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attachés, Leur empereur étant tombé malade est mort après avoir été saigné par un traiteur anglois, ce qui a fait dire que la lancette avoit été empoisonnée, bruit que notre politique exige d’accréditer et de confirmer. Son fils, quoique jeune, lui a succédé par notre recommandation, et on a nommé uu régent.
Du 20 avril 1757. — La rivière est pour ainsi dire navigable ; il reste cependant encore des glaces dans certaines parties, Les premiers canots du côté du sud sont arrivés ce matin. Il fait beau et même chaud, car on passe dans ce climat très vite de l'hiver à l'été; on n’y connoît pas le printemps. Les vents du nord peuvent nous donner quelques petits froids d’ici au 15 mai; les chaleurs de juillet, août, partie de septembre seront insupportables. Le thermomètre est souvent comme dans le royaume de Naples,
On a commencé des semailles il y a quelques jours, et on les continue à mesure que la terre se découvre ; elles seront entièrement finies au 15 mai, et l’on sera bien surpris en Europe que des mêmes semences produisent une récolte en maturité du 20 août au premier septembre,
Du 21 avrii 1757. — On a recu hier des nonvelles du 3 février, de Louisbourg; nos armateurs y font assez bien depuis la déclaration de la guerre, et y ont amené pour cent mille écus de prises. La place y est en bon état, et on ne paroît pas craindre que les ennemis essayent à faire une descente dans l’île et le siège de Louisbourg. Par ces mêmes lettres, on a appris des dernières nouvelles de France, en date du 28 octobre, par un bâtiment parti de la Rochelle le 6 novembre et
arrivé au port de Toulouse, le 30 janvier. Les Anglois ont envoyé d'Halifax le sieur de la Grive, commissaire des guerres, et quatre-vingts soldats pour être échangés avec un pareil nombre d’Anglois de ceux que nous avons pris à Chouaguen.
Quelques matelots et soldats anglois ayant été séduits dans le vin à prendre parti avec les Anglois, et en ayant t“moigné leur repentir sur la réclamation de M. de Blingham, commandant L'Arc-en-Ciel, ils ont été reconstitués dans leur premier état de prisonniers, sous parole qu’il ne leur seroit fait aucune punition pour leur faute.
Du 24 avril 1757. — M. l'abbé Piquet, missionnaire de la Présentation, établissement qui lui est dû, est arrivé ce matin avec soixante sauvages qui viennent pour faire expiiquer leur père, c'est-à-dire le marquis de Vaudreuil, sur la prétention d’un chef onontagué qu: *:“a porté des branches de la part du marquis de Vaudreuil, prétendant que le gouverneur général l’a établi pour chef de la cabane, ce qui leur paroîtroit contraire aux droits d’un peuple guerrier et libre qui ne connoît de chef que ceux qu’il se donne et pour le temps qu'il veut. Ils ont ramené avec eux le chef onontagué pour être présent à l'explication de la parole de leur père, Ils rappellent qu'ils sont les seuls sauvages qui aient voulu du temps de M. Duquesne, prêter serment de fidélité au grand Ononthio, cérémonie qui n'a jamais été faite par aucun sauvage que dans cette occasion, et ils regarderoient que l'atteinte à leurs droits les délieroit de ce serment. D'ailleurs, ils se plaignent que ce chef onontagué n'est pas encore de la
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prière, et que nous voulons qu'ils se fient trop et trop tôt aux Cinq-Nations, dont on ne cessoit de leur recommander de se méfier.
Nora. — J’observerai que, dans la considération des Cinq-Nations, les Onontagués tiennent le premier rang ; c'est à leur cabane que se doivent tenir les conseils généraux depuis que l’on a retranché de la considération les Agniers ; et, pour se servir du style métaphorique de ces sauvages, c’est chez les Onontagués que doit se conserver le feu qui ne doit jamais s'éteindre,
J'ai oublié, en parlant du détachement de M. de Rigaud, de dire que M. de Lusignan, commandant du fort de Carillon, un des plus anciens officiers de la colonie, un de ceux qui a le plus de réputation, a profité de la triste circonstance où l’on étoit de se trouver dans un pays inh abité pour faire vendre du vin sur le pied de douze cents livres la barrique, tandis qu'il ne vaut à Montréal que cent écus, ce qui revient à dix livres le pot, et l'eau-de-vie qui vaut quinze livres la velte, mesure de quatre pots, cinquante livres; et un inspecteur des travaux a profité de la circonstance pour faire tuer une vache maigre, et il l’a vendu trente sols la livre. Il faut convenir que cet esprit d’avidité, de gain, de commerce détruira toujours l'esprit d'honneur, de gloire et l'esprit militaire. Tout ce qui se passe dans les colonies fait la critique de l'ouvrage de M. l'abbé Coyet, intitulé La Noblesse commerçante, et me confirme dans l'opinion du président de Montesquieu et du marquis de Lassay pour un état monarchique comme la France.
