avec le roi. Madame la duchesse de Bourgogne fit ses dévotions aux Récollets dans la chapelle d'en haut; elA^ s'étoit confessée au P. Paulmier pour la première fois.— — Le mois passé M. d'Entragues, frère aine de celui qoiest colonel du régiment des vaisseaux, acheta une compagnie aux gardes de M. de Pontac, qui se retire ; il lui en dcmim^ 80,000 francs, qui est le prix ordinaire. D'Entragu^s étoit ancien lieutenant aux gardes. — Le mariage de mademoiselle de Lussan avec le duc d'Albemarle se fit c^s joni'S passes à Saint-Germain, comme il avoit été résolue-

Vendredi 23, à Versailles. — Le roi travaiUa le matii> avec le P. de la Chaise ; et l'après-dlnée S. M. alla cour*« le lièvre dans le parc de Marly avec les chiens de H. 1® comte de Toulouse. Monseigneur étoit à lâchasse avecliB*- Après la chasse le roi alla se promener àTrianon. Madari ^ la duchesse de Bourgogne sortit sur les six heurta av ^^ madame de Maintenon ; elles se promenèrent qm-lq^J** hnnps dans les bosquets et puis remontrèrent en can'Oî?*'^ •»t allèrent se promener sur le chemin de Trianon ; ^* quand le roi passa elles le suivirent, et arrivèrent ici ^^ même tempsjque lui. — La duchesse d'Lzès mourut ^^

malin à Paris d'un ulcère dans la gorge qui l 'étouffa; elle

amit eu 500,000 francs en mariage.

Samêdiiky à Versailles. — Le roi tint deux conseils de finances, Fan le matin, à son ordinaire, et Fautre Taprè»dinée, où Ton jugea l'affaire de Féglise de Saint*Sulpice de Paris, et Tafifaire de Monsieur, qui redemandoit au roi ks maladreries de son apanage. Au sortir de ce conseil, le roi alla se promener dans ses jardins. Monseigneur et monseigneur le duc de Bourgogne partirent à six heures du matin et allèrent courre le loup dans la forêt de Seurt; ils revinrent souper à Meudon, où Monseigneur deneorera jusqu'à mercredi, et monseigneur le duc de Ikmrgogne revint ici à onze heures du soir. Madame Il princesse de Conty est du voyage de Meudon. — Le roi, qui est très-content de M. de Chamillart, trouve bon qoe madame de Chamillart ait Thonneur d'entrer dans le carrosse de madame la duchesse de Bourgogne, honneur que n'avoit jamais eu aucune femme de contrôleur géDéral, et que madame la chcmcelière d'aujourd'hui n'a- ^t pu avoir quand M. le chancelier n'étoit que contrôleur général ; mais elle Veut dès qu'il fut secrétaire d'État. DifMnche 25, à Versailles. — Le roi, outre le conseil du matin à son ordinaire, travailla Taprès-dlnée avec 1. de Chamillart ; et sur les cinq heures il alla iV Meudon, où il se promena dans les jardins jusqu'à la nuit. — Le foi donna le matin une audience particulière au président de la Tour, que M. de Savoie envoie auprès du roi d'Angleterre en Hollande; il n'y aura point de caractère. (Vcst ^n homme de l)eaucoup d'esprit et en qui M. de Savoie * plus de confiance qu'à personne. — Madame la duchesse (le Bourgogne alla l'après-dlnée à Saint-Cj r. et ^^^H la Ménagerie; elle avoit madame do Montauhaii J^^ecellejà qui elle voulut faire voir Siiint-Cyr. — l^e roi, pour témoigner qu'il est content du P. le Gimte, conft^s- *^ir lie madame la duchesse de Bourgogne, lui a donné ^Wécus de i)ension.

346 JOURNAL DE DAMGKAU.

Lundi 26^ à VerMilles, — Le roi^au conseil ded^ qu'il tint le matin^ jugea l'affaire du comte de No avec madame sa mère. S. M. ne veut point qu'elle tî compte à son fils de tous les i*evenus de la lieuten générale d'Auvergne depuis la mort du comte de Ho{ son mari, tué au passage du Rhin, parceque c'est grâce dont le roi étoit le maître et qu'il avoit voulu à sa veuve, et en même temps le roi veut bien faij grâce au fils de lui donner présentement la charge il commencera à jouir de ce jour. On parla à ce co de l'affaire que M. de Guémené fait à H. le duc de R< sur le nom de Rohan ; le roi veut que cette affai soit jugée devant lui, et on nommera six conseillers d pour commissaires et un maître des requêtes pour porter l'affaire devant S. H. — Le roi alla tirer l'a dlnée. Monseigneur se promena tout le jour dans sei dins À Heudon. Monseigneur le duc de Bourgogne joi mail avec messeigneurs ses frères. Madame la duel de Bourgogne fut longtemps Taprès-dinée avec mai de Main tenon chez madame d'O, et le soir elle al] promener en carrosse.

Mardi 27, à Versailles. — Le roi alla tirer 1 après-< et puis se revint promener à Trianon. Madame la rhesse de Bourgogne alla le trouver à sa promena revint avechii dans sapetite calèche. — Le roi et la d'Angleterre allèrent à Meudon voir Monseigneur , qi mena promener dans ses jardins jusqu'à la nuit. — dame la duchesse d'Alljemarle vit le roi chea madai Maintenon au retour de sa promenade, et au soup roi elle prit son talx)uret. — Madame de Chamillart* pour la première fois dans le carrosse de madame 1 chesse de Bourgogne, comme on lui avoit promis i quelques joui*s. — Le roi donna au prince Emmai frère du duc d'Elbeuf, une pension de 50 pistoles mois, et S. M. en la lui accordant lui dit que cette pei ne duiHiroit ([u'aulant qu'il seroii siiuc. — Monsicui

JUILLET i7CNI. 347

hier ki dîner avec le roi, et il sera du voyage de Marly .

Mercredi 28 , à Marly. — Outre le conseil que le roi tint le matiB à son ordinaire, iltint encore conseil l'aprèsdloée avant de partir de Versailles pour venir ici ; il y amvaà cinq heures et se promena jusqu'à la nuit. — lûoseigneur revint de Meudon avec madame la princesse deConty. Monsieur, Madame et H. de Chartres sont du voyage. Madame la Duchesse est relevée de ses couches ; elle y est aussi. — Le roi à sa promenade nous dit que ttécourty son envoyé en Espagne, lui mandoit que S. H. C. se portoit mieux qu'elle n'avoitfait depuis longtemps et que le bruit de Madrid étoit que la reine étoit grosse de deux mois; le roi même parla comme souhaitant que cebniil-làse trouvât vrai. Le roi nous dit aussi qu'un vaisseau avoit trouvé les vaisseaux et les galères que commande Pointis qui canonnoi'ent et bombardoient Tanger, et le roi ajouta qu'il doutoit de cette nouvelle parce que Tordre qu'il avoit donné à Pointis étoit de bombardei- Laracbe et Salé, et point Tanger, qui est démoli préseniement.

Jeudi 29, à Marly. — Le roi et Monseigneur aUèrent courre le lièvre avec les chiens de M. le comte de Toulouse. Monseigneur le duc de Bourgogne et Monsieur de- 'ïtearèrent à jouer dans le salon avec les princesses. Madame la duchesse de Bourgogne passa Taprès-dinée chez "ïiadanie deMaintenon ; elle fait entrer, les soirs, avec elle dausle cabinet du roi la marquise de Maulevrier. — On *ïiande d'Espagne que S. M. C. a voulu faire le marquis ^ Léganès vicaire-général des États d'Italie; quelque S'aad que soit ce poste, le marquis de Léganès Ta refusé, ^^ croyant pas les affaires en état d'y pouvoir servir son 'ïUiltpe. — Le roi a fait dire à M. d'Alègre par M. de Sa- ^oie qu'il falloit que madame de Barbezieux allât en Auvergne, comme on Tavoit promis à M. de Barbezieux il y •* plusd'un an ; M. d'Alègre a répondu qu'il, obéiroit et •f*ï*illa feroit partir incessammeut malgré sa mauvaise

348 JOURNAL DK DAMGëAU.

santé. — M. de Torcy vint parler au roi dans son cabÛM après son souper; il y demeura même assez longtemps on croit quHl est arrivé des nouvelles considérables d Rome.

Vendredi 30, à Marly. — On sut au lever du roi h nouvelles que lui avoit portées M. de torcy le soir d'an l)aravant. Il étoit venu un courrier de ^M. de Monaco qi niandoit que le cardinal Cibo mourut le 21 et que le i M. le cardinal de Bouillon étoit retourné de Gaprarola Kome sur le bruit de Tagonie du cardinal Cibo. Un qua d'heure après que le courrier de M. de Monaco fut arriv il en arriva un de M. le cardinal de Bouillon, qui man« au roi qu'il avoit reçu son ordre de partir pour revenir " France incessamment , mais que l'extrémité où étoit leca dinal Cibo lui faisoit prendre le parti d'aller à Rome pca [wuvoir opter le décanat , et que , vingt-quatre heua après qu'il auroit joui de cette dignité , il partiroit pa revenir en France, selon les ordres de S. M,, et q». cn>yoit qu'il étoit du bien de son service qu'un cardij fi*anoois fût doyen. Le roi a paru très-mécontent de procédé, et en a parlé sur ce ton-là à son lever à M. de Boc Ion , son frère , mais avec beaucoup de bonté pour M. Bouillon. Le roi en a parlé encore ce soir à Monsieur, c a tAché d excuser un peu le cardinal sur l'importance la place qu'il auroit [>erdue en ne retournant pas à Ronc mais avouant la faute qu'il avoit faite de ne pas obéir s rheun\ — Lon>i alla Taprès-dlnée à Saint-Germain v^ U» riM et la rtMne dWnirleterre. et ensuite à Noisy a'* madame la duchesse de Bi^iinrocne, pour voir la nouve nitHite qu'il a rassembltv ix>ur le cerf et qui est de chic iH^auiHHip moins vitt^ que ceux de sa meute ordinale qui subsistera toujours et sous les ordres de M. de la f ohefouoauld.

Samedi :M, à Marly, - i^^ roi anirut le cerf avec ^ nouvtMuv chiens : madame la dueht^sse de Bourgogne éU axtv lui dans sa |vtito caKvhe. Monseigneur, monse

gneurle duc de Bourgogne et Hadame étoient à la chasse ; meveigiieurs les ducs d^ Anjou et de Berry y étoient venus aussi de Versailles. — Le matin , à la messe y madame la duchesse de Bourgogne devoit tenir l'enfant du concierge t?ec Monseigneur ; mais le curé ne trouva pas qu'elle fût enhabitdécenty parce qu'elle étoit en habit de chasse avec QB justaucorps et une perruque. Le baptême fut remis^ et ou a approuvé le curé. — Le pape^ qui veut contenter le roi en tout ^ pour réparer la faute qu'avoit faite le cardinal Ddfinipar ordre de Rome de ne point prendre congé des princes du sang en partant^ envoie un bref à S. M. par lequel il lui marque qu'il est fâché de ce que cela soit arrivé et qu'il donnera des ordres pour qu'à l'avenir cela n'arrive plus.

Dimanche 1" aoûty à Marly. — Le roi tint son conseil ^ matin à son ordinaire et alla se promener l'après-dlnét» dans son nouveau parc, on il fait faire encore beaucoup de routes pour pouvoir toujoui^s suivre la chasse en calèche. Monseigneur ne sortit point de tout le jour; il joua '^après-dlnée avec madame la Duchesse et des dames. — H. de Briorde, qui est à la Haye , mande au roi qu'on y a S'a avis que les flottes d'Angleterre et de Hollande avoient l^mbarbé la flotte de Danemark, qui s'est retirée sous ^penhague ; la flotte suédoise est à portée de se joindre luand elle voudra aux flottes d'Angleterre et de Hollande ; ^ a déjà fait des tentatives pour attaquer celle de Dan<i- **ark ; mais eUe en est séparée par des bancs de sable qu'on f^sauroit passer. La déclaration qu'ont faite les Auglois H les HoUandois en bombardant la flotte danoise fait voir ^u roi de Danemark qu'il a pris de uiauvjiises mesures en

^**aquant les Suédois. — , colonel suisse, est mort

depuis deux mois; le roi n'a point encore disposé du rt'»-

RMûent. C'est le vieux Erlach , le plas ancien de tous les

^giments suisses après le régiment des gardes; ces régi-

Di^nts-là sont d'un gros revenu.

Lundi 2, à Marly, — il y eut conseil le matin à l'or-

dinaire, et le roi alla tirer Taprès-dlnée. Monseigneur < monseigneur le duc de Bourgogne coururent le cerf dani la forêt de Saint-Germain avec les grands chiens du roî. Madame la duchesse de Bourgogne alla à Saint-Germaio voir le roi et la reine d'Angleterre ; elle fut assez longtemps enfermée seule avec LL. MM. BB. ; ensuite elle alla chez madame de Noailles^ où madame de Maintenon étoit. Elle y montïi à cheval dans les allées pour la première fois de sa vie ; elle y fît collation et ne revint ici qu^à dix heures. — On a fait repartir le courrier de M. de Monaco; on ne sait point quels ordres il porte k cet amhassadeur au sujet de M. le cardinal de Bouillon. — I^es monnoies n'ont point l)aissé au commencement de ce mois comme on lavoit résolu; les louis sont toujours à treize livres «ît les écus à trois livres huit sous.

Mardi 3, à Marly. — Outre le conseil de iinances qu'il y eut le matin àFordinaire, le roi travailla encore longtemps Taprès dlnée avec M. de Pontchartrain et puis se promena dans ses jardins jusqu'à la nuit. Monseigneur et monseigneur le duc de Bourgogne coururent le loup , firent une chasse fort rude et ne revinrent ici qu'à dix heures. — H y eut une dispute à l'assemblée du clergé entre le premier et le second ordre, c'est-à-dire entre les prélats et les abbés; ces derniers prtHendoient avoir voix délibérativesur les points de doctrine comme sur les autres affaires. Us évoques ont tous été d'un avis différent , et qu'en pareille matière les abbés n'avoient que voix consultative. Qudques-uns des abbés se sont rangés à l'opinion des évéijues; et il a été décidé que le second ordre n'auroit que la voix consultative sur les points de religion. — Monsieur eut un peu de fièvre ; il croit même en avoir en le samedi, et que cet accès-ci est de fièvre quarte.

Mercredi k, à Marly. — Le roi tint conseil le matin * l'ordinaire , et ensuite alla voir Monsieur, qui n'a pins de fièvre. L'aprè^inée S. M. alla courre le daim avec les nouveaux chiens de M. le comte de Toulouse. Monseigneur

AOUT i700. 961

et Lia doc de Bourgogne passèrent toute Taprès-dlnée â jouer. — Le roi a donné des lettres patentes aux jésuites, comme les Filles de Sainte-Marie et les Carmélites en ont, pour ne rien payer comme communauté de ce qui se lève sur le dergé. LWchevèque de Reims, qu'on ne croyoit pas fort de leurs amis, les a fort servis en cela; et le roi , en ioi disant qu'il accordoit cette gr&ce-là aux jésuites, ajouta qw ces Pères l'en dévoient remercier. Outre cela, M. l'archevêque de Reims leur a encore fait d'autres petits plai- 8ÎI8, et ils paroissent présentement contents de lui.

Jeudi 5, àMarly. — Le roi allaTaprès-dlnée courre le oerfdans la forêt avec les nouveaux chiens. Il dîna avant midi avec madame la duchesse de Bourgogne, madame de Mùntenon et les dames qui venoient à la chasse ; elle fut ft)rt belle, et le roi y prit beaucoup de plaisir; si bien S^'^Ue est plus à la mode que jamais. Monseigneur et 'ïwnseigneur le duc de Bourgogne dînèrent chacun à leur Particulier etétoient à la chasse. — M. le duc de la Force ^le duc de Guiche furent reçus au parlement, le duc de ^^oiehe comme duc de Gramont , son père lui ayant cédé fe duché. — Le comte du Bourg, directeur de cavalerie, ^ permission de vendre le régiment du roi dont il est 'i^eslre de camp; on lui en offre déjà plus de 100,000

Vendredi 6 , à Marly. — Le roi fut quelque temps en-

fetmé avec le P. de la Chaise , et Taprès-dlnée , sur les

^nq heures, il s'alla promener en carrosse dans son nou-

^««w parc avec mesdames de Maintenon et de Beauvil-

^i^rs. Monseigneur et monseigneur le duc de Bourgogne

^^Cfcunirent le loup dans la forêt de Saint-Germain et

^visaite dînèrent avec les courtisans qui avoienteu Fhon-

*^«ur de les suivre à la chasse. Madame la duchesse de

^^upgogne ne sortit point ; madame de Noailles lui amena

^« Saint-Germain la comtesse d'Ayen et la marquise de

^Vallière , qui, contre leur ordinaire, n'avoient point

♦^t« de ce voyage ici. Elle amena aussi mesdemoiselles

362 JOURNA). DE DAJNGEAU.

de Bournonville et de Coupigny^ avec qui madame la dachesse de Bourgogne se promena jusqu'À la nuit et rejoignit le roi dans les jardins.

Samedi 1, àVersailles. — Le i*oi fut enfermé le malia avec le P. de la Chaise , et Taprès-dlnée il partit de bcmne heure de Harlypour aller courre le cerf dans la forêt; madame la duchesse de Bourgogne étoit avec lui dans m petite calèche. La chasse fut fort longue, et il ne revint ici qu^àla nuit. Monseigneur alla dîner à Meudon^ où il demeurera quelques jours ; il n'y a pas mené beaacoap de monde ce voyage ici. Monseigneur le duc de Beiu^ gogne aUa dès le matin tirer dans la plaine de Villemouri et ne revint ici que fort tard. — Le roi a augmenté la pension qu'il donnoit à Saint-Frémont ; il n'avoit que 1,000 écus; il en a 2,000 présentement. — M. le nonce Goaltiero arriva à Paris; il aura dès mardi son audience. — L'évtique de Bayonne (1) est mort; cet évèché ne vaul que 12 ou 14,000 livres de rente ; cet évèque avoit uiae abbaye qui en vaut 8 ou 10.

Dimanche 8, à Versailles, — Le roi alla tirer Taprès^ dinée et puis se revint promener à Trianon. Monseigne^^ se promena tout le matin dans ses jardins à Meudo^* Monseigneur le duc de Bourgogne joua au mail. — M. ^^ Pointis a bombardé Tanger comme la nouvelle en étoit v^ nue; les Maures a voient rétalJi le peu de fortification^ qu'on avoit démolies. Depuis ce bombardement, Pointis» été à Ceuta et a offert au gouverneur espagnol qui est daa-»s la place de la secourir par mer et par terre ; il offre i^ vaisseaux du roi pour tous les convois dont on peut av^3»' besoin et de faire mettre pied à terre aux troupes c^ui sont sur ses vaisseaux pour attaquer le camp des Maur-^^*- Le gouverneur espagnol a répondu qu'il ne pouvoit ^^ cepter cette offre sans les ordres du roi son maître. — "

(1) Léon deLaUimo.

t mort on aumônier de madame de Chartres qui avoit mx peiîtes abbayes.

lMndi9y à Versailles. — Le roi alla tirer.— On eut MNnrelle de Madrid que le roi d'Espagne étoit en parlûte santé ; il a retranché toutes les pensions qu'il donftoitsnr la Crusade et a 6té tous les officiers supernuméndra qui étoient dans ses conseils et dans sa maison. — ladame de Barbezieux est partie de Paris avec madame «mère, qui la mène en Auvergne. — Monseigneur le duc iktourgogne courut le cerf avec les grands chiens du roi ètt la forêt de Saint-Germain ; c'est la première fois pillait été à ces chasses-là sans Monseigneur. Madame la duèessede Bourgogne alla faire collation et médianoche 'Siini-Germain chez madame de Noailles; elle y monta ' cheval pour s'aller ^promener au Val ; elle ne revint ici î^'à six heures du matin. — On mande de Venise que le luge Silvestro Valier est mort , et qu'on a élu en sa *Uce Alvise Mocenigo, parent fort proche de Tam- ^ssadrice qui est ici. Je crois qu'il est sou grand-oncle. Mardi 10, à Versailles. — Outre le conseil que le 4 tint le matin , il tint encore conseil Faprès-dinée , où «^ l'évêque de Chartres gagna une affaire considérable H'il avoit contre son chapitre *. — Monseigneur n'a ^it que se promener durant son voyage de Meudon ; il *^ point chassé et fort peu joué. Le roi y doit aller merr^i de la semaine qui vient, pour y demeurer jusqu'au amedi d'ensuite. — Madame la duchesse de Bourgogne^ |iû était revenue à six heures du matin de Saint-Germain ^ ne songea qu'à se reposer tout le jour. — M. le nonce Gnaltiero eut sa première audience du roi, mais comme il ne Va pu avoir de Monseigneur, qui est à Meudon , il teviendra vendredi ; et après Tavoir eue de Monseigneur, il l'aura de madame la duchesse de Bourgogne.

• LVvéque de Chartres , Godet des Marest, si connu par la part qu*il ^àladisîiqrâce de M. de Canibray, avoit pris peu à peu un grand ^''**t siir madame de Maintenon , dont il étoit directeur. C'étoit un T. VII. 23

pieux et savant prélat , point oagot , mais solide et digne, quoiçia trop enclin à Saint-Sulpice , dont il étoit élève ; mais de rhonneur, et et pable de discernement et d amitié. Sou chapitre , outre TindépendaDce, nvoit un petit diocèse dans le sien où Tévéque étoit nul , et dans n propre cathédrale 11 n*y pouvoit officier ni dire méiiie \k messe Imr sans la permission du chapitre, qa*il n*accordoH pas aisément. 11 y mit encore mille autres abus plus contraires au droit eonumm , au Iné sens et à la hiérarchie les uns que les autres ; mais Fantiquité da usurpations prévaloit et prévalut encore devant le roi où S. M. toqlui que le procès fût jugé. Le roi, fort sollicité par madame de Jfaiiitenon , et on peut ajouter par la raison &t la religion, tisà de son droit, ce qu'il n'a pas fait sit fois en tout son règne , qui est de foire TmA par son avis , sans égard à ceux du conseil. Le chancelier, qui n'aimoit pas M. de Chartres et qui craignoit que le roi , eu certaines af&JreSt ne s'accoutumât à Fexercice de ce droit, s'y opposa tant qu il put, mdi inutilement , et n y gagna que défiance et ordre de lui apporter l'airà. 11 le fit le lendemain, et osa l'adoucir en faveur du chsïpltté. Le wî écouta ses raisons , puis le biffa et lui en fit refaire im autre , tel qu'il Favoit décidé , et qui donna entier gain de cause à M. de Chartres. C0 graud évéque , content d'avoir remis les choses en règle , n'en voulut point user, et ne songea qu'à regagner Famitié de son chapitre, dont la modération du prélat et l'estime qui ne pouvoit lui être refusée facilita fort le retour. Il étoit antijanséniste, mais fort peu jésuite, à qui il rogna fort les ongles , et devint à leur préjudice le vrai dirtri* buteur des bénéfices , sans en avoir jamais pris pour lui ni pour ki siens; mais û tomba dans l'inconvénient des inconnus et des bariies sales de séminaire, qui infectèrent le clergé de gens de rien, ignorants , petits génies et ultramontains , quoique lui-même ne fdt rien de tout c^la, mais faisant de tels choix par scrupule.

Mercredi 11, à Versailles. — Le i*oi prit médeôof) malgré la grande chaleur ; il se trouve si bien des remèdes de précaution qu'il n'a jamais été en aussi bonne santé. Monseigneur revint le soir de Meudon. S. M. tint conseil Taprès-dînée. Madame la duchesse de Bourgogne dîna chez madame de Maintenon, et alla le soir faire un tour à la Ménagerie. — M. de Bezons, intendant de Guyenne , ayant eu plusieurs attaques d'apoplexie^ a demandé au roi permission de se retirer de son emploi, ce (|ue le roi lui a accordé avec douleur, car jamais intendant ne fut plus estimé de la cour et plus aimé des

AOirr 1700. 355

On envoie en sa place M. de la Bourdonnaye , le H. de Aibère^ qui étoit intendant k Rouen. On Intendance de Rouen à M. de Vaubourg^ frère de larets^ qui étoit intendant en Franche-Comté , et le Fintendanoe de Franche-Comté à M. d'Harouis^ ]es requêtes.

la, à VerêoiUes. — Le roi alla Taprës-dlnée à Poù il ne revint qu^à la nuit. Monseigneur alla à ood en sortant de table ; Monsieur y a été un peu loéé depuis son retour de Marly. Madame la e de Bourgogne alla aussi à Saint-Cloud et s'y a en calèche avec Monseigneur^ Monsieur, Mai madame la princesse deConty, et revintici pour >r du roi j Monseigneur étoit revenu avant elle. — A deux courriers de M. de Bavière qui reviennent me. On ne sait point les nouvelles qu'ils portent; urnbassadeur d'Espagne a demandé une audience qu'on lui donnera demain. — 11' est arrivé depuis ars un courrier de Rome par lequel on apprend santé du pape n'est pas bonne , et cela a empêché y eût consistoire. — Le 2 de ce mois, le pape a é à M. l'archevêque de Paris la commission pom* er M. Tabbé de Soubise , après quoi on lui doni bref d'éligibilité de Tévèché de Strasbourg. Iredi 13, à Versailles, — Le roi donna le matin iience particulière à l'ambassadeur d'Espagne, qui ilut pas dire, même A M. de Torcy, le sujet de son DB. Monseigneur et madame la duchesse de Bourdonnèrent audience au nonce. I^ roi alla l'anéc courre le chevreuil dans le nouveau parc de ivec les chiens de M. le comte de Toulouse. Monmr le duc de Bourgogne tomba à la chasse asses lent. — On a appris [)ar des nouvelles venues de cK que le roi de Pologne avoit passé la Dwina, que fcédois avoient fort peu défendu le pas»ige et s'éretirés sous Riga ; et l'on mande en même temps

que la garnison de Riga étoit sortie de la place et aroît attaqué le peu de troupes que le roi de Pologne avoil laissées en deçà de la rivière , avoit pillé les bagages et brûlé les bateaux qui avoient servi au passage.

Samedi ik, à Versailles. — Le roi entendit vêpres m haut dans la chapelle, et ensuite s'enferma avec le P. de Jit Chaise. Monseigneur le duc de Bourgogne et madame la. duchesse de Bourgogne étoient à vêpres avec le roi, ef au sortir de la chapelle le P. Gravé lui fut présenté dans sa chambre pour être son confesseur. Le P. Paulmier revoit confessée à sa dernière communion, et on croit qa'cDi en veut essayer plusieurs. — On apprend par les letim de Hambourg que les armées de Danemark et de Soèà sont fort près les unes des autres ^ et que cependant hi médiateurs espèrent bientôt une paix ou du moins nos longue trêve. Ce qui pourroit y aporter empêchement, c'est qu'on apprend que le roi de Suède a passé en Sedand et a débarqué auprès de Copenhague avec dix mille boames d'infanterie ; il a même marché Tépée à la main i Is tète de cette infanterie et a attaqué quelque cavalme danoise qui vouloit s'opposer à son débarquement.

Dimanche 15 , à Versailles. — Le roi fit ses dévotions le matin et toucha l>eaucoup de malades. L'après-dinée il entendit vêpres et le salut. Monseigneur et monseigneur le duc de Bourgogne allèrent coucher à Petit-Bourg (4^* M. le mai'quis d'Autin , où ils demeureront jusqu'à mardi- Madame la duchesse de Bourgogne lit ses dévotions. — Le roi a donné Tabbaye de Saint-Ferme, qu avoit Tévéque do Bayonne, au fils de M. de Crécy, premier écuyer d** M. le duc du Maine; ce prince l'a demandée au roi sans lui en parler. L'évêché de Bayonne n'est point donné. M. de Montgon a obtenu pour l'abbé son frère une petite abbaye à Issoire. L'abbaye d'Aiguebelle a été donnée * l'évêque de Digne; M. de Rasilly a eu , pour une des^ sœurs (|ui est religieuse à Fontevrault, Tabliaye de îi'iàoy seau, qn-avoif une sœur de M. de lieauvilliers. L'ablï^Y^

b ChAteaiFChàlons en Franche-Comté a été donnée à ma- ( de Vatteville^ de la maison de Conflans. K 16 , à Vertailles. — Le roi alla l'après-dlnée à Trianon ; mais il n'y alla que tard. Avant que de sortir, il tmiilla avec M. Pelletier, qui vient de visiter toutes les fiioes que nous avons sur les côtes de TOcéan. — Le roi, k matin, au conseil de dépèches , avoit jugé Taffaire de LdlÉpinoy pour Thilé-Chàteau auprès de Namur, dont il éWt dépossédé par une sentence rendue à Namiu*. Le roi irat que ce prince soit remis en possession de Thilé-Chàr ieui, à faute de quoi S. M. lui donnera des représailles en Ikiidre. — On eut nouvelles que le duc de Glocester Mt mort ; il avoit onze ans passés, et les Anglois regardait ce prince comme celui qui devoit succéder au roi Giillanme. Il étoit fils unique du prince de Danemark , M la princesse sa mère est fille du roi Jacques, qui est à UnUGermain. On en prendra ici le deuil au retour du inmier voyage de Marly, et on le portera jusqu'au voyage deF(mtainebleau.

Mturdi 17, à Versailles. — Le roi alla se promener à fcrly. Monseigneur et monseigneiu* le duc de Bourgogne Wîinrent de Petit-Bourg et allèrent coucher àMeudon, où ib attendront le roi, qui y doit venir demain pour y pwser le reste de la semaine. — Monsieur, depuis quelqiMsjours, a la goutte assez forte ; il ne Tavoit jamais eue. Uioi envoie tous les jours à Saint-Gloud savoir de ses iHHivelles. — Le roi a ordonné que le comt-e d'Albert et k comte d'Uzès se remissent incessamment dans la Conîkrgerie à Paris , à faute de quoi l'ordre est donné pour fe y mettre par force. Il sont accusés d'un prétendu duel Jweclecomte de Rantzaw, Danois, et le comte de Schwartwnbepg, Autrichien ; il y a déjà plus de quinze jours que «ite affaire-là est arrivée. — Il s'est passé plusieurs petites choses à rassemblée du clergé qui ont fait voir à l'archevêque de Reims qu'il n'étoit pas tout à fait si maître

^ fcspritdes députés qu'il l'étoit dans le commencement.

S68 JOURNAL DE DAMGEAU.

et il leui* a proposé de céder la préeideBee à M. k < nal de Noailles^ ce que Tafisemblée a acoepté.

Mercredi 18 , à Meudon. — Outre le conseil qiM i tint le matin^ à son ordinaire^ il tint encore eonseil Fi dinée; ensuite il alla à Saint-Gloud voir Monsieur, trouva avec une goutte assez violente. Madwii^ la 4ad de Bourgogne étoit venue voir Monsieur »vant que h arrivât; elle en repartit en môme temps que S. M., q|i voyant à la portière, jugea qu'elle avoit envie d'ètie lui dans sa calèche. Il Fy fit monter, et ils aniW ensemble ici, où Monseigneur et monseigneur la du Bourgogne les reçurent. Toutes les dames qui son^ Meudon seront du premier voya^ de Marly. Had la Duchesse est demeurée à Saint-Maur, où elle ei puis quelques jours, et n'en reviendra que samedi ] Marly. — M. Tarchevéque de Paris a accepté la sidence de l'assemblée du clergé ; il y avoit déjà pris f comme évèque diocésain , et il y présidera présentai comme cardinal; Tarchevèque de Reims l'ayant pie et rassemblée y ayant consenti y le roi Ta approuva Tarchevèque de Reims, avant que d'en faire la propos à l'assemblée, avoit demandé au roi permission de le £ Il y avoit d'anciens exemples de ciirdinaux qui av< présidé aux assemblées; mais il n'y en avoit point de dinal, fait cardinal depuis l'assemblée commencée.

Jeudi 19, à Meudon, — Le roi se promena dans toi jardins hauts et bas , et l'après-dlnée il courut dai parc de Chaville un cerf qui y est depuis longtemps, seigneurs le duc d'Anjou et de Berry vinrent de Versi à la chasse ; au retour le roi se promena en calèche madame la duchesse de Boursrogne. — MM. les co d'Albert et d'I'Zès n'ont pas voulu se mettre è. la Coo gerie ; ils ont pris le parti de sortir du royaume, et v Bruxelles. On croit que H. de Barbezieux aura asse crédit auprès du comh; d't^zrs, son beau-frère, pou bliger avenir se mettre en prison, conseil qu'il lui d

AOUT 1700. SiO

d'aatantplus hardiment qu'on ne croit pas qu'il y ait rien à craindre pour le comte d'Uzès. Les deux étrangers mêlés dans l'affaire sont retournés en leurs pays il y a déjà quelques jours. — L'ordinaire de Rome arriva^ qui n'apporte des nouvelles que du 3 ; celles que l'on avoit eues par le courrier extraordinaire étoient du 3. Le pape se porte tant soit peu mieux ; il a pourtant encore un peu de fièvre.

Vaiiridi 20, à Mwdan. — Le roi fut longtemps enfermé avec le P. de la Chaise le matin ; il lui dit que nadame la duchesse de Bourgogne étoit contente du P. Gravé et qu'il demeureroit son confesseur. L'aprè&-dinée le roi alla tirer dans le parc; Monseigneur fut toujours avec lui. — Avant que de partir de Versailles, madame la dudiesse de Bourgogne fit l'honnfdur à madam^ d^ Villacerf , femme de son premier maître d'hôiel , de la &ire enfarer dans son carrosse ; elle est de la maison de Sumeterre. Madame la Dauphine avoit fait le même honooor à madame de Chamarande,) qui est de la maison de Bourlemont; son mari étoit survivancier de la charge de premier maître d'hôtel. — M. le duc de Beauvilliers est parti pour aller à Bourbon ; sa santé devient fort mauvaise. Le roi sera quelque temps à ne travailler qu'avec deux ministres, qui sont le chancelier et M. de Torcy.