Du 25 avril 1757. — Un petit parti de dix Iroquois du Sault-Saint-Louis est venu demander la permission
d’aller en guerre du côté de Carillon, ce qui a été aceordé avec grand plaisir; on leur a recommandé d'apporter des lettres vivantes, c'est-à-dire un prisonnier, et ne lui pas faire la chevelure.
Les Outaouais et les Poutéotamis, qui ont hiverné et été aux deux expéditions de cet hiver, demandent à retourner en guerre vers Carillon; mais ils veulent avec eux Hotchig, fameux chef népissing, toujours occupé de périr ou de venger la mort de M. Des Combles, ingénieur, inconsolable de l'avoir tué par méprise. On écrit au lac des Deux-Montagnes pour le faire venir, et on l'attend ces jours-ci.
Du 26 avril 17567.— M. de Paumeroy, officier de Louisbourg, est parti ce matin pour profiter d’un petit bâtiment qu’on doit exrédier de Québec pour porter à Miramichi des vivres pour M. de Boishébert et aux Acadiens ; et M. de Paumeroy a été chargé de porter à Louisbourg les paquets pour les ministres, contenant le détail de ce qui s’est passé pendant le cours de l'hiver en Canada; et M. de Drucour s’est chargé de les faire passer en France,
Le conseil des Jroquois de la Présentation s’est tenu ce matin. Les deux sauvages qui ont été à Paris ont cru y devoir paroître habillés à la françoise de pied en cap. Pierre, l’un d'eux, portoit la belle veste qui lui a été envoyée par Monseigneur le Dauphin. Ils ont exposé leur attachement pour la religion et pour le Roi, rapporté la cérémonie de la prestation de serment de fidélité qu’ils avoient fait à genoux devant M. Duquesne, et la façon dont ce guuverneur les avoit reçus, en tirant l'épée avec iaquelle il vouloit les défendre, la forme du
gouvernement qu'il avoit établie dans leurs cabanes, en leur donnant douze chefs de village, six chefs de guerre et douze femmes de conseil, Ils se sont plaints d’une introduction d’un chef onontagué qui n'’étoit pas de la prière, et ont demandé à leur père l'explication des paroles qui leur avoient troublé l'esprit. Les femmes du conseil ont assisté à la séance et fait présenter des paroles en leurs noms. M. le marquis de Vaudreuil leur a dit qu’il y avoit du malentendu ; mais qu'il leur rendroit réponse le lendemain et remettroit la tranquillité dans leurs cabanes.