S<medi âl, à Marly. — Le roi et madame la duchesse de Bourgogne arrivèrent ici de bonne heure. Monseigneur Partit un peu plus tard de Meudon. — M. de la Vienne, secrétsâre des commandements do madame la du- <îkesse de Bourgogne, tomba en apoplexie à Meudon *vant que le roi en partit et venant de parler à S. M. ; aucau remède ne le put soulager ; il mourut sur les sept l^ures. Quand il acheta cette charge, il Tacheta avec '* survivance pour son fils ; ainsi elle n'est pas valante.— Mademoiselle d'Ëlt>euf a un logement ici pour ^ première fois ; elle est avec madame sa mère ; elles

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lAmdi i.'ï, a MtÊfi^, — Oatr*^ k ♦.•ixiseil iiui* fe roi

U*:t, ^. \0nfk il ;^IU <i^ prom»rQ«:r d;ia> <oa ooaTeaa ] ftii %\ hîi t^îtH Hticfft^ ijfAuctjii^ «itr route». Monset; H fdhtti^irtt^ïr 1^ duc de BourtroOT*: allèrent pour ce 1^ l//fjp a SfiiuUCffintiHin; mais ou oea put détourne ÎJ'r du/; d#: la MisîlJeraye fut reçu le matia au parlein t^/fi |f/'r^r r/ffiHftrvth:duché deMazarin, qui n*estqu^a i'j'.\ui tU', lu Mcilleraye; ainsi le fils sera devant le pèi \HirU:uumi; le duché de la Meilleraye est après» le di

AOUT t7oo. aei

de GnmoDt. Quand le roi lit les quatorze ducs^ il voulut que le maiéchal de Gramont pass&t devant le maréchal de la Iteilleraye y quoique le maréchal de la Meilleraye Mtplus ancien maréchal de France^ et le chancelier Séguier lisant la liste que le roi lui avoit donnée^ soit par inadvertance^ soit par dessein^ comme on Ten soupçonna eu ce temps-là, nomma le maréchal de la Meilleraye après le maréchal d'Estrées et devant le maréchal de Gramont. Leroi, qui étoitdans son lit de justice^ l'interrompit et lui dit: « Vous vous trompez, M. le chancelier, j*ai mis le maréchal de Gramont après le maréchal d'Estrées. » On préteDdit en ce temps-là que le chancelier étoit mécontent do maréchal de Gramont , quoique le comte de Guiche , fib du maréchal, eût épousé mademoiselle de Sully, petite-fille du chancelier, et de plus qu'il avoit voulu témoigner sa reconnoissance en la personne de M. de la Meilleraye des obligations qu'il avoit à H. le cardinal de Bichelieu, dont M. de la Meilleraye est cousin germain. 1^ chancelier au contraire disoit, et c'est ce qu'il y a de plus naturel à croire, qu'il étoit tellement prévenu que le roi, en les faisant ducs, vouloit suivre l'ordre dans lequel il les avoit faits maréchaux de France qu'il n'avoit pes pris garde que le maréchal de Gramont étoit sur la liste des ducs avant le maréchal de la Meilleraye. — On a ^^ nouvelles par MM. de Tallard et de Briorde plus ^ches de trois jours que celles que l'ambassadeui* de "oUande reçut samedi ; nos ambassadeurs même dans ^ttrs dépêches parlent de milord Portland, ainsi les i^niits qui avoient couru de ce prétendu assassinat sont ^ttèrement faux. — M. de Torcy vint parler au roi *^^^t son coucher ; ^il étoit arrivé un courrier de M. de *^liaco, mais on ne dit point quelles nouvelles il a ap- " P^ï^tées.

Mardi 24, à Marly, — Le roi après le conseil de finances ^^l encore longtemps enfermé avec M. de Chamillart. ^'^près-dlnée il alla courre le daim avec les chiens de

mz JOURNAL DE DAHGEAU.

M. le cotniede Toulouse dans son noarnso pue, ffneur et monseigneur le duc de Bourjeo^me étoîent i J» ehasse avec lui ; ik avoi^nt voulu courre le knip la walki à SainM^ermain, mais on n'en trouva point dans laforM^ ce qui arrive trè<>-souvent, parce que les loupa «itrentit sortent aisément en passant la rivière. — Le ooumerde M. de Monaco a apporté de mauvaises nouvelles de Ja mnté du pape; on craint bien pour lui le temps ds k chute des feuilles. Il n'y a point eu de eonsistoiis oà M. le cardinal de Bouillon pût être reçu évèque d'Ostii; mais il est doyen de plein droit. M. de Monaco est allé ches lui lui ordonner de la part du roi de rsBfoyar Y Ordre y de donner sa démission delà cba^e de gnai aumAnier, de faire 6ter les armes de Franee de iam son palais^ et a fait défenses à tous les Françms qoi mt à Rome d^ avoir aucun commerce avec le oaidinal. Ce cardinal a répondu qu'il recevoit avec respeot l'ordre in roi; mais il n^a point fait de réponse sur la démiasian qu\)n lui demandoit.

Mercredi 25^ à Marly. — Outre le conseil que le rck tint le malin à son ordinaire, il tint encore conseil laprè^ dinéiî, et puis donna congé à ses ministres pour le res** delà semaine. Après le conseil il se promena dans 9^^ jardins jusfju'à la nuit; Monseigneur et monseigneur 1^ duc de Bourgogne se promenèrent avec lui. Madame 1* duchesse de Bourgogne alla entendre le salut à SaintCj^ et en revint avec madame de Maintenons qui y étoit all^^ dès le matin. — Il arriva un courrier de M. de Villa^^ qui rapporte la réponse de l'empereur. S. M. I. a fait dit^ à 00 ministre qu'étant le plus proche parent du roi d'E^^ pagne il no pouvoit durant sa vie entrer dans aucu ^^ traité sur sa succession. Il arriva aussi un courri^^^ de M. de Chamilly, notre ambassadeur en Danemark, qt^^' mande au roi la paix faite entre les rois de Suède et d^ ^ Danemark aux mêmes conditions qu'on avoit mandé^^ aux ministres étrangers qui sont à Paris. U est ai

Urivë detncayeUeB d'Espagne ; mais on ne no us les dit pttnt racore.

I hudi M, à Marly, — Le roi se promena tout le matin èuw ses jaiidinsy et alla Taprès-dlnée courre le cerf dans k ferèt. Le ipi et la reine d'Angleterre se trouvèrent au MndM-vous de la chasse et ensuite revinrent ici souper ivae le roi. Monseigneur et monseigneur le duc de Bourgogue allèrent pour courre le loup dans la forôt de Saint- Cormain et revinrent d'assez bonne heure pour aooompigno? le roi à la chasse du cerf. — Les nouvelles qu'on a eues de Madrid depuis deux jours sont que le roi d'EeifigBA se trouva fort mal le 12 de ce mois ; il fut évanoui ènraut cinq heures. Il étoit si foible qu^on n^osa le reporter dans son appartement ; on fut contraint de lui tûn iendreon lit dans Tendroit où il s'étoit évanoui. Le li&demain IS il étoit un peu mieux quand le courrier partit. — • M. le cardinal de Noailles commença à présider f A rassemblée du clergé , et on condamna vingt proposittoos de morale des livres qu'on examine ; ce cardinal plaidera toujours à rassemblée jusqu'à ce que cet examen acA entièrement achevé.

Ymdredi ÛT^ à Marly. — Le roi fit Taprès-dlnée une petite lolerie de bijoux chez madame de Maintenon pour Inadaal^ la duchesse de Bourgogne et pour ses dames ; ces loterie»-là se font toujours gratis. Après la lotarie le i^i alla se promener en calèche avec madame de Maintenon et la comtesse de Gramont. Monseigneur et monsei- ^or le duc de Bourgogne prirent un loup dans la forêt ^ Saint-Germain. Au retour de la chasse. Monseigneur ionna à diner à ceux qui avoient eu Thonneur de le suivre. — M. de Torcy alla hier à Paris chez M. le premier président, qui envoyaquérir aussitôt M. Daguesseau, l^avocat général, et le parlement va faire le procès à *• le cardinal de Bouillon comme à un siget rebelle. — ■I- Tévèque de Metz avoit fait pressentir rassemblée du clergé pour i,000 écus de pension qu'il souhaitoit que

S64 JOURIfAL DE DANGfiAU.

rassemblée donnât à M. le cardinal de Coislm, son oim la plupart desdéputésétoientd'avisqu'onles luiaoooK mais H. deHeaux et quelques autres ayant témoignéqi seroient d'avis contraire^ il n'a pas jugé à propos de il taire la proposition en forme. L'archevêque de Rai avoit offert , il y a quelques jours, à M. le cardinal Noailles de faire la môme demande pour lui ; mais cardinal ne l'a pas voulu.

Samedi 28, à Versailles.^ — Le roi se promena à Mai jusqu'à sept heures du soir et puis revint ici. Monseignc partit de Harly incontinent après diner et alla à[lieiid( où il demeurera jusqu'à jeudi ; il y mène tcH pm courtisans avec lui, et a même défendu que l'on y v lui faire sa cour. Monseigneur le duc de Bourgogne pu à six heures du matin de Marly ; il avoit donné rend vous pour tirer à messeigneurs ses filières. Madame la < chesse de Bourgogne ne revint ici qu'à neuf heures; i se baigna à Marly après que le roi en fut parti. *• différend qu'il y avoit au sujet des ministres d'Espsf en Angleterre et en Hollande est entièrement accommoi M. de Schomberg sera reconnu comme auparavant à ) drid en qualité d'envoyé des États Généraux , et le d'Espagne enverra un ambassadeur à Londres, et c Bernardo de Quiros retournera dans la môme qualii la Haye. — Le comte d'Uzès est revenu de BruxeUes^ s'est mis à la Conciergerie par le conseil de M. de Bar zieux, et a bien fait.

Dimanche 29, à Versailles. — Le roi alla tirer Tapi dlnée. Madame la duchesse de Bourgogne alla l'api dlnée àSaint-Cyr et en revint avec madame de Mainten qui y étoit allée dès le matin. — M. Daguesseau, l'avo général , eut une audience du roi après son dîner d son cabinet, et l'on sut le soir que S. M. ne jugeoit à propos de faire faire le procès au cardinal de Bouil par le parlement. On donnera un arrêt du conseil d haut pour la disposition de ses revenus ; on en donn

AOUT 1700. aes

vu tien aux pauvres, un tiers pour les réparations et

Vautre tiers porté au trésor royal. — Le roi casse le

Mute d'Albert , qui avoit le régiment de dragons de

Vonseigneur, parce qu'il ne s'est pas remis en prison au

boiitdoB huit jours après l'ordre qu'il avoit reçu, et c'est

vn article de l'ordonnance des duels. S. H. a dit à M. de

Barbesieux de montrer à Monseigneur la liste des co-

Wdsde dragons réformés, afin que Monseigneur choisisse

parmi eux celui qui lui conviendroit le mieux pour être

odonel de son régiment.

Lmdi 30,, à Versailles. — Monseigneur vint ici le matin de Meudon pour être au conseil. U a choisi M. deWartîgny pour colonel de son régiment, quoiqu'il y eût onze ûolooels réformés avant M. de Wartigny. — L'après-dlnée le roi alla à la chasse. — H. le duc de Chevreuse gagna aoQ procès au parlement contre M. de Mailly et M. de Ver- '^nssur la succession de M. de Chaulnes. — Le roi aug- HKente les appointements du gouvernement de Franche- Comté de 20,000 firancs ; c'est le maréchal de Duras, qui ^ est gouverneur, & qui le roi fait cette grèxse. — On eut 1^ nouvelle par un courrier de M. de Monaco que le P^ s'étoit trouvé fort mal le 22 : la nature manque en- *îépement. Le courrier en partit à minuit, et M.Tambassadcttr mande qu'il n'y a plus aucune espérance ; il meurt ^^ec beaucoup de piété et de fermeté. — M. le cardinal ^ Noailles se prépare à partir ; le cardinal le Camus par- ^ aussi, à ce qu'on croit, de Grenoble, où il est; mais le '^i ne lui donne point ce qu'il donne aux autres cardi- ^nx pour faire le voyage.

ifordt 31, à Versailles. — Le roi, le matin après son •ever, appela M. le prince de Conty; il lui dit qu'il ^^igmentoit sa pension de 10,000 écus; il en avoit déj& ^, si bien qu'il aura 30,000 écus présentement. M. le PWïce de Conty ne Tavoit point demandé au roi, et le ^oi laî dit même en lui faisant ce présent que cela ne va- **^itpas la peine qu'il en parlât. — L'après-dlnée le roi

See JOURNAL DE DANGEAU.

alla se promener à Marly^ d'où il ne retint qu'à Im iniit. Monseigneur est toujours à Meudon, d'où il ne reyiendn que jeudi ; madaitie la princesse de Qonty alla dîner avec lui et revint ici le soir. Madame la duchesse de BodrgegM partit dHci à deux heures et alla à Paris à la foire Saiiii- Laurent^ et sur les sept heures elle alla se promener au Tuileries, où elle n'avoit jamais été; elle fit nn tour dans la grande allée et puis elle revint ici pour le souper do roi (1).

Mercredi V^ septembre^ à Versailles. — Le roi aprèssoii dîner entra dans son petit appartement; il y fit entrer

(1) « Aiadame la (liicliesse de Bourgogne ^jnt à la foire Saiot-Launit, »compagDée de madame la duclicsse du Ludo, sa dame d^lionnear, 4e naàmft la comtesse de Maifly, sa dame d'atoars, de pluideurt dames dn |mMi,AI madahie la dochesse de Saint-SiiDon et de meadames de SainlrGéru , de tfv* iiay, de Pontchartrain et de VUlacerf. Sept dames se mirent avec madaMli diiciiessc de Bourgogne dans son premier carrosse , et sept antres dans lei^ cond. Elle entra dans Paris par la porte Saint-Honoré, (!t traversa tbote k ville aux acdamations dn peuple, qui se fit un grand pUMr de la voir piMT* l^es environs de la fogre étoient si remplis de monde que les carrosses arriTèniA avec peine jusqu'à la |)orte , dont les approches étoient gardées par un d((icheinent du régiment des ganles et la porte par des Cent-Suisws et *i gardes du roi. Madame la ducliessc de Bourgogne entra d*abord dans U )MfÊr ti(|ue du sieur d'Atan ville, son marchand ordinair^i^, où elle joua et acheta pluMOK bijoux. Klle trou\aau fond de cette boutique une collation toute dressée, oon* posée des plus beaux fruits de la saison , <le |>âtes , de pastilles , de cooBlom sècJies et. i\v toutes sortes de glaces et de liqueurs. Klle alla ensuite dtf d'autres marchands, oii elle lit quelques emplettes; puis elle entra .chei ^ joueur de golM'Iets , qui avala des cailloux et dont la femme boit de ITioOc bouillante et marche à pieds nus sur une barre de fer rouge. Elle finit p«l* marionnettes, qu'elle ne vit pas néanmoins , s'étant contentée de U dé&ite àê Darius par Alexandre , es|)èe.e de pièce <lc théâtre qui fut exécutée par de v*' ritables acteurs. Cette piincesse sortit de la foire aux mêmes acclaroatioi** (|u*elle y étoit entrée , revint le long dn faubourg et de la me Saint-Déni* » tourna dans la rue Saint-Honoré au coin <lu charnier des Saints-lnnoccnl^ * |)assa j»ar la rue-Neuve, gagna le Pont-Neuf, et tourna sur le quai de rÉcoà^» liassa le long du Lou>re et des Galeries , arrêta à la porte des Tuileries <f*^ «lonue sur la rivière , y descendit et fit un tour dans la grande allée et dn grand bassin qui est au bout, suivie de tout ce qui s'y trouva de qui ttMuoigua beaucoup de satisfaction de la voir et lui donna beaucoup louanges. Klle remonta en carrosse à la même (M>rtc où elle étoit descendue retourna à Versailles. » ( Mercure de septembre , pages 1 24 à 129. )

• SEPTEMBRE t700. 107

opdques oourtiflans avec lui et, de dessus le balcon qui eH au bout de sa petite galerie^ il fit la revue de ses deux tompagiiies de mousquetaires. Il les vit d'abord à pied, eonite il alla travailler dans son cabinet, où il avoit tpttlqae chose à écrire, et pui6 il revint sur le balcon, et ià ses mousquetaires à cheval, qu'il trouva très-bien nontés. Après la revue, 8. M. alla se promener à Tria- DQB. — Le roi a donné 2,000 francs de pension au vieux d'Arbouville, brigadier des milices dans la dernière guerre, qui avoit été colonel d'un petit vieux corps aiant la paix des Pyrénées. — M. le marquis delà Yriilîère, secrétaire d'État, épousa mademoiselle de Mailly, fille de la comtesse de Mailly, dame d'atours de madame li duchesse de Bourgogne ; on attendoit pour achever le mariage qu'elle eût douze ans accomplis. Madame la <ihaiieeUère donna à dîner aux mariés, qui soupèrent et ^oodièrent chez la mère de la mariée.

Judii, à Versailles. — Le roi alla l'après-dlnée se pro- "lïeiier à Marly, et au retour il alla voir madame la du- ^kesBe de Chartres, qui est dans le huitième mois de sa 8*088esse et qui a fait une chute fort grande dans sa ^fcambre, dont on a peur qu'elle ne soit blessée. Monsei- Soeor revint le soir de Meudon, où il étoit depuis samedi. 'Udamela duchesse de Bourgogne dîna chez la duchesse ^ Lude et passa toute l'après-dlnée chez madame de •Jûlly à faire les honneurs de la noce. — M. de Fériol, '^olre ambassadeur à Constantinople, a envoyé un courrtfrau roi pour lui dire que le Grand Seigneur lui avoit ttuindé pat Mauro-Cordato, interprète de Tempire, que jamais il ne le recevroit à l'audience s'il y vouloit venir * épéc au côté; et nous ne voulons point qu'il y aille sans ^î«tte distinction-là. Il est certain que les autres ambassadeurs à la Porte n'en ont point ; mais nous prétendons ^ nos ambassadeurs sont en possession de l'avoir, et Dons ne nous relâcherons point là-dessus. yendrtii 3, à Versailles. — Le roi travailla le matin

368 JOURNAL DE DANGEAI).

avec le P. delaChai^ comme il a accoutumé de faire tom les vendredis, et raprës-dlnée il alla à la chasse. Mmisri-» g neur se promena en carrosse avec madame la prineeM de Gonty. Madame la duchesse de Bourgogne alla à Poteaux voir la duchesse de Guiche (1) et y mena, dans soi carrosse, la marquise de la Vrillière. Au retour de ce petK voyage elle se trouva un peu incommodée, et se mît n lit sans avoir soupe avec le roi. — Le marquis de Villan, notre envoyé à Vienne^ a demandé au roi permissioii de revenir ici pour quelques mois pour ses affaires particulières, ce que S. M. lui accorde. — L'assemblée du clergé a achevé Fexamen des propositions de morale; on eo avoit extrait de plusieurs livres environ cent trente, dont il y en a eu plus de cent vingt condamnées, eton les va faire imprimer pour les envoyer à tous les évèqoesda royaume, afin qu'ils les condamnent dans leurs diooètts. Samedi i, à Versailles. — Le roi alla se promener! Marly sur les quatre heures après avoir tenu conseil de finances, quoiqu'il Peut tenu le matin à son ordinaire. Dans ce conseil de l'après-midi on jugea Taffaire di

( 1 ) « Madame la ducliesse de Bourgogne, ayant passé par Saint-CkKid et tonné le long de la rivière pour aller à Puteaux chez madame la duchesse de Guiche, ft arrêter son carrosse à la porte delà maison où MM. Cliicanaux ont établi àtpuis quelques années une manufacture de porcelaines fines , qui sans conbfit n'a point de semblable dans toute l'Europe. Cette princesse prit plaisir à ^ faire sur le tour des pièces d'un très-beau profil ; elle en vit peindre qudqM autres sur des dessins plus réguliers et mieux exécutés que ceux des poR» laines des Indes. Elle alla ensuite voir travailler aux faïences qui se (abriquirt dans la même manufactui'e; après quoi MM. Cliicanaux la oonduisiregt diM leur cabinet, où elle vit quantité de fines et belles porcelaines dans leur pir* fection , dont elle fut si contente qu'elle leur promit d'y revenir. Elle ne mHR dédiez eux qu'après avoir marqué sa satisfaction par les libéralités qu*elieit aux ouvriers. ,

LL. A A. RR. Monsieur et Madame font souvent Tlionneur à MM.Chieiaiin d'aller voir leur manufacture. Ils reçoivent aussi de fréquentes vislt» àt princes , de seigneurs , d'ambassadeurs et de toutes sortes de curieii ^ viennent chaque jour admirer la Ix^auté des ouvrages <|ui s'y fabriquent d dont il se fait un grand débit pour les pays étrangers. » {Mercure d'octobre, |vages 90 à ^. )

iqiiis de Gesvres et du comte de tiramont pour Tlle mers à Paris. Le comte d'Évreux étoit intervenu dans ke aBaire; ils Font perdue tous trois ^ et le roi la donne a iriUe de Paris^ qui indemnisera le marquis de Gesvres le comte de Gramont des dépenses qu'ils y ont faites. -Hraiseigneur a donné 2,000 louis pour M. de SainteiMiie, qui est attaché à lui depuis longtemps et qui •lût perdu beaucoup d'argent au jeu j dont il étoit très- MMunodé. C'est madame la princesse de Conty qui a ttiré cette petite gràce-là à Sainte-Maure. JHmanehe &, à Versailles. — Le roi alla Taprès-dlnée k chasse. — On avoit proposé d'affermer les lods et enteB et les droits de rachat des terres qui relèvent du >î,6t Ton prétend qu'on en auroittiré i ou 500^000 tacs par an ; le roi n'a pas voulu le faire, parce qu'il 'Seioit Até par là l'occasion de faire beaucoup de grâces lanoblesse de son royaume. — Quoique le roi de Daneiik ait reconnu le duc de Hanovre pour électeur^ on ) mit pas que les autres princes d'Allemagne qui s'y iposent se relâchent siu* cet article. Ils ont des députés la diète de Ratisbonne qui font plus de bruit que niais, et ils proposent déjà d'écrire au roi pour le prier i soutenir leurs intérêts et d'intervenir dans cette afiie^ comme il y est obligé , étant garant des traités de ^«Iphalie. — Les galères qui étoient avec Pointis ttt revenues en Provence; il n'a rien pu entreprendre ir Larache ni sur Salé ; il est demeuré avec ses vaistti à croiser sur les côtes.

Imii 6, à Versailles. — Le roi alla l'après-dlnée se comener à Marly. Monsieur vint ici le matin pour le ^ttuil de dépèches; il dîna avec le roi et puis s'en re- Wna à Saint-Cloud. Monseigneur prit médecine par ^vfctation, et joua le soir au brelan chez madame la ffiacease de Conty. — Les nouvelles de la santé du roi l'Apte sont un peu meilleures; cependant il parolt ■pila peine à se remettre de sa dorni^^re attaque. — Au T. vu. 24

970 JOURNAL DE DAIIGEAU.

premier conseil que le roi tiendira à Marly, où il vm i credi, il réglera ce qu'il veut faire contre M. le canl de Bouillon; tous les courtisans sont persuadés qa charge de grand aumônier sera donnée à M. le caïd de Coislin y premier aumônier. On avoit proposé d supprimer, mais le roi ne Ta pas jugé à pn^os. On pute ici si elle est charge de la^couronne ou si elle Test pas; les avis des courtisans sont fort partagés U^ sus aussi bien que ceux des auteurs qui ont écrit sur e matière.

Mardi 1, à VersaUlei. — Le roi alla tirer Taprè»^ Monseigneur alla diner à Meudon et revint le soir. •«« sut au conseil du roi à Tordinaire les dames qui doif être du voyage de Marly . Madame la duchesse d'A^benu y viendra pour la première fois; madame la duchi du Maine a demandé au roi cette grâce^là pour elle. M. le duc de Savoie a été malade ; il se porte un { mieux. Il parolt par le procédé quUl a avec Tarchevè de Turin qu'il ménage peu la cour de Rome. -*• L'aid vùque de Reims a recommencé à présider à Tassudi du clergé, qui se séparera avant que le roi parte pourFi Uûuel>leHu. — Les ministres étrangers parlent fort d traité de rélecteur de Brandel)ourg avec l'empereur^ cas que S. H. I. veuille s'op[K>ser au traité fait sur lep ta.4re de la monarchie d^Espagne en cas que S. M.C. via à mourir. Cet électeur s'engage de fournir et dentrele dix mille hommes au service de Tempereur, et Temper s'en^^a.ue î\1<î faire roi de l^nusse. Nos ministres ne pari point de cette nouvelle; nous ne la sayons que par étrangers.

.}f€rcredi 8 , à Marly. — Outre le conseil que le tint le matin à son ordinaire^ il tintencore conseilTi^ dlnée avant que de venir ici ; il donne congé à ses nistres pour le reste de la semaine. Monsieur et Mada ne sont point du voyage; ils sont ùSaint-Cloud. Mada la duchasse de Ctmrtres est demeurée à Versailles; t

«k dans le huitième mois de sa grossesse, et est trèsmoommodée. H y a de gens nouveaux à ce voyage ici madame la duchesse d'Albemarle, MM. de Yaubecourt tt de Boissière. — On eut des lettres de Rome qui portent que le pape est tant soit peu moins mal; cependant on ne sauroit espérer qu'il guérisse ; la fièvre dnretoujours. Le cardinal Bonvisi est mort àSienae,dont il était évèque ; c'étoit un sujet assez papal)le s'il n'eût point témoigné trop d'aversion pour la France, qui apparemment lui avoit donné l'exclusion. Il y a présentement qoatreehapeaux vacants, en comptant les deux que le pape irescrvés in petto et qu'apparemmen t il ne déclarera pas ; on croit même qu'il a changé d'avis sur les deux hommes qu'il vouloit honorer de cette dignité-là.

/«mK 9 , â Marly. — Le roi se promena tout le matin dans ses jardins, et courut l'aprôs-dinée le daim dans *» parc avec les nouveaux chiens de M. le comte de Toulouse. Monseigneur et monseigneur le duc de Bourgogne Soient avec le roi et ne dînèrent qu'au retour. — Le roi » fait depuis quelques mois un établissement dans la maison professe des jésuites à Paris ; il y a fondé douze places. Il prétend même dans la suit« en fonder jusqu'à t^ente pour de jeunes gens orientaux chrétiens , grecs, arméniens, maronites ou syriens, cju'on appelle ordinairement suriens. Quand on les aura bien instruits dans les sciences et surtout dans la théologie , ils .s'engagent de * faire ecclésiastiques et de retourner dans leurs pays poury prêcher la foi de la religion romaine. Tandis qu'ils demeureront en France, ils seront habillés chacun selon fnsage de son pays. Les Pères qui sont chargés de leur instruction sont très-savants dans les langues orientîiles, Ams lesquelles on aura soin de les entretenir ; il y en a d*ià huit ou dix d'arrivés.

ytndredi 10, à Marly. — Le roi se promena le matin i&ns ses jardins, et courut encore le daim laprès-dlnée ; Bpwnd beaucoup de plaisir à cette chasse, et a ordonné

qu'on lui fit encore encore venir cent cinquante daims d'Angleterre. — On eut encore des lettres de Rome; celles-ci sont du 2k du mois passé. Le pape (laroU tant soit peu moins mal ; cependant on n^en espère rien; il est dans sa quatre-vingt-huitième année. — Les marchés pour les bâtiments que le roi va faire faire à Fontainebleau pour Tannée qui vient sont réglés ; il n'en coûtent pas 100,000 écus ; il n'y aura que vingt-deux logemenis nouveaux. — Le roi s'est acquitté depuis un an de soixante et quinze millions et n^en a emprunté que seise, et avec les seize qu'il a empruntés il a augmenté son revenu deplusde 1^800^000 francs par an, quoiqu^onaitsopprimé beaucoup d'impositions nouvelles, entre antres celles des armoiries et deslanternesdans les grandes villes.

Samediiij àMarly. — Le roi allaencoreTaprès-dlnée courre le daim'; son parc est présentement si beau et il y a tant de routes commodes qu'il est presque toujonrs à la queue des chiens dans sa calèche. Monseigneur etmoD' seigneur le duc de Bourgogne étoient à la chasse ; messâgneurs les ducs d'Anjou et deBerry y vinrent de Versailles. — Le P. de Valois, jésuite, confesseur de monseigneur le duc de Bourgogne, est mort ; il y a déjà longtemps qu il languissoit, et durant sa maladie le P. de la Chaise coufessoit monseigneur le duc de Bourgogne. — M. de Bezons, intendant à Bordeaux et conseiller d'État ordinaire, est mort ; son intendance fut donnée ces jours passés à M. Ae la Bourdonnaye ; on croit que M. de Harlay, le plus ancien conseiller d'État de semestre, sera fait ordinaire, et qu on donnera sa place ou à M.Dubois, ancien prévùt Jes marchands de Paris, ou à M. Bouchu, qui étoit intendant de l'armée d'Italie et qui Test encore de Dauphiné.

Dimanche 12, à Marly. — Le roi tint conseil le matin à son ordinaire, et au sortir de ce conseil on sut que ^a^ rét contre M. le cardinal de Bouillon étoit expédié, l^ intendants des provinces où sont situés ses bénéfices ont ordre dVn saisir tous les rovonns, tant ceux qui échoiront

Sa

que ceux qui sont échus. Le tiers de ces revenus sera employé aux réparations ; un tiers sera distribué aux pauvres des lieux, et Pautre tiers sera mis en séquestre avec tout \ebien qu^ila de sa maison^ dont le plus considérable sont les aides d'Auxerre. L'après-dlnée on sut que le roi donnoit la charge de grand aumônier à M. le cardinal de Coislin, et H. de Metz, son neveu, qui avoit la survivance de la charge de premier aumônier, en sera présentement , titulaire. Le roi chargea M. de Ponchartrain d'aller dire eette nouvelle à M. de Bouillon et de lui témoigner quHl éloit bien fâché que le cardinal son frère l'eût obligé à prendre ce parti-là.

hindi 13, à Marly. — Le roi tint conseil le matin à son ordinaire, etraprès-dinée il courut le daim dans son parc ; Monseigneur et monseigneur le duc de Bourgogne étoient à la chasse et dînèrent au retour chez Monseigneur. — Le pauvre M. Le Nôtre mourut à Paris âgé de quatrevingt-huit ans, ayant conservé son esprit et son bon goût ^ les jardins jusqu'à la fin de sa vie. C*étoit un homme illustre dans sa profession ; il avoit fait les beaux jardins de Versailles et la plupart des beaux jardins qui sont dans Paris et aux environs. Le roi aimoit à le voir et à le faire causer. 11 y a environ un mois qu'il vint ici ; le roi le fit mettre dans une chaise roulante comme la sienne. 11 le promena par tous les jardins, et M. Le Nôtre disoit : •Ah! mon pauvre père, si tu vivois et que tu puisses voir ^ pauvre jardinier comme ton fils se promener en chaise à côté du plus grand roi du monde, rien ne manqueroit ^ ma joie. j> 11 étoit intendant des bâtiments et avoit soin dn jardin et palais des Tuileries, où il avoit un beau logement (1).

0) " le roi Tient de perdre un homme rare et zélé pour son service, et fort '^Nin- dasA son art , et qui loi faisoit honneur. C'est M. Le Nostre, oontrô- ^ léiéral de^ bâtiments de Sa Majesté , janiins, arts et manufactures de ''^>ce. U roi l'avoit lionoré de l'ordre de Saint-Micliel , pour marquer Tes-

374 JOURNAL DE DAMGEAU.

Mardi ik, à Marly. — Le roi tint conseil de finam le matin à son ordinaire. Les gens d'affaires se sont 1i soumis ; H . de Chamillari a pris des effets, leur a donné temps, et on leur a tenu compte de ce qulls avok perdu dans certaines affaires, surtout dans les vivres d talie, d'Allemagne et de Flandre. — L'arrêt contre M. cardinal de Bouillon a été envoyé aux intendants dai les provinces où ses revenus sont situés, avec ordre eux de n'en donner copie à personne. Voici à peu près qu il y a dans le motif de l'arrêt : « Le roi, pour bonne juste raison, ayant donné ordre au sieur cardinal Bouillon de revenir en France, et notre ambassadeur ] ayant demandé, de la part de S. "M., la démission^ de charge de grand aumônier et de quitter les marques commandeur des ordres de S. M., à quoi ledit sieur cm dinal n'ayant tenu compte d'obéir (1), S. M. dans se

tiine «t la distinction qu'il en faisoit. Jamais homme n'a mieux su que loi IM ce qui |>eut contribuer à la beauté des jardins, et l'Italie même en confW Pour t4}inl)er d'acconl de son grand savoir là-dessus , il ne faut que jetw te yeux sur les jardins de Versailles et des Tuileries , et l'on ne pourra refttff Tadmiratiou que Ton doit à ses ou\ rages, il ne laissoit pas autant decoowf dans les jardins dont il ordonnoit qu'auroient souhaité de certaines gens; mai il ne |H)u\oit soulTrir le> vues lM)rnéos, et no trou\oit pas que les beaux ja^ dins dussent entièrement rassembler à des forints. Il tHoit estimé de tous k son\erainsdi' l'Kurope, et il y en a peu qui ne lui aient demandé desei<te« sins iH)ur les jardins. On ne doit i»as s'étonner si l'on a vu sous le règM à roi de firands hommes de tous les arts Connue ce monanpie a soin de le* fortune, ils ont plus de tem|»s jHMir étudier et pour se rt^ndre parfaits dti tout ce qui |H'ut contribuer à la satisfaction et à la gloire de la France. M. 1 Mostre est mort Agé de quatre- vingt -dou/.e ans. >I. Desgots, son nWf^ succède à la charge de contrôleur général doN bAtiments, dont le roi aToit bi< voulu lui accorder la sur> ivance avant la mort de M. Le Nostre. Il e«t atf dessinateur dt*s jardins de Sa Majesté, qui lui vient de donner deux millf li>i^ de iH'nsion. Il est fort habile et fort estimé. Il n'y a pas }ongtenq>s qu'il aû un vo>age en Angleterre, où il a fait tra\ ailler au\ jardins «le Sa MiyestcBi tanniqiie, <iiii la ren\o>e a\ee beaucoup de hm.uiges et «le présents. -. (Meroi de septembre, |»iâges 'ils à *.>S1. )

(l>Ces mots: « à quoi ledit sieur (ardinal n'a>ant tenu compte d\>lM*ir, ■] roi.ssent a «pielqui's courtisan:^ être exlraordiiKiires ; mais ce s>ont des rootjk sl>le. (Ao/c de Ikiugeau.)

ooDaeil, etc. > On envoie les provisions à H. le cardinal de Qoifilin par un courrier de M. de Monaco^ qui est ici.