Il règne depuis quelques jours un vent de nord-est très favorable pour faire arriver les vaisseaux de France, mais qui retarde beaucoup nos semailles, Il faut observer que, dans ce climat, le vent de nord-est procure toujours neige ou pluie, et produit par conséquent des effets contraires en France,
Du 27 avril 1757. — M. le marquis de Vaudreuil a rendu réponse aux Iroquois de la Présentation ; il a confirmé tout ce que le marquis Duquesne, son prédécesseur, leur avoit dit, En recevant leur serment de fidélité, il leur a présenté un nouveau collier pour mieux les lier encore, les assurant que s'ils manquoient à leurs engagements, le maître de la vie sauroit les punir, on quelque lieu qu'ils se retirassent. Il leur a expliqué les paroles qu'il leur avoit envoyées par l’'Onontagué, en leur disant que son intention n’avoit pas été de l'introduire malgré eux dans leur conseil, mais que, nous étant affectionné, il croyoit qu'il ne pouvoit rien faire de mieux que de l’introduire parmi eux, lorsqu'il se seroit fait baptiser, et de lui donner la place du fameux …
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dit Callières, tué à la prise du fort de Bull; qu'à l'égard de leurs besoins, il leur feroit donner peu de vivres quant à présent, beaucoup plus à l’arrivée de ceux de France. Et la séance a fini par présenter un collier avec des paroles aussi douces que polies pour les dames du conseil, qui ont un grand crédit parmi les Iroquois, La gravité avec laquelle ils assistent à ces délibérations peut être comparée à celle des plus graves magistrats du royaume,
Du 28 avril au 1° mai 1757. — Les sauvages de la Présentation ont reçu sept espontons et sept haussecols de la main de M. le marquis de Vaudreuil le 28, pour décorer les sept chefs de guerre de leurs cabanes qu’ils lui ont présentés; et ils sont partis le 30 pour s’en retourner, Le même jour, Hotchig, chef népissing du lac des Deux-Montagnes, est parti pour aller en guerre avec les Outaouais vers Carillon.
Du 2 mai 1757.— Il a fait tous ces jours-ci assez beau, même chaud comme au commencement de l'été, et assez pour que les personues qui se pressent surtout aient pris leurs habits d'été; et, aujourd’hui, nous avons un nord-est, accompagné de neige. Si ce temps est favorable pour hâter l’arrivée des bâtiments que nous attendons de France, il est contraire aux semailles, et prouve bien la similarité de ce climat-ci en comparaison du nôtre,
On trouvera peut-être extraordinaire qu'ayant l’honneur de commander en chef les troupes de terre en Canada et devant être chargé des principales opérations qui ont rapport à la guerre, j'aie ignoré jusques à aujourd’hui qu'il y a un poste d’un sergent et treize hommes,
à la vérité des troupes de la marine, au village de Châteauguay, au fond du lac, près l'établissement de Saint-Régis, pour empêcher quelques courses d’Agniers dans ces parties, poste établi depuis la dernière course que les Agniers et Anglois firent à la Prairie, dans les premiers jours de septembre.
L'on a formé à Québec une compagnie d'ouvriers, habitants, sous la direstion de M. Mercier, commandant l'artillerie ; elle en doit partir le 10, avec sieur Jacquot *, lieutenant de la compagnie de canonniers, pour monter à Carillon.
On fait partir de Lachine, les 31 avril, 1° et 2 mai, soixante bateaux avec deux cent quarante Canadiens pour porter des vivres dans les postes d’'En-Hart, avec quelques marchandises, en attendant que l’arrivée de secours de France permette d'y en envoyer une plus grosse quantité. On voudroit faire oublier aux sauvages la perte de Chouaguen et leur faire trouver dans nos postes les mêmes marchandises, soit pour leurs besoins, soit pour le luxe qu’ils trouveroient à y acheter, C’est pourquoi Monsieur l’intendant a fait convertir en bijouterie à leur usage environ dix-neuf mille livres de piastres pris à Chouaguen, et en a demandé beaucoup en France.
Le Roi donne beaucoup de présents aux sauvages d’En-Haut ; cela coûte, année commune, cent cinquante mille livres. Ou leur fournit leurs besoins, en échange
* Jacquot de Fiedmond, devenu célèbre par sa bravoure au siège de Québec, en 1759—NoTe DB L'ÉDITEUR.
des pelleteries, ce qui s'appelle faire la traite, commerce qui enrichit les particuliers à qui il est donné à faire dans les postes, Dans quelques-uns, le Roi s’est réservé lui-même le commerce, et, comme il le fait désavantageusement, par la seule raison qu’il est le Roi, ce commerce lui revient par an à cent mille écus de perte, Ces dépenses sont encore fort au-dessous de celles que l'on fait en temps de guerre, pour équiper, armer, nourrir, gratifier, donner des colliers tant à nos sauvages qu'à ceux des pays d’En-Haut, quand nous voulons les faire descendre,
Du 4 mai 1757. — On a envoyé les ordres ce matin au régiment de Royal-Roussillon pour se rassembler à Chambly le 8, camper à Saint-Jean le 9, ct en partir le 10 avec huit jours de vivres, aux ordres de M. de Bourlamaque, colonel d'infanterie pour aller occuper le camp de Carillon.
Du 5 mai 1757.— M, Desandrouins, capitaine du corps royal de l'artillerie et du génie, est parti ce matin pour faire commencer les travaux du fort Saint-Jean, où il ya projet d’agrandissement, et pour le mettre, autant qu'il sera possible, à l'abri d’un coup de main,
Il est parti ce matin trois sauvages de la Présentation pour aller en parti à Carillon. Si jamais ce journal tombe entre les mains d’un Européen, il sera surpris de mon exactitude à marquer les petits détachements des sauvages, qui font la guerre comme ils veulent et vont chercher un prisonnier ou faire une chevelure, comme on va en France à la chasse à l'affût ; et trois sauvages qui ont fait un prisonnier, sont aussi contents d'eux-mêmes que le général qui auroit pris Boston.
Quelques Poutéotamis, qui étoient ici depuis la fin de la campagne dernière et qui ont passé cet hiver en parti demandent à retourner chez eux et partent ce matin, On & reçu des nouvelles du fort Duquesne, en date du 8 mars. M. Des Ligneris envoie toujours plusieurs petits partis à la guerre. M. de Normandville est rentré avec quatre prisonniers anglois, qui disent que la garnison du fort Cumberland est beaucoup plus considérable que l’année dernière, et que l’on attend cent Catabas, sauvges que M. Des Ligneris prétend porter le nom d’un village de Chéroquis, domiciliés chez l’Anglois. Ces mêmes nouvelles nous annoncent l'ambassade de huit ou dix chefs Loups et autant de Chaouénons qui viennent complimenter et écouter leur père Ononthio à Montréal.
M. Des Ligieris demande un missionnaire pour les Loups, et quelques Abénaquis domiciliés pour les conduire, Il est bon d'observer à cette occasion que les Loups regardent les Abénaquis comme leurs frères ; c’est la même langue ; ils craignent plus les Iroquois, qu’ils appellent leurs oncles, qu'ils ne les aiment.
On a eu avis des postes des Illinois qu'ils étoient en état de fournir au fort Duquesne deux mille quintaux de farine et cinq cent quintaux de lard, ce qui est estimé l’approvisionnement de six mois pour cinq cents hommes, y compris le gaspillage et les sauvages qui peuvent survenir.
On a eu des nouvelles de Niagara, en date du 11 avril; elles continuent à être bonnes. On a envoyé le détail d’un grand conseil tenu à Niagara, le 30 janvier, entre les Iroquois, les Chaouénons et les Loups. Ces
derniers n'ont cessé de parler de leurs chefs tués et pendus autrefois par les Anglois ; c'est toujours le prétexte de leurs guerres. De là, ils ont passé à des reproches vifs sur ce que les Cinq-Nations ne se déclaroient pas contre l’Anglois. Ils ont dit qu'ils ne pouvoient plus conserver de machicoté ; que les Iroquois n'avoient qu’à les regarder eux-mêmes ; qu'ils rendoient aussi le pilon qu'on leur avoit donné; qu'ils vouloient frapper l’Anglois, qui leur faisoit des trahisons, et qu'ils appelleroient leurs frères les Abénaquis et qu'ils deviendroient fous. Cette dernière phrase, en style sauvage, veut dire : Nous frapperons aussi sur vous, nos oncles, Les Iroquois ont répondu que leur machicoté étoit trop sale, le portant depuis trop longtemps, pour qu'ils voulussent s’en -charger à leur tour ; qu'il falloit s'adresser au conseil général, qui doit se tenir chez les Onontagués, pour avoir une réponse; mais qu’en attendant, ils leur donnent un collier pour qu'ils aient à continuer la guerre, puisque les Anglois les insultent.
MM. de Chabert et de Joncaire sont de retour de leurs négociations chez les Tsonnonthouans et Goyogouins qui paroissent toujours dans de bonnes dispositions pour nous, Sur-le-champ, il s'est formé quatre partis qui sont arrivés le 17 mars à Niagara. M. l’ouchot a tenu conseil avec eux. Les dames du conseil lui ont demandé d’avoir pitié d’elles, puisque les jeunes gens alloient en guerre qu'elles n’avoient pas la main assez grande pour couvrir leur nudité, qu'il ne seroit pas honnête qu'elles la montrassent, Depuis ce conseil, il s'est formé beaucoup d’autres petits partis, et on estime qu’il y en a une vingtaine ” LNpaRDe.