Mercredi 16> à Marly. -^ Le roi tint conseil d'État le natin à son ordinaire et puis donna congé à ses ministres }Wfà'k la fin de la semaine. — On vint dire au i^oi que le duc d'Estréea s'étoit promené la nuit dans les rues de Puis avec des brandons de paille^ mettant le feu aux enwignes dans les rues où il passoit, que le guet Tavoit pris elle vouloit mener en prison^ mais que s'étant nommé ncoaunissaire Rénaux^ chez qui le guet Vavoit conduit d'abardj ce commissaire Tavoit remené à Thôtel d'Estrées. Le roi conta ce petit détail-là à M. le Duc^ et y ajouta qœ le duc d'Estrées en faisant cela étoit seul avec ses valets et n'avoit point bu ; et en même temps S. M. dit qu'elle lui avoit déjà pardonné plusieurs tours de jeunesse sous la promesse que lui avoit faite ce duc de dianger de conduite , mais que , ne lui ayant pas tenu parole I il sauroit le punir. Ce duc n'a le gouvernement del'lle de France que pour trois ans et a même négligé iiM{a'ici d'en prêter le serment. — On a des nouvelles de Madrid qui portent que le roi d'Espagne a eu encore quelque petite attaque depuis la dernière que nous avons Quirquée^ qui fut si violente.

Jeudi 16 , à Marly. — - Le roi alla Taprès-dlnée à Sainitomain voir le roi et la reine d'Angleterre. Monseigneur joua Taprès-dinée et se promena le soir avec le roi après qu'il fut revenu de Saint-Germain. Madame la duchesse de Bourgogne n'a point joué dans le salon duivittout ce voyage; elle s* est contentée de jouer fort petit jeu avec ses dames chez madame de Main tenon. — M. le duc de Béthune^ tuteur du duc d'EIstrées^ a reçu ordre du roi de mener son pupille à la Bastille , chose que la famille souhaitoit que le roi ilt il y a longtemps. Jl.de Saint-Mars^ gouverneur delà Bastille, a ordre de ne laisser voir le duc d'Estrées à personne. — M. Tarchevéque de Reims croyoit que l'assemblée du clergé ne

37C JOURNAL DE DAMGKAU.

feroit plus difficulté de donner à M. le cardinal de lin 2^000 écus de pension qu'il comptoit qui revei au clergé par la disgr&ce de M. le cardinal de Bon Cependant^ avant que d'en faire la proposition^ il en à quelques députés en particulier, qui lui représen que l'assemblée ne devoit pas faire contre M. le cai de Bouillon pire que ce qu'avoit fait le roi ; S. M. i contentée de mettre les biens en séquestre sans dis des fonds ; mais que s^il plaisoit à S. M. de faire ui sent à M. le cardinal de Coislin de 2^000 écus par as pouvoit faire saisir cette somme à Favenir enti mains du receveur général du clergé, et la don M. le cardinal de Coislin au lieu de la laisser à M. I dinal de Bouillon.

Vendredi 17, à Marly. — Le roi fut quelque t enfermé avec le P. de la Chaise, et puis il alla se pi ner dans les jardins avec mesdames de Maintenon < Chevreuse. L'après-dinée S. M. courut le daim av( deux meutes de M. le comte de Toulouse rassemi Monseigneur et monseigneur le duc de Bourgogne é1 à la chasse, et au retour dînèrent chez Monseif avec beaucoup de courtisans. Messeigneurs les duc < jou et de Berry vinrent de Versailles à la chasse. — dinaire de Rome a apporté des nouvelles de la sani pape , du 30 du mois passé , beaucoup meilleures les dernières qu'on avoit eues ; on espère qu'il p4 vivre encore quelque temps. — On croyoit que 1 régleroit le matin avec le P. de la Chaise le choi confesseur qu'on doit prendre pour monseigneur le de Bourgogne; mais S. M. ne disposera de cette ] que durant le voyage de Fontainebleau. — L'emp< a donné des ordres pour la levée de trente mille 1 mes dans les pays héréditaires ( 1 ) ; mais ces ordres s

(1) OnapptUoit alors les Pays ou Étali> liomlitaires cv que nous appck jourdluii Tempire d'Autriche.

Qulent bien lentement. On dit qu'il songe encore à faire pmer Farchiduc en Espagne.

Samedi 18^ à Versaille$. — Le roi fut encore enfermé à Ihrly le matin avec le P. de la Chaise. L'aprèfr<llnée S. H. alla se promener en calèche dans les hauts de lkrly,qai sont fort embellis, et S. M. arriva ici à la nuit. Nonseignenr, après la messe du roi, alla de Marly diner à leiidon, et y sera quelques jours ; il ne reviendra point ici avant Fontainebleau. Monseigneur le duc de Bourgogne partit de Marly àsix heures du matin, vint entendre la messe ici et ensuite alla tirer dans la piétine de Saint- Denis avec messeigneurs ses frères. Madame la duchesse de Bourgogne alla à Saint-Germain voir le roi et la reine d'Angleterre , ensuite à la maison de madame Noailles jouer et Caire collation; elle n'arriva ici qu'à neuf

Kmanehe 19, à Versailles. — Le roi se leva plus matin qu'à l'ordinaire ; il alla à la chapelle entendre la messe «t puis se vint mettre au lit et prit médecine. L'aprèsdlnée il tint le conseil qu'il auroit tenu le matin sans sa médecine. — Les magistrats de Dantzick, suivant les avis du cardinal primat, ont enfin résolu de donner satisfcclion à la France sur la mauvaise conduite qu'ils tini«nt au temps de la diète générale de Pologne pour Sélection du roi ; ils envoient pour cela des députés en fiance. — Le siège de Riga va fort lentement; le roi de Nogne arriva devant cette place à la fin du mois de juillet, et Ton mande, du 8 de ce mois, que la tranchée D'esk pas encore ouverte. Le comte de Dalberg, gouverneur de Livonie, et le baron de Freuly, gouverneur particulier de la place, paroissent fort résolus à la bien défendre. Le roi de Pologne ne veut point entrer dans fe traité que le roi de Danemark a fait avec la Suède, et ïl espère toujours que le czar lui enverra des troupes.

Lundi 20, à Versailles. — Le roi alla tirer Taprèsdlnée. Monseigneur vint ici de Meudon le matin pour être

878 JOURfïAL DE DAIIGBAU.

au coDseilets'enreiournadineràMeudon. •— Leroieni tant de son diner entendit dans son salon la harangiM HM. du clergé pour la fin de leur assemblée. M. Véyé de Montauban portoit la parole et parla fort éloqn ment. — M. de Harlay de Bonneuil a eu la place de i sellier d'État ordinaire qu'avoit M. de Bezons^ et K Nointel^ intendant en Bretagne^ a été fait consei d'État de semestre. — On mande de Constantinople beaucoup d'Arabes se sont révoltés contre le Grand gneur, qu'il y a quelques bacbas accusés d'être d'ial gence avec les rebelles ; on ajoute même que ces An se sont emparés de Bagdad et que le roi de Perse fai marcher une armée pour les favoriser. Ce qui fait qi ajoute plus de foi à cette nouvelle ^ c'est qu'on a acc( au czar des conditions de paix fort avantageuses; ca le laisse en possession des places qu'il a occupées ^ accorde à ses sujets la liberté de commeroe dans tout mer Noire.

Mardi 21, à Ver$ailles. — Le roi alla l'après-dln^ promener à Marly, où il donna des ordres pour tov qu'il y veut faire faire durant son voyage de Fonte bieau. — Le roi a donné une pension de 1,000 frar Tabbé Boutard, qui fait de forts beaux vers latins el est attaché à M. de Meaux. — Le marquis de Villare, i envoyé à Vienne, a obtenu permission du roi de rev< il n'y retournera pas. Le roi n'a pas encore choisi < qu'il y enverra en sa place; il avoit dans cet en 10,000 écus d'appointements, quoique les autres voyés n'aient accoutumé de n'en avoir que six. — L Guillaume a visité beaucoup des places de Holland il en est revenu à [x)0 ; on dit qu'il repassera bient^ Angleterre. Cependant il court de mauvais bruits i santé ; ses jambes sont enflées ; on prétend que l'as! à quoi il a toujours été fort sujet est fort augmente on craint qu'il ne tombe dans Thydropisie. — Portl qui est en Hollande, est retiré dans sa maison près de lai

0toe 66 mêle plus du tout d'affaires. Il s'est remarié dopais peu avec la veuve de milord Barclay.

MererêiU 22, à Versailles. — Outre le conseil que le roi tint le matin à son ordinaire , il tint encore conseil l'après^linée et puis donna congé à ses ministres jusqu'à la fin de la semaine. Ils vont à leurs maisons de campagne et n'arriveront à Fontainebleau que samedi au soir. — Monseigneur alla de Meudon coucher à Petit-Bourg; madame la princesse de Conty y est allée avec lui. Madame de Montespanj qui y étoit, est revenue à Paris, et elle ira à Versailles voir madame la duchesse de Chartres dès que le roi sera parti. Cette princesse est toujours fort incommodée et n'a pu venir prendre congé du roi. — M. de la Briffe, procureur général du parlement de Pïuris, se meurt; sa -charge lui a coûté 500,000 francs. C'est M. le premier président qui lui a vendu, et son père lavoit achetée de M. Fouquet 1,400,000 francs. M. de la Rriffe a 200y000 francs de brevet de retenue sur cette charge.

Jeudi 23, à Fontainebleau. — Le roi partit à dix heures de Versailles; il avoit dans son carrosse madame la du- ^esse de Bourgogne auprès de lui , monseigneur le duc de Bourgogne et madame la Duchesse dans le devant, et *^^dame la duchesse du Lude à la portière. Le roi avoit 9^tre relais et arriva ici à cinq heures. Monseigneur ^Ina à Petit-Bourg avec madame la princesse de Conty ^* arriva ici apW*s le roi. Messeigneurs les ducs d'Anjou ^t de Berry vinrent ici ensemble en relais de carrosse. Monsieur, Madame et M. de Cliartres avoient couché à 'fémont chez M. le chevalier de Lorraine ; ils y dlnèï^nt et arrivèrent ici à la nuit. Madame la duchesse de dartres est demeurée \\ Versailles et ira faire ses couches * Paris, où Monsieur, Madame et M. de Chartres re- ^^urneront (fuand elle accouchera. M. le Prince est allé ^ ^^hantilly. Mademoiselle de Condé est toujours à Paris ^ûs aucune espérance de pouvoir guérir. M. le Duc est

à Saint-MauT; où il est depuis quelques jours» et anivefa dimanche ici. — Breteuil, brigadier de dragons, es^ mort. Il avoit un régiment qui avoit été réformé à 1& paix; le roi lui donnoit une pension. Lfe

Vendredi 24, à Fontainebleau. — Le roi alla tirer T^r près-dinée et trouva beaucoup de gibier^ dont il fut trfe^ content. Monseigneur courut le loup; monseigneur 1^ duc de Bourgogne étoit à la chasse avec lui. Le soir^ dt ^ madame de Maintenons le roi s'amusa à jouer au revercrgs avec madame la duchesse de Bourgogne^ que je conseilldi^is pour lui apprendre le jeu. Monseigneur joua chez madac^^^ la princesse de Gonty au brelan, et monseigneur le duc ^mAt Bourgogne y jouoit aussi dans la même chambre^ mF==ûs beaucoup plus petit jeu. — M. de la Briffe^ procureur { néral, est mort à Paris ; on croit que le roi choisira M. guesseau; Tavocat général^ pour remplir cette chai^^ < ne paye point paulette. — On eut des nouvelles de Roi du 7 de ce mois. La santé du pape se rétablit un

cependant on ne croit pas qu'il puisse passer Thiver Il

n'a point encore tenu de consistoire^ ainsi le cardinal de BouiUon n'a pas pu opter l'évèché d'Ostie. Ce cardii^Bal est toujours retiré au noviciat des jésuites^ d'où il ne sort point ; il n'a point encore quitté l'Ordre. Il a é«rr3rit par cet ordinaire ici à M. de Torcy, qui a ordre du roi de lui renvoyer ses lettres sans les lire. Le courrier quipc^r^ à M. le cardinal de Coislin les provisions de grand ^sum6nier n 'étoit pas encore arrivé.

Samedi 25, à Fontainebleau. — Le roi courut le c^ ^^ l'après-dinée avec ses chiens vites. M. de la Rochef^^^'^* cauld a séparé la meute en deux, à nombre presc^B^® égal, dont il y en a cent plus vites que les autres. ^9^^" dame la duchesse de Bourgogne étoit dans la calèc^l^^ avec le roi ; comme elle est seule avec lui, le roi a ré.^?\ que la duchesse du Lude, dame d'honneur, ne reviendc*"^^^ point à la chasse. Madame de Mailly, dame d'atours^ ^ trois dames du palais suivent madame la duchesse ^^

SEPTEMBRE €700. S8f

le dans une calèche couverte et ont autant de ) le roi^ pour pouvoir toigours suivre. — Il ar^ ourrier de Blécourt^ parti de Bladrid le 1&; il a a roi d'Espagne que, s'il prenoit dans aucun de des troupes de Tempereur sous prétexte de red'achats ou pour quelque raison que ce puisse xA regardera cela comme une infraction à la ionseil d'Espagne a répondu au nom du roi ca- {u'il avoit assez de troupes et en assez bon état oir pas besoin de secours étrangers, mais qu'en ( il n'en prendroit de l'empereur. H. de Blécourt [ue le roi n'entreprendroit rien sur les États du igne durant sa vie pourvu que cela soit bien — Le soir il y eut comédie (1). Monseigneur, durs ses enfants el Madame l'entendirent dans l'ordinaire. Madame la duchesse de Bourgogne or étoient dans une tribune nouvelle, où l'on

chez madame de Maintenon et d'où l'on voit et •rtbien.

Jie 26, à Fontaind)leau. — Le roi tint conseil le ec ses ministres à l'ordinaire. Il alla tirer Ta^e ; et le soir , chez madame de Maintenon, il tra-ic M. de Chamillart, puis avec M. de Barbezieux. eur partit à midi pour aller courre le chevreuil sans-quartier de M. le comte de Toulouse, et le eut appartement chez lui. Il est présentement ied de la cour en ovale et après le logement i. du Haine Tannée passée ; et monseigneur le ourgogne a le logement qu'avoit Monseigneur.

a signé un acte pour envoyer à la diète de Ra* par lequel il s'engage de faire observer les

Westphalie en ne recevant point un neuvième ians l'empire. Les princes qui ont recours au

MttéiiieBs représentèrent le «oir la tragédie de Oéia et la ooméin médecin. • ( Mercure d'uctobre, page 2âSU ) .

«i JOURHAL DE DAMOBAH.

roi pouf oette garantie et qui^ par un iole qt'iltt >ti|1 signé, lui ont demandé apn intervention aont é;Ai Saxe-Gotha et denx antres princes de la maieiMi d*Â le prinoe Louis de Bade et le marquis de DoufliA landgrave de He8se4]:a8sel, les évèques de Monsto^îl Wurtabourg et quelques autres. Le roi de DanesialJ ausn signé. H ne s'est engagé, parle traité qu'il àh mois passé, que de ne pas s'opposer au neuvitaie élsd par voie de lait.

Imidi VI, àFonêmntèlêOu. —^ Le roi alla TaprèsHl! courre le cerf avecla meute de ses nouveaux oniens; 1 seigneur, measeigneurs ses enfants et Madame étoittft chasse. Le soir ily eut comédie (1) ; madame laduflfe de Bourgogne Fentendit en bas. L'après-dlnée elle ë promener en carrosse dans la forêt, du cMé de laeb et trouva le roi, qui en revenoit. Monâenr joua eha toute l'après-dlnée. — On a déclaré à Temperev même chose que Bléoourt a déclarée au roi d'Bs|»| que s'il vouloit, sous quelque prétexte que ce f Al^ voyer des troupes dans les États du roi d'Espagne m garderoit cela ici comme une infraction à la paix l'empereur a promis de n'en envoyer ni en son non au nom du roi d'Espagne, moyennant quoi durant If du roi d'Espagne nous n'entreprendrons rien sur États^ le roi ne songeant qu'& conserver la tranqui de l'Europe. — Le roi a depuis peu changé sa monn la vieille demeure comme elle étoit ; mais celle q fabrique présentement et qui est de même valeur la vieille a dans le revers des L. adossées avec un s tre et une main de justice. On fondra peu à peu tou

(1) R Les oomMiei» , ditle Mercure d'octobre, représenlèreot Ift t Tartuffe de Molière. » Aioai Tartuffe, joaé pour la première fois en 16 interdit auâsitM après, parce qu'il semblait trop dangereux à la cour p da Jiiiiie Umb XIV et de mademoiaeUe de la Vallière , M modaUsitt p oour déf Ole du Yîeiub rai et de ittHlMiie de ]

SOEPTBMBRE €700. MS

vieille qui n'est pas de poids, afin de rendre le commerce plus aisé.

Mardi ^6, à Fontainebleau. -^ Le roi alla tirer l'aprèsdlnée. Ikmseigneur et monseignem* le duc de Bourgogne coonirent le loup. Madame la duchesse de Bourgogne ne wriit point. Le soir, sur les sept heures et demie , le n)i et la reine d'Angleterre arrivèrent. Le roi n'alla point dans la forêt au devant d'eux; ils ont prié S. M. , depuis on an ou deux, de retrancher cette cérémonie -là. Le roi les reçut avec toute la cour dans le salon qui est entre la chapdle et le grand appartement. Chaque voyage que font ici LL. MM. BB. coûte 20,000 écus au roi. — La duchesse d'Albemarle, mariée depuis six semaines, ayant pris le tabouret chez madame la duchesse de Bourgogne, les valets de chambre allèrent lui demander les 100 pistôles que les dames ont accoutumé de donner en pareille <MM^ion. La duchesse d'Albemarle répondit que les duliesses dévoient payer, mais que les belles-filles de roi ne payoient point ; on n'a pas approuvé qu'elle fit cette difficulté-là, mais cependant le roi, par considération pour UuMM. BB.,adil à la duchesse du Lude, dame d'honneur, de défendre aux valets de chambre de lui rien demander*.

* les bâtards des rois d'Angleterre n'ont d'état ni de rang que des ^^^ que les rois leur donnent. Ainsi, sans parler de rien de plus , •"^rae d*Albemarle n*étoit assise que comme duchesse d'4ngli»terre, ^ point comme belle-fille de roi ; mais la gueuserie est orgueilleuse , ^ cent louis sont bons à gagner.

Mercredi 29, à Fontainebleau. — Le roi, étant au con- ^^il le matin, vit passer dans la cour la procession des Ma- ^urins, où il y avoit soixante-six captifs rachetés, qui ne sont pas tous François (1) . L'après-dlnée le roi alla courre le cerf; madame la duchesse de Bourgogne étoit dans sa

(1) VoirUfdatloii d«la proceMîon des captifn faite à Fontainebleau et à Paris ""■bifereicred*oclobre, pages 171 à 185.

384 JOURNAL DE DÀNGEAU.

calèche avec lui. Monseigneur^ messeigneurs ses enfaois et madame étoient avec elle. Le soir il y eut comédie (1), que madame la duchesse de Bourg ogneentendit de la tri* bune. Le roi donna le soir à madame la duchesse de Bourgogne un collierde perles magnifiques, estimé 50,OW écus; il n'y a que vingt-une perles; le roi a racheté ce collier de madame de Montespan et Fa augmenté depuis. — Le roi a donné la charge de procureur général dapa^ lement à H. Daguesseau le fils. S. M. veut qu'il en paye 100,000 écus à la famille de M. de la Briffe ; il n'y avoit que 200,000 francs de retenue. Les autres 100,000 francs seront donnés aux deux fils de M. de la Briffe ; savoir, 20,000 écus au fils du premier lit, qui est conseiller an parlement, et 40,000 francs au fils du second lit, qui n^est encore qu'un enfant. — Les cardinaux de Goislin et de Noailles, qui ont pris le tabouret chez madame ladocbesse de Bourgogne, n'ont point payé les 100 pistoles aux valets de chambre , quoique jusqu'ici les autres cardiDaax les aient payées.

Jeudi 30, à Fontainebleau. — Ije roi alla l'après-dlnée courre le cerf dans une calèche à quatre, où étoient avec lui la reine d'Angleterre, madame la duchesse de Bou^ gogne et la comtesse d'Estrées. Le roi d'Angleterre, Monseigneur, messe igneui*s ses enfants et Madame étoient à cheval. Monsieur passa l'après-dlnée à jouer chez lui. Le soir il y eut appartement chez Monseigneur. La reine d'Angleterre, qui alloit l'année passée à tous les appartements chez le roi , se fait un scrupule de jouer présentement et ne va point aux appartements chez Monseigneur. Madame la duchesse de Bourgogne n'y a pas encore é\é non plus; elle joue les soirs chez madame de Maintenon au reversis, et le roi môme quelquefois y joue avec ell^ quand il n'a pas trop à travailler. — Les nouvelles cl«

(1) «< Les comédiens représentèrent pour Monseigneur V Ariane de M. C»^' ille I«» cailet et /;« Fâcheux <li' Molière. .» ( Mercure «Kodobre , page 24^ -

neille

a 14 sur la santé du pape sont trè»-mauvaises; la i la diarrhée Font repris. Il n V pas encore nonuné ;eardinaux in petto ; ainsi le nouveau pape aura^ rénement à la papauté^ cinq chapeaux à donner. 'êii i *' œUjbre, à FontainAleau. — Le roi travailla avec le P. de la Chaise^ comme il a accoutumé de is les vendredis. Il alla tirer Taprès-dlnée. Monr et monseigneur le duc de Bourgogne coururent et après la chasse Monseigneur donna à diner à tîe des courtisans qui Tavoient suivi. Le comte de orfy envoyé de l'empereur^ eut cet honneur-là pour ère fois. Monseigneur nomme présentement^ parce it de gens le suivent à la chasse que cela feroit ifuflion pour les dîners. Le soir il y eut coméoù joua pour la première fois une comédienne ) Hortense, dont on fut assez content. Madame 968e de Bourgogne et Monsieur entendirent la coe la tribune. — On mande de Dantzick que le I Riga continue. Le roi de Pologne fait avancer unes de bombes et de canon. Les Suédois se pi*é- L le secourir , et Ton dit même que le roi de Suède (mne veut passer en Livonie. L'empereur fait le roi de Pologne d'entrer en accommodement Suède et se joint a la France làrdessus. Il y a déjà : temps que du Héron , notre envoyé, lui fait des lions d'accommodement.

a % à Fontainebleau. — Le roi partit d'ici sur ; heures ayant le roi d'Angleterre avec lui dans du carrosse , la reine d'Angleterre et madame esse de Bourgogne au devant , Monseigneur et la e d'Estrées aux portières. Les jours que LL. MM. I chasse, ils dînent en particulier dans leur apmt; mais ils soupent tous ensemble en public ,

\ représentèrent le Sriiannicus de M. Radne et Le Mv- VréhiiAft MoliMv. » ( Mercure <r<)ftolir«, pane 940.)

ni. 2:.

et toute la maison royale est du souper, hormis ^eursles ducs d'Anjou et de Berry^ qui mangent eiloon en particulier chez eux. — Monsieur et Madame pirlirent d*ici pour Montargis^ où ils seront quelques jeun. ^ Les nouvelles que les particuliers reçoivent de Madtid sur la santé du roi d'Espagne sont trèshmauvaises ; ob mande qu'il dépérit tous les jours. Nous avons beancoup de troupes et de magasins sur toute cette frontitoe, et il n'y a ni troupes ni magasins dans tout l'endoi des Espagnes. — Le roi joua le soir chez madame da Maintenon au reversis avec madame la duchesse de Boa^ gogne, que je conseillois; les autres joueuses étoient I0 duchesses de Beauvilliers, de Noailles et du Lude.

Dimanche 3 , à Fontainebleau. — Le roi alla tirer IV près-dinée. Monseigneur courut le chevreuil avèe les chiens de M. le comte de Toulouse. Le roi , la mttt d'Angleterre et madame la duchesse du Bourgogne aliment à vêpres. Le soir il y eut appartement chez Monseigneur. — M. du Héron, notre envoyé auprès da roi de Pologne , a mandé que les Moscovites avoient dëclarf la guorre k la Suède ; cependant il parolt que S. H. Polonoise écoute les propositions d^accommodement. U siiison, (jui avance, et le siège de Riga, qui n'avance point, 1 le détenuineront apparemment à faire la paix. — U vieux Siuiguin , à qui on avoit donné le sobriquet de Pi" liuorol , mourut ici d'apoplexie ; il avoit quatre-vingt-six ans passés. IxM'oi lui donnoit une i)ension; il étoit oncle du marquis do Li\Ty. — Le i^oi travailla le soirche» madame dr Maintenon avec M. de Chamillart et puis avec M. do Havhezieux. — U se ré}>aud un bruit sourd que lero» \a au^inentor ses Iruupes, et Ton croit la santé du ro' d*Es|mgno entièi-cmenl désespérée.

Lundi ï , à Foutainehifau, — Sur les deux heures ^* ii>i sortit pour allor courre le cerf; le roi d'Angleter^* v\ lui étoiont ilans le fond du carnisse, la reine et ni.^' dame la duchesse île Bouruo::uo au devant. La i*eiu&

la pcditesse de vouloir toujours se mettre auprès de mar dame la duchesse de Bourgogne. Monseigneur et la marqoiaa de Lévis étoienl aux portières. Quand on fut arrivé an laissez-eourre j le roi d'Angleterre et Monseigneur montèrent à cheval ; le roi ^ la reine d'Angleterre et madame de Lévis se mirent dans une calèche ouverte. Quand madame la duchesse de Bourgogne est dans ces calèches àqnatre avec le roi^ c'est toujours une des jeunes dames du palais qu'on choisit pour être avec elle ; les anciennes n'y vont point — M. le duc de Beauvilliers est revenu des eaux de Bourbon en bien meilleure santé qu'il n'étoit parti. — Le soir (1) le roi travailla chez madame dellaintenon avec M. Pelletier. — On apprit au coucher dn roi que le roi augmentoit toute son infanterie de dix iiommes par compagnie; elles étoient à trente-cinq liommes , on les met à quarante-cinq.

Mardi 5 , à ForUain^leau. — Le roi alla à la messe à dix heures, parce que la reine d'Angleterre alla à Tab* iitye dn Lys et à Melun , et que le roi d'Angleterre alla mne le loup avec Monseigneur. Ainsi 8. M. reprit son train d'ordinaire d'aller à la messe à dix heures. Le soir il n'y eut ni appartement chez Monseigneur ni comédie. Monsieur et Madame revinrent de Montargis. — Le soiril arriva des courriers d'Espagne et de Rome qu'on <ïoitqui portent des nouvelles considérables; on ne seloit pas surpris d'apprendre la mort du roi d'Espagne et dapape. — Le roi donna 1^000 écus de pension au vieux M. Legendre, qui a quatre-vingts ans passés ; il a été longtemps secrétaire du cabinet y et quand il vendit sa charge le roi avoit eu la bonté de lui conserver les entrées. — M. de la Tournelle mourut à Paris ; il étoit gouverneur de Gravelines, et l' avoit été auparavant de Marsal; le gouvernement de Gravelines vaut 12^000 francs,

(f) « LeftoomÀliens représentèrent le mît V École des Femmes deMo^re. » Merewre d'octobre , page 248. )

388 JOURNAL DK DANGEAU.

et il a outre cela 1^000 francs pour le gouvemenmit de Bourbourg, qui y est joint. — Les capitaines aux gardai ontordred'augmenterleurscompagniesde vingt haminefl^ et le roi pour cela leur donne 20 écus par homme. Mercredi 6, à Fontain^leau. — A la toilette de la reiae d'Angleterre y Monsieur dit tout haut que le pape ékà mort. Il mourut le 27 du mois passé et n'a point fût de promotion ni déclaré les cai'dinaux in peito : il y avwt même beaucoup de bénéfices vacants qu'il n'a prât rempUs , et quand on lui proposa de les rempUril r^ondit que son successeur seroit plus en état de faire de bons choix que lui, qui étoit abattu par son grand ége d par une longue maladie. — L'après-dlnée^ sur leste» heures^ il y eut grande promenade àFentour ducanaL U roi et LL. MM. BB. étoient tous trois dans le fond dael^ rosse ; madame la duchesse de Bourgogne^ Madame et la duchesse du Lude étoient au devant; Monsieur et m» dame de la reine d'Angleterre étoient aux portières. Koeseigneur se promenoit dans un autre carrosse avec wt dame la princesse de Conty, qui est assez incommodée depuis quelques jours. Messeigneurs les ducs de Bou^ gogne, d'Anjou et de Berry étoient achevai (1).— On sut le soir que le courrier venu de Madrid apportoit de mauvaises nouvelles de la santé du roi d'Espagne. Blécourt mande que jamais il n'avoit été si mal; outre les défaillances dans lesquelles il tombe continuellement^ il a la fièvre , et la diarrhée est encore survenue. Tout est dans le plus grand désordre du monde en Espagne; la reine ne se mêle plus de rien et le conseil est fort divisé. Il n'y a dans ce royaume ni argent^ ni troupes» ni magasins.

(t) '> L\hi y compta plus de quatre-vin^rts carros!>es à huit et à sivcheva*^^' Les princes et seigneui*s accompagnèrent à cheval \v. carrosse tlu roi. Le* *"* nMHliens représentèrent le soir Phèdre de M. de Racine et L'École des Mari^ * MolitTe. " ( yriTHrv d m-tohre, pa^je*» ?'♦»» i^l ?50. )

Mmdi 1, à FontainÊbleau. — Le roi courut le cerf avec m chiens les moins vites, qu'on appelle la meute de luiy. Le roi et la reine d'Angleterre, Monseigneur, iBadame la duchesse de Bourgogne et Madame étoient à k ehaan ; le roi dans sa calèche avec la reine d'Angleknty madame, la duchesse de Bourgogne et la comtesse d*Ayen. Le soir il y eut appartement chez Monseigneur. — Uioi donna au chevalier de Bezojis le gouvernement de Gnvelines, vacant par la mort de la Toumelle. Le chenlier de Bezons est maréchal de camp et directeur de oinlerie ; il remet au roi Temploi de directeur, sa santé le lai permettant plus de le faire. Le roi n'en a pas encore infosé. — Le roi a mandé au cardinal le Camus de pvtir incessamment pour Rome; S. M. lui fait donner 11,000 francs comme aux autres cardinaux, et s'il veut dW par mer il pourra se servir des galères du roi que Pon donne au cardinal de Noailles. — On mande de CopoAagoe que le roi de Danemark a la petite vérole assez ^Mente. On a des lettres de Fonzième jour de sa ma- Uie, et on le croit hors de danger ; il n'a qu'un fils fort jeone et deux frères, dont le plus vieux n'a pas >îngt ans. Yendredi 8, à Fontaintèleau. — LL. MM. entendirent h messe de bonne heure et séparément , et mangèrent chscim dans leur appartement au petit couvert et de iNxme heure ; ils montèrent en carrosse à une heure et •Bèrent courre le loup. Au retour de la chasse, Monsei- KBenr donna à souper chez lui à quelques courtisans , ^ puis fit répéter chez lui un nouveau motet (1) ; ma- ^wnehi princesse de Conty étoit à cette répétition. Monsieur joua chez lui toute Taprès-dinée. — L'ambassadeur diiToi d'Angleterre eut audience du roi le matin pour lui

(0 " L'en chinta le soir dam rappartement de Monseigneur on motet de la •^PwHioa du siear Bemier, maître de masiqne de Saint-Germain TAaxer- ^^t Monseigneur Tut si satisrait qu^il lo voulut entendre deux fois, et •*«*iadc {^ndes louanges. « ( Mercure d'octobre, page 246. )

S90 JOURNAL DE DANGEAII.

donner part de la mort du duc de Glocester; il y a dëji quelque temps cpie ce prince est mort ; mais il y a eo des raisons pour n'en pas donner part plus tôt. Le rd en prendra le deuil quand le roi et la reine d'Angleterre m* ront partis d'ici^ et ils en partent mardi pour retourner â SainIrGermain. — La direction de Flandre, qu'avoitle chevalier de Bezons^ a été donnée au marquis de Ooigàj, qui avoit la direction de Roussillon , et la direction de Roussillon a été donnée à M. de Montgon, qui étoit inq^ teur en Alsace. — 11 arriva un courrier de Madrid pnti le 28 du mois passé ; on n'a point dit les nouvelles qi'il apporte^ mais on croit ici que c'est la mort du roi d'Eipagne. Le roi^ après son souper, entretint asseï longtemps Monseigneur dans son cabinet en particulier.