Les familles de l’Ours, du Castor, du Mouton, de la Tortue ont donné des inarques de leur attachement pour leur père Ononthio. C'est rinsi que les noms de famille se sont introduits chez les nations policées, et la distinction des armes, Dans les premiers temps, les Francs ne s’assujettissoient pas à porter le nom de leurs pères ; ils n'avoient que des noms de baptême, on y * joignoit des sobriquets ; quelquefois le fils, dans les actes, se qualifioit de Jean, fils de Pierre, Les sobriquets devinrent insensiblement des noms successifs de famille ; la vanité introduisit l'usage de porter le nom du fief, que quelques-uns prirent pour leurs noms de famille ;. ce qui n’a guère commencé que de 900 à 1000, L'usage des tournois introduisit, de 1000 à 1100, de peindre sur les boucliers des figures d'animaux, origine du blason, science enfantée par la vanité et que ces sauvages adopteront peut-être un jour. L’exactitude de même à . conserver les noms de maisons dans les actes, et à ne jamais les confondre avec celui du fief, ne commence guère que de 1300 à 1400.
Le colonel Johnson envoie des colliers dans tous les villages des Cinq-Nations par un Agnier, un Onontagué, un Onéyout, qui sont ses émissaires, Il paroît que, jusques à’ présent, ils n’ont pas été accueillis; mais il faut voir ce qui se passera au grand conseil des Onontagués, où M. de Joncaire n’a pas cru devoir aller, malgré le caractère sacré d’ambassadeur, craignant quelques mauvais tours de la part de l’Anglois, dans une cabane où il n’est pas aussi accrédité que dans celle des Tsonnonthouans et Goyogouins dont il est enfant,
Il faut convenir que dans ce moment-ci, la situation des Cinq-Nations ressemble assez à celle des Hollandois, cui sont également incertains, pressés et menacés par Ja France ou l’Angleterre, pour se déclarer,
Les sauvages rapportent que le colonel Johnson leur a dit qu'il vouloit rétablir Chouaguen, quoiqu'il sût qu'il y auroit bien du sang répandu à cette occasion, mais que l’Anglois avoit des forces et du monde de reste,
Les sauvages rapportent que les nations du Sud ont tenu un conseil général, où elles ont proposé de frapper sur l’Anglois, La nation du Chien, qui s’y est opposée, a fait séparer ce premier conseil, Il s’en est assemblé un second où elle n’a pas été appelée: on a délibéré unanimement,
Les Loups disent avoir vu sur la rivière de Kanestio, ciuq cents bateaux que les Anglois ont construits à un fort appelé Schamoken, qu'ils travaillent encore à d’autres, et qu'ils parlent d’une incursion avec dix milles hommes, du côté du fort Duquesne, plutôt suivant M. Pouchot, commandant de Niagara, du fort Machault,
Les Renards domiciliés parmi les Cinq-Nations sont venus à Niagara, au nombre de quarante, et s’en sont retournés en guerre après y avoir tenu un conseil le 6 et le 7 avril, où ils ont paru aussi attachés à leur père Ononthio qu'acharnés contre leur mauvais frère Corlar, Tous ces divers partis vont en guerre sur l’Anglois, vers la Nouvelle-York que les sauvages appellent la Menade,
Le commandant de la Presqu’tle, M. de Portneuf, ayant préféré l'automne dernier, de porter de l’eau-devie et ses effets à des farines, se trouve à l’étroit pour
les vivres, et a été obligé de renvoyer à Niagara pour. subsister, un sergent et quarante-trois hommes de sa garnison, dans les premiers jours d'avril, et il falloit attendre pour leur faire passer des vivres, la débâcle des glaces du lac Erié, qui n’étoit pas encore arrivée le 11 avril. Le Quoique l'hiver ait été très rude dans les pays v4 d’'En-Haut, ainsi qu’à Montréal, il n’y a presque pas cu de maladies, quelques scorbutiques, que l'usage de la pruche, que l’on peut regarder comme un des meilleurs antiscorbutiques, a entièrement guéris. Nous n'avons perdu, sur les cent cinquante hommes des troupes de terre, qu’un sergent et un soldat. Le concours des sauvages a été si grand à Niagara et à Frontenac que l’on y a vu renaître ces temps heureux où l’on fauisoit en Canada la meilleure chère pour rien. Les perdrix y ont coûté cinq sols, le quartier de chevreuil vingt sols, ainsi que les outardes et les dindes sauvages. A la vérité, dans le même temps, les perdrix coûtoient à Montréal quatre livres la couple, les dindes quinze livres la paire, et les chevreuils trente à trente-cinq livres.