Samedi 9 , à Fontainebleau. — Au lever du roi od apprit l'extrémité où étoii le roi d'Espagne^ Quand ledtfnier courrier de Blécourt partit de Madrid, il avoit n{0 tous ses sacrements. Les médecins Tavoient abandoDoé et même la reine étoit sortie de sa chambre. — Le loi appela le marquis d'Harcourt dans son cabinet et lai ordonna de se tenir prêt à partir pour aller assembla une armée du côté de Rayonne et lui dit que le soir chci madame de Maintenon il l'enti^etiendroit pom» lui donner ses derniers ordres. — Le comte de Zinzendorf , envoyéde l'empereur, arriva ici de Paris un peu après le lever duroi et dit à S. M. qu'il avoit eu nouvelles par un comrier que lui envoie le comte d'Harrach, anibassadem' de l'empereur à Mackid , qui en pailit le 1" de ce mois et qui » fait une furieuse diligence, c<u» il arriva dès hier à Pari^ Ces nouvelles son! que S. M. Catholique se porte confldérahlement mieux; que la lièvre et la dyssenterie étoient fort diminuées. Les courtisans étoient si fort persuadés de la inorl du roi d'Espagne qu'ils doutèrent de la vérit*^ do cette nouvelle , comptant que le comte d'Harrach i*^ Tavoit mandée au comte de Zinzendorf que pour en r** pandre le bruit ici et retarder^de quelques jours les r^

ohitions qu'on veut prendre. — Le roi alla l'après-dlnée iimrrele loup avec Monseigneur; les deux rois étoieni àans le fond du carrosse; la reine d'Angleterre , Madame «k madame de Lé vis au devant; Monseigneur et madame k dœhesse de Bourgogne aux portières. Quand on fut la laiases-courre, le roi monta dans sa calèche avec la mid d'Angleterre, madame la duchesse de Bourgogne «I madame de Lévis. Le roi d'Angleterre , Monseigneur et fllMidame étoient à cheval. Le soir il y eut comédie, que Mdame la duchesse de Bourgogne entendit de la triiiiDe. Le roi vint dans cette tribune à la fin du premier ideet y demeura jusqu'à la fin du troisième. Il y a voit longtemps qu'il n'avoit paru à aucune comédie. On jouoit fitare: mais il ne trouva pas que les comédiens la jouassent bien. (1) Madame la duchesse de Bourgogne le ptea fort de demeurer jusqu'à la fin , mais il ne put s'y rtwttdre. — Si le roi d'Espagne meurt, les spectacles se- Wt suspendus pour quelque temps. — 11 y a déjà plu-

(1) Limis XIV aTait vo jouer l'Avare trente-deux ans auparavant par Mo- Mnctsa troupe ; ce souTenir était bien fait pour le rendre diRicile. Les ar- <^ du Tbéàtre-Français n^ont pu noqs renseigner d*une manière certaine Offkscomédiens qui figuraient dans cette représentation, que le roi ne puten- Mc jusqu'à la fin. M. Régnier, dont le talent et Térudition sont connus, tlioiToalu nous communiquer ses recherches à ce sujet, d*où il résulte qu'on M posiède &ur cette époque qu'un registre de la recette journalière. Le se- ■•irier chargé de cette partie du service se contente d'indiquer sur la Me do jour le spectacle représenté, le nombre des billets pris aux bureaux, lancette totale et les frais de la représentation. Quant à la «listributiou delà pi^daunoD) des acteurs, il n'en est jamais fait mention. Les voyages d une pvtSede la troupe |K)nr le service des spectacles du roi ne sont pas non i)liis Mi|o^, kœtte époque du moins, car plus tard les comédiens en tiennent ■B iDte exacte avec les noms des acteurs (|ui y ont Uguré. Si l'on d(»it s'en Hfporter à la nature des emplois et à la revendic<itiun que chacun des acteurs ^ dans l'usage de faire de son choix «l'ancienneté quand la comédie allait i*^ à la cour, les niles de V Avare avaient dû être distribués ahisi en 1700 : fftrpa^oN, Guérin, le mari de mademoiselle Molière : il a laissé une grande i^fébtioD dansce rôle; C7(*an^6, de Villiers; Valère, Dancourt; Anselme, *^worte ; Maitre Simon , Dupérier ; Maître Jacques, Poisson ; La Flèche , ••iw»!; Brindatoine , Dufey; La ^Merluche, Desmares; Elise, M« Raisin ; YsHomie, M* Dancourt; Frosine ] M« BeauTal.

sieurs maréchaux de camp qui ont demandé au roi pi aller servir dans Tarmée que commandera le maorq d'Harcourt.

DimancheiO, à Fontainebleau. — Le roi allatirerFap dtnée et revint ici pour le salut, où étoient LL. MM. 1 et madame la duchesse de Bourgogne. Le soir il y dans la galerie des cerfs une répétition d^un non opéra (1) dont la musique est de Destouches y et enm il y eut appartement chez Monseigneur. — Les amb« deurs de Venise et de Hollande ont eu des lettres pai courrier venu à M. de Zinzendorf. Les ambassadeon Venise et de Hollande qui sont à Madrid leur mand les mêmes choses que le comte d'Harrach manda comte de Zinzendorf; que le roi d'Espagne étoit un ] mieut le 30 au soir. Le roi a eu depuis encore la mé nouvelle ; cependant on donne ici ordre à tous les ci nels dont les régiments sont près de la fronti^ d pagne de se tenir prêts à partir quand le marquis d1 court partira. Le roi a défendu à tous les offic généraux de lui demander à servir, parce qu'il a pri résolution sur ceux qu'il veut employer; on ne sait; qu'ici que le chevalier de Tessé , lieutenant général M. de Marsin, maréchal de camp; mais il y en a beaucoup d'autres.

Lundi 11 y à Fontainebleau. — Le roi, LL.HM. BB., 1 seigneur, messeigneurs ses enfants, madame la duch de Bourgogne et Madame coururent le cerf avec chiens de M. du Maine ; le roi avec la reine d'Angletei madame la duchesse de Bourgogne et une de ses da en calèche à leur ordinaire. Le roi d'Angleterre, Il seigneur et messeigneurs ses enfants et Madame éto à cheval. Le soir il y eut comédie (2), que madame la

(1) Hercule et Omphaley paroles de la Motte. (7.) n Les coiTM^Iiens donnèrent le Crispin musicien du sieur de Hauterod ( Mercure d'octobre , page 247. )

chêne de Bourgogne et toute la maison royale éntenémt en bas avec Monseigneur. — Les officiers de marine ont ordbre de partir incessamment ; nous armons des ndflBeaux outre ceux que M. de Nesmond a déjà sur les eMes de Barbarie. — M. le duc de Savoie est venu à Chambéry, où il a assemblé quelques troupes; il tâche i 86 iaire comprendre dans le traité pour la succession dïspagne; mais il n'a point encore pris de parti que Foû sache. — Le roi de Pologne a accepté la médiation deTempereur et du roi et a fait interrompre le bombardement de Riga; cependant quelques troupes moscovites sont entrées dans la Livonie du côté de Narva et ont même défait un parti de Tannée de Suède assez considénble.

Mardi 13 , à Fontainebleau. — Le roi alla avant dix iieiiies chez LL. MM. BB.; toute la maison royale y étoit déjà^ madame la duchesse de Bourgogne et toutes les princesses en grand habit. Ils entendirent la messe en biB à leur ordinaire, et puis LL. MM. BB. montèrent en ttrrosse au bas du fer à cheval pour retourner à Saint- Germain. Le roi et toute la maison royale les conduisent jusqu'à leur carrosse ^ et puis alla tenir son consrilirordinaire. — Un peu après midi M. de Torcy vint dire au roi qu'il avoit passé un courrier de M. l'électeur ffikJ&n revenant de Madrid ; son envoyé en ce pays-là lui mande que le roi d'Espagne mourut le 2 de ce mois ^ ^ cependant on sut le soir que ce même courrier avoit porté à l'envoyéde Florence des lettres du 3, par lesquelles on mande que S. M. Catholique se porte un peu mieux. — L'après-dinée sur les trois heures on fit partir "^^ncoup de courriers pour porter ordre aux troupes qui •ont en Guyenne^ en Poitou et^en Auvergne de marcher ^crs la frontière d-Espagne. — Au retour de la chasse , Monseigneur donna à dîner à Ijeaucoup de gens^ et après ^ alla jouer au brelan chez madame la princesse de Conty. — Gomme on ne doute Fpoint de la mort pro-

394 JOURNAL DE DAHGEAU.

chaîne du roi d'Espagne , on se prépare ici à œ giiBÎl événenifent comme s'il étoit déjÀ mort ; mais o&p&iàtâ on n'entreprendra rien tant qu'il sera en vie.

Mercredi 1 3 , à FonuUnebleau. — La roi a pris le dni en noir pour le duo de Glocester; il a attendu pour ï prendre que le roi et la reine d'Angleterre fussent f» tis d'ici. L'aprèfr^lnée le roi courut le cevf tout set dans sa petite calèche. Monseigneur et monseigneur h duc de Bourgogne coururent le chevreuil avec les chien de H. le comte de Toulouse^ qui leur donna i soi^ au retour de la chasse. Madame la duchesse de Boir gogne dina avec Monsieur chez madame la duchesse di Lude et y passa l'après-dluée. Le soir, ches madame di Maintenon , le roi joua à petite prime pour amuser m dame la duchesse de Bourgogne, et puis S. M. traviilfa avec M. de Torcy. — 11 ne vint point de oourriœd'Espagse et on en attend à tout moment. — J'appris que M. A Sainte-Hermine avoit changé d'inspection ; on lui a donw celle d'Allemagne» qu'avoit M. de Montgon, et on a doni Tinspection vacante à Magnac, ancien maître de oam| de cavalerie et brigadier. Les inspections valent 8,00 francs et les directions en valent 16. — M. le duc de Ghii très partit d'ici pour aller à Paris, où ildemeurerajusqiM aux couches de madame de Chartres.

Jeudi ik y à Fontainebleau. — Le roi courut le cerf 1'^ près-dluée dans sa calèche avec madame la duchés de Bourgogne. Dans la calèche qui suivoit celle du ro étoient mesdames de Mailly, de Maulevrier, de la Vrillièi et la comtesse d'Estrées. Monseigneur et messeigneu ses enfants étoient à la chasse. Uuand le roi monta ( carrosse ici pour aller au laissez-courre, il avoit madao la duchesse de Bourgogne dans le fond avec lui , Mo seigneur et madame de Mailly aux portières et les tro petites dames au devant. — M. le cardinal de Noaill prit congé du roi le matin , alla coucher à Montargis, i il prendra la poste pour se rendre, le plus diligemme

OCTOBRE 1700. MB

qQ'ii pontra, à Rome. — L'ambassadeur d'Espagne et le oomte de Zinzendorf eurent des nouvelles de Madrid du (de ce mois; on leur mande que le roi d'Espagne étoit un peu mieux ce jour-làx Nous n'avons point eu de nou- ▼elléi de Bléeourt depuis le courrier qui arriva vendredi ; ces lettres étoient du 28 du mois passé. — Le soir il y eut comédie (1)^ que madame la duchesse de Bourgogne étendit de la tribune.

Vendredi 15, à Fanlainebleau. — Le roi travailla le matin avec le P. de la Chaise et alla tirer Taprès-dlnée. Monseigneur et monseigneur le duc de Bourgogne coururent le loup. Madame la duchesse de Bourgogne ^la avec madame de Maintenon aux Loges; elle entendit le salut; il y en aura durant toute l'octave de Sainte- Thérèse^ Monsieur et Madame allèrent à Paris, d'où ils ne reviendront qu'après les couches de madame de Chartres. . Mademoiselle de Condé est à la dernière extrémité ; il y a sept ou huit mois qu'on n'en espère plus rien , mais elle n'a point encore été si mal qu'elle est pré- Mtement. — Le roi de Pologne a tiré 100,000 écus de la ville de Riga^ moyennant quoi il a cessé la bonibar^ derie, et renversé tous les travaux qu'il avoit faits ; c'est an Hépon, l'envoyé du roi, qui a fait cet accommodement, qui n'empêche pas que S. M. Polonoise ne laisse des troupes pour bloquer cet hiver cette place, qu'il viendra, à ce qu'il dit, rassiéger ce printemps si la paix n'est condneavec la Suède avant ce temps-là.

Samedi 16, à Fontainebleau. — Outre le conseil que le rï>i tint le matin à son ordinaire , il tint encore conseil laprès-dlnée pour les affaires des religionnaires. Le soir

(0 « Les comédiens représentèrent Serturius de M. de Conieille i'alné et

^^Tiidt contradiction du sieur Rivière, et entre les deux pièces les trois

™^ » père et fils , exécutèrent des scènes italiennes et muettes avec des

•■*• ^tomiaiits qai divertirent fort rassemblée. » (Mercure d'octobre, page »4.)

896 JOURNAL DK DANGEAU.

il y eut comédie (1) ; madame la duchesse de Bourgogne Tentenditenbas. QuandMonsieur etMadamen^y sontpeini, iln^ a que Monseigneur qui ait un fauteuil; mena' gneurs ses enfants et madame la duchesse de Bourgogne n'ont que des tabourets. Quand Monsieur et Madame 7 sont y ils ont tous des fauteuils. Le soir, chez madame de , Maintenon , le roi joua à petite prime avec madame h chancelière, mesdames de Ghevreuse, de Noailles et de Dangeau. Il donna hier à pareille heure une longue audience au marquis d^Harcourt; M. Pelletier y étoit, et M. de Barbezieux y vint aussi sur la fin. — Tous les chevaiix pour Tartillerie et pour les vivres marchent vers Bayonne. — On eut par la staflestille de Navarre des lettres de Blécourt du l^"" de ce mois conformes à celles quVoit eues le comte de Zinzendorf de même date et qui achèvent de faire croire que les nouvelles qu'il a eues du 5 et du 6 de ce mois se trouveront vraies. Blécourt mande dans la fin de sa lettre qu'on lui a promis^ soit que le roi d'Espagne se porte mieux, soit qu'il vienna à mourir, qu'on lui donnera toutes sortes de facilitéa pour faire passer ses courriers en France.

Dimanche 17, à Fontainebleau. — Outre le conseil d'État que le roi tint le matin à son ordinaire , il le tint encore Taprès-dlnée , et puis travailla de fort bonnd heure chez madame de Maintenon avec M. de Chamillart. Monseigneiu* étoit au conseil et ne sortit point de toat 1^ jour. Madame la duchesse de Bourgogne alla à Melon voir les Filles de Sainte-Marie. Le soir il y eut appartement chez Monseigneur. — Après que M. de Chamillart eut travaillé avec le roi, le marquis d'Harcourt et M. de Barbezieux furent longtemps enfermés avec S. M. — M. 1« Duc, M. le prince de Conty et M. du Maine allèrent à Paris en diligence sur le bruit de Textrémité où est mademoi-

(1) « Les comédiens représentèrent la Mère coquette de M. QniiMrt- ■ {Mercure d'octobre , page 256.)

OCrOBRK 1700. S9

ftUede Gondé. — Le roi a &it donner depuis quelques jtnàli. d'Aflisld 18,000 francs pour de vieux appointe- MBhqni lui étoient dus. — Lappara a pris congé du roi et partira avec le marquis d'Harcourt. Toutes les troupes ^e nous avons en RoussiUon marchent vers Bayonne ; * wm ne voulons rien entreprendre que sur les places du Gmpaxooa.

ImmU 18, à Ponlainébleau. — Le roi alla courre le cerf l'^rès-dlnée dans sa petite calèche. Monseigneur courut le hwpdès le matin. Madame la duchesse de Bourgogne dîna diei madame la duchesse du Lude avec madame de Main- ^n; elle y passa l'aprës-dlnée , et le soir elle alla à la comédie dans la tribune , d^où elle vit des sauts merveiliem que firent les enfants d'AUard entre la comédie et k fiurce (1). — On a des lettres de Madrid du 5 et du 6 à» œ mois par des banquiers ; on mande que le roi a cradié du pus en quantité et qu'il étoit un peu mieux depuis ce temps-là. — On a nouvelles que les Moscovites >oiit devant Narva ; on dit même que la place s'est ren« due. Le csar est en personne à la tète de ses troupes. 11 a Qienédix mille hommes avec lui dans des chariots entrésgrande diligence ; il y a longtemps qu'il souhaite avoir ^n port sur la mer Baltique , et il a d'anciennes prétentions sur Narva. — Le roi donne aux Filles de Sainte- Marie de Strasbourg Tabbaye de Saint-Étienne, dont le v^c^^u est considérable y à condition qu'elles prendront ^oiie religieuses et dLx pensionnaires qui toutes seront allemandes et feront des preuves de noblesse et à qui il *^*en coûtera rien.

Mwrdi 19; à Foniaifubleau. — Le roi alla tirer l'après- ^li^. Monseigneur courut encore le loup^ et le soir il yniadiez madame la princesse de Conty au brelan. —

(1) -Les comédiens représentèrent VAndromaque de M. de Racine et Le ''^■^ftn, et entre les deax pièces les Allard firent de nooYHIes scènes et de ■•^fm\ uuts. H ( Mwriire d Vtobre , pa^ 9.h7. )

398 JOURHAL de DAl!l6£An.

Le soif) ohes madame de Maintenon, le roi entretint loi^ temps le marquis d'Harcourt, qni ne partira poitft qn'w n'ait reçu des nouvelles plus sûres de la santé dn ni d'Espagne. — 11 arriva un courrier du marqois de Yîl- }ars ; on croit qu'il porte des nouvelles à faire e^énr que l'empereur prendra le parti de signer le toaité qniad le roi d'Espagne sera mort. Cependant les ministni n'ea ont rien dit; mais le courrier a conté à ses amis qv'il apportoit de bonnes nouvelles. — Les prinoes qni s'opposent au neuvième électorat ont envoyé ici la ratifi» tion que le roi leur demandoit , et le roi de Danenmfc Ta envoyée comme les autres. — Le marquis de RooIib* fort avoit été un peu mieux ces deux derniers jours ; maii il a eu encore une petite attaque , et on ne croit jm que sa santé se puisse rétablir ; il est toujours an Maîk Royal chez la maréchale sa mère ; on ne l'a pas pu eneon remporter chez lui.

Mercredi ^0, à FonUUn^leau. — Le roi courut le oerf; madame la duchesse de Bourgogne étoit dans sa petite calèche avec lui. Monseigneur et messeigneurs seseafantsétoient à la chasse à cheval. Le soir il y eut comédie (1) que madame la duchesse de Bourgogne entendit en bas. — On eut par l'ordinaire des lettres de Madrid du 8; le roi d'Esj)agne est mieux ; la fiè\Te et le dévoiement sont diminués. — M. le duc de Savoie a mandé au comte de Vernon , son ambassadeur ici , que madame la comtesse de Verue, que Son Altesse Royale honoroit depuis longtemps d'une amitié particulière, avoit pris le temps^ pendant qu'il étoit à Chambery, pour sortir de ses Étatssans lui rien faire dire et se retirer en Finance. 11 mande àcet aml>assadeur qu'il ne la fera point suivre et paroit for^ piqué de ce procédé. Le chevaber de Luynes , fipère d« madame de Verue , étoit depuis quelque temps à Turi^

(I) «t LescomécUei» représenlèrent JodeUt prince de M. de CorneiUe le c^ del»etiesAUardfinnteB8uitedesiiier?eiHe9. » '.Vi^rriiJTd'oclobi^lM^ t^

OOroiRE 1700. Mi

j il Faoeompagne dans sa fyite, et on croit même l'a rien fait en cela que de concert avec sa fo- B est en France. La famille de son mari^ qui est fftémonti n'en a eu nulle oonnoissance; elle se i dans un couvent pour quelques mois^ et on croit m à Poissy , dont l'abbesse est de ses parentes. kl, àFoiifatfiébieaif. — Le roi courut le cerf seul calèche; il fut toujours à la queue des chiens et E du cerf. Monseigneur et monseigneur le duc de ne allèrent dès le matin courre le loup et firent B fort belle chasse. Le soir, le roi joua chez mar Maintenon au reversis ; je conseillois madame la t de Bourgogne. Mon^igneur mangea au retour use, et il n'y eut ni appartement ni comédie. — i l'ambassadeur d'Espagne fit voir au roi la lettre it reçue du roi son maître du 9 de ce mois. — ■aoly est mort; il avoit été capitaine-lieutenant larmes anglois, et le roi lui donnoit une pension. ri)onne a condamné plusieurs choses que le P. le voit avancées dans son livre sur l'état présent ine, et les a qualifiées fausses , téméraires^ scanf erronées et même quelques-unes hérétiques. — Des de l'empire qui s'opposent au neuvième élec- , résolu de mettre sur pied une armée de douse itassins et de trois mille chevaux pour soutenir lits, fondés sur les traités de Westphalie. -— Ma*

duchesse de Chartres est dans les douleurs de ment; dès qu'elle sera accouchée, Monsieur et reviendront ici.

•dt 22, à Fontainebleau. — Le roi alla tirer l'aprè^ ionseigneur courut encore le loup. Le soir, chez

de Maintenon, il y eut une petite musique; le usa à chanter avec les dames du palais, et puis il la avec le marquis d'Harcourt, qui reçut ses dei'ires et prit congé de S. M. — Madame la ducbcsse 1res accoucha à Paris d'une quatrième fille, dont

400 JOURNAL DE DAHGEAU.

il en reste trois ; le roi a témoigné être fort affligé de ce qu'elle n'avoit pas eu un prince. — Le roi Guillaume eà parti de Loo pour aller à la Haye; il y fera fort pea de séjour^ et s'embarquera incessamment pour retourner en Angleterre; sa santé est un peu meilleure. Dès qu'il an embarqué, M. de Tallard a permission de venir fisire an tour ici. — L'abbé de Fimarcon est mort i Paris ; il afoit une assez jolie abbaye. Ilétoit frère de FimarcoUi cokoel de dragons, et ne paroissoit point à la cour. — Le P. lartineau , jésuite^ a été choisi pour confesseur de monnîgneur le duc de Bourgogne et de messeigneurs sas frères.

Samedi 23 , à Fantaintbleau. — Le roi courut le oerf dans sa calèche avec madame la duchesse de Bourgogne; Monseigneur et messeigneurs ses enfants étoient à k chasse. Le soir il y eut comédie (1), où madame k duchesse de Bourgogne alla en bas. — Monsieur eut ik>i>' velle à Paris que madame la duchesse de Lorraine étoit accouchée d'une fiUe. — M. de Pontchartrain aya»* averti le roi que mademoiselle de la Force, qui étoit peosionnaire dans la maison établie à Paris par madame d^ Miramion, cherchoit à s'évaderjpour passeren Angleterre^ où la duchesse sa mère s'est retirée pour la religioa i S. H. a ordonné qu'on la transférât aux Filles Sainte Marie de la rue Saint-Antoine , où elle sera plus resserrée* — M. de Callières est parti d'ici il y a quelques jours. O» ne dit point où il est allé , mais les courtisans le croient parti pour la Lorraine pour y achever les négociatioi^ qu'il a commencées.

Dimanche 2k^ à Fontainebleau. — M. du Maine mand^ au roi à son lever que mademoiselle de Gondé étoit morte la nuit (â). M. le Prince envoya ici Lassay pour le dire *

' (1) « Les comédiens représentèrent 17pAiy^tede M. Radne et le Cœu c«tf' çinairedt Molière. » (Mercure de novembre, page 209.)

(2) Voir une Lettre sur la fiwrt de mademoUelle de Candé àim Je M^ cure <((' novembn» , page^t ir)4 h ir>o.

OCTOfiRE 1700. 401

iM.; il »'est retiré pour quelques jours avec toute sa (uûlle i SaintrMaur. Le roi commanda le soir à un genliUiomme ordinaire* d'aller lui faille les compliments ordinaires en pareille occasion. Le roi en prendra le denil mercredi , car c'est ce jour-là qu'il devoit quitter le deuil du duc de Glocester^ et on le portera de mademoiselle de Condé jusqu'à la fin du voyage de Fonlaine- Ueaa et même quelques jours encore à Versailles. — Le roi alla tirer Taprès-dinée. Le soir il y eut appartement oha Monseigneur, et avant Tappartement il avoit entendu dans la galerie des cer& la répétition d'un Te Deum dont la musique est faite par le maître de musique de Stint-Clermain de l'Âuxerrois (1). On avoit entendu le iQttin àla messe un motet du même homme, et madame la duchesse de Bourgogne alla à la messe de Monseigneur pour l'entendre.

'Un ^tilhomme ordinaire fait les compliments de la part du roi ù ^* le Prince sur la mort de mademoiselle de Condé, sa fille, vi un ■>>ttre de la garde-robe, trois mois auparavant, les avoit faits aux r la mort d^un enfant au berceau de M. du Maine.

hmdi 25^ à Fontainebleau. — Le roi se leva plus matin 4ii^à l'ordinaire, alla entendre la messe à la chapelle et poisse recoucha et prit médecine. Madame la duchesse de Bourgogne, après avoir été à la messe, alla voir S. M. U roi tint Taprès-dlnée le conseil qu'il tient le matin. Ihmseigneur étoit au conseil ; ainsi il n'y eut }K)int de chasse. Le soir il y eut comédie (2). Monsieur et Madame revinrent de Paris. — Il passa ici un comTÎer du comte d'Harrach qu'il envoie à l'empereur, qui apjwrte des lettres à l'ambassadeur d'Espagne et au comte de Zin-

0) U iteur Bemier.

i') ■ Uscemédiens repréécnti>ront le Menteur <lo M. CorniMlh'! lalm', et 1rs *'^> célèbre* sauUHira, fin»nt i»nsuit«» <l»*s i'lios«'«* l'tonnanti's. «» ( Mercurv

T. VII. iMi

409 JOURNAL DE DANOEAU.

zendorf. Ces lettres sont da 17 et portent que le roi d1 pagne est si considérablement mieux qu'on compte qo' jiourra sortir dans trois ou quatre jours et se montrer • public. On ne conte aucun détail de la maladie. — Lapptf a pris congé du roi et a reçu ses derniers ordres^ eta parti pour aller joindre le marquis d'Harcourt. — L roi travailla longtemps le soir cbez madame deMaintmo avec M. Pelletier.

Mardi 26^ à Fontainebleau. — ^Le roi alla tirer Tapièi dlnée. Monseigneur courut le loup ; messeigneurs seseï fants allèrent à la volerie. Le soir Monseigneur joua a brelan chez madame la princesse de Conty . — M. le cv dînai de Médicis, voyant que ses deux neveux le dacc Toscane et le prince Gaston n^ont point d'enfants^ ar solu de se marier; cependant il doit être entré au coi clave, et Ton croit qu'après le conclave il épouseia . princesse de Guastallai^ On n'a point encore de nouvelli de Rome depuis l'entrée du conclave ; les trois cardinal qui papégent le plus, à ce qu^on croit, sont les cardinal Durazzo, Moriggia et Noris. — J'appris qu'avant i partir de Versailles le roi avoil fait mander par M. < Pontchartrainàrabbé d'Auver.s:ne, coadjuteur de Clun (|iie Fintention de S. M. étoit qu il pourvut aux bénéfic vacants dépendantes de cette abbaye; maison y aappc une condition, c'est qu'avant de contéi'er ces bénétic il mandera à M. de Pontchartrain ceux sur qui il a j< les yiMix pour remplir ces places, alin que le roi voie Cl» son! des irt*ns qui lui soient agréables.

lUernrdi -27, à Fontainebleau, — Le roi courut chevreuil avec les chiens de M. le comte de Toulou MonsiMLueur et niesseiiineurs ses enfants étoient à cliasst». Madame la duchesse de Bouri:o,îJrne alla se p mener iMi carrosse sur le chemin de la chasse et laj i:nit avant qu'elle fi\t finie. Le soir il y eut comédie (

(I) Lin fiNiHtlitiis iv|m*NriiU'reiil la tni<;i"lit' «1»'»» Horarfss do M. Com

que madame la duchesse de Bourgogne entendit de la Mbaiie. -^ On a des nouvelles de Blécourt par le courrier ohUnaire; oes lettres ne sont que du ik , et par conséquent moins fraîches de trois jours que celles (|ue le comte deZinzendorf a reçues du comte d'Harrach. Blécourt mande que le roi d^Espagne est un peu moins miû qu'il n'a été et qu'il est toujours en grand danger. — Le comte d'Avereberg , qui s'en va amlmssadeur de l'empereur \ Hadrid pour relever le comte d'Harrach , est arrivé i\ Paris. — On anouvelle([ue le roi de Su«"^de s'est embarqué wrsa flotte, et a fait emhnrcjuer doiizi^ ou quinïSf; mille Itoinmes avec lui ; on ne dit jwint s'il veut mener ce m»- ^va^ en Livonie, ou s'il veut faire quelque uiitn* entreprise. Le roi de Pologne veut établir des quartiers en ï^vonie pour ses troupes avant que de retourner en Po- •ojame.

Jiwdt 28, à FanîainehleaH. — Le^roi alla tirer l'aprés-

^Inée. Monseigneur courut avec les sans^uariier de M. le

^^Mnte de Toulouse, et le soir il joua chez madame la

princesse de Conty au brelan. Madame la duchesse de

^oupgogiie fit porter son dîner chez madame de Mainte-

'^on, comme elle fait très-souvent , et puis alla lY vêpres,

^elle va d'ordinaire tous les dimanches et toutes les

^^. Le soir, chez madame de Maintenons le roi joua au

'«versis avec madame la duchesse de Bourgogne, que je

wnseillois, et puis S. M. travailla avec M. de Barbezieux,

<îwnme il fait presque tous les jours. Au souper du

'oill y eut une répétition du prologue et des deux pi-e-

''^ers actes du nouvel opéra de Destouches. Le roi a jmru

fort content de cette musicpic et exhorta Destouches à

^liuuer de travailler. .Madame la duchesse de Bour-

f^Sûe alla voir madame la Duchesse sur la mort de ma-

^«ioiselle de Condé. Madame la Duchesse n'arriva que

^^ «t CÉié des coquettes un sieur DanciNirt. - ( Mercure th" novemhn' ,

hier deSaini-Haur^ où elle a laissé M. le Duc, qui a vomMlo demeurer encore avec H. le Prince et madame la PPîifr* cesse. Madame la duchesse du Maine revint le soir de Saint-Haur. Elle paroit raccommodée avec M. le Prinee, avec qui elle n'étoit pas trop bien depuis quelque temps; c'est M. le Duc qui a fait ce raccommodement.

Vendredi 29, à Fontainebleau. — Le roi courut keerf dans sa calèche avec madame la duchesse de Bourgogne - Monseigneur et monseigneur le duc de Bourgogne coorrurent le loup. Monseigneur s'opiniètra à la chasse et m.^ revint que fort tard ; tous ceux qui Tavoient suivi à I» chasse étoient presque tous revenus devant lui. Le8(»r m3 n'y eut ni appartement, ni comédie, ni jeu. Le roi, àjK^ V souper, entendit les trois derniers actes de l'opéra som^^ veau de Destoucbes. — On mande de la Haye que lefC^i Guillaume devoit s'embarquer ces jours-ci pour repaas^i* en Angleterre. — IjC roi tint hier matin un conseil ex<nM>Pdinaire où étoient tous les ministres , les secrétaire* d'État, M. de Chamillart, MM. de Pomereuet Dagua» seau; on y jugea, au rapport de M. Daguesseau, 00^ grande affaire enti'e la province de Bretagne et l'aïaîrauté de France , la province prétendant avoir son ami' rauté à part et étant en possession de ce droit-là. SiU>t que M. le comte de Toulouse fut fait gouverneur de Bp^tayae, le roi prit la résolution de juger cette affaire. L* province a gagné son procès; elle demeure en possession de tout ce qu'elle avoit. Les députés de Bretagne pour cette affaire étoient M. l'évèque de Vannes, M. de SévigoY et un député du tiers état. M. de Valincour agissoit pour l'amirauté; M. le comte de Toulouse étoit neutre, car il gagnoitd'un côté ce qu'il perdoit de l'autre. Monseigneur le duc de Bourgogne et Monsieur étoient à ce conseil , ^* monseigneur le duc de Bourgogne donne présentemeïï* sa voix, qui est comptée.

Samedi 30, à Fonlainebleau, — Le roi courut le c*?^' dans SI |)etite ral«\»he. Mons«'ii>neur ot monseigneur **"

OCrOBRK 1700. 406

àtatée Bourgogne étoîent & la chasse. Madame la duchesse de BcMirgogne alla se promener de bonne heure et fht au ItÔÊtarecimre; mais elle ne suivit pas longtemps lâchasse. Le soiril y eut comédié(l), qu'elle entendit de la tribune. — H. le duc du Maine achète la terre de Sceaux de M. de Seignelay. Il lui en donne 900,000 francs, et il revend le marché à des bouchers de Paris, qui l'achètent 500,000 francs; ainsi la terre ne coûtera que 400,000 francs à M. da Haine. M. de Seignelay prétend encore tirer des meubles qui sont dans la maison et des statues qui sont dans les jardins environ 100,000 francs. Sceaux, sans le marché, vaut près de 20,000 livres de rente. — On a des nouvelles de Rome depuis l'ouverture du conclave ; à la première séance il n'y avoit que trente cardinaux, et Mwescoti eut quinze voix; il faut avoir les deux tiers des ▼oîx pour être pape. M. le cardinal de Bouillon a enfin quitté l'Ordre. Il a même exhorté les cardinaux qui ont l'Ordre de quelques souverains de le quitter ; il prétend in'il y a une bulle qui les y engage. — Madame la dudiesse de Bourgogne alla voir madame du Maine sur la ^ort de mademoiselle de Condé, sa sœur ; elle n^y alla pw le jour d'auparavant parce qu'elle fut toute la journée en habit de chasse.

Dimanehe Si, à Fontainebleau. — Le roi, avant que d'entrer au conseil , donna une audience particulière au comte de Zinzendorf, envoyé de l'empereur. L'aprèsdlnée S. M. alla à vêpres et ensuite s enferma avec le P. de '* Chaise. Le roi se confesse toujours la veille des jours qtfil doit faire ses dévotions. Monseigneur, messeigneurs ^ enfants et madame la duchesse de Bourgogne étoient ^ vèpfres avec le roi dans la chapelle en bas. — L'abbé de la Trappe, celui qui avoit mis la réforme dans cette ab-

' ') •« Les cofnëtliens repréAentèreiit la tragédie d« Mithridale de M. Raeine ; ^^^ M. roiiuMNi y ïianit avec succès ; les sieurs Allard donnèrent ensuite * '**^«tiMement de leur façon. »» ( Mercure de novembre, page 214. )

baye^ est mort. L'évèque de Séez^ son évéque. Ta assisté à là mort qui a répondu à la sainteté de sa vie (1). -^ Le roi a ordonné au comte de Tessé de ne se pas éloigna* d^ici un seul jour; il le doit faire partir incessamment; on ne dit point de quel côté on Tenverm, mais on oroit que c'est du côté dltalie; le roi ne lui a paâ encore doniié ses derniers ordres. — Le roi fit partir M. Mansart veo* dredi pour aller à Versailles, où le roi fait faire une salle de comédie nouvelle ; il prend pour eela l'appartementclli cardinal de Bouillon^ et il y aura une tribune où Ton en* trerapar Fappartement de madame de Haintenon; celte tribune sera pour madame la duchesse de Bourgogne^ et il y aura d'autres tribunes pour les princesses (2) .