Les magasins sont presque achevés à Niagara ; tous les effets du Roi peuvent y être déposés en sûreté la poudrière n’est pas achevée ; on commence à travailler à réparer les éboulements que les pluies de l'hiver ont occasionnés, et on se propose de faire charrier tout l’été de la pierre et de la chaux pour revêtir par la suite en maçonnerie les fortifications, qui ne sont actuellement qu'en terre.
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OBSERVATIONS GÉOGRAPHIQUES TIRÉES DE LA LETTRE DE M. POUCHOT, DU 11 AVRIL
“ La rivière de Kanestio ou la branche ouest de la
“ Susquehanna, comme la nomineut les Anglois, remonte “ jusques au haut des terres, passe par le pays des Loups “et des Renards qui sont au haut des terres, commu- “ nique par un court portage à la rivière de Kanou- “ chiagon, au haut de laquelle est le village Tsonnon- “ thouans nommé Sonnechio. Voilà, quant à la partie “ qui regarde ce côté des Renards au haut des terres, “ De Kanestio à la rivière de Kanoagon, il n’y a qu’un “ portage de six lieues, fort bon chemin, à ce que disent “les Iroquois. La rivière de Kanoagon tombe dans “ l'Ohio auprès de la rivière au Bœuf, où est le poste du “ fort Machault ; ce sont des montagnes, des défilés et “ des torrents sans eau, “ Un Anglois domicilié parmi les Loups, assure que cette rivière est large, mais peu profonde, remplie des “ grèves, sans doute comme les torrents du Dauphiné, “ remplies de roches, qu’elle étoit pleine de rapides, qu'il ne pourroit y monter tout au plus que de très petits Lateaux à la traîne, et qu'il ne croyoit pas “ qu’elle pût leur être d’un grand usage; que le pays “ étoit plein de défilés, soit jour monter au haut de la “ rivière de Kanoagon ou jour descendre ”.
Du 6 mai 1757, — Courier de Québec pour informer M. le marquis de Vaudreuil de l'évasion de Robert Stobo et Jacob Van Braam, otages anglois, pour la capitulation du fort de la Nécessité, Cette évasion est due à la négligence de M. le chevalier de Longueuil et à
quelques connivences avec les Canadiens. On a envoyé sur-le-champ MM. Marin, Méloise, Longueuil, fils, et Saint-Laurent, avec des détachements de sauvages et Cauadiens, promis mille écus de récompense à ceux qui les raméneroient, à quoi il auroit fallu ajouter de faire pendre ceux chez qui on les trouveroit.
Le même jour, — Les soixante sauvages qui avoient été laissés par M. de Rigaud en détachement à Carillon, pour aller aux nouvelles avec MM. de Bleury et de Langy, n’ont pu être déterminés à aller comme on l’auroit souhaité, entre les deux forts Lydius et George. Ils sont partis le 2 avril et ont été de retour après vingtquatre jours de marche, Leur course a abouti à aller dans l’enfoncement des terres, à un endroit appelé le Quarivet, à trente lieues de Boston, où ils ont brûlé deux moulins et fait cinq habitants prisonniers, qui n’apprendront rien des mouvements et dispositions de l'ennemi.
Du 7 mai 1757.— Courrier de Québec arrivé pour informer que les sieurs Stobo et Van Braam ont été repris à la côte du Sud vers Saint-Nicolas, par le capitaine en second, aidé de quatre miliciens ; et les circonstances qui ont occasionné leur évasion, donnent lieu de croire qu’il n’y a eu aucune connivence et qu'ils ont seulement cherché à profiter, sans beaucoup de réflexions et de précautions, de la négligence avec laquelle on les gardoit, La promptitude des ordres de M. l’intendant et la promesse de trois mille livres de récompense avoient mis tous les habitants des côtes en alerte pour les arrêter,
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Du 8 mai 1757. — M. de Bourlamaque, colonel, est parti ce matin pour aller prendre le commandement à la frontière du lac Saint-Sacrement. Béurn est parti aujourd’hui de ses quartiers pour aller camper à Carillon. Royal-Roussillon part demuin pour aller au même camp où il y aura un corps d'environ trois cents hommes, y compris les piquets des troupes de terre et de la colonie,
Du 10 mai 1757. — Par les nouvelles de Carillon, le soldat y est très mal, le lard échanuffé, ainsi que les farines. Viugt-cinq soldats y compris ceux tués et blessés à l'affaire du 21, sont morts depuis le 12 novembre jusqu'au 25 avril, savoir :
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Ils ont actuellement vingt et un malades et beaucoup en chambres. Il faut espérer que l’arrivée de M. de Bourlamaque mettra un ordre que l’on ne peut attendre des principaux officiers de la colonie, qui ne sont pas accoutumés à ces sortes de détails, et qui souvent ne considèrent les commandements dans les postes que comme des occasions de lucre,
Du 12 mai 1757.— Par les nouvelles de Québec, on y attend avec d'autant plus d’impatience l’arrivée des bâtiments de France que M. l’intendant a été obligé de faire distribuer aux habitants deux mille minots de grains pour semer leurs terres, et qu’on craignoit de n’y avoir plus de farine que jusqu'au 14. Les six compa-
guies du régiment de la Sarrr qui étoient à la Pointe- Claire et à Lachine, sont veiues camper à la pointe Saint-Charles, pour en partir demain et se rendre à Saint-Jean; les sept antres ne peuvent partir faute de bateaux accommodés.
Du 13 mai 1757. — Les six compagnies du régiment de la Sarre sont parties ce matin pour se rendre à Saint- Jean. Le courrier est arrivé de Québec avec des lettres du 9, où il n’y a aucune nouvelle qu'il y ait même des bâtiments en rivière, ce qui inquiète à cause de la rareté des vivres. Nos opérations ne peuvent commencer que tard, à peine pourrons-nous nous opposer à celles de l'ennemi, et Québec est à même de souffrir une famine. Il faut faire descendre des farines de Montréal. La journée des malades dans les hôpitaux de Québec et de Montréal, qui étoit réglée en 1755 à quinze sols, en 1756 à vingt, vient d’être mise à vingt-cinq sols, celle des officiers à cinq livres pour le capitaine et trois livres pour le lieutenant, Le bâtiment destiné pour Miramichi et pour porter nos paquets à Louisbourg a mis à la voile à Québec le 9. Le régiment de Guyenne doit en être parti aujourd'hui pour aller travailler au chemin de Chambly à Saint-Jean.
On a proposé à M. le marquis de Vaudreuil pour n'être pas arrêté, dans le cas où il faudroit aller au secours de Carillon, par le défaut de vivres, d'écrire à chaque capitaine de milice des compagnies du gouvernement de Montréal de faire un amas de vivres, que le Roi lui payeroit, quand même on ne marcheroit pas, sauf à les faire porter au magasin pour que chaque capitaine eut en farine ou en lard pour nourrir trente
hommes par compagnies pendant un mois; on ne sait s’il acceptera cette sage proposition qui n’est pas parti de sa Minerve. On a envoyé un courrier à Chambly, pour prendre des mesures pour charger les barques de la farine que nous avions dans les magasins, afin de nourrir le peuple de Québec. Cette rareté de vivres nonseulement arrête tout projet d’offensive, mais peut nous faire perdre la colonie, malgré les succès de la campagne dernière, le zèle et la valeur des troupes.
Du 14 mai 1757. — M. le marquis de Vaudreuil a envoyé ordre -de réduire la ration de campagne sur le pied de celle de garnison, également pour le pain et le lard, et qu’il soit fait un décompte de la demi-livre de pain qui est supprimée, On ne fera peut-être pas attention en France à cette réduction, le soldat n’y ayant jamais qu’une livre et demie de pain, mais que l'on fasse attention que cela ne suffit pas, même en France, aux soldats qui trouvent à en acheter au moyen de leurs soldes, et la vivacité de l’air fait que l’on mange beaucoup plus en Canada qu’en France.