(1) On ne peut se refiiiM^r de joindre un fait qui foit trop d'hoinar à ^ illustre abbé |)our être oublié. M. Tabbé de Rancé, réformateur de labbaye de la Trap|>o, y avoit fait les règlements les plus sages qui sont encore obaer^^ dans cette maison; entre autres règlements celui qui concemoit les malades > quoique moins austère que la règle, Tétoit encore beaucoup. M. de RaKéB**^ avoit point senti les in('<onvéni<mts i^arcc qu'il n'avoit jamais été malade. IH^ IMînnit qu'il lui survînt une maladie qui l'obligea de se faire trans|)orter à l*»**" tinnerie. C etoit définis qu'il avoit donné la démission de son abbaye, et y H^meuroit comme simple religieux. H reconnut |)ar lui-même que rafloiblis»^ ment du corps dans IVtat d'infirmité et de maladie demaudoit plus de soulage ment, et que, puis4]u*ayant naturellement une santé forte il avoit peine à !U>utejiir dans l'intirinerie cm qui est prescrit i»ar la règle, d'autres tempérameot» plus délicate «levoient y succomber. Il demanda pcrmisftion à l'abbé de faire assembler la communauté. On juge bien qu'il obtint facilement cette grâce; î' exjM>s;i il la conmmnauté les observations (pi'il avoit faites fiar .na propre ey l>érience, leur dit qu'il s'étoit trompé, et quMI croyoit nécessaire de roett»* quelques a<loucissements à la règle. M. de Rancé étoit trop respecté poarqi>^ tout ce qu'il pro]K)soit ne fût pas accepté sur-le-cbamp. On mit donc quelque adoucissements à la règle |>ar rapport aux infirmes. S<*ulement il n'y eut qi* le Kîgislateiir seul qui n'en profita |K)int; et pendant tout le reste 4a sa vie» lors4|u'il étoit malade, il s'en tint à la règle la plus austÎTe. {Dlole du due ^^ Jjiynes. )

(7) Cette |n*tite salle dr spec:tn(*le est bien e^'lle dont nous avons |iarlé ^ans la note du tome r'% page 25f>. S'agit-il ici d'une nouvelle dispositiondcf^tte salle, ou bien cdle dont parle Dangeau, en 1085 ,était-elle située dans une autre l>artie du diàteau? L'absent'c de plans du |)alais de Versailles à cette époque ne permet pas d'éclaincir c^îtte question. La grande salle de speelade qai existe encore ne fut construite que sous le règne de Lpai^ XV.

l^^^mdiV^naioêmbre, à Fontainebleau. — LeroiiiisesdévoiionsetpiiisrevintencM>r6 entendre la grande messe. LV fèB-KJlnéeil entendit le sermon du P. Maure, de l'Oratoire, ^ doit prèoher l'avent à Versailles. Le roi ensuite deoiBUraà vêpres et à vêpres des Morts (1). Le roi avoitdlné 00 publie avec la maison royale^ et ils le suivirent tous àTéglise. Après vêpres, le roi s'enferma aveclo P. de la ^ise et donna les bénéfices vacants. 11 a donné Févèché ^ fiayonne à Tabbé de Beauvau, fils du vieux marquis u ftivau, et l'abbaye qu'avoit Tabbé de Fimarcon (2) à ^hhé Gandeau, frère de Candeau, gentilhomme de la manche. — M. de Rieux, maître d'hôtel ordinaire, a vendu ^ charge 100,000 écus; elle lui avoit coûté plus de Ï0,000 francs. C'est Vauvré, intendant de la marine h >uloii, qui l'achète, et le roi veut qu'il garde cette inten- Uice. — L^ambassadeur d'Espagne avoit l'eçu des noudles du 31 que le roi son maître se portoit mieux ; mais est arrivé un courrier de Blécourt, parti la nuit du 25 A ^y quiupporte des nouvelles bien différentes. Blécourt Buide que S. H. Catholique est plusfoible que jamais et l'on n'en doit rien espérer.

Mardi % à Fontainebleau. — Le roi aUa tirer Taprès- ^ée. Monseigneur et monseigneur le duc de Bourgogne >ururent le loup. Madame la duchesse de Bourgogne i ses dévotions. — M. de Tallard arriva ici ; M. de orcy le mena ches madame de Maintenon, où étoit le roi , [Ui le reçut fort agréablement; il l'entretint quelque «oips et le remit au lendemain pour une plus grande ûonversation. Il partit jeudi de la Haye après avoir su que le roi d'Angleterre s'étoit embarqué pour repasser à LAQdres. il paroit que S. M. Britannique et les États iW> Béraux demeurent fermes dans le traité qu'ils ont fait avec nous, et quand ils ont cru le roi d'Espagne mort ils

(t) creil4.(Mf« VMiiB d<« Morts.

WL'^htaytder

408 JOURNAL DE DANGKAU.

s'en sont expliqués hautement aux ministres de Tempereur. — H. le marquis de Molac est à la dernière exbémité à Paris; on croit qu'il ne passera pas la nuit U est lieutenant général de Bretagne et gouverneur de la tille et du château de Nantes ; ses emplois lui valent 5^,000 livres de rente. Il n'a point d'enfants; il a 300,000 finuMS de brevet de retenue sur ses charges.

Mercredi S, à Fantain^leau. -*- Le roi courut le oerf dans sa petite calèche avec niadame la duchesse de Bcho^ gogne; Monseigneur et messeigneurs ses enfants étoient à la chasse avec lui. Madame la duchesse de Bourgogne alla^ après la chasse^ souper chez madame de NoaiUes; elle y demeura jusqu'à la fin du souper du roi. Madame la Duchesse y soupa aussi, et on y joua à la dupe. Le mr il y eut comédie (1), où elle n'alla point. — Le soir, dw madame de Maintenon, le roi donna une audience de deux heures à M. de Tallard^ dont S. H. fut très-contente; M. de Torcy étoit à cette audience. — M. le comte de Toulouse sut dès le. matin la mort du marquis de Ifolac et demanda au roi instamment le gouvernement de Nuita pour lo marquis d'O. — Le roi a réglé son départ d'ici aa 15 de ce mois, qui sera de lundi en huit jours.

Jeudi ï, à Fontainebleau. — Le roi courut le cerf seul dans sa calèche; Monseigneur et messeigneurs ses enfants étoientàla chasse. Le soir, chez madame de Maintenon, le roi joua au reversis ; Monsieur vit jouer ton te la reprise. Monseigneur, après la chasse, entendit dans la galeriete cerfs la répétition de tout le nouvel opéra de Destouches. Monseigneur le duc de Bourgogne joua chez lui au brelan et puis alla avec messeigneurs ses frères souper chei M. de Beauvilliers , où il mena quelques courtisans de ceux qui Tavoient suivi à la chasse. Madame la duchesse

(I) " Les comédiens repnisentèrent la tragi'îdic He Rodogune de M. ^^'' neille l'alné et te Mariage forcé ^ç Molière; el les Allard, entre lesdeax pi***' firent de nouveUes scènes à leur manière. » ( Mercure de noverobre, pase ^^

Bourgogne dîna avec madame de Maintenon chez la diene du Lude^ où elle passa Taprès-dlnée jusqu'au toor du roi de la chasse. — M. Tabbé de Luxembourg, tae du duc de Luxembourg, se meurt à Paris d'une hyopsie de poitrine ; on lui a fiait une opération très-danleuse. — Le palatin et la palatine de Russie parurent ici s'en retournent incessamment en Pologne ; il est fils ) Jabionowski, grand général de la couronne, et sa nine est fille de la marquise de Béthune, qui les amena i pour voir la cour. — Au retour de la chasse, le roi MiBa une longue audience au premier président qui vint de sa terre de Beaumont, et s^en retourne à Paris Nirrouverture du parlement.

fmdredi 5, à Fantaind>leau. — Le roi alla tirer. Monigneuret monseigneur le ducde Bourgogne coururent le np. Hesseigneursles ducs d'Anjou et deBerry coururent cerf avec M. de la Rochefoucauld, et le roi en revenant s tirer rencontrala chasse, dont ces princes ne revinrent i*àla nuit, liadame la duchesse de Bourgogne ne sortpoint de tout le jour ; elle passa la journée chez madame ) Maintenon et y joua le soir avec le roi à petite prime. Miseigneur et monseigneur le duc do Bourgogne sou* iient ensemble et puis jouèrent au brelan chez madame princesse de Conty. — On a nouvelles que le roi de lède a débarqué et fait débarquer toutes ses ti*oupe8 en vooie; avant qu'il y fût arrivé, le i-oide Pologne, avoit m le fort de Kokenhausen et mettoit ses troupes en tutrtier d'hiver pour s'en retourner en Pologne, où il a Mnvoqué une diète générale. — On a travaillé ici à un Doommodement entre M. le duc de Bouillon et H. le duc 'Albret, son fils, qui se préparoient à aller plaider à ^y où leur affaire a été renvoyée. — Les jésuites ont ût des protestations contre la censure de la Sorbonne, ^ '* Sorbonne a fait une réplique à cette protestation ; "^i les espriU» jiiiroissent plus aigris que jamais. ^^^mnédi 6, à FonUUnebleau. — Le roi courut le cerf;

410 JOURNAL DE DAHGEAU.

madame la duchesse de Bourgogne étoit avec lui. Ils on revinrent qu^à la nuit. A son retour, le roi nous dit qa^il n^avoit jamais fait une si belle chasse; c'étoit avecli meute de Marly, qui lui donne beaucoup plus de phiv que les grands chiens. Monseigneur et messaigneun m enfants étoient à la chasse. Le soir il y eut comédie (1), oà madame la duchesse de Bourgogne alla en bas. — D*Am< blimont^ gouverneur de. la Martinique, est mort en ee pays-là; ce gouvernement vaut 10,000 écus, que le ni donne, et on en tire encore 10 ou 12,000 francs d'ailleun sans rien faire qui ne soit approuvé. Il avoit été chefdW cadre et en conservoit toujours le rang; mais il n'eaitt* soit plus les fonctions et n^en avoit plus les appCMotementif — M. le comte de Toulouse fut prié par M. d^Antin de dire au roi qu'il renonçoit au jeu pour toute sa vie; k roi répondit qu'il le pouvoit faire, mais qu'il ne savoil pas pourquoi on lui en rendoit compte. Madame de Mûitespan a souhaité que M. d'Antin quittât le jeu, et lui donne pour cela l*i,000 francs par an de plus. M. d'Antinavone qu'il a gagné 6 ou 700,000 francs au jeu, et Ton croit même qu'il eu a gagné beaucoup davantage.

Dimanche 7, à Fontainebleau. — Pendant que le roi ùioii au conseil, il arriva un courrier de Blécx^m't parti le ^9 du mois [Misse de Madrid ; cet envoyé mande au roi (juci le roi d'Espagne étoit à la dernière agonie, qu il avoil reru rextrème-onction et perdu la pai^ole. M. de Ziniendorf eut des lettres du comte d'Harrach par un courrier qu'il envoyé à l'empereur qui porte la même nouvelle» et ajoute même que le roi d'Espagne ne voyoit et n'entendoit plus. — Le roi alla tirer raprès-dinée. Monseigneur alla au jeu de paume et fit jouer les bons joueurs. U soir il y eut appartement chez Monseigneur. — On mande de Copenhague que M. de Chamilly , notre ambassadeur^y

(l) « Les comé<liens représentèrent le Georges Dandin de Molière H^ Grondeur, >• {Mercure de novembre, page 221.)

isi à la dernière extrémité. — Le roi d'Espagne lit, il y a UL mois, un testament nouveau qu'il signa de sa main^ et oinq ou àx grands le virent signer ; on croit que ce testa^ ment est en faveur de monseigneur le duc d'Anjou ou de monaeigneur le duc de Berry . — Le courrier qui a apporté In nouvelles de la santé du roi d'Espagne a trouvé M. le marquis d'Hai-court arrivé à Bayonne.

LmdiS, àFontamebleau. — Le roi courut le chevreuil aveo les chiens de M. le comte de Toulouse. Monseigneur^ messeigneurs ses enfants étoient à la chasse ; Madame y éiûitaassi. Madame la duchesse de Bourgogne et Monsieur dînèrent chez madame la duchesse du Lude et y jouèrent tottteraprès-dlnée (1). — Le marquis d'Harcourt mande au roi qu'il a eu des nouvelles duroi d'Espagne du 30 d midi , qu^il n'étoit pas encore expiré. On assure à Madrid que S. H. Catholique, par son testament, laisse le cardinal Porto-Carrero régent du royaume, et donne ordre à tous les vice-rois et gouverneurs de lui obéir comme à lui* iQémeet qu'il n y dit pas un mot de la reine. Personne n'y doute que le testament qu'il fit le 3 du mois passé ne soit en faveur de messeigneurs les ducs d'Anjou et de Berry. -—Le roi a choisi pour remplir la chai'ge d'avocat général M. le Nain, fils de M. le. Nain, conseiller de la grande chambre; celui-ci étoit conseiller à la cinquième; il payera à M. Daguesseau 350,000 livres ; si bien que M. Dai^uesseau, qui n'a donné que 100,000 écus de la charge de procureur général, a 50,000 francs de plus qu'il n'avoit et 20,000 livres de rente aussi de plus ; car la charge de procureur général en vaut 38 et celle d'avocatgénéral n'en vaut que 18.

Mardi 9, à Fontainebleau, — Le roi étant le malin au conseil de finances, M. de Barbezieux vint lui apporter

(0 «Le làoirles comé<liens représentèrent VAmphijtrion de Molière, (|iii fu t ^de qnelqiieft scènes nouvelles des Allard. » (Siercv^e de novembre, P^«l.)

la nouvelle de la mort du roid^Espagne^ qui est veniie p«

un courrier du marquis d'Hiurcourt^ qui est à Bayonned

qui a ordre d'ouvrir tous les paquets qui viemient d«

Madrid pour le roi. Le courrier que Blécourt avoit envoyé

est demeuré malade à Bayonne. Le roi d'Espagne mounl

le jour de la Toussaint^ à trois heures après midi. On a ot-

vert son testament, dont on a envoyé un extrait ici. Dm

ce testament la renonciation de la reine est expliquée, »

voir qu*elle n'étoit que pour le prince qui deviendratioi

de France, et qu'ainsi son légitime héritier étoit le dne

d'Anjou, qu^il 1 déclaroit son successeur dans tons m

royaumes, et à son défaut, soit qu'il mourût, soit qu'il d»>

vint roi de France, monseigneur le duc de Berry; et M

défaut du duc de Berry il rappelle l'archiduc; et m

défaut de l'archiduc, soit qu'il mourût, soit qu'il devlrt

empereur, M. le duc de Savoie. Il exclut également née

qui deviendra roi de France et celui qui deviendra ea*

pereur, ne voulant pas que le royaume d'Espagne fdA

possédé par aucune de ces puissances. 11 prie l'emperev

et le roi de faire le mariage du duc d'Anjou avecTawIfr

duchesse. Il laisse le cardinal Porto-Carrero régent di

royaume. Il y a un codicile dans lequel il fait quelquesdis-

positions d'argent et de pierreries en faveur de la reine

— Le roi changea Tordre qu'il avoit donné pour la chasse

et à trois heures il manda aux ministres de venir cheî

madame de Maintenon. Monseigneur, qui avoit couru 1<

loup le matin, étoit déjà de retour. Le conseil dura jw

qu'à sept heures. Madame de Maintenon, chez qui il 9

tenoit, y étoit présente (1). Après ce conseil, le roi travaill

encore avec M. de Torcy et M. de Barbezieux, tous dett

ensemble. — M. de la Tour, qui étoit auprès du roi d'An

gleterre de la part de M. de Savoie, est arrivé ici, et conuw

il a toute la confiance de son maître, on croit qu'on né

(!) Sur toute cette question , voy. tes Négociations relaiives à /« *• cession d'Espagne^ par M. Mignet, 4 vol. in-4''.

« !IOVEMBRE 1700. 41%

iem iciavec lui les affaires qui avoient fait prendre le tt d^envoyer le comte de Tessé à Turin ; ainsi on croit voyage rompu. — Il n'y aura plus ici ni appartement oomédie; on a même donné ordre de renvoyer les codîens à Paris.

Mercredi 10, à FontainMeau. — Outre le conseil que rai tint le matin à son ordinaire, il en tint encore un n madame de Maintenon au retour de la chasse, où idame la duchessede Bourgogne avoit été avec lui. Elle liouva un peu mal le soir et n'entra point dans le cabitdu roi après souper. Monseigneur, après le conseil, a souper et jouer chez madame la princesse de Conty ; Htteigneur le duc de Bourgogne y soupa avec lui. — irriva quelques courriers d'Espagne, dont il y en a un i va porter les ordres à M. l'électeur de Bavière en ladre. On ne dit point encore les nouvelles que les tra ont apportées ; on croit seulement que la princile est la copie entière du testament. — L'abbesse de iat^Pierre de Metz est morte ; cette abbaye est considébk et par le revenu et parce que dans cette abbaye on ! reçoit que des demoiselles. — L'abbé de Tréville est ort dans son abbaye de Moutirander auprès de Troyes ; He abbaye vaut 25,000 livres de rente, et il Favoit eue i feuroi, qui aimoit fort M. de Tréville, son père. Il avoit «ore deux autres petites abbayes.

Jn^i 11, à FanUtind^leau. — Le roi, entre son lever et messe, donna audience à Tambassadeur d'Espagne, qui i apporta une copie authentique du testament du roi Espagne par ordre de la reine et des régents, qui firent tttir le courrier le soir môme de la mort du roi d'Esigne. Monseigneur étoit à cette audience, et il n'y avoit a ministre que M. de Torcy. Après l'audience le roi fit nteer monseigneur le duc de Bourgogne dans son cabi- '^. Il est fort secret; on croit qu'il sait les résolutions Pte le poi a prises. L'après-dlnée le chancelier partit ^^ aller à Paris, et comme le roi a donné congé A ce

414 JOURNAL DR DANOEAU.

ministre , on croit que les dernières tésôlntioiiB WBl prises sur les affaires d'Espagne. L'après^née IftVBl alla à la chasse. Monseigneur courut le chevreuil a?eelei chiens de M. le comte de Toulouse, et au retour sotp chez ce prince. Monseigneur le duc de Bourgogne étoiti la chasse et au souper. Madame la duchesse, qui étoit d la chasse, fut aussi du souper avec toutes les dames q« Pavoient suivie en calèche, car elle ne monte plus àebfl val. — Le marquis de Coigny, lieutenant général, pri congé du roi. On croit qu'on Peu voie à Bayonne pou commander les troupes sous le marquis d^Harcourt. - Ceux qui composent le conseil de la régence en Espagi sont ; lareine, le cardinal Porto-Carrero, le grand inqatf teur, le comte d\\guilar, le comte de Bene vente et ce lui qui fait la charge de président de Castille, qui s'appeil don Manuel d* Arias ; ils ont tous signé à Tordre qu'a « Pambassadeur d'apporter le testament au roi. —Le R donna le gouvernement de la Martinique, vacant par I mort d'Amblimont, A Desnoz, chef d'escadre^ et le oordo rouge qu'avoit d^Amblimont au marquis de Nesmond lieutenant général; àdes Augersla pension deâ,OOOfipaw qu'avait M. de Nesmond. Le roi a distribué aussi plusieai pensions attachées à lîi marine qui étoient vacantes. )t dame du Uouvroy en a obtenu une, pour son mari,d 1,000 francs. — Don Manuel d'Arias n'est de la régen( que par labsence du comte d'Oropesa, président du coi seil de Gastille ; le président du conseil d'Aragon en si roit aussi^ mais il est absent. Le comte d'Aguilar y« comme conseiller d'État; on en prend un de ce corpsJi et le comte de Bene vente en est parce qu'il est grand < qu'on en a choisi un du corps des Grands. La lettre a él écrite \^ar don Antonio de l'biUa, secretario del deipêck untrersa/, entre les mains duquel «^t le testament à roi d'Espagne en original.

Vendredi 12, à Fontainebleau. — Le roi travaillais matin avec le P. de la Chaise et donna l'abbaye de Sioa

NOVEMBRE â700. 4U

iniider àFabbé de Gharny, le cadet des enfants de M. le Inndy et quand M. le Grand remercia S. H., le toi lui dit (l'illoi donnoit avec d'autant plus de plaisir qu^il la lui loQBoit sans scrupule, parce qu'il s'étoit informé de son ils, qui se mettoit en chemin de devenir honnête homme ;t homme de bien. Le roi ajouta qu'il n'avoit point voulu itteodre le temps où il a accoutumé de faire les distri- «tions ordinaires, et que les gens comme lui il les traioit différemment des autres. — L'après^née le roi alla mtte le cerf; madame la duchesse de Bourgogne étoit kfBc lui dans sa calèche. Monseigneur et monseigneur le he de Bourgogne avoient été dès le matin pour courre le <Nip; ils n'en trouvèrent point ; ilsallèrent courre le cerf ivac le roi. Le soir ils jouèrent chez madame la prin- «Be deConty aubrelan. — M. deHontbron, lieutenantgé^ iM de Flandre et gouverneur de Cambray^ avoit une iôenne pension de 2,000 écusque le roi a trouvé bon Itbire passer sur la tète de son fils^ qui est colonel du 'pment dauphin.

SÊmediiZj à Fontainebleau. — Le roi courut le cerf Btd dans sa calèche. Monseigneur et monseigneur le duc > Bourgogne prirent un loup le matin et revinrent en- ^d'assez bonne heure de la chasse pour aller encore celle du roi. Le soir au retour ils sou[>èrentet jouèrent ta madame la princesse de Conty. Madame la duchesse B Bourgogne dîna chez madame de Maintenon, où elle m la journée. — On eut nouvelle que la reine des Koiiiis étoit aecouchée d'un prince. — On ne déclare oÎDt encore le parti qu\>n a pris sur F Espagne. ^ au soir, les princesses étant dans le c^ibinet du ^ après souper, le roi leur demanda en badinant quel ■ttrU elles prendroient sur les affaires d'Espagne. Madame t Duchesse et madame la princesse de Conty réponfiï^ut qu'elles y enverroient promptement monseigneur l«duc d'Anjou, et que, par le raisonnement qu'elles en- 'wHloient faire ^ au public, c'est ce qui seroit le plus

416 JOURNAL DK DAI9GEAU.

approuvé. Le roi leur dit encore : « Je suis sur que quelque parti que je prenne que beaucoup de gens me oondanneront. » — Le roi fait payer ^00,000 firancs au cai^ dinal Radzieiowiski pour ce qu'il prétend avoir avaaeé d'argent dans le temps qu'il s'agissoit de &ire M. le {Hinee de Conty roi de Pologne.

Dimanche ik^ à Fontaind}leau. — Le roi entratîjit longtemps M. de Torcy le matin dans son cabinet, rt easuite Tambassadeur d'Espagne fut averti de se trouTcr lundi au soir à Versailles quand le roi y arriveroit. t9^ sonne ne doute que ce ne soit pour lui apprendre quekjOB chose d'agréable, et Ton est persuadé que monseigneur le duc d'Anjou va être déclaré incessamment roi d'Eipagne. Il passa le soir ici un courrier du comte d'Hairafih, parti de Madrid il y a dix jours pour porter des nouvelki tristes à l'empereur. Ce courrier, qui est Espagnol, tit le roi ici à son souper et dit publiquement qu'on atteidoit impatiemment à Madrid monseigneur le duc d'Anjou ; qu'ils avoient nommé quatre grands pour venir le recevoir, que le duc de l'Infantado et le duc de Pa»* trono en étoient; il ne nomma point les deux autres. On sut que vendredi au matin le roi avoit longtempi parlé à monseigneur le duc d'Anjou dans son cabinet es présence de Monseigneur et de monseigneur le duc de Bourgogne. On a jugé ici que dans cette conversation le roi lui avoit appris qu'il étoit roi d'Espagne ; cependant monseigneur le duc d'Anjou n'a rien dit ni rien fait qui pût faire connoltre aux courtisims qu'il fût instruit de a destinée ; et quand on a pris la liberté de lui parler du testament du roi d'Espagne il a répondu simplement qu'après l'honneur qu'il lui avoit fait de le nommer poor son successeur sa mémoire lui seroit toujours bien précieuse. L'après-dinée le roi montant dans sa calèche pour aller tirer, ses chevaux se cabrèrent et étoient si vicieux que le roi fut obligé de sortir de sa calèche et se mit dans le second carrosse où étoient M. de Noailles et

NOVEMBRE ITOO. 4r7

. le Premier; il les y fit 'demeurer avec lui. Il y avoil mgiemps que le roi n'avoit été en carrosse avec des omrtisans, chose qui lui étoit fort ordinaire autrefois. lonseignenr et monseigneur le duc de Bourgogne couraient le chevreuil avec les chiens de M. le comte de Tomlotise. Madame la duchesse de Bourgogne fit porter m dhier chez madame de Haintenon et y donna à dîner àtOQtes ses dames; elle y passa la journée et y vit jouer le soir le roi à petite prime. — Madame de Bonnelles Worut & Paris; elle étoit la sœur aînée de madame la ttaréehale de la Mothe, gouvernante des enfants de Rince. Elle laisse 80,000 livres de rente à M. de Bullion, ■on fils, qui en avoit déjà plus de 150 ; elle avoit soixante ci quinze ans et étoit tombée en enfance.

tjimdi 15, à Versailles. — Le roi partit de Fontainebleau entre neuf et dix heures du matin ; il avoit dans ^ carrosse monseigneur le duc de Bourgogne, madame «duchesse de Bourgogne, madame la Duchesse, madame * princesse de Conty et la duchesse du Lude. Il ne s'ar- *U point pour manger et arriva ici à quatre heures. Il ^ît quatre relais. Monseigneur partit en sa chaise de osteetalladlner à Meudon, où il passera quelques joure. bnsieur, Madame et M. de Chartres allèrent à Paris, ou s demeureront quelques jours. — L'ambassadeur d'Esagne, après ôti*e parti de Fontainebleau, reçut un courrier e Madrid; la reine et les régents redoublent leurs insinces pour demander monseigneur le duc d'Anjou. -^ e brait se répand que 16 marquis d'Harcôurt a ordre dr. ctoorner à Madrid et que le roi le fait duc; on dit nièmr [Ue le courrier partit vendredi matin. — Le jour que le oi apprit la mort du roi d'Espagne il eut Tattention d'cn- ^yer H. de Saint-Olon, un de ses ordinaires, au roi et à I peine d'Angleterre à Saint-Germain, qui furent fort Pochés du soin de S. M.; la princesse d'Angleterre, leur Ile, est assez considérablement malade.

Mardi m^ à Versailles, — Dérlaraflou que monseiijnmr

le duc d'Anjou M roi d'Espagne. — Le roi» après son lever^ fit entrer Tambassadeur d'Espagne dans son g»binei^ et puis il appela monseigneur le duc d'Aiyou^gni étoit dans les arrière-cabinets, et dit à rambassadeiir : <K Vous le pouvez saluer conune votre roi. » L'ambiM* deur se jeta à deu£ genoux et lui baisa la main à la minière d'Espagne; il lui fit ensuite un assez long oompt ment en espagnol, et après qu'il eut fini le ici loi dit : (( Il n'entend pas encore l'espagnol ; c'est à moi à ri» pondre pour lid. » Les courtisans étoient à la porte do cabinet du roi ; S. M. commanda à l'huissier d^ouvrirlfli deux battants de la porte et de faire entrer tout le mondes et dit : « Messieurs, voilà le roi d'Espagne ; la naisBase» Fappeloit à cette couronne ; toute la nation Ta soohaUi et me Ta demandé instamment , ce que je leur ai a^ cordé avec plaisir: c'étoit Tordre du ciel. » Puis, en M retournant au roi d'Espagne, il lui dit : ce Soyes bon Sh pagnol, c'est présentement votre premier devoir; miii souvenez-vous que vous êtes né François pour entoeteur l'union entre les deux nations ; c'est le moyen de kf rendre heureuses et de conserver la paix de l'Europe. » Après cela il s'adressa à l'ambassadeur, et en lui montrant du doigt le roi son maître, il lui dit : « S'il suil mes conseils, vous serez grand seigneur et bientôt; il ne sauroit mieux faire présentement que de suivre vos avis. » Monseigneur le duc de Bourgogne et monseigoeor Iv duc de Berry embrassèrent le roi d'Espagne, et ils fondijient tous trois en larmes en ^embrassant. Pendant ce lenips-là le comte de Zinzeudorf, envoyé de l'empereur, atteudoit Faudience qu'il avoit demandée au roi pour lui donner part de la naissiince de Farchiduc, et ne sachant rien de la scène qui se passoit. Le roi fit rentrer k rai crEspagne et Tambassiuleur dans ses arrière-cabi* nels, et puis fit entrer le comte de Zinzendorf, à qui il donna son audience, qu'il n'auroit pas demandée s'il eût prévu le contre-temps. L'audience finie, le roi se mit en

laiche pour aller à la chapelle ; il fit marcher le roi ^Espagne à côté de lui et à sa droite ; ils entendirent a messe à la tribune, et comme le roi vit que le roi d'E»- ^tgne n^avoit point de cai*reau, il se leva et lui voulut AouH^ le sien. Le roi d'Espagne ne voulut pas le prendre, «Ile roi ôta le sien; ils n'en eurent ni Tun ni Tautre. A la nesse, il eut la droite sur le roi et de même en revenant, ctFaora toiyours en public pendant qu'il sera ici; mais fouid ils seront en particulier, ils vivront sans céré- MNiie. En revenant de la messe et passant dans le grand ^partement, le roi dit au roi d'Espagne qu'il lui avoit ià préparer cet appartement et qu'il lui alloit laisser pour donner le temps aux courtisans de lui venir faire kurcour. — Le roi d'Es]Nigne partira d'ici lu 1*' de dôttmkra ; monseigneur le duc de Bourgogne et mons<;i- BBeur le duc de Berry iront le conduire jusqu'à la frontière d'Espagne. Les ducs de Beauvilliers et de Noaillt» kl accompagneront, et le roi permet à tous les jeunes Mrtisans qui les voudront suivre de faire le voyage; fKlques-uns même le suivront jusqu'à Madrid. — L'am- Umdeur d'Espagne dit fort à propos que ce voyage de* v^noit aisé et que présentement les Pyrénées étoient 'bodues (1). — Quand messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry auront laissé le roi leur frère à la frontière, entre les mains des Espagnols , ils iront visiter k Languedoc et la Provence, puis ils passeront à Lyon 4 reviendront ici à la fin de mars. Le roi donne six vingts de les gardes du corps pour les suivre, qui seront cqmtundés par Vandeuil et Montesson ; il y en aura soixante pour S. M. Catholique et soixante pour nos princes, et

(I) Le iff rcure rap|M>^te ain&i ce mut : •«[I/ainbnssadeur .se ji-ta a sespiedK If U bftisa U main , les >eu\ remplis de larmes <1e joie , et h elant relevé , il KatiDCGr soo filfl et les KsfMtgnolscle sa suite, qui en firent autant. U sï*rria lors : Quellt joie l il n'y a plus de Pgrvucis , elles sont ahinutes , et nous t femmes plus q\C un. m On sait que pins l.inl 1«* mut : // n'y a plus de Jl^miito Ait attribiM^ à Louis \IV.

tous les six vingts demeureront auprès des princes u voyage du Languedoc et de Provence. — Dès que le roi eol déclaré le roi d'Espagne il envoya H. le Preniier porier cette nouvelle au roi et à la reine d'Angleterre à Saîni* Germain. Monsieur apprit à tous ceux qui étoient isoa lever à Paris^ dès que neuf heures furent sonnées^ oeqn se passoit dans ce moment-là ici ; le roi lui en avoit Ul J confidence à Fontainebleau et lui avoit permis de le dire ce matin. Monseigneur Fa appris aussi à pareille heon aux courtisans qui ont Thonneur d'être avec lui à Het* don. Le roi d'Espagne sut dès vendredi matin la résdnte qu'avoit prise S. M.; l'ambassadeur d'Espagne le safoi aussi, et en a très-bien gardé le secret. Le roi est très^s» tent de sa conduite en tout. — L'après-dlnée le roi illi à Marly se promener^ et le roi d'Espagne alla à Meudoi voir Monseigneur son père; il avoit dans son camMl M. de Beauvilliers et Saumery, son sou9-goavemeHr. Monseigneur vint recevoir le roi d'Espagne à son ca^ rosse^ marquant une joie vive et naturelle qui fainii plaisir à tout le monde ; il dit qu'il croyoit que jamaii homme ne s'étoit trouvé en état de pouvoir dire comoM lui : Le Roi mon père et le Roi mon fils. Au retour de Meudon, S. M. Catholique revint dans son grand app8^ tement, où il reçut des visites des princesses et des daines; madame la duchesse de Bourgogne y alla plus d^une fois. Le soir il soupa avec le roi ayant un fauteuil, et la droite sur lui. Messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Beijry étoient sur des pliants , au retour de la table du côté droit, et madame la duchesse de Bourgogne au cMé gauche, et les gentilshommes servants vis-à-vis des rois pour servir (1). Quand on crioit : A boire pour le roi dEifOr

(1) « Celui qui .<^rt dVcImni^on , lorsque le roi a domandt^ h boire, aosM crie tout liaut : A boire /x>wr le roi I Ihit la révérence à Sa Mijestr, Tîaâ au buflet pi-endrc «les mainR du rlu'f dV*cliansonueric-bouclie la soucoupe d** Kffmie «lu verre couvert et îles deux rnralTt»s de cristal , pidne» de vil <•

, c^étoitune grande joie pour les spectateurs. Le roi ^ penchant du c6té de Tambassadeur d'Espagne , qui y ît, lui dit : «( Je crois encore que tout ceci est un songe. » SHfrt que le roi eut déclaré le roi d^Espagne^ M. le nonce l'ambassadeur de Venise, qui étoient dans le cabinet, idirent la foule et vinrent saluer le roi d'Espagne, télîgDant une grande joie du parti que le roi venoit de mare. Pendant tout ce temps-là le comte de Zinzenrf étoit toujours demeuré dans le salon attendant son dience. — Le soir à son coucher, le roi d'Espagne ma le bougeoir à Fambassadeur d'Espagne, et Taprèslée quand il alla à Meudon les gardes françoises et 8868 battirent aux champs. — Le roi le verra souventen rlicalier jusqu'à son départ, etM. de Torcy l'entretiendra irent des affaires pour lui en donner connoissance. ra tous les soirs chez madame de Maintenon pendant B le roi y est, et on le mènera à Marly le premier fage qu'on y fera. — La première chose que fit mongêneur le duc de Bourgogne quand il sut, le jeudi, le rti que le roi avoit pris d'accepter le testament, ce fut foire prier le roi par M. de Beauvilliers de trouver

■ ; pQÛ revient précédé da chel' et suivi de Taide du gobelet-échansone-booclie. Alors, étant tous trois arrivés à la table du roi, ils font la rêvé- «de? ant le roi , le chef se range de côté et le gentUhomme servant verse CKiffes un peu de vin et d*eau dans Tessai ou petite tasse de vermeil doré, Ifent le chef du gobelet. Puis ce chef du gobelet reverse la moitié de ce qui I été versé dans Tautre essai ou petite tasse de vermeil qui lui est présenté IM aide. Pour lors le chef du gobelet-échansonnerie-booche fait Tessai , ft feotObomme servant le fait après , qui remet entre les mains dudit chef fjBkdd la tasse dont il a fait l'essai , et ce chef les rend toutes deux à le. Tons remarquerez que ces deux petites tasses sont aussi appelées des lit. L'essai fait à la vue du roi de cette sorte , le gentilhomme servant fait Mêla révéreooe devant Sa Miyesté, lui découvre le verre et lui présente aêBie tempa la soucoupe où sont les caraffes. Le roi se sert lui-même le etreao, pois ayant bu et remis le verre sur la soucoupe , le gentilhomme ser- I reecovre le verre , reprend la soucoupe avec ce qui est dessus , fait ente révérmce devant le roi ; ensuite il rend le tout au même chef d'échancri»-boiiclic, qui le rciiortc au buiïet. v ( VÉial de la France, [par Be- ■e ], 1694, tome 1^' page 82.