On a reçu des nouvelles du fort Duquesne en date du 15 avril ; nous y avons toujours beaucoup de partis qui vont en guerre contre les Anglois. Le sieur de Montmédy, cadet, est revenu avec sept prisonniers et huit chevelures ; le sieur de Rocheblave avec un prisonnier. Le sieur de Saint-Clair Duverger a été jusqu'auprès du fort Cumberland, où ila vu un camp de Catabas ; il est revenu avec un prisonnier, et ils ont tué deux hommes. On ne peut rien conjecturer des nouvelles de cette partie ni des projets des Anglois ; en tout cas il paroît qu’ils en ont de grands pour cette cam-
pagne, et qu’ils rassemblent beaucoup de troupes de toutes parts.
On a eu des nouvelles de Niagara, du 3 et du 5 mai; on en peut conclure que beaucoup de partis Tsonnonthouans et Goyogouius, sont maintenant à la guerre sur l’Ang'ois et qu’il y a beaucoup de fermentation parmi les Onontagués, et les Onéyouts, qui craignent l’Anglois, et parmi lesquels le colonel Johnson se donne beaucoup de mouvement et ne laisse pas que d’avoir des sauvages aftidés. Les nouvelles sont incertaines sur leur mouvement ; ils rassemblent du monde à Boston, à la New- York et à Orange et parlent d’une expédition maritime,
Les Anglois ont débité aux sauvages l'aventure du fort George comme à leur avantage et ayant fait lever le siège que l’on n'a jamais eu dessein de faire.
Du 15 mai 1757. — Les sept premières compagnies du régiment de la Sarre sont parties ce matin pour Saint-Jean, et il a dû partir aujourd’hui les Iroquois du Sault, qui ont demandé à aller en guerre à Carillon. Les deux premières barques venant de Québec sont arrivées aujourd’hui; elles étoient parties, il y a dix jours.
Les quatre cents Canadiens destinés pour aller à la Belle-Rivière, sont arrivés aujourd’hui, Ils étoient partis de Québec le …
M. Jacquot, lieutenant de la compagnie des canonniers, est parti le 10 de Québec, avec un détachement d'ouvriers pour se rendre en droiture à Oarillon.
Du 17 mai 1757. — Touvelles de Québec du 14:
on w’entend pas parler qu'il y ait aucun bâtiment de
France enrivière, Guyenne étant parti de Québec le 13, la Reine l’a remplacé le 14.
Le projet de M. Desandrouins, pour faire du fort Saint-Jean une grande place d'armes, a été admis. Ce sera un carré long avec quatre grands bastions, deux côtés auront chacun soixante toises et les deux autres quatre - vingts ; un fossé qui aura dix-huit pieds de large par en bas, trente-six pieds par en haut, neuf pieds de talus de chaque côté; une berme de six pieds ; deux portes, l’une vers la rivière; et le fort sera construit de façon qu’on puisse, sans changer rien aux édifices intérieurs, au lieu de l'enceinte en pieux, faire un rempart terrassé ct le revêtir ; et, si jamais cela a lieu, non seulement Saint-Jean sera une place d'armes pour entrepôt, mais capable de soutenir un siège et sauver la colonie, Des Onéyouts, qui avoient été envoyés vers les Cinq- Nations en ambassade, sont arrivés et ont demandé audience pour demain, en présence des députés du Sault- Saint-Louis et du lac des Deux-Montagnes, qu'ils y ont invités.
M. de Sabrevoix-Bleury vient d'arriver avec Hotchig, chef des Népissings, avec lesquels il a été en parti vers le fort Lydius ; ils ont faittrois prisonniers du régiment Royal-Américain et rapporté quatre chevelures. S'il en faut croire la déposition des prisonniers, les Anglois ne s’assemblent pas encore sur la frontière du lac Saint- Sacrement, et il paroîtroit qu’ils attendent une escadre pour agir avec leurs principales forces sur Louisbourg, tandis que le colonel Johnson et le colonel Washington agiroient vers la Belle-Rivière avec quelques sauvages
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