132 JOURxNAL DE DANGEAU.

lion qu'il conduisit le roi son frère jusqu'à la frontièn Iji roi répondit ù M. de Beauvilliers que monseigneur 1 duc du Bourgogne lui faisoii plaisir d'avoir pensé odi (juo non-seulement il le trouvoit bon, mais qu'il yenvei i^)it le duc de Berry avec lui. Us ne mèneront nul pvE cepteur au voyage, ce qui augmente fort la joie qa monseigneur le duc de Berry a de voyager.

Mercredi il, à Versailles. — Monseigneur vint iddi Meudon t\ la fin du lever du roi , puis alla ches le n d'Espagne, où ils furent seuls pendant quelque temp Ensuite le roi alla à la messe, faisant passer le roi dïi pagne devant lui, hormis dans l'appartemenl du n crEsiNigne, où le roi prenoit la droite. Après le conseî Monseigneur retourna dîner à Meudon, et le roi dîna ii vïï publie. Monsieur. Madame, M. de Chartres et madan la grande duchesse étoient venus de Paris voir le r d'Espagne, avec qui ils demeurèrent jusqu'au dîner < toi^jours debout. Dans la conversation , Monsieur dit rauUmssadiuir d'Espagne qu*il falloit que le roi d^Espi gnt^ apprit incessamment Tesi^gnol; Tambassadeur r pondit quo o/étoit présimtcment aux Espagnols à a] pnMîdn» lo IVanrois.

VoiiM la M'anro du din<M* : les deux rois étoient \i\h\i\ le dos à la ihcminêo. Tua auprès de l'autre; len il K^l>ilune à la dmite comme hier au soir; messeigneui les dues i\v Hourtrogne et de Berry à la droite sur le re lourde la table; madame la duehesse de Bourgogne < Monsieur suv le retour de la table à gauche ; Madaou M. de C.luuiivs et madame la i:rande duchesse vishà-^isd* i\ù>, Madame \is-à-vis le roi d'Espairne aupivs deM. c l^'rrx : M.deChartiv^do rautreoùtê, et madame la grand duehesse entri^ eux deux, laissant à dn>ite et à gauche o esjvuv aux uvntil>honnnes M^rvants \^our servir.

Apiv.s le diner il> euUvivnt tous dans le salon d nM un u\omenl.el {vii> le voi n» i»:î«lui>it le i»i d'Es[»«gi! jlUNiuà \s\ pv>rte de n^ i h.imiire qui entre dans son. ai

NOVËMBRK 1700. 43S

ticbambre^ qui est le lieu où le i*oi reconduit toujours le Toi et la reine d^ Angleterre. Ensuite le roi alla tirer, et le rm d'Espagne alla tirer de son côté dans le petit parc ; ■acDDoignenrs ses frères étoient avec lui. Sur les cinq lieureB le roi et la reine d'Angleterre arrivèrent; ils allèrent d^abord chez le roi^ avec qui ils furent enfermés aases longtemps^ puis ils passèrent chez le i*oi d'Espagne^ qui leur donna la droite et les reconduisit jusqu'à la porte de sa chambre où illesavoit reçus. Les dames de la reine d'Angleterre qui sont assises devant le roi s'assirent devant le roi d^Espagne. LL. MM. BB. allèrent ensuite ehez madame la duchesse de Bourgogne et furent toujours debout, et de là chez monseigneur le duc de Bourgogne^ où monseigneur le duc de Berry étoit venu pour leur épargner la peine d'aller chez lui. — La princesse d'Angleterre se porte mieux ; elle a été en danger, et la reine samèrecraignoit même de ne pouvoir venir à cause de sa maladie. — Il arriva un courrier à l'ambassadeur d'Espagne portant un gros paquet que l'ambassadeur vouloit aller porter au roi son maître ; le roi lui dit de rouvrir, et que le roi d'Espagne le trouveroit fort bon. Ce paquet est le testanient en entier du feu roi d'Espagne; on n^avoit envoyé jusqu'ici que ce qui regardoil la succession à la couronne. Dans ce testament^ il fait beaucoup de legs pieux; il donne 400^000 écus de douaire à la reine et lui donne le choix de demeurer en Flandre^ dont elle sera gouvernante avec un conseil qu'on lui nommera d*Espagne, ou d'aller demeurer dans les États d'Italie avec les mômes douaires et le gouverneinent de la ville où elle s'établira; mais elle ne pourra pw demeurer dans Madrid. On lui laisse outre cela tout ce qu'elle a apporté en mariage et toutes les bagues ^joyaux qu'elle a, qui ne sont pas de la couronne. Outre ce testament, il y avoit oncore dans et? [Miquet des lettres de la régence qui demandent le nouveau roi avec ^^ (rrand empressement. — Iaî roi a déclaré qu'il faisoit

SI. jz jiiij'£iLuH 1 &ir:ofxrt *ba: «iMome- BL d*Nnici Ut S*-.ii±!ttn . 't'i^r^r*Lx^ K-£iHfeK »! foricoKal, ci piift

TM^ i:irfi:f^ i^'il •iecMonefA «pielifK lw|n — Le ni

.v^iî.^ dA t vjA dixkîr <pK L& EwoneUe derHfCflyîiiili

..). Oj^roan*? dXs|M£i!^ «rrircff^ à fchiii à hiiè

*',o:tt^ ^nTùsiLTiK i k crjomer qui U porte pvtil de fmÈàr

rir.WytAa '^mdi 4 nûnixit. •>Ek ite ail pasearonâknî

'^i Er>{ia:i.-n«? •^PtiniKra à porter te «otdûo hlflt; roèi

da SftiûWEôprît n>s4 po» incompatible aTcc cchâdeli

Toî«on« IXMLÎ5 lé roi nous dit qa'ii pooivott t aToir

dif&ruIU: â caoae qne le roi d'E&pasue est ^raiid

df:^ ^/rdr«s de Saint-Jacques de CaJatraTa et d*Alcutu

La difficulté peal rouler sur ce que ces ctdres, de te

nature, si>nt relisîeiu: mais cependant la oommueop'

nion e4 qu'il trardera Tordre daSaint-Csprit. — llanivi

hi#;r d^ nouvelles de Rome; des sbires ayant voulnii-

sulU;r l«r prince Vaini jusque dans sa maison, svb*

qiurlle v>nt les armes de France, M. de Xonaco y accooff'

liii-rn»'-riieH dit aueommandantdessbires:«Ce n'est pi»

l;i ffiais^in du prince Vaini, c'est celle de Tambassadeir

f\(' Vvuiwr, puisque j'y suis. » Le commandant voulu! *

retin-r, quelques shires n'omirent pas assez prompl^

iiHriit; Wîs îrenlilshommes de raml>assadeur mirent rép«*

à la mai II [XMir les chasser, avec ordre pourtant de Taift'

liass;id<*iir de ne Idesser personne. Les sbires qui éloicnt

dans la ruf, voyant qu'on chassoit à coups d'épée lenS

r!arn;irades cjui étoient dans la maison, firent une dé-

r:liarp:e et blessèrent à mort un gentilhomme sur lequd

iainha^ssadeur s'appuyoit, qui tomba du coup et Tambas-

sarleiir sur lui; Il y eut encore d'autres domestiques d«

M. d<; Monaco blessés de cette décharge. On ne sait point

rnroir tout le, détail de cetic affaire. Le commandant

«Irssbiii's préleud ([ue h décharge a été faite sans son

onhe, mais (|uà Tégard du prince Vaini il n'avoitrien

NOVËMBRK 1700. 425

feit qu'avec ordre du Sacré Collège. — 11 y a longtemps qu'on n'avoit vu en France trois rois ensemble dans la même maison. — Le nonce reçut un courrier de Rome par lequel on apprend des circonstances de l'afTaire du prince Yaini un peu différentes de celles qu'on avoit eties par le courrier de M. de Monaco. On ne doute pas qne le Sacré Collège ne donne au roi toute la satisfaction qu'il peut désirer sur cette affaire. — L'ambassadeur de Savoie a salué le roi d'Espagne^ et on ne doute pas que son maître ne lui donne ordre incessamment de le reconnoitre. Tous les envoyés des princes d'Italie qui sont ici Pont déjà traité de Majesté. — Les duchesses seront assises* chez le roi d'Espagne comme chez le roi^ quoique les femmes des grands ne soient pas assises à Madrid y et h maréchale de la Mothe^ qui y étoit quand la reine d'Angleterre est arrivée. aujourd'hui , a été assise. — Le soir, S. M. Catholique alla chez madame de Maintenon y et après avoir été quelque temps enfermé avec le roi il a joué à de petits jeux à courre et à danser aux chansons avec madame la duchesse de Bourgogne et ses dames, et a un peu quitté sa gravité qu'il a déjà en public comme s*il étoit né à Madrid.

* Daogeau est mal informé. Personne ne s*as$it en Espagne, si on ap- . pelle s'asseoir être sur des sièges, car il n'y en a point pour les dames, Di^ chez elles ; mais la différence est égale pour les femmes des grands, qui sont assises sur descarreiiux, les femmes de leurs fils aînés JiQsa, mais d'étoffe différente, et toutes les autres par terre sans carreaux. Depuis que les coutumes espagnoles se sont affoiblies et se sont mêlées des f rançoises , les sièges ont commencé à s'introduire avec ^ même distinction que les carreaux, qui même ne sont pas abolis.

Jeudi 18, à Versailles. — Le roi alla se promener après dîner à Marly, qu'il a fait meubler d'hiver et plus magnifiquement qu'il ne Tavoit été jusqu'ici. Le roi d'Es- IM^e alla tirer des lapins^ et au retour il en donna six à l^ambassadeur, qu'il fit entrer seul dans son cabinet et qui le remercia à genoux. Le roi d*Espagnc lui avoit

4SG JOURNilL DE DATiGEAU.

fait un meilleur présent le matin , car il lui avoit envoyé 40,000 francs pour lui aider à subsister; il en a d'autant plus besoin qu'il ne reçoit rien d'Espagne présentement. Mesaeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry étoient & la chasse avec le roi leur frère. Madame la duchesse de Bourgogne alla & Meudon voir Monseigneur, qui étoit revenu de Ixinne heure de la chasse pour la recevoir. — Le roi donne à H. de Beauvilliera et à M. de Noailles chacun 50^000 francs pour faire le voyage ; ils se préparent Tun et Tautre à le faire avec beaucoup de magnificence. Ce voyage coûtera au roi trois milUions. Le roi donne au duc d'Harcourt, qui s'en va ambassadeur en Espagne» SO^OOOécus pour son équipage, et Ton dit qu'il lui donnera 8,000 francs par mois pour sa subaistanoe. — Madame la duchesse de Bourgogne vit à Meudon un meuble nouveau qui est selon Tordonnance et qui ne ne laisse pas de coûter 50^000 écus. — Quand M. d'Harcourt i)artit de Fontainebleau pour Bayonne , le roi lui fit donner 12^000 écus.

Vendredi 19 , à Yenailles, — Le roi tint un conseil extraordinaire Taprès-dlnée ; il n'a point accoutumé d'en tenir les vendredis, et ces jours-lA il travaille avec le P. de la Chaise le matin. Monseisrneur revint ici de Meudon pour le conseil. Le roi d'Espairne prit le grand deuil. mais en noir; il n*y a que le roi de France qui le porte en violet, et le roi d'Angleterre ne le porte en viole* que parce qu'il porte toujours le titre de roi de France. Le duc d'Aumont portoit la queue du manteau du roi (VEspagnc jusqu'au bout de son appartement comme premier gentilhomme de la chambre , et dans la salJe des gardes le lieutenant des gardes qui est auprès de lui la prend. — Comme la santé de M. de Beauvilliers est assez mauvaise^ madame de Beauvilliers a demandé au roi [Mîrmission de faire le voyage , ce que le roi a fort approuvé; et afin qu'elle ne soit i>as seul«% madam»' dt Chiverny, sa cousine germaine, fera le voyage avec elle-

— Durant le voyage, le roi d'Espagne mangera toujours seul, hormis quand il mangera dans son carrosse avec messeigneurs ses frères. — M. de Monasterol y qu'on regarde comme le favori de M. de Bavière, parut ici; mais il dit À ses amis qu'il ne venoit que comme un curieux , ne doutant point pourtant que M. Télecteur de Bavière n'apprit avec beaucoup de joie le parti que le roi avoit pris sur la succession d'Espagne.

Samedi 30, à Yer$ame$. — Le roi alla l'après-dinée se promener & Trianon, où il fait encore accommoder de nouveaux jardins. Monseigneur et monseigneur le duc de Boui*gogne coururent le loup , revinrent souper chez madame la princesse de Conty et y jouèrent après souper. Madame la duchesse de Bourgogne alla se promener à la Ménagerie. Le roi d'Espagne alla tirer des lapins; monseigneur le duc de Berry étoit avec lui. 11 soupe tous les soirs avec le roi et la maison royale. Monsieur, Madame et M. de Chartres revinrent de Paris ici, où ils demeureront jusc|u'au premier voyage deMarly, qui sera mercredi prochain. Le roi d'Espagne et monseigneur le duc de Berry seront de ce voyage; ils n'y ont jamais couché ni l'un ni l'autre. Le roi d'Espagne dîne seul tous les jours dans son appartement et est servi à table pai* un premier gentilhomme de la chambre. — Le lendemain qu'il fut déclaré roi, il alla rendre visite en cérémonie à messeigneurs ses frères , qui avoient été aussi en cérémonie lui rendre visite. — Quand il vint mardi de Meudon , le roi nous dit que dans le testament il étoit marqué que les rois étoient majeurs à quatorze ans ; celui-ci en aura dix-sept accomplis le mois qui vient.

Dimanche 21, à Versailles. — Le roi alla l'après-dlnée tirer. Le roi d'Espagne y alla aussi de son côté. Son amlmssadeur a reçu des lettres d'Aragon, où les peuples ont témoigné une extrême joie quand ils ont appris la teneur du testament. 11 faudra queS. M. Catliolique aille dans quelque temps à Saragosse pour jurer les privilèges de ce royaume-

438 JOURNAL DE DAMGEAU.

1&. — Les trois cardinaux de jour dans le condave ont écrit au roi pour demander pardon de ce qui s'est passé à Rome à l^occasion du prince Yaini, et prient le roi de leur donner ses ordres pour la justice qu'il voudra qa'on asse. Le roi, qui sait bien qu'il n'y a eu nulle mauvaise intention de la part du Sacré Collège^ a répondu qu'il oublioit cette affaire^ qu'ils punissent les coupables comme ils le jugeroient à propos^ et en même temps il a écrit «m cardinal d'Estrées qu'en cas qu'il y eût quelqu'un des sbires condamnés à mort il demandât sa grâce de la part du roi. Plus S. M. est grand et puissant^ plus il veut faire des actions de clémence et de générosité. Les trois cardinaux qui éioient de jour et qui ont mis leurs cacheis à la lettre y car ce n'est pas la coutume de signer, sont les cardinaux Acciaioli , Coloredo et San-Cesario. — J'appris que le jeudi , qui fut le jour que le roi accepta à Fontainebleau les couronnes d'Espagne pour monseigneur le duc d'Anjou, S. M. avoit ordonné qu'on mit en liberté tous les galériens sujets de la monarchie d'Espagne; il y en avoit environ trois cents sur nos galères. L'ambassadeur avoit demandé cette gràce-là au roi plusieurs fois au commencement de son ambassade; l'ambassadeur n'en parloit plus. — Le roi prit le deuil du feu roi d'Espagne en violet. Les officiers de la couronne et les grands officioi's draperont, et on portera le deuil six mois. — I^ départ du roi d'Espagne et des princes est différé de quelques jours ; ils ne parliront que le samedi h décembre.

Lundi -22, à Versailles — Sur le midi , le roi étant encore au conseil , Fambassadeur d'Espagne demanda à parler à M. de Torcy, que le roi en même temps fit sortir du conseil et î\ (|ui raml)assadeur donna les lettres qu*i' vcnoitde recevoir de M. Tclecteur de Bavière. Cetélecf(»ur n'eût pas plus tôt appris à l^ruxellcs l'acceptation de la couronne d'Espaiinc ([uil en lit chanter le TeDeuff^^ 'udonna une illumination dans toute la ville et des réjouis-

NOVEMBRE 1700. 4f9

es publiques partout; il voulut même qu'il y eAt i ee jouMày quoique tous les divertissements eusoeasé depuis la mort du roi d'Espagne. On quitta le I. S. A. E. nomma le marquis de Bedmar, qui est 'emeur des armes en Flandre, pour venir ici ses compliments au roi et assurer le nouveau roi Mgne de sa fidélité et de la joie de tous les peuples landre de son avènement à la couronne. 11 a envoyé e an comte de Honasterol y son gentilhomme de la nbre, qui étoit depuis quelques jours ici, de venir dès iin en qualité de son envoyé auprès de S. M. Catholiet ce comte a déjà fait demander son audience. — 'ès-dinée , le parlement en corps et en robes rouges^ sans fourrures et sans leurs mortiers^ vinrent baranle roi d'Espagne. Le premier président portoit lapa- Le duc de Gesvres,. comme gouverneur de Paris, acagnoit le parlement. 11 y eut même quelques petites tes^ parce que ce duc vouloit entrer dans la chambre i d'Espagne devant le premier président, qui s'y op- M. de Blainville , grand maître des cérémonies, dit ic de Gesvres que sa place étoit de marcher entre le ier et le second président , et le duc de Gesvres y la sans en faire aucune difficulté. 11 est certain que iiverneur de Paris accompagnant le parlement ne amais marcher que le second , et si le premier présil'y étoit pas, le plus ancien des présidents à mortier Iroit sa place ; si même il n'y uvoit point de président, is ancien des conseillers marcheroit à la tête du ment, et le gouverneur de Paris après lui. Le pre« président fit une harangue telle qu'il convient à omme de son rang , pleine do sens et de eonnois- , et le roi d'Espagne y répondit très-bien ; et après remercié le parlement il dit des choses fort graes au premier président , louant son mérite per- A, Ensuite la chambre des comptes harangua; le dent Nicolaï portoit la parole ; il ne fit qu'un corn-

pliment, mais fort éloquent à son ordinaire. Les gaxis du roi ne parlèrent point. La cour des aides , la cour des monnoies , la ville et l'université haranguèrent tous. ««• 11 y eut une dispute entre les grands maîtres des cérémonies et les introducteurs des ambassadeurs. Les introducteurs des ambassadeurs prétendoient devoir aocoiDLpagner le parlement et toutes les cours supérieureSi quakquUls ne les accompagnent pas quand ils viennent hanucBrguérie roi; mais en cette occasion ici, comme c'est uarcsi étranger^ ils ont prétendu y devoir être à c6té du gsïïm,^ maître des cérémonies^ mais à sa gauche. Gela se fitaim-^si pour Marie de Gonzague, reine de Pologne^ maiso&Xa ne s^est pas fait depuis; et quand la reine de Suède vifit im France, et en dernier lieu quand le roi et lareiEie d'Angleterre y sont venus, les introducteurs n'y odJ point iMiru. Le roi s'en est tenu à ces derniers exemples et a décidé la question contre eux ; mais il a trouvé bon qu'un des introducteurs se tint auprès du fauteuil do roi d'Espagne et qu'il lui dit quand les compagnies entroient: (c Voilà le parlement, etc. ; » ainsi c'est une petite fonction qui leur reste. — M. de Beauvilliers ne voulut pas que Ghazcron, lieutenant des gardes du corps en service près du roi d'Espagne , se tint derrière sa chaise aux audiences ; Ghazeron prétend qu'il y devoit être, puisqu'il représente le capitaine des gardes qui y est chez le roi, et que de plus les lieutenants des gardes sont toujours eo pareille occasion derrière la chaise de Monseigneur. Cba* zeron ol^éit fort sagement/ et M. de Beauvilliers dit quil prendrait Tordre du roi là-dessus et fit beaucoup d'hoDnètetés à Ghazeron^ et même il le fit revenir derrière b chaise. — Quand M. de Torcy eut donné au roi, le matin, les lettres que l'amlmssadeur d'Espagne lui avoit apportées et qu'il avoit reçues de M. l'électeur de Bavière, l« . roi sortit un moment du conseil , vint parler à l'affibassadeur et lui dit : a Monsieur y vous m'apportez tdyov^ de lM>nnes nouvelles. » — Dès que le printemps ^^f^

NOVfiMB&£ ITOO. 4BI

venu, la roi enverra des vaisseaux et des troupes àCeuta pour en Caire lever le siège. — Monsieur dit, en causant âvecrambassadeur d'Espagne, que le roi son maître avoit c^jà la gravité espagnole : « Ce qui m^en plaît davantage, c^est qu'avec la gravité espagnole il conserve toute la politesse et la douceur françoises. » Durant toutes les audiences , le roi d'Espagne ne s'est ni levé ni découvert. — Le roi jugea le soir la petite dispute qu'il y a eu oe matin entre M. de Beauvilliers et M. de Chazeron, et 1^ jugea en faveur des lieutenants des gardes du corps , dont M. de Beauvilliei^s fut fort aise , étant très-content <kla conduite de Chazeron dans cette occasion-là.

Mardi 23 , à Versailles. — Le roi, après son lever, donna audience au comte de Monasterol, qui vint lui faire des compliments de la part de l'électeur, son maître, et qui eut ensuite audience de S. M. Catholique , auprès de qui il demeurera en qualité d'envoyé. — Le roi, après le <^<>Qseil de finances, retint M. de Chamillart dans son car binet et lui dit : «ic 11 y a longtemps que vous me servez , et l^en et à mon gré; je veux présentement que vous soyez dans tous mes conseils^ et je vous fais ministre ; venez dès demain au conseil d'État.» — Le grand conseil et Facar demie haranguèrent Taprès-dinée le roi d'Espagne ; le P^mier président du grand conseil et la Chapdie, direc- ^up de l'académie, portoient la parole ; leurs harangues 'urent fort louées, et on loua encore bien plus les réponses du roi d'Espagne, qui sont justes et précises. — Après les «^fangues, S. M. Catholique alla à Saint-€ermain voirie '^i et la reine d'Angleterre et le prince de Galles. Le roi ^ la reine d'Angleterre le vinrent recevoir et le conduisirent jusqu'à la porte de la salle des gardes qui donne *^^ le degré, et le prince de Galles le reconduisit jusqu'à soucarroKso. Il n'y avoit dans le carrosse avec le roi d'Es- P^neque M. de Beauvilliers et H. de Snumery. — L'abbé de Luxembourg mourut à l'aris après une longue maladie; il avoit l'abbaye d'Orciunp, qui est une des belles

abbayes de France. Avant que de mourir, il a réconcilié sa sœur, madame de Neufchéitel, avec les ducs de Luxembourg et de ChÀiilion, ses frères, qui Faimoient tendiement. — L^affaire de Sceaux est entièrement finie. M.da Maine en a pris possession Bt y a mis un concierge. On avoit trouvé que les bouchers étoient trop chargés de donner 500,000 francs pour racheter le marché; on les en a quittés pour &50, et le roi, qui n^a pas voulu que cette affaire manquât, a donné les 50,000 francs ; ainsi la terre ne coûte que &00,000 francs à M. du Maine ; mais il loi en coûte, outre cela, 80,000 francs pour lesstatues et d'antm meubles qu'il achète de la maison. — Le roi d'Espagne ne s'assit point chez le prince de Galles ; mais il se couvrit et le fit couvrir. — Le baron d'imhof, envoyé da duc de Woltenbuttel, eut sa première audience de tonte la maison royale.

Mercredi 24-, à Marhj, — Le roi partit de Versailles au»sitùtaprès son dîner jîour venir ici , où il nedemeurera que jusqu'à la fin de la semaine. Le roi d'Espagne et monseigneur le duc de Ber ry sont de ce voyage . Monsieur, Madame et M. de Chartres allèrent le matin à Paris, et le roi d'Espagne alla l'aprùs-dlnée au Palais-Royal les voir. Il y avoit une grande foule de peuple dans les rues pour le voir passer. Il n'avoit dans son carrosse que M. de Bcauvilliers et M. de Sauniery. — L'ambîiss<adeur d'Espagne a la permission ae venir ici les après-dinées pendant que le roi y sera. — Monsieur vint recevoir le roi d'Espagne à son carrosse et l'y recondu*isitde même ; la visite se passa debout. Ue chez Monsieur, le i*oi d'Espagne passa chei Madame, ensuite chez madame de Chartres et chez M. de Chartres, et toujours siins s'asseoir. — Pendant qu'il fut au Palais-Royal , il se monh'asur des biilcons qui donnent dans les rues, et le peuple crioilde bon cœur : Viveltroi d Espagne! S. M. Catholique arriva ici A sept heures; il entra d'abord chez madame de Maintonon, où étoitk roi, qui lui dit : « Monsieur, pcMulantco voyage ici, yoyet

qM TOUS aimez le mieux faire ; ne vous contraignez rien; chassez^ promenez-vous^ jouez ^ enfin choisis- M qui vous divertira davantage. » Il s'amusa jusqu'au pcr à jouer à de petits jeux avec madame la duchesse Bourgogne; monseigneur le duc de Berry fut toujours le eux^ et cela se passa avec beaucoup de gaieté de i et d'autre. 11 soupa avec le roi et toutes les dames^ m lui donnant toujours la droite. Monseigneur tient leeonde table à son ordinaire. Monseigneur le duc de irgogne et madame la duchesse de Bourgogne sont k Me du roi, et monseigneur le duc de Berry à la table Monseigneur. — 11 y a de dames nouvelles à ce voyage dame la duchesse de Lesdiguières et madame de Villaf.

fmii 25, à Marly. — Le roi se promena le matin dans (jardins. Le roi d'Espagne joua aux échecsavec M. delà diefoucauld; il aime fort ce jeu-là, et n'aime point du it les jeux de cartes. L'après-dinée il se promena avec idame la duchesse de Bourgogne dans les jardins, penntqae le roi se promenoit de son c6të. Monseigneur et )D8eigneur le duc de Bourgogne coururent le loup , lèrent ensuite et soupèrent chez Monseigneur avec les artisans qui les avoient suivis à la chasse. — L'ambaslear de Hollande vint ici le matin chez M. de Torcy, i ne s'attendoit point à cette visite à Marly, où les mitees étrangers ne viennent jamais ; il se plaint du rti qu'on a pris d'accepter le testament ; on a de bonnes 9008 à leur répondre là-dessus. — L'ambassadeur d'Espie manda que le marquis de Bedmar étoit arrivé à ris; le prince de Chimay y est aussi ; ils viendront ici main matin au lever du roi. Le marquis de Bedmar est la maison deCueva; le prince de Chimay est chevalier la Toison.

^«ndredt 26, à Marly. — L'ambassadeur d'Espagne *Qa ici au lever du roi le marquis de Bedmar, le prince Chîmay, son frère, et don Valerio, Espagnol qui a

beaucoup d'esprit ; ils eurent tous rhonneur, après avoir vu le roi^ de saluer le roi d'Espagn^^y leur maître. Le marquis de Bedmar fui longtemps enfermé avec le roi| at il assura S. M. des bénédictions qu'on lui donnoît m Flandre sur le parti qu'il avoit pris, et que jamaii Im peuples n'avoient témoigné tantde joie. Le roi Tintetfogea sur l'état des places et des troupes. Il y a enocMre beaacoup de troupes hoUandoises dans les places (i). Le roi offrit des troupes de France, et lui dit d'assurer M. Viie^ teur de Bavière qu'au moindre courrier qu'il lui envcfr roit il feroit marcher toutes les troupes qu'il demandemit et lui promettoit, foi de roi, de les retirer aussi dans k moment qu'il le voudroit. Le marquis de Bedmar eit charmé du roi^ de toutes ses manières et fort content de la joie qu'il voit à tous les courtisans. Nous dînâmes avec lui chez M. de Torcy, où il nous dit que présentement il n'avoitplus de charge*, parce queles charges de la msMift et les charges de guerre cessent toutes par la mort di roi d'Espagne. Il faudra de nouvelles provisions de ce roi ici. Il est gentilhomme de la chambre et est goûter neur des armes en Flandre. 11 n'y a que les chai^iie la couronne qu'on ne perd point par la mort du roi. Us virent avec grand plaisir le dîner du roi et les famili*rilés de nos maîtres avec les courtisans qui ne font (juaugmenter notre respect. Après le dîner, le roi aD» î\ la promenade, où ils le suivirent , et d'abord leroicon»niaiida aux courtisans de mettre leurs chapeaux, bonneletc qu'il a toujours accoutumé d'avoir. Les Espagnols en furent un peu étonnés , et le roi leur dit : a Messieurs, jamais on ne se couvre devant moi, mais aux promenades je veux que ceux qui me suivent ne s'enrhument pointe* n'aient aucune incommodité; ainsi je leur fais mettre w chapeau.» Le marquis de Hcdmar lui dit : « Ah,sire,J« voudrois bien que le roi mon maître entendit cela.»!^

(I) Dans les places fie Flamlre; et cela en vertu du traité de Ry«w)ck'

roi d'Espagne étoit à la promenade avec le roi^ mais il n^éioit pas auprès de lui dans ce moment-là. Les Espagnols et les Flamands étoient couverts comme les François. — Le roi fit allœ toutes les eaux^ et les fit promener dans tout le jardin^ malgré le vilain temps ; en passant dans Pendroit où est l'escarpolette , le roi d'Espagne y voulut aller, et le roi craignant que la pluie n'eût pourri quelqu'une des cordeSy il lui défendit expressément dV aller, €t en setourtiant au marquis de Bedmar^ il lui dit : <( Voici la seule occasion où je veuille me servir de mon autorité; dans les autres j'y donnerai mes conseils, o — L'omliassadeor d'Espagne s'en étoit nîtourné a Versai Ihvs îijirps le bver du roi ^ se trouvant un peu incommodé. — l^^ roi dit au marquis de Bedmar qu'il lui parleroit encore di- Vttuiche matin à Versailles, et puis (pi'il lui conseilleroit de nstoumer en Flandre, où sa présence pou voit être t résiliie au roi son maître. — Les courtisans louant fort la WÈ&oïk espagnole devant le marquis de Bedmar, il nous dit :« Je reçois avec plaisir présentement les louanges ^'ooleurdonne^puisqu'ilsontfaitleurdevoir. d — L'am^ faiandear d'Espagne vit monter ces jours passés son mitre à cheval, et fut étonné de sa vigueur et de son adresse; S. H. Catholique en allant et en revenant du ma- ■<ge le fit monter dans son carrosse. — On agite plusieurs ^lestions dont en voici quelques-unes, savoir : Quelle ii- 'Wée portera le roi d'Espagne ; s'il gardera la livrée bleue di France; ou s'il prendra la livrée jaune, qui est Tan- Qonne livrée de la maison de Bourgogne; le roi a dit fi'il falloit entièrement s'en remettre aux Espagnols. Savoir encore quelles armes il portera sur le tout des >niies des royaumes d'Espagne ; s'il portera les armes de Fiatice sans brisure; ou s'il y mettra la })ordurede gueules, ^ est la brisure des ducs d'Anjou. Savoir encore comme *l portera la couronne au-dessus de ses armes. On fait J^re trois ou quatre dessins différents de c-ettocouiX)n ne: ^ n'a pas encore déterminé laquelle il prendroit.

4m JOURNAL DE DàÊOÊULV.

* M. de Bmg^an «it mal informé. U n^yapoial m JM chaignoaofBeesdelaooaromie. LeiemploiideteoiMMai||; vernements ne se peifdait point , et d'autres emploie aulMil|ii reste se perd parla mort des rois, et les premières cbargeicili autres. Ces premières charges, qui sont le BU(|oi4oiii04EH[fll| mfller de corps et le gr«id éeuyer, et qui répondott « iiM^ gwpdmatoe et an grand chambellan, sont inflaiment au dip tout, et oeUes-Ui se perdent de mène.

Samedi 87, à Fersaîifes. — Le roi partit de ■ deux heures, alla voir le roi et la reine d'Angkli Saint-Germain et revint ici & la nmt. Le roi d'Mt§ measeigneore les ducs de Bourgogne et de Betary^ de Marly le matin courre le cerf et revinrent icLli Monseigneur /après le lever du roi, alla dîner à K et revint ici pour le souper du roi. — Pendant lad M. de la Rochefoucauld dit au roi d'Eiçagiie.qa'Uili gnoitbien de ne pouvoir avoir de meute àMadcUk Catholique lui répondit : «Il y enabien en AMqp est un pays encore plus chaud; pourquoi n'en aw pas en Espagne; on dit que le roi de Maroe m i bonne ; le premier tribut que je lui veux imposeiB de m'envoyer des chiens tous les ans. » — Le marqi Bedmar s'est loué du directeur de la douane de Pér qui, sachant son nom et pourquoi il venoit en Vi n'a point voulu faire ouvrir ses malles et ses porif teaux, ni prendre dWgent de lui , quoique le nu de Bedmar lui en ofirlt. M. de Ghamillart a écrit à< recteur qu^il en us&t de même pour Je retour, que lui savoit bon gré de son procédé et Fen récompeu — Le soir, chez madame de Maintenon, le roi d'Es] donna à madame la duchesse de Boui^ogne de fori pendants d'oreilles de perles et de diamants que la avoit donnés à madame la Dauphine et qui étoieol bésdansle partagede monseigneur le duc d'A^jouc Monseigneur donna à ses trois enfants les pierreries voit eues madame la Dauphine. Avant que le roi d' gne fit ce présent, il consulta madame de Maintenoa

roir si ce présent n'étoit pas trop petit et la priant ensuite ■ider à le faire recevoir agréablement à madame la dulease de Bourgogne. — Le roi nous dit à son coucher QÎ'on ne pouvoit pas être plus content qu^il Fétoit du roi ^Espagne ; que dans les affaires dont il lui parloit il lui rottvoit 1)eaucoup de sens y beaucoup d'ouverture d'es- ^t et de bonnes intentions.

Dimanche 28 , à Versailles. — Le roi entendit le ser- BkonduP. Maure;leroi d'Espagne n'étoit point au sermon, imseigneur et madame la duchesse de Bourgogne allëratt à Paris voir Monsieur^ Madame et madame de Charta ; ils y dînèrent ; il y eut grand jeu après dîner , et fàs Monseigneur alla à Topera et ne revint ici que foorle souper du roi. Madame la duchesse de Bourgogne l'allapointà l'opéra ^ et revint ici de bonne heure pour hoir compagnie au roi d'Espagne^ qui se divertit fort IVBC elle les soirs chez madame de Maintenon. Au souper fc roi Tambassadeur d'Espagne apporta au roi son ttdtre des lettres de Milan ^ et ensuite il les donna au roi ^ pd les garda. Ces lettres sont de M. de Vaudemont^ qui Hande à l'ambassadeur qu'aussitôt qil'il eut appris les toavelles du testament du roi d'Espagne en faveur de lonseigneur le duc d'Anjou on commença à respirer ; ne depuis un courrier qui va à Venise et un courrier qui a à Florence l'avoient assuré que le roi avoit accepté le sstament ; qu'il le prie de lui mander si cela est vériible^ comme il le souhaite^ et qu'en ce cas-là il le nette aux pieds du roi son maître, voilà la phrase es- •gnole, et qu'en même temps il assure S. M. Catholique b sa fidélité et de celle de tous les peuples du Milanez. — e roi; après son lever, donna audience au marquis de iedmar; l'audience fut assez longue , et le roi y fit deleorer M. de Barbezieux. Le roi parolt fort content du orqais de Bedmar, et le marquis de Bedmar est larmé des bontés du roi , et s'en retourne demain en indre. — Le roi a fait faire une Toison pour le roi d'Es-

438 JOURNAL DK DANQKAU.

pagne, qu il prendra avant que de partir dUci. Quand oo a déjà un ordre de chevalerie^ il ne f^ut plus être fait chevalier pour porter la Toison ; sans cela le roi d'Espagne se seroit lait recevoir chevalier par un chevalier de k Toison *. — Madame la n^arquiso de Rasilly doit fynk voyage dans le carrosse de m^^me de Beanvillien; mais on craint bien que 31. de BeauvilUers lui-même se soit pas en état de faire ce voyage; il prend du quinqaiu tous les jours ^ qui ne lui a pas encore ùté la fièvre. — La reine d'Espagne signe toutes les dépêches de lajaniei mais elle ne s'y est pas encore trouvée une seule fois» el quand on y a pris quelque délibération on les lui porte à signer chez elle.

* Dangeau rêve : il veut dire apparemment raccolade, qui wk»9 recommence quelquefois , témoin à Tordre de Saint-Louis; mais po* pnmdre un ordre nouveau , quand on en a déjà un , comme qurf •* prend son linbit le matin, cela ne fut jamais, comme on Fa n è tous le^ chevaliers du Saint-Esprit ou de la Toison qui ont priseetuià ci»s deux ordres qu'ils n'avoient pas , comme s'ils n'en avoient «a »■ cun ; et le roi d'Kspafi;ne lui-même, qui reçut la Toison enEspapeds mains du duc de Monteleone-Pignalclli , le plus ancien chevalier^ s'y trouvât , avec les cérémonies aœoutumées en Espagne, ne ïvdi^ porté d'avance que pour en marquer l'estime, et en attendant delà rocrvoir en cérénionie, connue tous les jours on porte par pemiisàf>n la Toison et l(^ Saint- Ksprit dès qu'on y est nommé et qu'on eslabsfot. el en attendant qu'on le reçoive en cérémonie.

fAindi 29, à Versailles. — Le roi d'Espagne donna audience le inaiin il prosijue tous les ordres religieux qi*' vinrent de Paris le saluer. La ville d'Anvers lui a envoyé des députés pour l'assurer de sa fidélité, et en mèm^ temps ils le prient de trouver l)on qu'on fasse iravaill*^'' à sa statue, ([u*ils veulent ériger dans leur place publi-' <|ue ; ils veulent aussi y avoir la statue du i*oi et celle *^ monseigneur le duc de Berry. Les chanoinessosdeMoi**' Jui ont envoyé l'aire leurs soumissions , et en lui p»^ lant leur député, a dit qu'elles ne pouvoient pas douter d'être heureuses sous un roi petit-lils de Louis le Grand»

i\ leur a fait t^nt de grâces pendant qu'elles ont éiA fOB sa domination. — Le lieutenant criminel DcfiiUi st mort à Paris ; sa charge paye paulette. — il arriva un Qiiirrier de M. de Briorde ; les HoUandois murmurent un mu; Us s'apaiseront^ car ils ne sauroient faire que murmurer- Notre, ambassadeur leur a très-bien parlée et on ea est fort content ici. — L'empereur a mandé au prince Umis de Bade qu'il trouvoit fort étrange qu'il fût du nombre des princes opposants au neuvième électorat^ et ^'étaatson lieutenant général ildevoit respecter da vantige ses volontés. Le prince Louis a répondu qu'il étoit oé prince de l'empire avant que d'être lieutenant général de l'empereur; qu'il de voit soutenir les droits de sa naissance; que l'empereur ne devoit ni ne pouvoit faire un électeur sans la participation des trois collèges ; que cela étoit porté expressément dans la bulle d'or, et que, si & M. Impériale trouvoit sa conduite mauvaise , il étoit prêt de lui renvoyer ses patentes de son lieutenant généra et de renoncer à toutes les pensions qu'il lui don- Qoit; cette charge et les pensions montent à 200,000 francs par an. — Le roi d'Espagne emportera des lettres patentes registrées au parlement par lesquelles on déclareraque, quoiqu'il soit devenu étranger en devenant roi d'Espagne, ses droits à la couronne de France pour lui el pour ses descendants seront conservés. Henri lU, étant duc d'Anjou et sortant de France pour aller être roi de Pologne , ne voulut point partir sans avoir de pareilles lettres patentes, et le roi avoit promis à M. le prince de CoQty, quand il alla en Pologne, de lui en faire expédier âtùt qu'il seroit couronné roi de Pologne. — Le roi a i^lé que le roi d'Espagne porteroit sur les écussons des royaumes d'Espagne les armes de France en plain sans brisure, attendu quil n'y avoit point d'apanage donné h monseigneur le duc d'Anjou, et que ce n'étoit qu'un titre qu'il avoit avant d'être roi d'Espagne. ^ordî 30, à Versailhs. — Le roi donna le matin au-

440 JOURNAL D£ DAlfGEAU.

dience à H. Tambassadeur de Savoie, qui vint lai ià compliment de la part du duc son maître sur Taocepiilk du testament , et ce ministre alla ensuite Sûre les méni compliments au roi d'Espagne et lui demanda méoiei protection pour S. A. R. son maître. — Le roi M dit le matin qu'il avoit beaucoup d'aiSaires et qu'A ii sortiroit point de tout le jour. Il donne vingi-une boom de 1^000 pistoles aux trois princes^ qui seront praqn toutes employées en charités durant leur voyage. - Le roi d'Espagne et messeigneurs ses frères allèienta salut. Un peu avant qu'ils y allassent, Fambassadei d'Espagne présenta au roi son maître le duc d^avn c'est le premier grand d'Espagne qui soit venu le salue l'amba^adeur lui présenta aussi le comte de Val4f Fuentès, dont le père est le duc d'Abrantès *» gni d'Espagne. — M. Pelletier, qui n'étoit intendant d finances que par commission, donne 100,000 éeit moyennant quoi il aura la charge en titre et la son vance pour son fils, qui est maître des requêtes. H o aura plus que M. de Breteuil qui ne le soit que par ooi mission. Ces deux-là sont 'des anciens; les quatre» ires ont donné plus de iOO,000 francs chacun en entra en charge. — L'ambassadeur de Hollande vint ici et d manda à M. de Torcy la réponse par écrit de ce qa lui avoit dit à Marly. M. de Torcy la lui donna , et Tai bassadeur lui-môme la trouva fort bien. — Le roi, api la mcsse^ reçut dans le salon une visite de madame Princesse , avec qui il fut assez longtemps , et il lui i moigna beaucoup d'estime, d'amitié et de considératioi elle n'avoit pas paru ici depuis la mort de mademoisel de Condé, sa fille, qu'elle aimoit tendrement. — Lew d'Espagne fut quelque temps enfermé avec le P. Ito tineau , jésuite. On a choisi pour lui servir de confesscfl jusqu'à Madrid le P, Daubcnton; On ne sait pas s'il de nieurera on Espagne, parce que Jes rois d'Espagne on accoutumé d'avoir des dominicains pour confesseurs, e

jamais de jésuites. — C'est H. de Chamillart qui a fait VaQairedeM. Pelletier auprès du roi. — Les dernières lettres qu^on a eues de Madrid de la régence étoient signées du duc de Montalte, comme président du conseil d'Aragcm, et sa signature est avant celle du comte d'Aguilar et du comte de Benevente ; le duc de Hontalte n'avoit passigné les premières lettres de la régence , parce qu'il A'étoit pas revenu de son exil. Le comte d'Aguilar signe de Lara, qui est le nom de sa maison. Le grand inquisiteur est de la maison de Mendoza.

* Ce due d^Abrantès , sorti d*un bâtard de Portugal , étoit un Immne de beaucoup d*esprit, hardi , plaisant, fort bien avec Charki n, qid fut eneore mieux avec Philippe V et fort craint des mi- Mtm par la liberté et la plaisanterie de ses propos. Aussitôt après la Boit de Charles II, tous les grands furent assemblés avec les ministres pour Touverture du testament , et toute la cour et la ville étoient au Mois du lieu de cette assemblée dans Tattente de ce que portoit un ^otament qui déddoît de la monarchie. Le comte d'Harrach, ambasndeiir de Fempereur, étoit h cette porte avec les plus considérables <ioiaeouret dims une grande inquiétude, et cette attente dura longlaDpg.A la Gn la porte s'ouvrit , et le duc d' Abrantès sortit un moment >vant personne. Il cherchoit des yeux en sortant, et ceux de tout le DïODde étoient sur lui. Il a\isa enfin le comte d'Harrach; il fut à lui et *^ jeta à son cou avec des caresses qui trompèrent les assistants , et <iviie laissoîc^t pas douter a l'ambassadeur que le testament ne fût en favearde son maître. Après les embrassades redoublées, le duc lui dit : ' Monsieur Tambassadeur, c'est avec beaucoup de joie que je prends ^ogéde la sérénissime maison d'Autriche ; » et, le quittant aussitôt, le 1^ confondu, et tous les spectateurs en admiration.

Mercredi 1" décembre y à VenaiUes. — Le i^oi prit médecine ; le roi d'Espagne fut assez longtemps seul avec lui , rt puis madame la duchesse de Bourgogne entra dans sa c^Munbre avant que d'aller à la messe. L'après-dlnée le roi tint conseil. Monseigneur étoit allé , après la médecine du '^i, àHeudon et revint à trois heures pour être au conseil. ^ roi d'Espagne iit le matin ses dévotions et puis alla

voir le roi (1). — On a des noavelles de Londres qui portent que le roi d'Angleterre a prorogé la parlemeol jusqu'à la fin du mois de janvier; il devait se rammblerle 3 de ce mois^qui sera demain; oettepron^tioiia été faite depuis avoir appris Facceptation du testament di( roi d'Espagne. — On a changé quelque chose aux armes que le roi d'Espagne portera ; on vouloit d^abord qii\ portât sur les armes des royaumes d'Espagne les armes de France sans brisure; l'on a jugé depuis qu'étant cadet il devoit en porter une , qu'il n'étoit point néoBSsaire d'avoir un apanage pour cela ; ainsi il portera pour brisure une bordure de gueules. — H. le chancelie^i à la tète du conseil, alla prend^re congé du roi d'Esp»" gne. Le conseil ne harangue person^e, p^ modèle rc»î- Jeudi 3, à Ver$aille$. — Le roi alla raprès<|lnéo ' Marly et en revint de bonne heure pour recevoir le r^ et la reine d'Angleterre, qui dévoient venir à cinq heur©^ mais la reine se trouva mal. Le roi d' Angleterre vl^ seul; il alla d'abord chez le roi d'Espagne pour luidi^ adieu; ensuite il alla dans la chapelle entendre le salis' puis [ chez ] monseigneur le duc de Berry ; après quoi descendit en bas, alla chez M. le prince de Conty et ch^ inadame du Maine, qu'il navoit pas vue depuis la m<"»' de mademoiselle deCondé. De là, il alla chez Monseigneim i et, sachant que le roi étoit rentré, il alla chez lui ; ils f' rcnt longtemps enfermés ensemble, et finit ses visi** par Monsieur, Madame et madame la princesse de Con*! — Le roi d'Espagne prit le matin la Toison ; le roi lui ^ a fait faire une fort belle ; il la porte avec un ruban n^y cordonné *. Le soir, chez madame de Haintenon, il fut ^^

(1) « Le 1*"^ de ce mois, le aieiir Rigaud, iMîintre fameux, qui aToitété nontn |>ar le roi i>our peindre Sa Majesté CaUioli<}ue , travailla pour la première ^ au |K)rlrait de ce monarque. Tonte la cour fut charmée de sa preini*'' ébauclie. Le sculpteur envoyé par la ville d'Anvers travailla en nii>me tcnip à son modèle. >- ( Mercure de dik'embre , pages 202 et 203. )

cor^ longtemps enfermé avec le roi. — Au retour do Marl'y, le roi vit chez madame de Haintenon madame de Foat^cvrault, qui s'en retourne à Fonte vrault; elle a voit (Uaé chez madame de Maintenon. — On avoit cru qu'op dor^iaeroit ^ MH. de BeauviUiers et de Noailles la qualité d'ambassadeurs extraordinaires quand ils seroieut sur la fron tière ; mais le roi a jugé plus à propos de ne le pas feire. — Le duc d'Harcourt, qui doit être à Madrid il y a déjà, quelques jours, reviendra àBayonne au-devant de S. M. Catholique et la suivra jusqu^i Madrid. — M. Téleoleur dePavière souhaitoitque S. M. Catholique lui donnât dès ici la continuation du gouvernement de Flandre ; mc^ elle ne fera rien de cette importance qu'elle ne soit arrivée en Espagne. — On n'a point eu encore de^ nouvelles de la régence depuis l'acceptation du testa* ment. Oq m^fide seulement de Madrid^ par des lettres qui viennent aux particuliers, que l'amirante, y étaqt revenu depuis la mort du roi d'Espagne et y paroissant encore attaché aux intérêts de la maisqo d'Autriche^ y *voit pensé être lapidé par le peuple et avoit été confraint de sortir de la ville. Les Espagnols disent publiquement que, si la France n'accepte pas le testament, ils aiment mieux voir démembrer toute la monarchie, et en petites parcelles même, que de retomber sous la doffiina.tion allemande. Le comte d'Harrach, amljassadeur ^6 1^ empereur, ayant fait une protestation pour sou ^^llre et l'ayant portée chez un homme de loi , la régence a envoyé quérir ce particulier-là ; on l'a dégrade dp son emploi; on a même proposé de le condamner à une prison perpétuelle, et il y a eu des avis qui le condanicioicntàmort.

* Cela ne rcmpécha pas d'être fait chevalier de la Toison en arrivant en F.S|Mgne. La manière de porter la Toison a fort varié. Les ducs de Bourgogne, père et fils, portoient toujours un petit collier léger à l'ordinaire et le grand aux cérémonies. Depuis, ce petit collier dégénéra ^une simple chatue d'or et après en un ruban où la Toison pendoit.

On fut longtemps dans Fusagc indifférent de Tun et de Paatie, et pto« sieurs, par commodité, Fôtèrent du cou et la mirent à la bouUmiièfe. La couleur du ruban fut indifférente, comme n'étant plus de TinstîtiitioD. Il fut indifféremment rouge ou noir, et le noir prévalut par le Dombie et Texcmple des chevaliers vieux et distingués par leurs emplois. Gda fut ainsi jusqu'à ce que rélcdeur de Bavière, étant devenu goavcfMur des Pays-Bas, préféra le rouge au noir, comme de plus anem ange et peut-être aussi comme parant; et à son exemple tous les cfaevaien demeurant aux Pays-Bas : ce qui gagna ceux d'Italie. Dès que Philippe V fut en Espagne , il quitta le noir poiur le rouge y tellement que depuis le noir a totalement disparu, et presque entièrement aussi la chaîne. Tous portent la Toison au cou, au bout d'un ruban couleur de feu onde , et Û n'y en a presque plus qui l'attachent à la boutomiière.

Fendredi 3, â Versailles. — Le roi à son lever reço* la nouvelle de Félévation du cardinal Albano au pont*" Beat; il a eu toutes les voix et a été deux jours saO* vouloir accepter cette grande place. Avant qu'il Ta^^ ceptàt^ le Sacré Collège envoya à M. de Monaco, qui * toujours été hors de Rome depuis Taffalre du prince Yaini, pour savoir de lui si le choix que le Sacré GoUé^"^ faisoit seroit agréable au roi. On a témoigné toute L -^ déférence et le respect qu'on devoit avoir pour S. M. Cetfc^--^ élection se fît le 23 ; on savoit déjà à Rome la mort à^^ roi d'Espagne et le testament, mais on n'y savoit pas cn^-- ' core l'acceptation. Le pape prendra le nom de Clément X^^^ parce que le vingt-troisième jour de son exaltation h^^ pontificat est le jour de saint Clément pape. 11 a fa» ^ faire des excuses au cardinal Ottobon de ce qu'il ne prc^* noit pas le nom d'Alexandre, qu'avoit le pape OltoboiP^ ^ dont il est créature; il n'a pas cinquante-un ans, et a toi^** jours été regardé comme un très-grand homme de bie^^ et entendant les affaires à merveille. Il étoit fort ami der^ cardinaux françois et surtout du cardinal de BouilIoiB - — L'après-dlnée le roi alla se promener à Marly; avar»^ que d'y aller il passa chez le roi d'Espagne, à qui il dî * de n'aller faire aucune visite d'jidieu. Toute la maisoï* royale, tous les courtisans vinrent prendre congé de S.li*

tholiqaeraprès-dlnée. Le soir^ chez madame de Main- [Hm , le roi fut quelque temps enfermé avec lui ; il y ttdéjàbien des larmes de répandues. 11 a prié le roi de i vouloir donner son portrait ; rapproche du départ le ndbeaucoup plus triste. Onle regrettera fort ici; il s^est itaîmer et estimer de tout le monde ; il gagne beaucoup &bre connu. — Il arriva un courrier du marquis de lars, parti de Vienne depuis qu'on y a appris la mort du

d'Espagne et le testament , mais avant qu'on y sût cceptation. Villars mande que Tempereur se préparoit a^^uerre^ qu'il comptoit d'envoyer des troupes dans le anez dont le prince Eugène seroit général^ et que M. Impériale auroit encore une auti*e armée sur le in. Peut-être quand on apprendra en ce pays-14 qu'on ccepté les couronnes d'Espagne et que M. de Vaude- »iit a reconnu le nouveau roi^ changeront-ils de dessein ;

tout cas , comme ils ne nous sauroient faire grand 1> ils ne nous font point de peur. — Le nonce, Tamisadeur de Venise, l'ambassadeur de Savoie et tous les aistres d'Italie vinrent prendrecongé du roi d'Espagne.

Nous avons appris aujourd'hui des circonstances de Lection du pape que nous ne savions point ce matin. & cardinaux italiens dans le conclave, et particulière- 5iit les Zelanti, avoient propose aux cardinaux françois atre sujets pour remplir le Saint-Siège; ces quatre carttaux étoient le vieux cardinal Spinola, le cardinal Sansareo, camerlingue, qui est de la maison de Spinola ^, le cardinal Marescotti et le cardinal Albano ; les lanti s'attachoient plus à Marescotti qu'aux autres et vouloientfaire pape dès les premiers jours du conclave; * cardinaux françois n'approuvoient point ce choix, ais ils consentirent qu'on élût le cardinal Albano. On ivoie ordre à nos cardinaux de revenir. Le cardinal le ^us doit déjà être reparti de Kome. Les cardinaux Estrées, de Coislin et de Noailles reviendront par terre Prts que le cardinal de Noailles aura pris le chapeau^

ce qui ne sauroit être fait que dans le mois de janvier. Le cardinal de Janson demeurera à Rome^ chargé des affaires; on ne laisse pas^ quoiquUl y ait un ambassadeor, de donner quelquefois cette commission à un cardinal, et c'est un secours pour Tambassadeur. On croit que ee pape ici ôtera des affaires les cardinaux Spada et Pancifrtici. De cinquante-huit cardinaux qui et oient dans le conclave^ il y en avoit quarante^eux plus vieux qu'Albaoo. Samedi i, à Versailles. — Départ du roi d'Espagne, — Le roi d'Elspagne alla dès le matin chez le roi^ où il f iit seul, et avant que les courtisans entrassent; ilalla ensuite chez Monseigneur, avec qui il fut enfermé assez lotif^ temps. Sur les dix heures les deux rois , suivis de touite la maison royale et d'une foule extraordinaire de ooui^ tisans, entendirent la messe dans la tribune^ puis descendirent le grand degré et montèrent en carrosse^ les dcui rois au fond et madame la duchesse de Bourgogne entre eux deux, Monseigneur au devant avec messeigneun 1^ ducs de Bourgogne et de Berry, Monsieur et Madame au^ portières. Les gendarmes, les chevau-légers suivoieO^ LL. MM. ; on avoit même fait venir cent gardes d» corps de plus qu'à l'ordinaire. On trouva en arrivant * Sceaux les deux compagnies de mousquetaires, qui fa-t" soient chacune deux escadrons. Il y avoit, sur le chemin ^ Versailles à Sceaux , une infinité de carrosses et de pe^ pie qui étoient venus de Paris pour voir passer les roi^* LL. MM. arrivèrent un peu après midi î\ Sceaux, oùilstro'^ vèrent une infinité de courtisans et de dames (1). Le t^'

(1) n M. le Prince , M. le Duc et M. le duc du Maine reçarent Leurs M^' jestés à la descente du carrosse. La foule étoit si grande que les cours » ^ jardins, les ap[)artement.s tUoient remplis de monde, le roi ayant onlo^^ avec bonté que chacun vint voir une chose (fui n*avoit jamais éié et fl"*^ les |M)rtes ne Tussent fennées qu*au plus bas peuple. La foule se trouva ** prodigieuse qu'il étoit presque im|)ossible de la percer; madame la duch***** do lîourgofyie, ayant été séi)arée elle-même d'avoc le roi ))ar cette foule , ne P**^ qu'à peine y trouver (tassage. « (Mercure de décembre, pages lli et 310. )

mena d'abord le roi d'Espagne dans la dernière pièoe de l'appartement bas. Il nous fit demeurer dans le salon et défendit que personne entrât. Il demeura un quart d'heure seul avec le roi d'Espagne^ et puis il appela Monseigneor, qui étoit demeuré dans le salon avec la maison royale et quelques courtisans. Les deux rois et Monseigneur demeurèrent ensemble quelque temps; ensuite S. H. y fit entrer l'ambassadeur d'Espagne, qui prit congé du roi son maître. Un moment après le roi fit entrer monseigneur le duc de Bourgogne, madame la duchesse de Bourgogne, monseigneur le duc de Berry, Monsieur et Madame, et puis appela les princes et les princesses du sang. Les portes de l'endroit où ils étoient étoient ouvertes; nous n'entendions pas ce qu'ils disoient, mais noQs voyions les deux rois fondre en larmes, Monseigneur appuyé contre la muraille et se cachant le visage, monseigneur le duc de Bourgogne , madame la duchesse de Bourgogne, monseigneur le duc de Berry et toute la maison royale pleurant et poussant même des cris d'affliction ; on ne sauroit s'iniaginer un spectacle plus grand , plus touchant et plus attendrissant; enfin il fallut se séparer. Le roi conduisit le roi d'Espagne jusqu'au bout de Tappartement et se cachoit le visage pour cacher ses larmes* Le roi d'Espagne monta en carrosse avec messeigneurs ses frères pour aller coucher iîi Châtres. Le roi i^ntra quelque temps dans la maison pour se remettre, et puis il s'alla promener dans le parc en calèche , où ^toit madame la duchesse de Bourgogne auprès de lui et derrière Monsieur et Madame. Monseigneur, après avoir vtt monter le roi en calèche , ne put le suivre à la pronaenade dans les jardins comme il Favoit résolu ; il étoit si attendri, si touché qu'il ne voulut plus voir personne; d monta dans son carrosse pour aller Meudon^ où il demeurera quelques jours. On ne sauroit s'imaginer de néparation plus tendre ctplus douloureuse quecelle que nous *vons vue aujourd'hui ; il sembloit que les François et

Mft . X !:> 41. DE DiâlSGEâU.

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plu> r^^-urdcr que ajinm^ une même nation; ils(

avoir l»j>m^mr^ inWf^ts : ai n^ je gmhaîie que ccspp

^jicût attich*^ Â vou< comme à moi; vous ne

avoir d'aniis plus fidèles et plus assurés. » due ne m

nous de même t«jnt ce que le roi dît enparticiuieri

nn d'Espasne. Le n>i ne nous a jamais paru nenr

avec plu> de di-j-nité , plus de bonne grtce que toaH

qud a fait aujourd'hui: il na jamais marqué tanl*|

tendrvsfte, et jamais il ne nous a paru si grand et a *^^l

Diable. — Madame la duchés^ de Bourgogne, apri»»l

promenade, lit une grande collation. M. du Maine e»*!

\tj\ii aux tardes du corps, aux gendarmes, aux chen»*

l»'^'#.'rs «ît aux niousiiuetaires et des vivres et du vin *

alxjiidanee. 11 y avoit des ix^piis diuis plusieure chanibi»

dillërentes et i)our les courlisiins et pour toute leur suite,

et on ne siuroit rien faire plus magnifiquement. U

i-oi, en disiint le dernier adieu au roi d'Espagne , qn «

uvoit conduit j usqu'au lx)ut de Tappartement, le tint long-

linips entre ses bras ; les larmes qu'ils répandoientrun

i-t Tautre entrecoupoient tous lem's discoure. Mon^

^' neur embrassa ensuite le i*oi son lils, et puis le roi vint

iMicoi-e l'enibnisser, marquant encore la peine exlréïW

qu'il av4)it de le quitter.

Dimanche 5, à Versailles. — Le roi ne sortit point d< tout le jour; il alla au sermon, puis il entra chez madan» Maintenon de fort lK)nne heure. Monseigneur vint le DM lin dr Meudon pour ôtre iui conseil et puis s'en retourn

^à Heudon. — Le roi d'Espagne, durant le voyage, era toujours seul; messeigneurs ses frères enteni xtne messe différente de la sienne, et ne seront jaasBÎs ni les uns ni les autres quand ils seront en en un mot on évitera le cérémonial en toutes On reçut de leurs nouvelles de Châtres; nos {jouèrent Taprès-souper au brelan, et le roi d'Es- Be les voyoit jouer. — M. des Granges, maltiv f cérémonies, fait le voyage. — NolJet, commis de ^de Torcy, recevra les lettres qu'on écrira au roi d'Esae et à nos princes, et leur servira de secrétaire. — ^roi d'Espagne emmène pourpremier médecin Micliu- ► qui a beaucoup de réputation à Paris ; son premier et de chambre, son premier valet de gar(le-rol>e , son er, Louville, un des gentilshommes de la manche, le fent, et on compte qu'ils demeureront en Espagne. nmène des chirurgiens, des apothicaires et l>eauc()up Sciers pour la bouche. — M. le duc d'Albret a écrit et à madame de Bouillon des lettres fort tendres et soumises ; il les prie de lui pardonner, de lui rendre I bonnes gr&ces, et les laisse les maîtres absolus de ûre qu'ils avoient ensemble, sans exiger d'eux aucondition ; cependant il faudra qu'ils aillent à Di- ^, que l'on plaide la cause et que le parlement donne ■ft arrêt contradictoire. — Les affaires du comte d'Au- ^togne avec son fils sont dans un état bien difféi^ent ; car •I mande de Hollande qu'ils sont plus troublés qu<; ja- ^^j et que le prince d'Auvergne n'ose plus se trouver «^s les lieux où est le comte d'Auvergne, son père. — Vant la mort du feu roi d'Espagne, le gouverneur du Uipuzcoa, voyant les troui)es de France arrivées dans ^lï voisinage, avoit envoyé à Madrid pour savoir ce qu'il Iroit à faire en cas que S. M. Catholique vint à mourir; •on lui donnna l'ordre, en ce cas-là, d'ouvrir auxFraurois ^portesdeFontarabie, deSaint-Sébaslienet du Passiige âe dire au marquis d'Harcourt,qui dovoitcommandiT

T. VII. îî>

ces troupes^ qu'on ne rendoit pas ces places au roi de France, mais à son petit-fils, Philippe V, roi d^pagne. Lundi 6, à Versailles. — Le roi, avant que de se lew, entretint longtemps H. de Beauvilliers, qui^ malgré « mauvaise santé, partit ensuite pour aller coucher AÉtanqw et demain à Orléans, où il rejoindra les princes. — M. de Tallard * prit congé du roi pour s^en retourner ambassideur en Angleterre. — L'après-dlnée le roi aUa àHariy. Monsieur alla dîner à Meudon avec Monseigneur ; il j mena madame la princesse de Conty, et il y eut grand J6i Taprès-dlnée. — On a des nouvelles de Madrid qui jch tent que la haine qu'on a en ce pays-là pour la reine el pour tous les Allemands augmente à tel point queptf une des dames du palais ne veut plus servir la reine; il n'y a que ses femmes de chambre qui soient demearia auprès d'elle. On ne veut point lui payer son deuil; oi dit tout haut qu'elle a amassé assez d'argent pour qu'oi ne lui en donne point. Elle avoit une ménagerie à la CaA del Campo'qu'on ne veut plus lui entretenir; enfin, il n'y a sortes de mortifications qu'on ne lui donne. — On eot des lettres de M. de Noailles de l'arrivée des princes à Élainpc^s ; leur voyage se faitlbrt gaiement ; M. de Noailles est rharqé d'écrire tous les joui^s au roi.

* Tall.ird vU)\t rhomnie du monde le plus rongé do politique et d'an!hilion. Il fut si outré de voir son traité de partage anéantipor letrtt»nient et llarcourt due héréditaire qu'il en pensa perdre rcsprit H se pronuMioii dans l(»jardin , sa perruque derrière sa tétc et ses brasffl croix, se parlant tout seul, et ne voyant rien, et pardistraction,rtparrf que d'ailleurs ses viux éloient presque aveugles. Il avoit voulu se donner l'honneur du traité de part^i^ze, que le roi Guillaume avoit iitttfiiné, eomnn» Hnreourt avoit tAelié de se donner Ci'lui du tcstanirtHi dont il ne sut jamais un mot el qui ne fut fait que. dans la crainte (h démemhrement delà monarehie. Dans c^»t état de jalousie el de rage, Tallard, arrivant |)our dîner ehez Torey, trouva qu'on étoit à taWe, «t pen;a | sic \ dans une autre pièee , où, se mettant devant la cheminée, B jet<! de dépit son ehapeau et sa perruque sur des sièges , et se mit à déclamer tout seul sur la bonté du |)artage et le danger de Facceptation du testament et contre le bonheur d*Harcourt, qiu, sans y avoir neofanli

DÉCEMBRE 1700. 46t

i fiDlevoit sa récompense. Cela fut accompagné de grimaces cl de posvcs si étranges qu*il fut à la tin ramené à lui-même par un éclat de ie qui le fit tressaillir et regarder. Il trouva que c'étoient sept ou huit pcnomies qm' mangeoient dans la même pièce n une petite table nvecr èi nMs autour. Si sa surprise fut extrême, sa honto et sou emlMirras, adûvleurméme de ses plaintes, ne fut pas moindre, et le spectacle ; de cette scène ne tarda pas à être rendu (1).

Mardi 7, à Versailles. — Il arriva deux courriers (1(î Madrid, Tun de Blécourt ]>our le roi^ et lautrci de la ^%ence pour l'ambassadeur d^Espague. On apprend pai* its courriers que les Espii^iiols ont reçu nwc une joie lémesurée la nouvelle de Tacceptution du iest'inient; Ml a proclamé le roi avec toutes les solennités nîquises m levant le grand étendard de Castille. C'est le marquis le Léganës qui doit faire cette fonction comme grand àlfier (1) du royaume. On prépare à Madrid une entrée i&agnifique pour le roi. On a nommé^ pour venir au-de- ^•nt de lui, le connétable de Castille, Velasco. Cette charge ist héréditaire dans sa maison et est une des charges de la couronne. Les gi*andes neiges qui sont dans les montagnes ont retardé les courriel^ de trois ou quatre joui*s. Q arriva un courrier du duc de Médina-Céli, vice-roi de Naples; on témoigne encore plus de joie, s'il se peut, en ce pays-là qu en Espagne. — Il arriva un courrier de Languedoc qui apporte la nouvelle que les états, dt^s la première séance, ont accordé au roi trois millions pour Udon gratuit; ce courrier dit qu'ila laissé M. le cardinal deBonziàla dernière extrémité. — M. Tévèquc de Munskraécrit aui-oi, au roi d'Espagne et à Monseigneur i>our le réjouir avec eu\ du parti qu'ils ont pris d'accepter le testament dufeu roi d'Espagne ; il témoigne beaucoup de joie dans sa lettre, et il marque que c'étoit le moyen le

(I) Cette phrase nVst i»as teniiinée dans \v iiiaiiuscrit.

(ïiÀlferez mn$or m portc-«»n*«Kn«î <'<* '«^ ^''***'» *'^* '^ (iftzeffe «le I7<n».

plus silr de maintenir la paix de l'Europe. Sa Iq^ est fort bien écrite, et l'on en est fort content. — H. Phélyl>eaux, notre ambassadeur à Turin, avoit envoyé un cou^ rierà M. de Vaudemont pour lui apprendre l'acceptation du testament. M. de Vaudemont avoit reçu cette nouvelle avec toutes les démonstrations de joie imaginables, et a fait partir en même temps le secrétaire d'État du Hilanei j pour aller trouver M. Phélypeaux, à qui il a porté l'étal des troupes et des places de ce pays-là, et lui a rendo compte de tout^ comme il auroit pu faire au roi son maître. — L'ambassadeur d'Espagne a ouvert ses paquets chez M. de Torcy, et on ne sauroit témoigner une confiance plus entière ; elle est telle présentement qu elle doit être.

Mercredi 8, à Marly. — Le roi le matin après son lever donna une assez longue audience à M. de Tallard^qui parut en sortir content. L'après-dinée le roi, après avoir entendu le sermon à vêpres, partit de Versadlles pour venir ici. Monsieur, Madame, M. et mcidame de Chartres sont du voyage. Il y a de dames nouvelles madame Je la Vrillière et madame de Fontaine-Martel. Madame de Chartres avoit demandé au roi de mener madame de Fontaine-Martel, femme de son premier écuyer. — Le roi d'Espagne, quelques moisavanique de mourir, avoit consulté le feu pape sur le parti qu'il devoit prendre pour sa succession, cherchant à faire ce qui étoit le plus juste et ce qui pouvoit le plus affermir le repos de l'Europe. Le pape lui manda que la justice étoit de laisser tous ses royaumes aux enfants de monseigneur le Dauphin, et que par là il conserveroit sa monarchie dans son entier et la paix univei^selle. Jamais le pape ne s'étoit vanté ici d'avoir donné un conseil si sage et dont nous devionsélre si contents.

Jeudi î), à Marly. — Le roi, après la messe, monta eu calèche et alla courre le cerf dans son petit parc. Monseigu<'ur avoit voulu courr*^ lo loup le matin : mais n en

K>int trouvé, il cilla à la chasse du roi^ dont S. M. à deux heures, et dlua ensuite avec les dames I àFordinaire. Le roi, qui se plaît fort ici, s^est tùsélissé aller à la prière que Monseigneur et madame hesse de Bourgogne lui ont faite d'allonger ce ici de deux jours; ainsi S: M. a donné tous ses pour ne partir dMci que lundi. — J'appris que Cochef d'escadre, étoit mort le mois passé en Proil y avoit soixante ans qu'il étoit officier dans la ; il avoit une pension deSaint-Louis de 2,000 francs, roi a donnée à de Relingue (1) ; sa place de chef Ire etceUe de Desnoz, présentement gouverneur de tiniquc, sont à remplir. Il reste encore huit cliefs re, dont le plus ancien est le chevalier de Co<3tlo- ) duc d'Âlbemarle est le quatrième.

redi 10, à Marly. — Le roi après la messe monta che et alla courre le daim avec les chiens de M. le le Toulouse; i\deux heures il revint ici dineravec nés. Monseigneur courut le loup, et au retour il i dîner dans sa chambre aux courtisans qui avoient meur de le suivre à la chasse. Madame la duchesse rgogne eut un peu de colique le soir, et on la fit ' gras ; on espère que cette colique finira heureu- . Elle entra lundi dans sa seizième année. — On lettres du roi d'Espagne et des princes arrivant Laurent des Eaux. Le roi d'Espagne écrit au roi i Philippe ; il ne signera Yo el Rei que quand il rivé en Espagne ; il met au-dessus de la lettre : Au n frère et mon aïeul ; il changera le mot d'aïeul li de grand-père et écrira toujours comme cela, paeur le duc de Berry écrivit au roi pour la preiOis; il lui fit réponse sur-le-champ. Ces princes nt aujourd'hui & Blois et doivent avoir été à Cham- I passant.

<tttu écrit toiij4>iir.< rt* nom d'ijrlingue.

454 JOCJH?IAL DK DANGEAU.

Samedi 1 1, à Marly. — Lo roi, après la messe, monta en ciilèche pour aller connue le cerf; Madame étoitavec lui dans sa cnlèelie, et au laissez-courre elle monta achevai. Madame* la Duchesse étoitdans une autre calèche avec des dames; et il y avoit une troisième calèche où étoit madame la duchesse du Maine avec des dames, dont ctoit la comtesse de Uramont, que le roi témoigna être assez aise de voir A la chasse. Le pare où Ton court est présentement si beau que les personnes qui aiment le moins la chasse s'y plaisent. — On a eu de Madrid le détail de la [troclamation du roi d'Espagne qui y fut faite le 2^ avec beaucoup de cérémonies. Ce n'est pas le marquis de Léganrs (pii a porté l'étendard comme aliier-major; il a vendu* depuis peu cette charge au marquis de Francavilla, (pii en a fait les fonctions dans cette occasion ici avec beaucoup de magniliccnce. Le maixjutsde Francavilla est Génois; il s'appeloitGrillo, et acheta la grandessa il n'y a pas longtemps; on prétend mémo que la reine en eut 300,000 écus pour elle. Le connétable de Castille n'est point encorci parti de Madrid pour venir de la pari de la régence au-devant de leur nouveau roi. Le jeune duc d'Ossuna, qui vient sans caractère saluer le roi son maître, îi déj{\ passé à Bordeaux, et on compte qu'il Joindra S. M. Catholicjue ù Loches. — Mardi matin, h Versailles, le roi, aprcs son lever, reçut les magistrats de ' Dantzick à l'audience ; ils parlèrent avec touto la soumission convenable, ne songeant point à se justifier et ne venant que demander pardon. Celui qui portoit la parole (litau roi «juc plus il le regardoitcommeune divinité, plus ils devoi(»nt «'spérer qu'un sincère et cuisant repentir leur feroit obtenir miséricorde. \a' roi i^mrut touché de leurs dis<-ours; mais on croit qu'avant que de leur pardonner il leur ordonnera di^ dédonnnager les banquiers qui étuii'ni dans les intérêts de M. le ju'ince de (ionty, dont les maisons t'uiciil j»illées après que le prince fut parti de leur rade pour revenir en France.

DËCKMBRE 17(10. 466

* Oang^u fiiit bien des fautes sur rKspagnc. Il n dit plus haut (jui* onnnétable de Gastille étoituno charge de la couronne. Cela a pu (Hrc jad», mais n^est plus depuis longtemps. Elle est héréditaire ainsi que œUe d'amirante , toutes deux sans aucune fonction , et ont été abolies par Philippe V. Ici il parle de vente de la charge d'allier-niajor de CastJlle^ Or, une fois pour toutes, rien n'est vénal en Espagne, si ce n'est quelquefois la grandesse , mais sans marché. On donne au roi de Ja main à la main, et cela est fort rare.

IHfnanehê 12, àMarly. — Le roi tint conseil le matin. Tons les ministres sont de ce voyage ici, hormis M. de BeauvillierS; qui accompagne le roi d'Espagne et nos princes. L'après-dlnée S. M. alla se promener dans son parc, où il se plait fort et où il fait faire encore do nouvelles routes. — Il ne sera point nécessaire que le roi d'Espagne prenne l'investiture de l'empereur pour le duché de Milan ; Philippe II, roi d'Espagne, l'avoit eue pour lui et pour tous ses descendants m/iles et femelles; le roi d'Espagne vient par femmes de Philippe 11, ainsi il ne lui faut point d'investiture nouvelle. — 11 arriva au nonce un courrier du pape qui donne part au roi de son exaltation au pontificat. Le courrier partit de Rome le 30 au soir. Ce jour-là au matin il avoit été sacré évoque ; il n'y avoit point eu dans ce siècle ici de pape qui n'eût pas été évoque; le dernier étoit Clément Vlll, de la maison Aldobrandine. Après la cérémonie de son sacre, il donna à dîner à sept cardinaux qui y avoient été invités ; les autres cardinaux, quoique non invités, assistèrent à la cérémonie du sacre. Le pape étoit à une table plus élevée que celle des cardinaux; il devoit être couronné mercredi passé, jour de la Conception. Il a donné la charge de secrétaire des brefs, qu'il avoit, a Tabbé Olivier^ fils d'une de ses sœurs, qui travailloit sous lui dans cette charge-là; on croit qu'il disposera bientôt de celle de secrétaire d'État et de celle de dutaire. Il y a des lettres de parjiculiers qui portent qu'il renvoie son frère avec toute sa famille à Urbin, sa patrie, ne voulant point

46CÎ JOURNAL DK DAMGËAU.

qu'ils demeurent à Rome durant son pontificat et étant résolu, comme son prédécesseur, d'abolir entièrementle népotisme. On mande aussi que la consternation avoit éW grande A Rome après la nouvelle de la mort du roi d'Espagne, et que cette consternation s'étoit changée en grande joie depuis la nouvelle de Facceptation du testament. — On mande de Berlin que M. l'électeur de Brandelx)urg s'étoit déclaré roi de Prusse étant à table, et que tout d'un coup il avoit pris cette qualité en buvant à la santé de Frédéric, premier roi de Prusse; qu'il Ta voit portée au grand maître de sa maison et qiie tous les conviés l'avoienl bue et Tavoient traité de Majesté; il doit partir incessamment pour s'en aller à Kœnigsberg, capit«nle de la Prusse, pour s'y faire couronner.

TAindi 13, à Versailles. —^he roi, en sortant de la messe î\ Marly, monta dans une petite calèche avec Madame à C(^té de lui et alla courre le daim dans son parc ; Madame monta à cheval au laissez-cour re. Monseigneur devoil aller courre le loup ; il n'y en eut point de détourné, et il alla à la chasse du roi et partit en même temps que lui. La chasse fut fort courte ; les sans-quartier de M. le comte de Toulouse prirent le daim en moins d'une heure. S. M. revint à Marly avant que madame la duchesse de Kourpfogno fi\t allée à la messe. L'aprôs-dlnée S. M. se promena dans ses jardins jusqu'à cinq heures et puis revint ici, où il y eut comédie le soir. Madame la duchcii^'' (\r Bourgogne, Monsieur et Madame y allèrent avccMonscîipncur. — Le roi a pris lanîsolution de faire partir incessamment le comte de Tessé pour aller à Milan voir avec M. de Vaudemont les troupes dont il pourroit avoir besoin en cas que l'empereur vouhU entreprendre quelque chose en Italie, et M. de Tessé commandera ces troupes-lîl, qui ne seront qu'aiixiliaires. Le roi y enverra, s'il est nécessaire, soixante bataillons et cinquante escadrons. M. (l(î Tessé reviendra au mois de janvier rendre compte au roi de l'état où il aura trouvé les affaires en

DKCEMBRK 1700. 467

ce pays-lù^ ci pendant ce temps-là las troupes marcheront vers la frontière dUtalie. Tessé recevra les instructions de M. de Torcy pour la politique et de M. de Barbezieux pour le militaire. — Le roi a fait partir Bart> chef cVescadre^ pour aller à Dunkerque, et on fera partir d^autres marins pour Brest et pour Toulon. — Tessé sera général de nos troupes en Italie. On ne nomme point encore les officiers généraux qui serviront sous lui.

Mardi ihj à Versailles. — L'ambassadeur do Hollande & fait demander audience et dit à M. de Torcy ce qu'il avoit à dire au roi. Il parle d'un ton bien différent de celui dont il parla à Marly, et il y a grande apparence que les États Généraux ne songeront qu*à se maintenir on paix. — M. Spanheim, envoyé de Brandebourg, parla aussi à M, de Torcy sur la qualité de roi qu'a pris son maître; il tAche à justifier ce procédé. On sait de ce pays-là que madame Télectrice a fait ce qu'elle a pu pour empêcher son mari de prendre la qualité de roi, et ses ministres les plus sensés s'y opposoient aussi. — Le comte de Zin^ Mndorf parut au lever du roi ; on l'avoit accusé d'avoir tenu des discours imprudents, dont il se justifie fort. — MademoiseUe de Normanville, qui a été nourrie à Saint- , CjT et que madame de Maintenon a prise chez elle de- "^ % \ puis quelques années, se marie à M. de Chailly, fils aine * - 'i <lu prcîsident Brunet, qui cède sa charge k son fils. Iji roi lio-r* ^'^'^ne î\ la demoiselle 'i-0,000 écus à prendre sur 1(î trésor »Vf^- * i '^yal et 1 5,000 francs pour les habits de noces. On compte pg:- i 1"« M. de Chailly a 400,000 écus de bien, fila: : Mercredi 15, à Versailles. — Le roi donna hier aun. :: ^'ience au nonce, qui avoit reçu ordre dix pape de donner Jtt."» P^rtau roi de son élévation au pontifical. On a su que n^r. '^ pape avoit donné 1,000 écus de pension à celui qui lui rtv-Ti * apporté la nouvelle de l'acceptation des couronnes mtf^' ^l'Espagne pour monseigneur le duc d'Anjou. — Le duc r ?»? <l'Ossuna, gyand d'Espagne, arriva A Paris; il a ou Thon- ^i neur de saluer lo roi son maître A Amlioisc ; il avoit

458 JOUANAL DE DANGEAU.

inùmo eu quelque envie de le servir à son dîner oomi premier gentilhomme de sa chambre ; mais M. de Bea villiers lui dit que pendant que S. X. Catholique serc en France elle vouloit être servie à son ordinaire pi des François^ mais que dès qu'elle arriveroit sur la froi tière elle seroit bien aise qu'il la servit et fit les fonctioi de sa charge. Le duc d'Ossuna vient ici faire la révérenc au roi^ et rejoindra le roi son maître à Bordeaux. - M. Mansart; contrôleur général des bâtiments, marie soi fils (i la fille de Bernard, fameux banquier^ qui lui donn VOO^OOO francs d'argent comptant, quoiqu'il ait su ei fants. Le roi a donné depuis peu des lettres de nobles i\ H. Bernard, qui a toujours fait de grandes avanc d'argent durant la guerre.

Jeudi 16, à Versailles. — Le roi a donné iâ,000 fran de pension à madame de Lislel)OBne, et a voulu que Ho seigneur lui apprit cette nouvelle, parce que Hons^ gneur a beaucoup d'amitié pour elle et pour les pri cesses ses filles. — L'ambassadeur de Venise eut audieim du roi, à qui il fit compliment, de la part de la républiqci sur l'acceptation du testament du feu roi d'Espagne; avoit ordre de voir le roi d'Espagne, de la part délai publique, si S. M. Catholique eût encore été ici. M. S* viati, envoyé de M. le grand-duc, est venu faire les mùnn compliments de la part do son maître. — Le roi d*t pagne et nos princes arrivent aujourd'hui à Poitiers; ont trouvé en traversant la Touraine les chemins si bî accommodés qu'ils ne se sont point aperçus de ces ni3 vais chemins dont on leur avoit tant fait de peur (I)- J'appris que le régiment de cavalerie qu'avoit le clie"^ lier de Villeroy, sit(^t qu'on eut appris sa mort, avoit redonné au maréchal de Villeroy, son père.

Vendredi 17, à Versailles. — Il arriva un courrier"

(1) Dangcau était jçouverneur de Touraine.

DËCKMBRK 1700. 46»

^oino qui apporta à M. l'ablDé de Souhise un bref d'éligibilité pour Tévêché de Strasbourg; ce courrier partit le * au soir. Le pape avoit été couronné le matin avec les cérémonies accoutumées. Sa Sainteté a donné la charge de secrétaire d'État au cardinal Paulucci, et a donné un sntre emploi au cardinal Spada, qui étoit secrétaire d'État. Sa Sainteté avoit donné aussi au cardinal Sacripanto la charge de dataire^ qu'avoit le cardinal Panciatici, à qui il à donné un autre emploi. — Le duo d'Ossuna vint ici saluer le roi, qui le reçut très-bien ; il alla chez madame la duchesse de Bourgogne, qu'il ne Imisa point. On n'a encore rien décidé sur les honneurs qu'auront les grands d'Espagne en France, ni les officiers de la couronne de Frîmce en Espagne. — On parle ici de plusieurs maria* gGs ; de celui de M. de Gassion, oflicier de la gendaiv naerie et qui a plus de 25,000 écus de rente, avec la fille ainée de M. le Premier; de celui du fils de M. de Saint* Potianges avec la fille unique de M. de Sourdis ; et de celui du fils de M. d'Heudicourt avec la sœur de M, de VUlacerf.

Samtdi 18, à Yenailles. — Le roi alja se promener

l'après-dlnée à Trianon, oi\ madame la duchesse de Bour^

?<>gne alla le joindre et en revint le soir avec lui. —

M- ie cardinal d'Estrées a ordre , en revenant de Rome ,

d« passer à Venise et chez les principaux princes d'Italie

P^ur prendre des mesures avec eux de la jmrt du roi

^^i* les bruits que l'empereur fait courir qu'il enverra

ues troupes dans le duché de Milan ; on n'a pourtant pas

fc^^tii^d fond à ces bruits-là, et d'autant plus qu'on sait ici

•**"rement que l'empereur n'a aucunes troupes dans le

* yrtjl. — Le roi fait donner 2,000 écus depension àM. do

^ fr'ons, intendant d'Alsace, quoique M. de la Houssaye ,

^^^ prédécesseur dans rintendance, ni aucun intendant,

'^^ les ait jamais eus.

JMmanche 19, à Versailles. — Le roi alla l'après-dinée '^^ 5sermon et ne sortit point do tout le jour. Monseigneur

joua Ut M»ir au brelan chez niadaiiie la princi^sede i/iijty. — Iji roi a donné une pension de 1,000 francs à M, d<f la Keynie; ilétoit le seul des conseillers d'État qoi lirnnent des bureaux chez euxquinVut point de pension du roi, (ïl outn^ cela c'est un des plus hahiles magistrats d« royaume*. — Le roi, qui a résolu, depuis assez longtemp. tVMvr Hon haras de Saint-Lé^r, où il nuisoit beanconpà M. tW. (ihfwreuse', avoit pensé d'abord à le mettre à Gnvillr aiiprc^s de Fontainebleau, en achetant cette tem; riiHuilfi on rtoit entré en marché avec M. deVilleqaier pour l(^ nielire A Grosbois; et puis on avoit songé aie iiicllrr dans la foret de Dreux. Mais s'ctant trouvé des iliffifultés dans ioul<*s ces pi*o{K)sitions-l&; M. dWnnenon- \ill«*, intendant des finances, a fait un traité avec le roi sur n*la , el le haras sera dans une partie de son parc tif Itauibouillet ^ à laquelle on joint des bois de h tem dit Horlieforl . qui est à M. le prince de Gnémené , deqd If roi les nrliMe et en donne le fonds à M. d'Armenon- \illi>.

l.iiHili ?0 , fi Versailles, — Le roi alla Taprès-dinéese |inuueui'rj^ Marly. MonstMirneur alla dîner i\ Meudonet l't'Mnl h'i d'iïssr/. InMino heui*o. Le soir il y eut comédie, ni'i inailiinr \:\ iluolusso do r»ouri:o.i:ne alla avec Mon- M-r lïrur. Mon>iour. M^iilanu' et M. de Chartres alli'irnl i\ l\»nN potir \ doniouror jusqu'après les fèli^s. — \\ II» «ouïU» .r Mbrrl s'est rtMiiis depuis quelques jours à !.« ronruri. iM'u». OU il e>priv >e iHMivoir bientôt justifier lin [ui^lrniln d\iol diMit il a rir aivust». Le comte d'iVs ^\\\\ i'nI .li'iMUN qnoliinos mois à la Concierfirerie iH>iirU miMur all.Mif* ri qtn rloit tiMil pivt il\-n sortir, sera olJicé *l \ «Il infUiH-r lUMjuW ^^ »|Ui^ \c *\Miilo d'All»ert soit juïô: rira \w \\\i\\\\\\c plus v^n înniV«Mioo que d'rtre venu se •uottiv on pi »NiM\ . oi N\i axiMt pi is i o parti-là aucommoni i^.'.i'î^î. au lion d ,\\\c\ \ \^\v\i \\c^ , i>n ne lui auroit i>as i<- -v) î^-rv.onl — riv.***.; -'.'.^^rrviv .-v.t l'ont auroijwur \* n^r.H^rvuT %lo lO ^y^\\ Irv.r .îoî^-.v^M i^ni roi «M^n petit-

i; le roi leur a fait réponse et les traite tous de cousins. Irefois il ne traitoit de cousins que les grands qui lient ducs , et ne faisoit pas cet honneuMà aux comtes marquis , quoiqu'ils fussent grands *.

* Cette différence de traitement ne peut être fondée que sur ce qu*en noe il n'y a de grands du royaume que les ducs ; mais en Espagne e nommé duc , prince , marquis ou comte est chose entièrement tifférente ; il n'est question que d'être grand sous quelque dénomi- Ikn qu'il soit [ «ic ], et la dénomination ne.cbange rien a leur rang et ueur, qui ne viennent uniquement que de la grandesse, et en rien la différence du titre de duc ou autre.

Il est étonnant que l'auteur des Mémoires ait omis que dès lespreen jours de la déclaration du roi d'Espagne il fit grand d'Espagne , QAiNtssadeur qui étoit ici. Ce fut le roi qui lui valut cet honneur, iloit un .'gentilhomme catalan en sou nom [sic], qui s'appeloit le nquis do Castel dos Rios , pauvre et sans protection à la cour, qu'il «mt jamais \'ue. C'étoit un très-bon , honnête et galant homme, qui ît, devant et après, aimé et estimé de tout le monde. Il fut destiné hassadeur en Portugal, en même temps qu'on en voulut envoyer un Fhmce ; mais cet emploi étant éloigné , et alors bien plus ingrat > celui de Portugal par l'alliance des deux rois resserrée par l'emperà la grande différence de la position des cours de France et d'Es- Jûe, celui qui fut nommé pour Paris eut le crédit d'y faire envoyer Ad dos Rios, et d'aller, lui, à Lisbonne. L'événement inattendu lui ma lieu à un cuisant repentir. Outre les agréments et les distincis sans nombre, Castel dos Rios , qui mouroit de faim a Paris , y '•a toutes ses dettes , eut beaucoup d'argent et des présents précieux toutes sortes, lui et ses Gis, la grandesse, dont il étoit infmiment «gDé, et en finissant bientôt après le temps de son ambassade, il eut kice-royauté du Pérou, où il s'enrichit, et mourut au bout de qucl- 68 aimées.

Uroi répond aux lettres des grands d'Espagne, et les traite tous cousins pour la première fois , ne l'ayant jusqu'alors donné qu'aux iidsquiétoientducs. La junte donne au duc d'Harcourt , ambassaiirde France, le choix de sa place qui la prend à droit [sic] de la Qe, vis-à-vis du cardinal Porto-Carrero.

ifardi 21, à Versailles. — Le roi , sur les trois heures, >nla en carrosse avec madame la duchesse de Bourgne. Ils allèrent à la Ménagerie voir les appartements 'on a achevé de peindn? et de dorer; le roi les trouva

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I^CEMBRE 1700. 46t

lUaquAmes; il est homme de naissance et de grande patation.

Jmdi 23, à Versailles. — Le roi ne sortit point de tout jour. U donna après dîner une assez longue audience Fambassadeur d^Espagne et & M. de Colmenero, qui OQvaque le roi avoit prévenu toutes les demandes qu'il anoit faire ici de la part de M. de Vaudemont. Ensuite . H. fut enfermée avec le P. de la Chaise jusqu'au salut, îk elle alla; madame la duchesse de Bourgogne y alla vec lui. — Le comte de la Tour prit hier congé du roi our s'en retourner en Savoie auprès du duc son liltre. — Albergotti a disparu depuis quelques jours ; n croit qu il est allé de la part du roi ù, Florence et i\ lantoue (1). On prétend que Tempe reur vouloit en- Per en traité avec ce dernier prince pour la v?Ue de bntoue, et que S. M. I. feroit marcher ses troupes à 'fente et de là à Riva sur le lac de Garde , d'où il seroit )rt à portée de Mantoue. L'envoyé de Mantoue fut un de eoz qui firent compliment au roi mardis et on espère joe son maître n'acceptera pas les propositions de Fem- «reur. On envoie Imécourt, brigadier, pour commander luelque cavalerie qu'on assemble sur la Sarre. Vendredi 24, à Versailles. — Le roi fit ses dévotions t toucha grand nombre de malades. L'après-dlnée il Dtendit vêpres eu 1ms. Monseigneur avoit couru le loup B matin et en revint d'assez bonne heure pour être à vêves avec le roi. S. H. lit collation à neuf heures et puis Ua à la chapelle , d'où elle ne revint qu'à une heure et 'emic après avoir entendu les trois messes; Monseigneur t madame la duchesse de Bourgogne y étoient avec lui. -Le roi a donné à l'abbé de Mornay labbaye d'Or- •Bttp, qu'avoit l'abbé de Luxembourg ; cette abbaye vaut

(0 On n*a point Rongé à ondoyer AltiorgoUi en Italie; on l'a onvoyc^ h Metx, ^^soD résinent , et on e»i Uien aise d'avoir un oflider général <1e cecùUMà. ^^ de ikmgeau.)

464 JOURNAL DK DANGLAU.

11 OU 12,000 écus de rente; mais il y a 8,000 fniDcs de 13ension dessus. Le roi a donné Fabbaye de Saint-Piem à Metz à madame du Hamel, qui étoit depuis loDgten|iB dans cette maison ; je crois même qu'elle en étoitâoyenne. M. de Lorraine avoit disposé de cette abbaye , préteodut que les ducs de Lorraine, comme fondateurs de cette nulson, éioient en droit de nommer l'abbessc. Le roi aana donné une abl)aye de filles considérables dans Autha (i) à madame de Marey, de la maison de Grancey. — Le doc d'Ossuna prit congé du roi, de Monseigneur et de inadanK la duchesse de Bourgogne, qu'il ne salua point. — U roi commanda «juatre régiments de dragons pourma^ cher dans le Milanez ; ils ont oi'dre d'être prêts dans an mois. M. du Cambout, brigadier de dragons, lesconmandera. Le régiment du chevalier d'Albert et celui de Vérac en sont ; je ne sais pas les autres. — L'abbé de Mornay rend une abbaye (2) qu'il avoit, qui passoitpoor valoir 10,000 livres de rente; elle n'en vaut que cinq. Le roi l'a donnée à M. de Villebrouil , gentilhomme air taché i\ M. le comte de Toulouse, pour un de ses enfants qui étudie à la Flèche.

Samedi 25, à Versailles, — Le roi, Monseigneur et madame la duchesse de Bourgogne assistèrent à toutes les dévotions de la journée. Le P. Maure prêcha, ut fit un très-bon sermon et un beau compliment, dont le roi et les courtisiins furent fort contents. — Le roi fait OInl)a^ quer deux régiments de cavalerie avec les seize batiilloo* qu'il envoie en Milanrz ; ces deux régiments sont celui du liordage et celui du comte dTzès. 11 y a des lïAtiments en l^rovence propres à faire ce transport, et l'on embarquera encoi-e quatre cents chevaux pour des offi- ('iers particuliers. Ces troupes UMuit débarquer auprès J^' Savone dans une rade qui rsl beaucoup plus coimiH»J*'

(I) L'abba>c do Saint-Joanil'Autun.

{?.) I/ahl)a>i» i\o Montior-la-Coll«\

DËCEMBKK 1700. 466

pour un débarquement que Finale^ et de là iront à Ikiandrie de la Paille^ où ils attendront les ordres de Lde Vaudemont. M. de Barbezieux a fait avertir tous les ntonels des régiments qui sont commandés pour le semd embarquement à se tenir prêts à partir au comnenoement de février. — Par les lettres qu'on a de H. de J^Uars du 11 de ce mois^ on apprend qu'il n'y a sûrement weanes troupes de l'empereur dans leTyrol ; on dit touoors à Vienne qu'on les va faire mai*cher^ mais elles ne airchent point.

Dimanche 26, à Versailles, — Le roi alla tirer l'après- Unée. Monseigneur ne sortit point de tout le jour. Hahme la duchesse de Bourgogne alla dîner à la Ménage et ensuite alla à Saint-Cyr, d'où elle revint ici sur IflBàoes. On dit qu'elle commencera à monter à cheval JQidi pour la chasse du lièvre. — On mande de Madrid ]Qe le comte de San-Istevan , major-domo-major de la Peine , et la duchesse de Prias , sa dame d'honneur^ ont tpitté son service; on ajoute même que la reine se brouille avec le cardinal Porto-Carrero. — Dimanche passé, en réglant des comptes avec M. de Chamillart ^ le roi lui dit que son intention avoit été , en donnant la f^harge de secrétaire d'État à M. de la Vrillière, de lui lonner aussi la pension de 20,000 francs qu'avoit M. de ChÀteauneuf, son père, qui est la pension de ministre; ^im tous les secrétaires d'État l'ont présentement. Le roi Ut aussi à M. de Chamillart : « Quand je vous ai fait ministre, j'ai compté de vous donner la pension . » et qu'il 'odoit même cpi'il en fût payé par avance. Toutes les ^osions que le roi donne depuis quelque temps, il les *it payer par avance.

Lundi 27, à Versailles. — Le roi alla Taprês-dinée à ^l-Germain voir le roi et la reine d'Angleterre. Mon- *ipieur courut le loup. — J'appris que le roi avoit tonné ces jours passés à M. de Nesmond, écuyer de la Çï^nde écurie , k ou 5,000 francs de pension pour avoir

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de Naples, ix)ur aller taire ses compliments aii nouveau roi d'Espagne et Tassurer de sa fidélité et de tous ses sujets du royaume de Naples. — Le 17 du mois passé, il y eut un grand combat en Lithuanie, entre les princes de la maison de Sapieha, qui n^avaient que cinq ou sl\ mille hommes d'assez lK)nnes troupes, et le sieur Oginski, suivi de la noblesse de S^mogitie, fort animée contre la inaisoD de Sapieha^ et qui avoit près de vingt mille hommes; Tarmée de la noblesse a eu tout Tavantage. Beaucoup de gens de la maison de Sapieha ont été tués dans le combat, et même la noblesse massacra de sang-froid les prisonniers qu'ils avoient faits, parmi lesquels étoit le grand écuyer de Lithuanie, second fils du prince Sapieha, et plusieurs starostes.

Jeudi 30^ à Versailles. — Le roi alla tirer Taprès-dlnée. Monseigneur courut le loup. Madame la duchesse de Bourgogne monta à cheval à midi à la porte du parc et alla dans le grand parc courre des lièvres avec des lévriers, et ensuite alla joindre le roi ; elle le vit tirer durant quelque temps et revint à la Ménagerie, où elle dîna à quatre heures. Elle n avoit jamais monté a cheval que dans le jardin de madame de Noailles à Saint-Germain : elle y est de très-bonne ^rÀce et elle n'est point embarrassée à mener son cheval. — M. de Tallard n'a point encore eu d'audience partipulière du roi d'Angleterre ; mais il mande qu'il en a été assez bien reçu. — On parle d'établir ici une sainte chapelle, d'y mettre douze chanoines, qui auront chacun 2,000 iVancs dappointement^, et un doyen, qui aura 2,000 écus; ainsi on ôtcroit les missionnaires qui servent présentement la chapelle ; cette fondation-là coûtera au roi plus d'un million. — M. de Savoie îi dit àiM. de Phélypcaux, ni>lrc ambassadeur ;V Turin, t|ui lui demandoit le passai; e i>our nos troupes, qu'il seroit bien aise que son pays put rtiv îio quelque utilité et commodité pour le roi.

Ventiredi M, à Verani/les. — l.e un courut lo c<*rt au-

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près de Roquencourt et dans le parc de Marly ; il menoit sa calèche lui-même^ comme il a accoutumé de lamener^ et, voulant tourner un peu court, il versa sans se faire aucun mal. Il ne lui étoit jamais arrivé de verser , car on ne peut pas être plus adroit qu'il est à tout. — Le <x>nnétable de Castille a passé à Bayonne ; il verra le roi son maître à Bordeaux , et viendra ensuite ici ; il a déjà envoyé à Paris pour 100,000 écus de lettres de change^ qui sont acceptées. — La maison du roi d'Espagne doit partir de Madrid ces jours ici y et Ton compte qu'elle arrivera sur la frontière avant que nos princes y arrivent.

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